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Full text of "La France : géographie illustrée"

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http://www.archive.org/details/lafrancegograp02jous 



LA FRANCE 

GÉOGRAPHIE ILLUSTRÉE 



AVIS AU LECTEUR 



Cette édition contient, à la fin de ce volLime. deux 
fascicules supplémentaires consacrés à l'Alsace et à la 
Lorraine libérées. 

On n'y trouvera aucun renseignement sur l'état actuel 
des régions dévastées du Nord et de l'Est. La description 
qui en est faite correspond à leur état en 19 14. 

Pour tous renseignements sur la guerre et les modi- 
fications qu'elle a amenées dans les départements envahis 
du Nord et de LLsi, consulter notre ouvrage « La France 
hci"iiique et ses Alliés ». 

LES ÉDrrEUHS 



t 



p. JOUSSET 



LA FRANCE 

GÉOGRAPHIE ILLUSTRÉE 



TOME SECOND 




IQ Planches hors icxte. — 29 Cartes 
et Plans en noir et en couleurs. 
1071 Reproductions photographiques. 






PARIS. — LIBRAIRIE LAROUSSE 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



L Allemagne contemporaine illustrée, in-4", 588 gravures, 

22 cartes et plans en noir et en couleurs. (Collection in-f" Larousse.) 
Broché, 18 francs: relié, 23 francs. 

LEspagne et le Portugal illustrés, in-v. 772 gravures, 

19 planches, 21 cartes et plans en noir et en couleurs. iÇollcctinn in-4' 
Larousse.) Broché, 22 francs; relié, 28 francs. 

L'Italie illustrée, ln-4", 784 gravures, 12 planches. 2'.^ cartes et plans 
en noir et en couleurs, f Collection in-l" Larousse./ Broché, 22 francs; 
relié, 28 francs. 



n 







LE l'IIAHl 



LA JOLILI 



Il tA)H A L 




LA FJ{AMCE 



UTTOJiAL de îa MEI>JTETiT{AMEE 



Du Rhône à la frontière italienne. 



AU LARGE DE MARSEILLE 

Le grand leiriloire de plages incerlaines et de plaines basses 
parsemées délangs qui s'étale entre le golfe d'Aiguesmortes et celui 
de Fos, d"Arli,'s à la mer, est une cn-ation du liltôue. De ses di-ux 
bras, saigiii'S de niulliples dérivations, il enrlot te vaste domaine. 
Mais son œuvre ciéatrice est inachevée. Lliomnio s'en est emparé 
trop tôt pour en jouir. Au lieu de diriger la fougue du lleuve, de 
le laisser étendre ses eaux de ci'ue comme autrefois, accroilre ainsi 
l'épaisseur du sol en forinalinn, reniicliir et le rendre propre ii la 
culture pnr la dilution di-ssels en excès dont l'ontsaturé les retouis 
offensifs de la mer, on a traité le Illiâne en ennemi; son cours prin- 
ciiKil a clé rejeté à l'est, emprisonné entre dfs digues. I.e lleuve 
ligoté se venge: pour un delta plantureux qui devrait être aussi 
prodigue que celui du Ml, ni>us av(>ns une Cninanjne, en partie 
dévorée par les eflloiescences salines et, malgré ses mns entourés 
de champs en culture, dévastes espaces déserts, des landes cliétives 
conslellé.'sde mans croupissantes. Elles 17 millions de mètres cubes 
de limon que le grmvl HIchie entraîne annuellemnnt s'en vont ainsi 
.Ma mertoutàfait inutiles, bonsseulementà encornlirerle débouché 
du lleuve. De partet d'autre bsfomls s'élèvent, des //lei/.? (îlots; émer- 
gent, se soudent, allongent en merle musoir du fleuve et, de plus en 



Fr> 



II. 



plus, barrent ses approches îi la navigation. Déjà même le golfe de 
Fus est atteint par cet apport incessant do matériaux de comblement : 
lies sondages récents ont relevé 10 mètres lie lomi où on en trouvait 20, 
il y a moins d'un siècle : les trois cinciuièm.-s de la baie sont 
mi'nacés par le glissement sournois des limons rhodaniens. Si l'on 
n'arrive à rejeter le grtind B/u'me à l'ouest, de fii<;on à colmater la 
grande cuvette centrale du Vaccarès et réparer b-s brèches faites par 
la mer aux rivages, le comblement inutile et désastreux du giilfe de 
Fos parait inévitable pour un avenir plus ou moins éloigni^ : l'étang 
de lierre, le canal d'Arles à Port-de-l5ouc seront alors sans issue. 

On espérait, par des travaux d'endiguement, donner au courant 
du Wii'iiie une force assez grande, créer une chasse assez puissante 
pour balayer au large les matières solides en suspension dans ses 
eaux. Apiès avoir fléchi sous cette poussée inattendue, le seuil 
sous-marin qui barre l'entrée du fleuve s'est relevé; la barre, un 
momentfrompne, s'rst reconsliUn'-e et ferme impitoyablement le 
[lassage aux navires. ,\lors fut i)ratii|uée, sur le flanc gauche du 
Ilhône, en amnnl, la saignée du camil S/iint-Lnim qui permet de 
tourner l'obstacle en pénétrant latéralement dans le lleuve parle 
golfe de Fos. Ce chenal d'accès, un canal de Suez eu miniature, 
se développe en droite ligne, sur près de 'i kilomètres. Un port 
intérieur le lie au fleuve; un autre, prolongé entre deux digues, 
plonge h l'intérieur même de la baie de Fos. 

1 



L.V FRANCE 



Dans le même golfe débouchait le canal des Fosses Manennes, 
ouvert par des légions de Marins à travers le chapelet de lagunes 
«■■chelonnées depuis Ailes Jusqu'au grau du Galéjun. Après avoirseryi 
au ravilaillement des troupes romaines, le canal contribua efll- 
cacement au drainage des terres basses qui le convoyaient sur ses 
deuxrivps. Presque tous les anciens maiais en bordure de la plaine 




sel, fournissent un aliment aux industries chimiques. Lui-iiiPiiie, 
bien qu'en communication souterraine avec la mer, l'étang de l'Es- 
loumnou (non l'Estomac) ne laisse pas de s'amoindrir; c'est le 
Stoma-Limnc de Strabon (5to;ji.ï, bouche, )ii;Avr|, étangj, ancien 
déversoir, maintenant emprisonné. 

Tout autre est le grand lac salé de Berre, dont la vasque irrégu- 
li('re est bordée de collines presque ininterrompues, détachées du 
SMulivement côlier de l'Estaque. Ces montagnes sont faites de 
calcaire stérile ou voilées d'un maquis d'arbustes nains d'où se 
déiachcnt, sur les pentes, des oliviers de petite taille. A l'ouest 
s'élève le massif de5a'!«^-.'t/i<re(131 mètres d'altitude maxima), entre 
le bassin du lac, les étangs et la plaine basse de la Crau : non loin 
(!.' 1,1 ili|miirli-iil (l:iiis If lai', nu voisinage du bourg d'istres, le amal 

il'- .1 / I 1' r -'/ ,/. I' i:i,.niiito, sillons de drainage des terres 

li.i--' - \Mi-iii-~. I 11 |iriii riiiil creusé dans le roc ouvre une issue 

Au nord, le relief monte à l"2(i mètres au-dessus du cul-de-sac de 
.^aint-Chamas, aux fonds encombrés d'herbes. A l'est, les alluvions 
de la 2'uulouhre, de la Duranrolle et de VArc ont créé des lerre- 
l>leins où se montrent, parmi les champs, des olivettes et des ver- 
gers d'amandiers. La cèle, ourlée de salines, se recourbe en é|)eron 
au-devant de Berre, et déjà projette une barre plate et un seuil nu- 
(li ssus duquel il n'y a pas 2 mètres d'eau : un jour ce fond, désigné 
s|i' I iibnient sous le nom de bassin ou élang de Viiine, sei-a séparé 
lin gi.iiid lac de Berre. l.e fait déjà s'est produit au sud-est. Dans 
I iiilei valle drs liourielels iiiniilaLMirux de VitroUes et de l'Estaque, 
I I l.ihu il" JJnhnun, ijui i.li.iiii II' bs ri\.ii;rs de Marirjnnne et de 
Sniiii- V,,h,rri, sur uin' Iniiumiu dr (j UilmiirUes et une largeur de 2, 
rsl, sépare de la grande nappe salée par le lido sablonneux du Jaî. 

Le lac amer de Berre couvre plus de 15t5bO hectares: son pour- 
lour mesure environ 72 kilomètres pour une longueur extrême 



«aillouteuse de la.. Crau sont ainsi 
disparus ou en voie de disparaître, 
tandis que, sur l'autre bord, la ter- 
lasse dite Plan du Bourg, qui suit 
la rive du Rhône, est complètement 
«•inergée, excepté aux approches du 
lit tnral. L'ancien canal de Mariusest 
aujourd'hui remplacé par le camil 
d'Arles à Porl-de-Bimc. Le canal de 
Mai'ius suflisait aux transports de 
son temps. Après l'écrasement des 
Teutons à la journée de Pouiriires, 
le vaini|ueiir céda son œ\ivre aux 
.Marseillais, en reconnaissance du 
loncours [iréiieux qu'ils lui avaient 
prèle. Alors les (Irers de Marseilb' 
rri'-èretit, nu débouché du canal, 
un port, source de gros revenus, à 
cause des péages (ju'il» exigeaient 
des p>" .sanls. L'ancien port marseil- 
lais des F'i«c» il/ori>H;ic.« a disparu -^^ '-'^"' 
coiiiiiie le canal; mais le nom reste, 

el de nombreux débris, amphores, poteries, monnaies, gms blocs 
taillés, fondations ensevelies, permettent d'en retrouver l'eniplace- 
iiieril, A peu de distance de la ville actuelle de Fus. En traversant 
l'étanudu Gnli'jiin, pour prendre, à la traverse, jusqu'à /"(«, etel'lleu- 
rer, en le conlournnnt, le fond du golfe jusqu'ài'ort-de-Ilouc, le oninl 
d'ArIn (rnferme, à l'inléiieur des telles, d'anciennes lagunes vives 
condamnées A disparattn'. Oéjà les cuvelles de Itassucn el de Cilis 
soril converties en salims; le niveau de l'étang de Lnvalduc et celui 
de V Enr/rcnier sont réduils, par l'évaporation, à quelques mètres 
au-dessous du niveau moyen de la mer : leurs eaux, saturées de 




de 22 Idlomèlres et une larg.'ur de (j à l'i kilomètres. Cette belle nappe 
bleue, abritée des tempêtes, emprunte à l'éclat de la lumière et à la 
variété de ses lives un charme tout particulier. Les fonds diuuniit 
un mouillage excellent : toute notre Hotte marchande y trouverait, en 
cas de guerre, un refuge excellent, hors la vue et les entreprises de 
l'ennemi; 17 kilomètres de côte, entre Martigues et Saint-Chamas, 
s'olTrent aux chantiers, cales, ateliers, entrepôts de la marine de 
commerce. Or, à peine tiouve-t-on sur ces bords quelques él,ibli> 
sements industriels pour utiliser les produits de la pêche et di^ 
maraissalanls; rares senties barques de pêcheurs, et plus encore lis 



LiTioiiAi, i)\: \.\ Mi:iii I l'iMt.vM-: 




Ualeaus de rabolagp ; jamais los navires Je commerce ne visitent 
cet .lamirable l'oUV. I»n n'y voit jioint de poil diyne de ce nom. 

I.Vlang de Bfire comninnique avec la nier |i:ir l'étroile et peu 
profonde lagune de Carmile; Mnriigiies, « la Venise proveni;ale » 
(on romple en France une demi-douzaine de Venises), commande 
le déliouclié iuléiieur du lac; Port-de-Buuc l'anlre extrémité. Une 
île partage la coulée des eaux lacustres au passage de Martigues; 
mais UQ chenal, creusé à 6 mètres de profondeur (théoriquement 
du moins), ouvre la voie aux bâtiments jusqu'au môle de Ferrières, 
à l'intérieur du lac. Une prolonge du canal d'Arles à Purl-dc-Bmic 
travei-se jusqu'à Martigues le couloir stagnant de Caronte, en frô- 
lant la rive septentrionale sur une longueur de CJAoO mètres. Son 
point J'attache, Port-de-Bnuc, prend jour en même temps sur Arles 
par le canal et sur le golfe de Fos par une rupture naturelle des 
falaises cotières. Il sufliiait d'approfondir celte passe, de creuser à 
10 mètres le port de Buuc, en donnant le même fond au chenal de 
Marli'jues, pour vivifier cette immense rade intérieure de Bene, que 
la nature a si magninquement préparée, mais dont nuire imurie 
fait un étang désert et à peu près inutile. 

Entre le cap Couronne et le cap Croisetle, l'arène nionvanh' ilii 
golfe de Marseille se développe dans 
une oiicfiiile (!'• IkiuI relief que des- 
sinent, sur le bleu du ciel et de lu 
mer, la chaîne côtière de VEstnquo, b>s 
monts de V IC toile, avec le Pilon du Uni 
'710 mètres), Nolrc-Dome-des- Anges 
(o23 mètres), la chaîne de la Sainte- 
Baume, celle de Saint'Cgr (6't6 mètres , 
le mont de Carjiiagne et je promontoii'' 
de ilarseillevcijre (43'i mètres . .\ l'iiili- 
rieur de ce vaste amphilh'''àire. i-oiisii- 
lué par des roches crétacéi's ou junis- 
siques, une masse tertiaire plus tendre, 
accrue par les dépôts du Jan-et et Je 
l'Huveaune, a préparé, au cœur du bas- 
sin maritime, lacalanque inU-rieure qui 
fut le berceau de Marseille. Là conver- 
gent toutes les avenues du golfe. D'un 
écueil de rocher, le sanctuaire de VmIi, 
Dame-de-la-Garde surgit de la .1 i i. - 
sion du vieux port, sur l'hori/nu .1 ■ I i 
mer. Là se noue l'ép.-ion qui pio|.ii.-, 
au delà de la pointe et des îlots .l'Kn- 
doume, l'archipel Je Pomégues <t I{<il;ii- 
neau en retour du château d'If, détarlp- 
sur le front. Ce brise-lames, dressé p;ii 
lanature contre les flots du large, défeii'l 
les approches de Marseille et en traci; 
la route aux navires venus de l'Orient. 
Par lui le golfe se trouve partagé en 
Jeux conques distinctes : l'une au 
nord, la rade de Marseille proprement 
dite; l'autre au sud, la baie d'£'n(/oum(?. 



.Au nord, la côle s'affirme dès le cap Couronne et surtout avec les 
falaises rougeàlres du cap Méjcan (lo3 mètres). .\vec la chaîne de 
VEstaque, redressée en falaise, la ligne du rivage est netienient 
délinie. De petits ports écliancrenl la côte : Carn/, Gignac, Aiolon, 
Vesse, Figuerolle, escale de l' Estnqw. Passé l'anse de la Madrague, 
une longue digue égrène les bassins Je la. J(dietle. 

,\u suJ du IMiaro s'incurvent Vanse des Catalans et le mouillage 
d'Endoume, et, au delà du Jtoncas Blanc, la belle plage ilu Prado ou Je 
MontreJon, dans l'embrasure Ju Jébouclit' Je l'Iluveilune. L'narcliipel 
J'ilots et d'écueiis hérisse les approches du cap Croiscite, dans un 
cercle de roches traîtresses. L'archipel compte en tout une (piiiizaine 
de rochers, àpeu près inhabités, nus et déserts, domaine des oiseaux 
Je mer qui viennent y cacher leurs nids et s'y réfugier pen<laiil les 
tempêtes. Des fragments romains oi;t été retrouvés dans l'île Maire. 

A 10 kilomètres environ du cap Croisetle, le phare du Planier 
s'élève d'un îlot bas et i>lal. Ses trois éclairs blancs, striés d'un 
éclat rouge, percent la nuit la plus noire. Par temps clair, sous 
l'étincelant soleil de Provence, Planier est le premier anneau 
de celle chaîne tendue par vingt écueiis échelonnés jusiju'à 
.Marseille, sur le niiroilemciil îles eaux. J'Innier ne souille pas Je 




LA FRAXCE 




talt-'io no lue jii 
lu phïii-e. Ii.-mle de 



Il y a llamanlo opposilioii oniro la 
l.ynn t-t .-.•II.- ,1,; I>iovcni-o : ! une ci: 
npusi-s cl d'allnvions itislabies qui 11 
rnoimin" (Hal ilu llol; l'autn», toute e 
iass.^.î (II! fal, 



l'isolement farouche des phares atlaiiij.i 
ses hôtes. Près de la tour ronde et M 

59 mètres, sont des hal.italions. Car les gardiens de PInnipr ont 
ce privilège : femmes et enfants les accompagnent dans leur exil 
volontaire. Il est vrai, les logements sont étroits; mais, i\ rinlérieur 
des hàlimenls, règne une couràlahri de laquelle les gardiens ont 
édifié des più'eonniers et des poulaillers : c'est le forum de la 
colonie. Tous les dix jours, un petit navire côtier fait la relève du 
jiliare, le ravitaille en légumes, eau douce et pain frais. .( On ne 
se languit pas trop en Plauier. „ 

DU CAP CROISETTE AU CAP SICIÉ 

de du golfe du l.ion ou de 
ve, faite de plages sablon- 
lissent et dispaialsseiit au 
aillie, haute et di-oile, cui- 
;istionnée d'écueils, faisant léle contre les as- 
sauts de la mer. .V l'ouest, une rive incertaine et tremblanle, ourlée 
de lagunes traînardes: à l'est, la roche vive, tantôt de calcaire com- 
pact (de Mar.seille à Touloni, tantôt de granile ou de brèche volca- 
nique, avec les Maures et l'Eslérel, qui surplombent la côte, depuis 
llyères jusqu'au-dessus de Cannes, dans les parages dWntibes. 

Aussi, quelle variété de sites! Ce ne sont que pointes hardies, 
promontoires abrupts projetés en belvédères au-dessus des vague.s 
jaillissantes; calanques tranquilles et profondes entre de hautes pa- 
rois grisâtres; ports de pèche doucement étalés au bord de plages 
dorées; urrhipels d'îlots qui llollent à portée de la rive; dans les 
retraits plus amples, des rades animées, des cités laborieuses, des 
édens de repos et de plaisir, des villas piquées au (lanc des collines 
moutonnantes ou blotties sous les bosquets (leuris; dans les jar- 
dins, la flore d.s liopiques, épanouie à cMé de celle des pays tem- 
pères- I éventail du palmier qui frémit à la brise du large au-dessus 
des champs d'orangers; ici, d'une roche empimrprée, le gracieux 
pavillon du pin parasol qui .s'élance; partout, sur les penl.-s, l'oli- 
vier provençal, l'arbre immortel, et, sur ce vivant amphilhéàlie 
la grandiose toile de fond des Alpes neigeu.ses, tendue entre lazur 
immuable du ciel et la coupe élincelanle de la mer. I.cs llomains 
peuplèrent de leurs villas cette région bénie; ils y trouvaient la 
lumière vive, l'air vivifiant, le climat tempéré par le voisinage de 
la mer, l'exubérante nature de Baïes, aux portes de Naples. 

I».puis qu'on l'a délivrée de l'.d-sédanle teneur des Harbaresques 
qui la tinrent de long» siècles à leur merci, la C'Ui- .l'A-.iir est rode- 
v.nue le rendez-vous du mondi-. 
L'.Apre et hautaine muraille crétacée qui commande la mer nu 



ilélnur (lu cip Croisellc s'^-cliancre à peine de i|np|ques couloirs 
sinueux : , alaM(|ues de Sormi.ni, ùo.Mnr'jwn, do Purt-Miou.wiù^ fjords 
Scandinaves dont les gouffres prcnnentsous les lueursqni glissent le 
long des parois de leur prison des reflets d'améthyste, d'omeraude, 
de turquoise : l'eau dort ici à côté delà mer qui gronde; jilus d'une 
barque eu détresse y a trouvé le salut. I.e port de Cassis, autrefois 
enveloppé do forèls, fut une oasis dans l'isolement farouche de celle 
cote iuhospilalière. Pour échapper aux Sarrasins, les habilanls de 
Cassis durent, au moyen Age, abandonner le rivage et se réfn-i. i 
sur la hauteur voisine, à l'abri des murailles et du château éi i.. ~ 
par les seigneurs des Baux. Depuis, la ville a regagné la rive ; hmi- 
la crique où liront escale les navires phocéens peu à peu s'était 
comld.'e de la terre, dû sable et du gravier entraînés des pentes dé- 
nudéis. On retrouve assez loin du port actuel, à l'intérieur même 
de la ville, des débris de provenance romaine, des assises ayant fait 
partie du quai antique où sont encore scellés les anneaux d'amarre. 
l.ongtem|is Cassis fut le rendez-vous des barques provençales, cata- 
lanes et génoises, qui venaient pécher les polypes corallit'ènes, très 
abondants dans les eaux du golfe : la dépréciation du corail a fait 
tomber celte industrie; mais les belles pierres de taille de Cassis font 
encore l'objet d'un fructueux trafic, après dix-huit siècles d'exploi- 
talidn. Trop isolé, le port de Cassii décline, faute d'aliment. 

Plus heureux est son voisin, le port de La Ciolat. Simple faubourg' 
marilime de la ville, aujourd'hui village de Cei/rcslc, situé à quelques 
liilomèlres de la côte, ce ne fut longtemps, après l'occupation cl l.i 
dévastation de,la place par les -N'ormaiids et les Sarrasins, qu'un. ■ 
agglomération de pécheurs. Au xiii* siècle, sous la suzeraiuelé d.' 
la puissante abbaye de Saint-Victor de Marseille, La Ciutal compl.nl 
jusqu'à 30t)0 habilants. L'établissement moderne des grands cli.m- 
liers de construction des Afessar/eries warilintfs en a fait une villo 
populeuse. I.a pèche est très active. Si l'.ui voulait li. r pnr une di-uo 
l'île Verte au Jifc dp fAiyle, rocouvht- sur l'enli.r ,],■ la i.ide. les 
plus gros navires pourraient mouiller par des londs do •>» uièlros 
tlans ce bassin tranquille, désormais à l'abri de la Imulo. 

Iians renfoniement oriental de la baie, sous l'éperon du cap 
Saint-Liniis, la plage des Lhiitcs a conservé, ensevelis sous un linceul 
de sables mouvants, les rudiments d'une ancienne ville qui fut con- 
sidérable, il en juger par l'importance du peu qui reste. Elle s'appe- 
lait Taiirnentum : le port s'ouvrait au pi.-d des Haunielles, tandis que 
les maisons étaient groupées à liane de coteau sous la proiectinn 
d'une acrop.de. Dans ces eaux, la Hotte de César, commandée imr 
Jiinius Uiutiis, anéantit dans un combat sanglant à l'abordage, d'uit 
le récit nous a été conservé par Lucain, la llolt.! de Taurornfin,,. 
alliée à celle de Marseille, sous les ordres de Nasidius, combatlani 
pour la cause de Pompée. Des fouilles, commencées par le .savant 



i.irrtMjM, iiK i,\ Mi:i»i 1 i;iut ANKi' 




I. E PORT DE CASSI 



abbé Baillulemy en 175o, reprises en 1781 par M. Marin, et renou- 
velées par M. l'abbé Magloii-e Giraud, ont ramené au jour ce qui 
subsiste des principaux monuments de la ville antique : acropole, 
agiira (place publique, théâtre, tliernies, magasins. Les grandes 
jarres exliuméi-s n'ont pas moins de l^.io de diamètre; pour les 
médailles, fragments d'œuvres dart, assises taillées, débris de toute 
sorte, on ne les compte plus. Mallieureusenienlce ne sont là que des 
débris; il ne reste des monuments que des subslructions. Sur la 
plage déserte et ensablée, l'ancienne colonie phocéenne n'est plus 
qu'un souvenir. 

Avec les baies de la Mmttle, de Bamlul, de Snnary (Saint-Nazaire), 
la côte se découpe de plus en plus jusqu'à l'archipel des Embie:, 
détaché en avant-gaide sur le front du cap Sicié. 

Baiulol est une réduction de l,a Ciolat : un fortin perché sur sdii 
écueil flanqué d'une île rappelle le Bec de l'Aigle et l'ile Verte. .Mais 
Dnndul soulfre du voisinage de Toulon : l'exportation des vins de la 
côte et de la plantureuse contrée du Haussel ne fournit qu'un 
maigre aliment à son commerce. Saint- Nazairc, aussi heureu- 




sement situé que Bandol, sur une baie complètement abiil'i- du 
large par la saillie du cap Sicié et de l'archipel des Eiithie:, n'a pu 
davantage échapper à l'accaparement du voisinage, surtout depuis 
i|uê le cliemin de fer de Marseille à Toulon draine toute l'activité 
qui faisait vivre ces petits ports. Par bonheur, la mer est poisson- 
neuse et les pécheurs ne sont pas rares. 

La rade du Brusi/, si complètement abritée par l'archipel des 
lîmbiez, com[itait parmi les plus sûrs mouillages offerts à la Hotte 
romaine le long des eûtes de Provence. C'était VyEmiries porliis, 
grève d'un aboid facile, avec quelques hangars pour les marchan- 
dises, des habitations peut-être, mais en petit nombre; car les 
cités antiques, pour échapper aux surprises de la mer, se grou- 
paient d'ordinaire sur quelque éminence voisine, dans une celulure 
(le remparts. 

La péninsule de Six-Fovrs semble une véritable place forle natu- 
relle pointée sur le lai-ge i)ar l'éperon du cap Sicii: Lin chemin pavé 
de dalles parles Romains conduit au sommet. Mais, avant les légion- 
naires, lestlrecsy avaientconstruildesfortins, "1:^; <[>f oup'.'oc, d'où vient 
probablement le nom de SiiFuurs : on devrait dire Six-Forts. Le 
moyen âge éleva sur cette hauteur une tour de guet, d'où uu fanal, 
pendant la nuit, la fumée d'un feu de pnilk, pendant le jour, annon- 
çaient la présence au large de navires suspects et prévenaient les 
attaques des pirates. On se réunissait en toute liàte : les Maures du 
Fiaxiiiel, entre autres, débarqués sur la plage du Brusi], y furent un 
jour durement reçus et aussitôt rejetés à la mer. 

Il ne reste rien de l'ancienne citadelle grecque, romaine, pro- 
vençale, sur le morne de Sù-Fours; mais le génie militaire a cons- 
truit, sur Cette admiiable position stratégique, un fort dont les feux 
balayent le tour de la presqu'île, du Biusq à Toulon. Dans la crypte 
de la vieille église de S'X-FnKrs, on retrouverait l'exemplaire parfait 
de ce que furent les sanctuaires chrétiens de la primitive Kglise : 
(luuble souterrain rayonnant d'une abside où le siège de l'évéque, 
un banc circulaire, la cuve baptismale, les parois des couloirs, 
Inut est taillé dans le roc vif. Lue église romane, puis une 
golhic|ue ont successivement enveloppé cette vénérable catacombe. 

Dans le cortège d'ilols qui forme l'archipel des Enibic:, le grand 
Rduveou porte un jihare dont les feux croisent ceux du Planier et 
éclairent l'accès de la rade de Toulon. A la pointe du cap dentelé; en 
scie, cap Sicii-, par lequel la presqu'île de Six-Funrs plonge à pic sur 
la mer, s'élève, au-dessus du veit sombre d'une épaisse futaie de 
pins, le sanctuaire Notre-Dame-de-la-Garde ou de la Bunne-Mère, 
providence des marins. 

1. 



LA FRANCE 




""' ^^^^^^^^- ""-3 



TOULON 



HYERES 



TOULOn 

Du cap Sidé au cap Binai, promontoire occidental de la chaîne 
<lcs Maures, la côte multiplie comme à plaisir les saillies rocheuses, 
les écueils, les déchirures et les retraites abritées : aucun cadre ne 
fut mieux préparé pour l'établissement et la défense de noire pre- 
mier port de guerre. Deux rades, une grande et wns petite, appuyées 
sur le bastion avancé du C'pet, que le mince pédoncule des Snblettes 
rattache à la péninsule deSix-Fours, conduisent au port proprement 
(litetàlat'iV/e de Toulon. Il y a 13 kilomètres du cap Sicié à la pointe 
de Carqueiranne, et de celle-ci au cap Cêpet, l'ouverture de \dL grande 
rade dépasse o kilomètres. Cette pointe rougeàlre de Carqueiranne 
soutient, à plus de 60 mèties au-dessus du Ilot, une plate-forme que 
<lomine le gros morne vert sombre de la Coiie-.Noire (302 mètres). 
.\ la suite s'enguirlandent, d'est en ouest, plusieurs abris : baie de la 
Carimne, au fond d'herbes et de sable limoneux; petite anse Méjan, 
dessim^e parla pointe abrupte, mais 
[peu saillante de Sainte-Marguerite, 
et le cap Brun; rade des Vignettes 
en bordure du Mourillon, entre le 
cap Brun et la petite jetée enracinée 
à la Grosse Tour qui commande la 
petite Bade. Cette digue s'approche 
à îJOO mètres d'une jetée opposée, 
celle de la Vieille, soudée au front 
de Saint-Mandrier, dans la prcs- 

• lu'ile de Cépet. Malgré l'étroitesse 
■du passage, on voudrait, pour dimi- 
nuer les risques de le voir forcé 
par une attaque résolue, le défendre 
au moyen d'une double digue d'avant- 
garJe tendue entre le cap Céjiet et 
le cap Brun, en arriére d'un brise- 
lames. Si ce projet se réalisait, la 
petite Bade de Toulon pourrait être 
considérée comme inabordable. 

Iiic fois doublée la digue à double 
front qui la C'immande aujourd'hui, 
onenl"'e dans la//eii(f Rade: à gauche, 
Venf'iiicemi'nt du Lazaret; surl'autre 
tlanc du promontoire de Tamaris, la 
t'rande haie peu profonde de la Scijne 
ipie coupe un chenal de 6 à 7 mètres 

• le profondeur; enhn, dans la partie 
^■sl,la//f/i7f/?rt./^propremcnt dite, que 
des curages incessants mainlieniienl 
à 10 mètres de fond, jusqu'à moins 
de 300 mètres du bord; c'est h: bas- 

in damarrnge des grands navires, 
le port est au fond et comprend 



quatre darses : la darse Vieille à l'est, la darse Aeuve, la darse do Cas- 
tigneau, celle de Missiessy à l'ouest; enfin, dans le coin oriental de 
la rade, le port marchand on port de la Bode. La darse Vieille couvre 
une superficie de 3S 000 mètres carrés, accostée par plus de 500 mè- 
ties de quais. Une passe de 50 mètres en ouvre l'entrée : elle s'appelle 
la Chaîne Vieille, i>ai-ce qu'on la barraitaulrefois d'une chaîne. Outre 
le port de Bode, qui lui appartient en propre, la marine marchande 
occupe encore les deux tiers de la darse Vieille et peut mouiller en 
bordure, à l'extérieur. Les trois autres bassins appartiennent exclu- 
sivement à la marine de guerre. ].'Arsenal les étreint de ses im- 
menses constructions. Là se pressent, autour des bassins de carénage 
et des cales couvertes affeclées à la construction des plus gros 
vaisseaux, les forges avec leur marteau-pilon colossal et les engins 
compliqués qu'exigent l'équipement et l'armement d'un navire de 
guerre. Castigneau délient la grosse chaudronnerie, l'atelier de 
torpilles, la fonderie, la grande boulangerie de la marine qui, avec 
ses vingt fours, peut fournir qiiotidiennement 600000 rations. De 
beaux bassins de radoub, le parc aux ancres, l'artilleiie de marine, 
le colombier militaire sont groupés autour du bassin de Missiessg, 
de création récente, qu'une passe 
ouvre sur la petite rade et le canal 
des Subsistances dans la darse de Casti- 
gneau. Trois bassins de radoub dans 
la darse Neuve, l'arsenal hors les 
murs, du Mourillon, avec des forges, 
une scierie à vapeur, cinq cales cou- 
vertes, de glandes fosses pour la ma- 
cération du bois de construction : tel 
est en aperçu l'outillage de notre 
grand port do guerre. Mais il faut 
IHMii'Ircr dans crlle romuanle cité de 
lAisiiial qu'aiiiniont dos milliers 
d'ouvi iois : les slaluos de Mars et de 
Bellnne en défendent la porte monu- 
mentale. Vous verrez, en passant, la 
salle d'armes, étincelante de trophées, 
le Muste naval, ses galères en minia- 
ture, ses engins modèles, les réduc- 
tions du Su/fren, du Thtquesne, des 
noms glorieux qui sonnent la victoire. 
Toulon est le fief de la marine. 
Partout, dans les rues, le long des 
quais, la vareuse du matelot, la cas- 
quette de l'officier, se mêlent à une 
foule vivante, expansive, toute mé- 
ridionale, qui ferait dans Toulon une 
autre Cannebière, si la place ne man- 
quait. Depuis l'élargissement de l'en- 
ceinte par Napoléon III, une ville 
neuve, régulièrement découpée do 
belles rues, avec de grands et riches 
immeublos, s'est hAtie à côté do la 
TOUiMLLEun. vieille cité toiiloiuiaise. .\u boulevard 



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.v^i;^: I 



4 ce « B. , r J.->o»\ 




i.iiKMivi. ni'; LA .\ii;i)i ikuua.m;!': 




de Strasbourg, Irait d'union des deux villes, s'attaclient, au centre, la 
flace de la Liberté, ornOe de palmiers, l'avenue Vauban, et, dans le 
rayonnement de la place de Strasbourg, leJardin botanique, le Jardin 
delavilleetsonMus.V-Bibliothèque. A l'autre Qanc, l'avenue Colbcrl 
et le théâtre monumental; enfin, au seuil de V Arsenal, la. pince 
d'Armes, encadrée d'admirables platanes. Dans le labyrinthe de la 
vieille ville, les places Victor-Hugo, Puget, Raspail, Louis-Blanc, 
Gambetta mettent un peu d'air et de lumière : toutes les rues, ou 
presque toutes, la rue Hoche, celle d'Alger, bordées de beaux ma- 
gasins, convergent, ainsi que le cours La Fayette, vers le pnrl, car là 
est la vie, surtout au qttni de Cronstndt où les cafés bruyants, la foule 
des promeneurs et des partants, les marins qui rejoignent leur bord, 
les touristes qui s'embarquent, les camelots qui cri-'iit, b's bat^liors 
empressés, et les bateaux qui sifdent, 
prennent, sous la lumière crue du Midi, 
une intensité de vie extraordinaire. De 
monuments, il n'en est guère, à part 
y Hôtel de ville appuyé sur les cariatides 
de Puget, et l'ancienne cathédrale 
Sainte- Marie-Majeure, vénérable édifice 
du XI' siècle, tant de fois remanié, re- 
bâti, déformé, que le premier édifice e.3t 
depuis longtemps méconnaissable. 

Toulon compte 104 ôSi habitants. Ce n'é- 
tait, au temps des Romains et des Grecs (des 
Phéniciens peut-être , qu'une escale connue 
surtout pour l'abondance dans ses eaux d'un 
certain coquillage, le murex, dont la sécré- 
tion particulière servait à la production de 
la pourpre, cette teinture rare et précieuse 
dont se paraient les chefs de peuples et les 
chefs d'armée. Aussi les Romains appelaient- 
ils Toulon : Telo-Marlius, parce que la pourpre 
était la couleur de Mars, dieu de la guerre. 
Cependant, sans être recherché des anciens 
navigateurs qui n'avaient guère besoin des 
bassins profonds nécessaires aux masto- 
dontes de la marine moderne, mais accos- 
taient de préférence aux grèves de sables, 
commodes pour l'atterrissage de leurs petits 
navires, Toulon dut être, au début de notre 
ère, une cité déjà constituée, puisqu'ily eutdc 
bonne heure ffin du u\' siècle) un siège épis- 
copal. Duv<= siècle au milieu du xiu", les actes 
des Conciles nous ont conservé les noms de 
ses évéques. Les invasions barbares, mais 
surtout l'établissement des Maures en Pro- 



de Provence, l.i n iiu .Ir 
Louis visita Tijn/oH avui 
élever plusieurs tours |i> 
la place en ilc pcrpcliull 
son rcL'anl inq I mic I I 



accriil -1^ 'iri, II-. - - 1 r. 
Ileni-i 1\ lui iImmiii iiin 
forts dclach.-s ; ~ nul \ 
lerie, et jet:i I - i-i-- 
de Toulon le lin-l <!.■ 1 i 
iMililiiircfia Lniiis XIV, 



iM- pour la prciii 
Mais la menace 

liant du/vvro». 



cl Sainte-Calliui-iue, la munit de bunne arlil- 
cux moles du port. Richelieu voulait faire 
•rancc. Le vrai créateur de notre grnn<I port 

r Cf,n„-,l ri fie Vinihnn. V.\\rn^\>m i\r l'cn- 




L'nlr 



M-ga- 



tout se fit comme par 
i put se croire inlan- 

r\ llii(|nr-;n(' Couraient 



Chalucet forcé- 



contre 
lk.n(I 



TOULON : CAiti; 



1 D E s O E !• U ( 



\, iii[ilr .!.■ Mii-.illc, de Lyon et des 
■s villes du Mlill, Toulon se souleva 

la tyrannie sanglante de la Conven- 
\ juillet 1793). On sait ce qu'il advint 
n. Le général Carteaux, après la prise 
I ~iille, fut dirigé sur Toulon. Toutes 
iiilles provcni;ales, entraînées dans le 
iiii-ntcontre-révolutionnaire, y avaient 



r'vl.iul l..iv,l|r aux pnilll.■^^-s :,ri,.|,srs 

de 1 aiuind anglais Jluod qui cinglait dans 
ces parages, en même temps qu'une escadre 
espagnole aux ordres de l'amiral Lanr;nrri. 
L'amiral Trogo/f. cuminandanlde la défense. 



LA FRAiNCE 



1 




TAM AniS, 



P'U après, 



riiivril 1,1 rade et les forts de Toiihm aux allies iS a^^ 
Carteaux prenait son quarliei- gétiri-il " tinh 

du siège; il pensait enlever la i>l.ir. I , 'i j. mi I i ii -niant; 

(|ui suivaient les généraux à la jU'ii i . m i. In . i i i innns ; 

l'occasion, entre Fréron, Barras, (..i-,..;! iu, .-u U..uv.iil uuC-i.-u, s.iliceli 
Comme Bnuapmle, alors simple capitaine d'urtillerie, se rendait d'Avignoi 
à Nice pour rallier sa compagnie et passait par Toulon, son compatrioli 
le retint (16 septembre) pour remplacer le coiiiinandant d'ailillerie Dom 



ns 



sonner, >.-l r|,ilr\ , ■. Il: 

et des ciniiausî.urL.-. I. 
guerre se réunit le ^'6 ii 
dée le commandant de 



marlin qui venait d'être assez griè 

de chef de bataillon, Bonaparte devint l'a 

le fort avancé de l'Éguillelte : du coup la viM 
pris entre deux feux, devraient, sous peine d . 
diatement le port. Deux batteries sont établ 
Scyne. On attaijue {ii septembre) : peine perd 



rade 



sur les hauteurs de la 
L"ennemi veillait; devi- 

la plnrp occupée 



nant Bonaparte, il fortifie sa position, flcve une rcdo 

depuis par le fort Caire ou fort Nip ^ m, I,< - \n_' '. \' •• ' 'ni fort 
Mulf/rave, ou, plus fièrement, le ii i' i i i 'il/ai: 

Un coup de main ne pouvait suf.'n i ; i iidre 

un siège en règle. Alors l'artillerie '-I ,,,,■. I ! ' , géné- 

ral La Poype, collègue de Garteaux, qui, sans le picveiur, avait dirigé 
contre le Karon et le cap Brun deux attaques infructueuses, est envoyé à 
1-yonpour amener des renforts. Do/tpel, qui venait de prendre cette ville. 




.^,j.f*l^J:ém^ 



•^nUffSm jfc-F^ 




leiNenl in chef à la place de Carteaux, mais pres- 
'': ' •/ 11. onvembre . Buna/un-lr, de simi eûlr 
l'iii iir, - iinpose par son zèle, sa foii,L;iie rai 
;iii il r uh 1rs prévisions des chefs eux-niéine; 
\.,\[.i Jrvi nu l'homme indispensable. Vn conseil dt 
vemhre ; l'attaque est résolue comme l'avait deman 
l'artillerie. Des hauteurs voisines de la Seyne, sc^ 
batteries foudroient le fort Mulgrave. La plus exposée d'entre elles, I. 
plus terrible aussi, celle de la Convention, est emportée d'un élan furieux 
par une sortie du général anglais O'Ilara. Mais voici Dugommier, Bona 
parte, les généraux Garnier et Mouret ; la batterie est reprise, l'Anglai; 
prisonnier (30 novembre). 

Cependant le peltl Gibrallar tient toujours. Enfin, après un nouvcai 
conseil de guerre (Il décembre), la canonnade recommence contre h 
fort Mulgrave, et dans la nuit du IC au 17, le capitaine Muiron, à la têti 
d'un bataillon dr (h,i-M ur^, iiilrve la redoute d'assaut, avec le vaillaii 
concours de ;>»/..',„,,,/■ , i .ir v.. mai, trie. En même temps le généra 
l.n Poypc csc.ili.lr li I mn |i ir lr I' is de la Masque et y plante uni 
batterie. Il ne rr^l.lil ,iu\ Aiir|ais ■pi a déguerpir, s'ils ne voulaient étn 
anéantis. I.e 17, l'amiral anglais, sans prévenir son collègue espagnol 
commanda la retraite, non sans mettre le feu à l'arsenal, aux chantiers ei 
aux vaisseaux ancrés dans le port : vingt mille réfugiés, accourus sur le^ 
quais, supplient qu'on les arrache à une mort ccr 
ine; pas une ch.iloupe anglaise ne vient à Icui 
cours. H fallut que l'amiral Langara, ému de lanl 
infortune, prit linilialive de sauver autant de mal- 
■ureux qu'il put, ce que voyant, l'amiral //oorf, cédant 
IX imprécations de ses propres victimes, essaya, mais 
op tard, d'en sauver quchiurs unes, aux lueurs si- 



-lUades sont à lurdre du jour, .. écrivait /•'/ce»» 
; décembre). On décréta que Toulon serait r.isé et 
c S(m emplacement s'appcllernit l'ort-tle-la-Moii- 
,rn- : lOdiin ri\ivi ic rs iii:irMiis furent requis pour» 

lr ,1. nr-lilrri \1 o- |r ,, r ,, . I inrux décret ne put: 

r .A r. c, -I , ; '..n .|,ir l:..„,,/,„rl,\ en 179,>i, 

, lin- , -..n e\i,r,|,li,.„ ,1 ivxi.lr; ,1e là ipie partit^ 

I -.1 1 expédition d'Alger. I.ouis-Philippe accrut les 
lilie ileins de la place, spécialement du côté du 
mil ; Napoléon 111 élargit le périmètre de l'enceinlej 
lies forts ; enfin de récents travaux ont couvert les 
uleurs, hérissé les saillies littorales de batteries, 

redoutes, de forts plongeants. 



Tn véritable boulevard de feu enveloppe la d 
h|e rade et les approches de la place, sur envi 
• iii kilomètres. Dans le layonneiiient de lu ]n 
qu'ile du cap Cépel : fort Snint-Elme cl batterio 
annexe, batterie haute du Lazaret, batteries de la 
Piastre, du Crcux-Saint-Gcorges, de la Carraiju 



LiTToi; VI. ni: i. \ midi i i:iti; \m:I': 



fort de la Croij^-ilesSisnaiu ol battciio annoxo, halU riis du i.i/i (.Vy«7, 

(lu Or»s-B<iit de Peyras. A Ui live op|ios.e, le loni; .1,. |;i j;iiiiidi! riuli' : 

foil de la Colle-yutre, qui doiniue le fnrlm de Cninre-se cl la halleii." 

d« Carqueiraime ; [oils Stiinle-Miinjm'rili', du V<tp-Urun avec lialleries 

hautes et basses, l'oit Luiiiulgiie à lesl du Miiuiillnu et liullerie de la 

Cruuix-hiinnl'jue. Sur la fiflile rmie, foi l X.tjioli'itn et batterie auuexe; 

sur la hauteur, balleiie de Vtùjuiltilte. en avanl-gaide; foit.Wii/ioiis- 

lyiif/, aujourd'hui sausvaleur. l.e pivot de la di'-fouse osl, eu arrière, 

! t inintagne-citatbdie du Faron. dont les feuxplouaent sur la ville : 

du fiirl Fiirnii, relié par la batterie île la Cn'iifiillire au /itrl 

r-Fi'rnn, plaeé au-dessus, ;i i)3ll nii'tres d'allilude et bonlé 

luenls à pic de plus de lOll nièlres; batteries du /•'/.<-(/«•- 

■• et de la tmir Deiuimntil, caserne rc/njiic/ifV du l'aron; à 

l,> retrancheineiil du ]'iis-/.i-,/,lel, la Imir d llubm; le fort 

, Uiine; enlin, au sud et par 81» mètres d'altitude, le fort A' A rti- 

: 11' fort Siiinie-Cdllieriiie. à :illO mètres seulement de l'enceiuic. 

AImi d'échapper à la longue portée des {irosses |iièces de niaiiii'- 

et ébugner l'attaque, on a couvert de feux Ions les monis voiMii-: 

fort du C<niil''ii 7(1-2 mèlres , avec l'ouvrage du Diiii-l\,iiiln v\ diii\ 

batteries aiiM.'\'~; an iii.r.l-0U'-sl, Irs ouvrayrs ihi Mnal-Viiuinr, siu 




W:^-A 




un étroit plateau situé à 79j mèlres d'altitude. A 6 kilomètres ouesl- 
nord-oucst du mont Cauine et 9 Uilomètres de Toulon, les ouvrages 
du Gri.s-Ci'rrenH commandent les porires d'Ollioides, la voie ferrée 
de Marseille-Toulon et lient leurs feux à ceux de la presqu'île du 
rap Sicié que dél.-n.l le foi t (Us Sii-Finm, a.linir.ible position stra- 
légii|ue qui tient sous ses canons la baie de Sanary, les caps Sicié 
et Opet, la grande rade de Toulon et la Seyne. 

Toiilnn est une ville de guerre : les voyageurs ne font qu"y passer, 
à tort peut-être, car c'est le pcdnt de départ de belles excursions 
vers : Tnmnrh et la plage des Sableltes; la Sfi/ne et ses puissantes 
installations méialluruicpies; la vallée de i)ffr(/(>n)/«otson vieux pont; 
la source de la FmLcl'Olliniihs et ses gorges pittoresques; Evenm et 
son vieux chàteaujuché surun piton volcanique; les grès ai Snintn- 
Anne, découpés comme une ruche colossale; le ravin sauvage du 
Ikstéon: la jolie vallée du Bam.^ei, le belvédèie de S ii- Fours. Vers 
Test : esplanade du bois de Sainle-M(irf,unilc, Carque<ranne et sa 
plage, vestiges callo-romaiiis de Pmnpimiana, Ui/èrfs au milieu d(^ 
jardins embaumés; le Fnnm et le Cmulm, soulevés au-dessus de la 
ville, et, tout là-bas, en remontant la coulée llcurie que ralraîchit 
\eGni.enu, les ruines romanli<|ues de la vieille ClinrlreMe de Mon- 
trieux (xu« siècle), au milieu de sources vives et dans le recueil- 
lement des grands bois; enlin, les dolomies de Vnihèlc, aux formes 
titanesques, qui couvrent près de 30 hectares. Voilà ce que I on 
devrait voir dans le rayonnement de Toulun. 



et roulé les miettes 
en longues (lèches 
de sable. Ainsi la 
jiresi/u'ile de Céjiol, 
par la jdage des Sa- 
blettes, et sa sœur, 
la }ires(ju'ile de 
Gieiis, par une 
double traînée sa- 
blonneuse, ont iHé 
tirées de leur Iso- 
lement. 

Pour Ginis, la 
soudure est loin 
d'être complète et 
ne se fera jamais 
si l'on maintient en 
communication 
avec la mer, par un 
ijrau de sortie, l'é- 
tang intérieur des 
Pcsi/uirrs et les sa- 
lines à demi noyées 
fini l'accompa- 





HYÈRES 








l.a p,vs,,n'il 


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rente à la terre. 


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Iriix musoirs 
uiil..nnaise et 


opposés, la gr 
le golfe de f.ie 


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!.■ 


iiml qu'une 
..ni. iiMMl en 


même nappi', 
son milieu l'.ii 


a |,i 


'■"' 


j- 



r,n 



Avant que n'eut été liée à la rive Tan- 
ileiine ile de Gicns, aucun obslaele ne 
séparait ce golfe de la rade d'Hyères, et 
par là celle-ci se trouvait le eompliMiienl 
naturel de la rade de Toulon, lin isthme 
a surgi entre les deux par le lent travail 
lie la mer, qui, à force d'i'-branler les pro- 
montoires saillants, en a ilemanlelé les as- 
sises, arraché les blues, brisi' les pierres 




10 



LA FRANCE 




L'iifiit (lu côlt; de la lerie. Des deux llèclies sablonneuses qui l'on- 
radrent, Tune à louesl, très basse, n'a pas, en certains points, 
[ilus de 20 mètres de large; l'autre, à l'est, se profile, plus ferme, 
jusqu'au suigissement de l'ancienne île. La largeur moyenne de 
i'isllune est de 200 mètres; maintes barques y sont venues faire 
naufi-age; les souvenirs de pillages qui s'attachent à celte langue 
de sable l'ont fait nommer terre d'Acnpte (de rapine). Quelques val- 
lons de la presqu'île de Giem offrent des sites ravisséinls : sa longue 
écliine mesure 7 kilomètres sur 1 de large en moyenne. 

Enli-e les iles d'Hyères, épaves du massif des Maures flottant sur 
les eaux, les presqu'îles de Giviu et de C(pct, les hauts reliefs de 
C"r'/ii''iVrtii)i/' et do F''noi/î7/e/, il y a une étroite parenté de fortune 
et d'origine. C.ir(|ueirnnne, fenoiiî/to (203 mètres), point culminant 
des ilauri-Ufs, furent aussi des iles, avant que ne fussent corn blés les 
intervalles de séparation par les alluvions du Gapenu. Ce torrent, des- 
cendu de la Sainte-Baume, débouchait à l'ouest, au sortir d'un étroit 




dénié, par la plaine basse et pierreuse 
dune sorte de Crau intérieure, dont le nomi 
subsiste pour témoigner de l'état précé- 
dent. Toutes les eaux dévalées du Coudon, 
du Fenouillet, de Carqueiranne se don- 
naient rendez-vous dans celle coupe na- 
lurelle qui se perd au-dessous du viUagf 
de la Carde, dans le bassin de la giaïuîe 
rade de Toulon : X'Eijgoulier, qui diaine 
cette dépression, devait être un ancien bra.s 
du (jflpeau; il sourd presque au rebord 
du torrent, à son débouché des monta- 
gnes, et piolonge sa direction pn-mi.'-ii'. 
Pour le Gapeau, à force de rouler miMi - 
et cailloux, il s'est lui-même Lui.- |,i 
route du sud et a pris la diiection d'- lest, 
quo nous lui voyons suivre aujourd'hui. 
Ses alluvions s'étalent maintenant aux 
bords de la rade d'Hyèi-es : elles y ont dé- 
veloppé une plage circulaire, dite p/'7(/e rfii 
Ceintiirnn, entre les cuvettes de Vieux-Sa- 
lin<;. (]!■ S,ilins-.\euf eten bordure de r.-tan. 
:\i-< IN -qiiiers, sur le front marécageux on 
\i.Mi -.■ pi.Tdre le ruisseau du Fioubauil. 
.\ 1 kilomètres de la mer, la ville d'Hyè- 
res groupe les tuiles brunes de son vieux 
ipiartier et les toits clairs de la ville nou 
velle aux flancs du tertre où se greffeiii 
les remparts de son château démantelé 
In mur de séparation divisait l'ancienni 
ville on deux groupes fortifiés. L'union se fit plus tard; la grandi 
avenue .•Mphonse-Denis, ouverte sur le front des deux villes, les ;; 
l'éunies. A droite, au seuil du logis de l'ancien maire Denis, aujour- 
d'hui Musée ouvert sur les délicieuses frondaisons du Jardin public 
la place de la li.iil'- rmhhiii ,'i r.,|,|,iii;i,lr plantée de la place de h 
Uépublique,oii |i n :.!■■ I .lli^i.' .1. i ;ii.ii i>- d Anjou, non loin de l'églisi 
Snint-Luids, v.-ii. i.iMr ( .IiIp r ,lii .\ii Mr , i,-, entièrement réparé a> 
cours du siècle derniei- chapelle du xv siècle, vitraux de Mare 
chai). La.plnce Massillim groupe, au cœur du quartier commerc^aut, !■ 
marché, la poissonnerie, dont les colonnes de fonte voisinent avei 
l'HiHel de ville, logé dans une ancienne chapelle des Templiers, d' 
curieuse architecture romane. On montre, rue Rabalon, riiuiubl' 
demeure où naquit l'un des plus illustres enfants d'Hyères, le dou> 
et pathétique Mnssillon. 

Puis ce sont des rues tortueuses et montantes vers l'esplanad' 

Saint-Paul, ouverte au grand soleil. Un escalier conduit, son: 

l'arête d'une poterne qu' 

llanque sa poivrière en en 

corhellement, à l'église 
Saint-Panl, édifice irréeu 
lier dont les parties les plu: 
anciennes viennent di 
xii« siècle. Enfin, troisièmi 
étape, l'on grimpe par de.- 
rues en csiralier, des éclielle; 
de pavés pointus, entri 
des pignons d'un autre <1ge 
jnsi)u'au Chnslel d'Hijèra 
citadelle éventrée qu'ac- 
caparent les vignobles fit 
les jardins d'une propriéU' 
privée. Saint Louis s'y re-' 
posa, au retour de la croi- 
sade d'Kgypte (juillet 1254): 
Charles d',\njou en ftti 
l'hôte; i>lus tard, 
linié, dont la bonté survilj 
dans le souvenir des habi- 
lanls. En ce nid d'aigfi 
il'nà la vue plane sur l'i^ 
niirable panorama de 
nier éblouissante et des ÎI^ 
l'rançois I" décida la coi] 
Iniction d'une forteresse 
Porquerolles, cent 
lînrbaresques, et créa 
Mnrrjuisal des Iles d'or. ' 
n'eût tenu qu'à lui de vd 



i.rrrouAL dk la mi im ri.iiiiANKiî 




valiers Je Rhodes, ces pioni 
quartier ptMiéial et pouisi 
lulle qu' 



de la ehiélieiité, tiaiispiiile 
, contre les pliâtes (|ui itifes 



ienl la Métiiterrunée, la lutte qu'ils lucnuienl glorieusement depuis 
s siècles contre l'Islam, aux avanl-posles de l'Orient. Fut-ce ini- 
évoyance, dédain peut-être, appréliensions obscures'? On laissa 
5 chevaliers s'établir à Malte et la côte de Provence continua d'être 
restée par les corsaires d'Afrique. 

Henri IVeonimeni;a la démolition du château A'Hijères; Louis XIV 
icheva. I.a ville conserva, au nord, des remparts des xii« et xiii" siè- 
L'S, flanqui's d'une dizaine de tours presque intactes. La séduction 
l'exerce le climat A' Hijères, l'incroyable fécondité de son terroir, 
dat de la lumière, le pittoresque des sites qui l'enveloppent y 
tirent une nombreuse clientèle : des palais-hôtels, des villas, sur- 
ssent de tous côtés pour les recevoir. Deux quartiers neufs pro- 
ngent l'avenue Alphonse-Denis : vers l'ouest, par l'avenue des 
;s d'or; au nord-est, le long et sinueux boulevard d'Orient. Ne 
liltez pas Hijères sans aller visiter ses jardins, où s'épanouissent 
l'envi, entre les haies de rosiers du Bengale, la flore et les végé- 
ux des tropiques; le cocotier du Hrésil, le goyavier des Antilles 
mûrissent leurs fruits à côté de l'olive, de la figue, du raisin, 
oranger couvrait 11)0 hectares de ses 200000 pieds, avant que 
s gelées hivernales de 1734-1755-1707 n'en eussent consommé 
ruine. C'est qu'en elTet, malgré la constante douceur de son 
imat, et pour bien abritée qu'elle soit, la campagne d'/7//''»v.< 
échappe pas complètement aux subites incursions du iiiistr 
ir la coulée du Gapeau. Le palmier a remplacé l'oranger : 
•panouit ici avec une vigueur incroyable; le boulevard hyéro 
■s Palmiers fait penser aux fn- 
îuses poussées de Boidigheia. A 
lié du palmier, l'eucalyptus, aux 
res senteurs qui purifient l'air des 
iasmes exhalés par les lagunes 
k'eraines, monte en fusée rapide 
entre les tamaris, les grenailieis. 
s myrlhes et le cactus aux ra- 
lettes pointues '21 340 habilunts 
Ia campagne d'JTi/ères est l'Eldci- 
do du maraicher; les plates- 
indes de légumes le disputent aux 
lamps de lleiirs et de plantes am- 
atiques. Les pépinièies d'ffi/cir\, 
1) Jarilin d'acclimatation sontjiis- 
ment célèbres : on goûtera moins 
s abords de la plage, encore mal 
isainie, et les grandes étendues 
Jouissantes de Vieux-Salins et de 
ilins-Xeufs, qui produisent en ,in- 
•e moyenne 10000 tonnes de sel. 
La rade d'Hyères, complément 
iturel de celle de Toulon, sei taux 
tercicesde la Hotte, pour laquelb; 
1 tété aménagées les approches d"- 
ieux-Salins.De la presqu'île de 
iens (ouest) au cap Bénat (est), 



entre la côl.- du Var et le cercle des iles d'I/i/crcs, s'étend une niagni- 
lique vasque liquide ayant la forme d'une ellipse dont le grand axe 
mesure près de 18 kilomètres. C'est un mouillage très sûr, en partie 
abrité du nord, contre les vents de terre, par les contreforts de la 
chaîne des Maures, et par les îles, au sud, contre les rafales du large : 
les fonds vaseux d'herbes oiïrent partout une excellente tenue pour 
une épaisseur de 10 à 30 mètres d'eau. De bons abris, en eau profonde 
et tranquille, s'incrustent entre les découpures de la côte orientale et 
les îlots riverains. Les pointes de la Galère, de la Tripe et du cap Blanc 
hérissent l'extrême saillie méridionale des Maures, avec le cap Btnnl, 
dont le haut si'uiapliore annonce l'entrée du grand bassin d'IIyèrcs. 
Au sud, la clôline d. la raile est faite par les fragments syiné- 
tri(iucs des îles d'Hyères. Ici s'échelonnent, reliées par l'inter- 
médiaire du tiraiid-ltibauil à la presqu'île tic (liens, les gramies îles 
de Porijuerolles, la priiiiipal.' ; l'u,l-{ lus, la plus liaiili', et son 
satellite, Vile du Bogimnc cnliM, lilr .lu /.rr„„l, la i.liis allniii;éc. 



Ce sont les Slœchndes des anciens. Du moins, Pline, qui 
(lotte de Misène et connaissait son métier, les désigne 
trois, dit-il : la première nu Violé {~zi~<-r^\ [PuniinToUi's 

,l/('w las^f,), c'est-à-dire a ni' n l'-'ii i i^- : n , l,. l 

celle liu Levant, //ypœw. .iu M, i. ,,, \l < 

iles de .Marseille (//uWwm, ;■ /■ / . . ;, 



dait la 
y en a 




DÉBAnQURMENI 



LA FRANCE 




essainii-cs comme une poussiôre (lî-ôpSç. semonce). De même nous 
«lisons : la ilicronéxie (petites îles); la l'oli/nésie (nombreuses îles). Ces 
iinergences rocheuses, qui rangent de près les dentelures de la cole 
provençale, comptaient toutes, aux yeux des anciens, pour dos S/u'c7if((/cx; 
mais plusieurs groupes et, en premier lieu, celui des iles d'Ilyères, rete- 
naient ce nom. 

Les îles d'Hyères forment une chaîne de 31 kilomètres; mais elle 
nVstpas infranchissable. Des passes ouvrent entre les iles et les 
l'-cueiis l'arcès ilc la rade intérieure : petite Passe, ou pa.sse Je 
l'ouest, entre !"ile du Grand-IîibauJ et le petit Langoustier, avaiil- 
L'arde de Porquerolles (en aiiière des écuoils balisés de lu Jeunc- 
liarde); gninde Passe, on passedusud, entre Porquerolles et les îles 
Mimelles de Bagueau et Porl-Cros (près de 9 kilomètres de large); 
n'tsse de B'i'jiieau, entre celte île et Port-Gros, qui débouche sur 
une excellente rade abritée ; passe des Grottes, entre Port-C.ios et l'île 
du Levant; enfin grande jjts.ïc de l'Est, qui étale une iii.ii;niH(iuo 
avenue d'eau, véritable brasde mer, entre Porl-Cros et lci-,i|i iii'n.it. 




Les navires trouvent, en cas d'alerlc, un refuge à l'exlrémil' ilr 1 
presqu'île de (liens, dans la rade du Pradenn, entre le pM^uini;- 
toire de la Tour-l"ondue cl le cap de l'Estérel, et, sur le revers, 
dans riiémicycle intérieur que protège la pointe de la Badim 
La rade de Porl-Cros constitue encore un excellent abri, le meil- 
leur pcul-èlre qui soit, de Toulon à Saint-Tropez, car l'île s'in- 
cline au noi'd et tourne ses escarpements du côté du large. I 
en est de même pour ses voisines insulaires. Porquerolles culmine 
à liG mètres (l'nliitnde; longueur : 7 kilomètres 1/2 sur plus ^ç 
2 kilomètres de l;ir^'riii. nni/neou ne monle qu'à 51 mètres : elle 
a inoins do 2 kilom.Mrrs du nord au sud. Porl-Cros, très massive, 
longue de -'i kilumèlns 12, large de 2 kilomôlres, érige sa 
dorsale méridionale à 207 mètres au-dessus du Ilot; elle pinjelle 
au sud en brise-lames l'ilot de la Gabwière. L'île du Levant (alti- 
tude 129 mètres), longue de 8 kilomètres, large de 1200 mètres, 
on moyenne, détache aussi vers l'est un écueil d'avant-garde, 
l'Es(juitlade, et se hérisse de pointes : Mauperluis, le Titan, l'Aresle, 
au sud; au nord, cap de Calenmsse, pointe et 
escale d'Avis (ancien pénitencier). 

l'our une superficie totale de 2600 heolares, 
dont 12ij''i à Porquerolles, l'archipel n"a pas un 
inilliiM- d'habitants. Comment ces îles à peu 
près désertes ont-elles mérité d'être appelées 
« les Iles d'or »■? L'appellation est récente, de la 
Uonaissance tout au plus. Peut-être les champs 
d'nrangersqui peuplaient la côte d'Hyères l'voquè- 
l'ut-ils à l'imagination des poètes les fameux 
jardins d'.Vrniide aux fruits d'or des îles I"oi^ 
lunées"? Ces îles sont boisées de pins et de 
ohones. A Porquerolles , la plus visitée, los pr 
sauvages ou sangliers sont remplaci's par des 
lapins". 11 faut suivre le rebord intérionr do l'ile 
avoc los sentiers qui longont le rivage, par' 
Alioastre, Jusqu'au belvédère du cap di'S .Mèdos. 
P'iiotror SOUS le couvert des pins d'Alop, au nii- 
lioii des lauriers et des cistes sauvages, ngreslo 
iiKu|uis qu'ombaiinient la lavande et l'arbousior. 
ot qu'ogayent los bouejuets do bruyères roses ot 
los ajoncs piqués de goulli-s d'or. D.ins collr 
soliludo, des moines de Loiius vi'ouronl plusieurs 
siècles. 

Por/-Cro.«.pin|,riol.' p;uli,uli.-ir. oullivo 1rs pi , 
meurs: aili<liaiils, poninn-^ de l>ir«>, s;il.idos. 
giiice à dos snuiirs nonil.i lUs.'s ot aboiulanlos 
([iii ne tarissent pas. 

L'ile i\\x. Levant. prnpii,'i.' do llllal, n'.i d'aulros 
habitants que los g.iidims ilu pliaro r| ilu si'iiia- J 
pliore; elle est riolio on iiiin.Taiu : grcnals. l..iii'-|j 
uialines, cic. \ 



i.iTTonM. m: \.\ Mihiii: 



LES 



I.a chaîne et 
< '-atioudulini 
(IIS. Au siitl, I 
iluen»,c.iiiipl 



MAIRES ET l.ESTEKHL 

LES MAURES 



la cote (les Maures sO 
eau, ;\ celle de /■'irjiis, fo 
a mer; au iionl, la vall.- 
rlée par le cours opposé 



•n.leut .!.• la pi; 


iue ,17/ 


■née par les alli 


vioiis.le 


(le l'Araeliset 


iel'AilIt 


luR.al-Marlin, 


lril<ulai 



Ce .sont coumie autant >le f-ratlius uioiilant veis la li^ue île faite ipii 
constiluo la dorsale des Mmof^, au-dessus de l'Argeus, au Trout ties 
terrasses de Soulèuenient des grandes Alpes, les pré-Alpes calcaires. 
Au pieniier plan, les i/cs </V/>/'Vm constiluenl le premier deyré du 
relier, en partie seuleinenl éuier:;é. I.e second deijn^ s'enguirlande 
an lilloral, entre le cap Iténat et locnp de Sainl-Tiope/., surunelon- 
i;u.\n- de 'ill kilomètres, avec les liauteursdu Ihim de linrmes (\'.\i mè- 
tres , des l'riuMs (:i-2'i mètres), de l\tnirr (.■«l!l mètres) et de l\iill,ix 




.peau, lui forment une circonvallation continue, nouée au |)ied de 

itre-l)au)c-des-Anges, sommet culminant du massif (7T9 mètres). 

?sl un domaine absolument distinct par la nature des roches pri- 

ilives qui le composent et par son relief i|ui émerge des terrasses 

Icaires moulées au flanc des grandes Alpes de Provence. I.'ilol 

iiMiiil du Var, comme les géologuesappellent le massif des J/rt"rf.s, 

i ;i l'est une grande masse de roches crUlallines : gneiss 

■ le filons gianuliti(iues, micaschistes entremêlés de cou- 

Mi|>ienant des grenats, de la slaurotiile... Sur cette assise 

;..—•, à louest, une traînée de phyllades sédimeiitaiies, dont la 

utiure se prolile d.; la Sauvette au cap Bénat et partage, au sud, 

•rl-Cios en deux pariies inégales, de sorte que les deux tiers 

• celte ile, avec celle du Levant tout entière, se rattachent à la for- 
ation cristalline et le reste de laiehipelaux phyllades. 11 y a donc 
lalogie complète de foiination entre les îles dllyères et le massif 
•s Havres. Si Ton admet, avec M. G. Fabre, qu'à l'aurore de l'âge 
rtiaire, alois que surgissait la cliaîne des Pyi é- 

•es, une puissante masse de roches cristallines, 
I partie efTondrée, existait entre la Provence 
la Sardaigne, la Corse et les Maures avec leurs 
lelliles insulaires en seraient les débris visibles. 

• !'i:m entre pourune part considérable dans 

ite des Mniires; l'espace qu'il occupe à 

- ahordsdeCirimaudàlavallée del'Argens, 

;,e zone de 20 kilomètres sur 3; çà cl là se 
uiuli-.~ient des îlols porphyriques, des basaltes 
calisés aux environs de Saint-Tropez et de Co- 
din, des serpentines piès de Cavalaire, dans la 
illée de la Verne et la région de la Garde-Frei nel; 
ifin, un affleurement de terrain houiller tra- 
Tse la crèie, du Plan de la Tour à la vallée 
i Collobrier. De nombreux filons métallifères 
insinuent à travers les sihistes du massif: IVr 
igiste avec grenats aux environs de Collobrièi es, 
ilène et blende (minerai de plomb et de zinc) en 
usieurs giles exploités. Si le massif des Mimirs 
avait été troublé et comme loidu, à répoiiui' 
icène, par les granils monveniepils oiot.'i'Ml.|iiis 
li comprimèrent l'ossature de l;i !■ -l'.n pi ■■y\\- 
ile, le relief engendré par ses ,i~-i- -s pi imiiiv .s 
•gulièreinent disposées ofl'rii^iit un (|.\ e|i,|,|,. - 
ent peu compliqué. Mais, dans lell'oil de hi 
impression venue du sud, quatre longues rides 
lillantes, séparées par trois dépressions, se sont 
iperposées, et, comme une vague pousse l'antre, 
levauchent d'ouest en est le massif tout entier. 




{32!i mètres). A 
ride soulevi 
entre le rivage 
la crèle faille 
appartiennent: le i .n i. uc.vlviti ■^. 

Cnslellas (3'i2 mè- 
tres) au sud-est 

de Pierrefeu, \'Obbède{kG% mètres), le Bouckaul (6'iO mètres), la 
Verne (629 mètres), la Pertuade (440 mètres). Enfin la dorsale de 
faite se révèle .par la montagne de Nutrc-Dnme-des-Aïujes (779 mè- 
tresl, le pic de In Snuveltc d'altitude égale, la Vnljiai/ette (667 mè- 
tres) et les lioc/ies-Bl'inchcs (638 mètres); à l'ouest et au sud du 
Fraxinel (348 mètres) qui domine la liarde-Freinet, la Colle-Dure 
à l'est (338 mètres), le Peii-Gros (o28 mètres) au seuil du col de 
Gratteloup, le Saint-Martin (521 mètres): enfin les crêtes de limpie- 
lirune (371 mètres\ qui plongent en gradins sur le cours infi-rieur 




France. 



II. 



14 



LA FRANCE 



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lie l'Argens. Ainsi le relief monte du sud au nord et s'abaisse de 
louest à lest. Les rides montagneuses qui, vues des hautes terrasses 
subalpines, semblent des moulonneinenls sans importance, ne sont 
que les humbles restes, les racines usées de montagnes qui, à Irpoque 
<le leur siirgissement, devaient atteindre 2000 mètres et peut-être 
«lavantuge. Les jl/'iurM, comme la péninsule d'Armorique et comme 
l'Ardenne, n'ont conservé que les substructions d'anciens édifices 
<:-branlés par l'évolution de l'écorce terrestre, décousus et, finale- 
ment, arasés par les agents atmosphéri(iues. 

Mais, [lour être devenues plus humaines, ces montagnes n'en ont 
pas moins consoivé une beauté particulière qu'elles doivent à leur 
nature et au ciel qui les échauffe et les éc:laire. I.a forêt, dans les 
M'iuns, règne en souveraine : elle couvre les sommets don telle eni- 
l.runlelescontoursgracieux, ne laissantàla cultureque les plaines, 
les vallées et les coteaux proches des villages. Partout ailleurs, 
flu-dessus des roches grises ou 
roses, pailletées de mien, qui 
élincellent au soleil et dont les 
minltes dispersées sur les seii- 
tieis de la iiionlagne semblent 
de 1.1 poudre d'or ou d'argent 
semée sous les pieds, un som- 
bre manteau de verdure mou- 
tonne sur l'horizon, du vert 
sonilire des piii>i, qui couvrent 
en hatiiillon 8<-iié les deux tiers 
(lu sol, au veit plus lumineux 
du chêne- liège, à l'émciaude 
du chillaignier. Celui-ci n-- 
clierche les piMiles humides du 
versant nord, les vallées fiaiclii-s 
des clairièii's de l'intérieur. Le 
^•h^'ne-liège, plus frih-iix, se plait 
davantage aux veisanis que 
«hauiïel- solrij du Midi : c'est 
la richesse dr. .1/,„,rr,; il oc- 
cupe le <|iiart ib' l;i siifn-rlicie 
foieslière, enviniii '2iMl(lll Iht- 
lare», el son d<iiiiaini> g.iuiie 
tous le» jours, car cri ai lu e pi v- 
rieux, si l'on sait attendre son 
développemenl, d'uiiie d'appré- 
ciables revenus. Vers dix ans, 



lorsque le cbène-liège atteintO",' 
de circonférence, à un mètre c 
iL-ire, on soulève sa première écon 
par sections réduites, afin qu'il n'a 
point trop à souffrir de la privali. 
de son épiderme; cette opéralii 
s'appelle le dtmasclage. Après i 
laps de temps, variable suivant 
nature du terrain, en moyenne: 
bout de dix ans, l'écorce nouvel 
est enlevée et livrée à l'induslri 
On en fait des bouchons : Col! ] 
brièies et la Garde-l'reinet s'y ci 
ploient très activement, mais 
nombreux villages exercent 
même industiie, soit avec les pi 
duitsindigènes, soilpour les lit-: 
iinporlés de Corse et d'Algéi 
I."rX|Mii lalion atteint une valeur 
|ilii-Hnis millions. Les résiduseï 
IIP iii'S, réduits en poudre ets^ 
mis à une forte pression, serv 
.1 fabriquer des tapis de pied. 
riiiore, agglutinés avec un ii 
lange de sable, forment des l 
([ues utilisées par la marine. 

Les forêts de pins, exploit' 
d'autre part, fournissent un i 
portant appoint aux boiseme 
des galeiies de mines, alimenl' 
des scieries, menuiseries, etc. 
pin d'Alrp décèle la région i 
pliyllados, qu'il aime; le /ym »«' 
tune, celle des schistes cristallii 
le sol et l'arbre sont solidain 
on les riMonnait l'un par l'autre. Quant aux pins jiarasols, ils 
bori'iU leur panache, de préférence, le long du littoral. Cette ac 
mulalion de résineux dans la haute région des Maures olfie ; 
incendies une amorce toujours prête, sous un ciel de feu : des c 
taines d'hectares sont parfois dévorés en quelques heures, mal 
la surveillance incessante des biii.M.li-s iiinl.il.s de forestiers t 
jours au guet, jour et nuit. L'État p.-. .h- .Iciik r.nêlsdans la ré}; 
des Maures : celle de Ni)tre-.Danie->li.^-.\ n./.^ J i 'i hectares) et c 
du Diim-dc- Burines (1946 hectares) aux: a-i.sl.s SMii-bois. Qu. 
exubérance, avec le printemps! L'arbouM.i, l.i Iumn.i «■ Mmik 
un grand ciste aux effluves pénétrants, le i > ii-c . |.im. iix, se un! 
en d'inextricables maquis; dans les clairièns, l'ui. liulii; el lasii 
dèle piquent leurs vives couleurs; la Lavnndula sticchas, que vi 
neiit butiner les abeilles, exliale son étrange parfum; sous les liai 




le grandes fougères épanouiss 
leur palmes vertes aux t 
clairs; enfin, le long de C 
mins pailletés de mica, < 
pendus aux aspérités, l'i^l 
le figuier de Barbarie se mu 
plient comme à plaisir, kti 
végétation toute spontaB; 
ajoutez l'oranger, le grenad 
le citronnier, les mimosas ; 
arbnrent leurs plumets 0'| 
raiils, les lauriers-ioses gé»!] 
l'eucalyptus, le palmier quîr 
lit ses fruits dans les «Oi 
;ibrilés: cette région des3/<jB: 
.111 creux des vallons défell" 
contre l'àpre bise du nord, : 
bords des criiines de sable ' 
que le soleil échanlb' et la f 
rafraicliit, dut parailre à 
li.Mrs .irricaiiis le paradis dei 
p.iliic i-i'lniuvi'i' : nièine C: 
UH-mc-s i:iu\, méuK! terre pi 
dii;iie. (lu I appelle justemi 
" uiif riovi-uce il.ins une 
tic ... Ce i|ui, en elTet, 
lise la Provence : ces 
calcaires, arides et chau' 
tons crus, ù l'éclat ave 



s; 



stemi 

une I 

1 



MiToiMi. m: i,\ Ml iti 1 1 iiii a.m;k 



qi s'él^veut en gratlins comme 
«l' limeuses escaliei-s, avec leurs 

r. tl. s pl leui-s vignobles, .le V,i- 

r 'uloii el de Qinnes ù Meii- 

-^enl à l'apiMoclie des 

I I rien de semlilalile, plus 

- ni pierres s^'clies; rien 

I linrmi<nio du pays;ii,'e; 

mie le regard, de la hase 

i des miMilagnes, car, si 

- ^.>nl puissants, les angles 

--■ni, el, bien ijuc le co- 

. .. ril soiiirès chaud, l'exu 

o.iiiie v.^gètaiion forestière all«''- 

0- le trop vif tVlat de la liimi.'-ie 

p vnçale : tout esl agresle, pri- 

n if, cl la nature seule est l'auteur 

d t'i ouvragi' admirable. 

'ront de mer. — Le massif des 
['|iose un front convexe à 
1 ll.il. Aussi, comme il ar- 
1 sa su'ur armoricaine, la 
•■ • esi-elle ourlée de dentelures 
■i s nombre, de promontoires ai- 
g , entre lesquels sévasent de 
g nds bassins, desanses modestes. 
J criques dormantes, frangées de 
pois abruptes ou de conques de 
s le fin. Trois baies principales 
éiancrent les remparts des aMou- 
r : D'irmes, Cavalaire,Saint-Tro}ic:, 
\> deux premières face nu large, 
l'itre en retrait, seuil ouvert au 
tur même du massif. C'étaient 
l'is stations niarilimes de la 

r te romaine : Alcuni$ (Bormes\ Hemclca Caccnbnria (Cavalalre) 
ele sinus Snmbracilunus {golfe de Saint-Tropez). D.s fragments 
d poteries, des substructions informes, voilà ce que l'on trouve 
S a place de l'antique AUonis, envasée par ies alluvions de 
L IX modestes ruisseaux. 

.e Lnanduu, sa jolie plage, ouvrent le littoral sur l'étendue de la 
r r, conque de tur<|uoise sertie dans l'émeraude des bois qui cou- 
r ni la péninsule du cap Rénat et l'Iiori/.on de Bormes, à la fois 
t ivelle ville p.-rcée de larges rues et vieille cité aux luelles mon- 
l tes, tortueuses, barrées de poternes contre les [ijrales, qui s'est 
! ignée de la nier, presque au seuil de la fnrét. I)c là Minute, 
i travers b>pis, par 

détour de la .M'Me, 
1 chemin de laC/i'/'- 
' v<« de la Veine, si- 

cieuse et poétique 
iraileoii, duxn'siè- 
i à la Hévolution, 
1 lurent les religieux 
j saint Bruno. Les 
J'imenls que le van- 
jiisme des hommes 
i. pas ruinés ser- 

il à une exploila- 

>n agricole; le 
;le se défend mal 
3 enveloppeiniiits 
lierre, des lianes 
uries, des plantes 

•matiques, vrai ma- 
is avant-coureur de 

forêt où chênes 
ris, chènes-lièges. 
itaigniers, vétérans 

ntemporains de 

Itbaye, les uns ro- 

sles encore, se mon- 
int prodigues, les 
.1res pliant sous le 
ixdesans, décapités, 
oulanis, ajoutent à 

mélancolie de la 
larlreuse délabrée. 




Cavalaire est la retraite rêvée, dans un site idéal ; la coupe df 
son pclil goU'e s'ari'onditdans un liéinicycle de hautes collines. >. lie 
superbes [uns parasols ombragent la plage de sable (In où vient 
mouiir doucement une mer que le veut du sud peut seul agiter. 
Jamais le terrible mistral n'a secoué les fruits d'or qui surcliaigent 
les orangers. Aussi le iiaiinier, laloès, le lauiier-iose, le liguiei- 
croissent-ilsavec une étonnaud' viiriirni •; les Imis toulTusqui emplis- 
sent les vallons poussent liliriMM.nl .l.ms un inagnifique désordre de 
forêt vierge. » (G. Hautoi.i.) 

C'ivnl'iire fut, à l'égal <le Bormes, une station fréquentée dès la 
plus liante anliciuiti' : dans relie l>aie ouveiic en cnurlie gracieuse- 




16 



LA FRANCE 



du cap Lirdier à la pointe de Cavalaire, les galères romaines trou- 
vaient un refuge. Une reste rien de réiablissement antique, hormis 
des fragmentsNariés de poteries, de tuyaux de plomb et l'amorce 
d'une jetée dont lare formait le port. 

Le golfe de Saint-Tropez (golfe de Sambiacie), vaste nappe de 
4 kilomètres, enfoncé de 8 kiloraèties à i>eii près dans les terres, offii- 
raitaiix navires un mouillage excellent, s'il n'était 
ouvert à la lioule du large et au souffle du misiral. 
Plusieurs fois dévastée par les Sarrasins, rebâtie 
après leur expulsion déliiiilive, morfondue encore 
dans la lutte du duc d'Anjou contre les Duras, 
repeuplée par une colonie génoise (l'iTOl venue 
à l'instigation du bon roi René, la ville, fit tète 
liéroïciuemcnt contre des galères espagnoles qui 
manœuvraient pour s'en emparer (15 juin 1637). 
Chaque année, des fêtes bruyantes commémorent 
cet exploit, et le patron de la ville, suint Tropcz, est 
associé à cette nianifesLilion populaire. S'il aime 
le bruit, ses fidèles ne l'eu juivent guère. Ce ne 
sont, à la grande procession organisée en son 
lifinneur, que feux de salve, décharges de trom- 



eulminaiit de la péninsule qui bastionne les approches de Saini 
Tropez. l'un des villages les plus caiactéristiques de la région d. 
M'iiirrs. Au pied même des inr.nlaLrncs nù les Sarrasins avaient élab 
leur repaire, un étrange vrli. • i;i|i|" lie leur ruine : c'est un 
avalanciie de toitsaccroch'''s .m ihmiiIm ni,' isolé que couronnent lo 
pans de mur et le donjon di iiiauldr du diàleau de Griniauil. Gibn 




Griinalili, le vaillant t. 
nois qui mit son épée ; 
service de Cuillaume I" 
Provence, contre les m 
créants, reçut ce fief pi' 
de sa bravoure, et 
golfe de Saint-Tropez, il 
signé pur les anciens sous 



nom de baie 


le S„ 


iihra 


prit le nom d 


. lui 


de 


libérateurs : c 


■ fut 


le g. 



;t-tiiopez 



blons, coups isolés vers le ciel ou contre terre, cependant que des 
fanfares variées déchirent de leurs cuivres le bruit assourdissant 
de la fusillndr; et déploient leurs bannièies sur l'ondoiement des 
panaches et de» costumes du « capitaine de ville » et de son brillant 
étal-mnjor .'{"O'i habitants . 

Il va denxvillesdaiisS'/ini-T'ro/icî.la neuve, qui gagne vers l'ouest, 
autour de la darse, avec de belles percées et un quai-promenade; 
l'autie, aux riM's monlanles vers la citadelle, (juartier des péclieuis 
cl de» marins, qui recèle plus d'un coin pilloresque aimé des 
curieux et dis .irlisie». la darse, piofonde de 'i à b mètres, ne 
reçoit guère qiw d.s cal.oteiirs; une jelée de 300 mètres, éclairée 
d'un pharr, gn.lc' |.' portrontre le large; il y a ici un poste de 
lorpilleui-s et une éi .1 • d'hydrographie. I.a promenade ombieuse 
des /><-.frnndiiil. sons le couvert des platanes, i la roule de Cogo- 
liii, aimable et industrieuse cité bfUie au confluent de la Mole et de 
In (liscle, ilan<i un bassin fertile. Ver» la mer, Gn.isin se dresse comme 
nue vigie contre |.s corsaires, du haut d'un tertre de 2111) mètres : 
ses ruelles, son ren [.art circulaire évoquent un temps d'alarmes et 
de sanalanles suriMi-s. Crvi ..,v.r /(,,,„„/„,//, adossé au point 



Les Sarrasins vennic 

d'Afritiue : la cote provençi 
olVrait à leurs Irgcrs esqu 
(Il's rctrailcs si"lres d'où ils po 
valent giu'llor une proie 
fondre à l'iniprovisle sur ' 
villages ou les passants, i 
Médilerranée était leur Irlb 
taire : de Gibraltar à la ce 
d'Asie, les corsaires l'éci 
niaient impunément, comme leurs lointains ancêtres, les SnraceHi (S«rr 
sins) ou Aiaties Scéiiiles, race d'Ismaël, vouée au désert, eNpIuilaient h 
grands clicmins de l'Orient, rançonnaient les caravanes de l'Inde qui, r 
montant la région du Tigre et de l'Euphralc, se dirigeaient, A. partir ' 
Babylone, les unes à travers la Paleslinu et la Phénicie, les autres au m 
ouest, par Peira, vers le Nil, Alexan<lrie, Thébes et Memphis. C'était pO' 
les cxploilanls de la route ime source df nnlahlcs prodls. Aussi les.<itli 
Scéiiilis, niailres par la teiTeur de vasl.^ I. 1 1 ilnins pr ilii|nrs parle cor 
mcrcc, nomades et pasteurs, guerriers 1 in-linrt, n i\ aiil rien à perdre 
d'autant plus ftprcs au pillage, en perpilnel ileplaernienl grAee à leurs oh 
nicaux et b. leurs chevaux agiles, avaient-Ils perdu, en cotte vie d'sVt 
turcs et do dérèglement sans frein, les traditions que leurs frères de 
les Israclilcs, fils d'Abraham et de Sarah, non d'Agar, la servante 
d'Ismaël, avaient religieusement conservées. Profondément .mi i ..inni 

Aiiilirx sailonnaien! aux cxtrava^'antes pratiques ilii Irhilu^ 

salieisinc l'eiilte ilii feu , leurs idoles étant aussi nonilnvu - i{ii< v: 
llaiis celle décadence, prologue certain d'une procliainr ili^.liili, 
homme nu génie hardi, puissant par la séduction de sa pande et les 
messes, conipiérantes des masses populaires, osa se mettre en travei 
préjujîés et des abus qui allaient perdre sa race, proclama un seul 
un ciel pour tous, la fortune et les joies de la vie [lour les (dus déshél 



nu \m;e 




I ■_: — ( Ifgion : en peu ili- U-mps Mahomet vil une arincc aiilmir de 

I désormais le prophèle ii)lnnj;jlile. On connail sa furlunc 

lire, après la fiiili; à Mediiie. Il n"usail se déclarer ni pour les 

;• ur les Clirélieiis. bien que sa doclrine ne fut qu'un niéianye 

( i.runU-, par morceaux, à I Auoicn et au Nouveau Teslamenl : Jérusalem, 

c is sa pensée, pouvait être la capitale de la nouvelle religion. Navant 

(. Iieurlé l'obslacle, il n'avait pas de haine contre lui. Ses disciples 

i -rpretèrent autrement sa doctrine. Ils se répandirent en déluge sur 

I -ient; bienlùt l'.Vsie fut à eu.x : leurs kiialiTes résidaient à Damas et 

( Il rayonnaient sur l'Euplirate et sur le Nil. L'Afrique conquise, quand 

I dernier des Oinmitiiles s'enfuit pour ciliapper au massacre de sa 

r lille. la Voie était ouverte : il passe du .Maroc en Espagne, et fonde 

I klutlifiil ,1e Cmd.tue. 

'.lilà l'Europe sous la main ilu Croissanl. I.a péninsule asservie, les 
( iquéranis franchissent les Pyrénées, pillent et massacrent le Midi; 
lit tremble à leur approche ; le Cfrur même de la Gaule chrétienne va 
t ser de battre. Alors Cluirles Martel anéantit l'invasion (712', disperse les 



cadrons d'.\bd-er-R:"ihman, et. p^ 
[ns, leur reprend Narboinn' • i I - 
I ils avaient razziées et a-Mi 
l lam ne se tenait p.iinl |i ! 
Isespérant de gagner le su! ■! I i 
! (TfniHj revinrent par la roule de 



rant les fuyards l'cpée dans les 
■ \ illes de la côte languedocienne 
I lllione. I/Europe respire; mais 
\ '.niait la Méditerranée en fief. 
ji ir la traverse des Pyrénées, les 
L'n prenant leur élan de la cote 



les inceiiiliiiiiil, Ir lii.iiil .n • -. 

au fil llll ^1 il\ i-, Ir- r-li'll- - 

tout tir- Mli. - -iM>. ill. i 1 

Alors !i-> [.iiMl.- ^ ri ,l.hi.',,i ;, ,1, 
1,'un de ces brij.'.iMils, pousse pi 
considéra ce pays niuntueux, co 
fondre sur tous les poinis du terril 
Les Stiinisiiis élevèrent au l'io 



qui n'avait pas ele |iasse 
(•ni la cote intenable; par- 
inner le signal d'ularme. 
l'objet de lei;r convoilise. 
1.- g(dfe de Siiint-Tropez, 
Inivls, d'où l'on pouvait 
II. la tenipéteni les coups. 
-l'ii'im-l , ciiMir iIm Massif, 



leur citadelle: on lui attribuait la robustesse du lidi. /'nu ini-iinn , ibmt 
les grandes futaies couvraient le voisinage. Isolée il. Lu- r.l. - i^r des 
gorges profondes, di; siiinlir..s taillis, des maquis i-|iiii. ii\. Ii r. Ii:iile des 
bandits était jiigei' in.i. . .--il.l.'. II1.11I..I .1 .iiilr.< Im N i-..]. -. .1. - I..im-s de 
guet se dressèrent ^nr |.- fui. - .pu .■.iiiiiniii.l. ni I.' |. i\- Jin linil .1.- rcs fra- 
xiiiels, les pirates \ .illii. ni. -i-n;il,ii. ni ,1 I I |.i ni.n|.,.l.- |..rl. r. --.■ \r< occa- 
sions favorables d.; pilli^, > lin. tu.nx. I. in\.'.-li->.jnicnt il..; la m ilhenreusc 
Provence paraissait accompli sans retour : villes, villages, monastères, 
et passants, chacun fut razzié à son tour. Cela durait depuis un siècle. 
Tant de maux, et surtout le danger toujours iirésent de l'invasion campée 
Mil- I.- ^..t. ,n,ni. nt 1.^ |,!iis ii„lilV.ivnl>, rn- t.- <.,rru.!„s. nniitres de 
I Ml Mil.' .!.■ I. Cil .l..ini.'. .!.■ l;i >u,\.-. ,]■■ l.i r,.y-r. .t.. |;i S:inl,M:..ni., des 



(ifrique. Des escadrilles de corsaires sillonnaient la vaste étendue bleue, 
ifisquaient les navires, fondaient à l'improvisle surles villages du littoral. 



contre eux [nw stiinl Miii/t'iil, alibé de CInny, qni; sc^conilait un précm-seur 
de Pierre l'Erniile, Uobon, ou Bnioiis, depuis honoré par l'ivglise comme 
un saint. Sous les ordres deriuillaume I"', comte de Provence, il déploya, 




18 



LA FRANCE 




aux côtes du Génois Grimaldi, un grand courage, lorsque l'assaut fut 
donné au Fraxhiel. La lulle fut terrible, car, pour les pirates, la perle de 
leur citadelle était le gage d'une expulsion prochaine. Nous n'avons nial- 
lieurcuseuicnt sur celle action que les récits cpiiiucs un peu aventurés des 
chroniques. 11 importe seulement que le coup frappé par Guillaume tie 
l'i-oveiu-e fut décisif : chassés de toutes leurs positions l'une après l'autre, 
les Sarrasins durent reprendre le chemin de l'Afiiiiue, mais non pas tous. 
car, le vainqueur ne 
s'ctant pas montré trop 
dur, beaucoup d'entre 
eux cunlinuèrenl d'ha- 
biter les villages de la 
cote, où leurs descen- 
dants, mêlés à la po- 
pulation indigène, ont 
perpétué jusqu'à nous 
les traits caractéristi- 
ques de la grande fa- 
mille arabe. Les Bar- 
baresques ne laissèrent 
pas, malgré leur dé- 
faite, d'inquiéter long- 
temps encore les côtes 
provençales : mais ce 
n'était plus un brigan- 
dage sur place. Les 
cliei<atiers(leMalle,(]m 
lul!ércnt contre eux 
pendant trois siècles, 
enfin la glorieuse cam- 
pagne d'Égyple et sur- 
toutlaprise d'Alger, en 
ont pour toujours dé- 
livré la Méditerranée. 

Au pied des ruines 
assez insignifiantes de 
l'ancicnneciladellesar- 
rasine qui couronne 

une hauteur escarpée de IbO mètres, la petite ville de la Garde-FreineL 
s'emploie à l'inolTensive industrie du liège, fabrique des bouchons, récolte 
les châtaignes. Assis dans une plaine fertile au confluent de l'Argcns et de 
laNarlub.v,lejVHy, marché de cocons fort achalandé où les Syriens viennent 
se pour\'oir, n'a pas à redouter, comme la Garde-Freinet, postée à plus de 
400 mètres d'altilude,surrunc des crétesdumassif, les coups dcventsubits 
qui balayent les hauteurs cl glacent 
leurs hivers. Il est rare qu'en jan- 
vier le sommet de NoIre-Dame-des- 
Anges, point culminant des Maures, 
ne reriiive pas un tapis de neige : en 
haut Ion pèle, en bas l'on goûte une 
douce lirdiur, le long des plages 
échauffées du soleil. 

Cours d'eau. — Le Massif 
«les Moiiri'i se ili'laclie en relief 
comme une forteresse naturelle, 
s<''par.'-e du giand amphithéâtre 
des Alpes par la douve de l'.lr- 
ijrnt : aucune ri'(:i|)iocité d'une 
rive à l'autre ; ici les roches pri- 
mitivi's, là 1rs terrassements 
calcaiie.s inoui'^s en coiilrefnils 
di-.s cimis neigeuses. L'Ar- 
gens lient d..' l'une el de laulre 
réiiii.n, d'où il tire sesaffluents, 
une ahondanr'e d'eau et une va- 
\\>U: d'aspiM-ls qui lui dunnenl 
un jirand ciiarme. Il jiuise au 
ver.'^.iulorienlal de la nionlaRnc 
de Sainte- Victoire ( I 01 1 mètres , 
non loin des sources de l'Air, 
issu du mi.nt Olvmpe (8!)3 m- 
Ire»). Au revers du pli où 1.1 - 
fiens vient nu jour, le villaue <\ 
l'ourrière.s, rjans la vallée . 
l'Arc, ra[i(.e||e J'iVriisement d 
Amliro-Teuliiiis par Maiius. I 
suivaient la rniili'i! npposi'-c ili -. 
deux rivi^-re.M, V(';rilahle chemin 
de ronile (pii, do Fiéjus, envi - 
ioppe avec r,| rgriis le massif dis 
.Maures cl, par In plaine d'Aix 
avec l'/lrc, rallie, en rontournaril 
ramphilhi'àlre iiinnl.ii.'Mi'iix di' 




Marseille, la dépression du lac de Berre elle Delta du Rhône. C'était, 
à l'écart de la côte escarpée el semée d'obslacles, le chemin le pUb 
direct et le plus comfnode pour passer de l'intérieur de la Gaule en 
Ilalie. Par l.'i défilèrent les légions, en suivant la voie Aurélienne. 
i.'Arr/cns naît à 270 mètres d'allilude d'une /'oîfj; abondante, jailli, 
de la roche fissurée; une aiitie paissante fonlaine, la rivière di 

3Ini/r„nnr, accroît, à 

1500 mètres en aval 

le volume de Sf^ 

eaux. Puis les toi 

renls dévalent : 

droite, le Cuuron 

venu de la Sainte 

liauino ; le Caramij e 

VJssole réunis, qu 

conduent à Carcès 

en face de la Cassolr 

entre VEau-SnIce à' 

liurjols et la Bnsifi 

de Salernes. Au-dcs 

sus de Vidaubon, 1; 

vallée se contracl' 

dans la gorge d' 

Saint-Michel; aprè 

un liond furieux 

l'eau s'engouffre sou 

diMix ponts naturels 

arcades subsislanlr' 

d'uiieanciennevoùt 

effondrée par le mi 

lieu, sur une loiî 

gueur de 50 mètre; 

C'est là ce qu'on a| 

pelle la;'fr<e de l'At 

geitx.Vn clicniin taillé dans le roc descend en aval jusqu'au torrci 

et conduit à deux grottes, dans l'une desquelles, la plus petite, jaill 

une source; l'autre, agrandie de main d'homme, forme la chapcll 

de SaiiU-.Viciiel-soi(s-]'prrc. Plus loin, la gracieuse rivière se dilal 

dans une ample et fertile vallée. Au-dessous de Vidauban, VAryci 

capte VAille, son principal ai 

lluent des Maures, dans un si 

nueux défilé, puis, dans la plaiii 

(lu Muy, InNarlubij de Dragiii 

gnanVr/?r!(/re, passe au pied dt 

rochers de Roquebrune, laiss 

Fréjus à gauche, après avoi 

capté le Bci/ran de l'Eslérel, ei 

fin gagne la mer à l'ouest d 

Saint-Haphaèl, après un coui 

dellG kilomètres 1/-2. 

Ses alluvions ont couddé l'ai 
cien poi t de Fri'jvs; bien qu 
reçoive de la craie des source 
abondantes, VAnjeus ne port 
|iasde bateaux ; ou y flotte seul' 
ment, au-dessous du confiuei 
de la Bresque, dos bois do pin 
destination des ports du Mid 
Toulouse et Marseille. Les silr 
pittoresques, les roches coloré' 
qu'arrosent ses eaux claire> 
prennent, sous la chaude lu 
luière de Provence, une beaul 
singulière. La voie Aurélienm 
qui empruntait celte dépression 
y vit, après le meurtre de Césni 
1rs légions de l.épide, ranloii 
nées au voisinage de Vidauban 
fraterniser avec celles d'An 
tiiine, arrivé à Kréjus; l'enlenl 
des deux chefs fut le prélud' 
du triumvirat d'où l'ETUpirc ro 
main devait naître, sur les rui 
nés de la lU'|niblique. 

Fréjus, arsenal de la marin 
nim.dne i\ la porte des (jaulo 
lui une création do César. Marscillr 
jnsi|ii'alcirs fi.lélr à l'alliance il' 



LITTORAL Dl-: LA MKUll 1.1111 A NKIÎ 



10 




onie cl la meilleure ouvrit^re de sa fortune nu ilel.\ des Alpes, s'élaat four- 
yik\ilans la querelle du proconsul cl de Poiiipce, eu prenant parti pour 
dernier, tViii/- no le lui pardonna pas. Il fallait A la conqucMo une base 
is rapprocliie de ritalie pour le r.ivilaillenient de ses troupes. Ilien no 
prOlait niiiux à la réalisallon de ce dcss.in que la situation de h'rt'jus, 

u point pn-Vis oii la voie .Vunliinu.-, ce nr.uid clicmin d'Italie en Gaule, 
il! lit le littoral pour pénétrer d.uis 1 iiileiiour. contourner, par la vallée 

et atteindre, en 

i la dépression do 

lit-, les grandes villes du 

tiône, Arles, Orange, Ni- 

les. Les 0\yl>icns, p.u- 

lade ligure qui oicu|i'.il 

i Ciite, virent venir une 

rant-garde de velerins 

e U 10* légion, qui s as- 

nra de la position : la 

ouvelle colonie prit lj 

om du fondateur et celui 

.•s premiers arrivants 

onim Juin, Decuinaift- 

um; de Forum Julii, l'u- 

age a fait Fréjuls, puis 

réjus. On bâtit sur le 

ersant méridional d'une 

minence eflleurée par lj 

'■eijran, torrent de llCsIê- 

el, qui mêle ses alluvinns 

cernes aux eaux blanches 

e VArgeiis : une lagune 

étendait au front des ter- 

ains de transport amasses 

ar les deux rivières. 
Le port de Osar parait 

'avoir été qu'une anse 

aturelle ouverte d.ins la 
iinuosilé du rivage, à l'est 

e la ville : son fondateur 

aourut avant d'avoir pu 

aménager et le défendre 

ontre les limons envaliis- 

eurs de l'Arfjens, poussés 

;e l'ouest à la rive de l'ét.ang. L'œuvre fut accomplie par Agrippa, ministre 

t favori d'.Vuguste. Rome gardait ses rivages de la mer Adriatique et de 
a mer Tyrrliénienne p.ir deux Hottes permanentes dont le centre de rnvi- 

aillement était, pour l'une, Ravenne; pour l'autre, Miséne. Fréjiis devint 
e point d'appui et l'arsenal d'une troisième flotte chargée de surveiller les 
■otes de la Provence et de la Narbonnaise, de convoyer les troupes, les 
rivres et les approvisionnements de guerre. Le nouvel Arsenal, dédié à 
Vuguste, prit le nom de Savale Aii;/iisli, Culouia Ocluvannruin, parce que 

a »« légion (Oc/ma) était venue renforcer la première colonie. 
Le soldat romain ne devait jamais rester oisif: c'élail une règle capi- 

ale de la discipline des légions. Aussi Rome dni-' 11,' a ,-. l nlile con- 
!ours, plus encore qu'à celui des mercenaires ou il.- \ un. n-, I i m. illcure 
larl des grands édifices qu'elle élevait pour assurer s. s . (.ii.|ii. ir- .1 (|..iineri'i 
-es fils éloignés l'illusion de la mère patrie. 'riiii[il.-. lli. ih. . iim|.1iiI1ii- ilrc. 
Tonim, remparts sur- 
tout: rien ne fut ou- 
blié à Fréjus. L'en- 
:einte pouvait avcjir 
3 5m mètres de déve- 
loppement, avec des 
murs épais de 3 mè- 
tres, hauts de X. que 
flanquaient des tours 
jà deux étages, de li à 
15 mètres. La grande 
t'.ie Aurélienne tra- 
vi'rsait la ville en s.in 
entier; entrée par II 
porte Romaine à l'es'., 
elle en sortait à 
l'ouest par la /"«/e îles 
I Gaules. La place ou- 
vrait sur les terrains 
bas de l'Argens par i 
P'trla Argeiilen, et sur 
le piirt par la porte 
ifOrée (non la porte 
llorée, : n'était-ce pas 
Voréf, la sortie de la 
ville sur le rivage 
{ora)1 Aux angles 
avancés des remparts, 
et du coté du large, 
deux forts d'avant - 
garde, l'un à l'ouest, 



la citadelle (nujourtlhui bulto Saint-Antoine), l'autre il l'est (aujourd'hui 
désigné sous le nom do pinte-forme), protégeaient immédiatement lo pi>rl. 
Agrippa dut creuser celui-ci par d'énergiques dragages pratiqués dans la 
lagune, lo défendre par une jcléo contre les envahissenienis do VArgens. 
Par bonheur, les navires do ro lemps, bien que ceux do transport fussent 
parfois lourdement chargés, no nionlraii'nt pas trop d'exigences. Auguste 
put envoyer dans le port ilc Fii'jus 1rs galères d'Antoine, trophée de 
sa victoire d'Adium. 

Cependant VAnjens con- 
tinuait son œuvre : au 
houl lie deux siècles il tour- 
nait la jilèo dWgrippa. On 
essaya, par une dérivation 
(le SCS eaux, de provoquer 
une chasse capable de ba- 
layer ses propres alluvions, 
en les empêchant de se dé- 
quille du porUlineflleacilé 



intr 



L'nil d'en- 



tretenir un vlieiud arlidciel 
à travers la lagune et d'al- 
longer la passe en même 
lemps que la digue, à me- 
sure que l'^^cjens menaçait 
(le déborder l'obslaele. Les 
invasions, on le pense, les 
Sarrasins en particulier, 



la.lell 


, 


r 


niiia-. !■■ ut 


as la 


cou 


iim 


lu dus li-a- 


aux pour 


l'er 


Iretien du 


iinal. 


Pourtant, même 


près 
il lai- 

MMilS 


ne 

le'" 


CI. 

1, 


ules-yuint 
les églises 
- ,1e Fréjus 

naires alle- 
■ le Fréjus^ 


Il le.M 


)sdi 


IK 


mi II, avait 




ssez d'imporlance encore 
piuir que ce roi y ait établi 

L'-lr^eHS, malgré tout, restait le maître : il a coniMe 1. . hi-m . ,i,. mire 

la ville et la mer une 'plaine de 2 kilomètres où In il I' lil l 1 1 un |i. lil 

canal entre des champs cultivés. L'ancienne la^inne, j-.lee, h ml imee 
en marécage, s'est enfin comblée, et les trains de .M.irseille à Gènes roulent 
sur l'étendue solidifiée qui fut le port de Fréjus, arsenal d'.\ugusle. 

Il reste des ancJLMines constructions romaines des masses impo- 
santes, plutôt que belles : rien ne rappelle ici le magnilique amplii- 
th<^;Ure d'Arles, les richesses de Nîmes et l'arc triomplial d'Orange. 
Nous n'avons plusde Fréjus que les squelettes de aes édifices, «'•pais 
conglomérat de petits matériaux qui, ce semble, les rendait indes- 
tructibles : pareiiii-nts, frises, statues ont à peu près disparu, si tant 
esl qu'il 111 lui, car Frrjus était une [dacc de guei'ie, un arsenal plutôt 

qu'une ville de com- 
merce ou de plaisir. 
Au pied de la 
butte Saint-Antoine 
(l'une des deux 
acnqiolps ,nani|uée 
de trois tours, s'en- 
racine la jetée du 
port, à l'extrémilé 
de laquelle un soii- 
Lassi ment circu- 
laire porte une py- 
ramide hexagonale, 
sorte d'(7»ier haut de 
lll'",!)0 ou de balise 
propre à diriger les 
M.iviresdansravant- 
poil, mais non le 
I haie liii-mùme, 
bien qu'on ait qua- 
lifié de Lanterne ce 
singulier édifice. Le 
phare, d'une bien 
autre importance, 
jaillissait à l'origine 
ilelajelée,ducôtéde 
CATii^DRALt. la citadelle. Comme 



20 



L.V FRAxNCE 




celles d'Oslie ou d'Alexandrie, le modèle par excellence de ces édi- 
licres, la touiavuit t>lusieurs élages en re Irait les uns sur les autres et, 
dans chacun d'eux, des salles pour les employés et les matières né- 
cessaires à l'entretien du fan.il. Les vestiges qui subsistent autori- 
seraient cette 1 eionslilution ; mais la tour, qui tenait encore, il y a un 
demi-siècle, jusqu'à 2o mètres de li.iut, s'est écroulée. I.a porte 
Dorée (d'Orée, de sortie), qui donnait sur les quais, était piirliculiè 
rement orm'e. Ses assises de grès 
rouge et de porphyre sembh'nl 
n'avoir été que l'ouverture d'un 
grand portique orné il'aicadesqui 
précédait un grand édilice peuplé' 
de statues : des marbres, des clia- 
|)ileaux, des fragments divers ont 
été retrouvés en ce lieu. Mais la 
porte a été tant de fois réparée, 
presque reb.'itie, que seul l'arc 
d'en haut subsiste dans sa pre- 
mière courbe. I.a porte deslîaules, 
«lans la demi-lune de ses deux 
lours,touclie l'ancien rempart,iiui 
a conservé son chemin de ronde. 
Il ne reste de la poile de Home 
qu'un jambage. On croitretrouvi-r 
ilan.s l(;s salles voùlées, sur S'd 
incliné, les magasins d'approvi- 
sioiinemenl ouverts aux naviies. 
ilans le soubassement Je la se- 
conile citadelle «'■levée à l'angh' 
oriental des n-mpai-ts. Au milieu 
des jardin:) cl des terrains vagues, 
le peu (|ui a survécu du Forum, du 
Th iilre, se reconnaît h peine. 
Les Thermos ne valent gu'-re 
mieux, eiii;!.. liés (pi'ils sont dan» 
une mél.iirie. Mai.>t on a s.iuvé de 
la ruine une ]iiirlie notable de 
yAiii/iliilUftitre: |i'sgr:idiii3 et les 
nrradeM, les g.ileries Voûtées 

lieniieiii euenre en jiarlie : lilà 
I20II0 Hpectaleurs y pouvaient 
trouver place; «etiui donneraità 
la Fri'jiK romaine un.- impuliition 
de :»">(IIMI âmes. i:a</'"-'iiic est la 
partie inallresHe des mines : il 



puisai l, à 30 kilomètres, les eaux fraicliesde 
laSiagnnle el, par monls et par vaux, lanlôt 
clicvaucliant à l'air libre sur de hautes 
arcades, laiilMt m sniihi [,iin, d. ■bouchait 
au niveau du i .iniiai l, ilnù un chemin de 
ronde distril'uut la piov.iulo aux diffé- 
renles parties de la ville. Sur la ligne d'eau 
rompue, des groupes d'arcades s'élèvent 
encore : les plus belles sont à 4 kilomè-, 
ties; d'auUes, plus proches, ont été revê- : 
lues par le lierre et les plantes parasites i 
d'un pittoresque manteau. 

Lorsque, après Texpulsion des Sarrasins, 
l'évèque de Fn'jus relova, sous l'égide du 
comte de Provence, les murs de sa ville 
épiscopale plusieurs fois incendiée et 
presque détruite, la défense en fut concen- 
trée sur une aire moins vaste, et le chris- 
tianisme dota la cité nouvelle de monu- 
ments nouveaux. Les ruines faites par les 
Barbares furent mises à contribution. Il 
n'est pas dil'lieile de reconnaître dans les 
deux tours de la cathédrale, vrais donjons 
)'i liés aux murs de l'ancien évèché. des 
débris mmains. l'n collatéral du xi" siècle 
elurie iii'rda xn^siècle composent laffl(W- 
ilnilc. On admiiera les célèbres vantaux de 
la porte principale et les stalles de la 
Renaissance, le baptistère octogonal aux 
absides appuyées de huit colonnes anti- 
ques, le cloître du xni' siècle, aux arcs 
romans portés sur des colonneltes di- 
maibre accouplées. Fnjus est un muséi- 
où revivent tous les âges. LesRomainsenavaient peuplé de leurs vil- 
las les environs : des restes variés ont été mis à jour jusqu'à 
Saint-Raphaél. Ceux qui rêvent de rendie à Fr(jus son ancien 
lueslige voudraient rétablir ses communications directes avec la 
mer par un grand canal amorcé au seuil même de la ville et conduit 
à travers la plaine (4022 habitants). Mais la flotte pour laquelle 
avait été créé le port de Frcjus et les nécessités stratégiques qui 
furent sa laison d'être, comment 
les remplacer? 




UESTÉREL 

Rien que frères d'origine el 
lîe lin.-s tmis les deux vers la dé- 
i'ii "i ai centrale de la plaine de 
/ '■ . pii les sépare, au débouché 
1. i \i-.ais, les deux massifs des 
,1/-', M- ri de TEstérel sedislin- 
i:ih m ].;i[- une grande dillVrence 
d. !.. s et de couleur, l'n en- 
tassement de mamelons ondulés 
d'aspect monotone, que le con- 
cbei' du soleil enveloppe de celle 
délicieuse teinte d'améthyste qui 
Usa fait surnommer les i< Alpes 
bleues » : telles apparaissent les 
montagnes des A/niires vues de 
la plage d'IIyères. Mais, pénétrei, 
dans leurs vallées ombreuses, de 
puissantes masses bizarrement 
découpées se révèlent aux yeux 
surpris : ces murailles roses ou 
\iidaices injectées de veines de 
,|uai 1/, et pnor ainsi dire saii- 
|M iidii'es dune ])oussière de 
Miica, resplendissent au soleil 
cemme uut; mosaiciue incrustée 
de diamants. Dans les sentiers 
.•cartes, la marche soulève un 
poudroiement d'or el d'at-cnt 
(|iii lit croire que ces inonlaiiMcs 
reci'laienl des mines de notaux 
précieux. Mais cet éclat de la 
pierre disparaît au loin sous le 
manteau vert sombre (lu'une 



i.mtui.M. 




■uissanle végétalion de pins, de cliènes.rl de clidtaigniers a sus- 
lendu h tous les reliefs de la monlaane. 

L'fîfere/ remplace londoiemeiit harmonieux des penles par des 
iirèles aiguës, des lignes heurtées, des promontoires de |ir)rpliyre 
i-jui, sous l'édalaiit soleil du sud, semblent flamboyer d;iiis le ciel 
bleu comme de la gueule embrasée d un four. Ce heurt des formes, 
jcelte vivacité des coideurs éclatent aux yeux avec une intensité 
(extraordinaire du haut du mont Vinnigre (Blti mèties), point culini- 
[nant du sysième. " Oo ce sommet déchiqueti'', l'on domine un monde 
de contrastes violents. Le bleu profond de la mer, où tranche vive- 
ment le porphyre d'un loiige sanglant, l'immensité neigeuse des 
Alpes, les forêts toujours vertes et creusées de jnofonds i-aviiis, les 
escarpements farouches et les (lèches élancées de la montagne, le 
croissant harmonieux du golfe de la Na[)oule, tout cela, baigné 
«l'une lumière ardente, forme un tableau surprenant de vigueur qui 
i-loiine et charme à la fois. " G. Daiitoli, Annales du Club Alpin frtin- 
raU. I88;j. tome XII.) 

l.'Estérel se soulève enlie la dépression de ÏArgem et celle de 
la Siatjiio, la plaine de Fréjus et celle de Laval ou de la iNapoulc; au 
nord, l'Endie, affluent de gauche de l'.Vrgens, le sépare des tasse- 
ments calcaires qui foiment le soubassement des Alpes; au midi, la 
mer gronde contre les écueils de porphyre, la falaise découpée 
d'angles saillants et résistants comme une forlilkalion inaccessible, 
les arêtes de flamme dénudées et sauvages, les écueils polis sur les- 
quf-ls la lame déferle, inlassable, depuis des centaines de siècles, 
sans avoir pu les entamer d'une façon appréciable. C'est essentielle- 
ment une ci'ite fixe que celle de VEité-fl. » Le relief, les dente- 
lures et les anfractuosités du rivage, les fjords et les cavernes ro- 
cheuses dans lesquelles la mer s'engouffre, ont à peine varié et 
sont aujourd'hui ce qu'ils étaient à l'origim; même desli'iiifis Mslo- 



riiiues et même, on peut le dire, aux premiers Jours de notre é[ioque 
géologique conlcmporaine. .. (LtNTMKnic.) 

D'ouest en est, l'axe du massif mesure 15 kilomètres et, du nmd 
au sud, 20 kilomètres; la superficie totale équivalant à30 000 heclares 
environ. D'origine ériiplive pour la [)lupart, les roches de VEMrel 
offrent plusieurs vaiiétés de porphyres, feuilletées et injectées de 
globules de quartz alternant avec des intrusions gréseuses. \)cs schistes 
rouges se montrent non loin des Adrets; on exploite à Auriasque un 
gîte de /loiiillr; à Hnzon, des arliisles bitumineux qui offrent des em- 
preititis \.'-ii,ilr-, iiMi- -III loiiirs rlioses, le fumeux por/ihyre au ton 
bleu.ili- .1 Mil -,■ ,1, I,,, 1,, Ml ,|, , , I t-i,iiix blancs de feidspatli, que les 
Roin.iiii- iiiiM lit l. -I M I i. ii - J. Il I nlo.entre AgayetSaint-naphaêl. 

Le irlii 1 ,lu iii.i.-mI .s ,1. ru.-.!' a l.st dans le rayonnement du mont 
Vinaigre ^(Jlo mètresj, avec les sommets des Civières (o60 mètres), du 
Marsaim (B32 mètres), du Pelet (o3'l mètres), triangle montagneux 
enlacé à l'est par le cours tonentiel de VArgentier et drainé à 
l'ouest par un éventail de ruisseaux que réunit le Ocfioi/iZ/pr, affluent 
de la petite rivière d'Agay, la Cabre, au-dessus du val Perllius. Li-s 
eaux du massif occidental vont au Reyran, affluent de l'Argens, par 
le ravin de la Moiirie, au pied de hauteurs qui n'atleignent p.is 
300 mètres, et directement à la mer avec la Louve de Valesciirc et 
la Garonne de .Saint-llupliaël. 

L'intérieur de ce pays montagneux et sauvage, hérissi' de p*intes. 
coupé de ravins, enveloppé d'impénétrables fourn's mêlés à 
d'épaisses forêts de chênes et de pins, dut offrir aux populations 
primitives et, depuis, aux [lillai ■!- .u .,,1 ^,li| , -^ de la région, d'inexim- 
gnables retraites. D'anciens |M,~ir^ lniih., s'y rencontrent, entre 
auties celui d'Auriasque, jurh. 1 J-^ m. Ils au-dessus de la route 
actui'lle de Fréjus à Tannes qui . oui, .111 ne \v massif par le noid, en 
reinuMlaiil la vall.'e de la Mouiie, jmiii- se n-plii'r à l'est, au di'valé 



LA FRANCE 



û 


il 


£3 






'Ji r' 1 




; A P O U L E . 



lie l'Argentier. In autre oppidum doniiiiait li> haut lavin de la 
Cabre. Les Uomains en tenaicnl Tissue par le poste de Ruassei- 
nnuH, point de conveigence de plusieurs filets torrentiels, chemins 
naturels de la montagne ouverts sur la vallée il'Ayay. Ce poste 
intérieur protégeait contre les surprises d'en haut la grande voie 
Aurélienne. Mais celle-ci, au lieu de pénétrer le massif, comme elle 
le fait plus loin pour les Maures, suivait prudemment la côte, où 
s'échelonnaient les stations, à portée des carrières de porphyre. Le 
pays, en effet, n'était pas siir: ces monlagiies âpres et désertes ins- 
piraient la terreur. Trop de faits 
justifiaient ces appréhensions, il 
n'y a pas si longtemps encoie. 
Saussure, qui parcourait l'Esté- 
rel en 1787, exprime à la fois la 
joie que lui causait sa flore in- 
soupçonnée et l'inquiétude 
dont il ne pouvait se défendre 
en ce pays sauvage. << Le che- 
min, dil-il, entièrement à dé- 
couvert, est dominé par des 
pointes saillantessur lesquelles 
les voleurs placent des senti- 
nelles. Ils laissent avancer les 
voyageurs ou, emhusqués dans 
les buis, ils fondent sur eux et 
les dépouillent, tandis que les 
sentinelles veillent à ce que la 
maréchaussée ne vienne pas les 
suifirendie. Dans ce cas, uu 
coup de sifdet ou un autre si- 
gnal convenu les avertit et ils 
s'enfuient dans la forêt. Il est 
absolument impossilile de les y 
atteinilri;; non seulement c'est 
un taillis très épais, mais le 
fonri .le ce taillis est rempli de 
gros blocs de pierre; il n'y a là 
ni chemins ni sentiers et, à 
moins de connaître l'intérieur 
du lieu comme les voleurs eux- 
inémer, on ne peut y pénétrer 
qu'avec une lenteur cl une dif- 
ficullé exliémes. La forêt si' 
prolonge jusqu'à la mer, et 
loul cet espace inculle est le 
refuge des forçais évadés des 
galères de Toulon, pépinière 
de tous les brigands du pays. » 




Que dirait aiijnunriiui le savant genevois? Le massif, sillnniir de 
roules, est partout d'une pénétration facile. Ce grand chemin de 
ronde qui l'enveloiipe avec la route nationale de Fréjus à Toulon 
commença d'assainir le pays : le poste de VEstérel, créé pour cet 
effet, l;[î->i- ni.unh'naiil aux L'iinlai in.s d'Iieureux loisirs, et la 
fameuse ,iiil..'i .'■ J.- .\ '/;-/.. .\<- --mla • un moire, n'est plus qu'une 
jolie hallr ,1 luinl.iv ,!.■ -i^- -ium- |. inlhi^ (312 mètres d'allilude). 

La cùlr de ri::sl.-ii-l est vme niei\eille; lecap Roux, Son incom- 
parable joyau. i< Moins élevé que le mont Vinaigre, puisqu'il n'at- 
teint qu'à 
montoire , 



453 mètres 


ce pro- 


aperçu av 


mt tout 


es navires 


cinglant 



du laii;e, cet étincelantcrtyi Roux, 
ainsi nommé du voile d'or fauve 
que le soleil au déclin jette sur 
ses épaules de porphyre, s'élance 
des Ilots, monte et, par-dessus 
les côtes de Provence, plane d'un 
vnl sans rival. Aux premiers 
l>ians, de touscôtés, des aiguilles 
porphyroïdes jaillissent, et ces 
il"ts rougeàtres, ces écueils ra- 
sant la mer, qui, à plus de 
1 200 pieds sous le regard, font 
écumer une vague sans cesse 
agitée, que sont-ils eux-mêmes, 
sinon les sommets de monta- 
gnes plus hautes que VEstérel, 
<lont les racines sanglantes plon- 
-riii anx profondeuisdelaMédi- 

I. iiaiice? .. (Sléphen Lu'cgeard.) 

II. s ( iv.rnes se creusent au» 
lianes ilu cap et dans les soulè- 
vements volcaniques du voisi4 
nage : l'une d'entre elles, la; 
Sninte-Baiime, garde le souvenir' 
(le saint Honorât. 

Du haut du cap Roux, le 
L'ard se promène, des knontagnea 
.le Nice à celles de Toulon. Rieq^ 
n'arrête la vue : à l'ouest, ent 
le brise-lames de la Tour dd 
hrnmont et le promontoire d'Aj 
7</V (170 mètres), que prolon 
i;enl les îles des Vieilles, s'ou 
vre une profonde échancrure 
l'une des mieux abritées d^ 
Provence, où trouveraient 



LITTOI! AI. 




refuge les plus gros navires, par 2o iiièircs de foinl. Au lionl de 
la baie, où, coiiiiiie de grands oiseaux de iiiei-, chassés p.ir la lem- 
pèle, les tartanes vont se réfugier et alleiidre l'aiiaisenienl du flot, 
-1 .liiiirereux en ces parages hérissés de pointes et d'écueils, 
-•■ reposi', à leinlpiiuilmre de son ruisseau, dans une petite 
■■ créée par si-s ap|iorls et dominée par des escarpements 
I mètres qui la défendent des rafales : c'est la jiorte du ravin 
où le torrent du Malinfernel roule et saule en grondant au milieu 
des blocs, entre des parois aux bizarres silliouetles d'où Jaillissent 
à l'aventure des pins échevelés. De \a. Bnitlerie, le long de la route 
enguiilandée aux sinuosités du rivage, ce ne sontque villas, [liages 
et caps pittoresques : à la pointe d'un bastion proéminent, deux 
écueils formidables semblables à deux monstres accioupis. Lion de 
terre et Lion de Mer, ouvrent la baie de Sainl-liapliaol. De plus en 
plus la route s'anime, devientune longue avenue plantée de palmiers, 
le boulevard Félix-Martin, un nom qui, avec celui d'Alphonse Karr, 
rappelle les enthousiastes auxquels ce Joli coin de terre doit en 
partie sa fortune. Il n'y a pas d'hyperbole, dit-on, pour Saint- 
Uaphaêl : « C'est Rome au fond du golfe de Naples, » excepté quand 
se déchaîne le mistral. La nouvelle ville, d'ailleuis, est un damier 
de rues et de maisons neuves, rangé'es autour du port. Quand le tou- 
riste aui-a vu, au cours JeanlJart, le monu- 
ment commémoralif élevé au souvenir de 
Bonaparte, la nouvelle église byzantine 
Je .\otre-F)ame-des- Victoires et, dans l'an- 
cienne cité, bâtie à la rive de la Garonne 
provençale, sa vieille église du xn" sii'- 
cle, flanquée d'une tour plus ancienne, il 
gagneia Vnlescure ( Vnllis ciirnnx, vallée qui 
guériti, à laquelle son heureuse siluatinn 
et ses environs pittoresques valent um- 
colonie de convalescents, de médecins et 
d'hivernants. 

Trois points suffiraient à faire de la côte 
orientale de VZ-^sléret l'une des plus belles 
corniches du monde : le cirque de .Sainl- 
Barthélemy au cap Houx, le sommet de l.i 
pointe de riCsqui lion, et Théoulesupérieui-, 
ou pointe de l'Aiguille. La C.alère, sœui- 
de l'Aiguilh-, s'effile au-dessus d'excava- 
tions creusées à sa base : la mer s'y en- 
gouffre avec fracas. On pénètre en barque 
dans 1,1 grotte de (Janlanne (fameux contir- 
bandierquis'yélaitiéfugM';. Les mei||.-urs 
points de pénétialion dans l'intérieur du 
massif sont, de part et d'autre du cap 
Roux : Agny et le Tiayns, admirablement 
situé au pied du pic d'Aurèle, sur deux 
petites anses azurées, ouvertes dans le 
porphyre. TMoule, en face de Cannes et des 



ilesde Lérins, groupe ses maisons et son vieux château ;\ l'ombre des 
escarpements noués au bastion avancé des pointes de l'Aiguille et 
de la Galère. Quand, au .sortir des tianchées, des viaducs, des tunnels 
ouverts à travers les parois déchirées de Vrslérrl, la voie débouche 
tout d'un coupau-ilessMS des ruines du petit cliAteau de la Kapoule, 
dans une baie reniplii' de lumière et rayonnante de Heurs, c'est 
pour les yeux une féerie à nulbî autre pareille. » la lampaune 
apparaît comme une immense serre en plein éiianniii-- un m. Sm- 
les coteaux, des groupes de pins parasols; dans la pi mp , ^i'- I 'H-^ 
alignements de cyprès; le long des ruisseaux, de vénl.ill.-^ lois .!.■ 
lauriers-roses serrés comme des oseraies; partout des chani ps d'uian- 
gers et de citronniers et, de dislance en dislance, les plan tes caracté- 
ristiques de la zone tropicale : palmiers, caclus, aloès, ]irojetant 
dans le ciel leurs tiges élégantes. Ce n'est plus la Provence, c'est 
mieux que l'Italie : on se croirait en Orient. » (Lenthkiuc) 

fne voie conliniie, enroulée sans inlerruplion à la double cor- 
niclif .1 > ^f■}fl,■~ .1 de l'Estéiel, des palmiers d'Ilyères à ceux de 
Canii' ' I .1 \i a Menton, se développe à travers les si les les plus 
inall'ii i|i ; Il I ml ismagorie des couleurs et l'enchantement d'une 
végéialÉ'.o io.mIijji. lise dans un bain d'air limpide, sur l'Iinrlzon bleu 




24 



LA FRANCE 




CANNES ET NICE 



CANNES ET SES ENVIRONS 

Enlre l'appareil liUoral de Cannes el celui d'Hi/èreu, qui encadrenl 
sur chaque llaiic le bastion primitif de l'Eslérol et celui des Mauies, 
se révèle une singulière syiniUrie. A l'est, la. prcsquile d'Anlibes; à 
l'ouest, celle de Giens, forment un double bassin à l'abri des (?cucils 
qui surjîissent, ici avec les ites d'ffi/ères, là-bas avec les ilcs de 
Lériiui. Iioiix golfes particuliers se dessinent au retrait de chaque 
baie, sons l'éperon d'un promontoire central: d'un c6té, \e gitlfe 
Ju«/i{ou Jouan) et celui de Cannes (ou de la .\apoule) aux ailes du cap 
de la Croiselte; d'autre part, le golfe de Bonnes et celui d'IIi/ères, sur 




les deux tlaui-s du cap Dénat. Si Cannes occu|iail ii' l'onJ orientai ô 
golfe Juan comme B gères, à l'autre bout, renfoncement occidenl 
de sa rade, l'analogie s'accentuerait par ce fait que l'ancienne cité i 
Poniponiana, enracinée au revers de la presqu'île de Giens, répoi 
d'une façon évidente ù l'ancienne cité grecque d'Anlibes, extérieu 
au promontoire de ce nom. Amibes regarde Nice, à l'abri du Ci 
Ferrai; Pomponia regarde Toulon, au détour du cap Sieié. Ain^ 
aux deux extrémités des Maures et de l'Estérel, Toulon, niélropo 
de guerre, Nice, fleur de la côte d'Azur, se correspondent et 
regardent comme les deux pôles essentiels de la vie du littoral. 

Il n'est pas jusqu'à la distribution des cours d'eau qui ne cou 

plèle cette harmonieuse ordonnance : au Gapenu de la rade d'Ilyèr 

correspond la Siagne du golfe de Cannes. Eulie eux, et dans l'iule 

valle des Maures et de l'Estérel, la longue découpure de IWrgf 

ouvre les chemins de l'intérieur. Gapcau 

Siagne, par leurs alluvions, achèvent de cou 

bler d'anciennes lagunes littorales et, de coi 

cert avec le flot, déploient au fond du gel 

qui les reçoit une plage de sable, au contoi 

gracieux. 

11 est probable que la. Siagne conlluail aulr^ 
fois dans un fjord profond ouvert enlre 1' 
(■rnu|H>s orientales de l'Estérel et les terrass> 
calcaires de tirasse, conlreforts des grandi 
Alpes: la pointe de l'.Xiguil le elle cap delaCro 
sette forment le double musoir avancé <1 
celle baie intérieure. Du jour où, par la inn 
fai.sance et l'incuiie des hommes, le didioisi 
ment des hauteurs livra carrière à ses eiii' 
portements, la Siagne, devenue lorri'nliell' 
envahit ses rives, charria, broya les débris il 
la monlagne, combla les fonds et, d'une grè\ 
à l'aulic. poussa, comme le Gapeau, cnunii 
l'Arg<'us(t l.'lihùnr, son cmlKUichurc au pii' 

même du ).i iil..iiv \,- plus prcu-he qui_e 

marq\i.iil IruliVr. Sui- une buiguiMir de M 
'ikilomèlri's, la Siagne si'rpenle au milieu d 
ses propri'S alluvions. l'n delta s'est foi iné ;di' 
deux branches ouverli'S, celle qui circinivieii 
la base de l'Estérel ne sera bientôt plus qu'n 
souvenir : l'ancienne lagune s'est culri\al' 
Mais celle plaine basse, dile plaine de haro' 
qui s'éteiul de laNapoule à la première in< lin.ii 
son de la Croix-des-Gardes, aux avanl-posl' 
de Cannes, est une création peu ancieiim' de 1 
rivière elle-même. 



rnni; \i. m i. \ mi m i inu \\\-.\.] 




AurOlienne lournait par le nord celle plaine basse, sub- 
1 la moindre crue, el passait au pied du niaiiu-lon d'Arluf, 
, . .. |Hisle des l.igures Oxybicns, d"oi'i le consul (juintus Opiniius 
• iippnt, à la demande de Âlarseille, l'an liiu avant J.-C, la cani- 
;i:ne ([ui devait éluigncr ces peuples de la cùle et aciieniiiier les 
j uns rei-s la liaulc. Marseille y gagna la domination du littoral, 
de l'ancien temple païen qui couronnai tl'r-minenced'Ailuc, 
w.iire consacré à saint Cussien, populaire en Provence, attira 
m;is. L'n même échange substitua le culte de saint Pierre 
, l'e;i'-; à C'Iui de Mercure, au soniniet de la montagne qui do- 
ne la Napoule et son vieux cliàlt.au. Les Romains possédaient 
seuil de THstérel, dominant le conlluent de la Siagne, des maga- 
is dapprovisionnement dont les substiuclions importantes ont 
i révélées par les fouilles exécutées lors de la constiuction du 
emin de fer. D'autres ruines antiques se montrent au bord de la 
•r: peul-êtrey avait-il là un quai d'embaïquemenl pour le ravitail- 
ii^ut des places de la côte, Fréjus en particulier. 
Cannes, l'.fifiilnn des anciens, fut à l'origine unebourg.ide des l.i;fuies 
vAre/i.v. groupes aux lianes du mont Cbi-v.illier, où s'attache encore In 
■llle cilc. L'n camp nlianctié siivit de nfuge à la triliu vaincue, sur la 
uleur que couronne la petite ville de Mou- 
ns. Par la d. faite des indigènes Oxybitns, 
Ho'tna maritime passa au pouvoir de .Mar- 
ille, prit la livrée de ses maîtres, et s'appela 
•UcHum Massilinum ; on y a retrouvé des 
actinies à reffigle des monnaies niassaliolti. 
lUS savons d'ailleurs, par de nombreux do- 
menls épigrapbiqucs et d'autres témoins 
•ecusables, que celle cote, fav<!risée i légal 
is plus célèbres : .Sorrcnle, Baies, etc., exena 
|ir L-3 privdégiés du nom et de la fortune un 
jissi Tif attrait qu'aujourd'hui : de soinp- 
cuses villas peuplaient le littoral. Tout fut 
lêanli par l'invasion barbare : après les Goths, 
is Lombards, les Sarrasins ne laissèrent que 
•3 ruines, et Cnniins, réduile à nélre plus 
I une pauvre agglomération de péclieurs, vê- 
la durant une longue suite de siècles, jus- 
lau jour où lord B/o«,7//a)/i. fuyant les brouil- 
rds de Londres pour le ciel de l'Italie ;|!<;tl . 
ouva au bord de cette mer sans rides, dont 
' saphir se teintait. Si la tombée du jour. 
un reflet vermeil, la retraite qu'il rêvait. Il 
y installa pour trois semaines, y vécut tpnl 
ns, el c'est l.i qu'il dort son dernier somnp i 
ncore que négligée après lui et dépecée \> 
i spéculation, la villa Éléonore-Louise i .i, 
iTve la mémoire de lord Brougliarn. La vill.' 
f. Cannes, reconnaissante, lui a élevé une 
latue, œuvre magistrale de Paul Liénard: 
Ile émerge d'une corbeille fleurie, qu'ombrât' 
n groupe de palmiers. 

Cannes, en effet, doit sa reiiaissanc- i 
<rd Brougliam et aux hôtes nombreux i|U'- 
on exempleattira: on y vient aujourd'hui 



des quatre coins du monde savourer la joie de vivre. I.'liuiiibir 
bourgade de pécheurs s'est transformée en grande \ilii-, ou, phitùl, 
en un immense parc habile. La population oi.liuairc-, estimée 
à près de 300(10 habitants, s'accroît fort durant l'iiiver. Saussure, 
en 1787, y comptait tiois rues : elles seraient légion aujourd'hui, 
si les exigences de l'alignement ne les avaient allongc'es comme 
à plaisir dans l'attraction du rivage. 

De la Bocca, qui regarde vers la Napoule, au cap de la Croi.setle, 
orienté vers le golfe Juan, se déroule à Heur de rive une incom- 
parable avenue de palmiers qui enguii lande sur la vas(]ue bleue de 
la Méditeiranée d'innombrables demeuies, dans des berceaux de 
veidure, les unes belles, les autres splendides, échos de tous les 
styles. Heurs de tous les caprices. Ainsi soudés l'un à l'autre par le 
nœud intermédiaire de la vieille ville, le huulevanl du Midi et la 
promenade de la Cniisctte, qui mesure à elle seule plus de 23ti0 mè- 
tres, sont le rendez-vous de l'aristocratie des deux momies. 

Bien humble, à côté, parait la cité moyeuilgeuse dont les pignons, 
étages au-dessus du port, s'accrochent aux lianes du iiiuut Che- 
valier. De là surgit la double silhouette d'une vieille églises el d'un 
donjon féodal, NtiIre-lJame-d' Espérunee , dont le relii)uaire vériéiable 




.■i;s : noLLEVAno ne la choisette. 



FRANCE 




niirnil icpiitiMiii on p.irlie k-s restes du i:ranJ ana- 
cliiiivle Siiiiil Honorât. La tour, massive, est à la 
fois un posli; doliservalion et un instrument de dé- 
fense; laldié de l.érins, Adalhert II, en posa (1070) 
les premièrrs assises. De braves gens, marins et 
pAclieurs, lialiilenl ce i|uarlicr, le .Si/i/kc/, comme 
on rappelle; les ainaleiirs de pitloirsque se 
liasardonl volonlieis dans ces rues montantes, 
coupées d'impasses, aux rudes pavés, dont li's 
rflluvi'H ne rappellent que de fort loin ci'ux dos 
champs de roses qui e.\lialeiit leur parfum aux 
enviions. Lnjuirl, assez pauvre d'as[iert, environné 
d'écueils, suflit, gi;ke à de récentes aniéliora- 
'.iiiiis, nu mouvement du cabotage et de la pèche. 
Alirilé di- l'oui-sl par l'Eslérel, delest |iar la pointe 
de II Cl .Irrite et du large parles Iles de l.érins, 
le pi-iil liassin de Cniinet ne voit arriver jusqu'à 
lui qu'un Ilot a|iaisé. 

Entre .son paravent de montagnes et la mei', 
dont la lentpératuie conseive, même au cu'ur de 
l'hiver, \2° cnligiades, C'nmicj jouitd'une tempé- 
rature parti" uli'-niTi. lit clémeiile : en janvier, la 
rose, l'héliotrope, rmljet lleurisseiit ses parterres. 
ICaprés les ol.servalioi.s de M. de Valcourt, les 
moyennes sont .'i l'omlM.' ; .mi novembre, W'fi; 
en déci-mbre, 10>.8; en |aiivi>r, 8°,!t; en fé- 
vrior,!!".!»;!'!! mais. II".;* Il ai rive, mêmecn hiver. 




que le soleil, dont il faut se garder, cluiTf 
l'air à 32"' centigrades, tandis que la Isi- 
rafraîcliissante de la mer atténue les a- 
leurs de la canicule, qui nesontjaijs 
excessives. Dans les six mois que du la 
saison, le ciel est absolument pnrpenni 
quatre-vingt-douze jours, à peu pn'- |i 
pleut environ trente-six jours, maise^ 
averses de Cannes fournissent une qua ^ 
d'eau considérable : 527 millimètres in 
moyenne, et le soleil presque aussitiVe- 
parait radieux, après de courts déluge. 

11 est heureux que l'on ne vienne ] à 
Cannes pour voir dos monuments; isj 
l'Hôtel de ville ne surprendra-t-il g\ t. 
Si, par contre, vous aimez les paradi le 
maisons à perle de vue, la rue d'Au^ 
complément de la rue Centrale et de le 
de Fréjxis, ce délilé sans fin de maga s, 
d'hôtelleries, de villas, de chalets, de a- 
7.ars, a de quoi satisfaire votre regan j 
rue d'Antibes, artère principale de t'" », 
se protlle, suivant la courbe de la p t, 
entre la promenade de la Croisette . U 
voie ferrée, qui circonvientla ville aui i. 
ilais Cannes peut-il être circonvenu Si 
les Allées de la Liberté et la place des '(- 
miers, la Cruisette et les squares me it 
dans la ville proprement dite la joi le 
leur verdure et de leurs massifs, O ts 
s'irradie à l'infini dans la plaine, su ?s 
eoUinos ondulées qui lui forment une I- 
mirable ceinture. A tous les reliefs, ■ is 
les replis du sol, de droite, de gauchi n 
haut jusqu'à Grasse et, de la ^apoul « 
golfe Juan , c'est partout un encha i- 
meut de la nature. Il faut voir aux t i- 
rons : le Cannet, dont les bois d'orani J, 
[liantes jadis par les moines de Lériiis il 
LTii-vcinonl pàti des fureurs de la i- 
riil iiioii (là fut la tombe de Rachel ■ e 
li.Kr.iu (le Sai'dou' ; — Moiigins, Vsini e 
,nnn, Œ^/Hiic. où l'ethnographe retrouv il 
avec pei ne les lointains héritiers des Lii: a 
Oxybiens; — la tour de Castellaras, l'ui 9 
[dus beaux belvédères de Provence, ^ r 
duduiijon de Saint-Honorat; — Vall 
(vallon d'or ou des la>ii 
_ et ses ateliers de far 

d'art; — vers l'ouest, 1< 
loau de la Croir-des-C': 
semé de lentisques i! 
lnuy'ros que legeiiètlb r. 
^|■ .'•l'sgrapiiesd'oretoiih « 
iiiaiitiiuo se groupe en M- 
.[uots : de recueil de b'â 
amoncelés que surnionl a 
croix, Cannes se décoi « 
avec son double golfe, n 
c hàteau, ses îles et la 
azurée. VerslaSiaiine: i 
''('(7H, décor romantique 
le cadre d'une fiii' 1"' ^ 
die;— Srt()i/-tV.v/, '. >-- 

ti's, son encoinlo I I i' 

dolmens voisins, des ^: 
sauvages percées de gi 
et la claire fontaine d 
FoKj-, qui jaillit du rocli 
'i ou 5 mètres au-dossii> 
.Siagnole: nonloin.lebai i 
ciue les lUimains avai ' 
construit pour capter \'<i 
de la petite rivière et lac • 
duire à l'réjus par le souf 
rain de Hoquetaillade; ■ 
Grasse, dont les champs l 
les jardins nionlonl on c< - 



J 




LITTORAL Dlî LA M KUl I lit II \m:i: 



27 



r jus«]u'ii la villf a<U«ss<-r 

K (-..nlivroils liiloaiiis 

'.' < liiiiitaiiies ; — li'S 

/...M/M'iilaillr vivo 

Il piol »lu villau-f 

|iie lit» lliniiiloii. 

~ |..-ii<>is liiHuiles, au 

- nu'llfs le loiinit 
:,'ioiule cl ^aulo en 

- ilans une ci'nrse 
Iwnèlres cascaile 

'iifs, ou pas de 

nappe .•.liapp.-,' 

i.ide lOni.-lr.-s: le 

I Loup . Plus loin, 

-I WMrr.lavilleiJ.sliiiu.'s 

({••sviolelles: f ■.lyms, tlo. 

Grasse mérile iiunn la 

Il povir le (".iiiiis, !•• 

.l'iie.où para. Il' sur 

' .lionne lebusletle 
1,. .11.11.1, encore moins 
urleboulevar.l.luJ.«-./.- 
rlliin et l'avenue Thim: 
r la ville a voulu se faire 
Ile pour attirer l'élran- 
r. Mais les rues cerclées 
ircs-boulanls, les vieilles 
ries sculptées sous otîives, 
i carrefours où plonge 
ns l'ombre leclalant soleil 
Provence : ces contrastes 
reite vive évocation d'au- 
l'fois feront rùver l'artiste. 

Industrieuse par tradition, Grasse, avec ses cliein 
> terrasses, ses champs de roses et ses oliveraies 
verger et de l'espalier. « Où d'autres 
nieraient la pomme de terre, elle 
Mlle la rose; l'Iiéliolrope remplace 
ur elle les petits pois. Des tapis de 
iTiniums, de résédas, de jonquilles. 
tubéreuses, diapent sa campagne. 
IX soirs de mai, l'air devient irres- 
i.ible à force «le sentir bon. De leur 
lé, les pâtres apportent de la mon- 
gne le thym et la lavande sauvage. 
fenouil, la nienllie et le romarin, 
ors il neige des pétales, il pleut de- 
aminés; alors aussi l'alambic va coni- 
encerson œuvie. .> (Stéplien Ijégicard. 
• monde enlierest tribulairede firassf: 
s essences parfumées, l'huile fine de 
solivettes, ses fruits cristallisés son 1 
iilemenl rechi-rcliés des connaisseurs, 
est la Fout, sous le ciel de Piovence, 
li vaut à la petite ville celle foitune: 
!<• fait mouvoir ses nombreuses usines, 
imente ses fontaines, arros.-.-t f.'ron.l.- 
•s tleurs et ses vergers r.'Tn'i IkiIi. . 
.\ celle altitude, pourtant, 32:; ni.ti.< . 
russe n'échappe pas, bien qn. I i i 
iritée,auxsui'ftrises de l'hiver. Il n .. 
-haut, comme à Cannes d'.nll.ui ~. 
ais, dans la serre chaude assise au 
iTil de la mer, sur les derniers degrés 
u vaste amphitliéûlre qui la prolège 
mire les âpres morsures du nord, h - 
ima.s, presque aussili'it fondus, ne son' 
lie pour mieux faire goùler par le on 
asle la douceur de celle a.lmirabl. 
ature. Enlie les extrêmes de la lemp. 
iture hivernaleetcellesderélé, l'écai I 
-tde 12'' seulemi nt et la moyenne de 
année lo". La mer, plus lente à se 
■froidir, tempère les défaillances de 
hiver et, pins lente à s'échaufTei-, les 
rdeurs de l'été. D'ailleurs, Cannes n'é- 
liappepasaurefroidissementquecause. 




éclielle. 
i la fois 



lans tous 11 
efois r,. pli, 




rouelier .lu solril: lou- 
ille.MS. Le velll l.n'llanl 
.r.M'riquesel.risesur 
les l'rueils .lu large. 
Quant au mistral, 
il ne franchil guère 
l'écran de l'Eslérel. 

ILLS DE LÉRINS 

Les iirs ,1e Lérws, 
joyaux de la cou- 
ronne lie Cannes, 
soni les plateaux 
émergés .l'iiii archi- 
pel en partie sous- 
inarin, .(ui parsème 
1rs ai>proelies du 
golfe d.; Napoulc. 

Elles soiil deux 
principales : Saintc- 
Marnucrite el Sninl- 
IloHiirnt, la sa'ur el 
le frère. 

Les nnciens les appe- 
la ien I léro [ I.cro ; , Léri- 
Hn,(lunoMi (l'un person- 
nage légendaire, sorte 
de dcinl-dicii, au<iuel 
on rendait un culle : 
Urina était la pelito 
Léro. Strahon rnionlo 
inie ers ilis étaient 
Ir,- |..n|.l,,~. Pline 
|i,(i |,- .1 iiiir \ illc im- 
i„„t:n,l. .I".il.i.i.l.|ues 
niiii. - i'.i|.|..l:ii.Til en- 
core, de son temps, le 
vngue souvenir. Quand 
les Romains survin- 
rent, ils trouvèrent 
l'uichipcl très peuplé 
el en pleine culture. 
Les pièces archéologl- 
rjucs exposées dans 
l'ulrium (le l'église, au 



LA FRANCE 



monastère de Sainl-Honorat, sonl les témoins irrécusables de celte civi- 
lisation : des colonnes, des assises avec inscription enclavées dans les 
constructions monastiques révèlent une antique origine. Les Romains 
avaient fait de ces iles une station pour leur Hotte et il n est pas douteux 
qu auparavant les Grecs et les Phéniciens y abordèrent, sous le regard 
Ligures, abrités dans leurs acropoles du littoral 



1 (in du iv<- siècle, ; 



Honorât une nuit de juin 1325 et offrit aux religieux, pour recevoir -. 
reliques df l'-'ur saint pnlrnn, une admirable châsse lamée d'argf, 



(Jelle-mrme. Celte rielie pj. 
bende tentait : ses biens dev» 
rent l'apanage des puissants; i* 
„i,ï,gg coramandalaires qui i 
étaient investis, entièreni l 
étrangers à la vie monaslic] . 
ne paraissaient plus à l'abli:! , 
contents seulement d'en Imi. 
les revenus. Dès lurs, 1rs i 
gieux, abandonnés àL-nx-uin 
aux scandaleux cali ■ 
de leurs nouveaux niailres, . 
blièrent peu à peu les presi- ■ 
tiens de l'ancienne obsen-ai 
n'y avait plus (|ue iy\ 
dans labbayr. 1,!- 
apré 




la veille des grandes invasions barbares, les iles de 
l.érin!), en complète décadence, n'étaient plus qu'un 
désert. Suint lloiinitil y vint et les rendit 

C'était un patricien de famille consulaire né à Toul, 
et promis h la vie facile que procurent le rang et la for- 
tune. Il se lit clirelicn et convertit sqn frère Venaiice. 
Ilésolus à se retirer du monde, jeunes et riclies tous 
deux, ils donnent leurs biens aux pauvres et s'embar- 
quent pour les Lieux saints. Cumme ils revenaienl. 
Venaneu inuurut. Ne voulant pas abandonner cette 
chère dépouille. Honorât met le cap sur la crtte de 
Provence. Peu «près, on lerelrouve dans une retraite 
inaccessible de l'Eslerel, au voisinage du cap Roux : la 
Sainic-ltaume (Voir p. ïuj, où il vécut dans la prière el 
les marèrallons. 

l'nc inspiration du ciel le conduit bientôt dans une 
solitude eneiire plus retirée, \apelile Ile Léro, domaine 
de lahriiusse, infesli-e de serpents. En peu de temps, 
l'Ile change de faee, grâce aux nombreux disciples qui 
viennent se grimper autour du saint anadiorèle : 
une cciiiinumaule s'organise, la petite colonie devint lègiim; l'ancien re- 
paire des pirates est •• l'ile des Saints ", véritable pépinière d'apoires et de 
piintifes dnii vinrent saint l'alrick, apôtre de l'Irlande, saint llilah-e et 
itninl £uc/ici'. Arles voulut Honorai puurévAque : l'humble ermite se rési- 
gna, bon gré mal gré, il quitter sa cliéro Ile; il s'éteignit dans sa ville 
^pisciipale vers *29 cl ses reste» furent exposés avec honneur aux Alys- 
ramps, K coté de ceux de saint Trophine. l.érins ne reconquit qu'au 
xiv« siècle les reliques de son vénéré fondateur : elle» furent partagées. 
low de la seeularisalion du monastère, en 17ns, entre les paroisses voi- 
sine», cl OmiiM en possède la plus grande partie. 

Dés lo VI* siècle, liMiii/e de Lérinn était l'une des plus célèbres de la 
rlirèlicntc : refuge de» lettres elde la foi, aux temps troubles des invasions 

barbare,", ell impla d'illustres (Ils. Sa bililinllièqnc passait pour un in- 

rompnrabl.' Ii. -.,r. Vts ti'in, l.riius lomptait près de S.SOO cénobilcs. L'Ile 
des sainis fol n.i--i .,||,. ,|,.s mmlM-s : en 7:in, les Sarrasins y massacrè- 
rent saint P..r. ir. .1 riii,( , , i,is i.li^.ji.ux ; tout fut dévasté. Pour prévenir 

le relourd I,.. iloniJMs, l'al.lié ,^</n//lfc/ (xi' siècle) dressa 

sur les roi II. 1 ' i Vfrique un donjon de défense où la commu- 

nniilè se refo- ; elles étaient fréquentes. Puis, ce furent les 

corsaires g. n il fullul compter; après les (Jénois, les Es- 

pagnols. Praii...o- I , |.., ..„,ii.rdc Charles-Quint, passa dans l'Ile Saint- 



donjon, fait de la chapelle son salon, « de la Sainte Table l'appui de 
balcon ». D'autres viennent h la rescousse; les cloîtres servent délai 

en is.-i'.l, l'acheta et, après plu- h m- . -- m- nilVu, In. n\, lr> imiinr- ( i-i' !■ ; 
))arvinrenl enlin à relever T iMi i\r. "H iN in-l.illrr.nl un .'rpli. Im t 
fessionnel; l'imprimerie de lil'li IV. ■ a |.r.i.linl ilr- irn\ r.> remu.iu iIh 

l.'iio SamI-rfonoral, petite Uiu uu l'Iditasiu, parci; qu'elle préseï 
l'aspi-et (l'un plateau peu élevé au-dessus du niveau de la mer. 
que 100 mètres de large sur 1 bOO de long cl 3 kilomètres de cire 
férence. Une ceinture d'écueiis, les Muines, lui fait cortt^'go (l'uni 
ces lociiers, flpres et nus, porte le nom de Sainl-l-'erréol). Des pi 
séculaires, aux effluves balsamiques, que les tempêtes ont courV^ 
au gré de leurs capiices, des fourrés de myrtes, de cistes, de i' 
vrcfeuilles, la vigne, l'olivier, font h l'île une agreste ]iaruie; ' 
cultive le froment : l'huile et le vin, le lait et la farine, rien 
manque de ce qui est nécessaire à la vie. I,e nouveau nionasi 
enveloppe un vieux cloître aux piliers trapus, spécimen d'un 
un peu fruste, mais dont les voûtes n'ont pas fléchi dejiuis . 
siècles. Une nouvelle église remplace rancieiino ahbaliale et l'ei 



LlTTOItM. DK LA MKDITK UIl AM::I- 



29 




. riieureuse iJi-e di- grouper dans l'atrium qui la pn-oèile les 
■ aves antiques, fragments do marbie, inscriptions funéraires, bas- 
liefs, autels à Neptune, recueillis dans l'île. 

Le donjon d'Ailalliert découpe toujours sa massive silliouelte au- 
ssus du llol; ses murailles, velues de lierie à l'occidiMil et partout 
riM's du soli-il, abritent encore un double cloîlre, l'un au rez-dc- 
aussée, qui appuie ses ogives sur des colonnes de granité et de 
jirbre rougp; l'autre, plus mutilé, au premier étage : au centre, 
le srnmle citerne pouvait servir aux assiégés. On montre, dans ce 
li fut lachapi-lie Saintt-Croix ou Saint des Saints, la place où repo- 
it le précifux reliquaire de Soint-IIonoral; une terrasse vide rap- 
lle labibliolliè<iue. Cent maiclies de grès rouge conduisent an 
oniin de ronde à mâchicoulis qui couronne le donjon ; la \w qui 
découvre du haut de ce belvédère et, de l'Estérel à Turin, est 
me des plus belles de la côte. 

Lu détroit de 700 mètres sépare l'ile Saint-Honorat di' sa voisine 
itnte-Marguerite, la plus rapproclu'e du rivage, l.ile niesuie 
iOO mètres de long, 9oO de large ; c'est un beau domaine que ic- 
uvre une ma::nilii|ue Pineraie, d'où filtre, à Iraversies ombelles, uni- 
mière bleu.iire sur un tapis de mnusse qui assourdit le bruit di's 
is:les oraniieis, les citronniers se pressent dans le jardin de la 
aison forestière, où conduit une allée de 600 mètres, entre une 
luble rangée d'i'ucalyptus géanis. Lapins' et faisans abondent dans 
s fourrés. Mais, lanclis que Saint-llonorat possède des eaux l'rai- 
les qui jamais ne tarissent, S<iinti'-.\farguerile e>l privée de sources 
ves. Cetle ile, l'antique Léro, a retenu le nom de la pieuse céno- 
te, sœur du giand tliaumatur^'e de Lérins, qui, enlraîm'e par 
•xemplo .l-s .11 Ir.-i- V viiii ili.t. I,..|- l.i «nliiud.-. L'ile 




depuis au domaine de l'abbave. Après rav.)ir iiilV-mli'i' à lifilraïul 
de tirasse, qui la Ifur rétrocéda, lis nminrs la «iuniièi l'iil aux lialii- 
tanls de Cannes, moyennant une ri>dfvan<e légère. Aiirès le duc de 
Chevrcusc-, le duc de Guise et Jean de Helion, qui en furent les dé- 
tenteurs, Hiihelicu l'unit au domaine de la couronne et la forlilia 
piinr di-fendre la côte. Son œuvre n'était pas aciievi'e quand les Espa- 
gnols emportèrent le fort et l'ile Siiinte-.Vnri/iicnte et s'irn tirent un 
point d'appui pour leurs opérations en Provence (KiHiij. Ainès deux 
ans d'occupation, ils durent se retirer. Une seconde occupation, 
en IT'iô, par les Autrichiens et les Piémonlais, avec le concours de la 
Hutte anglaise, céda, l'année suivante, sous les couiis de Belle-lsie. 
Les nieines vicissitudes Iroublèrenl les deux iles s.rnrs. Cependanl 




Phul. de M. Olleltn. 



i o 1. 1- li J u y 



LA FRANCE 




d'un vert manteau les collines littorales e Lia pénin- 
sule de la Giinnqif, qui arrête, à Test, l'expansion 
du golfe Juan. Dans sa plus grande ouverture, 
l'entrée du golfe présente une ampleur de 7 kilo- 
nu ties, il est d un acLes commode et en certains 
I iiUs 1 ■> I lus ^los b itiments tiou\eiaient, pour 
ni mil 1 I i II 1 I lidlhmeties tesa\dn- 
I 1. lit 111 I II 1 I nsee den fane une gianJe 
1 I 1 iiiilil II 11 1 ililiant les summets du lit- 
l(_ 1 il et les lit s de Leiins a 1 a\ant uaidi Aucune 
suitL na etc donnée jusquici a ut utile piojet. 



NICE ET SES APPROCHES 



le ^ Ut Juan 
1 ti utsqudc- 

j inle B icun, 
I ou lepose 

m d(Uit 1 ho- 
h vu Kction 



h ui hi , il uiunt de >ice. 
it liLmicjcle, le delta detri- 
eomme une double coupe 



Auceii 
tique 
dans 1 



iN'ice, à l'est, Aiilibes, à l'ouest, se regardent. Les 
origines de celle-ci sont grecques et remontent, poul- 
ie moins, fiu iY« siècle avant notre ère. Sur la foi 
de StralH.n, Nice c?-t reganlee comme fille (ie Mar- 
seille et Aiiiilii-s ferait, ain^i que toutes les cités 
hellène^ .Ir la r..|,.. uiir e.ilniii,. ma.-saliote. Il n'y a 



Sainlc-Margverite, à cause du fort qui la défendait et du peu de dis- 
tance qui la sépare du cap de la Croisette (1 100 mètres), reçut tou- 
jours les premiers coups. Remanié et complété par Vauban, le fort, 
campé lièremcnt sur un promonloir abrupt, devint piison d'État. 
Une pièce carrée, voûtée comme une cave, entre des murs épais, et 
éclairée par une fenêtre unique, alors surélevée, serait le cachot de 
l'éniumatique personnage qui, sous le nom de Masque de Fer, y fut 
emprisonné par ordre de Louis XIV. Des Kabyles, en 1841; de vagues 
Kroumirs, en 1871, y furent aussi retenus comme otages. Enfin, 
rrx-inaréelial Bazaine, interné dans le fort depuis le 26 décem- 
bre 1873, réussit à s'en évader, pendant la nuit du 9 au 10 août 181 'i. 
lue vingtaine de kilomètres s'étendent entre la pointe di; l'.l (;/»(/- 
liiii, extrême saillie de l'Eslérel, et le cap d'Antibes. Vers le centre, le 
cap de la Cmisctle, pointé sur les îles de Lérins, sépare l'intervalle en 
deux grands bas- 
sins maritimes:ce- 
lui de luNfijtoiilc ei 
le (jolfeJuan (pron. 
Jouan). Cannes 
rayonne sui- lun et 
l'autre. Mais, tan- 
dis qu'?l l'ouest les 
alluvions do la Sia- 
gne empiètent de 
jiliis en plus sur la 
nii'iot compromet- 
l'iit SOS conditions 
nautiques, le golfe 
Juan, privé d'ap- 
ports sérieux, s'in- 
curve dans l'hénii- 
cycle gracieux 
d'une côte slable,au 
creux de' laquelle 
une bjrne mil- 
li.iire de l'antique 
voie Aurélienne 
désiune l'endroit 
nù,leVrmarsl«i:;, 
déban|iiail à l'iin- 
provisle l'exilé do 
liledRIbcDesnli- 
vier» de belle ve- 
nue, des orangers, 
des bosquets de 
grands pins odori- 
férants couvrent 



M. Muugi 
dune cité 



. ..ui- dnvi» puiuls 
vers file Cyrnos 
de Calvi. La côte 

■lair. On présume, 



s nesl i\nc la coiili'e-parlie du Nue ,1.1 IJS iiabilants). L'in- 
gravée sur un galet ruulû trouvé sur son territoire par 
ns de Kochefort, en 1SG6, prouve à l'évidence l'existence 
grecque en cet endroit, vers la fin du v» siècle avant noire 
a conquéle romaine Antibes devint un iminicipe. Il est pro- 
ies matériaux de ses édifices furent utilisés pour la construc- 
tion de ses remparts, 
car il reste peu de 
chose de la cité ro- 




alne. Nous savons 
iilefiiis qu'elle pos- 



li.l r.iv.T. .l»/,7,e,s-|iil 
tant do fois boule- 
versée, démolie et re- 
conslruilo avec les 
iiMlr,i;.ux nrimitifs 



ves particulières...!, 
iiu'il faut l'expé- 
rience de l'archéo- 
logue pour recon- 
naître le peu qui 
nsle enclavé dans 
les ronshuctions du 
moyen âge et de uns 
jours. Cette ville, 
avant l'annexion du 
comté de Nice, était 
l'avanl- poste do la' 
l'rance du ciMé de 
l'Italie, en deeà du 
Var. Aussi Henri IV. 
Hichelieu, Vaubau 
l'avaienl-ils fort hier ; 
Sun cnceinlebasliuu- 
wr, le fnrt Carre (pii 
la prolè-r, ne sont 



LirrnpvM, m: i.\ mii.i 1 1 i;i! v\i;i: 




parle soleil «Je Pnivincf, dans un cadre ravissant. Le port d'Aitlihe.i, 
iiTe, n'est pas sans vio. C'était, au temps de la domination romaine, 
■ 1 1 de giierrect de ravitaillement, qu'une route, montant par le rebord 
I -ntal de la coulée du Var, joignait à Vence, halle d'une grande voie 
iiimunication,la via Auf/usla, entre Cimiez au-dessus de Nice, Anribeau 
1 i Siagnc, et Frejus au revers de l'Estérel. La via Auf/usia fut aban- 
ine lorsqu'une nouvelle route, la via Aurelin, s'ithn lia de plus près 
.'i la cùte. Les fragments retrouvés d'une piste plu- .i!!- i im ■ .im: la vcjio 
romaine donnent à penser qu'elle-même fut I li i ' ' I i I mn-u-e via 

Weiflc/ea, roule d'IIcrcule, dont parlent les vieux 1 , i i I i ; Ile suivait 
de haut les collines littorales, d'Esiia^me en 11 il \ iiUiuluilrc eux les 
oppida ligures juchés à tous les reliefs, entre Cirasse et Mon.aco. Cimiez 
fut l'un de ces camps retiamliés : d<s murs encore app.arcnts envelop- 
paient ce plateau dune enceinte dont les ^'ros blocs ont résisté à l'épreuve 
dune longue suite de siècles et de dévastations. Les Romains (lient 
de Cimiez une place de guerre, sur la grande route d'Italie en Gaule : 
deux aqueducs, dont on a relevé le tracé, de 
vastes Thermes en partie mis à jour, l'épaisse 
carapace de r.Vmphilhéâtre, où peuvent s'as- 
seoir 4 000 ou 5000 spectateurs, des médailles, 
des mosaïques, des inscriptions en très grand 
nombre donnent l'idée de son importance autre- 
fois. Cimiez, ancienne capitale de la région, 
n'est plus rien; Anlihes, peu de chose; Mce a 
survécu et triomphé. Enire celle-ci et son 
émule d'en face, le delta du Var élevait l'ob- 
stacle de ses coulées incertaines, de ses crues 
terribles et d'une Crau marécageuse, semée 
d'ilôts et de fondrières que Strabon évaluait 
de son temps à plus de 1200 mètres. Il n'y .a 
pas bien longtemps, la fougue du fleuve indis- 
ciplinable a pu être maîtrisée par des digues 
et la communication régulière établie entre ses 
deux rives, le long du littoral. 

C'ost un fougueux torrent que lo 'Var, 
et un torrent qui, à la moindre crue, roule 
de l'eau comme un grand lleuve. Dans son 
bassin supérieur, il ne court pas, il fond 
lèle baissée, d'un bassin à l'autre, par les 
couloirs d'étroits déliiés. De sa source à 
la mer, il tombe de 1 800 mètres, pour un 
parcours de '412 kilomètres : on imagine 
la pente, la chute, pour mieux dire. Né 
à 1 kilomètre au nord d'Esteinc, d'une 
fontaine abondante qui sourd d'un amas 
calcaire, entre des crêtes qui montent ;i 
2 621 mètres avec le Garret, 27io mèlres 
avec les Grandes Tours, alimenté peut-èti e 
par de petits lacs souteriains blottis à des 
niveaux supérieurs, d'autres disent par le 



grand réservoir du lac d'A/Zos (bien que celui-ci, étalé au revers 
des monts, se déverse au moyen du Chadoulin dans le Verdon et la 
Durance), le Var capte, à 3 kilomètres de sa source, le tribut d'une 
fontaine abondante, écoulée parle torrent de Sanr/iiinière; il prend 
le Bour<loiis à Entrauncs et dégringole ù Saint-Martiii-d'Eiilraunes : 
pour une douzaine de kilomètres qu'il vient de parcourir, il est 
tombé de 7")0 mètres. Déjà fuit la région alpestre; de belles forêts, 
do petits champs en terrasses étagées, dos prairies, des jardins l'ont 
pressentir la Provence. 

A Guillaumes, le Vnr entame les escarpements calcaires : de bas- 
sins en défilés, c'est une succession de sites sauvages ou gracieux, 
désolés ou fertiles, attachés à ses rives. Voici la dus ou défilé de 
Daluis: « l.a rivière coule dans un abîme si étroit que les parois 



semblent se touche 



surgissent, de 



1 de-1 




32 



LA FRANCE 



d'admirables pyramides rouges pareilles à des clochetons de ca- 
thédrale. .. (t;. Taidieu.) a la porte du défilé, après 5 kilomètres de 
t.iunnenl, le torrent se calme dans l'épanouissement de Daluis, où 
lui arrive la fraîche source du Chuudnn. Aussitôt il reprend sa 
course, frappe de droite, de gauche, arrache des pans entiers de col- 
lines, couvre les terres de gravais et de cailloux. Avant que les 
traités de 1860 ne nous 
eussent donné son 
cours à peu près en- 
tier, le Var n'apparte- 
nait à la France que 
par 13 kilomètres, 
dans le département 
des Basses-Alpes et, sur 
la rive droite, du con- 
lluentdel'Estéron à la 
mer. C'était une ligne 
frontière, et son nom 
fut donné au déparle- 
mi-iit limitrophe. Bien 
que l'on ait depuis dé- 
tiiché l'arrondissement 
de Grasse pour l'unir 
au comté de .Nice, el 
former la circonscriii- 
lionadmiuisIralivedL'S 
Alpes-.\lanliui>-s, le dé- 
partement du \ ">-, qui 
ne touche plus du tout 
au lleuve, en garde l'é- 
tiquette : c'est le plus 
mal nommé de France. 
A la rencontre de lu 



rent se met en mouvement : elle bouge, elle marche, el l'on ne voit 
pas le moteur qui l'anime. I.e spectacle n'en est que plus ellrayant. 



La masse s avance cnui 

talus de la rouif, 1" d'I' 

chaussée sur plus il.' ini 

Avant d'atteiuilre la Ti 




ulée de lave grise; elle gravit le 
uefois de son amas la 

•V. NoETlNGIiR.) . 

inslaf/!(s(/e rÉchaudon, 
colossale entaille de 
200 à 400 mètres de 
profondeur, au pied de 
cimes qui montent à 
près de 800 mètres au 
Picciarvet, plus de 
1 o-JO mètres au mont 
Vial. « Les bancs cal- 
caires en couches 
épaisses, ondulées, se 
suiierposont avec un 
ordre parfait dans leur 
rulussemont glganles- 
'|ue; la roche est faii- 
Int verticale ou sur- 
plombante, tantôt en 
saillie ou en retrait, 
lutaillée par les eaux, 
u^ée et polie par les 
l'-boulis, ou bien décln- 
rée, crevassée, fourmil- 
lant de creux et d'aspé- 
lités, de mamelons et 
(le pointes; elle offre 
les teintes les plus va- 
riées, depuis le blanc el 
le gris tendre jusqu'au 




VfiiTf, sur sa droite, le Vnr, qui n'a pas plus de 10 mètres de large, 
comme il convient à un torrent toujours tendu pour l'effort, quitte 
sa |ireinière direction du nord au sud, etiurnd vers l'est, sunsTini- 
piilsi..n de la rivière; il anime le site iiittori's<pie d'Hnlrrrnu.r, 
laisse à l'écart le hameau de Clnndèrnx, qui fut vilb' épisciqiale, avant 
(piMii'. crue ne l'eut rasée, au xi" siècle. A ruget-Tliéniersconllue la 
Hniidiiiile. aux eaux de crue rougeûlres, mèb'us de pierrailles et de 
limiin, que le Vnr décliaiiié entraîne et confond, dans ses Ilots lro\i- 
blés, avec les él.oulis du Grnhl, les ovalaiir|i..s .lu r'mm- l,ut (.ians , 
la Tiri'i' grisAlre, la trouble VMiiii'c. Tous ns I ni.nl-. i|.v,i|.s ,|.' ver- 
sants rapides et le plus souvent dénuilés, cx.i^ii. i . ul b' Ib u\>- pi^ipi'à 

la fureur. Lue lempéle sur les hautes ri s .lé, b.iiii,. },• c.nis en 

fi.rmidables abats, tour ?i l.iur jaunes, rouges ou nuirs, à tiavers des 
g.irge» b-riibles qui débou.li.-nt au-dessuus du nid d'aigle de Touël- 
.le-HiMiil. Pour le Gnilrt, dont le cours ne dépasse pas et atteint à 
[M'ine ii kibinièlies, ce siml d.'S champs de débris qu'il roule en fu- 
rb'ux : on l'a vu entasser un delta de débris l.mg de iiJO mètres, 
large de 803 mètres, sur une épaisseur de 18 à 20 mitres. " .S.. us la 
p.iusséed'iine |)luie d'oragi\ la masse .le caill.iux et .b- boue du tnr- 



jaune ocreux et foncé, au biun, au noir, avec des bandes ou rayures 
l)izaiTes, formées parle suintement des eaux. Parfois nue ou s.'ule- 
ment colorée à la surface par le manteau bariolé des lichens qui s'y 
cramponnent, elle est parfois remplie de verdure répandue en mille 
bcuciuets, arbres rab.)Ugris ou niagniliques pins et chênes tordus, 
suspendus comme pai' miracle aux fissures du rocher, arbrisseaux 
et arbustes, chèvrefeuilles, clématites, herbes délicates it parfu- 
mées. » {Ambai/rac.) 

Au pont de la Mesela coiidue la Tinée, beau tonenl .pii mule 
16 mètres cubes en eaux ordinaires, 1900 mètres cub.s en crues 
excessives. A 7 kilomètres plus bas, la Vésiibie apporte le tribut de 
ses eaux fraîches et limpides dont le vert émeraude, mugi par les 
crues, se profile assez l.dn dans les flots limoneux du V.;r, parfois 
très sombres et couleur lie devin. Si l'on voulait analyser les eaux 
de crue du lleuve, on y trouverait, par décantation, tous les terrains 
de son bassin sui>érieur livrés sans défense par la déforestation des 
peintes el la dégradation des pâturages à l'entraînement des eaux 
sauvages. Enlin, sorti de la légion des « étroits », le lleuve court 
entre (les coteaux plantés de vignes et d'oliviers, re.;oil de «Iroite 





['liftéraii. moins 0111- 
poilT; que ses émules 
,lo la montagne, 
|iaice qu'il vient de 
moins liauletde lé- 
gions moins bien 
pourvues de neiges, 
mais pourtant en- 
caissé parfois à l'ex- 
In'iiie en d'innom- 
brables fissures. 
Saint-Martin-du- 
Var, la station de 
C.nlomars, Saint- 
l.aurenl s'échelon- 
nent à portée du 
Var assagi. A moins 
de 7 kilomètres sud- 
ouest de Nice, il 
atteint la mer; les 
digues dont on l'en- 
cliaine donnent au 
(lot cliargé de terre, de .sable et de gravier, une telle puissance que 
souvent iine traînée jaunâtre prolonge au loin, sous le cristal des 
eaux de la Médilerranée. la poussée du Meuve. 

Par sa haule valb-e, la Vésubie met la Suisse à portée de >ice. 
Elle naît, à 'JuO mètres environ, de deux torrents venus d Italie : 
le Borton et le ruisseau de la Mad'me des Fenêtres, dans l'intervalle 
montagneux qui unit le mont Clapier à la Balme de Gliilie. Lne 
coulée étroite, exlrèmement rapide, la conduit par bonds jusqu an 
Var, qu'elle rencontre en face du village de Bonson. 11 n'y a pas W kilo- 
mètres à vol d'oiseau de son issue, qui cote 1.3''i mètresd'alljlude, aux 
crêtes, élevées de 3000 mètres, d'où ruissellent ses premières eaux. 
Le Boréon, son principal aliment, draine le mont Pelngo et quelques 
hautes cimes voi.sines ; il est grossi du torrent de Salèses. Pour le tor- 
rent de \si Madone des Fenâlres, il puise au vaste ampliithédlre que 




domine la Cime des 
(iélas (3135 mètres). 
La rivière, ainsi for- 
mée par la jonclion 
de ses deux ruis- 
seaux au pied de 
Saint- Marlin-VésK- 
6ir, prend le nom de 
VV^Hiif.Parinili'sli- 
lels torrentiels issus 
des champs de iiei-c 
cldes petits lacs lirv 
nombreux d'- ccll.- 
haute région, lad''.; 
dolasque est le pui^- 
sanl déversoir du 
ma.ssif d'où surgil, 
à l'est, le Clapi.i 
(3046 mètres). 

Saint- Mnrtin-\' ., . n( vis "v imk\>us 

subie, Roijuebillièn • • .• - > 

la Bullène, Lan- 

liisqne, Utelle, marquent les étapes principales île la rivière. A la re- 
monte, lorsqu'on quitte la vallée du Var, la Vésubie s'encaisse 
entre de prodigieuses murailles de rochers qui surplombent : ce 
dénié, où la route se faufile avec le torrent qui mugit, dépasse en 
beauté pittoresque et sauvage les gorges du Fier. I.e « Saut des 
Français » rappelle les exploits des farouches habitants de Duranus, 
qui, embusqués dans leur nid de vautour, au temps des guerres 
de la République, envoyèrent tète basse plus d'un traînard dans 
l'abime. Le village de Lantosque ne relève plus que partiellement 
de la région provençale : l'olivier, la vigne, le figuier friu tilient 
encore sur les coteaux bien exposés; mais, aux produits des ver- 
gers et des jardins s'ajoulent ceux de la forêt et des pâturages, 
avant-coureurs de la montagne. La Boltène accentue la transition 
avec ses champs de blé et de pommes de terre, ses prairies émaillées 



34 



LA FRA-XCE 




Je fleurs. Sur son promontoire rocheux au-dessus du débouchi' de 
la Gordolasque, Belvédère oITre un paysage dune rare fraîcheur. Xn 
pied de celle croupe montagnensf. hnquohillirre, avec ses maisons 
l'tagi'esmaldéfendues'conlrèles. Il,;, ,ri. 111. iiN delà Vt'-suhie, relève 
déjà de la vie pastorale. Dans \>- x.iIImu du S/millard, ouvert sur la 
Vésuliie, à 2 kilomètres en amont ij.' Itn.iurhillU'rc, les Romains (où 
n'allèri-iit-ils pas?) tiraient pai-li des sources minérales alcalines 
sulfun-us>s d.^ {{.rtliciiiont. — Cours de la Vé.subie, 48 kilomètres. 
Saint-Martin- Vésubie appaitient franchement à la montagne : 
partout une verdure superbe, l'eau ruisselante ou filant à travers 
champs par de nombreux canaux ; le froment, les pommes de teri e, 
le blé de Turquie, les haricots viennent à plaisir. Plus d'oliviers, 
mais des châtaigniers superbes et, dans le voisinage, de grands 
massifs forestiers : poiriers, pommiers, cerisiers mùiissent leurs 
fruits à 1000 et 1300 mètres d'altitude. De cette résidence cliam- 
pèlre, les excursions s'offrent h. tout venant : vallée du Borom, avec 
sa cascade bondissante, au milieu de quartiers de roc écroulés; la 
forêt de sapins et de mélèzes où mille coulées « argentines et [unes 
sillonnent en bruissant les ta|iis de ga/.on » ; puis la vacherie, les 
troupeaux et leurs sonnailles, les prairies piquées de mille fleu- 
rettes, aconits dressant leuis grappes de clochettes violettes, pen- 
sées des Alpes, gentianes au calice bleu inlense; dans les rochers, 
des saxifrages variés, le myosotis, les véroniques, tout cela niellant 



couronne. I.e vallon secon- 
dont les eaux, d'un bleu in- 

assés. 

itiqiie 

s, des 
Géhs 
ontet 



au front du Boréim naissant une jol 
daire de Snlèses conduit au Ific JVoii 

tense, dorment silencieusement dans iinp ronqne de bbifs ^ 
Par le vallon de Notre-Dame-ib's-FiMiéir. ■<. nu acr.'ibi à 1 
sanctuaire de ce nom, sur la IrMiiii.i,- ,|rs liauls |iàliira 
champs de neige et des crélis niaîli issis ipii, roiniiio 
(3 135 mètres}, planent souverainementsur les plaines de Pi 
de Lombaidie, et portent le regard sur la légion des grands som- 
mets, du mont Rose à TEstérel, des champs de neige étincelants à 
la nappe mii-oitaute de la Méditerranée. 

Nice et Cniines sont deux sœurs également favorisées de la na- 
ture, avec des traits et des tempéraments divers : l'une exubéiante, 
de facile accueil; l'autre moins en dehois, plus réservée, d'abord 
plus froid. Tout le monde vient à Nice; n'habite pas Cantm qui 
veut, du moins sans ennui. Ses hôtes aristocratiques, retirés der- 
rière les grands murs de leurs parcs et de leurs villas, ne se livrent 
qu'à bon escient : Nice est plus avenante, plus vive, plus franche 
d'allure, moins gourmée; ce n'est peut-être pas sa moindre séduc- 
tion. Même ciel d'ailleurs sur les deux cités reines de la côte, mèms 
atmosphère limpide, même tiédeur de l'air, même soleil radieux 
que les nuages voilent à regret. .Mais Cannes, entièrement abritée 
sous l'écran ininterrompu de haules collines calcaires, tandis que 
les Alpes neigeuses, réservoirs de fmid, (b'|ilnirnt bien Inin sur 




L mon AL I)K LA Ml I>l 1 lltltAM 



35 




l'horizon li'ur iiiugniliqiie décor, relient mieux la chaleur, ay.iiil 
moins à redouter que ?i'ice les bises fraiches qui s'engounVfnt pai- 
les intervalles des monts. Ici, en elTet, la neige est proche; elle plane 
à peu de dislance, sur des cin\es de 30U0 mètres, génératrices 
dorages et de couran Is, dans les couches supérieures de l'atmosphère. 
Enlin la mer de Cimncs et sa plage de sable lin se montrent plusclé- 
menles aux pieds des baigneurs que la nappe de galets et de cailloulis 
en pente rapide, étalée au ras de la promenmle niçoise des Anglais. 
Cannw, aussi bien, e.-t-elle autre clios.- ,|iriMi.- aui-'lnméralion sans 
cesse grandissante de retraites fleurie-, uii' >i.iir de cité luxueu- 
sement agreste, propre aux amoureu.xd 11 i- |h.> .' Ao , grande ville de 
134230 habilants, caravansérail du ni.uiJe au teiiiiis du carnaval, 
alors toute à l'entrninement du plaisir, ne peut échapper au trouble, 
au bruit, au tumulte qu'entraîne un va-et-vient pareil ; à côté d'elle, 
sa voisine semble dormir. 

Lef/i//irt<de.\ice, encore que traversé d'assez fréquentes alertes, est 
pourtant délicieux : la température moyenne de l'hiver dépasse 9", 
celle du [irintemps 13°, l'été 22'', l'automne 17° : moyenne de l'année, 
l3'',3; écart de l'hiverà l'été, 13°, 2. Si le thermiunètre, en hiver, tombe 
durant la nuit au-dessous de zéro, quelques heuies de soleil ont bien- 
I tôt fait de le ranimer: neige rare, pluies abondantes mais courtes, 
avec une moyenne de soixante-sept jours par au ; vents d'est fré- 
quents; vent du sud-ouest ou Libccdo, chaud et humide, venu 
d'Afrique, assez rare (vingt et un jours par an}; vent du nord ou 
Greijnou, encore plus exceptionnel; mistral violent et glacé du nord- 
ouest, deux ou trois fois par an ; avril et mai venteux, février et 
novembre calmes : telles sont les caractéristiques du climat de 
Nice. I, 'abondance de l'ozone dans l'air, la brise marine chargée de 
principes salins sont des reconstituants énergic|ues. Nice possède 
encore des vallons abrités à l'air moins vif et plus sédatif. I,a llore 
donne l'idée du climat : son épanouissement est magnilique, suit 
au Jarilin public idaltiers d'.Vfrique, myrtes arborescents, massifs 
de caroubiers et de poivriers à grappes rouges , soit dans les jar- 
dins des riches villas où des soins particuliers font vivre et pros- 
pérer les pliœnix d'.\frique, les bambous et dracœnas, les cocotiers 
d'Australie-, les araucarias géants, les fougères arborescentes, les 
agaves extraordinaires mêlés à une profusion de camélias. La rof<- 
surtout fleurit à Nice; elle se prête aux plus modestes, comme la 
violette de Vence, dont les évenlaires se parent tous les jours au 
marché. Mûriers, figuiers, amandiers, vignobles de Bellet, de 
S.iinl-Martin-du-Var ajoutent aux richesses du lerroir. 

Il y a proprement deux villes dans Nice : celle des étrangers ou ;'i 



leur usai,'e et celle des Niçois. I, illustre Paillon, dont les grèves, 
quand elles ne sont pas sous un Ilot débordé, font la joie des 
blanchisseuses, distingue les deux cités sœurs : l'une attachée au 
rocher du château, sur l'anse des Ponchettes; l'autre épandue 
à l'ouest, sur l'aire d'anciens faubourgs : les BaumcUes, la Croix- 
ilc-Marbre, Bcaulicu, Itiquier, Montburun, vaste enceinte que débor- 
dent déjà les groupes habités de Sainl-Plu/iiipc, Sai/it-Éticnne, Vara- 
barcl, Sainl-Jlueli, échelonnés en circouvallalion sur les gradins qui 
Dujulent à Cindez. Des voies tirées au cordeau entre de beaux 
immeubles, des boulevards bien plantés composent la nouvelle villi'. 
L'ne longue rue échelonne, à l'arrivée, ses magasins bii'ii pourvus, 
ses hôtels, ses bazars, ses cafés soniphieiix enirr une double rangé'e 
de plalanes, de In gai'e à la place .Ma — ' h.i, h - di ux [inles du ukiu- 
vemeut urbain. Chemin faisantso ili'~-'iil r.-h-e rn'ugothiiiue de 
Nutre-Dniiie et le palais de marbre du Ci' dit l.viiiuais; sur les deux 
ailes de l'avenue, le boulevard Dubouchage et celui de Victor-llugo, 
de part et d'autre, partagent la ville en deux portions inégales, dans 
l'espace comprisentre la voie ferrée elle lildu Paillon. Comme la rue 
de Itividj. la grande artère niçoise de la gare débouche par une série 
d'arcades sur la place Mas- 

séna : ici le Casino iintnici- 

piil réunit, dans son tiiple 
l'avillon, les séductions les 

-.illr.s de rnncert et de lec- 
luie, ileàire, cercle et ta- 
\ I I lies, leslaurantsetcafés : 
|i.iiid'-iii.iniuin cosmopolite 
ipi aei-iinipa;,'nent, d'un coté, 
je .l.irdtn public aux plautu- 
leiix massifs, de l'autre le 
N.|uare ou s'abrite la statue 
du duc de Rivoli, un enfant 
de Nice, dont le bronze, 
liiiidu par Carrier-Belleuse, 
d. Pline une belle impression 
de vie. A l'extrémité du 
Jardin public, dont les fron- 
daisons exotiques r<!cou~ 
vi-eut le lit dissimulé du 
l'aillun, s'élève le nionu- 
nienl eoniiiiéiiioratif de la 




3G 



L\ FRAiNCE 



réunion de Nice à la France, et, plus loin, s'allonge la jetée-prome- 
nade, estacade jetée sur le flot vers un belvédère composite auquel 
l'Inde a fourni une pagode-lliéùlre, la Chine un resUiurant, le Japon 
un café, les pays mauiesquc?s des salles brillantes et originales. La 
promenade des Anglais, attachée à la rive depuis l'embouchure du 
Paillon jusqu'à celle du Magnau, complèle l'investissement de la 
mer : ses frondaisons malingres, trop baUues des embruns, ne 
laissent pas d'attirer, entre "trois et cinq heures de l'après-midi, 



Au pied même du rocher clignote la petite anse des Poncheltes, où 
colons phocéens halérent leurs barques sur la grève, non sans avoir à 
découdre avec les Ligures, premiers occupants du sol. L'acropole grecqi 
juchée au faite du plateau rocheux, peutn liv à \:\ |il.»e d'un ancien po: 
Indigène, ayant eu à se défendre contre li - ii ilni- v..i-ini-s. l'interventi 
de Marseille et l'alliance de Rome sauv.inii II .(.Imuh. naissante. Dés 
IM« siècle, Nice était chrétienne et pourvue .1 un Mt-j^c episcopal. A la chi 
de l'empire, cette riche proie, comblée de biens par une nature prodigi 
excita de vives convoitises : républiques italiennes et comtes de Savo 




cavaliers et promeneurs, aux rayons bienfaisants du soleil. La longue 
avenue se [irolonge à l'est du l'aillon, pur le quai du .^/i'li, sur le 
front de la Vieille Ville. 

Li'i s'étale, entre le torreni, la mer et le château, dont le mclier 
abrite la petite anse des Ponchettes, la ville administrative, avec la 
Préfecture et le nouveau Palais de justice, l'Ilolel de ville et l'Opéra. 
La calliéilrale Siiiiiie-llfparate gagnerait à se souvenii- que la simpli- 
cité eslune vertu cli retienne. A larue Saint-Krançois-de-Paule, giando 
artère de la ville niçoise, s'attache le souvenir de quelques botes 
diversement fameux : liobespierre jeune, Barras, Kellermann, IJona- 
parle. Dans le pndongement de celle rue, le palais des anciens 
Gipuverneurs évoque la niémoiie de .Napoléon l"', de Chailcs-Albert, 
de VirlDi-linimaniii-l, de Napoléon III, qui nous donna Nice cl la Savoie, 
avec la frontière des Al[ies. A l'autre pôle de Nice, le quartier de la 
C.roix-de-Marhre éveille le souvenir du double passage de Pie Vil, 
ceUi de l'inlrevue de François 1"' et de Charles-Quint; enfin, l'an- 
cienne villa Furlndii-Ueinr, aiïectée à la convalescence de cinquante 
officiers des aimées de terre et de mer, rappelle la pi'incesse Pau- 
line, sœur de Napoléon 1"', qui en fut piofiriélaire. 

Il ne reste <\ peu près rii-n de l'ancienne citadelle qui couronnait 
re9car(ieiiii-nt du Château. De» allées sinueuses, bordées de 
cactus, d'aloès, d'agaves, égayées ç,1 cl là de palmiers dattiers et de 
chamœrop», conduisent sur la liaul<'Ur, à moins que l'on n'y accède 
par l'escalier en lacels qui se noue à la grosse tour nell.in.la, accro- 
chée au liane de la falaise, du côté de la mei-. Au faite, les eaux de 
la Vésubie s'épanchent en cascade et multiplient les filets rafrai- 
chissants : de la plate-forme doniinanle, le regard embi'asse un 
magniliquc horizon. 



comtes de Provence et ruis de France, sans parler des Lascaris de Tend 
et des Grimaldi de Monaco, s'en emparèrent. La croix de Sav>,ie s'y iiii 
planla en 13S8, et ce fut pour cinq siècles. Ni François l'"' ni son allié I 
dey Itarberousse ne l'en purent éloigner : contre l'attaque de Iji:). Calln' 
riiie Sé'juniiie, la Jeanne Hachette niçoise, éveillant la garnison suiprise 
s'élance vers la brèche où déjà le Turc clone le croissant, le lui niTacl' 
d'une main, de l'auln' lui r.ii,| In tél.', '7.-, r , nt mi. ii <!.■ I i \>]:u- • , n n;"" 

Cn/(»«Mit sauter ses pi.i,.!' I. !.- il. III i.n!. /.'. i :.:' i. ' .--' 

pierrailles (1G91), et Ijeu- \l\ |i,ii - m: r i.l i i . i .!. 1 i -i. . . i .!,■ \ ,\ m 
eomie lie Si^e. La p!:ier . i mi n », ,, i, ,i i , - ,,,,|, , , n ii.-i,,, |,. -, , ii il 

B(.ne/e:i,,ii|»,rl:.e„ ITi.,, .i|,:i - nu .p ■.■ Im ml ,■■!■,■: pois les II |.r--ii.|. 

yrelllM < ni ~n,- -n il, m nnln. \,,n ,.| nUMiAre a la llépubliqlll' tennin 

en 1711 J . I I ih I iiir ,|n \n|ii,ir,,ii ( I Ir^ li',iil.- .Ic' Isfi l.'uvnden t il Ift ^^ ai'i I ■ 1 1;; H- 
Kntin, à lii siiil<; de la eauipayue d llalie, lo vole unanime des babil. ml- 
ratifiant le traité du il avril istiii, attache définitivement AVce à la l'ranii 
La ville, n'ayant plus rien ù. craindre, s'est transformée ^l'^2940 habitants 

Sonportesttoutailificiehen I7o0, leroi Charles-Emmanuel III ci 
|)osail la première pierre. Un siècle de travaux l'a enveloppé de quais 
|)rolégé (l'une double jetée, car la pointe du Chàleau, (|iii aliritail l 
cri(|ue des Ponchettes, le laissait à l'est ouvert aux houles du large 
Le nom du port est Lim/iia; une superficie de lOOOO mètres carii 
environ, comprise entre la jetée qui se lie au pied du château et 1 
nn'ilo opposé, sert d'avanl-porl, en laissant 03 mètres de passe à l'iu 
trée, tandis (|uc l'accès du port lui-même est largo de 67 mètres. !.. 
nappe circonscrite couvre Q hectares et demi; sa profondeur es 
do 7 mètres à rentn'e par basses mers, de G", KO à linti'rieur; 1: 
longueur de quais nlilisalde dépasse 1 0!)0 mètres. Plus d'un milliei 
de bateaux y enlrent annuellement en reldche. Le mnuvenieu 
commercial du port de Nice le range aiuès Cette et Marseille 



MKDITKIIK Wr.K 




l.e nouveau quarlim- qu'il aniuie se relie, pur lu place ibuste «le 

Carnol) el la rue Cassini, à la place Garibaldi que côtoie le Pailioii, 

dans le voisina^'e du Muséum d'histoire iialurelle. 

La nature, complétant l'œuvre dos liommes, a ouvert à côté du 

port de Liiitjiia, entre les escarpements du mont Boron et la pénin- 
sule deSnint-Jean, le magnifique bassin de Villefranche : on dirait 

un bras de mer creusé artificiellement entre des falaises abruptes 

qui le protègent de toutes parts. Sa grande nappe d'eau tranquille, 

d'accès commode par tous les temps, inaccessible aux tnurmenti-s 

el gardée par le recul contre les CKurants littoraux, avec des fonds 

de 20 mètres devant la ville, offre un admirable mouillapo aux plus 

gros navires et à nos vaisseaux de guerre qui 

viennents'y reposer, dans l'intervalle de leurs 

exercices, l.e Piémont y entretenait jadis une 

llotlille; mais les anciennes constructions, 

qui avaient été élevées dans ce but, ontdei)uis 

longtemps perdu leur intérêt.- La rade d'ail- 

leuis mani|ue de l'outillage nécessaire à un 

port de commerce. Villefranche, suspendue à 

fianc de montagne, comme au temps où il 

fallait se garer des corsaires, est trop peu 

attachée à la rive et trop voisine de Nice l'at- 

capareusR, pour attirer à elle mieux que Ac 
i petits caboteurs faisant des opérations de 
! transit tout à fait locales, i 7iO habitants). 
Desdeux grands inob-s naturels, projetés sui- 

les (lancs de la rade de Villefranche, l'un, celui 

de Saint-Jean , q u i poi ti te au cap Ferrai, s'avanc ■• 

de 4 kilomètres en mer; l'autre, formé par V- 

muni Boron, prolongement du imint Alban, du 

Vinaigrier et du rnonl Gros, offre une sailli^ 

moindre sur le Ilot, 2 kilomètres 1 2 à peu près : 

il s'incline vers le port de Limpiael le château 

de Nice. La défense de la place a mis cette po- 
sition à profit en édifiant, à 183 mètres d'alli- 

tude, sur le mont Boron, les batteries de ce nom 

et celles de Cauférat au front de la péninsule 

Saint-Jean; en retrait, le fort de ilonl-Alban, 

dont les feux passent au-dessus de Nice, se 

relient à ceux des ouvrages du nord et du 

nord-est, el battent au large la Méditerranée. 




Sive est le pivot de la di'feme franijaise du sud-est, a[)puyi'i; sur les 
Alpes. A 10 kilomètres nord-est, le fo.t de la Tèie-de-Chien fait front 
contre l'Italie, du haut d'un escarpement de 575 mètres: dressé en 
face et au-dessus de Monaco, il balaye la route et la voie ferrée de 
la Basse-Corniche el le large jusqu'au cap Ferrât. Le fort de la Ru- 
vère. la batterie des Feuitlcrins el celle de la Dretle commandent, 
en arrière, la route de la Ilaute-Corniclie et croisent leurs feux avec 
les forts du Munt-Chnuve de Tourelle et du Muiit-Chauve d'Asjire- 
>iiimt, juchés, celui-ci à 852 mètres d'altitude, l'autre à 78.'} mèlres 
sur l'échiné séparative des vallées du l'aillon et du Var. L'ouvrage 
de Colomars et, plus bas, la batterie de Sainl-Jenn-de-la-Riviére, com- 
plètent leur action sur le Var. 

Enliu, les avenues éloignées de la place, 
à la coupée des défilés montagneux, sont gar- 
dées par le fort du Barbonnet, à 23 kilomètres 
nord-est de Mce, 2 kilomètres sud-sud-oiiest 
de Sospel, sur un roc isolé qui comnuiiide le 
condueiil de la Bevère et du Merlanson, de 
plus de 500 mètres; les défenses de VAuthion, 
à 15 kilomètres au nord de Sospel cl h kilo- 



)E NICE. 



\l:ll. 



si'paralive de la licvcre el di; la (iordolas(|Ue. 
Vers l'ouest, l'ouvrage de l'icciarvel, sur un 
n montagneux c]ui commande le con- 
(liiiMil (lu V.ir et de la Tinée, avec la redoute de 
/,'./,i,/..'.V. ',(.;; en arrièie lïEntrevuux, sur le 
\,ii, il il'' '., ///!«),«, au bord du Verdon, points 
ib' ra\ il iillrriient sur la ligne de communica- 
tion entie la défense provençale et celle du 
Genèvre, par Tournoux et Brianr;on. 

Us environs du Nice oiïren taux promeneurs 
de channanls buts de piomenade. Sans parler 
de la Suisse niçoise, dans la haute vallée de la 
Vésubic, Villofiaiulie, sa rade; et la côte Saint- 
J> an. lii-.Mi lieu attaché à la iive,dans un cadie 
alriiiiin : r///i(>:,sesvillas, ses ruiues romaines 
el ligiii' s, ro/«ert'rt/o!re du Mont-Gros, l'abbaye 
de Sdtiil-I'diis, vieille de douze siècles, dans 
un site admirable i^jir la vallée du Paillon; 



France. 



II. 



38 



LA FRANCE 




Tourelle avec les ruines et la gioUe de Chàteauneuf ; la grotte de 
S'iint-André, ses cascatelles et son cours souterrain; la cascade de 
Giiirnut où saute la Vésubie; le Vur el sa haute vallée pittoresque; 
les élroils de VEsléron; Cognes; Vencc, ancienne capitale ligure, 
filé romaine, avec une partie de sa vieille enceinle. sa cathédrale 
élevée à la place d'un li'in[]le de Mais; les gonjes ttu Loup, etc. 



DE NICE A LA ROYA 

LA CORNICHE 

L'enchantement de Nice poursuit à l'est. Sous la poussée des 
grandes Alpes, les falaises calcaires qui leur servent de contreforts 
serr<-ntde plus firès la inei-; la rnle, dressée en espalier contre les 
rav'itis (liriris du -^..l.il, prend de plus en plus un aspect africain. 







Brisé par l'Estérel, émietté par les arèles 
des hauts sommets, le mistral n'arrive plus 
qu'à bout de souffle. D'ailleurs, les cou- 
rants froids du nord, qui rayonnent des 
champs de neige, tombent de trop haut 
pour atteindre la base des monts; ils pas- 
sent par-dessus la côte, et l'on voit la ra- 
fale s'aballre et soulever les vagues à plu- 
sieurs centaines de mètres au lai-ge. Aussi, 
dans cette serre chaude ménagée par la 
nature, la végétation des tropiques s'épa- 
nouit-elle àplaisir. Dès Toulon, le palmier, 
l'agave, les arbustes épineux se mêlent à 
la floi L indici ne mais ( e ne sont là que 
des m uuli "-lations isoli es II faut Ilvères, 
Boi mis ( t C i\alaii( , S mit I mpez, Cannes 
ttNiii poiu que la vtgilalion exotique 
safhiini d\e( Mautui, jUsqu a transformer 
la iilnsic noiiut, du [ia\s Menton en est la 
(leui le citronnier, tette si nsitive qui 
souflie de qinhiiKs dcgiis au-dessus de 
/no, et iiieiiil tout de suite au delà, pros- 
piie iLi comme nulle paît ailleurs : le 
nu me ai bu poi te en tout t( mps des fleurs 
( t des fi mis i divei s di ^'us de maturité; 
iiiliSiih 111 1( s iîib 11 (S ne lui offrent 
il - i iidilii Ils ( hm ili I i(]U( s plus favora- 
1 11 s II iiiolti SI lut du !'■'■ janvier an 
31 décembre, et cela vaut au Menlonnais 
de nombreux millions par an. Celle côte est le triomphe de Volivier. 
Au lieu des chétifs arbustes étages aux premières collines de Pro- 
vence, il prend ici des proportions magnifiques. De Beaulieu îi 
Menton, les troncs noueux, donlun bon nombre prit racine avant 
les Croisades, et quelques-uns peut-être virent passer le légionnaire 
romain, semblent indestructibles : leurs fantastiques rameaux, 
gros comme des arbres, engendrent une étrange futaie qui fait 
songer à la forêt enchantée du Tasse. On voit de ces colosses dont 
le tronc mesure plus de \i mètres de circonférence, tandis que les 
branches maîtresses montent à 20 mètres de hauteur. Un nouveau 
venu, Veiicahjiilus, mêle ses feuilles d'un vert bleuâtre à la fron- 
daison argentée de l'olivier; découvert seulement à la fin du 
xviii» siècle par le botaniste La BiUiardière atlaché à la croisière 
d'exploration envoyée à la recherche de La Pérouse, acclimaté en 
Europe "%t en Afrique vers 1860, cet arbre prospère aujourd'hui sur 
le littoral algérien et se voit sur toute la côte provençale. Il jaillit 
plus qu'il ne pousse, et en 
peu d'années prend des pro- 
portions gigantesques : ses 
propriéti's thérapeutiques, la 
dureté de son bois, sa faculté 
d'absorption le rendent pré- 
cieux comme desséchant et 
désinfertanl , surtout dans 
les bas-fonds alluvionnaires, 
encore mal colmatés, qui ac- 
compagnent presque tou-' 
jours l'embouchure des tor- 
rents, précipités de trop court 
et de trop haut, par les mon- 
tagnes littorales. A peine esl- 
il besoin de dire que l'admi- 
rable douceur et la fixité de 
la température l'ont de tout 
ce pays le paradis des (leurs. 
De Nice ou plutôt du cap 
Ferrai, son avant-garde au 
soleil levant, le ruban lillo 
rai se déploie autour d une 
double conque azurée : la 
première jusqu'au vn/i Mar- 
tin : la seconde, de ce [loint 
au cap d'Ampeijlio, promon- 
toire de Bordighera. Dans 
chaiiue embrasure, un bel- 
védère avancé feston ne lu 
eôle : entre le cap Ferrât el 
le cap Martin, le cap d'.lv/io, 
projeté sur l'horizon de 




Iteaulieu et d'Kzo, du côlé de Toiiost ; Muiiaco, la Tuiliifi, Calibé- 
Hoquebrune, du côl." de l'est. Dans liiitervalle du cap M<irlin à celui 
A' Ampeglio, la pointe de /'( Morlula dessine à son tour une double 
baie, dont le fond est occupé, d'un côté, par Menton, à l'embouchure 
du Carei; de l'autre, par Viutiniille, que deux torrents, la Roija et la 
;Vfrrio, séparent du promontoire de Honligliera. La France finit à un 
peu plus de 2 kilomètres par delà Menton, au pont Saint-Louis. 

Ileu.t roules desservent le littoral, l'une atlacliée aux sinuosités 
du rivage avec la voie ferrée, l'autre moub'e aux crêtes et comme 

I suspendue au-dessus des abîmes: c'est la route de la Corniche. Napo- 
léon I" la fit construire vers 1806 : elle suit, excepté entre Nice et la 
Turbie, le tracé de l'ancienne voie Aurélienae, grand chemin 
d'Italie en Gaule, et rallie sous Roquebrune la voie littorale dirigée 
vers Bordighera, Savoiie et Gènes. 

Eze, la Turbie, Roiiuebrune, bien qu'ouvertes sur la mer, planent 
sur dessommets qui les relient naturellement;"! \aCorniche, les deux 
dernières surtout; car Eze, hissée dans son nid d'aigle, ne se r-al- 
tache propiementà rien. I.a pyramide isnh'c à laqueil.' ses niai;s(iiis 
s'accrochent, autour d'une 
étrange ruine, domine la 
mer déplus de 600 pieds: 
l'atteindre de ce c(")t>' parle 
sentier qui monte au caprice 
des courbes, au hasard du 
vide, peut passer pour une 
véritable escalade. <■ Les filles 
de la montagne y descendent 
pourtant, la cruche sur l'é- 
paule, pour porter leur lait 
au marché : un faux pas les 
précipiterait, mais elles .sa- 
vent leur sentier par cœur, 
A mesure qu'on monte, la 
pente se redresse. Les mai- 
gressauvageons, les buissons 
rabougris ont disparu; le 

i mont devient muraille, mu- 
raille rougeàtre, ocrée, si liée, 

] abrupte, dont là-haut, bien 
haut, la ligne de façades en 
surplomb ne semble qu'un 
prolongement géologique. On 
arrive enfin; on pénètre par 
une sorte de chemin de 
ronde : voici la porte ipiont 
franchie les Maures, api<'- 
César. A des fentes torluen 
ses, à des ruelles misérables. 
la roche, grossièrement apla- 
nie, tient lieu de pavement 
C'est encore la roche qui, d' 
ses assises naturelles, forme 
les prodigieux degrés mon- 
tant à la citadelle; c'est elle 



toujours ipii pièle des soubassements aux maisons, et ces mai- 
sons, reliées entre elles par d'obscuis couloirs ou par des roches 
entre-croisées, no font qu'un agglomérat unique, digne couronne- 
ment du monolithe. «(Sléplien Liégrard.) 

La Turbie groupe les ruines pittoresques du château des l.asca- 
ris, un sveile campanile et le tohu-boliu de son vieux faubourg 
coupi- de ruelles <'l scellé <raies-boutants, au pied de la tour ou J'ni- 
phcp d'Aiii/iisle. Elle lui doit son nom. La langue grecque dojninante 
sur le littoral l'appelait Tropaia Schasixm, d'où ïorpea, Torbea, 
Turbie. L'esplanade de la petite place, où se cliauffent les vieillards 
et jouent les bambins, commande un abiine vertigineux au fond 
duquel rayonne la b'irie de Monte-Carlo et se détache Alimaco sur 
son rocher, semblable à un jouet d'eiiraiit. 

Au-dessus de la route de la Corniche, Roquebrune se suspend à 
la ni'iiitagne : une rampe d'accès y monte pai' des pentes un peu 
rudes jusqu'aux portes en ogive qui ouvrent la cité : des arches 
massives pmlègent contre les llèclo's du soleil le labyrinthe des 
iui-s..i'i [lailnis I • rii.iia.lani est ieiii|ilacé [lar des esraliri's. lui li.iul, 




40 



L.\ FRANCE 




lieuses glissoires, où jamais 
une voi lure ne s'nvenluia. Du 
liaut d'une plale-formo, l'é- 
glise Saint-Michel, bàlie 
avant le xiV siècle, et sou- 
vent depuis réparée ou 
agrandie, dresse au-dessus 
des quais son campanile à 
trois étages que termine un 
petit dùme. La porte Sainl- 
Julien, reste des forlifications 
féodales, rappelle le temps où 
l'on vivait dans l'appréhen- 
sion des pirates. Quelijues 
débris, enclavés dans le cime- 
tière, subsistent de l'ancien 
château fort, élevé en li)02 
sur les fondements d'une ci- 
tadelle sarrasine. 11 est pro- 
bable que les GrimaUli, maî- 
tres de Meiitun, en utilisèrent 
les , assises pour construire 
leur résidence de Carnolès. 
Mcition fit partie intégrante 
de la France durant la Ré- 
volution et l'Empire, mais les 
traités de 18KJ le rendirent 
à Honoré V. La révolution 
de 1848 déchaîna cette ville 
et Roquebrune contre le 
prince de Monaco : cela fit 
une petite république aulo- 
noine jusqu'au jouroù le vole 
unanime de ses habitants 



des marches usées, des degrés taillés dans l'épais- 
seur des murs, conduisent au chemin de ronde du 
château des Crimaldi, auxquels la France Ta paye' 
à beaux deniers comptants. 

Menton s'élance en flèche sur un promontoire, 
au détour du cap Martin. C'est une enchanlcn'ssc, 
sœur de Nice et de Cannes, moins en di-bui s ijU'- 
son aînée, plus douce à ses hôtes que l'aristocra- 
tique résidence de la iNapoule. Son airsalubre,les 
biises chaudes qui, dans la traversée de la mei-, 
ont tempéré leurs ardeurs africaines, attirent en 
ce coin de terre béni du ciel une clientèle amii: 
des reposants loisirs. Ce n'est pas que MenUm 
n'ait aussi son Cas^ino municipal, sa fête des (leurs, 
son carnaval joyeux; mais sa radieuse nature sui- 
tout exerce un invincible attrait. La moyenne 
de la température menlonnaise est de 16",3 pour 
l'année, celle de l'hiver 9'',(), du printemps 1o» 3, 
de l'été 23",(), de l'automne 10°, 8. Harement le 
thermomètre descend à zéi-o, et pour quelques 
heures seulement. L'exlr6m(! chaleur ne dépasse 
guère 30»; quatre-vingts jours de pluies-averses 
ont pour contre-partie deux cent quinze jours di' 
ciel sans nuagi-s. Un véritable cirque de monta- 
gnes envclrq>pe Mcnlnn, de la créle de VA gel à 
i'àpre chaîne du Gnninitonl. 

La saillie de la vieille ville, qui projette un 
vieux bastion génois à la racine <lu môle recoui- 
liée sur le poi-l, dessine, dans la baie tendue enlrc 
le r,',> Martin et la pointe de la Mortola, deux 
bassins au gracieux contour : celui de Gnravnn, 
à l'est, très abrité par des falaises; à l'oiicsl, le bassin de Carnolès, 
que bordent les alluvjons apportées parles deux lorrenls du Cnre! eV 
de I}orn;/t). C'esl, de re côté, une promenade sans fin, à Heur de 
livage, douce aux amis du soleil. Une avenue la double à peu de dis- 
tance, l'aventie Cnrnnt puis Fi'lix-Fnare, qui chemine sous le nom 
de rue Sninl-Mirhrl \u»mi'li l'Hôlel de ville, après avoir semé sur sa 
roule le Janlin puhlir, les hôtels, les magasins, le momtmcnl coinmr- 
iiinr'ilif de la réunion de Menton à la Fi'ance, cl laissé un peu à l'écart 
le Casino, à portée de» graiuls caravansérails cosmopolites. Telle est 
la ville neuve. A l'escarpement que couronnait jadis un château 
fort, le vii'UX Menton noue le réseau serré de ses rues étroites et 
8ombte«, ses escaliers, ses voûtes, ses contreforts, sur de hasar- 




rattacha les deux villes à la Fiaiire. Par le irait.' dn 2 févrii^r INOI, 
Napoléon III lachelait au iiriine de Monaco, pour la somme de 
'i millions, tousses droils sur Menton et Ito.iuebrune. 

Le citron {30 millions de fruits par an), la violette double (très 
rechi'rchée pour son parfum), l'orange (surtout la <• bigarrade »), 
utilisée pour la fabrication des essences, les cédrats, l'huile d'olive, 
les céréales donnent à ,3/e/i<()H d'importanls revenus; la marqueterie 
fine (inscrustations sur bois d'olivier et de citronnier), les salaisons, 
la parfumerie, la pèche, ajoulent aux ressources du sol. Le port, 
autrefois simple havre d'échouage, offre, h l'abri de sa jetée de 
370 mètres, des fonds de 6 fi 7'",S0, aux caboteurs surtout et même 
aux grands b;1timonls (18(11)0 habitants). 



LlTToiiAi. hi; i.v Mi:i,iii;i;i( 



lit A Ml-: 



Les environs de Menlinioî- 
fr«iil des liuls lie proineiuulo 
l'Xfjnis, soil par Ciininlrs, cii 
;it laiive jusiiu'aiix l>i>i.s 
1^ maritimes, il'olivioi s 
lies, lie l(?rél>inllios et 
i.vriei-s eu fourrés qui 
iii cap Marlin une si 
iule parure; soit vers 
-, camp reiranclié de 
nu-s grimpantes, de voûti-s 
el d'arcades, juché, connue 
Eie, contre le Sarrasin, sur 
une pyramide encerclée di- 
ravins; — ;\ Sainle-Agiièf, an 
Gourg ileU'Uid, dont le tor- 
rent, sans eau pendant onze 
mois et demi de l'année, s<' 
précipite en cascade à iasuiti' 
de quelque forte pluie, pour 
se reposer un peu plus loin. 
dans un petit bassin verl ; — 
à CnitilUiii, escarpement de 
ruelles incrustées dans la 
pierre; — au vnl de Menton, 
merveilleuse Tempe de jai - 
•lins et de fruits, dont les 
terrasses, comme en un prin- 
1-nips perpétuel, prodiguent 
l'or du citron et de l'oiange 
parmi les oliviers et les 
figuiers; — à Castcllar, an- 
cien repaire bastionné de 
I tourelles, de portos et de 





PRINCIPAUTÉ DE MONACO 



k'S l'IiiMiiriciis .iliiii-dùrL'nt avant Its Grecs et l.■u^^^■•l•ent 
11- niiiM du lunr iliiu Melkarl/i. en téuiuignage ilu Knr 
passage. Mcl/.arlU était le dieu fort el sans rival, lo 
Muiwïcos, an dire des Grecs (|ji(ivo; oixio, seul à la inai- 
siin , le maître, dont le culte cxclusil' n'est ass.MJi: à 
auiun autre. Or Mel/iarlli, c'est Ilpirule : de là le pnrL 
iVlhixule Moiio'icos, d'où l'on a fail, en gardant !• sur- 
nipui : Mniioïios, Monaco. D'anlre part 1x6-10; veut iliro 
aussi moine. Par ce singulier rai>[iroclienient, deux 
religieux ont pris |)lace dans les anuoiries du prince 
(le MuiictiO. à la place de l'ancien dieu phénicien. 

.V GO mètres au-dessus du Ilot, le bastion naturel 
■ le Mnnrico pouvait jadis fléfier tniiles les allaipies : 



iliiril lis piiriiiers avaient si rudement halaillé 
: lis Sairasiiis pour l'airrancliisseuienl de l.ieùte 
iiiale, s'eMjaeinérent à Monaco : ils y tiennent 
;, malgré les invasions, les Irailés spoliateurs, 
vululions qui ont traversé leur histoire. 
,■-/-/ //, luinee .le Monaco, Sun frère Lu,-!i;, se 



fossés; — enfin et suilout par la cote de Garamau, tuuli; constellée 
de villas, vers le pnnl-frnntière de Saint-Louis et les fameux Itu- 
chers.Rouges. Dans les cavernes des Baoussé-lhtt.y>é furent trouvés 
par M. Rivière, en 1872, et par .M. Bonfils, les squelettes complets 
d'autochtones conlemporains du mammouth, du grand ours, du 
renne, de l'auioclis et autres carnassiei's de grande taille dont les 
redoutables maxillaires ont été recueillis à côté des pointes de 
llèches, des hameçons, des silex taillés, qui furent l'unique défense 
de nos lointains ancêtres. 

Vu d'en bas, \cponlSiiinl-Lnuis est écrasant : cette arche audacieuse 
de 22 mètres d'ouverture, jetée sur un précipice de 200 pieds, est 
faite à la taille du rénovateur de la Corniche, Napoléon I" (1806). 



des Monégasques, appuyée desreururts du duc de Suvuie et de i UUO liunuues 
de bonnes troupes françaises envoyés par Louis XIII, eut à la fin raison 
de l'altaiinc : les Génois se retirèrent. 

Augmlin Grimulili,È\<:i\\ic de Gr.nssc, frère et héritier de Lucien, ayant 
mis sa principauté sous la sauvegarde de l'empereur Charles-Quint, les 
rois d'Espagne furent mallrcs de Monaco durant près d'un siècle. Mais, 
en IC91, le prince régnant. Honoré 11, voulant changer de maître, fit appel i. 
Richelieu, mit dehors par surprise la garnison espagnole et des soldaLs fran- 
çais dans la citadelle. LaUévolution annexa toute lo principauté de Monaco : 
Roquebrunc et Menton (la févTÏer 1793); les traités de 1»15 la confir- 
mèrent aux Malignon-Grimaldi, sous la garantie du Piémont. Honoré V 
rentra dans sa capitale, mais n'y resta guère. Au prince l'ioreslan !■"' 



42 



LA FRANCE 




: ATIlKDliA 1. E DE .MONACO 



son successeur. Menton et Roquebrune, soulevées en IS'.S, arrachèrent 
leur liberté. On a vu comment les droits féodaux sur ces deux villes, 
rachetés en 1861 par Tempereur Napoléon 111, ne laissèrent au prince 
que sa capitale, mais avec la reconnaissance formelle de son indépen- 
dance, comme État particulier. 

C"est une émi>uvanle liistoire que cette lutte .inlassable des GrimaUii 
pour la conservation de leur titre souverain. Papes, rois, républiques 
les ont successivement reconnus. Les Archives princières conservent à 
cet égard les plus précieux documents : des lettres de Richelieu, de Maza- 
rin, de Colbert, de Louvois, de Charles-Quint, etc. Des hôtes illustres : 
Dante, Pétrarque ont gravi l'escalier du palais. Louis XIV s'y faisait re- 
présenter au baptême d'un Grimaldi. 

Dans une couronne de jardins suspendus, le palais princier surgit au- 
dessus de l'isthme qui l'all.irlu; .'l la r\\r. prochaine : un long détour y con- 
duit; des canons de brou/- m'! h-ii.. d. s li..ulrl< L-nlasscs nmtre le 
parapet qui borde la ji! n .il --us du vnlr, l'.nil une escorte 

guerrière à la porte priri'i] : , iMirnipl ■ ujunir ,!,■ , rrncaux. 

On admire àl'intérieur, ouUu 1.: li^ I t.-. .ili' r d-- m ni.:-.' :i duublo révolu- 
tion, deux galeries aux élégantes arcades il, I m- ipi I ] p s salles, de beaux 
portraits de la famille princière signés .Mi-n' 1. I i-llirre, C. Vanloo, 
II. Rigaud. La chapelle rivalise pour la ri. Ii 1 I i I ...ratirm avec la 

nouvellecathédraleSa(ii/-A7cote,reconsli k; ni ' i -l ! iMinano- 

byzanlin. A la plage du gracieux bassin i|iii i i i: 1 i lier et la 

cote, un quartier neuf, la Comlamine, S' -i : ! m i I i .lin de 

terre en ce petit État est un trésor; au.-M n 1 1 u i ii -i le sans 
emploi. C'est ici le grenier d'abondance de la principauté : comestibles, 
vins, épireries, boulangeries, magasins, tout s'y trouve il coté de jolis 
logements, de retraites accessibles aux bourses modestes; des Thermes 
s'élèvent au bord de l'eau bl.ue où cl.ipiitent les cannls ain irr.s. nnii jidn 



du y.M lil l'iiiH i' r -nr <i - an.iv-. Dans un vallon autrefois retiré qu 
s'ouvic -ii; I I [.! ._i , . ii;i'. 1. - niiii - d ■ sonlùneraent des villas, sous larcli 
hanlii'd lin M iliH i I c li;i|i' lie dn S.uiili'-Dci'ole, chère au cœur des Mom' 
gasquc.-. niJUtiL' diSLicUniLiit smii Ijurable campanile. 

C'est de Monaco qu'il faut voir, entre la nappe azurée du port et le ci. 
de saphir, la resplendissante féerie de Monte-Carlo, ses terrasses c 
gradins, ses massifs exotiques, ses palmiers frissonnant à la brise, sori 
de rc'jM.-Mir i'\ rjr V. r- 1.- r ,^;,n,. Imiiili' d.' ri.r, dans un écrin de m.-irlir 
lleurnix i;..;,- ,,-/., I .h :i_-r |...iii\--il i ce que la terre, failli' dV- 

pace. Il'' - lin ni I' iir A"\uv v : il- ii ■ <• i.ii--nal pas le rude et Irnp sm 

vent in^iMi I ilii-nr I - . li iinij^ ; ..nniii': 1'- njs.Mux du ciel, ils ne sèiiu-i 
pas. !■[ pniiiliiil II 1 i-.iilte abonde : la raclette du croupier remplace la fan 
et le rili 111 du iiiMi--i)nneur. Aussi, point d'impôts : ni celui delà terri 
ni Cl lui du Muin. m lis seulement la joie de vivre sous le plus beau ciel il 
monik-. dans un jardin toujours fleuri. Comme l'on comprend que li 
Monér/dsrjiies suienl jaloux de leur indépendance et tiennent à rester i 
qu'ils snnt 1 

Trophée d'Auguste. — Au-dessus du royaume de l'or, la Ttirbie, .«i 
son balcon exposé à la morsure du nord, semble une Sibérie à côté ■ 
r.\frique. Le village est perché sur des précipices, dans la région des pin 
à l'exlréme saillie des .\lpps siirla Méditerranée. La voir Ann'lipnnc y p.i 

sait - '. I ■;..' •- ..- ' . r ninn -i-nrh.iil I. - aiiliii!-- amie,,-, | i-rr'in.l 

les Tin^nl ._ii. - .,',. . 1 II'. 1 ■ d , rnnil .1 -•;, \ii^u-lr rlmi-il rr |od. -' 
grand,..- . ,. m' '. .n. r \. Ii..ni.. .|,. l . m,:,,i|... d .- amn.- r.nn un..- - 

IaGa,d,.v l'.ini.ii .■iMiMiild.nii. p. a, ,■ IC-,, lym- -m- I a lavL- 

passage dus Pyrénées. Celait ici. d'après 1' « Ilinéraire oflicicl des pr 
vinces •■, que l'on quittait l'itaire^pùr entrer en (îaule : « Ilucusque lia!: 
ahhiitc Cnllia » — « Jusqu'ici l'Italie; plus loi», la Gaule «. Tous les doc 
lin nt- ijn,iL'ri|i)iii|Urs de l'antiquité voient dans cet emplacement la frni 




LiTTOHM, m: \.\ Mi;i»i I i.ini \m:k 



43 



li^iv natiiivlle dos deux pays, et n-ci 
nous iiu|H>rlf exin'nienioiit. .ViV<> ntix 
yeuxnitWno dos Romains, romino Unis 
les roinploirs prees iVliolounrs de 
Monaco i\ Marsoille. Hp|iarU'iiait nu 
liltâral des iMiii/ei. 

Ni. IIS n «vous plus que le sipielelle 
ue i\u Tivphie il'.tii;iusl<r. Lu des- 
■ii eerile on ISiil par le Père fr.'ui- 
II A. itiiyer, qui oui eneoro snus 
ut des rr.i::ineiits do cidnniies et 
- <. des moulures el quel.iu.s de- 
la statue e.ilossale d Ani;tisl.'. 

I iriuiaiiluer ee ipie Tut le inoiiii 
Cji que des siéeles de depre la- 

II ont tiré est iuima^'inakle. Les 

. ..; le village de la fiir/jiV est e,«n- 
^;ruit de ses débris : dans la mneun- 
norie du mur d'ouceinte ont été ro- 
l!..MVi > <in| Traiimentsde l'inscriplinn 
1 \ -e les ipialre autres (pie 
.ides.lee.Mubivs, lesnr- 
! pureeiinsliluerenpar- 
I \le. I»ar bunlieur, Pline 
iiuus 1 .1 cuaservé dans son intrgrilé : 
linscriptiun comptait soi.xanlc-dix- 
luiit mois, doniquaranle-cinq pour Pc- 
numération des peuples vaincus, le 
reste A la gloire d'Augiisle. Les neuf 
fraiîinenls recueillis sont au nuisée de 
Soinl-iiermain. Les pierres du Trophée 
servirent à élever des remparts cl, au 
xiv" siècle, une grande tour crénelée 
surgit du milieu des ruines. Les revê- 
tements de marbre avaient été disper- 
sés : plus d"un palais de Gènes en recèle ,^ ,,j^ 
quelques-uns. D'autres ser\irenl à la 
décoration du maitre-autel de la vieille 

cathédrale de -Vice, où tout sauta sous l'explosion d"une poudrière allumée 
par les boulets de Citinat, pendant le siège de lii'JI. 

Tel qu'il nous est parvenu, et bien que défiguré, méconnaissable, le 
TntpUée d'Auguste est un précieux témoin par les choses qu'il raconte. 
Os pierres ont vu passer les légions sur les traces d'Hercule, ou, plutôt, 
du peuple dont il personnifia le génie entreprenant. Car la tradition, qui 
nous le représente franchissant les Alpes " dans la ré;:ion des nuages, au- 
dessus de terribles précipices », n'est pas un niylli ■■ "- i u- n : les tron- 
çons d'une Voie primitive relrouves eà el W sur I - ! - 1 l'i.vence cl 
de Languedoc ne peuvent élre que les frigmeiiN I li II- '■uléeiine, 

dont parlent les auteurs anciens, qui reliait l'un ;i I Lniir I. - .1 iMissements 
phéniciens. Peut-être même ce chemin, un peu prublenialique bien que 
vraisemblable, ne fut-il qu'une ancienne piste tracée par les Ligures qui, 
de temps immémorial, occupaient tous les promontoires de la cote, à l'est 
du Rhône. 

Voie Aorélienne. — Les Romains n'eurent qu'à suivre, et nous faisons 
comme eux, puisipie notre roule de la Corniche noue son ruban à l'an- 
cienne voie Aurélieiine. il fallait aux Romains 
conquérants de la Gaule un réseau routier qui 
leur permit de porter les légions rapirlemiMit 
d un point à un autre et d'en a^su^er le ravi- 
taillement. Le consul Aurelius Col tu, en con- 
struisant la route litlornle de Provence, lui 
laissa son nom : la co/e Aurélieiine. 

Ouverte d'abord de Rome à Pise, prolongée 
jusqu'à Gènes, puis jusqu'aux Alpes, elle 
atteignit enÏÏh le Rlione. Par Viiitimille. Men- 
ton, la Tniijie, elle traversait l'extrême sou- 




l'Argcns, passait au Muy, à Vidauban d'où une voie secondaire descendait 
sur Toulon, dans le sillon de la roule actuelle, traversait llsolle à Cabasse 
{.Malatio) et, par Tnurres (ml Tiirrem) et Tegulata, débouchait à Aijr [Aqiiu! 
Se.rtiœ), où ell'' se s.-|.nriil en deux bras, dont l'un, dirigé sur .Marseille, 
tournait l'el-m^' ']•■ lirn , ri. [i.ir le travers de la Crau, entrait dans /( i7e.s-, 
où la luailrr- i- \.'i.- - i . Iniiivail. 

Des emhranc il. ni- -. iiilaliis greffes sur la l'Oie Aurélienue ouvraient 

ses conimuniealii>Ms i 1 m! i-ni In pays, par exemple la roule do Vidau- 
ban par Tiaiis vers /' /. . de l'autre cùté du Verdon, à la ren- 
contre de la grande r- i' ' I i Imi m.f. 

Plusieursvoiesroiii 1111 - h i\ i i - mni les Alpes dans la direction du Ululnc. 
.\u centre, celle du mont Ufitèiie, qui rayonnait sur Arles par la Durance, 
jiar le col de la Croix-Haute et la Drome sur Valence, par la Homanchc 
sur riciiiie. Au nord, les deux routes du l'élit et du Graml-Saiiil-lier- 
narily l'une par la coulée de l'Isère, l'autre suivant, depuis Martigny, la 
descente du RhAnc, le lac Léman, toutes les deux unies, pour aboutir 
Il Vienne, où débouchait la roule du Genèvre. Vienne puis l.ijun furent 



lévement dès Alpes par le mont Agel, ga- 
gnait Cimiei, cai" Nice, colonie phocéenne, 
alliée et fnluilairc de Marseille, avait trop, il 
l'exemple de sa métropole, conservé ses usa- 
ges et ses lois pour que Rome y fut maitrcsse 
4 sou gré. De Cimiez, fortifiée jiar une cneeinte 
ligure, la voie AiinHieime gagnait Anlihes, 
arsenal de la flotte, filait droit par Cannes sur 
la Napoule, peul-èire Auribeau llorrea belli, 
greniers d'approvisionnements pour la guerre , ; 
car l'élape, ou tnannio, désignée par 1' » Iti- 
néraire romain » sous le nom de od Ilorren 
reste incertaine, bien que de récents travaux 
croient pouviur l'attribuer de préférence à la 
Xapoule. lii, serpentaulcn corniche, le long des 
falaises de VE^téiel. plus loin à mi-cote, enfin 
toute droite, la p'Ule arrivait à Fréjus, arse- 
nal créé par Cés.-ir. achevé par Auguste, pour 
le ravitaillement des légions et de la llotle. 
La voie Aurélienne s'enfonçait alors dans le 
jiays, tournait les Maures par la courbe de 




44 



LA FRANCE 



le p'>-ol de la Uo—'- 
naliuii lomaine, de l 
colé (1 s Alpis 

De I \on, la roulp 
du lihuiie fitl u litt m 
cours du fluixe, ril 
linit, tn pi-.int a 
Vitnnt, \\lcnco, 
Onn_'- Vrle~, toutes 
les routes (Ils \lpLs, 
et surtout H inie \n 
réliennc (|ui II nti 
sant le flLii\e i son 
toui se II lit i 1 1 xnie 
Domilieiiiie diioiilie 

Nai lionne, ju^ipi iu\ 
Pjitnti- 

Ain>.i il llnlic en F- 
pajrne, "-ui I -, (lui\ 
ailes du Rlionc , It, 
long ruban de la \ oie 
litloralc Auielieiinc i 
Test, Domtltenne i 




luesl, ruliait les a 


(.n> tlibhssemcD 


iLiiiu IIS hguies 


uijues Ouïes 1 


k-- planiiiLns 


lis tuaient, a 


'Ih uiti.iue, leu 


.■|. -uiku\ag 


. Mn^l.itnt 1 


il 1 ^ niT-lIlote 


1 siunt a 1, ur to 


s ti in-pcrls de 


Ite roimine m 


js et lir,ionnau 


( minaient de Cu 


It les uns suiM 


1 ute de telle, 1 



<£S DE CI M II/, I 



dis Vlpe. (1 



DÉPARTEMENTS DE LA COTE PROVENÇALE 



Alpcs-Mariiimes. 



Superficie : 874 900 lieclaros (Cudaslre\ 373 800 (Service géogra- 
pliiiiue de l'ariiu'e). Population : 336 33ti habitants. Chef-lieu : 
Nice. Sous-préfectures : Grasse, Puget-Théniers. — 27 cantons; 
l.o9 cominiiiies; 15" corps d'armée (.Marseillk). Cour d'appel et 
Académie d'.\ix. Diocèse de .\ice (sufTragant d'Aix). 

Adossé à des massifs qui alleignenl et dépassent 3000 mètres, le 
déjinrleiiifnt des Alpes-Maritimes tombe assez brusquement des mon- 
tagnes sur la mer, principalement à l'est de Mce, où les derniers 
ressauts de la grande cliaiuc érigent au-dessus de la Méditerranée 
le prestigieux balcon de la Corniche. Du col de Tende et de la cou- 
pure de la Roya au sillon de l'Ubayette, où passe le col de Larclie 
dans le val opposé de la Sliira, le moni Clapier (3046 mètres), le 
Gelas, le Mercanlvur, la jiniiile île VArgenlière, le mont Monnier 
(2018 mètres) et, en reliait du clieiniiieinent de la grande crétp, le 



7'(///^/.'- :',m:;i ii!;.||-,>. I /.,,.;".■-'/.;.,.■ l'.Ct'.'t mèlres) découpent si 

11' lib'ii ,iii , i.'i h'iii 11 . ! (h. liiipn'i I II nuire à frimas. Des llan 

de' 17,/" /' 11,. l-~ . ,iii\ I 1 1 1 hinllr^ I ii i.-M-llen tau sud versla7'i«( 
dont la >uiiirc ,iM!i^iiii' I illr du Var : tous les deux, le lleuve et 
rivièif |iiiis.iil ,iiivii>aiil des crêtes que domine le mont Pcl 
(30;i3 imlii,- , eli..li ,iu ilisiu nourricier du Dachelnrd, qui dérive 
rouosl-iiciid-oiie'st vers 1 Lbaye, et du Verdun, vers la Durance. 1 
mont C/iiruve d'Asprcmont, sur le sillon du Jlagnan, le Falicun et 
longue écliine enracinée au mont Gros, qui pointe vers la mer av 
le mont A llian et le mont Baron, soulèvent autour de -Nice une véi 
table muraille de défense. A l'autre flanc de la Corniche surploi 
bante, les torrents de Gorbio et du Core? arrosent le jardin de Me 
ton. I.a Itoi/a de Vintimille n'est pas française. 

Le front maritime du département et son chef-lieu, Nice, onte 
décrits avec la côte. 



Personnages historiques. 



/'. lleh'iiis rr 



126, fils d un alfi-anchi, que ses lalenls n 
[irent e'onsul puis empereur il'''' janvier 193) 




dil 
natali 



lil.M,-. .Mil. Maiv-Aiirc 

lirila r I ,rlr. il fut f 

^a.sl,l^ I,.. -JN m.-u-s de 
iiiéiiie année ; Cnlheri 
t^égnrane, la Jeanne H 
chelte niroise, qui défe 
héroïquement sa vil 
.'i3; l'oral 
rien Jcan-Pleire Papi 
(1734-1x^3). né à Pug< 
Théniers, qui écrivit ui 
histoire de la Provene 
Carie Voji/oo, né à Ni' 
(17";i-17fi?;\ élève et coll 
hnral.iirdej-onfivreJ™ 
Ha,.l,>lr, ,Mi„l,v eelél. 
ne à .\i\: Ainlrc Massén 
diK-deUivoli,princeiri> 
ling, maréchal de Frane, 
né à Levens, prés de Ni' 
(17oS-1817) : après avii 
combattu brillamment e 
Italie (I.odi, Casliglion 
Arcole, liivoli), louràtoi 
disgracié puis remis à I 
létedes troupes, il eniporl 
Zurich, tint dans Gém 
jusqu'à la dernière cxtn 
mité, ce qui favorisa I 
victoire de Marengo, mai 
envoyé contre les Anglai 
en Portugal, ne put brisi 
les lignes de Wellingl" 
à Torres-Vedras et dii 



Voyez lit Provence ma 
le.par Cli.LKNTukBic(P< 
Pion). 




ballre en i-otrailc; J.-B. de Latil ilTfil-I.s3'j . né à l'ile Saiiilo-Marj;uoiilc. 
:.\nJinal-archL'vè<nie île llciins; le général J.-B. Fiilile lirai, né à .Menton 
en IT'jo; lloHoi-é-Michet-Jnseph, cfimle lieilte, né à Anlibes (ITTÔ-IStiui, 
maréchal île France ; (uusepi>e Josepli) GnrihaUli, général ilalicn, né 
à Nice en IsuT, mort à Caprera en Isxi : ayant pris les armes contre 
f.Vulriclie en 1X59, et contraint de les déposer par la paix de Villafranca, 
il pnriil à la léle de la légion des Mille, debaniiia en Sicile (lniio), entra 
dans Naples et préluda ainsi au mouvement qui aboutit finalement à 
l'unité de l'Italie; Jvi-6me- Adolphe Itlaitqui, né à Nice (ITU.S-ISSi), écono- 
miste, et son frère, .\ugiiste Blanqui (t,su.5-lx.sl) : celui-ci prit part aux 
mouvements révolutionnaires de 1830, lSi8, ISTl. 



Var. 

Superficie : 5993'i'i lieclares Cadastre', 002800 (Service géopra- 
pliique Je l'arinf^e). l'opulaliim : 3:{i) "35 lialiil.inls. Clief-lieu : Dra^ 
guignan. Sous-préfi-ctuies : Brignoles, Tou- 
lon. — 33 cantons; l'i8 communes; \'\' corps 
d'armée (.MAnsEiLLC . Cour d'appel et Académie 
,d'Ai\. Diocèse de riiÉJts {sulTragant d'Aix;. 

Profondi-ment découpé au nord par le défilé 
sinueux du VVn/on, le dépailementdu V'nr projette 
«•n mer de nombreuses saillies entre la baie des 
Lf^iue», voisine de la Ciotal, et le revers du cap 
/?««/•, aux approches de la .Napoule. Deux grandes 
écliancriires trouent l'appareil littoral : dxicnp Sicié 
au cnp Lardirr, sur les deux ailes de la presqu'île 
de Cieiu, la rade de Tnulon et la rude de Giens, d'une 
pari; de l'autre, la mde d' ffijères, qu'abritent au 
large les ilrs de ce nom, dont la derriii-re, l'ile du 
Levant, s'oppose au cnp Bt'nnt. La baie do Buriiies 
et celle de (.'«KuMire feston tient le rivage, du Iténat 
au l.ardier. Deux golfes jumeaux, symélri<|ues de 
Toulon-llyères, entaillent le front oriental du Var: 
3«//> de Grimaud et gnlfe de Fri'jun, o[)()Osés l'un à 
l'autre entre le bastion aiguisé par les cafis At- 
dier, Cninarnl, la poinle de Sfiiiit-Trnjie: et la pro- 
jection extrême de l'Eslérel au cf/) /i''/i(T. 

l'res<|ue tout le massif volcanique de VEsIérelet 
le massif granitique et schisteux des Maures en 
entier appartiennent au département du Var : le 



|U-emier culiuiiiiuil ;iu luniil Vdimyre itllli mètres , le second au 
soniinet de Nutrc-Dninc-des-Angn (77'J mètres). Ce double massif 
de roches cristallines primitives s'enchdsse dans l'auréole calcaire 
des grandes Alpes. 

X'Arijcns, arlèrc vitale du déparlement, puise nu revers de l'arête 
montagneuse qui lie la monlagne de Sainte-Vitloireau monlOlympe, 
non loin des sources de l'.lrc, dirigé en sens opposé. 

.\é au versant oriental do la Sainte-Baume, d'où coule en sens 
inverse Vr/uveaiine marseillais, le Gapeau se perd dans la lade d'Ilyè- 
res, un peu à l'est de cette ville : c'est avec l'.Vrgens le ju'incipal 
cours d'eau ciMier de la région. 

Draguignan (9 U7i habitants) doit à sa situation intermédiaire entre 
la lier cl la haute monlagne un intérêt particulier. Ce fut une étape de la 
voie roiiiaiiie (|ui, détachée au Muy de la grande roule de Fréjus par la 
vallée de l'.Vrgens, ralliait à Trans la route de Vidauban — Toulon el, rciiiou- 
tanl la vallée de la Nartuby, gagnait la maiish ou étape de liiez, au delà 




HE I. 1 KNN E. 



46 



LA FRAiNCE 




«lu Vrnliin pniir rallier la grandi; lii.'nj de cuiiimunicalions de la Dui'ance, 
dArlei au iiiuiil Uenèvre, Siise et lUalie. 

Aiiipusyeuipoi-iuin ; cnirepol), dans le voisinage de Draguir/naii, était une 
slalion de la voie romaine, cl l'on trouve encore à leur place djs bornes 
inilliaire». en poursuivant, par Verl^'Hon, d.ins Ii ilii rli..Ti du Verdon. 
D'autre pari, un dolmen bien conservé l,i|.i n l ilillie dj 

6 mèlres sur V",70 et 0">,bO à 0'" ,o5 di|i n-- i i| |iorls 

de2"',i5 à 2"','iO de liaut, allesle, dans I. \ i i l ville, 

une très ancienne occupation priuiitlvc. Itirii ijui i iit pas 

à débrouiller clairement ses origines historii|iics, lti(ii,ii,;/i,,iu devait avoir 

au xiii" siècle une cerlaine importance, puisi|ue celte ville devint alors 

le clief-Iiea du bailliage de Kréjus. On l'enloura d'une première enceinte 

avec donjcm central et trois portes forlifiëes, dont d. ii\ siiIi-i-ItiI cin-ore : 

la porte Itomaine (place aux Herbes) et clic de I' i ! i^ni' i - l.i p.iric 

d'ftrang.: ayant été démolie en tTîu). Ainsi se rr\.i li ji i nu. i-,- page 

vivante de l'Iiisloire de Drngulr/nan. Dev.'nue, en l . ; ., r!i' I linj île sëne- 

rhaiissée, la ville, qui étoulTait 

derrière ses remparts, se donna 

du larife, créa des faubourgs avc r 

des voies mieux ouvcrles , des 

maisons moins lassées : i'- sont 

les rues de Trans, du fjillege, | i 

Urand'Ituo, les places aux llerlu's. 

du Marcbé. l'ne autre cnceirile 

rorlifiée enveloppa la nouvelle 

ville pour la défemlrc conlr.; les 

partisans i|iii, ii. la faveur ils 

guerres civiles, Remuaient les 

campa«ncs. la Fronde de Pro- 

VI ,ice decliatna, même ici, tant de 

fiircurs entre Salirfitr.s et Ciiiii- 

l'c/i, que Louis XIV fit ji'ter bas 

l'ancien belfroi du xii' siècle que 

rappelle à présent In tour de 

niorloge. 

En 1707, Drapuignan fui 

(lécinré clief-lieu du ilip.ule 
ment <lii Vnr, alors pins iriipoi- 
tanl qij'aujouiiriiui, puis- 
rin'unp p.irlio en ni'léilisti.iile 
|ioiiiTofn|ilèler le département 
ile.s Alpes-Mui'ilimes, après 
l'annexion du coinlé de Sien. 




Ainsi. ]i,ir imo anoiualie singulière, le cours d'eau du Var ne louci 
plus, par aucun point, au département qui garde sou nom. Av( 
le xix" siècle, Drnyuirjnan a débordé, en partie, les murailles de : 
deuxième enceinte par de larges voies, des boulevards et d' 
promenades pour de nouveaux ijuartiers : allées d'Azcinnr, dues :i 
préfet de ce nom, en 1806 (beaux ombrages formés par six rangé. 
de, platanes); Jarilt'n Aiu/lnis, Jardin des Plantes, àrextrémité dul)(i\ 
levaid de la Liberté. Le Palais do justice (18-26), le Théâtre (183!< 
l'iiôlel de la Préfecture (1849), la chapelle de NoIre-Dame-duPeup 
et son triptyque du xv« siècle, l'église ogivale (moderne) de 
P.iroisso, la maison dite de la reine Jeanne et son escalier Uonni: 
sauce, dans la rue de Trans (ancienne voie romaine), sans omelli 
l.i tour de l'Horloge et son campanile en fer forgé du xvi° siècle, 1' 
■ leiiv ,..,. I.-, ,1.. \, (ilnco ,-nix Herbes et Porlaiguières, offrent «luelqi 
lui. rèt'. Le Musée-ltibliolli. 
'IMi', établi dans une bel 
I i.nsiruclion du xvni' siècl. 
.iiiiimne résidence des évi 
ipirs de Kréjus, contient un 
iiUéressanle collection de li 
bleaux (u'uvresdeTéniers, M 
gnard, Hubens, Parrocel, Roi. 
cher, Vanlon; buste du conil 
.!.• Viilbell,. par Ibuidonl; J 
ii.iMilinMises mi-(l,iilles roina 
iiesrl..l;insl,'i liil.liolhèque.ii 
|.r.-ciru\ ineun.il.lr du xV si. 
.'I..; le . ll..iii,Mi <l<- la llo.se 
maiiuseril ,lu xi.V siècle. 

A :(;) kilomètres de la mci 
'.Ml kilomètres de Mec, i 
■Jliiiinètres d'altitude, flrffj" 
'/ii'iii, abrité par les haulem 
du Matnwnt (6(t0 mètres), pni 
piiinle au voisinage de la moi 
tagiie un air saiubre et un 
température clénienle au pi' 
d'éloignement de la côte 
Les excursions iiue l'on y ppi 



1.1 rroii AI. i»i: i.\ m i i)rn:iiii \m:i 




iif M'iil i-xtr<rii'- ni \aiii-i.s. !.>■ long de la ciMr, c't'sl l'aJmiialilo 

lieloniiemiMil de loulon, llyères, Sainl-Tropez, Fn'jus, Saint- 
aphaêl, les .Maures fl lEsliTel, qui soiil de ce domaine, jus(|u'au 

iMur du cap Itoux. A l'intérieur, dans lintervalle do lArgens au 
•■rdon : la /iurrc île la F&, lis Clappcs; Saint-IIermenlaire, sa cliapelle 

les restes de ses llieimes romains; les sources de la F«i(j, riches en 
umine ellr^èreinenl iodées; les cascades de Trntis (dont l'usine éloc- 
iijue éclaire I)rajt!uicnan);S(7in<e-y?'«s<'/i»<' 
ièierin.1ge); la Xnrtuhij,aMsnul dit Ca/ie- 
•n; les gurge* de l'eunafiirt et leur chute, 
lire de superbes parois de porphyre; les 
lines A'Aiiiims; les prolles de Villecro:c. 
ancienne abhaye du Tlmrunrl et son cloi- 
e du XII" siècle, aux ans trapus ; la/»; /e ilc 
Aryens, sous une {.Molle elTondn'e; les 
iTijesdit Verdun; Fimliiinrl'I-J vfijue(iniu\i;- 
•s plusabondantesqui d.bite S UOO litres 
|ir seconde, en moyenne, ; la cascade de 
Hllans, formée par la Bresi|ue; enfin Rar- 
•U, aux riantes cas.atelles, le Tivoli tle 

Provence; Briijm.li^, etc. 

Personnages historiques. — Fréjus la 
'Minine a prmluit : h: poêle CorneliuHliallus. 
I ni de Virgile : Cieius J. A;,rkola (;t:-'J31, qui 
jmquit la Granile-llretaj.'ne; siiiiil llitaiie, 

iqiie d'Arles (iOI-4ii'j), disciple de saint llo- 

jral. Au XMi' siècle, tainl Louis, de la maison 

.Vnjou-Sicilc, né l'i Bri(,'noles; Itomée de 1/7- 

neure, un pauvre di.Uile devenu baron >l'- 

ncc et mort seiiéclial de Provence, en I.' . ' 
xiv siècle, lis troubadours Tniiiinlil ■ 

Iwuangct Unmiiiiud irih/éres. Au xvi'»i., I 

izanne de Vilteneuie, qui défendit ll.irin 

ntre le duc de Savoie; Antoine d'Ann 

slorien-poélc né à Sollié». Au xvii" si> . |. 

rudil Mcida-i-Cliiude Fnbri de Peirenc ( I ^ 

S7l, naluralistu distingué; le savant Minr 

léojdiile Minuli, l'abbé Louis M'neri (1' 

xo) qui écrivit un fameux Diclionnnire 

rique; le peintre-graveur Joseph l'un' 

: à Brignolcs (16'iS-I704j. Au xvui» siècle : 

-H. MoMillon, de l'Oratoire, évêque de Cler- 



nionl, né à Ilyircs ;i(;ij3-17i2), nioralisli: profond, pieilicalfur 
quence insinuante el douce, abondante et palliélique; lu P. Amiol, 
né à Toulon, mor! à Pékin : le jurisconsulte el conseiller d'ICIat Jean- 
Marie /'oW-i/m IT-OMS»:': Ir rnnvi'nliiinii.-l llariai. pivsldi-iil il 

loire i:., l-j. : l"M.|.i l"n nii. I .1--. pli -.V.,.'-. :,,-!-,; . 

dépuir :<»: I 1 -■- _. ' liil.i. .In Imc !.. -1,1 \m >, 

Fr.I!.,,,, , ...... .! 1.1,11. 1..,. : I,..l !-.>. , 

SOnnii.T '•' ' . I . ... /'..'>'/.,,.. I , ■ __■ |\_' I,, I Ir. jii-; //;...,, 

j;iri.-cunbuUe ,I>>0J-ls7J, ; le peiiilre 
rincs Courdouan el le sculpteur /-( 

hii,-: Cl. Oa;i, voya^'enr et nnluralis 




tgj;-. ■>- 



-rfîSb 



Jésuite, 
Èlienne- 
II Direc- 
I l'réjus, 
. siècle, 
r chan- 
nrlolun, 

de ma- 
>uis llu- 




Bon. 



ICS-C 



lu-Rl 



lonc. 



Siipei li,i,. : lilOîilK) he.lares (r.adastre), 
'.'d'i 7(1(1 iSi'ivii'egéngrapliiiiuo do l'armée). 
l'..piii,itioi) :8()5S32 hahilants. Chef-lieu : 
Marseille. Sons -préfectures ; Arles, 
Aix. — liii cantons; 111 coininuiies; 
ri" corps d'aiinéo (Marseille). Cour d'ap- 
pel et Acadéinit! d'.\i.\. Diocèse de Mar- 
SLILLK (sulTragant d'Aix) et archidiocèse 
iI'Alx, «oniprenanl les arrondissements 
.l'Aix et d'Arles. 

Tout le départenienl des Bourhes-du- 
llhi'me gravite d'Arles à Marseille sur l'axe 
.lo la JJuraiirn, entre cette rivière et la 
mer. Dans l'intervalle moutonnent les 
.li-inières saillies des Alpes calcaires avec 
la chaîne des Aljiines, la nionlaiine de la 
'/'ri'iYircv.ve gondée par le volcan éteint de 
liraulieu, la clialnt! de Sainle-Victoire, h. 

I orient d'Aix, eiilie l'.trc el la l'uulnulire 

II ihiitaires du lac de Uvrrc; endii, l'onime 
une coiiroiiiie posée sur le berceau do 
Marseille, la SaiaU-nauiiic Vers l'ouest 
s'allongent la chaîne de l'Kloile et 1 



, de \/-:.ilm 



entre le lac de Hei 



et 



i la cote s'incurve en falaises e 
au largi'. du golfe do Marseille ; 



48 



LA FRANCE 




, K : B A T E J 



celui de Fos, où elle se traîne alors, de coulées en marécages, entre les 
bras extrêmes du grand fleuve, tantôt accrue et tantôt rongée par le 
Ilot, à la fois domaine de la terre et des eaux. Dans l'intervalle des 
deux Illiones, grand et petit, le grand étang de Vaccarès, aulrefois 
laL'une vive où mouillaient les navires, s'enlise de plus en plus sous 
(apport des limnns qui l'encombient, tandis que son voisin, le lac 
de liirre, enveloppé de roches vives, nourri de deux rivières, pourrait, 
si on le voulait bien, et au prix de travaux relativement faciles, 
devenir un merveilleux bassin maritime, à l'abri de tous les assauts. 



lais : une inscription, exhumée- 
en isîo, qui conlient des pres- 
criplions rclalives au culte de 
Baal ; quelques éilicules de style 
archaïque, mis à jour en ls63, 
vraies chapelles portatives qui 
présentent nne amln-ie frnp- 
panti' .ixi r 1. ~ ..l.j. I- -riiililali|i-v 



ItBiilM M illil\ii I, I ,1 |uil 
tant I ui 1 i\ 1 s 11 i\ip iIlui 
enipoitaitnt leur dieu fiinilRr 
(ninsi Enee sls ditux Lires 
comme untali man protecteur 
C lut k dRu fit ou Hei 
ni U II titl \inb le du gc 
m i-iili j un int de «T. riiL 

Lu(.„iKicu tk^indei \tont 
que ALT oJJ a\ int notie en 
nne floltilk pu lie de Phocci 
Mnt ab >i(iLr dans la calanqui. 
de Mar eille sous la conduit 
A un thtf nomme Pi oin ou Eu 
mené deu\ de ignaliuas sjm 
bohquLS piobablemcnt lune 
si^nibint / ) eiiiiei 1 autre bien 
teiu De temps immcinorial 
deux peuples très anciens le» 
Liquies et les Ibeies se don 
naient la m un sui ce Iittonl 
des Alpes aux Pvienees le 
ligures dominaient du Rhône 
aux VIpe QuinU les Phocéen 
iboiikr nt a la gre\e de Mm 
ieitte ti OIS peuplades d âpre 
iiiut. ac M. e,iicua. Strabon,occupaientlesdislriclt 

X POUX. delacôle:lcsZ)é(ea/es,voisinj 

des Alpes, jusqu'en deçà d'An 
tibes ; les Oxijbiens, dans 1; 

vallée de l'Argens; les Sahjens, de la Durance au Uhone. Une tribu de Ci 

dernier peuple tenait Arles et la région du bas fleuve : c'étaient le; 

Ségobriijes, voisins immédiats des nouveaux arrivants de Pliorée. 
Désireux de s'assurer leurbienveillance, l'iolis partit pour Arles avec uni 

ambassade et des présents. Son lieuivnse fortune voulut que le roi de; 

Ségobriges réunit, le jour même où il arrivait, les principaux guerriers d< 

sa tribu afin que sa fille Gif/itis prtt désigner parmi eux l'époux de soi 



choix. 



! jeune Grec y prit place : la bonne grâce de se; 
de ses traits contrastaient avec la gaielé brnyanti 
autres convives. Cest à lui que 0,v/>//s tendit I.' 



MARSEILLE 



Marseille porte allégreiniiil \i- jini. 
depuis son origine liistoriipic. lue ; 
delj.uqnait en cet endroit vers 5'J9 i 



; (Ir vingt-cinq siècles bie 

.ant-garde de navigateurs plu 

j 600 avant Jésus-Christ. Mais bien 



auparavant, les Phéniciens, ces routiers de 
XI" .-iccle, en avaient peuplé les contours il 
coMiptuirs, durent faire escale en cette cil i 
pénétrait à peine p.ir un étroit goiili't qur ii< 
j.éles du large. Célail, à la place du Vieuj^ 7' 
vive intérieure qui frôlait le pied île trois r.ll 
Saint-I.aurenl). Les géographes amiens la n 
don, par allusion sans doute aux saliin s < 
l.'igune s'élenilait en marécages jusqu'au pieil 
le rocher de Notre-Dame de la Garde. 

Au fond du Vieux Port débouchait l'humble 
anjonrd'liui lllitnenune, pour attiimlir la no 
Irrres iiii-iibles enirainees il' - liml. m , m, m 
Ci'S iiiali-riaiix de combli'iii' ni ir|,i.- ^m i 
p II 1 peu les lerrnsscmeiil^ '|i:i liinii' ni m 
Vie, IX l'iirt. Une galère nnlniiic, i xliiiiniu .i i 



la Méditerranée qui, dès le 

1. uî--^ r.,l.,nir< et lie leurs 



"Ion ou Alyci- 
oaient, car la 
conlre-butent 



alli 



du Jarret, qui rejoint 
ons, unies aux 
à peu les fonds. 
iiale, ont édifié 
I 1 expansion du 
ion du bord qui 



cunllno il l'IIolcl de ville, dans une vase conjpaclo épaisse de b mètres, 
donne la mesure des cxhaiisscmenls produits au nord par le travail des 
siècles. Là s'allongeaient d'est en ouest, au pied du promontoire que cou- 
vrit depuis la vieille ville, les berges d'échouage pour les galères, les ma- 
gasins et les ateliers de constnicllon, nbris provisoires construils à la 
In'ile, do terre battue nu de: planches empruntées à la forêt de pins qui, 
d'après Lucnin, couvrait les hauteurs Voisines : on y fabriquait, avec les 
embarcaliuns, la conlerie de chanvre nécessaire à la marine. Telle serait 
l'origine do la glorieuse Cnn iie/d'ère (xxvvx?-;, chanvre). U est notoire 
d'ailleurs que les quartiers voisins du Vieux PorI, mal assis sur des terres 
I le ''!'■ |M II I . i,i,|„ntes, durent il l'origine s'étaycr sur de solides pilotis, 

I . - /■/,,„, ,,■,.■., botes de passage, trafiquants toujours en quête d'opéra- 
IJMii, lin I ilivi -, n'ont pr«s|iie rien laisse ifeiix-inèiiies sur le sot iiiarscjl- 



ile 



Vers.'iij .i\ ml .1.-11- r. In 1-1, r-i i-ilm iiiipnu plus de cinquante ans 
plus t.'ii'J, /'/,,., rr, 1,1 inrrn |,;iinn ,1,- ,Mi,.n- 1 n , I ---,1 liotes, tombai t aux uiain:^ 
d'un lirnl. n ml .1 Imii- i.n.Ks l'n-c-, K^nx.lis v:iineus auxquels l'exi' 
parut |ni Iri ililr ,1 I I -. lAiln.ln pin-nl II nul- ri vinriiil à il/rts.sv'/ia rejoin- 
dre Iriir- Il I M -, Ir hil |...ni- l:i jrunr ,n.i..ni.- Mil ,i|i|M,iiil décisif. On s'or- 
ganisi-. lin- ,i--.nnlil. n il. Iilir i-,i 1 1\ .■ lin iiniiibiTs iiniiiiiiés à vie parle 
peuple, les TinniiKiiiei, désigne quinze ni.iglslrals qui, à leur toiir, choi 
sissent parmi eux une sorte de triumvirat chargé du pouvoir e\eiiitlf 
Cicéron, Aristote ont vanté la sagesse de cette organisation. Désoriiiai; 
sûrs d'ein iii"!'ini-;, enlmins île remparts, les Massiilioles s'avisent de re- 
gardernii d Ini- un- pin-- iiile rivale. Cartilage, devait borner leuressor; 
par boni M m r . I iii in--i I I rnninie de Rome. La communauté des inlérêlt 

iitl'allilllin, ilr-.lrnx rn|nil.ll,|llrs. 

Aussi, lorsque llninr, envahie par les Gaulois, diii l m- |.,i\ n- rnn.-nn, Mnr 
feille s'einpressa-t-clle delui ouvrir son trésor piiMn, M- nn hl. hh .'i I ap 
proche d'Annibal, encore que la cause romaine pi ni l.ii r iii|iiiiniisi'. 
Marins, campé au rebord des Alpines pour siupii mlie au p.ussage li'."- 
barbares Ambro-Teutons, en roule pour l'Italie, trouva encore dans ses 
amis de Marseille un précieux concours pour le ravitaillement de son 
armée. Rome, en retour, céda aux Massuliolev le canal des l'ostses Ma- 
Tiennes, qui les mettait aux portes d'Arles et, sous leur main, les com- 
munications du Uhône, cette grande roule de liiileiieur. Mnrseille n'eut 
jamais d'alliance plus profitable querelle Aeliome. Lorsqu'elle eut à coin batlif 
les Décéales et les Oxvbiens qui menaçaient ses comptoirs de Nice et d.Vn- 
tibes, aussitôt les Homnins d'accourir: et le domaine colonial marseillais 
gagna de proche en proche le long de la côte (U3 av. Jésus-Christ V Cnnln- 
les Salyens, amis de la première heure, même lactique. Ceux-ci. repousses 
de la Duranee, durent céder la place aux Mnssiilinies; mais celle fois les 
légions de Sexiius Cnlviiius campèrent près de l'ancien ofipiiliiiii des 
vaincus et leur camp devint une ville : Aquee Serlise, Aij- en Provence. Voili^ 
les Itomains en Gaule; bientôt la Province romaine accaparait le littoral, des 




Alpes aux Pyrénées : l.i conquête de César fit le resle. Mais Rome et Mar- 
seille élanl sœurs par rintérèl, la cité massaliote multipliait ses colonies 
et SCS comptoirs, de la Cataloirne à l'Étrurie. Pour étendre ses alTaires et 
ct)ercher de nouveaux di'lxiucln's à son commerce, Marseille envoya deux 
de ses plus illustres enf.inls. l'i/lhéas et Eulhymène, à la découverte des 
cotes inconnues que b.illcnt les flots de TOcéan, par delà les colonnes 
dllcrcule ((jibrallar : le pruniii-, contournant l'Esp.!;.'!... |..ci.li.iit l'Armo- 
rique et parvenait jusqu'à lile lrf;enilaire de Tliulc I I mlr ; I uilrc, £«- 
//lymëw?, tournant au sud, luniieait le lilloral afii. lin jii- |n i I cuibou- 
chure du Séné^'al et en r.ipporl.iit la jniuilie dur, pi i ■ iiux i.lij ( decliange 
pour les transactions commerciales. Il ne resle riin des relaliuns écrites 
par les deux illustres navigateurs, liorniis quilcpies fra^'nients cités par 
Strabon et Pline. 1,'abaisscment dAlliiacs et la destruollun de Carlliage 
portèrent au comble la fortune de Marseille : ti>ut le ciuiimerce de l'Orient 
était en ses mains. Elh- lul I • malheur de prendre parti, dans la querelle 
de César et de Pompii-, rnulre cidui qui devait être le vainqueur. Ccsiir ne 
le lui pardonna pas : son lieutenant, Trébonius, enleva la ville après avoir 
détruit sa llotte (i9 av. Jésus-Christ^. Mais, plus heureuse que Lyon, qui, 
en pareille occurrence, fut renversée de fond en comble par Seplime- 
Sévèra, Marseille dut aux services émincnts qu'elle avait rendus A la cause 




: de conserver une liberté relative, après 
ti'ésors et toutes ses colonies. 



tout . 



I' l'ii-. Marseille h]l tant de fois 
• \ii 11 ■ a repris aux décombres 
iiii ni. Itiime, du moins, laissait 
lunas de leurs débris où on les 
ses propres ruines, pour en tirer 



ses monuiuunts elVonUres durmir sous 
retrouve aujourd'hui. Marseille a déiru 
parti. Ne somblc-l-il pas que cette (llli 
culte il. - :ii I- .1 'i II p.ission du beau, ; 

billiiu ■]• ~ :iil.iii-.-. I une des plus nobli- li l'Iih,,,, '.y ! i, ,,, Ir 

sar.-ioi- ; I'mmi I ml U. //■.«•///« fut assez rii-hi ■ n I, ■ -, .! ■ ■ -u 

génie. M:m< v..yi/ Nriiisc, Gènes, Pise : " - ii\ il. - il, w ,,,/;, , i, nh ~ i 
leur tour du cmnmerce de l'Orient, de quelles luerveiUes lail ne les a-t-il 
pas enrichies'? Leurs monuments sont légion, et beaucoup d'entre eux 



peuvent pas 



■r pour 

rir l-rmi 



A Mrtr 



nie. 



mèu 



iii~ ijii "llie ■•lie, la cité sœur 

, |.rl-,,lil,:ill|,-.. 

Miu.sfdU: jih.n,enne nous a laissé 
la léte;, une Aphroilite, sœur 
un s'est appropriée ; d'autres 
,'s d'iuv'enl et de cuivre, aux 

Il Ipli - -Miis la ligure d'un 

\ I I' -MUS \nie couronne 

!■ Il Mil. Mil lli'cbissant devant 

s vivaie dus l'rovenraux pour 

2, dont la tradition nous reporte aux antiques 

M -^ lli. --aliennes. 

l'Iine a|ipel.iil Marseille la maîtresse des études: Cin imm. I' W/iih/vs- rle\- 
Caules. Llle eut en elfel des écoles florissantes, ui: ;j\iiiii i-. . I un i mIIt^'i- 
il'e/i/iciey où les jeunes gens mêlaient aux exi^n n i- .In i..i|.- -i ■ lu r- à 
la tradilinii grecipn-, les éludes utiles, siiil.iut .1 I ni .1. lu. n .In. . ihi.in.l 
AIIm n. - l..inlM.r. -I .1 .i;(/r.ve///efpielespi..M. i.i mm ■ ni n.il i. 1 ..n\ 

I. Ilr. - .1 f....n|. 1- Il ll.-lir de l'atlirisme. !.. ; M II :i im 1 1 :mi , .l-- Ihul', 

-j, ,l.- -ne I i . ..I.- |.r..veni;ale : on la p:ii I Ml'' - .'- , 1 nnli - .]n.. r I .lin 
y elail eJi.Mjiguc ; ilii lilione au Var, tuul lu nn.inl. c nlrn.l.nt lu ^;n . . i'.c 
fut la langue de lliglisc chrétienne primitive ; saint Paul, citoyen romain, 
écrivait en grec aux chrétiens de Home ; saint Marc composait pour eux 



t.andis qu'iV Marseille son aulurité ne fol 
gardant sous l'étirpietle romaine ses Inis 

.V défaut de monumenls anciens, 1 
une Diane de slyle archaïque (il lui mam 
de la Véinis d'.\rles, que le musée de 
(l( bris cnciire, mais surlout de belles iho;i 
ty|p(S de Diaiu; et d'Apollon, avec un l.i 
iKi-dailles de brnn/.e représentant le ili i 

jeune lu le aux traits délicats, les eli. 

ilelaurieis ; le revers porle un taureau, l.i 
~.,ii .ni Ml -lin-, lointain écbo du goù 
|. - j. ii\ ili- f.irce et d'adrcs 



France. — II. 



50 



LA FRANCE 




son évangile dans le même idiome. Le gi- 
lifcs et des apologistes de l'Église ; 



. nfficiaif 



ilalin. 



cveque 

deMfi,'^. " .- ' ■■•_- :' -■ -■- ; 

les mai M 

profesM 

cet idii.ii] 

le sol de l'r..v.-iii-.- : i.i, II- rnll. 

VOsiris égyptien avec le Melkar, 

la Minerve hellénique, seconde 

l'on honorait à Sais : Taneilh - 

Rien d'étonnant à ce que le cJi 
d'Asie, avec les navires quis'enil' j'Hirs, 

pour cingler vers les plages de l'i r il ln- 

siiin de missionnaires envoyés 1 I; l- .ininl 

d'eux-mêmes avecles marchands. \ i-in ii i -l ilihi- 
respeclablc que celle vieille traditiiii pix-n l -un .1 

laquelle Lazare le ressuscité et sa f Il \l u il. . I \l , h 

fuyant la persécution engagée ci, h, |r, ,li.ri|,i . .\u 

Clirisl, auraient quitte la Paleslin . l - nd ml ,: 1; 

mer, auraient abiinlé sur iiik: |iI;i^'. J. rt- \.^i^iii.- ,\ ■ 

l'euibnui'hure do l:lf<>h< . |"ini' d.- I < i^p iii>li < :iiii ' .1 ms 

la première seiiii-ir .!■ I I \ mjil. 111. n .( iiiM|inn\.. 

pnsilive n'élay- .-.r.. irM,i,..„, ,1 „ m, ,.| ,,,- ,1. |,Im- 
conforrr-c à la vimi.v iiil.lirn ,j d aux ili.jiiu . s du I lii>tuiri;. 
Les premiers témoignages certains de l'existence d'une 
communauté chrétienne à Marseille se rapportent ftu 
martyre de saint Victor et de ses compagnons (3ii:)), en 
l'honneur di-squels le moine Cassirn conslruisit, nu 
tv siècli-, les massives nrcaluns d'im nionasière, an- 
dessus de prolli'S naturelles ou artiticielles ouvertes aux 
flan s des rochers que louronne Notre-Dame de la Garde 
et où s'étaient rêfiipiés les premiers chrétiens. Les 
travaux exécutés pour le creusement d'un bassin de 
carénage ont mis à jf)ur nombre de ces excavations, 
réunies par des gal.ri.j^ sr.iil.rraines. L'abbaye de Sainl- 
Victnr, ruinée par |.< Sarra-ins au vin- siècle, recons- 
truite, démidie cl v li.ili.^ in<airc. sfr survit jiar l'église 
citadelle dont le pri.iir (iiiillaume de (irimoard, depuis 
pape sous le nom d'irbain V, cimenta les toiu's épaisses 
et les sombres remparts. 

La fortune de Maneiltr. lien à celle de Home, soulTrit 
plus qu'aunmn aulre des invasions barbares : après les 
Vandales, les Wi.iigolli.i ( is(i-:,ii7), entre temps les Hur- 
gonilcs, enfin les Ostrogotli^ et les Francs (r>:)7), lui 
infligèrent les plus dures éprcuv'-;. De commerce, il pou- 



li 'i.s premiers pon- 
■ '!■■■. saint Césaire, 
i|ii ii'lierP.iinl-Jean 
' r'-tiourset 
I - à leur 
Kule de 
ii'Ut sur 
v.-r r.hii ,1,, r.ybèle, 
s VAstarlé tyrienne, 
Taneilh du Nil, que 
ils sont les mèuies. 
l émigré des rivages 




EGLi si; sa I m- 



vait à peine être question dans ce remue-ménage de toutes les nations, 
fui bien pis quand les pirates sarrasins, écumant la Méditerranée, cou) 
rent toutes les routes de l'Orient, prirent pied sur la côte provença 
épiant la mer, prêts à fondre sur le moindre navire. Ces pirates redoulaibl 
ayant été enfin rejetcs par les comtes de Provence sur la côte d'.Vfriqi 
l'étreinte qui éliUiirait Mar^rlllp velnrln -nn emprise: à la suite d 
cTui-r< l'.irliii'.l i.n-uv .!■■ 1.1-11 - i 11 1 1 M r. | M , 1 1 1 1 Ma i-rl Ile' , Ics galèces ma 
salhil.- ir i|i|Hiiviit !.■- aiirl.iiii'- |ii~l.- ilr II iiiri- ; OU rcsplrait. I 
iiii-ijic- Iriii]!- la villr leiiaissaU à li lilieiif [i.ir iiiu' eliarte obtenue d 
cuiiitis lie Pnivenee ,1112) : un podestat, nommé à vie, assisté de tri 
notables et d'un conseil communal, gouvernait la république. Mais 1 
croisaili's suscitèrent à Marseille de redoutable? émules : N'enise, Gên< 



reuu 



pas n.'ii [I 
loin ; ils p 
pour oppo! 
roïque don* 
femnii"--. i- 
rapiirll' I 
de la Mil-, 



l'iiliiieiit attachés à la cause franeai^ 

'iiiii I aille de Bourbon une résislauee li 

\r I r: lire passé à Cbarles-Quinl (l.jii . I. 

\i iimnlrerent un courage admirable qi 

, , /) ,' , - j-nne à l'une des grandes voi 

tiii ji-in il Ligue. Casaulx, l'un des 

I.; il.r h-r ,1 r.iiile de troupes espagnole; 

m de ses ennemis, le tua et ouvrit la por 

moyen âge, Marseille gardait jalouseme 

es consuls élus, pour l'administrer. Sous le ministère de Mazarin, Lou 

le Valois, gouverneur de Provence, prétendit les choisir lui-même et li 



preuui'i- ni.i 
c'était un dici 
aux troupes royales. Depuis 



iposer 




tentative fut ropoussée par une insurrection. Mais, avec 
duc de Mercœur, mieux armé que son prédécesseur, el 



t fianc 11 
qui enicv 
nie fuvai 



on fit appel au soulèvement natie' 

iin bataillun de fédérés marseillai 



t0Ulr< II- l.aiiii,.,.. ,| - ,11-1 Ullrl.lil 1,1 ,M|,ll ilu; I 

étainil, au M aniil, ,, I ,-- ml .\. ~ lilllrn,., il.,, niai. 
pour seiiliMiiier, lliyiiiue -le rn. i- ,!.■ lt..uj;rl ,!,■ IM 
appelé depuis la Marseillaise. Mais les fédérés luarsci 
lais n'étaient pas tout Marseille. Acquise en principe nu 
réforines, la ville .se méfiait pourtant des troubles préji 



.nir 



Il.ai,ties-i 



llh, 



10 se 



garant 



tembrc ll'Ji, l'ordre de .Malte, enlei 

cessaire à la protection de son coi 

effet, n'était pns conquise, et, de la côte d'Afrique, filaien 

dans I. iili -Ir- rlli , eliiins les pirates barbaresques, silr 

déSMr j. I II,,,, nulle. 

I.ci ; , .1,1 ■ .. 1rs Montagnards mirent la main se 
leg'Mi\i lie Mil ni d, la Uéi>ublique, .Vnri'ei'/'e, 



.touli 




"t •■"* 5'^a^^' — fol t 



>r3a^4P^ 






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A y >, i \Mi)i RI v-^ ^ y~ ^ - **v. «3lr'^\ ^^Sk--Ml 






rt 






sA'lZ h hcllc 1 1/ 500 



.A FRANCE 



LiTioiiM, m: i.\ MiiH riint vNKE 




. ~ ;.T!inde.s villes du Midi s'insurgèrent conire la Cunvonlion (mai 1793). 
Le géni'ml Cirleaux n'entra dans la ville (inaprès une lutte sanjtlante 
25 aoftt 1793 . Timt Marseille éclata contre Hubespierre, et vingt ans après 
faluait avec enthousiasme le retour des Bourbons; car, soucieuse avant 
:out des iulerOts de son commerce, elle accusait Napoléon l"' d'avoir 
isgravé par la guerre les ruines accumulées chez elle par la llévolution : 
Waterloo fut accueilli dans Marseille avec une joie non dissimulée, aux 
-ris de : ■ Vive le roi! » 

Étrange revirement. I,e neveu de celui qu'elle comptait au nombre 
le ses ennemis, Sa/ioléon III, porta au comble la fortune de Marseille. 
Déjà la prise d'.VIger et l'achèvement de la conquête de l'.Mgérie mettaient 
-ous sa main le littoral de l'.Vfrique; bientôt le percement du canal 
ie Suez lui ouvrait toutes grandes les portes de l'extrême Orient. Au Vieux 
fort insuffisant, des travaux gigantesques substituent le magnifique déve- 
loppement des bassins de la Jolielle conquis sur le Ilot. Dans l'espace de 
vingt ans (ts50-187u:, la population croit de moitié; 150 rues sont ouvertes, 
trouant les quartiers impurs; 15 000 maisons nouvelles enveloppent d'une 
remuante jeunesse de longues avenues ombreuses; la Cannebière prend 
une nouvelle parure : Bourse et Palais du commerce, Préfecture, lios- 
pii-es. ChAteau d'eau. Cathédrale nouvelle, fille de Saint- 
Marc de Venise et de Sainte-Sophie de Conslanlinople, 
i-ampaniles et coupoles, surgissent .^ l'envi sous la 
Vedette protecirice de Notre-Dame de la Garde, dont la 
Vierge dorée scintille au loin sur la mer bleue, comme 
un phare de bon accueil, .\ussi, que de vivats, que de 
protestations éclatantes pour le pouvoir ii l'initiative 
duquel revenait un si magnifique essor! 

En 1869. les Marseillais reconnaissants envoient siéger 
à la Oionibre des députés, non pas de Lesseps, créateur 
du canal de Suez, l'un des meilleurs ouvriers de leur 
f'irtune, mais un avocat de talent, l.éon Gambctta, 
•idversaire déclaré du régime auquel Marseille devait 
\>n. résurrection. En ISTO-lxTl, Est/uirns ùlant préfet 
des Bouches-du-Ilhone, Gambella, ministre de l'inté- 
rieur pour le gouvernement de la Défense nationale, 
le somma de démissionner, ce qu'il fit le 3 novem- 
bre 1870 : trois mois après (8 février 1871), ses anciens 
■idministrés l'envoyaient siéger comme député & l'As- 
>cmblée nationale. La Commune eut sa répercussion 
dans Mnneille : comme les insurgés s'étaient emparés 
■ '>■ la Préfecture, le général Espivent de la Villeboisnet 
l'S lioMibarda du haut de Notre-Dame de la Garde et ré- 
1 .blit l'ordre. 

De 110 OOO âmes qu'elle comptait en 1800, plus de 
150 000 en 1850, Marseille dépasse aujourd'hui 55niiio ha- 
bitants. De plus en plus le vrai .Marseillais s'englue 
dans le Ilot montant de l'immigration étrangère pro- 
voquée par le développement industriel de la nou- 
velle ville : Italiens, Espagnols affluent de tous cotes. 



I,;i luiluiv ;i UKMVcillcuscmoiil préparé pour .son exliaonlinairo 
fortune les avenues de Marseillf. Du cap Couronne au ca|t Croi- 
setle, un Immense golfe se déroule sous la saillie centrale du ro- 
cher Je Notre-Dame de la Garde qui le divise eu deux coiniues 
distinctes : au noni, la rade de Marseille, proprement dite ; au sud, 
la baie d'iîndounie. L'n petit écueil, l'ilot Maire, prolonjîe en mer 
le cap Croiselte : l'archipel de Puiiirgiies, Jtdluuneau, Clullrnu d'If 
(les Stœcliades des anciens, Pliila, Pliœnia, Iturium), fait avant-garde 
au-devant de l'écueil central, qui abrite à ses pieds la calanque 
allongée où prirent terre les navigateurs phocéens. C'est par 
mer qu'il convient d'arriver à ^fnrscille, non que la ville se découvre 
du large avec la majestueuse ampleur de Naples, penchée immé- 
diatement au bord du Ilot, sous le panache nuageux du Vésuve. 
Marseille s'abrite dans un repli du rivage ; la surprise n'en est 
que plus vive lorsque la ville apparaît. Passt5 Planter, dont le 
phare, planté sur son écueil, éclaire l'entrée du golfe, l'immense 
r,idi> se développe d.ins un superbe .■imfdiillié:'itre de nmnlniiiirs. 




52 



LA FRANCE 




Phot. de M. Maui'ice. 



LA NOUVELLE CATIlEnrtALE DE M A 11 « 



Entre le cap avancé de Notre-Dame de la Garde et l'ai rlii|H-l ,1,- 
cliiquelé de l'omègues et Ratonneau soudé par une fori'' ■li^fin^ ru 
arrière de Técueil qui porte la sentinelle détachée du cliàbau d If, 
la nappe d'eau s'amoindrit : là font escale, au port du Frimil. les 
navires suspects. Et la mer se peujjle de petites voiles blanches qui 
cinglent comme des volées de mouettes aux approches de la terre. 
De gros transatlantiques rayent d'une traîne d'argent la nappe mou- 
vante d'un bleu doux et profond. Comme une toile de féerie qui 
tout à coup s'étale, voici le port, ses longues jetées, son fouillis de 
navires, ses dock^, ses <>n(as«i'in(>nts de marchandises apportées 
de tous les points du iimnl.-. 1. s iimins d'acier aux formidables 
mandibules qui déchargciil |. < sniil's incombrées; les locomotives 
le long des quais interniinabli .s, dans la 
mêlée des sifUels aigus et des rauquis 
meuglements qui font rugir les rochers 
d'alentour, l'agitation bruyante, le va-et- 
vient d'une foule ivre de mouvement et 
de vie, et, sur le tout, les dômes de la 
Majur qui, du haut de son esplanade, 
trône élincelante au radieux soleil. 

La création des nouveaux bassins de 
la Jolieile a fait pencher de ce côté l'axe 
de la vie marseillaise. Jusqu'au milieu 
du dernier siècle, la ville tout enlièir 
était inclinée vers son vieux poit inl'-- 
rieur. Battues d'un Ilot sec et dur, les 
falaises d'approche s'écroulaient en gros 
blocs, après chaque tempête. Contre la 
mer <|iii l'assiégeait, la ville prit l'orfen- 
sive, et cette oITensive date d'un demi 
siècle. On a rasé la rive extérieure, ji'l. 
bas le. collines menaçantes, comblé dis 
anses parle nivellement des qnais. Des 
môles soudés à la rive l'ont divisée en 
autant de compartim(>nls ou bnssins pro- 
tégés par une digue commune, chemin 
(le ronde audacieux, ji-lé comme un déli, 
sur piès de .'lOoO mètres, contre la pous- 
sée du fini, l'uis la digue s'est allorif;éf; 
les bassins se succèdent : api-ès celui ib' 
la JiilieUe, ceux du Lazaret et li'Arni , 
inféodés à la Compagnie des docks; b: 
bassin de la Gare-JUariliinc, le JBnssin 
National, le Bassin de la Pinède, avec pro- 




bniualioii évciiluelle des jetées protectrices jusqu'au cap Janet. Les 
IiihUs iiii<>èdent plusieurs formes pour la réparation des navires, 
■23(100 irièires carrés de hangars, 42000 de magasins, un enlrepôl 
pouvant contenirGOOOO tonnes, des réservoirs spéciaux pour l'huile, 
le pétrole, l'alcool; des presses pour les balles de coton, le tabac; 
des moulins à piler le sucre, et, pour la manutention des marchan- 
dises, plus il.' S-20 /Irval.'uis. ,lrs L'Mi.-. ilrs 1. ir, , iiiotives, clc. Daus 
leur eii-.'iiil.N' L- li.i-in- mI1i.miI nu- Mip.i liri,. l,, laie qui dépasse 
134 heclan-s; |,, h,,i.u.ui ,|.> ,|uai,. iUili>al.lr. ,■>! de 13 107 mètres, 
et, si l'un ajoiil.- a ce? rhillu-s ceux dt-s passes des avaiit-purts, 
des bassins de réparation, l'on arrive à près de 19 000 inMus. 
Vous comprendrez après cela que Marseille, notre preniii r piTl 
de commerce, ait pu fournir, en 18',)2, 
à lui seul. 73 millions de droits de 
ibuiane, pour un mouvement atteignant 
presque 10 millions de tonneaux. 

ISien que l'application du récent ré- 
gime douanier ail porté un coup sensible 
à ce magnifique essor (tarifs du II jan- 
vier 1892), les projets d'agrandissemeni 
iir laissent pas d'aller leur train. Peul- 
élre la plage des Catalans disparaî- 
Ira-t-ellc, au sud du Pharo, pour faire 
place à de nouveaux bassins; enfin, 
_^jij^^fc^^^ un immense brise-lames tiré contre le 

'*^^^^^^H|^a large, sur plusieurs kilomètres, for- 

|4l ft^^^^^^V Wi nierait au front du bassin un avant-port 
» ____J^^^^H«3 rn eau profonde, où pourraient mouiller 
'i'09Bm|[^^^| l"s plus gros mastodontes de la marine 

l'hisieurs grandes Compagnies ont 
b ur point d'attache h Marseille : Mrs- 
i'ii'rics maritiiites: Ci'injiai/iiie ijâiérale 
/': 'iiisntlantiquc ; Cominiynie M^ar.ieillnise 
V Xavii/atiiin, Fraissinet et C''; 'lyaimpurls 
Mmitimes à va/ieiir; Navigation inijlc, 
Tniiaclte;Compag7iie française de Xavii/ii lion, 
('•Ijir. Fahre et C''; Cuiii/'ai/nie Paijitet: 
f'impaiinic française de l'Afrique oerideii- 
l'ilr; Com/iagnic générale de Navigati-m. 

La cathédrale, d'origine récente, comme 
b' bassin de la Juliette, qu'elle domine, 
ist une merveilleuse création des arclii- 
Iccles Espérandieu et Vaudoyer, coni- 



LITTOUM. DE LA MÉDITR RUANKE 




inencée en 1838, livrée au culte eu 1893, et loin d'être terminée 
pour la décoration intérieure. Dans une croix latine s'inscrit une 
basilique byzantine, avec de nombreux détails empruntés à l'archi- 
tecture romane : celte grande coupole qui jaillit du transept, entre 
plusieurs autres greffées aux croisillons, offre aux Orientaux qui 
Jébarquent comme une réminiscence de leur pays. Deux coupoles 
sncore surmontent les tours de la façade, encadrant un grand arc 
triomphal. L'intérieur est grandiose : les grès verts de Florence y 
lUernentavec la pierre blanche de Calissanne; le marbre de Car- 
rare, le granile rose de Corse rivalisent de richesse avec les adnii- 
ables mosaïques qui revêtent la grande nef et le chœur. A côté 
de cette resplendissante jeunesse, l'ancienne Major paraît bien 
humble, à demi ensevelie, avec ses nefs dii xn" siècle, dans le 
terre-plein voisin : elle renferme pourtant une merveille, au regard 
des artistes, la chapelle Saint-Lazare, l'une des premières œuvres de 
[a Renaissance, due à Francesco Laurana. 

A l'autre pôle de Marseille, sur un rocher aride, No (rr- Daim' </<• la 
Garde s'élève comme une vigie lutélaire. L'archi- 
tecte de la cathédrale, Espérandieu, a rem|dacé 
'ancienne chapelle du xiii" siècle par un svclle 
■difice byzantin varié de motifs romans et Renais- 
sance d'une grande richesse : sur une crypte de 
marbre pavée de mosaïque, la nef supérieure, 
flanquée de trois chapelles et couronnée d'une 
coupole, mêle les blancs revêtements de Carrare 
au rouge éclatant des brèches africaines : les co- 
lonnes du transept sont en marbre vert des Alpes. 
lînfin, au sommet du clocher, on a hissé, à près 
de 200 mètres d'altitude, une colossale statue 
'9 mètres) de la Vierge, sur l'horizon de la mer 
et des îles. 

L'entrée du Vieux Port devait être telle, au temps 
où Prutis s'y glissait avec ses compagnons. D'un 
•ôté le (ori Saint-Jean (Grasse-Tilly), ancien châ- 
teau dos chevaliers de Malte; de l'autre, le fort 
Saint-Nicolas , ou d'Enlrecasteaux), bâti au xvii" siè- 
cle sur les plans de Vauban, couronnent deux 
écueils. Au moyen âge fin du xiv« siècle), lors- 
qu'il fallait craindre les alertes perpétuelles des 
écumeurs africain s, une- chaîne barrait le passage. 
Dès l'abord, la vieille é:;liso citadelle de Saint- 
Victor, plusieurs fois ruinée [lar les Sarrasins et 
rebâtie au sni' siècle, sur l'emplacement de l'an- 
cienne abbaye de Saint-Cassicn (410), ses deux 

France. - II. 



ilonjons en gros blocs, ses murailles crénelées, ses lenétres étroites, 
son porche pratiqué dans une tour carrée, évoquent de manière sai- 
sissante une époque troublée. 

Le Vicxix Port, avec ses annexes, le bassin de carénage et le 
canal de la Douane, présente une surface liiiuide de 28 hectares 54 
et plus de 2u00 mètres de quais utilisables. Le tirant d'eau, 
de 6 mètres en moyenne, peut atteindre 7 mètres et même un 
peu plus. Le port est maintenant investi de tous côtés : de nouveaux 
quartiers remplacent l'ancien marécage. Sur la rive seplcntrio- 
nale, jadis la seule habitée, s'élève VHùtel de ville, construction 
du xvii" siècle, assez ordinaire. La joie du Vieux Port, ce sont ses 
légères embarcations à la fine entoilurc, qui vont, viennent au milieu 
de peliLs bateaux rageuis, de giands voiliers, de navires chargés 
de grains, et cet enchevêtrement de mâtures, des proues, des cor- 
dages surplombant la rive, au débouché de la C.annehièrc, l'entre-croi- 
sementdes cliars, des voitures, des tramways; aux terrasses des 








o4 



LA FRANCE 



l'exubérance du mouvement, les cris, les gestes, cette vie débor- 
dante déconcertent d'abord et amusent l'étranger. 

La Cnnnebière est encore et fut toujours pour Marseille la porte de la 
mer, l'avenue de la fortune. Ici s'élève la Bourse (18o2-186f)), dont la 
façade offre, au-dessus d'un avant-corps de grandes arr.ides, une 
colonnade corinlliienne dont l'allique porte les statues de rOcéan 



graphes (1889-1891), bâti par l'architecte Huot ; VHôtel-Dieu (du 
XII' siècle), rebâti de 1863 à 1865; un Arc de <nomyie (1825-1833:, 
avec des bas-reliefs de David d'Angers et de Ramey. Le palais des 
Arts, dit palais de Longchump, rivalise de beauté avec la cathédrale : 
l'architecte fut le même, Espéraiidieu (1862), après Bartholdi, dont 
le dessin primitif avait été approuvé par la muniripalité en l^f59. Le 




et de la Méditerranée soutenant les armes de Marseille. En retrait, 
le génie de la Navigation et celui de l'Industrie et du Com- 
merce, sur deux grands piéilestaux; dans dos niches, les statues 
des fameux voyageurs Pylhéas et Eutliymène. Tout Marseille revit 
en ce décor. N'est-ce p;is ;'i l.i Rniirse ffne sièL'e l.i Clutmhre de 
commerce, organe essenhi-l (!.■ iMi'.'^ m n > linili'. ,-i--''iiiMi'e agis- 
sante encore plusqu'ailuii .ilr ' I : ; I.' i II lin I ■ . I II I' ■ I' . iMiii lb99, 
envoyait dans le Levant li.s (•..n-ul-. <!, n _ - ,|i il-|i mli . ---.intérêts, 
correspondait directement, telle une puissance, avec l'ambassadeur 
de France à Conslantinople, créait la Compagnie d'.\frique, aînée 
de la Compagnie des Indes, armait en guerre contre les pirates 
barbaresques. 

Les grandes avenues de la nouvelle ville rayonnent, de la Bourse 
et de la Cannebière : l'une qui se profile sous divers noms, rue de 
Noaillcs, allée de Meilhan, boulevard de la Madeleine, jusqu'au 
palais de Longcliamp; l'autre qui coupe à angle droit cette grande 
artère vitale par le boulevard de Paris, le cours Belsunce, la rue de 
Rome, de la gare d'Arenc au Prado. Un raccourci, la rue de la 
République, coupe la vieille ville, entre la place de la Joliette et 
l'issue de la Cannebière. A l'exception de ceux dont il vient d'être 
parlé, les anciens monuments dignes d'intérêt sont rares h Mar- 
seille. .Sa parure monumentale est récente : VHi'itel des postes et li'lé- 




regard est séduit par l'iiarmonieux déploiement de cet hémicycle 
autour d'un château d'eau central d'où les eaux de la Dniance 
bondissent en larges nappes, entraînant, dans un amphithéâtre de 
verdure, tout un cortège de génies, de nymphes, de tritons. L'ne 
double colonnade à jour soude les deux ailes au maître pavillon 
par-dessus le fracas des eaux : à gauche est le Musée des Benux-Arls. 
où la plupart des maîtres des différentes écoles (peinture, sculpture 
sont représentés; à droite, le Muséum d'histoire naturelle. Non con- 
tente d'élever aux arts ce magnifique palais, Marseille en assure 
l'enseignement par V École des Beaux- Arts {i\vf,s\a, sculpture, archi- 
tecture); la Bibliothèque annexe; un Cabinet des Médailles, où sont 
groupées les plus belles productions de l'art grec en Provence; 
enfin, pour l'édification des savants, le musée archéologiiiue du 
palais Borily. 

Dans cette région, entre le Vieux Port et l'avenue du Prado, la 
Préfecture (18151-1867), l'une des plus grandes et des plus belles il' 
France; le Palais de justice (1858-1862), dû, comme le monumeii' 
précédent, à l'architecte Martin (sculptures de Guillaume, Travaux, 
Gilbert); le Pharo, construction sans intérêt, dont tout le charnir 
vient de sa situation admirable au-dessus de la ville et des ports. 
Les grandes voies modernes, rues de Paradis, de Saint-l'errénl, 
do Rome, de Noailles, cours Belsunce, rue de la Ri'publiqur. 
auréolent la Cannebière : de beaux 
magasins, des bazars, des cafés. 
lies sqn.ires, des promenades oui 
bi-apées de grands platanes qn 
;ilu il.'nl lie leur épais feuillage les 
iv. iiliins fleuris; des fontaines 
|;iilli--.iiiiis, des statues, des mo- 
iiuni.iiis cnmmémoratifs : rien ne 
manque à la Marseille d'aujour- 
d'hui. Parmi les monuments : 
celui des Enfants des Bouches-du- 
Rhônc morts pour la patrie; la co- 
lonne de rimmaculée-Conception, 
érigée en 18o8; l'^irc de trinniphe if 
la place d'Aix ; la statue de Belsunce, 
lires de la Major; les bustes de 
Pierre Puget, Espérandieu, Lamar- 
tine, la statue de Beiryer. GrAii' 
au canal qui puise k la Duranee les 
eaux fraîches et bienfaisantes dont 
Marseille fut si longtemps dépnni- 
vue, six cents fontaines jaillissent à 
tous les carrefours. Au lieu qu'il 
fallait autrefois se contenter (hi 



LITTOISAL HF. I, \ M KIUI i: It It A NKl- 



S5 




|iiiuvi"' tribut lie l'Haveauni', 

le canal de la Duiaiico 

api.. rie à JJnrseille 8(HX) à 

I lili-es d'eau par se- 

. iiu^me au plus foil 

; '. Les enviions, au- 

- arides, sont feililisi's 

nigation; il n'est pas 

lu Vieux Port, dont 

non si'culaire ne se 
■['■nuée sous ce lavage 

int. 

canal, maintes fois 
, coniinenié nii>nie 

"1. repris en 1818 et 
■ ,. à^.;i, fui enlln exô- 
.ute. de 1837 à I8'i8, par 
M. de Monlricher. Il puise à 
Il Ititrance, en amolli du 

• Porluis, sur la rive 
.àl87"',2od'allilude. 
Il combien les eaux de 
. cit.; rivière sont chargées 
de limon (-2 mètres cubes de 
dépôt pour 1000 mètres 
cubes de liquide) : deux 
grands bassins d'épuration, 
sans parler de trois autres 
plus petits, le réservoir de 
Saint-Chrislophe, el, plus 
bas, celui du Réaltort, em- 
magasinent successivement 
les eaux du canal, qui s'y 
idécantent en déposant leurs 

troubles. Cluinin faisant, le canal franchit la gorge de l'Arc par le 
célèbre aqueduc de RiKjuefavuur, enfin débouche eu territoire de 
Marseille, a(irt'-s un parcours de 84300 mètres. 

Il s'étoile alors en cinq directions principales. La branche mère, 
se développant au liane méridional des hauteurs de l'Étoile, gagne 
la mer, après Mazargues, 5 kilomètres sud-ouest de Notre-Dame 
de la Garde, 2 kilomètres 1/2 nord-est du cap Croisette, à la Ma- 
drague-de-.Montredon. L'œuvre a coûté près de 60 millions, mais 
elle arrose 3000 hectares de terre, donne en chutes une force mo- 
trice de 2500 chevaux à plus de cent usines, met la vie et la fraî- 
cheur là où n'étaient que sécheresse et stérilité, assainit l'air et. par 
surcroît, assure un revenu an- 
nuel qui dépasse largement le 
million. Grice au canal de la 
Durance, Marseille s'est trans- 
formé : les promenades se suc- 
cèdent comme par enclianle- 
incnt, cours l'ierre-Puget, pai c 
du Pharo, longue et magni- 
lique avenue du Prado, parc 
Borély (acheté par la ville 
en 1862;. La Réserve, la Corni- 
che, la jetée de la Jolielte sont 
délicieuses aussi, le soir, pour 
humer la brise fraîchi' du large. 
Marseille vit de son port et 
des industries qu'il alimente. 
D'abord la uiélullurgic. Dans ses 
hauts fourneaux, l'usine Saiiit- 
Liiuis transforme pour canons, 
projectiles, blindages, etc., les 
minerais de fer, de chrome, de 
manganèse que lui envoient 
l'Algérie, l'Espagne, l'Ilalie. 
Trois usines ti-availlent Vétain 
pour l'industrie des capsules 
métalliques; d'autres dégagent 
la matière précieuse du plomb 
argentifère espagnol et em- 
ploient le complément du mi- 
nerai en tuyaux, céruse, plomb 
de cha.sse, etc. Le cuivre aus- 
tralien ou américain est ouvré 
par une dizaine de fonderies. 



eti 



.ar L: 



■. / 



graiiils I Uil>li-.~'iii'iii^ ; I 
ateliers de la Sun,'i ' !■',-, ns> 
duslrie de la ii,n i-ilh.n m 
lion des toili's à \Hili's, u, 
l'alimentation do ses navi 
1ère de la région, en partie nll. 
reste d'Angleterre. Vindusirie ntu. 
ment de Mussie (près du JuuLil 




udi,;:-, ,lr la .\J,;lck;n,nr,-. les 
, ceux do Sliipfer, Durlos et Ç'°. A l'in- 
Uaclie celle de la corderie, la fabrica- 
'S. elc. l'mir l'onlrolion di- ses usines, 

.l/„rv',//r ;,|,.n,lM. I;, pro, I ,,r I ion houil- 

II.- .lu („n.i i;....,-,.., ALii^ . ottiro le 
',l,n-rr In,. |.s .•.■iv.il,-, principalo- 
dc toutes les iiiiportalions réu- 
nies), des Indes anglaises, de 
Turquie, d'Algérie, de Tunisie, 
des États-Unis. Les céréales 
importées alimentent une cen- 
taine de minoteries sur le Jar- 
ret, riluveaune et le canal de 
la Durance, de nombreuses fa- 
briques de pâles... L'orge de 
Russie, do Roumanie, de Tur- 
quie, de Tunisie est utilisée 
pour la fabrication de bières 
absorbées sur place ou expor- 
tées aux colonies. 

Tous les produits en olives de 
la côte provençale et languedo- 
i-ioiine,.|i's Aliies-Marilimesaux 
l'vr.'ii.-i's-ni ientales, conver- 
gent vers Marseille, qui en uti- 
lise l'huile et dirige le surplus 
sur l'intérieurde laFrance el les 
colonies. Des pul/ies soumises 
à un nouveau traitement, l'on 
fait une huile excellente pour 
la savonnerie; les tourteaux, 
enrichis par le sulfure de car- 
bone, vont à l'agriculture. 
Graines de lin, sés/niies, arachides, 
coprahs, pavots à réduire en 
huile : cela fait vivre plus de 
(■influante maisons, s'exporte et 
surtout est utilisé par la savon- 
nerie. Dès la plus haute anti- 
quité, Savone fabriquait du sa- 



56 



LA FRANCE 




d'Algérie, du Maroc, d'Australie, d'Amé- 
rique du Sud), la fabrication des briques, 
des fa'iences d'ornement, des mosa'iqucs 
sont des industries marseillaises, de loin- 
taine tradition. 

11 faudrait, pour achever le raccourci 
(le crii,. [.1 n.lj.'hii-r ar|ivii,\ compter en- 

r..,v r,,„|;, .:,,,., in Aw-iu rté de Suède, 

d'Aiii. li^M.', ,1- l'inliindc, qui fait vivr,- 

dr 11 hi.ii-'- srieries, des fabriquas d.- 

futaille s il i\i- caisses pour rexp''diliiiii 
d.'s iiiarriiaudises. Ainsi la régression 
rausée dans les transactions commer- 
riales et le mouvement du port par les 
tarifs restrictifs de récente applicalion 
lrou\e sa contre-partie dans les progris 
r.iii-.|.iiiis de la production industriell- 
iii,;i>rillaise, uràce à la main-d'œuvr. 
l'nurnie par l'étranger. .Malgré tout. .l/«r- 
M-illc travaille et s'enrichit. 



Personnac 



historiques. — du Ire li> 

. /■■///MM^rl I-:tilh;/iiièiie,Mtti- 
h -1 ! !i 11 Trogne -l'oiiipée: 
I s <'alo; le grani- 

. qui uut, à Hume, pour di-- 

ir ut Cicérun, deux élèves ■ 
iiiaitre; Pétrone, éerivaii 

li (le Néi-un. avant d'être S' 



outcniporaiii de saint \ictin'. était fil 
insi que l'empereur ('onxUiiiliii 11 1 
IX xii=(dxiii« siècles : i:,h;,r,hle Ma. 



troubadours 
rt évéque de 

7,../,,./. quiflo 



Mr.\,. 



•deSa 



von el, avec Gênes, gardait le monopole de cette in 
lient à présent la tète, avec près d'une centaine de 
sanl plus de 50 millions, moitié (\" l\ produc- 
tion de toute la France. Lafabririii.îi d. ^ iMii^ies 
appelle les cires du iMaroc, de .M ni i_ i-' .iv. d Al- 
gérie, \cs suifs de la république Ai gi ntiin', d .\us- 
Iralie, les saindoux des États-Unis. 

L'industrie des produits chimiques est née de 
la nécessité de pourvoir les fabriques; Marseille 
tire le soufre de Sicile, le sel de ses salines, les 
pyrites du Gard et de l'Ardèche : carbonate de 
soude pour la savonnerie et la stéarinerie, chlorure 
dechnuT, suZ/iirc rfircordoHesonlproduitssur place. 
Le caoutchouc d'Afrique, la cochenille, le clou d'' 
girolle, l'orscille, le bois de campéche débar- 
quent il Marseille, avec le cacao des Antilles, Ir 
poivre des Indes néerlandaises, les cafés du liré- 
sil, les tucres coloniaux : il se fait de ces denrées 
une importation considérable. La concurrence 
des raffineries allemandes a sérieusement af- 
fcclé rindu.slrie similaire de Marseille. L'appli- 
cation du récent régime douanier a égalemiMil 
causé un giave préjudice h son commerce des 
vins el aux inriustries qu'il fait vivre : distille- 
ries, vins de raisins secs... 

A Marseille débarquent les soies fines de Chine, 
du Japon, de Syrie. Avant que Gônes et Anvers 
même n'eussent détourné ce mouvement coui- 
mcrcial à leur prolit, c'était ici le grand iiiaiché 
des cillons du Levant. Enfin la tanneiie (peaux 
de chèvre, de mouton el d'agneau, importées 



duslrie. Marseille 
fabriques produi- 




Ic médecin ordinaire de Charles IX, publia un rr.ur il ,lr pivli, Imn-, ^mh- 
le titre de Centuries, et un .l/manac/i qui annoncui 1, I. iii|.- ri [,- -,,i-mi,-; 

inr iliiix ilh'ii lies eaux delà Duraiicc; Honorr il'irfé 
: ,.,: |,,j, , 1 auliurde 1' " .\strée »; le premier de 
1.,- -.■„. ilML'i-li -./';c)-rc(/'//o:icr'i;>02-liifiii ;!e'rranil 

. ,: 1 1 -Mi.- . /' •, / . •.. 1- -I 



lanno, près d'.Vix en Provence (1656-1733), émule 
rnstréos, de Duqucsne, de Jcnn-Barl. An xviii» s 



TOii,; do Saiiit-lU-Miy, le t^cyraplie nlilie /'.'.i/i/Z/y 
1719-1793); d'Arles, le bibliopliile marquis de M yeaH«s 
IT29-17S6^: de Saint-Cannat, le bailU île Su/fren. 



I,.l,..„. el.ill ilr M u--rlMr, II' \l\' Slerlr a | Min 

J,i,v. /•..)7a/;,v,Ai\,,le maniais ./c Vmtorel >M u-ull. 
Us deux Garnier-l'agès, nés il Marseille, iimm i]ii 
l.nuis-Ailolphe lliiers (1797-1877), écrivain d h imuh 
politique auquel nous devons une » llisluiic de l.i 
Révolution française »; le liltéraleur Jose/'h Ménj 
(1798-1S66); le romancier .1. Achanl (18ri-1875); le- 
poèlei, .lu/raHiIslii-lsTT ; FreW,',;c .Vn/™/, le génie 

de la Pi-..M-nei. Lan ne ,, Miill en 1.S30); 

le comi.n.iiia,, /; I , . I I / '-,• Ihiviil; 

.Ul'-/He/n.l~liaa.ai [,- l^-i i -■ 'n i/n-r/ (1802- 

1886), archevêque Je l'ari.., luu.-> K .^ deux lies à Aix. 



LITTUllAI. DI-: LA MKDl ll-ll II AN KE 



67 



MiiMin.i.-: ^77 800 h.'clan-s (ai,1;is1iv\ S72 200 ,S.'rvi,-.- «.n^ia- 

l/Vjaocio. Si>iis-|iii>fectuii's : Bastia, Calvi, Sartène, Corte. - 

' •■iti>ns, ;Uii communes, i:!» r.ir|>s il'aiiiiri- , .M.miskili.e). Coin 
i Jo liASiiA. AcaJémie il'Aix. Dioirso iI'Aj.mxio isulTrajjaiil 



- i l'Ioii.Miemeiit di's graiiilis roules du coiiinu-rce cl du monde 

|H>lite a piéseiv,' la Corse des exigences dune civilisu- 

illinée et di'furmaliiio. SuMir de la cùle d'Azur, elle a inieiix 

M- qu'elle celle lleur de l>eault5 simple et sans appiin, un 

uva«e même, si clière aux amanls de la vraie nalure. 

i( de la nommer Ci/rnos, les Grecs la qualiliaienl de //■< > 

/tiXÀîTTf, . ICIle possède en elTet les élénienls essentiels dont 

!ure compose ses merveilleux lableaux : la mer, une mer 

!■ usemenl pure; \!l forél, au-dessus des vergers d'orangers cl 

l- citronniers, des oliveraies vigoureuses, des chùlaigniers géants 

lui, de loin, ressemblent ù des buissons verts, tant les vagues de lu 

:erre soulevée sont gigantesques en ce pays; enfin, avec la linule 





clair ou Jaune pâle sertis par l'émeraude des ver- 
gers, dans le miroir sans fond d'une eau limpide. 

ToulAjaccio I'.i2'27 habitants) évoque l'épopée 
UMpoléonieiiiie. iViijioli'un Jiimii/iorle, né dans cette 
\ill.', le Wianùl 17iit) (peut-être en 17(18), était b; 
di'uxièrne lils de Clinrks Bnitaiiarte et de Lwtiiiu 
Uiimiilino. Il niourutàSainte-Ilélène, leîJmai 1821, 
(laus sa 52" aimée. Parmi ses frères : Jusejilt, l'ainé, 
l'ut roi de N'i/iles, puis d'Espagne; ioHis, roi de 
lliillaiuli; (père de Napoléon III); Jtrônie, roi de 
Wesplialie. 

Itien d'ailleurs qui retienne dans AJncrio les 
cuiieux en quête d'inédit; la nature seule s'est 
mise en frais pour plaire et elle y a réussi, puis(|ue 
e.' Ile ville (l.'vieiil le s.'i''iir Invinal pi-.'-réré d'une 



■le. 1 



, que .Sc- 



si les à visiter dans lile. Avec l'été (do juin en 
octobre), chacun gagne la montagne : Vizzavntia, 
Bnsiclica, Vico, Guaynn, Evisn, Bucognann, Vennco, 
Ccrvùme, offrent, au seuil de la grande forêt et à 
uii-chemin des hautes cimes, de frais et ravis- 
sants séjours. Aucun pays d'ailleurs n'est relali- 
veineiil plus riclieciue la ^.'or.vY' en sources tliermo- 



fulaie des hêtres qui moutonuent bien haut, les 
colonnades de pins qui jaillissent jusqu'aux som- 
mets couronnés déneiges, ]nmontn;ine, de gianile 
rose ou bleu, ses âpres défilés, ses torrents qui 
bondissent et grondent, ses gouffres profonds en- 
tremêlés de vailées idylliques pleines de fleurs et 
de fruits savoureux. La Corse offre en raccourci 
les attraits de pays très divers : IWfrique et la Pio- 
vence, l'Auvergne et la Savoie s'y rencontrent, 
entre l'azur de la mer et celui du ciel. 

La Curxe et la cùte d'Azur sont proches :■ de 
Nice à Calvi ou lile Rousse, six heures suffisent 
pour traverser, huit heures si l'on va jusqu'à 
Bastia, au revers de l'île. Des paquebots rapides 
relient d'autre part .Marseille et Ajaccio : nue 
nuit passée, le réveil avec l'aurore est un enchan- 
tement. De loin, l'ile se révèle par l'étrange et 
doux parfum qu'en ap|(orle la biise, au prin- 
temps surtout, lorsque les cistes, les myrtes, les 
thyms et les bruyères du maquis, sous l'afflux 
de la sève nouvelle, exhalent leur haleine sub- 
tile et mêlent d'ùcres parfums aux tièdes émana- 
tions de l'oranger en fleur. « A l'odeur seule, 
disait Napoléon, je devinerais la Corse, les yeux 
fermés. » L'on arrive. Dans un amphithéâtre de 
verdure que couronnent des cimes lointaines, 
Ajaccio, penché sur la nappe bleue de son golfe 
sans rides, reflète ses maisons roses, lilas, vert 




o8 



LA FRANCE 



minérales : Orezzn, Guagno, Quili'in, Pielropola, Cal- 
daniccia, Caldane, elc. Mais, iiour la plupart, une 
inslallation trop sommaire atténue leur bienfaisance, 
en raréfiant les visiteurs. 

RELIEF 

l.a chevaucliée des grands sommets qui constituent 
l'épine dorsale de la Corse déroule, du nord-ouest au 
sud-ouest, sur le double horizon de la France et de l'Italie, 
une longue arête sinueuse qui, sans avoir la rigidili' 
d'une muraille rectiligne, n'en dresse pas moins une 
foimidable barrière de séparation entre les deux versants 
de l'ile. I.e point d'altaclie de cette longue cliaine est en 
vue de Calvi : le Capo Juvo (2032 mètres); elle se termine 
au-dessus de Bonifacio par VUmiio dt Cngna {l2lo mè- 
tres), pour s'affaisser et mourir à la pointe de Buccapina. 
Deux parties inégales, deux îles dans une, se trouvent 
ainsi séparées : l'une à l'ouest, d'environ 330000 hec- 
tares, ancienne province d'.lu delù des Monts; l'autre 
plus grande, à l'est, de 522000 hectares, l'ancienne pro- 
vince d'En deçà des Monls. C'est, en elTet, vers l'est que 
l'arête n)ontagneuse médiane tourne sa convexité géné- 
rale et laisse sur ses flancs extérieurs le plus d'espace 
libre; les contreforls y sont moins serrés, moins abru|ils, 
alloiiL'.-s en collines qui s'alïaissenl doucement dans la 




CORSE 



I Préfecture 
1 Sons Prefect 
• Ch-l-de Canton \=^ Chemin de fer 



Cap Corse'l^etTdelaGiragl., 



Uic.oll 



^ ^rf/ 11=5 Rousses 


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G rff Porto Vecchw 
VadellaCh.appa 

IlesCerb.cale 



„ j, l'e",' te<^° «^ / I Caxallo 

C.della Testa ^r""^^""'*'' ^* *' 



I 000.000 




[ilaine littorale. A l'ouest, au contiaire, tout se presse, tout se 
mêle, jusqu'à plonger à pic dans le flot, comme des étais i)ui.ssants 
qui coiilre-biitcnl une vaste arcaturo. Cependant, les anneaux de 
la grinde cliaine séparative centrale ne sont pas si étroitement 
souués ensemble qu'ils ne laissent i>lace à qiiel(|iies brèches. Deux 
passages pi imipaux en rompent la continuité : au nord, le col de 
VcTijii), dans la réuiim des sources opposées de l'.^ilone et du (loio; 
au centre, le ad de Vizznvnnn. sur la sejle de sépaialion d'où s'i'pan- 
client, à l'ouest, le Gravona vers AJaccio; à l'est, le Veccliio, afllM.nl 
du Tavignano. Par celte dernière brèche passent la route et Ir 
chemin de fer d'.V.jaccio àBastia, qui coupent l'ile obliquement, sur 
le pivot de Coite, au cœur môme du |>nys. 

A celte double rupture de l'arôte centiale correspond un néihis- 
sement des sommets, comme le flottement d'une chaîne détermi- 
nant une double conque montagneuse en sens opposé, l'une ouverte 
vers l'est, d'où s'écoulent le Golo et le Tavignano; l'autre ouverte. 



vers l'ouest, à un faisceau de torrents écourtés : le Fungn, b- Porto. 
le Liamtme, \<iGruvona et le y^n/He//i' jumeaux, tributaires du gcH 
d'Ajaccio; le TaravoeX le Kizzanèse, enfin VOrlolo, voisin de la poiiii- 
de Roccapina. La clef de voûte de la première conque parait èle 
la Pniilin Orbn (2S22 mètres); celle de la seconde, le vioiile d'iii 
(2 301 mèlres: et le )iwnte Rrnoso f23o7 mètres), dressés sur la coupui 
de Vizzavona. Au sud, Vlnraduie 2 VM mètres) rayonne sur la pai li 
méridionale do l'ile: ;iu ii,.nl, le uionte Cinto (2710 mètres) en e>i 
le point culminant. Il \ .1 il.ui. nne inclinaison générale des monl- 
ihi nord au sud et tie l'unol ,1 lesl. 

En réalité, le Cinlo (2710 mèlres), relié à la Paglia Orba (2528 ni. 
1res) par l'écliinfide la Ptmta J/i/tu/a (2 547 mètres), forme, dans lin 
tervalle de Corle îi Calvi, le triangle résistant et comme le front il, 
la Curse.hG ce groupe rayonnent : au nord, le monte Pndro (2393 mè- 
tres), le Capo Jovo; au nord-ouest, la Mufrettn (2 l'i8 mètres), dont 
les derniers ressauts poussent, comme une jetée protectrice, à l'en- 



Lirroiiu. ni i,\ mi.ui i i;iii; \m:I': 



59 



ii'e du golfe iloCaIvi, U punin 
tffellitta; h louesl, dans l iii- 
<>i-valle dos deux sillons ci iMisis 
nxr IeFaiii;o et li- l'oilo, le Cii/"< 
//•i J/m/i I (IGiil milles) el !.• 
V/w al Ctrl": au sud-ouesl, 1>- 
:.ipodello Yihillo (liA2 mètres) 
t le monte Itao {'il mèlres,, 
|.n>jel"'s sur lo cap llosso, dans 
;iue réjjiou touiinenlée de Pa- 
uses el de pics aux formes bi- 
arrcs, 

i.a ligne de faite principale 
oursuilnu sud de UxPaglidOiiid, 
•ar lapiinla A rtiia 2 32il mètres , 
elïédère du lac de .Vi/io, d'où 
épanche à droite le Tavignano, 
pposé auLiamone-Sagona, dé- 
ali? surTauln- versant. Entre la 
unla Artica et le moule d"()r.>. 
? monte Itotnndn iG^o mèlres . 
éanl de la cliaine centrali'. 
mule du Cinto (2 710 mètres . 

Passé le co| de Vizzavona, 1 1 
réte se prolile par le monte /!■ - 
iifO ('IW-'yi mètres) et la i>uiil,i 
lia Velta (22G4 mètres), que 
rolonge ]a.puHta de Mantellwrin 
1681 mèlres , opposée àl'lncu- 
ine (2136 mèlres \ sur lun ei 
autre flanc du Taravo. Enriii 
Inciidine est le pivot de di>- 
ersion des monts : .''. Pifi •• 
|l302mèlres\/(H»Wn d'Un View 
forta ( I 313 mètres;, lUum.i ,lt 
oijna (1213 mètres), sur le 

ont desquels se détache l'aii- 
acieuse falaise de Bonifacio. 

Encore que gravement at- 
?intes, les forêts sont l'orgueil de 1 
iL'nes. Elles couvrent 130000 lie 




.|uèl, 



Corse, la ]ianire de ses nioii- 
ares, dont 43000 à i'i:tnl, 
double aux communes et plus de 20000 aux particuliers. 
Les essences divcisrs qui s'y mêlent donnent à ces massifs une 



rande variété de teintes : ce sont 
'iicj'y, dont le tronc verlical jaillit • 
40 ou même 59 mètres de hauteur, 
elle une colonne llexible dont le 
anache frémit à la brise des som- 
iiets. C'est l'un des |>lus beaux ré- 
ineux de l'Europe : son bois rougi-, 
dmirablement veiné, le failrecher- 
lier de l'industrie. Mallieureuse- 
nenl, amoindrie chaque année par 
e vandalisme pastoral et mercan- 
ile, la haule futaie, mangée en 
iierbe par la dent dos chèvres, 
iiouleversée par les porcs, piélinée 
|"ar le passage des troupeaux et ra- 
I âgée régulièrement par les incen- 
li'\s, dans le seul bul de faire du 
>ré pour les bêles ou de se mociwei 
le l'adminislialion forestière, la 
lanle fitlnie di-sceml peu à [leu à la 
•analilé du taillis, de la lande dé- 
erte ou du niac|uis, le mystérieux 
naquis emmêlé d'arbustes verls, 
le genévriers, d'arbousiers, delen- 
isques, de lauriers-lins, de myrtes, 
le buis, de bruyères, de cistes. 
le romarins et de lavandes, qu'en- 
acent, au-dessus de fougères 
nonsti'ueuses, les chèvrereuilles, 
es clématites, les ronces vives, 
elant sur le dos des monts une 
nextiicable toison. 

Grâce au manteau protecteur du 
naipiis, l'épiderme végétal des pên- 
es résiste à la cuisson du soleil, 



lii'Ire, 



e ;„;, 



rage. I.o mmiuis relient les en\ix, 
mire les sources, crée des oni- 
hiages. C'estaiissi l'asile inviolé 
lies fugiljfs qui, après avoir fait 
un malheur, se rel'nsentà cmiip- 
ler avec la soeiéié pour un ncle 
qui, à leurs yeux, loin d'être 
eiitnché d'inramie, b'ur jiarait 
plulol un lilie d'honneur. Tirer 
vengeance d'un meurlre ou d'une 
injure, elTacer lo sang par le 
sang, l'ùl-rejamaispourle Corse 
aulie chose que l'exercice d'un 
ilioil naturel et l'inéluctable 
devoir d'un honinie libre? Kier 
.le son inilépenilance, presque 

l.i fjii. III', qui fut iieiiilaiit des 
>i. . I< > son élal normal, a mis 
au euiir de ce peuple un inviii- 
rilile goftt des armes. N'ayant 
plus à se ballre contre les enne- 
mis du deliiirs, les Corses se 
lialtent entre eux. La vrwletla 
s'exerce de famille à famille, 
tant qu'il reste deux champions 
pour se mesurer el, dans celte 
lutte, la ruse trop souvent, la 
haitrise même, viennent en aide 
au courage. 

Rien qu'assez atténuées, ces 
violences n'ont pas encore dis- 
paru; leshainessonlvivacesetse 
iransmcllent avec le sang. .S'il 
I (st vrai que lo banditisme tend 

a s'cfTacer, les traditions fa- 
rouches de la vewli'tla survivent, 
riniipalenieiil dans les pays du sud, couverts et isolés, du San 
ielro à l'orto Veccliio, en y comprenant Sarlèneet Zicavo. Cnlimibn. 
héroïne de Mérimée, était du bourg d'Olmeto, piltoresquemenl 
itué dans un vallon qui descend au golfe de Valinco. L'étranger n'a 
le ces miPiirs un peu vives : cela se passe entre 




GO 



LA FRANCE 




lembip, les liuiipeaux éinigient de l.i inniiiuyne vers 1, 
[ilaine du lilloial Je l'est. Ce soiiL les femiues qui Ira 
vaillent le sul, aidées par des laboureurs lucquois. Oi 
van le le hmccio du Niolo, mets corse par excellence, qu 
ne rappelle en rien notre fromage. C'est une sorte de crèin> 
faite de lait de chèvre cuit, ayant la consistance de 1, 
gelée et d'un goût des plus appétissants pour le palai 
corse. Par le col du Vergio, trouée sauvage ouverte ; 
1 ■'i6^ mèlrr's d'altitude, que la neige encombre six nioir 
Je l'anni'-i-, on passerait, en desrendant les pentes ra- 
pides Je la foret d'AiUiiiP, à travers les colouuaJes i\> 
ses laricKis géants, dans la coulée d'Evisa et la coii]). 
du golfe de Porto. 

Au nord du Golo : le Bevinco, torrent des gorges sau 
vaees de i.anrone (2o kilomètres, qui se déverse dan- 
\i- v:i-l'- l'Liiii; lill'iial Je Ilif/ni/lia (long deiO kilomètres 
' tioii, ]i.u pii.riiiij, si'i'aré de la mer par un litlo b 
[H-iii'' épais paii.'is Je ibO inèlres;; entre le Golo et li 
Tavignano, le Fiuni alto, sont des fiumicelli. Émissairt 
du beau cirque Je Piedicroce, le Fium' alto serpentf 
dans la vallée oîi jaillissent les sources bienfaisante^ 
lo, .:;,;, i|ii'Miiibia-''nt des châtaigniers à la puissantf 
1.1 Mil; M . (.11- 1. _iMii m a pris le nom de Castagniccia 
r,v-/.,,Y„r/w,r . (, , >( un pays admirable : le chàtaitmiei 
v alteint des proportions inconnues ailleurs et foi'nie, sui 



C'/i-'A, 1,1 pij|iulati<in Je Sarténe est accueillante et hospilalièri', 
le vin de ses coteaux exquis, les fruits de ses jardins savoureux, 
le. gibier de- ses maquis parmi les meilleurs qui soient. 

COURS D'EAU 

■Versant oriental. — 11 n'y a de vrais cours d'eau en Curse que 
le Guli, elle Tavignano, à l'est; le Taravo et le Gravonn, à l'ouest. 
Ce sont des fiumi; les autres, des torrents ou torrenticules inter- 
mittents : des /iuiinifllL Sous la poussée d'une pluie d'orage, tous 
rugissiui I 1 1 ibl. iiMut; la canicule les apaise en les mettantàsec. 
Alors ils r i-ih ni |i. iiiblement la mer (s'ils y arrivent), épandusen 
ilaques dui ni.iiitis. en amont de la barre marine qui les retient au 
rivage, ou bien, cnnitne sur la côte orientale, englués dans leurs 
propres alluvions, au seuil d'une plaine à la pente insensible. 

Le Golo se forme au rebord de lacoupearrouJie enlrelesescarpe- 
menlsduCinto, delaPagliaOïb.i -iViiMui. li .- .i J.' laPuntaArlica, 
en vue du golfe de Porto, doni il n .-i >• |im. i-; |.,r 17 kilomètres 
à vol d'oiseau, tandis que la riv.- ..i i. hi.,|. ,i,- | ij, , ,,uil se perd, est 
éloignée de 53 kilomètres. Son cours total, av.-c les détours, est de 
73 kilomètres. Il arrose le bassin du Niolo, le i)lus grand de la Corse, 
plonge au delà de Calacuccia, dans le défilé sauvage de la Scata di 
Satitn-Re'jina, aux parois sui-plni,J,,in|.'s de granité sombre, de por- 
pliyi'es en (laminés, de si-i |"iilini' \i i i,., 
qn'escaladaitun cscali.-r _i.,nii. -.lu.- ib- 
80 degrés tail.és dans la iiiui.nlli; vrrli- 
cale, à 200 pieds au-dessus de l'abime, 
autrefois seule issue de cet infernal 
chaos. Le Golo s'en échappe au pont du 
Diable, serpente en un bassin élargi, 
piend à gauche, en [tassant au-dessous de 
Ponte alla Leccia, les eaux réunies J- 
deux toirenis : VAscn et le Tarlaijir 
s'engage entre de nouvelles falaises, jhi 
en des fonds malsains jusqu'à la ni' 
qu'il alli'inl, à 7 ou 8 kilomètres du J- 
bouché des montagnes, au travers Ji- 
grèves et des débris arrachés à ses riv.s. 

iMilée, par les défilas de la Srala di 
Sanla-Hegina, dans la vaste cuvede de 
granile qu'anime le Golo naissant, la ré- 
gion du Niolo a conservé une physin- 
noniie propre. Presque tous les jVim- 
lains sont bergers, de teint bronzé, au 
regardiuisantetà l'aspect rude, accui'il- 
lanls pourtant, mais avec simplicité. I.es 
beautés sévères de la nature qui l'i'ii- 
veloiii)e ont fait du beiger niolain un 
intuitif, un poêle même, grand im- 
provisateur de vorrri, qui respirent une 
mâle énergie. Chaque année, en sep- 





les hauteurs, des réduils défensifs où se 
1 ' l'ii:ji'r'iil lis Jei-niers champions de 
I iii'li ]i. ii.l.iii' e corse, autour de l'ooli. 
l.'' Il' I..S |. jinse à Morosaglia, dans le 
s.il nome Je la chaumière où il naquit. 
I.a cliùlaigne est l'une des principales 
lessources alimentaires de la Corse : 
J's (bux régions qui en fournissent 
b plus, l'une regarde les golfes de 
.s I- ne et d'.\jaccio, Evisa, Bt>cognano, ' 
Zira\ 't ; l'aulre couvre, au sud du (iolo, 
plus de la moitié des 33000 hectares 
que représentent les chà(aii.'neraies de 
l'île. Les arbres de Cervione livalisciil 
avec ceux d'Oroz./.a et de la C.asnici. 
au seuil de la plaine basse et insalubr' 
que le Tavignano encombre de ses ter 

l'n-sque aussi long que le Gnlo, l 
Tavignano ("-2 kilomètres) nest si- 
l'aré' di' lui, dansia région de ses sources, 
que par l'i'paisseur de la Punla Artica, 
<b.iil la belle forêt de Valdoimllo tai>i.ssc 
le revers. Il s'épanche du lac di' A'nw» 
vasque limpide et poissonneuse (truites), 
endormie à 1 750 mètres d'allilude. dans 
un ])aysagG sévère encadré Jr graiuls 



LllTOllAL DK LA M KDl I i;i( I! A M I 




ICORTE El I.E PO.NT DU T; 
•ios. Le torrent plonge par des gorges splendides, prend, sous le 
oc abrupt de Curie, l;i ftesUmica, dévalée des lacs enchâssés au 
lai.r du monte Rutundo : dans un val à peu prés désert, il recueille 
'i/o, déboucliédu col de Vizzavona, gagne la plaine liévreuse 
■ lal, où il frôle les ruines de l'anllque cité grecque d'Aleria, 
i ■ id dans la mer, entre l'étang de Diana et l'étang del Sale, 
j l.iemier large de plus de 3 kilomètres, long de 4000 mètres, 
* utrefuis lagune vive et rade ouverte, au tem[>s de la dominalinn 
ornai ne. 
Il semble que la Corse soit composée de deux morceaux, de nature 
ranilique et porphyrique, ajustés sur une diagonale tirée de 
ile Rousse à la Solenzara de la côte orientale. De ce coté, à 
i M-- I -MaiDs primitifs injectés de serpentines, des terrasses 
i. -. i 11 -.Ml.-. s de lambeaux 
> I i l.ni.l. . s d'alluvions ré- 
-111. -s, oili-i'UlaiViosiiin ti)rrentielle 
ne piise facile qui expliiiue l'elTace- 
lent des saillies, la désagrégation 
es pentes, le cimiblement des inden- 
ilions et l'uniformité des rivages. 
Iiaque année, les deltas du Gulo ei 
Il Tniignnno, Ces ouvriers infati- 
- II! démolition, gagnent sur la 
i -s lidos sablonneux, enroulés 
ir front par l'action du Uni 
i ••, emprisonnent en arrière, 
•u des terrains de transport, 
l'es d'eau sans issue qui exha- 
MX premiers rayons du soleil 
des miasmes délétères et fébii- 
-. (iioduils de la décomposition 
■s jiiantes et des organismes marins, 
l'antique Aleria n'est plus qu'une 
mbre, bien que la plaine, nourrie 
un limon bienfaisant, ondule au loin 
<us les champs de céréales et que les 
bres fruitiers poussent avec unevi- 
leur et une beauté exceptionnelles, 
ï gibier à poil et à plume foisonne 
ins cette région et en particulier sur 

France. — II. 




l'étang voisin du Diana. Mais, l'été venu (juin), chacun fuit devant la 
fièvre qui reprend, jusqu'en octobre, possession de son domaine. Les 
villages s'accrochent en balcon aux derniers ressauts de la mon- 
tagne. C'est que le mauvais air ne s'élève pas au-dessus d'une alti- 
tude bien déterminée, dont la ligne sinueuse, épousant les contours 
du relief et des vallées, dessine comme un plan hypsométriqiie sur 
la déclivité du relief. Bien que la plaine orientale soit particulière- 
ment éprouvée, elle n'est pas la seule. Partout où les torrents dé- 
bouchent en mer, leur faible débit d'été ne leur permettant pas 
de franchir la barre enroulée contre leur issue par le rellux des 
eaux marines, il se forme par l'arrêt de leur écoulement une vé- 
ritable cuvette d'eau stagnante qui croupit et infeste les alen- 
tours. La côte occidentale paye aussi un tribut, du moins par inter- 
valles, à la mnlnria; la côte méri- 
dionale n'en est pas non plus in- 
demne : si'iili's, \:\ falnise de liniiirario 
et la iirnin-iilr i\n < ,i 1. 1 ;,,i ~ri|-. .m I pas 
àrednuM- >,,all.iMh -. Ilr, l,a^ Mix 
de diaiiia-r, r,iin,alui,. dis l.ain'S 
marines apporteraient une grande 
amélioration aux conditions climati- 
ques du littoral et surtout de la 
plaine orientale. Les Étrusques de la 
côte adverse étaient passés maîtres en 
cet art de l'assainissement des terres. 
.Mais pourquoi aussi ne pas planter 
Vcucalyi'lus, cet arbre merveilleux 
grâce auquel les stations de la ligne 
Pise-llome, à travers la Maremme, 
sont aujourd'hui délivrées du cauche- 
mar de la fièvre"? 

La plaine orientale de l'île poursuit, 
du Tavignano à la Solenzara. Dans cet 
intervalle débouchent des monta- 
gnes : le Fiutn' Orbo et le Travo. Le 
Fium'Orbo, c'est le torrent aveugle, 
indiscipliné : il s'abreuve au flanc 
oriental du Rcnoso, d'où coule en sens 
opposé le Prunelli, frère du Gravona, 
dans le golfe d'Ajaccio. A la sortie du 



D ALATA . 



C2 



LA FRANCE 



erand rcdiiit de Marmano, qu'enclosont des monls de 1500 à plus 
de •2000mèlres (Henoso, 2337 mèlres ; Kyrie Eleison, 1 584 mètres), 
■ appe au passage les émissaires de plusieurs petits lacs, s"en- 



iZoulTre dans les défilés de Vin: 
lagiies le Sallaruccio et le V; 
nier, après un cours de 'il k 
minus arluel du che- 
min lie Perde Bastia. 
I.'lnzecca est l'un 
•les plus beaux défilés 
de la Corse monta- 
gneuse. Au pied do 
Ghisoni, qui som- 
meille au Uanc d'un 
grandiose enton- 
noir de montagnes, 
dominé de tous cotés 
par de gigantesques 
iiiguillrs sombres ou 
viidacées, le Fimn 
Orbo mugit au fond 
delagorgecliaotique 
(luils'estfrayéedans 
la rorlie dure et verte 
(le la serpenlinî. 
« Les rocs d'alentour 
so;it comme hachés 
|iar une effioyable 
tourmente; des pans 
entiers de monta- 
gnes ioM.-liont les ra- 
vins d-élM-nb-Ho-nls 
d -s .rdonnés. Oiiel- 
ipi.-; .iil.i.-s L'isMiit 



recueille au débouché des mon- 
^no et, timjours sinueux, atteint 1 
IT-Ires. en aval de (Ihisiniaviin. ti-i 





dans une impasse, d'être enfermé dans une prison de roes. L'an- 
goisse s'accroît encore si on rencontre les trains de madriers qui, 
surdes chars iii.i'--ifs. il.-~''-ndent des hautes forêts vers la moi-, 
par cette roui- iii\ i n-^inlil liiie. fUen n'est émouvant comme le pas- 
sage de ces rw.. ,~ pir. .- .le Imis dans les tournants brusques où 

i-llcs évaluent clins Ir \i,|r, v.iiiN (IniiiianI l'impression intense que 

chars, chevaux et 
conducteurs vont 
perdre l'i'quilibre et 
niulerempoili-sdans 
les remous du tor- 
rrnl...»(Il.IlAGUti. 
Le Travo [-Il kil:j- 
Mièlres) descend do 
rincud ne à travers 
un massif forestier, 
sauvage et à peu près 
désert. .\vec la Su- 
le>,:,mi (18 kilomè- 
tres) finit retendue 
plate qui. de Bastia 
jusqu'ici, mesure 
ile 80 à 100 kilo- 
mètres. 

Alors la côte se re- 
dresse, se fi-auge 
d'écueils, monte en 
falaises déeliir.'rs. h- 
failles im]in--iMii- 
uantes, comiin' n 11.- 
gigantesijue entaille 
de 'J kilomètres en 
eau profonde qui en- 



sur les pentes, 


iiapiie inté- 


d'autres ont été 


rieure, de Pnrli'- 


entraînés en 


Vccchio, le Tou- 


morceaux épars. 


lon de la Corse. 


(. Plusieurs, 


si on le voulait. 


l.allns par l.-s 


Autourdela cité 


llnlsi:rn^-sis,nii- 


viHiisle, serrée 


vci-, inrinlr:spar 


derrière ses 


lesl.|..,>.,-lèvenl 


vieux remparts, 


lin ti'inc Mail' 


d anciens lorts 


rhi-ailt ri t..r- 


génois en ruiin' 


.Iriil Iriiis liran- 


montent une 


rli.-lai>.M.sdans 


carde inutile sur 


,1.- alhindes de 


leurs socles de 


,!.-.. -!..,,■. Des 


porphyre. I.r 


r „ - Vrlls se 


Stnhincco finit m 


- 1! -]" l'iil aux 


marécage an 


I-..1..1.- el leurs 


fond dugoll'e de 


masses au fin 


Porto- Vecchid. 


l.'iiillago s'avaii- 


Son émule, rOii-, 


rriiltoulestrem- 


qui n'a ciU're 


lilantes sur l'a- 


plus de 18 kiln- 



l.iine. La gorge 
\a se resserrant 
il devient de 

Il i hl 1 IN/I I I A !''"** "^"^ P'"* '"^' 

rouche. Soudain 
elle semble se 
clore, les paioisse rapprorhiMil; on a limpression d'un élau qui va 
!-e rifermer el vous étreindre : c'est Vfnzeccn tragi(iue. Le chemin, 
que les coups démine entaillèri'tit dans la colossale muraille, sui- 
plombe. Tout au fiuid, dans un cliaus tie rochers, le Fkim'Orbo, 
idanc d'écume, gronde, aveugle el terrible. Et sur ces roches vertes, 
dans les miiiiKJi'es fissures, c'i'sl une magnifique floraison : les 
myiies, les cistes, les arl)0usie;s, les bruyères, les fiiugèics s'ae- 
cioelieiiL parlouL Ce di'cor d'enfer est le paradis du botaniste. 

« Sur la roule éti'oile elsans parafird, on a toujours l'abîme devant 
les yiMix, les lournanls smit subits; îi chaque instant, à chaque mi- 
nnle, on est suspendu au-dessus du goulTre. El le di'-lîlé seipente à 
ce point, qu'à tous les pas, [iresque, on a l'impression de s'engager 




quis sur la .Mi - 

diteri-anée un 

vaste delta dont _^ iumumh i. T' ih.'n m'A'!' i'i'i '' ' ' ' 

l'envergure est 

de 3 kilomètres, 

deux branches allant se |iridie dans le g.dl'r de I'.hIo- Viciliin, 

l'autre par l'échanerure d'Aïaso. 

Sur une falaise andarieuse, projetée en enenrbellemenl, à l'iO iiièln- 
an disMis du Ilot rageur iiui évido ses lianes en cavernes |unrnndi>. 
Bonifacio ;Uj60 hahitanis'i, fièrement campé à la pointe de l'ile. 
avec ses vieux rein[)arts, ses clochers, ses maismis. miuMi' .bliii 
les hommes et les éléments. Quand, par l'étroit cmil. ai du .!• ii'H. 

la mer soulevée s'élance à l'assaut des falaises, les . la ml' ' l -i' 

an fond des mines qu'idle creuse sournoisement daii> b- >on>sid, d 
semble que tout va s'écrouler dans les Ilots. La Sar.laigiie est en 
face : par temps calme, le regard l'atteint, à travers h's îles et les 
îletles qui llottenleii eseadrille sur l'a/.ur du détroit. Le long de lu 



LITTOHAL l»i: \.\ Ml.hl I l.int.VNlilî 



G3 



rive corse pointent en avnnl-giii«lo les Mimni-ii, moines de |iieire 
éternellement lialtiis des enihiuns; plusl. . in, l'oii;Heilleuse silhouette 
du Lf.n ilf /{.«r.i/diKi se d.Haelie de la «•■île, inonstie airioiipi A 
la ente d un éoueil de granité tout riiiss.lanl. L'Orlolo {iô kilo- 
mètres . d.vil • d.' la Vaoïii Morta, linit dans le golfe de Uooea|iinii. 
' Versant occidental. — l.uniformilt! de la" rMc orientale ne 

pis i^lre attrilniee seulemenl 

mataiie produit par le résjinie 

iliel des rivirres corses, mais 
ii.iiM.id à une oscillation de l'axe 
insulaire qui, en surélevant le sid, 
éloignait laiicien rivage en bordure 
des uiontaaut'S et offrait ainsi une 
plate-forme favoralde au dépôt d<-s 
matériaux de transport : les bancs 
.!•' • ."juilles reni-onlrés à des alti- 
~ supérieures au niveau de la 

i' tuelle confirmeraient cette 

li'se. De là, entre les deux 
- longitudinales de lile, une 

- 'ion llagrante : à l'est, une 
!iM'tilignes'abaissantpar de- 

- us les Ilots; à l'ou-st, des 
-, des promontoires, des 
.l''S écueiïs qui plongent en 

■uni à l'infini des golfes, des 

- Ifes, desanses, des retraites 
: Iles sous la projection iin- 

.!•• du haut relief. On ne peut 

il.M- les gidfes de : Vntincd, i é- 

r du Tavaria et du Taiavo; 

■ • oii se déversent le Pruiielli 

i.i.ivona; Sagowi, qui reçoit le 

it de ce nom, et le Liamone; 

- Ili' de /*«rto, séparé par la;i»»/a 

( i:!la ^cupa du sous-golfe de Giro- 

[ l'ita; Elbo, que la. puula Bossa dis- 

1 îii;iie de Galeria: ici le torrent du Fango, là celui de Porto; eiiliii le 
le Cairi, avec le Ficarella, la Marina de Purnjoln et l'Ostriconi; 
■ de 5am^F/^lren< et ses torrents nourriciers, entre autres l'A lise. 
■iiièsc, Tiivarin, Vrt/nico désignent un même torrent, émissaire 
il.' I Incudine; d'une faille profondément ravinée, il gagne le char- 
mant bassin de Tallano, écarte ses rives et se perd à l'issue des 
collines, dans l'une des dentelures du golfe de Valinco qui lui vaut 
I son troisième nom. Cours, 06266 mètres. Issu du monte (jiosso, le 
I Tnrnvn court au dévalé des épaisses futaies de San Piedro di Verde, 
I devant lessources lliermalesde Guitern, recueilleeii passant plusieurs 

filets torrentiels 
et, comme son 
frère du Valinco, 
se perd en mer 
par les deux 
liianclies d'un 
delta. Au fonddu 
uolfe, sur une 
rive de granité 
sans ombrage, 
['r„,.nann est l. 
,,.,rtll„nssa„tde 
Sartène, vieille 
cité dallure fa- 
rouche, qui cou- 
ronne le sommet 
dune cioupe ro- 
ilieuseceinturée 
d'idiviers, de vi- 
L'iies et de ma- 
quis luxuriants. 
I n e roule y 
yiimpe en lacets 
p i t tore SI] u es 
jusqu'à lagiand>- 
iuequidislini.'Ur 
la ville nouvelle. 
Plus haut, la 
vraie Snrlène, la 
ville historique 
doilt la vie fut 



un pcrpiiuel qui-vive contre les pirates génois ou i>isaiis, étage 
ses maisons, hautes comme des tours, prêtes ù sout<-nir un siège, 
sur un labyrinthe d'escaliers, de porches, de ponts et d'allées som- 
bres [ileines de surprises et d'embilches i 'i7^B habitants.^ 

I.e /'rHM.-//i (41 kilomètres) et le Cr.ivmin {Y2 kilomètres), lils du 
moule Uenoso {-l'Aîu nièlresl, se diuineiit la iiiaiii parmi de leurs 





bras inférieurs, avant d'atteindre le golfe d'Ajaccio. Pur ses pre- 
miers filets nourriciers, le Grnvona puise au seuil de Vizim-mw, 
bouillonne encourant sous la verte ramure des hêtres et des ch:i- 
taigniers, laisse sur un torrent latéral Bucot/nano, où Napoléon 
fut pris par les bandes de Paoli; Buœymno, pays de la famille légen- 
daire des Bonelli qui, sous le nom de Bcllncosia, tinrenlle maquis de 
père en fils, durant prèsde centans. L'naqueducemprunleBOOlitres 
par seconde au fiiavona, pour Ajaccio. La rivière passe devant les 
bains Ihennoniinéraux de Caltlnniccia, arrose et féconde la plaine 
basse du Cniii/io d'Oro, et, après avoir lié partie avec le Prunelli, 
atteint le golfe un peu au nord d'A ioci... In coulée du Grnvona 
ouvre passage à la voie ferrée qui ("iiiu | i|, (iMi,|uciiient par Corle, 

d'Ajaccio à Casiia. l'n tunnel de 'i Ivl m ~ li.nicliit le seuil de 

séparation des eaux; c'est alors, an .1. --i- I I i ;.'nrgn profonde du 
Vece/iin, la fraîche vision de Vnzovunn, villrgiaUire idéale, dans le 
cercle d'une sylve admirable de grands hêtres au clair feuillage. 
Le grand golfe de Sagone est le réservoir commun du Sagona 




G4 



LA FRANCE 




(21 kilomètres), au débouché de 
la ville de ce nom, et du TÂa- 
mone, lorrent des hautes cimes, 
proche, par ses sources, duTavi- 
gnano. A peine né, le Linmone 
(40 kilomètres) bondit par la 
belle cascade de Piscialomle, en- 
traîne en passant le torrent des 
bains de Guagno, ourio (irossn. 
et s'enlise, au sortir des mon- 
tagnes, dans les alluvions litto- 
rales qui le conduisent à l'anse 
de Liscia, Tune des d Jcoupures 
du golfe de Sagone. 

Au dévalé de lacuveltealpestn' 
duNiolo.d'où l'-n .I.'l".ih 1m' -m 

le versantoccid'ii! il <!■ - ni-. 

par la brèche s.iii\ i.' ■!'■ \ • i _h.. 
ladélicieusecKiiiuc.rA- - /, |.- 
plus beau village de ('.mi~,. ., 
tout embaumée des éin.inilious 
balsamiques de la forêt il' Ai tuile, 
découvre sur le golfe de Porto 
l'un des plus beaux lioi-i/ons 
du monde. C'est peu de chose que le torieiit de 
très), dans lequel vient se fondre celui A'Allone; 
pittoresque à souhait et l'une des plus actives di 
cendc-nt les bois magnidquesde la montagne; la 
Marina les embarque avec des huiles à destina- 
lion de Nice, des cédiats pourl'llalie, des mar- 
rons pour l'Algérie. Dans Tenreinle de ses gra- 
nités rouges qui strient de lueurs sanglantes 
l'a/.ur Iranspaient des eaux, sous les falaises 
sombres ou embrasées, les porphyres roses du 
Capo liiisso, le vert changeant des maquis, éche- 
lonnés jusqu'aux forêts ddù les hautes cinns 
se profilent dans le bleu pinfond du ciel, le gulfi' 
de 'orlo passe avec raison jiour l'une des mer- 
veilles du monde. Entre l'inw, Partinelln, (la- 
lei ia, flalvi, la C('>le est un enchantement. Ici ^e 
heurtent, dans une étrange luèlt'c, lesaigiiil! -. 
les dômr-s nililants, les obélis(|uc.s aigus jaiP 
des [iriifondc-urs, les roches clia<i!iques ii^ 
en siliioueltes extraordinaires do chiiui-i' , 
d'animaux fanlasti(|ues, un<; mén.iyerie di- 
cauchemar pélridéc : ce sont les Calanches 
modelées par le temps, le vent rondeur et la 
brume de mer. SiMivent le spectarh! clianye, 
sans cesser d'être admirable : falaises dé(hii|iie- 
lées, serties d'émeraudc, promontoires eiillam- 




Porto ( 


22 kilonu' 


mais s 


i vaili'c es 


e file. 


•ur là de 




niés plongeant dans le flot, rochei 
piqués de myrtes et de bruyères ; 
celle Corniche rivalise avec sa sœu: 
de Provence. Coivi, la génoise, ser- 
rée dans sa gaine de remparts cal- 
caires qui s'effritent, a l'air d'uiv 
casbah nii'lancolique et vide, ai 
bout de celte côte admirable. I. 
vieille cité, tigée dans rinimobilil 
du passé, rappelle aux Corses l 
souvenir de leurs hilles séculairr- 
pour rindi'pendance : la ville neuvi 
avec ses niai,-ni,s l.hinclies, dan 
une ceinture de jar.l.ns, évoque u 
coin de Pinveuce «m d'ilalie. 

L'ilc Buiisse que l'aidi créa, \ki 

haine de Calvi, pour en faire la c; 

pilale de la Corse, est l'entrepôt il 

la Ralagne fertile, toute en vergei 

et en espaliers, où mûrissent l'i' 

range, le citron, le cédrat; sur li 

pentes, la mûre, l'olive, l'aniandi 

Dans le val pittoresque de I 

.Navaccia, Bdgodère est le cenli 

d'une région plantureuse, où I 

châtaignier atteint des proportion- 

magniliques : nulle part l'oli 

vier n'est plus vigoureux ni plu 

prodigue que dans cette teii 

promise, épanouie de Calvi 

la Marina de Parajola. I.e F» 

relia (uO kilomètres), descenJ 

de la Mufrella (21'i8 mètre- 

au golfe de Calvi ; le Rcyin 

(17 kilomètres), émissaire de 

eaux de Belgodère; entin 10- 

trkoni (20 kilomètres), sillon 

nent la Balagne heureuse, 

rencontre de la Balagne déserl 

et montueuse que draine I 

Fango (2u kilomètres), trihi! 

taire du golfe de Galeria. I.' 

tiso, fiume dn Ncbbio, arrose ui 

vallée féconde, avant de se |" i 

dre dans le golfe de Sainl-1'ie 

rent, dont les rives, aniiel'ui 

eullévrées, ont été assainies. 

La péninsule allongée du ai/ 

Corse forme un pinil monde i 

'" '" " ' part, non le moins riche ni 1' 

moins pittoresque de l'ih^ A s 

racine, deux villes: Saint-l'lo 

iMé dé l'iuiest; vers l'est, Haslia. Sur les deux flancs d' 

longitudinale, des contreforts écourtés séparent autan 

différentes d'aspect, mais également riches et parfumées 

où les vignobles et la flore africaine s'épa 

nouissentà plaisir. Une route suit les conloun 

de la côte : Monza, Centuri, Luri (à l'écart), Sai 

.Martiiio de f.ota en sont les florissantes étapes 

Bastia (29 412 habitants) est une ville nio 

diinc' : un porltrèsaclif, de hautes niaisonsbien 

aliiinées, des rues pavées d'une sorte de marbii 

jaspé que la moindre pluie transforme en bril 

lante mosaïque, cela faitun contraste saisissani 

avec la vieille cité, dédale de ruelles onlrecoir 

pées d'arcades, de passages voûtés, en lie d'an 

liciues demeures où niche une |iopulati(in deii 

à l'extrême. I.es environs sont un iininen- 

^ell;er oû mûrissent les fruits de Pniveii' 

.1 il'llalio. Desndalions étroites uiiissi'ul 7)'" 

ii'i el la côle italienne voisine, d'où lui vien 

lu ni. bon an mal au, vingt mille Iravailli'iii 

!iU(|uois. A rencontre d'Ajaccio, \ ille d'admini;- 

IratiiMi et d'hivernage, liaslin est la métropol. 

niarcliande de l'île. I.a plupart des villes coisi> 

sont en voie de transformation : depuis que la 

campagne est sûre, peu à peu les habitants se 

risquent hors des enceintes fortifiées, abandon- 



LITTORAL DE LA Mh";Drni:RRANKE 



6.1 



qui 



nées à la ruine, pour s'approcher Je la mer, 

el forment des cités, des miiniii'î uniméos 

bsorbent le trafic et le mouvemenl. 

lie Stirlène, Bonifncio, Calri princi- 

iit, dont les vieilles maisons bran- 

- .-«int d<-jà, pour la iduparl, à peu 

\'i' ■• il>-serles. La crainte des pirates, les 

1 alertes peri>étuelles de la guerre civil. ■ 

p.Aii«saient autrefois les populations dans 

' ' i-osfortes : pasde fermes ni d'Iialiiln- 

-.>lées trop exp.iséesà d'iiu'iss.iiil.-. 

;. liions, mais s.-ulem-'nl d.- l'Ims mI 

:x maisons réliarlialives, prêtes p.nii 

;ise. Avec laïKiix, tout cela change : 

I des villes; peu à peu les villaees 

I lent dans les vallées. Mais la Cors,- 
iicore les stigmates d'un long étal 
ne qui vient à peine de finir. 

II passé no fut plus mouvementé que 
l.'antiiiuc Ci/nios fut grecque, du moins 
s y fondèrent des comptoii-s sur plu- 

;..iints de la côte. Il n'y a pas dappa- 
r-n. -, si lile eut une population primitive 
autoolilone, que les Grecs se soient hasardes 
loin du rivage, pour la contraindre ilans les ré- 

, duits de ses épaisses forêts. Hérodulc raconle 
que des PliocOens fuyant de- 

I vaut llarpage, lieutenant «lu 
Cyrus, auraient débarqué siii- 
la cote deCyrnos, où ils fon- 
dcr.nt. au vi» siècle avant 
Jcsus-Oirist, la cité dWlalie, 
depuis Aleiia. Cotte proie 

, tenta les Carthaginois. 

I Rome, pour les déloger 

I I d'une position (pii menaçait 
■ la cote italic-nne, entreprit \a 

conquête de lile. Marius y 

I fondait une culonie, Marimi'i. 
en 93 avant Jésus-Cluist; 
puis Sylla érigeait en cité 

1 romaine l'Aleria hellénique 

' clyétablitdosvétérans. Pline 
vante la prospérité de la 
Corse : elle comptait, à son 
dire, trente-trois cités. Ce fut. 
après la mort de César, un 
sujet de querelle entre Oc- 
tave et Pompée. Sous l'Em- 
pire, la Corse et la Sardaigne 
ne formèrent d'abord qu'une 
province : Commode ayant 
donné à la première un gou- 
verneur particulier, prxscs. 
elle ne fut que mieu.x ran- 
çonnée. Beaucoup d'Italiens, des Romains fuyant 
devant les Barbares y cherchèrent asile. Mais Gen- 
séric y abordait avec ses Vandales, non sans 
éprouver une résistance dont il se vengea, en fai- 
sant des martyrs {sainte Julie;, l.a Corse n'était 
plus que de nom à l'Empire, qui sombra par la 
! proclamation du chef des llérules, Odoucre, comme 
roid'llalie ji76). 

En vain Belisaire fit reprendre l'ile pour le 
compte de l'empire d'Orient, héritier de celui d'Oc- 
cident (534; : aux Hérulcs succédèrent les Gothx, 
et, après un retour éphémère à l'Empire ;.'i.ï2 , 
voici venir les Sarrasins. Il n'y eut pas de pires 
écumcurs de mer : tout le littoral fut razzié ,713 . 
Pour me! Ire un terme à ces incursions sauvages 
(«0G-8u'J-sln , Louis le Débonnaire, fils de Charlc- 
magne, à qui appartenait la tutelle de l'Occident, 
conlia la Corse ni») au comte Boniface, marquis 
de Toscane, avec mission de la défendre. En 
léguant sa charge àseshcriliers,leconite/JoHi/'aee 
constituait au profit de sa famille une véritable sou- 
veraineté que confirma l'investiture dOlton II, 
chef du Saint-Empire romain gennanique (975j. 
Il ne faut pas s'arrêter au.x apparences : de fait, 
la torse se morcelait, comme le reste de l'Europe, 
en principautés féodales n'ayant d'autre sujétion 
que la suzeraineté fort vague d'un pouvoir éloigné. 
Cet èlat anarchique provoqua lintervcnlion 
dans lile de dcu.it puissantes républiques voi- 
sines : l'ise el Gênes. Elles y recrutaient chacune 





lies partisans ri e est par 
là quelles vinrent aux pri- 
ses. A défaut de pirates, 
que les mercenaires génois 
valaient bien, on se batlil 
<ntre Corses, pour s'entre- 
lonir la main. Les chroniques 
(jiii racontent ces guérillas 




le duniier el lu plus illustre. 

L'n des nobles romains que 

'"'' les incursions sarrnsines 

avaient ap|M l.-- . ii (' ii<r^ 
IJr/o Colonna. serait la souche d'^ fin - . il, s 
de Cinarca, les Cinarchesi, qui, 1' 1 1 - ' i' s 

rendus, menaçaient d'assers'ir lili ini r "l'Ir 

et barons s'unirent contre eux il ■ li il- :■ m Sain- 
bocucoio d'Alanda de sau\' - i i i i n- 
dance commune (11IU7). L'élu il. Il ' i. i iini- 

les Cinarca dans leur fief, et du liriil..ii. allumlii 
constitua une confédération, \ii'rerredi;Comi,iune, 
qui comprenait le pays situé entre Aleria, Calvi, 
Brandi) : il la dota d'une sage organisation. On 
Miiiiiiii.iil (',//, .,/,i/, |i^ eliaiupions de l'indépen- 
,1,111, , : il- -, nilil. ni ,,\,iirélé investis d'un pouvoir 
,iji ,1,11,1, ;, I , lui ,l, - ,iiiciens tribuns. 



Lu 111, ni ilr >■■' '-.„■-»•,■/,. Il 

tentions rcnai>> ml' - ,!■ - ■ mnili 
cité par les Coi'm-, |, p.ij,,- 1, iir 
marquis de Ma^s,,. ,|iii inl lu. i 
les Cinarchesi ,l"li . l.iley ga^' 
goire VI I, en vertu d'une donatioi 
précédemment au Saint-Siège, 
lajuriilictionde l'évéïiue de l'i.sc 



pn 






de coni-ilici-les deux adversaires. Mais l'i.seisi Iji'iies 
voulaient la Corse, il l'exclusion l'une de l'aulie. 
Gênes enleva Bonifacio (lin:;), puis Calvi. Pour 
lui échapper, la Terre de Commune s'était donnée 
aux Malaspina. l'ise, impuissante, détacha contre 



Fr/ 



II. 



LA FRANCE 



«e? adversaires (12S0) 
un descendant des 
comtes de Cinarca, 
Sinucello délia 
iîocca, qui, enpeuds 
temps devenu popu- 
laire sous le nom de 
Giuidice-, fut pro- 
clamé roinledeCorse. 
On respira pemlant 
vingt ans à peu près : 
Giuidice, livré pir 
trahison, périt dans 
une prison de Gènes 
(1321). Alors la ty- 
rannie génoise, sous 
le couvert de la lian- 
(j ue de Sa inl-Georges, 
put s'exercer sans 
frein. La ISanque prê- 
tait de l'argent à la 
République, mais le 
récupérait largement 
par des taxes abusi- 
ves, l'accaparement 
des produits insulai- 
res et du commerce 
d'échange. Pour 
maintenir sa domi- 
nation. '.'chp.v attisait 

n.- ; |)r.~i|iic- (nus les chefs 

r.illi.s, av, rdiui.iice, au mou- 

vi-menl de l'indépendance, fu- 
rent assa-ssines, et, parmi eux, 

le dernier des délia Rocca 

'i:;ll). C'est la fin de l'âge 

féodal en Corse. 
A l'appel de Sampiero, de 

Hastelica, le roi de France 

Henri II envoya le maréchal 

de T/iermes, avec des troupes et 

des vaisseaux, dans l'île. Acti- 
vement secondés par le valeu- 
reux Sam/iiero, les Français 

sont accueillis comme des 

libérateurs (1353). Les Génois, 

battus en toutes rencontres 

(Tenda), ne tenaient plus que 

<lans Calvi et Bonifacio : le 

15 septembre i:.:.T, des l'rsins. 

successeur de Thermes à la 

télc de l'occupalion, proclama, 

<lans une assemblée générale, 

l'incorporation de la Corse à la 
France. Deux ans plus tard, le 

déplorable traité de Caleau- 
Camliréxis nous contraignit de 
la rendre (7 novembre 1359). 
En vain l'infatigable Sampiero 
pariourt l'F.urope, sollicitant 
•des secours, débarque à Valinco, culbute 
les Génois : en 13C7, ses ennemis le font 
assassiner. Son fils Alphonse d'Ornano émi- 
^c; beaucoup de ses compatrioles l'imi- 
tent. F.t la Banque de Saint-Georges conti- 
nua ses exploits. 

F.nfin une assemblée générale, tenue à 
Sninl-Pancrace ( 1 730), sonna le réveil de l'in- 
déiiendance. Après une accalmie (paix du 
11 mai ITii], la Corse rompt définitivement 
avec ses oppresseurs ijanvier 17:>:.) et charge 
«le sa défense Giailcri et Hyacinthe Paoli. 
Surciseiilri-raites débarquait au ()ort ilAluiia 
un piT.^onfiiige énigmaliqne, Tliéoilvie dr 
Sniho/f lié II .Melz, protégé d'Albéroni. miil 
de l.aw. en cpiéle d'une couronne (|u'il cn.yait 
trouvir en Coriie. Contre toute alliMilf, l'u- 
nion populaire; se fit autour de son nom, et 
il fut proclamé roi sous le nom de Théo- 
dore I", royauté éphémère s'il en fut, car 
lu pauvre souverain dut bientôt i|iiiMer son 
Ile, ravagée par les banrlrs sauvages que 
Oi-iiesy avait décliainécH. Impuissante quand 
même à paiilier la Corsi-, la Hi'piihiiqne lit 
appel à l'intiTVcnlion di: la France. I.e !t fé- 
vrier 173S. le comte de lioissirux débarque à 
Basiia, fait un inutile appel ik l'apaiseiiienl; 




Ë2-1^ 1S|^ 







le 
marquis de Maille- 
hois, maître de l'île 
en cinq semaines, 
force la sympathie 
générale par son 
équité. Mais un im- 
pôt nouveau vint 
gâter la fête, etl'iné- 
vil-ililr rin'<-.,lo,-e re- 
liiriil , -.ui^ sucrés 
r^iill. ii;~. ;mi niili.'U 

i^emés. Sa Majrslc, 
de retour à Londres, 
y mourut après que 
ses créanciers l'cus- 
sciil fait ielcr un pri- 

Nr comptant plus 
que sur eux-mêmes, 
les Corses se décla- 
rent indépendants, 
suus la protection 
lies gi-iiérnvixGairori, 
Matra, \'enturini, 
charges lie faire l'u- 
nion de tous pour 
la cause commune. 
(jalîori, l'elTroi de la 
République, est 
assassiné (1753) : les Corses 
répondent en acclamant Pas- 
cal PaoU (1755). 

La dernière épopée com- 
mence. Paoli pousse les ije- 
nciis; ils ne possèdent jilus 
que quatre places : Ajaccio, 
Bastia, Saint-Florent, Algajola. 
Cènes aux abois implore la 
France une troisième fois. Le 
comte de Marbeuf, envoyé 
par Choiseul, qui rêvait l'ac- 
(|iiisilion de la Corse (octo- 
bre 17Gij, ne montre aucune 
hostilité à l'égard de Punli cl 
ilu parti national. Rcclaina- 
tions de Gènes : rappel .le Mar- 
beuf; on ab.Hilil au IraiU- .Ic- 
(initifparlcqiirl l.i Sm ni-Minc 
Hépubliquc, -i I ml et qn ■ Ile 
ail eu d'autres .IrMil- qurcciix 
des pirates, cède l'île de Corse 
à la France (13 décembre 1768). 
Nous n'avions phi? qii'à la 



, M, 



générale, s'empare de cinq 
cents Français au Borgo (sep- 

-<). l'eu à peu cependant les Corses, 




uup 



M ITi.'.l) 
nt il ne 



_ . , de cette 

lu lit l'édil d'union de la Corse 
.Malgré tout, Paoli no déses- 
)uis .W'I le nomma gouverneur 
et, lorsipie l'île forma un dé- 
1 en fut préfet. Sachant son 
i Anglais, dont les intrigues 
à nous susciter partout des 
■ouragèrent et soutinrent de 



iiicrenl un vice-roi, Grort/es Elliol. qm ne 
luit s'entendre avec Paoli. Celui-ci quitta l'Ile 
et se retira en Angleterre. Pour les Anglais, 
ils évacuèrent la Corse, deux ans après l'avoir 
occupée (I79li). 1/ile, d'aboril divisée en deux 
départements, Golo et I.iamom; fut réunie 
en un seul, avec Ajaccio pour clu 
natus-consiille du \~i avril 1x11.) 



i-r-lieu. (S6- 



ALPES ^I'ASS.\^.RS^ 



LES ALPES 

GRANDES VOIES DE COMMUNICATION 

aiemiu Jc/'cr -- - - 

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St:dtl'on Nûycrs 







LES ALPES. 



LE JiHOME 



LES ALPES 



miVliïuro (lu 
„';„l A,„bm 



ALPES OCCIDENTALES 

Les Alpes occidentales franco-italiennes, de naXure primitive, loin 
le pri'sentei- une masse compacte et continue comme les Pyrénées, 
e sectionnent en massifs traversés de nombreux passages. On les 
listingue en trois groupes : Alpes Colliennes, au centre (du nom de 
:'-liius, qui présidait, à Suse, la fédération des tribus monta- 
tiarJes); Al/ies Grées et Alpes Moriliinrs, sur les deux ailes, les prc- 
'lières au noni, arc-boutées contre la masse du mont Blanc, sur 
horizon du lac Léman; les secondes au sud, dirigées vers la .Médi- 
•rranée, qu'i'IIi-s sin[dombeiit de leurs contreforts au-Jessus de 
lonaco et de M.-nlnn, ju<(iu'au débouché de la Roya. 

Sommets et passages. — Si l'on restreint le nom iV Alpes occi- 
• iitiiles aux iii:issifs qui euvcloppent le bassin supérieur du Po, 
ntrele col de TiMide et le mont Blanc, il est facile d'en déuagerlas- 
'•cl général. Au centre, un bastion trianf;ulaiie, dont la pointe est 
! mont Thnhnr f.'î2l)3 mètres , se dresse du crtté de la l'raiice; ses 
iigles de base sont appuyés, au sud, par le mont VUo; au nord, pai 
i Leraima. 

I)u mont Viso découle le Pii; la Levanna partage les eaux entre 
Arc et l'Isère d'une part, VOieo de l'autre. En arrière de l'Orco et 
u Pô, T'iirin noue ensemble les fib-ts divergents des Al/tes ucciden- 
•les, et la Doire Ripaire, qui conilue précisément en cet endroit, 
>rme l'artère centrale de ce vaste éventail de torrents. 

II va sans dire que les cùtés du ba.slinn italien n'ont point la rii;i- 
ité d'une Pigurc géométrique. .Sur l'escarpe m<'Tidionale, l.i r'iiuit du 
aiin H le gi'and cône raviné du Chaberlon (.'JlH'i mètres) forment. 
I Viso jusqu'au Thaboi-, de magnifiques belvédères au-dessus des 
diées de la Doire et de la Durance. L'escarpe septentrionale déve- 



lo|i|i.> un (loiililc riniss.iMt ndiissé au promonloi 
W((j;i<Ovi(.>-.- d'une part, le ijnind Viillm, . ■_> !i;i:; n,,'. 
(3375 mètresi,<iueflanquenlplusieui-;- III III m riinxlr neiges, 

la pointe de yjffn/; d'autre part, le (.111 I I' i .i\ ii.imtdelà 

I{uc/iewclo)i{'3'6'M mètres), rt7'î(l) '/'■ /•' ' > i l''Vl iim lio , lacrèle 
de la CiamnrellalSG'JS mètres), la pointu de Bunncv(U('.iWi mètres), 
la croupe longue et dentelée de la Levanna (360(3 mètres) qui 
s'effondre à pic dans un épouvanlaldc^ précipice de 90(1 mètres. 



(1) i/j", 



lille, on dialo 




LA FUANCE 




Il y a une opposilioa absolue enlre les Jeux versants italien et 
français : celui-ci, encombré de contreforts et de plateaux dont les 
assises descendent vers le lointain fossé du Rhône; l'autre, brusque- 
ment abattu sur la plaine comme au temps où, à la place des 
cliamps cultivés faits d'alluvions s.'culaires, la mer écumait au pied 
de ces gigantesques falaises. De loin, on les dirait inaccessibles. 
Enlre la Levanna et la Rochemelon, le massif compact et cuirasse 
de glaces ne s'abaisse nulle part au-dessous de 3000 mètres. Cer- 
tains passaces comme le col tfAmbin et le cul d-Elinche sont cou- 
verts de ne'iees perpétuelles. Mais, de chaque côté de ces trouées 
quelque peu chimériques, la route du mont Ccnis et le chemin de fer 
du Fnj'is ouvrent une communication directe de la vallée de l'Arc 
à celle de laDoiie, de Fiance en Italie. 

bu col de Tende au mont Viso, les Alpes Maritimes décrivent 
un vaste croissant dont les soniiii.'K s.l.vci.l avec le mont Clitpier 

(30'io mèlrcsi, d'où un contr. I 1 1 ,1 .. I sur Mce entre la Hoya 

ctleVar;lescimesduGc/fls(:!l ; ; ik m ■ I h- contrefort intérieur 
de II i»inla A rynntera (3 297 iii. n - ; I i:. .'"'^irai/,; nœud des .4//<es 
de Provence, dont le double rameau pousse au sud entre le Var et 
son aflluent la Tinée, entre le Var et le Verdon (mont Mounier, 
mont Peint). De nombreux passages entaillent ces massifs : outre le 
col de Tende (de la Roya au Gesso, afllnent de la Stura, et de Vinti- 
mille i Coni), le col de Finestre, enlre le Clapier et \a. punta Argen- 
lern (de la Vésuhie au Gesso et de Nice à Coni) ; le Collalumjn, de la 
Tinée à la Stura; le col de Lircite, de VArgentière, ou de la. Madda- 
lena ( I 99.Ï nièlres , enlre i'F.ncliasIraye elle Chambeyron (de Barce- 
lonnellc, surTUbaye, àVinadio, sur laStura). 
^, Il faut se garder de prendre un col pour un défilé. Comme l.nuisXlV 
pressait Catlnat d'obslruer les passages dis Alpes : ■■ L'on siniayiiic, 



-col de l'Argentière ava 




dit l'illustre général, parce 
que cela s'appelle col, que 
ce n'est qu'un trou à bou- 
cher par où il faut passer. 
La plupart des cols sont 
des entre-deux de monla- 
gnes qui ne laissent pas 
d'être fort larges et ouverts.! 
La peine est d'y monter et 
d'en descendre. » .\ucun, 
col ne justifie mieux cettej 
observation que celui d<| 
VArgentière. C'est le plusac-' 
cessible de toutes les Alpes 
moins un détroit de monta 
gnes qu'un bief de parlagt 
des eaux d'où s'écartent 1; 
Stura vers l'est, l'Lbayette 
aflluent de l'Lbaye et de 1; 
Durance, vers l'ouest. Eutn 
les deux cours d'eau, ui 
ruisselet dévalé du talii 
'^■''"''' septentrional s'épand su 

l'un et l'autre versant. 
François 1" passa par 1 
t de gagner la bataille de Marignan (1515; 

^^^ ^ joble, avait remonté le Drac, passé par 1 

coVÉTy-ard, au-dessus de Cup, dans la vallée de la Durance, pa 
celui de Vars dans la vallée de l'Lbaye, à Barcelonnette, enfin par 1 
col de YArgenlière descendu la Stura vers Coni. « L'ingénieur Na 
varro ouvrait la marche, pour améliorer et au besoin créerla roul( 
\ cet effet, il disposait d'un corps de 3 000 pionniers. Derrière eu 
marchait l'avant-earde, avec le connétable de Bourbon et le man 
chai Trivulce. L'a'vant-garde se composait de troupes légères a pic 
et à cheval. L'infanterie était armée d'arbalètes et d'arquebuse; 
Elle comprenait un corps de 4 000 Dauphinois, ancêtres de nos clia; 
seurs alpins, et un autre de 6000 Gascons, petits hommes maigre: 
noirsde teint, les meilleurs marcheurs de l'Europe. 

« Après l'avant-garde, le corps de bataille. C'étaient d'abord, mai 
chant au son des tambours et des fifres, 8000 fantassins fiançai 
vieilles bandes de Picardie; puis, leurs enseignes noires chiquanta 
v.nt, -i-iiMIO lansquenets allemands, armés de hallebardes et c 
piipies, h.ibillés de culottes bouffantes, ombragés de panaches mull 
colores. On appelait ces auxiliains éh ,ui_.i -, l-s bnndes noires, 
cause deleurs drapeaux. 'Venaient en-nii- i'-'^'^^^ lances garnies de 
gendarmerie d'ordonnance, représmlanl, liiiinn c 
éi-iivers et les pages, puis le roi avec suii élal-iiia. 
(le chevaliers : homiueset chevaux étincelaient au 
armures dorées. 

« Larlillerie légère suivait avec 300 pièces à dos de mul-- 
Quant à l'artillerie attelée, elle formait avec les charrettes de muii 
lions et h's accessoires un train, immense. Sur les chemins rocai 
leux des montannes, ce train ne se déplaçait qu'avec une cerlaii 
leiili'iir : il coiiiiironait 72 canons de bronze; certains allelap 
comptaient 23 chevaux. L'armée forma 
un elTectif total de 70 000 hommes 
23 000 chevaux ou mulets. » (J. rERiiEAi 
La pyramide du Viso (3843 mètres) : 
drosse, en territoire italien, surunedoub 
série de passes; au sud, déboudiaut < 
I Ibaye et du Guil, tous les deux affiaen 
,1e la Durance, le col du Lmiget et col 
A'AijneUo, (jui ouvrent, dans la vallée de 
Vrait.i. sur l'ancienne place frontière < 
i.hàleau-Dauphin et Saluées; au nord, 
, ni de la Croix et le col Saint-Marliit ■ 
.I.Airiè,?, qui tous les deux conduisent ■ 
i.uil dans les vallées vaudois-es de la l'elli 
ri de la Germanasca. 

Pour facililerla cimmiinication de - 
i:ials avec le Danpliiiié français, le nii 
,|uis de .S',(/»rc.s Louis II, fit creusera 
|,ase même du Vi.so un chemin niuletn' 
ilil permis de la Tnnerselle; \yM- celle t; 
brie de 74 mètres, entièrement taillée a 
, iseau dans une roche granitique f" 
dure, ou évitait les neiges ainoiicel- ■ 
au-dessus, à 3 000 mètres, dans l'éeliai 



hcrs avec h 
de princes ■ 
eil sous leu 



LE? 



AM'KS. 



\A'. iîikVm: 



r.o 




ILl'tS C ITI 



rure ou col de la Tiaverselle. Quand les ducs de Savoie se fim-iit 
mparés du marquisat de Saluées, ils obstruèrent les accès du pci- 
lis [iMur navoir pas la peine de le défendre. Le marquisat de 
îaluces occupait la vallée supérieure du Pô et celle de la Vraita, 
i li.iule Maira et quelques places sur lu Slura. Il sépainil le liant 
i>'iiiontet le comté de Nice appartenant 
lors aux ducs de Savoie. Pour se garder de 
•ur puissant voisin, les marquis de Saluées, 
es le xiii« siècle, s'é-laient reconnus vas- 
lux des dauphins du Viennois, puis des 
lis de Fiance, quand le Daupliiné devint 
anrais. 

I.e col ou plutôt le plateau du Genèvre 
uvre ledane puiclie du saillaiil leiilial des 
Llpes Çottiennes. Par le plateau ilu upmiI 
enèvre une roule facile unit ririaiieon, sur 
i Duranre, à Césanne, sur la Duire. Près du 
illage fraoçais, un oliéjisque de marbre 
ippelleque .Napoléon 1 •■" fit construire cette 
>ule à la plaee de laucienne, ruinée par 
s ëboulis. L'altitude du passage, prise à 
obélisque, est de 1 819 mètres. 

inniirt/auraiteam|>é sur ce plateau avec 

.Numides d".Vfri(|ue, ses chevaux, ses élé- 
hanls, au milieu de la neige. On était à la 
n d'octobre; l'hiver alpin corntneneait à 
•vir. Les directions les plus conlradi<:loires 
nt été Imaginées pour explii|uer la marche 
Annibal à travers bs .l/y/e.«; ceux des his- 
■riens qui en parlent ne s'enteiidenl que 
ir lesdiflicullés de la r«ule; encore faut-il 
•jeter comme suspecis certains récits de 
ile-l.ive, par exemple l'histoire de la roche 
issoule au moyen du vinaigre. Le témoi- 
lage de cet écrivain est faible à côté de 
■ux du géographe Slrabon et de Polybe, le 
ai historien d'Annibal. Deux faits sont 
:rla.ins: Annibal, parti de Romans au début 
octobre 218, arrivait à Turin vers la lin 




UBIIGEII i>i;° 



.lu iiiriue iii..,>. Il |,aiail des Inrs vi ai-iiililal.|e ,|i, au s..i lir de 
Kuiiiaus il dut reinniiler la riv dn.iie ,|e risèie, passer celle rivière 
à (Ireiiolde, longer le l)rac, puis laHoinanclie, où l'année faillit pi'i ir 
dans le défilé de Séchilienne, et gagner la liaule région de Itourg- 
d'flisans. 11 franchit ensuite le col du I.aularel, descendit la Guisane 
jusqu'à son connuentavec la Duranre (sous 
lîiiançon), remonta les gorges de cette ri- 
vière et, après deuxjours de repos au pla- 
teau du Gcnèvie, poussa, au travers des 
éboulis qui barraient la passe de Suse, jus- 
qu'à la plaine de Turin. De 40000 hommes 
qu'elle comptait à l'entrée des Alpes, l'ar- 
mée carthaginoise était réduite à 20 000 fan- 
tassins et 6GC0 chevaux. En cinq mois et 
demi, Annibal, parti de Carthagène, avait 
rran<lii les Pyrénées, le Rhône, les Alpes, 
l'ait I îilio kilonièlres à travers des nations 
liai haies ou hostiles, et il avait vingl-six 

• {•■ la I ini|..i^iie d'Italie. 

A < Wniu.r. la route du mont Cnirnf J.'lle 
un iioliianiliement sur Féneslielie jiiir le 
r..l >\v .Seshières, rallie àOi//.rla voie ferrée 
.lu l'i.jiis et, au delà de la fiu'leresse 
.1 l.xiles, rejoint à Suxe la roule ilu mont 
Cuis; plus bas, elle poursuit par la vall.'.' 
.!,■ la Dmro vers Turin. 

.\ée en l'rance (à pi'ine assez poui- <|u'un 
le dise), la petile Dnire (Dora,,, laissant à 
gauche le village de Monl-tienèvre, entre 
en Italie et, au bout d'un kilomètre, trouve, 
à la sortie d'une passe, le i)i'lit vill.ige de 
Clavièrrs (1700 mètres) : jusqu'à Suse elle 
déerit un grand arc de cercle, long d'envi- 
I ..Il 5:1 kilonièlres. A Crsan>ie(\'S'.W mètres), 
.II.' J.iinl la Jlijta ou Jhlw qui, jilus longue 
el plus abondante qu'elle, pourrait passer 
oiiiiui. [lonr le vrai déversoirde la vallée. Les deux 

lENNES. ciMiis d'eau, unis sous le nom de Dnin: 



LA FRANCE 




Utjiaire, laissent à gauche, au milieu d'une forêt de pins, li' hameau 
(le Foniis [nd fines), fiontière des anciens peuples S(^gusiens, puis à 
travers des pâturages, des champs de seigle, d'orge et d'avoine, ar- 
rivent à Oulx (1 066 mètres), centre de la haute valli'e, au confluent 
du torrent de Bnrdonèche. L'horizon de la Daire se n'irécil alors 
entre dus versants peu écartés, eile accélère sa course et entre à 
parlir de Sulberlrand dans le dèfilô dont Scrre-la-Voàtc et les gonjcs 
de Suse marquent le duuMe étranglement. 

Suse est la clef de la Doire. Ancienne capitale dos Ségitsicns, 
elle devint la résidence du roi Cnllius, auquel l'empereur Auguste 
confia la garde du passage, en le délégunnl comme « piéfel des 
Romains » sur les deux versants des montagnes de l.anzo et 
d'Avgliana jusqu'à Gap et la vallée de Maurionne. Cottiin; édifia en 
l'honneur d'Auguste l'arc de triomphe qui est aujourd'hui l'un des 
plus intéressants monuments de Suse. Des fragments d'acjucducs, 
des statues, des insrriplions ont été recueillis. 

Les longs hivers de cette région, le peu de profondeur de la lerre 
végétale, les lenipétc s de vent, le ravinement des 
eaux surdes parois quelquefois verticales rendent 
la culture assez précaire. Presque tout est en pâ- 
turages; les semailles et la moisson n'occupent 
pas les hahitanls plus de trois mois de l'année, 
lieurrux quand les luri'enls ne couvrent pas leurs 
champs di! graviers et de cailloux : les forêts, le 
Létail (hu'ufs, mouluns), voilà leur principale res- 
source. I,e blé leur vient en grande partie d'ail- 
leuis. PiMirlanl, l«-s arhies à fruits et la vigne 
prosjièrent même au-dessus de Chaumont. Mais 
lesg'lées tariljvi-s, les cliangi-ments brusques de 
température (au.seut plus d'un mécompte. I:;n 
plein été, Inr.sque la chaleur est toiride, entre les 
hautes pamis de roiliers, le vent tombe tout à 
CCI ip di's rimes prochaines, glacc'es par les neiges. 
N'était cette; incertitude d\i climat, la vallée de la 
huirf, ciuiehie de fc-rtiles alluvions, serait m(!r- 
veilleuseinent favorisée. 

L'isthme éli\é de l'Assiette forme, à droite 
de la Dnirr. Comme Une fortilic-alion naluielle, 
dont le lorient du Cluanii (Chisune) sillonne l'es- 
carpe au [lied de FrwslreUe. Ainsi la route du 
mont fjenèvre estdoublemcnt barrée : sur la Dnin; 
|iar Exiles et .Suse; en arrière du col de .Ses- 
Irières, par F>'in-strelle, sur le Cliisim. Le d^s 
aride de l'Assiette se dresse entre les deux forte- 
resses. De Finçslrelle on passe dans la vallée de 
la Duire par le col de VOuniire (en li lieuics à 



liussolonoi, par celui des Fnièir^ 
.1 i^ut,e en 4 h. 1 2, à Chaumoii 
en 5 heuies', pai le pas de Cuk 
jil'ine (à OuK en 7 heuic^s), ei 
'I heure s à Ces.mne par le col di 
s,.hw,c (\nllcM. de l'i.iwlas.Gell. 

InUllM sic lllns^,,],!,-. Ie>, .Ul 1 1 C'S CllO 

iiii p,i-b, au--i ili' 1 > nestielle àCifl 
iinu dans le \,il d'elliuidiement qii 
tel mine le plateau de l'Assietti 
• '.'est pai (Jla^enoque Chailemagn 
timinale (lassage fmlilie des Loin 
li.iids, la Chnisa, en h pienant 
I e\eis. 

le ll.ine septeiili lon.ilelu btistion 
i]U aiguise le Thnbor, livre passai 
à la roule du mont Cenis et au clie 
min de fer du Fréjus. Le col d 
mont Cenis s'allonge en plalea 
luesepie hoii/ontal, de la Ramass 
:i hi (ii.ind'i'.roix. Pour y parveiii 
•2Cli'i inètii's', la route de Saint 
■lean-de-Jlaurienne-l.anslelieurg 
Suse di'cril de nombreux lacet 
i|u'il a fallu tailler en plein rot 
étayer d'e'paisses murailles et jelei 
par de soliiles viaducs, au-dessu 
des ravins. L'ancienne roule fié 
Il \ l 'i H ion" ' "^' '^ ' '''•"■"■''' '' ''"^ descente, au delà de 1 

tiiuud'Croix, sur laNovalaise, ctde 
valait alTreusement, avec la Ccnise 
en aval de Suse. Cette dernière portion, souvent balayée par les av: 
hinches, fut abandonnée lorsque, en 1803, Napoléon donna l'ordre d 
refaire toute la route, devenue alors impraticable aux voiture; 
L'ouvrage ne fut terminé qu'en 1813; c'est aujourd'hui l'un de 
meilleurs chemins des Alpes. Entre des sommets glace's ou envi 
loppés d'épais brouillards, le plateau du muiit Cenis est battu par il 
forls tourbillons, lorsque le vent de la plaine louibnrde e[ celui (i 
la Vaiioise s'y engouffrent à l'oppose' l'un de l'autre. Des poteau 
indicateurs servent à diriger les voyageurs surpris; l'hospice cor 
slruit par Napoléon I"' leur donne le gite et le couvert. A côté à 
l'hospice, une caserne peut contenir 2 "20(3 hommes et 3UÛ chevau: 
C'est que la route, essentiellement militaire, e»t le plus court che 
min à découvert de Lyon etdu Genèvre à Turin. Par là passèrent le 
légions de Constan'in, Pépin et Charlemagne; de nos jours, les sei 
dais de .Solferino. Le ravilaillement y est relativement facile, malgi 
la sécheresse e'i l'aiiilili'' di's iiiniiiagnes. Des racines, des restes d 
pins laissent croire epii' re plateau lut jadis couvert de bois. On li 




LES ALPES. - LE RIIÙNE 




iir li's (Ipux courbes de raccord, on iirrive 
i;i'i:;0 mèUesnu moins dVxcavalion lo- 
ili'. L"cnli epriso fut d'aliord jiif;<''e iinpos- 
ilile : sesadversairos alli-guaient la clialciir 
ili'iieiire, le niani|ue d'air respirnble, 
■s sources ini|>rr>viK's qui arri^li-raient le 



\K] 



.' en IStil, le 
lunnel fui inauijurc le 17 seiitemlntî IH"I. 
ilii avail cr<'é prés de Modaue et de Itardo- 
nèrhe deux véiilables vilhifies de cliaii- 
lieis, drioui'iié des Cours d'eau, creusé des 
laiiaux pour aclioniier les luacliines per- 
Inralrices el assurer la ventilaliou. I.'iifcès 
ilu luniii'j uécessila des travaux prodigieux. 
Du (Mtr de l'Ilalie, la Voie descend la vallée 
lir la Doire m suivant rescarpeiuciil des 



ntai;nrs; elle laisse 

nMideire|.>iiil,-i/?,(.sm/,- 
lllii.l.' leelw'iiiin <li' f.'i 
|.,ur,uirs ,1.' /lO UiluMiél 
liiiinrlà .-.•(le slaliou, 
I hil it> tunnels d'une 1 
Mi>lr<s: I") i;ranils viadi 
Coinl 
Hardi 



^use un peu au 

de 'j'uiiii. l'.iur un 
.•s, de la SHilie du 
i IncoMiolive fran- 
nyneur de 8 kilo- 
cs(lrav(5eenrerde 
i,via.lu.-delaTa«liala);Cf;ares: 
, Beaulard, Ouix, Salberlrand, 



- s A I N T - m 



lurait détruits, coninii' ailleurs, pour faire du pré : les troupeaux 
•ont nombreux et donnent' du lait qui fait d'excellents fromages. 
I .es ti-uites abondent dans le lac 2 kilomètres de loni;, 1 kilomètre 
le lai-pe, 30 mètres de profondeur, lOl.'J mètres d'altitude). L'eau, 
•arcxemple, y reste gelée six mois de l'année; mais, quand renaît le 
iriolemps, le tapis vert des prairies et les [dis des rochers se parent 
le mille lleurelles; des buissons de rhododendrons tapissent les 
lenles d'une mousse rose. 

Le chfiiiin lie fer du Fréjus complète, à 23 kilomètres de dis- 
ance, la route du mont Cenis. Un col se dessine au-dessus de la 
:alerie creusée pour la voie ferrée à travers le massif; mais ce pas- 
sage aérien du Fnjus, à 2u 'i 1 mètres d'altitude, n'est qu'un mauvais 
•entier, praticable seulement pour les piétons et à peine libre de 
leiges, de juillet en septem- 
ire. Le tunnel s'ouvre entre 
Slodane, versant français, et 
'iardnnèclie, versant italien, 
liais non pas d'un point à 

autre. Les deux stations ex- 

rèmes sont éloignées de 

y kilomètres : Modane à 

• •57 mètres d'altitude celle 
le la gare) ou 1 072 mètres 

celle du village); Bardo- 
lèrlie à 1 2:j8 mètres alti- 

ude de la commun'- . 
Le tunnel pénètre sous 

oclieàl i:;W',!t6 d'altitude, 
1 ucôlù de .Modane, elcnsoit 
1 129«-,y2, du coté opposé: 
\; point culniinaiil intérieur 
l à 1 2y4'»,:iy. Une largeur 

e 8 mètres (au plus) a pei- 

lis d'établir deux voies, 

ntre deux trottoirs latéraux, 

>U8 une voûte de 6 mètres 
la cIeL Le souterrain est 

n ligne droite; sa loimueur 

ITeclive de i2 2:i:5 mètres. 

aison a ménagé [lour l'en- 
ée el la sortie du train une 

>urlie de rarroid qui laisse 
la ventilation les portions 

xlrémesdu tunnel, équiva- 

inlày97"','iU de longueur. 

i l'on tient compte des 

200 mètres environ ajoutés 



Chauinont, Meana. On passe une fois le ruis- 
seau de Alélezct, deux fois le torrent de 
^ , j^ Bardonèçhe, quatre fois la Doire, el la 

pente descendue esl, à Bussideno, de 
829 mètres, soilO°>,0203 par mètre. La dis- 
tance totale de liiinlimèche h Turin étant de 87 kilomètres (altiluile 
finale, 2'M nièlrcs), celle de Mmlme à Clinmhirij de 98 ki'omètres 
(altitude finale, 269 niètresV il faut au train moins de temps et de 
chemin pour descendre plus bas imi Italie que ihi cùié de la l'Yance. 
Ladiversilé des deux v.rsanls iw pouvait se (l.'iiioutrer d'une façon 
plus manifeste. 

Dans les Alpes Grées, de la l.evanna au massif du mont Blanc, 
plusieurs brèches élevées entaillent la ligne des grands sommets : 
le col de la Gnlise. à la source de l'Isère, entie la Cima del Carru, 
la pointe de BnzH (3 606 mètres) el l'aiguille de la Gramle-Sossièrc; 
le cul du Muni, dirigé de .Saintc-l'oy-Tarentaise (Isère) sur Val- 
grisanchc, au pied du Ruitor (3 486 mètres); le Pclil-Snint-Bcrnard 
{iV'il mètres), entre le Itiiiliir ilalii'ii el le Limr('hr"iilolle fran- 




I,A FIÎAXCt' 




LANSLEBOUIK 



iLU-I.Al<C ET I- 



DENT PAI 



)EBOl 



çais (293:! inètivs), de Bourg-Saiiil-Maurice, par un aflluenl de 
ris.'To, à la Thuille, el Pré-Saint-Didier sur la Doire Bailée. Enfin, 
au ]iicd de l'aignille des Glaciers, promonloire sud-occiderital du 
inonl Blanr, le col de \a. Soif/ne moniQ de Bourg-Saint-Maurice (Isère) 
par Boniieval-les-Bairis, les Motlels, et dévale par l'allée Blanche 
jusqu'à Entrèves, où convergent les deux brasnourriciersdelaDoire 
Bailée, qui creusent, du e<')té de l'Italie, la douve profonde du 
massif du mont Blanc. A l'opposé delà Seigne, le mi FmW débouche 
sur le val d'Orsières, où dévale, de son côlé, le clieinin du Grand- 
SniiU- Bernard, vers Martigny, la vallée du Bli(Jn>' cl le l.i'iiian. 

A partir d'Aosle, la voie romaine du Grand-Saint-Bernard 
suivait la rive gauche du Bulliier jusqu'aux eiiviruiis du inl ,|ui 
s'élève à 2 k'i mètres. Sur un terre-plein, près d'une sorte de ( iivelle 
naturelle où doit un pelitlac.les Romains avaient élevé un leinple à 
Jupiter /'rniii/i, pour implorer son as- 
sistance dans ce dangereux passage, 
et, en face, une halle ou maiisio pour 
s'y aliiitei-. Ce petit plateau darrèt, 
qui précède iinmédiatementle fléchis- 
sement de la crête en arc de cercle, 
s'appelait le y</(ft de Jupiter, el le col 
lui-même, mont de Ju|>iler(»i'/H.s./oii,v 
ou mmaJmx. Les nombreux ex-volo 
qu'on y a recueillis témoignent de 
l'elTioi (]ue cette région inspirait aux 
anciens. L'iie ancienne borne inil- 
liaire trouvée .'i fJourc-Saint-Picrre in- 
diijiie la direcliciii de la route. Ga- 
gnant la Dranse, puis Martigny, elle 
suivait le Ilhùne au delà de .Saint- 
Maurice, loin liait le lac de (Jenève cl. 
coupant la plaine suisse, atteignait le 
Uliin. ('.'était la grande route slraté- 
gii|uo de Milan à Mayence. I,a station 
forliliée tVAf/itiine di'fendait le [las- 
sage,au dévalé. Comme la légion Ihé- 
baine, formée de cliii' liens d'Egypte, y 
campait avec son chef, saint Maurice, 
elle fut livrée au martyie, e:i 297, 
par ordre <le Maxiinii;n-Ilercule. 

Le Grand-Snint-Dernnrd a vu (lasser 




l.onn parte, au printemps de 1800 
La route d'accès du côlé de h 
>uisse s'airéliit al.irs à Suint 
l'ienc, pour lepieiiJre, sur j. 
versant italien, au village cl. 
Sainl-Bériiy, dans la valK. 
d'Aosle : des sentiers impralica 
blés séparaient ces deux points 
« Lan il es passa le premier, ;' 
la tète de l'avanl-garde, dans I 
nuit du 14 au lo mai 1800. Oi 
-e mit en route entre minuit e 
deux heui es, pour devancer l'in? 
tant ou la chaleur du soleil fai 
^aiil liindie lesneiges précipitai 
des montagnes de glace sur 1. 
lete des voyageurs. Il fallait hui 
heures pour parvenir au somme 
lu ( ol, deux heures seulemen 
OUI redescendre à Saint-Rémy 
I I s soldais gravissaient les sen 
U< is t~i iii"s, chantant au mi 
h 11 il - 1 ii''i|iiccs. Les cavalier 
I Ils n< nt kl ruutc à pied, coiidui 
sant Itui monture par la bride 
( t tait sans danger à la montée 
m. IIS, d la descente, le sentie 
fuit étioit les obligeant à mai 
cher devant le cheval, ils élaien 
expiisés. si l'animal faisait ui 
taux p;',s, à être entraînés ave 
lui dans les précipices. Vers 1 
matin, on parvint à l'hospice d 
Sain.i-Benui.d, et làune surpris 
ménagée par le Prcmii'r Consi 
ranima les forces et la bonii 
humeur de ces braves troupe; 
Les religieux, munis d'avance des provisions nécessaires, avaiei; 
préparé des tables et servirent à chaque soldat une ration de paii 
devin et de fromage. Après un momcnl de repos, l'on se rem 
en roule. » 

Les vivres, les munitions, les affûts el les caissons démoulé 
voyageaient à dos de mulet. Restaient les pièces de canon elles 
mêmes : les traîneaux à roulelles que l'on avait construits pou 
elles ne pouvant servir, « on imagina un moyen qui réussit : cefi 
de partager par le milieu des troncs de sapin, de les creuser, d'envi 
lopper avec deux de ces demi-troncs une pièce d'artillerie et de I 
traîner ainsi protégée le long des ravins. Mais les mulets raan 
quaient, les muletiers étaient épuisés ; alms les soldats tirèrent eux 
mêmes leur artillerie. La musique jouait des airs animés dan 
les passages dit'liciles. Arrivé au faite des monts, on prenait quelqi; 
repos pour recommencer, à la des 
cente, de plus grands et de idns pr 
rilleux efforts ». (Tuiers, 77/- -■ • 
Consulnl et de rEmpire.) 

Le Premier Consul qui,deMai ti|;M> 
iiiiliinnait le passage, parti tenliii, nm 
pninl. comme on l'a dépeint, siiru 
cheval fougueux, mais monté sur ui 
mulet et conduit par un guide di 
pays. Parvenu à l'hospice, le l'reinii' 
Consul s'arrêta quelques instanlsavr 
les religieux, les remercia de leur 
soins envers l'armée, puis descemli 
rapidement suivant la coiilinne di 
pays.enselaissantglissersurl.iiicii'i 
et arriva le soir même à EIm'iiMis 
.\insilai)oi>(;5«/(écen Italie,! /-- 
en l'iance, déversoirs des /!'/"« dréi 
cl du mont Blanc italien, rassembleiH 
en même temps les chemins et le; 
pintes transversales pour lescoiiduirc 
d'un celé sur Aoste, de l'autie sui 
Miiiilicrs en Tareiilaisc, Greindile d 
Lymi. X l'intéiieur du croissant iUi- 
lien, Turin relie les débnuchis delà 
Doire Baltée (Aoste), de la Ihiire Pi- 
paire (Suse) sur la ligne du Pê. et, par 



. Uilcua. 



LES ALPES. 



LE UllOiNE 




rivières, coiniu.inde ri'vonlail de tous los lorronls (liH-;ilcs des 
ir*les franco-italiennes : Alpes lùOes, Alpes Colliennes, Alpes Maii- 
«iines, dont lenseniMe, buté à lédilice glaciaire du mont Blanc, 
iiMiipose le grand hémicycle des Aliies OcriilfnUtIrs. 

.\..s roules alpestres ont repris la suite des ancitMines voies ro- 
maines, héritières elles-nu^mes d'anciens clieniiiis indigènes qui, par 
iocouloirdes torrents, liaient, d'un versant à laulre, l.'sp.ipiilalii>ns 
de la haute montaane. 
Pour unir les di- 
erses parties de leur 
■iiipire à sa capitale, 
os Romains avaient 
••■rcé au travers des 
l/p*».jusqu"auxbords 
UiRhineldu Danube, 
.es roules furent 
«)ur eux un moyen 
egouverneinenl.Par 
\ pass;iient, après les 
rmées, les caravanes 
,e marchands, les 
tploileurs de mines, 
■s aiienis du fisc; 
laisony rencontrait 
irlout des soldats, 
es fonctionnaires, 
es courriers impé- 
iiix.S.didenientéta- 
■ r un triple 
. la chaussée 
- ivançait par 
lu.l.s lignes droites. 
lire deux trottoirs 
)ie mesuraient, à iii- 
rvalles réguliers, 
•s bornes milliaires. 
3 mille romain fai- 
itnSln-.îiO.Desre- 
is de poste (/;ii(/«/io- ^^^ LAurAKiiT i; 

<) fournissaient aux 
■yageurs, dûment 

itorisés à requérir les services de la poste impériale, les chevaux 
•cessaires. Ces relais se succédaient, de 10 à 12 milles les uns des 
lires. Des giles ou mnnsioncs, espacés de 30 à 40 milles, étaient 
'ondamment pourvus de vivres et de personnel. A ces étapes se 
vilaillaient les légions. On pouvait, en course rapide, fournir six 
ipes ou relais par jour, suit eiivin.ii une centaine de kilomètres. 
^ II' i-u\ iiN.iril ioiii ,| :il.|.-i:.T i.-s dlsIiincTs, les ingénieurs ro- 
mains escala- 
daient les penles 
en ligne droite, 
recliercliaiil de 
préférence, pi'in- 
cipalement dans 
la traversée des 
montagnes, le 
versant exposé 
au soleil et sui- 
vant presque 
toujourslamème 
rive des cours 
d'eau, pour éviter 
la multiplication 
des ponts. lU-n- 
contraienl-iisun 
obstacle jelé par 
le travers d'um- 
gorge, rareiiii'iil 
ils essayaient di' 
li; vaincre direc- 
tement par une 
percée du roc; 
ils le tournaient 
par des escalades 
qui avaient au 
moins cet avan- 
tage tactique de 
rendre les lé- 



- •- * 


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n, 


t. dcM.Rivicre. 


PORTE HOMAINE U A 

vall^:e de la noMA 


VS LA 
N Cil E . 


France. - II. 





pions en marche maîtresses îles hauteurs. Les grande» voies ro- 
maines des Alpes fuient celles du Hrniiirr, de la Mnlnja et du.S./)- 
liiiier, du Spl.yfn, du S,in Beriwrdino, du Grniirf et du Pi-lit-Saint 
lien„ml, du mont Crmvre et de la Hirirni, suivant l.> littoral. 

Ces trois dernières apparliennenl aux Alpes Occidentales et sont 
renia rqiialdes par leur tracé. 

li'alMird lis It.im.iliis n'usèrent pas traverser l'épaisseur du massif 
alpi'stro gaulois. Ils le 
tournèrent au nord 
par la vallée d'Aoste 
et le Crnml-Sninl- Ber- 
nard, au sud par la 
voie Aurêlienne qui, 
longeant d'abord la 
.Méditerranée à flanc 
de montagne, coupait 
par la traverse de l'Ar- 
gens jus(|irà Aix et 
.\ilessurlo Hliùne,où 
se ralliait la voie Do- 
milienne scjudée aux 
Pyrénées. Cependant 
les passages des Alpes 
intérieures demeu- 
raient au pouvoir des 
peuplades gauloises,;\ 
cheval sur les deux 
versants des monta- 
gnes. Après qu'Au- 
guste eut défait les 
Salasses et ouvert la 
voie du (jraiiiI-.Saint- 
lieriiard, en assurant 
la montée de la Uoire 
lialtée par la fonda- 
lion à'Aosle, il ouvrit 
des négociations avec 
Cotlius, qui comman- 
Li; c;o.MUEVNoi. dait à i.-«,«e les appro- 

ches du mont Genèvre 
et du mont Ccuis, par 
le sillon de la Doire Uipaire, le prit à la solde de l'Empire et en lit 
le gardien ofliciel de ces passages. Une voie romaine régulière 
prit la place du chemin de fortune suivi jusque-li par les monta- 
gnards gaulois. Au dévalé du mont Genèvre, la voie se dédoublait 
en aval de Brinnçon, descendait la valli'e de la Durunce par ftama 
(en face de Guilleslre), Embrun, Gap, d'oîi un tronçon conduisait, 
par le col de Cabre et la Drome, à V'rt/e;ice-sur-lili6ne, pendant 
que la ligne principale poursuivait par Sisteron, Apt, Cavaillon, 
enlin atteignait le lleuvo provençal à Tuniscon et se liait, au-dessous 
d'.lr/rs. ù la double v..i.MluIiltural. 

De Hridiirmi, un seciuiil ririliranclieiufiil reiiu. niait vers le nord 




:S IIO.MAI.NES 



74 



LA FRANCE 




nOUTE DU PETlT-SAI.NT-BEltNAllU 1 li O U U O - S A 1 \ 1 - M A 1 H 1 C t I 

par la vallûe de lu Guisane, passait au Laularet (l'Autarel, Valinrc- 
iuin, petit autel élevé par les voyageurs aux divinités tutéiaires du 
passage). Là s'ouvrait, vers louest, le sillon tourmenté de la Rn- 
iiianchf, entre les châteaux de glace de la Meije, les contrefoils di^s 
aiguilles d'Arves et li\s crètPsdesdrandes-Rousses. Dans la iniuiii r^' 
partie de la gorge on cuinhe de Mnlnml, la voie romaine s'enlniii lil 
avec le torrent dans des di'-lilés profonds ou grimpait a 
loires, comme à Mont-de-Lans, et 
passage à travers le granité {porle 
ihs Romains, dont il reste une ar- 
cade effondrée). Une voie secon- 
daire, détachée en amont, desser- 
vait les giles argenliféies du flanc 
•des Grandes-Rousses. A partir du 
Buitrij-W Oisons, où elle délmn- 
cliait, au conlluent du Vénéon, 
la voie de la Roinnnclie gagnait 
lirenoble, en suivant le Drac in- 
férieur. C'était, de Turin au 
Rliùne, le chemin le fdus direct, 
mais non le moins lisqué. 

D'autre p:irt, sur la giande cou- 
lée de pénétration de la Doire 
IJalléc (vallée d'Aost.-). une dira- 
malion se produisait au pied dfs 
gignntPScincs csrarpcnx-nts du 
mont Klanr. I, a voie, icmontant 
VMhe-Dlii„rhe, gagnait par h- 
Petit-Siiinl-lirrnnrd la déclivité 
opposée de l'Isère, passait à Dn- 
ritnlntin (Mouliers en Tarenliiisc), 
Lriiirnciim (Lenienr, fauhonrg de 
r.liambéryi, pénétrait, par une 
fracture élargie au ciseau, la fa- 
laise rali:aire dri-ss.'i! au-de.ssus 
4lu coiilluenl dis d<'ii\ (Inii'is. 
en vue de L'tvisro (hs 1. I,. Il, s , 
gagnait, par Dii-nio/. {ml ih,,„i,- ,. 
miiiii, 12* mille du point In mi- 
nus ,0>licr(n(/f)f<<n'i//)i, 8" Mlilli',, 
.Seplèmo {nd irjttimum. 7* niilh'j, 
endn Viniiic, sur le lllioiic 

Kn cours de roule, deux em- 
hranclu-menlH se riélarliaient de 
la route du f'rlil-.SiJinl-Birnnrd 



sur (.riicve : l'un par le col do Tumié el 
dépression du lac d'Annecy; l'aulie p 
l'ouest du Bourget, Yenne, la trouée 
Rhône jusqu'au lac Léman, où se relrc 
vait la roule du Grand-Saint-Bernard. 
Ainsi, par les deux vallées jumelles 
la Duire Baitte { Aoste) et de la Luire Ripn 
iSuse), issues de la plaine du Pô, u 
double route d'invasion gravissait le vi 
sant oriental des Alpes : l'une au nm 
développée autour du mont Blanc par 
.Iriulilp brèche du Grandet du Pelit-Sau 
llrtiKiiil. pour se concenirer au dévalé d 

1 it.i:.'nes sur Vienne; l'autre, percée 

< inli V iiiAme de In grande chaîne alpest' 

• laiiN 1,1 i..,,],., li iuiiiMnt^'e/iéfreetdé\ 

l.iiit, |iai' l's .îpii-, d'Iili'S de la Ramanc 
\n>:\u\ai puinl iiiLiiie de concentration i 
ii'i.ih' sur le fleuve Vienne, tête de bel 

le 1 invasion, à la porte intérieure de 

• ■aille indépendante. 
Aucun chemin d'approche ne pouv 

être mieux choisi que celui du mont ( 
lièvre pour distribuer à propos l'elTort 
l'attaque sur tous les points de l'horiz 
du Rhône, et c'est par là encore que 
llaliens, héritiers de la tactique roniaii 
modelée elle-même sur la disposition 
sol, déboucheraient, en cas de guerre, s 
notre territoire. Ils ont constilué sur 
plate-forme du Genèvre une soi'le de i 

A T G u 11 n O .M A I N E . ,' , . , ^ , , , . , , . ■ 

braltar alpestre, découpé, troue, hen 
de feux la citadelle naturelle du mont t' 

berton, qui commande tous lesalentours, jusque près de Briançon. 

ce haut belvédère du Genèvre, les voies romaines rayonnaient : ; 

le nord, par la Romanclie, dans la direction de Vienne; sur le m. 

par la Durance, avec Arles pour objectif, et dans l'intervalb', à pai 

ili: Gap, par la Drôme jusqu'à Valence. A leur tour, les lêlesde poni 




Vienne, Valence, Arles, étaient reliées entre elles par la gr; 

\'/ripj>a. qui, depuis Lyon, s'attachait à la rive gauche 
ient de part et d'autre, sur le d' 
rhodanien, la voie A urclienne el 
vuie Domitienne, long ruban dé 
loppéen vue de la mer, desAI| 
aux Pyrénées. 

Au moyen ;lce, la Savoie re| 
pour son propre compte les dir 
lions traditionnelles, car, fa 
d'entretien, les voies romaines, i. 
loquées par les éléments el I 
layées par les eaux torrenliell 
étaient devenues sur bien < 
points impraticables, puisqu'il 
avéré que, du temps de Char 
nuiuno, elles laissaient déjà foi 
désirer. 

Les ducs de Savoie, maîtres 
la Tarontaise, berceau de b 
petit Etat, firent de la vallée 
['Arc, unie par la brèche du w 
Cciii.i à la vallée opposée de 
y>(/(re, le trait d'union de leurs Ji 
capitales successives : Ctiamhi 
|iuis Turin. Toutes les Iraver 
(les Alpes, malgré la réunion 
la Savoie à la France, cmiveri!' 
encore sur la capitale du Piéiiioi 
aulremenl dit, Tarin rayonne f 
noire territoire pardesvoiesdiv 
génies clie/. nous : celles du /V 
Saint- Bernard par l'Isère, cel' 
du woot Cenis el du Fréjus | 
l'Are, (lu nioni Gendvre par la D 
lance, sur Rrian.:onellaProveii< 
Hieii n'a été fait pour parera 
danger et compléter, par l'uni' 
transversale de nos vallées cl 
nos roules, I'omivic des trnil 



LES ALPES. - LE HIIÙNR 



75 




le 1860, en donnant à nutre 
onlière une liitiu" lU" rmn- 

M.u.Mlh.ns. I.'e rallarh,-- 

iiie Vrtl|i-e à laulic 

, de ris.re i\ lAiv 

M ,lanf ..U'IArcà la 

. iiuiuhe (Saiiil-Miolii'l, If 

autaret , que par les tia- 

f-rses nuilelièri's de i'Iseian 

l du (ialiliiir. Ainsi, enlie 

i val d'Isèl-e et Uoniieval 

t>as!iin supi'iienr <le l'Air , 

y a 16 kilunièlres. Si l'on 
lUgequ'il est encore m'i-es- 
.iiiv, (Hiurgaanerd'un point 

l'autre par une route car- 
;>ssable, de ili'sceiulre sur 
llierlville et de renioiiliT 
iisuite par Mouliers, eu di'- 
rivant un circuit de iiti kiln- 
lélres, l'util iti' d'une Voie ili- 

cte pralicalde, par la trouée 
e riseran, s'impose d'elle- 
i^me, et cette route, d'après 
■'S éludes récentes, n'excé- 

lail pas 23 kilomètres. 

Quel précieux a|)point 
lur la défense de notre frou- 
ére alpestre et quelle res- 
•urce pour It-s communica- 
jus d'une vallée à l'autre, si 

le Voie continue, utilisant 
s nombreux fraiimenls qui 
);islent déjà, déroulait son 
iban sans airét, en marge 
; nos Alpes, du lac de 
'nève à la Cote d'Azur! 

Partie d'Ktinn ou de Tltonon, elle remonterait la vallée de la Drivise. 

1 col des Gfts, descente sur la coupure du Giffre et montée du ver- 

:itjusqu'aucoldet'/i'/'^'/A-;i, ouvert sur l'Arve. De Cluses àSullanches, 

n'y a qu'à suivre le cours do li 
vière; et de là, par Mégève 

iimet, la roule de VAily j 

:erlvllle,derA«#r<;par.Mouli. I 

■ z, d'où se détache le clienn 

1 PetU-Sninl-BtrmiTd. 

Par le tronçon de l'/ven», 1. 
ignei-ailBouncval, Lanslelioui - 

■«lune et Saiut-Micliel-de-M:ii 
'•nne. Ici, nouvelle traverse y 

col du Giilibier, débouché sn 

f^ulnrel, le ilonestier, par I 

u te nationale, Jusqu'à lirvinn, 
' oi-s dévale la iiittoresque vali>-v 
\: la Diiriifce et l'on traverse, 
!■ G-ilUstreh Bnrceloiinellr, 

r le col de V./r.v, entre la val- 
!e du Guil et celle de l'Ubaye. 

! Barcelonnetle à Entraunes, b- 

emin muletier du col de l.i 

• ijollt se liansforme en route 

ilJn par le Vnr et les adniiia- 

>-s gorges de Daluis, on atteint 

Belle d'un bout à l'autre, s.n 
ntimpressionnante, cette roui' 
rrossable suivrait douze vallé.- 
ttoresques, franchirait huit 
Is, eniDuléeau flanc des giands 
mmels alpestres et comm.-in 
ntun incomparable horizon : ■ 
rait l'une des plus belles •lu 
>nde. Elle SL-rail aussi la pl'i 
ule d'fCurope, puisqu'elle .i'- 
nilmil, au passage de l'Iseroi 
70 mètres, tandis que la roui' 
Slelvio, en Tyrol, la plus 
■vée qui existe actuellement. 



n'atteint pas 2 "GO mètres. Trois truii^ 
pour réaliser celte merveille et un 



Je racLoid sufliraiciit 

elles des vallées qui 

estent étrantçèrcs l'une à l'autre, et, bien que /'ranroiiM, demeurent 

lées, comme autrefois, vers 




LE MONT BLANC 

Le (lonie du mont Blanc est 
la clef de v.iùle dim prodigieux 
iililiee : (le vJM'S arêtes l'appuient, 
eomine les coutreforts d'une ca- 
lhé(lr:ile de glace, dont les dômes 
lil.uics, les aiguilles, les pinacles 
s'arc-boutenl aux quatre coins 
de riiori/.on. Leur silhouette se 
delache nettement sur le ciel. A 
l'est-nord-est : l'arête du munt 
Maudit (4 465 mètres), reliée au 
domo par les pilons rocheux des 
l'rlUs-Midels (-iGOl mètres pour 
le supérieur) el des ftoclii'rs-nuuges 
(le supérieur, 4^03 mètres), à 
peine émergeantsde leur manteau 
de neige ; dans le prolongementdu 
mont Maudit, le yituul Blanc du 
Tacul [k 249 mètres), avec ses 
deux satellites, YAiqtdlle de Saus- 
suri:el le Capucin. Au nord- ouest : 
le Jy,iiie du Gnùter (4 331 mètre.s), 
que relie au dôme du niant Blanc 
l'arête de la T;urncilc (4 671 mè- 
tres) et des Busscs-dit-Droniadaire 
(41)56 mètres). Du Goûter se dé- 
tache, dans le prolongement de 
la crête, la haute silhouette de 
r.l i'/uille du Godler (3 84S mètres) 
et, d'autie part, Y Aiguille de Bion- 
nassay (4061 mètres) dont l'escar- 
pement tombe sur le val Yeni. Au 



LA FRANCE 




DE Cil a; 



suJ, vers rilalie, un 
tiiple conlrefoit se 
soude au mont Blanc 
de Courmayeur, voi- 
sin et rival du Dôme 
central, par Taré te 
des monlsdu Brouil- 
lard {io22 mètres), 
celle de Péieret (ou 
Peuirrri], d'où sur- 
gissent l'-liSTUi'/e 
Blanche (■! 108 mè- 
tres), les Dames an- 
glaises 3604 mètres), 
l'A iguille Noire 
(377b mètres) et k- 
Dion < /Î'JH</* (2 942 mè- 
tres). 

Dans rintervalle 
des crêtes, partout 
d'Immenses éten- 
dues de neige, des 
glaciers qui s'épan- 
clienl. Le Dime lui- 
môme n'est autre 
cliose qu'un bloc de 
glace ou plutôt de 
neige stratifiée et 
durcie, à l'intersec- 
tion des contreforts 
de soutènement. Il 
est difficile d'appn'cier l'épaisseur de 
sa calotte glaciaire. Elle repose sur un 
noyau cristallin de s:liistes micacés 
ou ampliiboliques souvent injectés 
de protogine. Les micaschistes se 
trouvent aux Petits-Mulets, au mont 
Blanc de Courinaijeur, à la Tuurette, le 
plus liant rocher d'Europe, dont la 
cime n'est inférieure que de 20 mè- 
tres au mont Blanc de Courmayeur et 
de 80 mètres au mont Blanclui-mème. 
Il n'y a aucune corrélation entre 
la structure du sol sous-glaciaire et 
la forme apparente du Dôme. Le point 
culminant du mont Blanc se présente 
comme une crête de neige dure di- 
rigée de l'est à l'ouest, longue d'une 
centaine de mètres, abrupte vers Ut 
nord, incurvée au sud jusqu'à la sur- 
reclion du mont Blanc de Coui'mayeur 
dont l'escarpe plonge d'une hauteur 
de 4 7o4 mètres. Le modelé du faite 
varie souvent d'une année à l'autre : 
tel l'a trouvé tranchant, tel autre plus 
large. En 1801, une crevasse profonde 
de 100 mètres, ouverte du nord au 
.sud, le partageait en deux tronçons : 
un guide qui montait au mont Blam 
pour la qiiaranle-lioisième fois n'a- 
vait jamais vu de crevasse en cet en- 
droit. Quelque temps après, la fente 
s'ouvrait à l'est, et des fissures, écla- 
tées sur la face nord et sud, trans- 
fcrmaieiil le sommet en un énorme 

sérac. Ainsi lacnMe du mont lilnnc, tout uniforme qu'elle paraisse, 
n'échappe pas k la loi du mouvement universel. On n'a pas remar- 
qué loulefoi» d'affaissement dans sa masse. D'abondantes précipita- 
tions neigeuses compensent les pertes qm; lui causent les ouiagans 
ou le soleil, et niaintleniienl sensildem<Mit au même niveau sa 
calotte placée. 

LVlal-major français donne au mnul IHam- 4 810 mètres d'altitude; 
l'étal-major italien, 4807; M. Yallot, d'ni.rè.s ses derniers travaux, 
/|8!)8 mètres. C'est le géant des Alpes; un pyi^rnée à côté du (iauri- 
s:inkar dans l'Himalaya, ou du pins haut snuiniet des Andes. On 
gir'Iolte au iniinl lllniir, à 4(1(10 mètres, tandis que l'utosi vit très 
bien à cette altitude ; La l'a/,, à .3 71b mètres, est accessible en che- 
min de fer. On rencontre, dans l'Himalaya, des régions bien exposées 




ou les moutons p;i\ 
sent à 6000 mètre 
sans presque toi 
cher la neige. A 
place de ces pui 
s:ints massifs, le Hio 
-B'rtHc fondrait au s 
leil, jusqu'au rocli 
(lu moins, qui alu 
éclaterait par l'ell 
lie la cuissun. Sa 1 
titude, 4")<>b0', 
sauve; sous not 
ciel,à4 000mètrf 
la neige tient bo 
ou, après un coi 
moncenient de fi 
sion, se transforn 
en glace résistant 
Le mont Blanc 1 
doit sa grandeur. ( 
le voit de fort lo 
,'i la ronde : du R 
Ion d'Alsace, à230l 
lomètres;duMéze; 
et même du Puy ■ 
Dôme, à 304 kilom 
très de distance. . 
puissante canu 
maîtrise les soi 
mets qui lui fontci 
tège, bien que plusieurs d'eulree 
dépas<;ent 40C0 nièlies : niuntMain 
4 413") mètres). Aiguille du Géi 
401 ') mènes], Aiguitle Vcr/e(4127n 
tresi, Grandes Jurasses (4200 mètre 

I e îiinnt Rose lui-même, qui le ce 
le (ml pi 11 nu mant Blanc, parait si 

II il--, .nipiès de son rival : c'i 
i|ii nii . p Ils bataillon de grands soi 
iiiels l'encaisse, alourdit ses forini 
une quarantaine d'entre eux dép: 
sent 4U00 mètres et quelques-u 
alleignent 4500 mètres. Le «e 
Blanc, au contraire, se détache su 
veiainement, à l'écart de ses émuli 
iMi val Veni et de Wilh'e Blanrlie, i 
sud. à la coupure de l'Arve au nord, ■ 
ilourmayeur en Italie et de Clianimi 
eu France, éloignés seulement de 141 
loiiiètres en ligne droite, il traïul 
Mil- le ciel, tout d'une pièce : àl'esl, 
Iniirst. ses contours sont neltenic 
iliiniip,-s parla retnmbée desglacici 

Conquête du mont Blanc. — Dopn 



tudes 
ceu\ M 



rs<l(.' 



1,1, M iMiiriii |,iiis rupari 
Ni ni , Il ru-;!!.'!!! il'élranpi 
récit-. Un Irniililiil. mi .iilmiriul, \K 
Sonne n'osait pénétrer plus avant le mystère. 
Deux Anglais, Windham et Pocncke, en qui 
Genève en 1741 : aborder le mont Itlanc leur p 
rare. II fallait, au dire des gens, s'aventurer d.i 
vage, par des sentiers nlfreux, au milieu de gr; 
Cela prouve que l'Iiorizon do Genève, d'où le 
clair, ne s'éteniliiit pas fort loin. Voilà nu 
comme pour une expédition dangereuse, avec i . ^ , . 

1,'aciueil qu'ils reçurent les surprit et les cliarma; ce vallon retiré il' 
Alpes était des plus civilisés : lî vivait, groupée autour de son pricuri 
une pnpulatlon honnête, laborieuse, instruite, aux mœurs simple» nmi 
mm nnissiêrcs, comme on l'ininginait. Nos voyageurs firent sans pi'in 
I. I ascension •> du Monlanvers, par le sentier des » crystalllers », mirent I 
pied sur le glacier, sorte de •■ lac agité qui aurait gelé tmit ft coup'. I 



' d'aventures, passaient 
lit (levnir être un cxpl» 
une cnlive presque wi' 
, ,i|,:i|,l, -i|r< pires cxn- 
,..,il l-.ln.r se Vnit l»"! 
Aiiylai.- partis, équipi 
bagages, provis' 




1 OL ll-JUJ.M^I., I,A.\> 1,1, .\lA-^5ll- l.L .\lij.\l 



LES ALPES. 



LE iniÔNK 



77 




iiot fit ftirlunc : c'est maintenant la Merile glace. L'excursion des An^'lais 

ut un griind retentissement : par eux, la vallée de Chamonix sortit de son 

lj<rurile. A leur exemple, quel<|ues Genevois, parmi lesquels se trouvait 

• naturaliste l'ierre Marlel, r.nouvelêrent l'exploit de la promenade au 

lonlaiiceit : on posa le pied sur le glacier; la source de l'AiTei/i-on jaillit 

ux yeuï des voyageurs, du haut de sa grotte de cristal. Mais, du mont 

liane, il ne fut pas question ; dans le labyrinthe d'où surgissaient les 

i^'uilles et les dûmes, sa massive silhouette demeurait confondue. 

On n'osait trop en risquer l'approche : il fallut un enthousiaste comme 

l'iurrit, un savant comme Sausiuie, passionné de connaître, pour dissiper 

niiprehension de l'inconnu. D'abord, sur tous les flancs de la citadelle 

•lanche, des reconnaissances furent pousséc-s pour en découvrir l'accès. 

I semblait que la J/sn/e glace f.'it une tranchée à souhait pour y conduire : 

n s'arrêta devant les séracs du Géant et le rempart du Tacul. D'autres 

-i"Tit par le dos de terrain au flanc duquel se moule le glacier ties lios- 

"ne sorte de proue le terminait sur un abime. Le 14 juillet 1775, les 

'II''/, y. Tissai et Couleran, après y avoir passé la nuit, prirent 

ivfc le placier, atteignirent les rochers des Gramls-Mulels, peut- 

li': le replat de neige qui précède le Grand-Plaleau, au pied même 

lllunc. Mais il y avait un abime i franchir : on revint. Huit ans 

it : Jean-Martin G^ullet. Joseph Carrier, Lombard Meunier, que 

!■ s athlétiques avaient fait surnommer grand Jorasse, renouve- 

• •-•ntalive; mais la chaleur du soleil, répercutée sur le miroir aveu- 

- neiges, alourdit leur marche, les plongea dans une somnolence 
1', prodrome de la congestion et delà mort: ils redescendirent. 
"•ri'<, qu'aucun échec ne décourageait, vient à la rescousse, aonne 
-onne et, par le chemin de la Cote, va mettre à son tour le pied 

- "ier : une pluie torrenlielle le met en fuite. 

.' ntanc se défendait: les dragons, les chimères, les monstres qui. 

Il tradition, gardaient ses issues mystérieuses, n'étaient cjue l'ex- 

,- -iii,n imagée des dangers courus à cha(|ue pas dans ce désert sauvage : 

•s crevasses profondes, voilées d'une neige perfide, les ponts branlaul> 

■'<■' «ur des ahimes invisibles, les avalanches de pierre, l'effondremenl 

- lilles de glace, joyaux monstrueux hérissés sur les crêtes, les 

- de grêle, les tourbillons de neige, la foudre et ces langues de feu 
1 de à toutes les pointes, la ranf.action de l'air, la suffocation, les 
I un ciel sans nuag.-s, le mal de montagne, enfin les nausées, le 

I iiiui-il invincible, les muscles brisés par l'escalade, les illusions de la 
Je par la destruction de la perspective dans un air sec et léger, l'egarenienl 
«ns ces solitudes uniformes, le déchaînement d'effroyables tempèles 
i-dessus de r<rt-éan des neiges : voila ce qu'il fallait craindre et ce qui, 
1 effet, arrêtait les plus intrépides. 

nourrit pourtant ne se décourageait pas : deux chasseurs de la Gruaz 
aient, disait-on, escaladé l'.MguilIe du GoiUer : de là jusqu'au mont 



Ulanc, une grande échine en chemin de ronde se détachait sur le ciel ; c'est 
par là que l'on devait tenter l'approche du sommet. Le 16 septembre 1784, 
une caravane partait de Bionnassay avec Couttet, le grand Jorasse et Bour- 
rit. Pendant que celui-ci s'airêtait glacé sur la route, Coulti't et I.indet, 
le chasseur de chamois, poursuivaient sur la crête, jusqu'au del'i du Dôme 
tlu Onùler. L'immensité des précipices qu'ils côtoyèrent a'.ors les arrêta : 
mais, à 400 mètres près, le monl Blanc avait failli être atteint. 

Saussure, à celte nouvelle, crut la partie gagnée : avec Bourrit, Pierre 
Balmat et .M. Coutlet, l'on s'achemina vers Pierre Ronde pour camper au 
pied de l'.Viguiile du Goi"lter i,septembre 1785; : une neige surabondante 
arrêta net l'expédition. 

Il apparaissait pourtant que l'escalade du mont Blanc avait cessé d'être 
une chimère. Mais l'on hésitait entre deux chemins : celui de Saint-derrais, 
par l'Aiguille et le Dôme du Gortter; celui de Chamonix, par la Côte, les 
Grands-Mulels, le Grand-Plaleau. L'n pari s'engagea : les uns, l'ierre Bal- 
mal, J.-M. Coutlet, Tonrnier, /'«ctviit/ et Cdi'ci'er, partirent de l'Aiguille du 
Goûter, prirent le chemin de la Côte et la vallée de neige qui suit ia base 
des Grands-Mulets (30 juin I7XB . Tous arrivèrent au D>'ime du (jouter, 
mais ceux de la Cote y funiil 1rs preiuiers. L'on continua île conserve jus- 



^^4^ 


^-...^.^^ 




1^^ 


^^^^M 


■^?^^^> ^ . ,ji|JflÉ|^^^^H 



Fha 



78 



LA FllAiNCE 



<ni-aux nosses; mais cette arctc élroile, d'où le regard [.longeait de pari 
et daulre sur d insondables abîmes, glaça tous les courages. Ce. 
hommes sans peur, qui venaient de risquer leur vie sur '^Perfide éten- 
due des neiges, reculèrent comme hallucinés; mais non pas tous .un 
° .Ti .uin .TAnmieg Balmat. nui venait d'errer deux nuits et un jour 




gré le mauvais Vuuluir de .ses cuiiipagm.ns, avail |iraiii|iie a\<c eux i e.ci- 
lade du Cortler. « Balmat est leste, dirent les autres en détalant, il nous 
rattrapera. » 

Jacques Ilalmal n'avait alors que viagt-(|uatre ans : le mont Ulaiic, cjuil 
rêvait dallirindre, autour du<|uel il rùd.iil, il le tenait l"i, presque sous sa 
main : c.miiient s'en éloigner I Perché sur la créle des Hosscs, entre deux 
nbimes, il essaya d'avancer, mais l'aivle devenait dé plus en plus élroile, 
cédant sous le "pied, tantôt d'un coté, tanlùt de laulre, à la fin si algue et 
si tranchante qu'on ne pouvait s'y tenir debout, à moins d'un prodige d'é- 
quilihre. Il se mit ii cheval et continua d'avancer en se soulevant sur les 
mains, se calant des talons et serrant les genoux, jusqu'à ce que la rai- 
deur de l.i pitili; h; iliiu.'il sur place. Alors il rétrograda, par le même pro- 
cède, III 11- 1 !-■ iil-ii-, opi r i'i'iri l'in- (!• lii lir i in -i- i I arriva néanmoins 

sans a.. . !• ni ■ I ■ n l'-il ■ m il.r., u< .nnH'- -. - i iL -, Il n'y trouvaque 

gon s.ii' j !' -iir I . Il' ._• , 1 . ^ ■ , 1. ■ . I .)■ 'il i' 1 11 r.iiume ils avaient 

dit, U'I.t 1.1. 11,1 .iMirlMiiimt il - I l.iipriln, .1 ilji 11. ni. 

Allait-il chirrclirr à les nijuindre et s'avouer v.iiiicu? Il nél.iit em-orp que 
((untre heures. Bnlmnl avait essayé 
de l'arête par occasion, mais ce n'é- 
tait point là son idi'c. Il redescendit 
nu r.rand-l'Ialeau. Au fond du (ii-nml- 
J'inlrau su dresse le motil llliiiic 
proprement dit, un sommet qui do- 
mine encore de 800 mètres. Sur la 
droite, l'nrêle des Itosscs le relie au 
Dôme; à gauche, il est soutenu, 
«pnulé, pour ainsi dire, par deux li- 
gnes do roihers parallèles : on les 
(,. pelle ha ninhi-iH-lUmues. Quel 
<|iies joiir-i avant, llnlmnl était allé 
sur lo Itrevent. De là, à laide d'une 
longue-vue, Il avait inspecté la place 
«t il lui avait Fcmblè ipi'on pourrait 

monter A droite des lloiliers-Kouges. 
C'est fiir celle conjecture qu'il s'i- 

tnit mis en campagne l'avanl-veille. 

Mais ces reconnaissances à distance 

sont nécessairement incoiiipléles. 

I.'ncrès do la rampo des /l». //ecs- 

/|Mi/7<Mest defi-ndu par une cri'vii- .■ 

si prufoiide et si largo qu'elle S' i ni 

abtolumenl infranchissable, «i I - 

IrAnchoo du glaro qui M) détacheiil 

de «es bord» et les nrclies do neige 

.fpii cnjaiiilHiit dune de ce» ruines 



à l'autre ne permettaient de la traverser en quelques points. Pnlmal, c. 
pendani, n avait pu en venir à bout à la première tenlative, parce que i 
neige était trop molle et menaçait de s'effondrer. Mais en ce jour il ava 
observé que, par tout le glacier, les ponts àe neige se montraient assi 

■ ' ' "' — it à aborder la pcnle, liaul 

sus des Rochers-llougcs. l 
neige durcie qui l'ava 
aidé à passer la crevast 
lui fut ici une difficulté. îii 
liiiuvant la tasser sous st 
pieds dans une marcb 
iiblii|ue, il prit le parti c 
gravir tout droit, ce qu' 
lit, en pratiquant deslrui 
avec le fer de son bùloi 
lise trouva alors sur l'i 
paule droitedu mont lllai. 
et vit tout d'un coup levé 
santitalicnetCourmaycu 
La partie était gagnéi 
Mais le ciel s'était coi 
vert, des nuages s'abais! 
s -lient sur le sommet d! 
)iioiit Blnnc, et, comme( 
sommet a la forme d'ut 
i-.ilottc sphérique assez r 
guliére, il ne savait pU| 
au juste dans quelle d , 
rection le chercher, lia 
tendit une heure, apn 
ijUdi, voyant que le broii! 
lard ne se dissipait pas, j 
se décida à redescendre. 
Quand il fut au bas i 
la pente, la nuit était v î 
nue. celte nuit des haut. ; 
cimes qui n'a prcsqi | 
point de crépuscule, 
avançait avec précaulio i 
se sachant sur le bord i 
la GraH(/c-C('ei)asse, etso 
dait à chaque pas, loi | 
qu'il sentit un de ses pic 
en Voilà assez pour aujou 



ipcr 1 



pens 
n ce 1 



-t-il, 
déposa son sac de 




Ses préparatifs ne furent pas longs; 
dessus. Il n'avait pas même de couverture pour s'envelopper, et il av; 
épuisé ses provisions. C'étnit la quatrième nuit qu'il passait dehors : 1 
deux |ireniièri s mm- le r.Hlier, la troisième à. gravir la monlagne de 
Cole. 1 1 II. .1 Mil- 1,1 e|:n 1 . I e Grand-Pltilefiu est le réservoir du gla.i 

lies lii.--..ii~, 1. Il 1-- le- nei^-es du pioiil Illiinc s'accumulent et d'i 

elles ilebi.iileiil il. m- li A.illei'. Dans les mois les i)lus chauds de l'anni 
le tberiuoiiiétre, à minuit, y descend à lu» au-dessous de zéro et jusqu 
20° au contact de la neige. Balmat était plus haut que le Crand-PI 
teau. Il voyait les fenêtres dcl'hôlcl de Chamonix s'éclairer à 3 000 mèlr 
nu de-s.iii> lie lui. l.'i.b-einité rl'iil telle à pelite distance, la blanche 

niarelier -ur pi. ne |ii.iii. -e reelninllei-, île ,,enr de se jeter dans la rr 

vasse. Il inienil.iil il. |..ii- mie, ennnler les avalanches, et la pente ■■ 

pie.l lie l,ii|ne||e il iliiil Ile v.iiil giiiTc luienx qu'un couloir d'avalanclif 

\'ers lo milieu de la nuit, le tcni 



aiguilles qui s'insinuaient sous s 
vêtements. Il tira son muuclii 
en rideau sur son visage et cou 
iiiença à battre des pieds, àsef". 
per les mains. Dès qu'il s'arrêln 
épuisé de lassitude, un engourdi 
sèment mortel le gagnait, sa tê 
appesantie tombait sur sa poitrin 
ses yeux se fermaient, cl, clni'l' 
lois qu'il sentait ses yeux se feriiu 
il M. reveilhiil en sursaut ik la pens. 

,l,,,.,',i,.|--,.iii il. Kniin l'aube pari' 

11 ,bul leiii|i>. Peu s'en fallait T 
H.,lmnl ne fiH gelé. A force de ■ 
friclionner, de s'agiter, de scIim' 
à une gymnastique violente, il I'" 
vint à rétablir dans ses membrc^ 
eiirulalion et la chaleur. I.'ourn^ 
sciait calme. In instant, il soin 
à remonter : mais ses jambes 11 
(•hissaient sous lui, lo sang bniiss'' 



dans ses artères, ses ye 



enfla 



mes par l'éclat des nêvés et 1 insoii 
Mie suuportaienl à peine la liumiM 



LES ALl'I'S. — LIv ItlUi.NR 



79 



u jour. Il coinpril qu'il lui fallait enfin so décider i\ regagner la vallée s'il 

ni ut mourir sur CCS champs de neige, inulikment, sans laisser même 

Il de la vicloire. Il descemlit. I,orsi|u il arriva chez lui, il alla 

r dans la graiijre, selendit sur le foin et dormit vingt-quatre 

■ lis se réveiller , I . 



Les Touristes.— I.e monl 0/nnc vaincu no laissait pas d 'effrayer encore : 
les reeils exagérés qui furent faits des premières explorations n'élaieiil 
pas pour calmer les craintes. Peu h peu cependant l'attrait do l'Iiiconnu, 
le succès de nombreuses Icnlalives, lentrainemenl tardif de la modo 
faniiliarisérenl les esprits avec l'idée <lu monl Ilinnc. rhamomx reçut 
.les v..v.iL'.n.s ,!,■ |,l„s ,i. plus ii,.iiiliivnv. qnil.pirs uns llliis|,vs, des 




■Dstater, non par un rival, mais par un témoin. C'est pounpioi il s'en ouvrit 
I D' Michel Paccanl, et celui-ci consentit il l'accompagner. I.e 7 août, ils 
irlirenl, chacun séparément, pour ne pas éveiller l'attention. La nuit passée 
I Sommet de la O'itc, on franchit toutes les étapes jusqu'au pied desHocliers- 
'ujCT, que l'on attar|ua de front : une rafale épouvantable balayait la 
été. Le docteur, à bout de souftlc, n'avance plus, il se traîne, obligé de 
irrêtiT à chaque pas. i{a/ni«/, impatient d'arriver, s'avance malgré le vent 
q>elueux, atteint enfin la cime, crête élroile et longue que rien ne dcmiinc 
•us le ciel. Cependant il lui faut un témoin. Paa-ard, remis tant bien 
le m.il sur ses jambes, avance avec son compagnon. Les voilà tous les 
•ux, à six heures du soir, au sommet du monl Itlaitc (8 aoiU 178G). De Cha- 
•v.ij, quelqu'un les guettait : tout le vill.ige en un instant fut dehors; 
laud on les vil, une immense acclamation retentit. Une demi-heure après, 
s «'.eux héros, vainqueurs du monl Blanc, redescendaient, Paccanl, presque 
'eugle, attaché & lialmnl ; un admirable clair de lune f.ivorisait leur 
arche : k onze heures, ils rentraient sains et saufs à CliamoniN. 
I-c 1" août de l'année suiv.mte, .>«'«u.v.«i/;e entreprit à son tour l'ascension 
' f//'incsous la conduite de Italiiial. On passade la Cote aux Grands- 
i tente fut dressée au ijrand-Plaleau pour y passer laniiil. Le 
I. escalade du rempart drs Hocliers-Rouges, dans un tapis de 
iiouse ma! adhérente. Ce p.is franchi, Saussure ne pouvait plus 

in. • r SUIS arrêt tous les quinze pas; il s'assied, reprend haleine, arrive 
ifln, foule du pied avec colère la cime qui, depuis vingt-sept ans, pèse 
•iiime une obsession sur sa vie. 

Ilijurrit n'eut pas cette joie qu'il rêvait ; sans doute il se dédommagea 
1 passant par le col du Géant, de Cliamonix à Courmayeur (ITsT , mais 

iiélailpas le mont lllaw. Il est pourtant de ceu.x qui, par leur esprit 
initiative, ont le plus contribué à sa conquête. 



I IWcitde M. ch. Duricr, d'après une Icllrc que Gêdéon Balnial 
|u«, «('crite, tel» janvier 1S39, à M. le IV Aui^slc I,c l'ilcur, 
ililiKCïncc de communiquer. (^J/on( lltani-A 



savants, des poètes, des romanciers, (jœihe (1779), ChaleaubvianU (1«05), 
l'ie/oi'//i/.9oetA'o(/ie('(1825), Alexandre liumas{\&H), George Sand elLiszl 
(183fi), Théophile Gautier (l8fi8K On ferait un livre de leurs récits. Viclor 
llur/o n'avait que vingt-trois ans, poêle connu déjà et admiré: il vint de 
Paris à Cliamonix en berline, son ami Nodier en calèche, tous les deux 
avec leur famille. Le poète dépeint la vallée de Servoz, le sentier escarpé, 
le monl lilanc «avec sa linn- ilrpla.-r il -,,n iiinnl.-nii dr m'JL'r. (|iî'il laisse 

traîner jusque dans la vinîni'. M' l'Ii ii\ ■ uli-i-r .1.^ Ii.issuns). 

" Qu'on se ligure d'énorm.- pi i-m. - Ji -l,i, r. I.l im. - \ . 1 1- \ h.p i-, .izurés, 
selon le rayon de soleil .ini 1. ^ lr.i|i|i.\ ;iir.ri,,iil im. l-nl.' .1 .illiludes 
v.iriées, ceux-là inclinés, renv-ci debout et ilil.i.liani liurs c.'ines éhloui.s- 
sants sur un fond do sombres mélèzes. On dirait une ville d'obélisques 
de cippes, de colonnes et de pyramides, une cilé de temples et de sépul- 
cres, et je ne m'étonne pas que les primitifs habitants de cette conlrée 
aient souvent cru voir des êtres surnaturels voltiger entre les llèches <lu 
glacier. « 

Alexandre Dumas est un conteur, cela n'exclut pas chez lui la sincère 
émotion ni le souci de l'exaclo vérité : il écrivait pour ainsi dire sous la 
dictée de ses liéros et prenait des notes pendant qu'ils retraçaient pour lui 
les détails poignants du drame qu'ils avaient vécu. 

n Au débouché d.- la v.ill.c, dit 'l'ii. ilauli.r. 1.- mont Itlanc se découvrit 
soudain à nos r.L' Il 1- -i -|.li inlul. m. ni m i:.'iii(h|iii-, si en deli'irs des for- 
mes et des coul.iii I - I, -, ,|ii il II il- - iiii.li i|u'on ouvrait devant 
nous à deux ball.iiii ■ I - |i' 1 1— ihi i . •, . . l .Il .I.. la neige élincelanto 
que frappait le sol.il .-ni, ivn.lii Mun - ImhIi - I. - . i.in|i-irnisons de lu sym- 
phonie en blanc majeur. C . ! ni |. 1.1 i n.- i '■ il. !.■ 1.1 m. .ili-.ilii, le blanc de 
lumière qui illumina le Clin-i -nr I. il. il..r, h. < mii^. - -ii|i..rl)es, du même 
ton que la neige, et qu'on n.n .li-liii-H. ni .|ii :i l.iir ..mlin-, montaient et 
dc'scendaient le long de la iiionl.igrie, comme les anges sur l'échelle de 
Jacob, à travers des ruissellements de clarté, et, dépassant le sommet 
sublime qu'ils prolongeaient dans le ciel, semblaient, avec l'envergure de 
leurs ailes immenses, prendre l'essor pour l'infiri. •> 



LA FRANCE 



Aujourd'hui, la vallce (Je 
Chamonix est un grand 
caravansérail inlernalio- 
nal, le mont Blanc une 
tour de Babel au pied de 
laquelle resonnent toutes 
les langues. Cependant 
Tinvasion a été lente à se 
produire. En ISSO, c'est- 
à-dire quarante-quatre 
ans après l'exploit de Jac- 
ques Balmat, Ion ne 
comptait guère qu'une 
vingtaine d'ascensionnis- 
tes. Il y en avait à peine 
70 en 1853, mais la con- 
struction de cabanes-re- 
fuges sur les étapes de h\ 
cime et surtout la créa- 
tion du Club Alpin fran- 
çais ^avril 1S74) donnèreiil 
au mouvement tourisli- 
que une impulsion si vive 
qu'à la fin du siècle der- 
nier le nombre des ascen- 
sionnistes au monl Blanc 
dépassait 2 000. Parmi eux 
une centaine de dames 
ont escaladé le Dùmc. 

La première, ,U«iv'a l'a- 
radis, pauNTe servante de 
Chamonix, avait trenle 
ans : entraînée par l'is- 
poir que cet exploit lui 
profiteraiten la signalant 
à l'allenlion, elle osa ten- 
ter l'aventure { 14 juil- 
let 180,s). Pour M»»: <lAn- 
geiille, le inonl lllanc 
depuis longtemps l'obsé- 
dait : elle en vint à bout 
le 4 septembre IK3K. 

L'une de ses émules, 
miss Brevoort, accompa- 
gnée de M"" Sijlvaiii 
Conttel, renouvelait son 
cxploitfid octobre 181)5) : 
sur le faite, on vida une 
bouteille de Champagne, 
un quadrille fut organise. 
Vit-on jamais salle de bal 
aussi fraietie sous un 
plus éblouissant lumi- 
naire? Il n'est pas jus- 
qu'aux enfants qui ne se 
soient hasardés au som- 
met du mont Blanc : le fils d'Horace 
de Saussure avait quatorze ans 
quand il y monta; Armand de Ver- 
neuil, quinze ans; M"= Aline l.iqjpc, 
seize ans, lorsi|u'ellu rencontra au 
sommet du D'Orne le marquis de 
Turcnnc, qui en avait soixanle- 
douzc aoiU 1875,. Les animaux eux- 
mêmes comptent dans les fiustes du 
mont lllanc : Tachingel, la chienne 
de M. Coolidge, ipii avait gravi avec 
8on maître plusieurs géants des 
Alpes, le mont Itose, la Jungfrnu, le 
Finsleraarliorn, arriva Idpndissante 

•lur lo »•» t du Oi'ime, en donnant 

j.iyeuseinenl de la voix. Sans être 
allée jnM|ue-l I, Finellr, la chienne 
de Sylvain Coultl , ro-.,il IpuI.- 

fois par an la tournée il ■ Cli ui i 

aux fIrnnds-Mulets, sur 1. t'ii' e i 
U chèvre se délie de I i ni-.-, ell, 
ne » y ris'iue giore, ni'ii> i.arloul 
où un brin dherbe l'ullire, «Ile bon- 
dit sur le» créles aiguës avec la 
mlrclé dj coup d'(i>il et IngililO du 
chamois. Pou d'insectes dépassent 
l'allltndcdi'sGrands-Miilels : des obeill 
et d'épuisement. Au cniliaire, la pinsii 

elTroniç nt pu ..nr les uiielles de pain di 

les cornedle-i a Le jaune, clinitca.i, s'élève 
du Dôme, et v.oil y .1 bal Ire sur Ij (irand-P 
laissés par les caravanes. Li 




des papillons y lonil)ent de froid 
les neiges, on niicmlle, y vient 
l'.t touristes; |dns linul encore, 
ni à tiro d'aile dans le voisinage 
laleau oii les nilirent les ri'liefs 
régions oITrent au campagnol des 



lelges un sous-sol pn 

égé contre le rayonn. 

et par conséquei 

plus chaud, dontil s'a. 

)niMi le très bien : i: 

1 ngeur vit ai 

Mulets qui lui c 

1 la. saison, ut 

pi( vende. Depu 

) lont Blanc est s 

dt promeneurs, 

• inui j'en éloigne; 

|U( nU de préféreni 

nu nta^nes savoisie 

1 nHn, là même ( 

cMiblt que toule v 

inun lie devienne réguli 

icnicnl impossible, dai 

lis fi ui s du roc des P 

Mulils, que cerne 

I s f,laci.; éternelles, 

I) Pit chener a recuci 

U f,ri\ icrs peuplés d'i 

lu ( lit st de rotifèrc 

tus niuroscopiquespn 

fukiiunt doués de m 

iK d estomac, d'yci 

ir \ ir et d'un sv 

I iiiusiulaire el ni 

is 1 7. développé, l 

I lil .Mulets s'élève 

i( Ml mètres d'altitui 

deux pas du mo 

Quels ascensio 

111 II que les anim: 

ul lOpésencetendro 

I 1 saison la plusfa\ 

1 iblt p )ur les cxcursio 

m I lont Blanc varie, 

1 juilkt au 15 septe 

lin uivant le tem| 

Mais on cite des ascc 

sions plus précoces 

celle de M. Kennedy, 

18 mai 1875; d'autres pi 

tardives ; celle de M. 

Iillv an C, iiolobre IS- 

Mi>s M.irv l-abellaS/' 

/,oi a lait mieux :le3lj.i 

vier 187G, elle alleign 

la cime, en compagnie 

Sylvain Couttet. Apt 

l'échec d'une prcmU 

lenlative, on élait rcd< 

cenduauxGrands-Miile 

Le lendemain, à qna' 

du malin, la caravane 

route par W de froi 

s de l'après-midi, uii 

^^iiait la ciuie, par i 

e zéro. 

|iii tenta la même ave 
liire le 'lu janvier, ne put réussir 
une lempéle de neige le fit recul. 
Il se trouva que le froid, dans 
Miiiiie luiil, fut plus vif à Chamon 
.{Il nl\l,^;l^d^-^hlletsctmêmoq^l'^ 

, ,,,„ ,|ii I , à n.v.>8 mètres d'ail 

i,,,l, 1, iiiriiieiil à la ci-oyaiii 

.,,!.. .rlnii la, nielle lo froid •' 

riil I, iiild. dans les hnules rôgi»» 

\| |,,,|.|..|., ii>ei|iieI'èpaissociiuel 

ol et diniini 

oiil parrny" 

alheur, le \' 

s J.M'.-llld9 ^ 

Mclrerle froid j"~M' 
Iles. Ajoulez que 
température do lacalolle, quiosi d 
,1e _ 40 i _ 10° en été, peut d' 
eendro en hiver jusqu'à - 4"» 
mémeplus, tandis que le soleil I 

s un air dénué de vapeur d eau. 
nllèc de Chaïu.MM 
monl: 



sans obsta 

.méire de 5 à (i" plus haut que dans 
11 le voyageur peu entraîné aux excursions en 
, M avcrson inexpérience par des nausées, de 1 oppressi 
'.., ..„.. .„„!.> ,i-,.n,„rUe oiic l'on appelle le wal de " 



,, une sorte d'emprise que l'on appelle 
temps n'en exagère pas les elTets, ce maln.se 



LES ALPES. — LE UllÔNE 



^, ..e laissera quim fiipil 
ouvenir, bion coiiiiienso pari 
lu s.icoOs .r.ine UUe a^ 



cirorliontiiui.souf- 
l'U puint dos l'onili- 
isphiTiqiK'S piirliiu- 




,1. luriMi^ .le II v.ill.-, 

1 iiKintiT <;ms aiuiiiu' 

•il, ne peut prctoadiv 

tile iinmunile. Il ne 

;.i> ,V,ilj.!n;sle.-'. tiahl- 



laisamment à M. Duricr et à 
un de ses amis, M. l.emuel. 
ui, partis par un temps soni- 
re pour exiursionner autour 
f Cliamonix, s'égarùreni dans 
s bois des Itussons et, di' 
i-.'rrc-Poinlue aux Grands-Mu- 
■ts, puis au Plateau, finale 
lent au Dôme du GoiMer, se 
■ •avèrent sans y penser, d'e- 
ipe en étape et sans l'avoir 
■ulu, transportés comme par 
ii'lianlement au sommet du 
ont Blanc. 
. Le temps n'est plus où Ion si haï: s un 

I avançait au hasard dans l'in- 
>nnu de locean des neiges. 

••s pistes sont tracées; des guides prudents et courageux les ont maintes 
•is pratiquées : e. iix qui ont fait l'ascension \-ingt fois ne sont pas rares; 
en est qui comptent trente et même quarante ascensicuis: f'-ilunaid Câ- 
lin montait au viuiit Blanc, en 1S8S, pour la six iil; n,, 11. C- 
•lûmes savent deviner le vide sous la neige, ii l < ' i j uli.r. 

l'elle prend, reconnaître et prévoir, au moindre ti^ji i i - "U I r 

nipéte; on avance presque à coup sur. S'il faut eiii -r lu j i ; i I i !• Ir 
'lide, de l'cndur.ance et un certain courage pour gravir lu inunl Blanc, 
Ite randonnée tant de fois accomplie ne saurait passer aujourd'hui pour 
n exploit hors ligne. .V moins de malchance exceptionnelle, l'on s'en tire 
ins trop de dommage; et, de là haut, quel admirable spectacle! 
Si l'on prend une carte d'Europe, dit M. Ch. Martins, et que l'on place 
ne pointe de compas sur la ville de Dijon, l'autre sur le sommet dmno»/ 
l'iiic, en tra.ant une circonférence dont celoi-ci soit le centre, ce cercle, 
• •nt le diamètre est de «0 kil..MT'tr.'s. •■•.iii|urn.!iM la |i.>i-li.in de la siir- 
ice terrestre que l'œil 
eut embrasser, du som- 
let D'après ce calcul. 
•■ rayon visuel porterait 
i 10 kilomètres. Mais rr 
'est là qu'une vérité 
irorique. En fait, par un 
lel lumineux et une al- 
l'isphère limpide, l'œil 
e perçoit guère, au delà 
e t«0 kilomètres, que les 
randes masses noyées 
ins l'opale uniforme de 
li'^rizon. Vers l'est, le 
çard porte sur la masse 
•■s Alpes, du Viso ."i 
jf'rtler. Immédiatement 
u-dessous du Dôme, se 
ressent les aiguilles el 
|s crêtes qui lui font 
1 'ftège. Au lever, comme 
|u coucher du soleil, le 
l'Ont Blanc projette sur 
il Tarenlaise ou sur les 
jKintagnesduPiémontun 
■lie iTombre immense, 
uréolé de pourpre vive. 
|ir le fond rose du rid : 
i magnificence de ce 
-jectacle n'a d'égale que 
die des aurores boréales 
îns les régions polaires. 
L'n véritable alpiniste 
îil avoir vu le lever ou 



le coucher du soleil au monl Blanc. 
Mais combien n'arrivent même pas 
aux Grands-Miilrls! Aiirès avoir pri 



Beaucoup de touristes eu révent. 
i la cime ou simplement s'arrêtent 
; l'air du placi.^r, éprouvé le petit 

-. - .{.]•- i;i iir\r~ -ullinij.'s cnuei- 



-*?■*- 



^'■•-■i';"/';'' ■";';' '^^ ' '';',"""; \,,''' ;' 


1 - ■'. .l-Mil.'-i.ature 


1„.|,MIV. !,• Il- ^ruu. •!•■- hl. - .!. 1" ml- l;..ii - 


"lin mil il- Iniirmis 


rayent la dorsale nei-.i.-. Au ; /;/,.,,.. 


il ,11 \ii ni ,li- l,ni- !- cotés : 


de Saint-Gervais, de Cliain-mx, .Ir Cmmui iv 


ll,;|r- nn-lniihli ni 1, s autres 


descendent. Des caban.— i.hi-i- inii.iii.mI 


1, - .1 i|,i - \, 1- li- 1 c qui 


domine l.iiil 1.' rr<U- : l.i I,:miI. J. m\ ni,.. ,n 


nin- --1 '■"! li-ivment 


surle<-irl: M,i X .1, ,,„u,v; p, ni .liv, ;;|„,- ,1 


-'■■'ii^i' - ^ liii.ph's.yver- 


rons-m.M~ .,„ mII •..■ -|n.ri,i. ,„!,■ mII. Imi 


r,,n \ , -1 1,1 ,• • 11 rliaise a. 


porteurs, ui.-i n Iimhh ni, A m""|'I I' - ^1 


1-, !,■ funiful, 111,1, 1 a-censeur. 


le chemin de fer? On parle de iicirer Ir wo, 


t lll.nir. Cm est fait du mys- 




tère qui enveloppait la 




fiére montagne. 




Voies d'accès. — On 


^V A' -'-^ 1^ 


parvient au mont Blanc 


^m w^f''^' 'M 


-oit de t'owr»ifl.7ei(r(vcr- 




-:,,ilil.-ilien',s„itdeS«;H/- 


^^^K "^^^''^ '''■jf'SÊ^Êm^ 


■ ,,,',/ II, ili ('!,,iinonix 


^ÊL J^'^JÊ^ÊÊ 


: . 10 De 

<;<.i,iiii ■ i-m,li<earpc- 


WSÊ , i 'mS^^m' 


n.i ni . 1 II 1 lin,', loug- 


—^ ' ^jm^jg^^mM 


lemp=, lactés de ce colé 


<^-^^P §/^^^^^ 


parut une entreprise 




f.die, ou du moins émi- 


.^^^^^^^SS^^^^^^^I^^IBIP^P 


11, Miiii, ni dangereuse. Cc- 


^^^^^^^^|Hfl|^BBr^^H^9^nK 


|ii ml ml le col du Géant 


^^^^^P^pi^^^^^p'^^îiij 


1, r brèche dans le 


-1^ ml, >.|ue rempart : 


w^iÊ^Ê^^^f M^^BPilj!!]dJfll 


liourril passa par là. 


wBm^^M^mjÊÊ^^ 


de la vallée .le l'Arve 


dans celle de la Doire; 


7^ i.%^^^^H^^^^^^^^^^I^^^^^^I 


SaiisM.re, l,..|.|ié y de- 



J-h 



„, „ ,. ! ' i \i-uille 

Th, \: I . , il n! . 1,1 mont 

\, ,11 ,, |, n„nll;l:0>cdu 

■I „ii,i ,1, ,11 lit par le 

Cl,,;: ! „ I,,, •,! ,11,1S-MU- 

l,,|, ,1 ,1,1 ni.\; entre 

les deux versaiils, le che- 
min était tracé. Mais la 
traversée, trop dure, ne 



82 



LA FRANGE 



pouvail se faire dun Irait : Us 
guides de Ck>uiiiiayeur. pour fane 
échec à ceux de Cliamonix, con- 
struisirent une cabane de refuge au 
rebord de l"Aiguille du Midi. C'est 
alors qm-SLM. Bréguel et Maquelw, 
remonl.v.t de la vallée d'Aosle 
i ise-» . airivrrent aux Petits-Mulets. 
La cime du mont Blancétait proche; 
mais un furieux ouragan qui s'était 
déchaîné redoubla de furie : aveu- 
glés par les tourbillons de neige, 
criblés d'aiguilles de gace, culbutés 
et roulés au-dessus des abiines ilr 
la Brenla, les voyageurs furent 
contraints, sous peine de la vie, d. 
lâcher prise et de battre en retraili 
par les Grands-Mulets. Enfin un 
.Vnglais, M. Ilewl, arrive à la cimr. 
sur les pas de ses devanciL-rs: «1 
après lui (5 août 1S6'. , M- ''i"!' 
dano, le premier Italien cim ni i; i 
gné le mont lilunc, par ci IL: |ii-li 
Le long détour qu'il fallait fiirc-, U> 
risques à courir la firent abandun- 
ncr; aussi bien se confondait-elle, 
à partir du mont Maudit, ave. 
celle de Cliamonix. 

M. Moore. en lSf.3, tenta l'épreuvo 
parle glacier de la lirenta. On ju- 
gera, par le récit qu'il en fait, des 
difficultés que présente cette direc- 
tion : " Nous étions sur un mur; 
la glace, adroite, tombait vertica- 
lement, et il en état de même à 
gauche. D'un coté, pas plus que de 
l'autre, il n'était possible de donner 
prise à lalpenslock. Nous tenions 
la véritable glace bleue, sans un 
grain de neige dessus. » Plus loin 
il fallut se mettre à cheval. « L'aréle 
est devenue tranchante comme une 
lame de couteau, et pendant quel- 
ques mètres il est impossible d'a- 
vancer d'aucune façon. Plus moyen 




vanccr d'aucune façon. Plus moyen ,_ , , , 

de tailler des pas; on se contentait d'abattre le tranchant de gl 
Avec des peines infinies, se hissant au-dessus des abîmes, nos voya 



lace. » 
nos voyageurs 



serait l'idéal, puisque 1 tHc 
yAiQuille (lu Goule) Po 5 




atteignirent enfin le bout de l'are 
infernale, et, par le détour du m 
lie la Cùlc, aiTivfi-ent au somm 
,lu vion! ]:!«',.■. .Mi,. imuR., 
nir. pnni- .:. - t..,:i.t. -: 

On t" i pu- le gl 

rier lie M „ . i !■ /; ..■ ■ i/ii »io 
l!I,ni..]m> aiv-buutt; âlaTournctl 
UMU Iniii de la cime : la halle 
i'.iisail à l'issue du glacier, dans 
cabane Quiiilino Se//a; l'arête d 
Bosses, où l'on arriva t, n'est qi 
une demi-heure du sommet. A 
jourd'lnii, les ascensionnistes il 
liens vont se reposer à la caba 
du Dôme, au pied de VAigu 
Grise, gagnent la dépression (, 
sépare le Dôme du Ooiiter de 1'.' 
liuille de liiiinniissay et suivent 
,ivte des Bosses jusqu'au ino 
ISidiic. De quelque point que 1 
attaque le versant italien, toi 
l)iste praticable s'accroche à , 
eiéte, sur le double chemin d'i 
eès du versant français; c'est 
sport pour les alpinistes de pas; 
ninsi de Courmayeur à Saint-G 
vais ou à Chamonix. 

-2" Route de Saint-Gerva 

On se r.ippelle la lenl;ilive de Itu 

ril, Coullet, etc., qui pi>ussèrent. 

[Aiguille du Goûter jusqu'au Don 

sans pouvoir atteindre le in< 

Itlanc. Lne crête continue se de 

loppe de VA igrillle au Dame du Oi 

Ici', puis au mont Blanc, sur d 

longueur de G kilomètres. Po 

d'avalanches à craindre, enc< 

moins de crevasses, les neiges i 

valant sur chaque plan du rocli 

à l'altitude de 4 000 mètres, la \ 

s'étend, d'un bout à l'autre, sur 

panorama splendide. Mais r< 

belle avenue est exposée aux pi 

surprises. Par un clair soleil, 

de l'ascension se limite principalemen 

il-CeiKiis on monte jusiiue-là par Bi' 

nassay, le col de Yoza, où ; 

lève le pavillon de Bellei 

17S1 mètres): le sentier c 

tournant le mont Lâchât gfiï 

laiéte de Tèle-Bnusse. C'est 

rupture d'une poche d'eau 

-,/<;. ■/(■;■ de Téle-linusse qui. ' 

rli.iinanl sur i.i vallée du I!. 

liant i.n 11.4 de boue épais 

:.i\ m. 11. > au moins, einpurti 

Mil ,:;. Ar liionnay, déirii 



I, ~ Itains et chama 
, ,1e i:io victimes ji 
l,.|a du Kayet (12 ji 
i . !.<• glacier traversé 
,111- gravir YAiguUle 



un i 



r les pn.jf>-i. 
roche est n'- 
• les pyranii. 
inassifdui". 
Il n„i)lrr a 



,.„l ,1e i":.!; bientôt il att.i" 
lo D,,mc du GoiUer; do I' 
»iM»//»nHC parait sous la lu 

Ons'éltHc,(leChamor 
par la cascade du /'"'-' 
celle des Pèlerins lond^ 




une hauteur Je iJO mètres, ;i Ir.ivcis nue forêt d'épicéas et de iiié- 
tps. Le chalet de la Pum (\ 603 mi-tres), et plus haut, après avoir 
lilLi les bais, le pavillon de Pierre-Pmniiti; (•20'i9 mètresl, font 
'Uble étape : un bloc de protogine erratique, reposant sur les 
liisles cristallins du voisinage, a fait donner ce nom au chalet, 
i s'aiTt'le le chemin muletier; un sentier en corniche et en lacets 
déroule jusqu'au lieu dit la Pierre ù l'Échelle i-2i\0 mètres), gros 



de schiste II islallin contre 1. 




les guides appuyaient autre- 
fois l'éi-helle destinée à 
franchir les crevasses. 
On touche alors le r/ln- 
cirr des Bossnns, formi- 
dable remous coupé de 
iiiptures, qu'il faut tia- 
v.'iser jusqu'à sajoni- 
lion avec le placier de 
Tiiconnaz : d'énormes 
séracs Juillissent de 
toutes parts à la ren- 
contre et sous la pres- 
sion des deux fleuves 
glacés; puis, un plan 
(le neige conduit aux 
Grands - M ulels, arête 
de roches émergeant 
de l'épiderme glacée. 
L'hôtellerie <lesGrfl»'/s- 
Miilelf s'est défdacée 
plusieurs fois. Qui re- 
connaîtrait, dans ce bâ- 
timent à deux étages, 
comprenant cuisine, 
salle à manger, .salle et 
dortoirpourles guides, 
chambres pou ilesvoya- 
geurs, rh'-ritier de 
l'abri primitifqiie.Saus- 
sme fit élever, en 178(1. 
àl'aiipui du même ro- 




cher? Sui' une plate-foirne de 20 pieds, les guides avaient appuyé 
des perches contre la paroi supérieure, étendu sur celte charpente 
improvisée des draps cousus ensemble; et chacun greloltuit là 
dessous, dans sa couveiture, en attemlant l'aube. 

Des Grands-Mulets (3()(i7 mètres'', il y a encore plus de 1 7flO mè- 
tres à giavir jusfpi'au sommet du muni Blanc. Aussi les car.ivanes 
n'atleiident-elles pas, pour partir, le lever complet du jour. On .s'en- 
gage sur une longue pente de névés, dans la direclion du Goûicr : 
Ut'i PelUes-MimUes (il\c Petit-Plateau tvaucUii^, si des av.ilanches de 
séiacs tombés du Dôme n'arrêtent pas la troupe au passage, on 
arrive au Grantl-Plaleau, vaste hémicycle ouvert à la hase de la 
Calotte, dont le sépare l'abime tantôt béant, tantôt goigé de débris, 
de la Grande-Crevasse. A ce carrefour, la route bifurque : d'un côté 
vers Tarètc des Bosses, de l'autre imr \'.\nrien-Passaiie de Jacques 
Halmat, ou le Corridor, <|ui, touriiant les Rncliers-liim'jes, aboutit à 
l'arête tendue entre le mont Maudit et le mnnl Blanc (mur de la 
Côte, Pelils-Mulets , au-dessus des abîmes de la Brenta. Bien que 
M. Janssen y ait fait bâtir une cabane-refuge, ce passage dangereux 



84 



LA FRANCE 



est aujourd'hui à peu près abandonné. Quand l'ouragan se dechame 
sur cette croie, il peut être irrésistible. Alors culbutent, sur 1 Ancieu- 
Passage, de terribles avalanches de séracs; la neige, peu adhérente 
sur la paroi glacée qui la supporte, glisse, se piécipite en un tumulte 
cfTrovable dans lagrande crevasse béante, au pied de lamuraille polie. 
Le"!»"- nn)npl sp'irouvait piigacé avec iine caravane sur celle pente 



comme un roulement de tonnerre. Ce ne fut qu'au bout de huit à 
dix minutes que l'air s'éclaircit et que, toujours les mains crispées 
sur son pic, il nperçul, à 2 mètres de lui, un de ses compagnons, 
accroupi et arc-liuult- sur son alpenstock. 

V Ancien- Piissii'ie est inipiurd'hui délaissé : depuis longtemps déjà 
la terreur en rlnimiait li-s touristes. Par le Col rfu Z)()»!e, on arrive 




dangereuse, au mois d'août 1820 : un Lapis de 
neige peu compacte recouvrait la glace vive où 
Saussure aval t du, pour monter, tailler des degrés 
à la hache. On s'avançait en diagonale, suivant 
l'usage, mais les pas des voyageurs engagés sur 
la même piste traçaient daus la couche super- 
ficielle peu adhérente un long sillon. Tout à 
cou|), la fente se prolonge d'un bouta l'autre du 
tapis de neige, comme la fêlure d'une glace 
qui se brise; en dessous, le sol fuit, entraînant 
les derniers de la troupe. Presque aussilùl, !•■ 
champ supérieur, manquant d'appui, di sr h i 
et se pi'écipile à son tour : ce fut une linnililr 
mêlée. I.e guide de tète, Mathieu Balmat, rouli' 
dans l'avalanche, eut assez de présence d'esprit 
pour piquer son bAton ferré dans la glace : 
ce coup le wiuva; quelcjucs-uns de ses compa- 
gnons se relèvent à la (in, étourdis, à dcmi- 
aspliyxiés, à la gueule même de la Grawlf-Cri- 
vassc. Les antres : l'ieire Balmat, Pierre Cari ier, 
.■\ugusle Tailla/, avaient sombré dans l'abîme. 
On saitqiie le glaci<'i-, entraîné par la pesanteur, 
glisse sur le fond de son lit comme un fleuve, 
mais la niasse qu'il eniraine entre d'abruptes . , 

parois ralentit sa niiirche, pendant que, sons 
raclion de la fonte et de lévapoijition, les cou- 
ches supérieures, peu à peu réduites en épaisseur, à mesure qu'elles 
avancent, laissent apparaître les parties inférieures à la surface. 
Après un certain temps, le glacier rend au jour les obj(;ts engloutis 
dans ses Cl eva.sses.Loiigtem|>saprès la catastrophe du 20aoùt 182(1, de 
lilsles débris émergèrent sur le front du glacier des Bossons ; laiii- 
lieaiix de crânes encore garnis de cheveux, efl'ets d'équipement, un 
liiiliiii ferré, une boussole, des souliers, un sai". On reconnut les 
vici-ines de la (irande-Cievassc : du lij août 1801 jusqu'en 18G'i, les 
ii'sles des malheureux reparurent par morceaux. Or, de la Grande- 
Crfvii.of h. la partie inféi ieure du glacier des Bossons, on compte 
H kilomètres : ils avaient donc mis quarante et un ans à faire 
le rhi-inin sous le glacier, avec une progression moyenne de 0°',53 
par jour. 

D'aiitns malheurs ont rendu trislem.-nt célèbre celte funeste 
niiilée de V Annrn-Pnstnge : le \'i oilolne IKtjCi, une caravane y 
fut ensi'velie sous un écroulement de serais. Sylvain Couttet se 
triiuviill en léte; nu premier ciaiiuemcnt, il [wnisse un cri d'alarme : 
" Conchons-iioiis! » ciic-t-il à ses compagnons, et il enfonce son 
pic dans la glace, 80 nainponnc au manche, à giiimix, tête baissée 
contre l'ouragan. 1,'épnis nuage de neige poudictise (pie sou- 
levait l'avalnnchc l'enveloppe; il sent les blocs p.issi'r sur son 
dos, des Klaçons lui foueller le visage et un briiil iilTn.ux l'i-tourdir 




à 4427ij mètres, entre la grande esplanade du 
Goûter et le refuge construit par M. Vallot, sur la 
pointe d'un ivcltei- des Busses : on peut s'abrilcr 
là en cas de tempête; il convient d'y passer la 
nuit, si l'on veut voir le lever du so'eil du haut 
du 7noiit Blanc. Après le passage troublant ilf 
V<nctc des Basses dressée entre d'effrayants pré- 
I i|.i( .'<, il sullit de toucher l'écueil de la Toui- 
11-11' 'ii'iTl iHi'tres'! et, par une pente inclinée, 
!' ^,1-11' 1 la rime. La route desBos.^es est maiii- 
. iiaiii ,nlM|ii, ,■ ju-esque invariablement, de pré- 

I rurr à l.illh" UUtrC 

La science 'm vii,}it BJntic. — A peine arrivé 

, -.111,111,1, il 111, il. I,'' une extrême fatigue, 

- ,, - III, ,li.| ,-,i - - iiislniments et fit les oli- 

I ,,: 1 a, - ,jii. ,1 |,iii- I ,ni;lemps il rêvait, sur la 

-Il 11- iiiir iii->ai'iiiicif;iM-,, leur liaison, l'altitudo, 

il >|i!iêre. Ses expériences ont été depuis 

1, ii.iiiMlrcs avec moins de hâte et plus d'exac- 

iiiuil. ; mais il eut le mérite de les vouloir et d<' 

M' sacrilier pour elles. En juillet 1788, il passait 

iiiizo jours dans une cabane île fortune, au col 

du Géant (3371 mètres), y étudiait la formation 

'•"' " ' "" " et le développement des orages, la grêle, la vio- 

3 AiGLii.LE. lence du vent, les variations baromélri(iues, 

l'électricité, etc. Souvent, tandis que le calim- 

régnait du ci^té de Courmayeui-j la rafale soufflait là-haut 

trembler Ja'Vnontagnc; contre ie froii 



faii 



pénétrant, les fourrures ne 
pouvaient suffire : on alluma un réchaud, mais la ilamme languis- 
sante dans cet air raréfié avait peine à se soutenir. Mais aussi. . 
par temps calme, quelles radieuses soirées! 

En juillet IS'i-i, les savants Marlins. Bravais et Le Pileur se por- 
tèrent nnniont Blanc; on se mit à l'œuvre, lin théodolite est dicssi> 
pour la mensuration des distances: la pression atmosphérique, l'ébul- 
lition de l'eau, la hauteur du mont Blanc, la température sont véri- 
fiées. Le thermomètre marquait — 18°,8 sur la neige. — l'M» 
et — l 'r, h 20 centimètres de profondeur. 

rijmtiin, en septembre 1858, devait renouveler ces expérioncfs. 
dresser un thermomètre à niaxima, en enfouir un autre à niininia 
dans la glaci;. Cette tentative ne fut pas heuieuse ; en août de l'anm'c 
suivante, il remontait, mais, celte fois, pour mieux mesurer la perte 
de calorique des rayons solaiifsdans l'espace, il voulut être là jl<'s 
l'aurore. Il n'y avait qu'un moyen : passer la nuit au sommet; cest 
ce qu'il fil. Une simple tente abritait les voyageurs, serrés les 
uns contre les autres et enveloppés dans leurs couvertures, sur la 
neige même, qui marquait lii" au-de.ssons de zéro. Chose à peiiif 
croyable, on souffrit plus de la rareté de l'air que du froid. Le len- 
demain, bruiné épaisse, vent terrible; il fallut renoncer à l'éluile 



LES ALl'ES. — LE RHÔNE 



Ju rayon nemtMit solaire; la formalion dos glaciers, lotir ovuluiion. 
comparalile à colle il'im ori^anisino animal, oui surloiU oxorco la 
.,•, ,[ ■ ,lo Tyiulall. 

ùl I8";i, W.Jules Violle rosolul onliu le |ir<ililèmc du rayon- 
: solaire : la vapeur d'eau ri-|iaudue dans l'air absorlie par 



loulail d'un uiaiiloau do neigo : on rodoscondil à Clianionix. Trois 
jours durant, la caravano avait vécu l.i-liant : iH-.U julllol l«»7. 
1,'olaldissornonl d'un Ul-sorvatoiro à collo alliliido no pouvait plus 
passer pour uni; ontropri.-.o cliiuuWi<iuo. M. V.illnl clioisil pour l'y 
olaldir lin roclior plat di-s llossos, au liord d'uio- uraiwlo plainu 





trique de l'atmosphère; de là vient que l'air humide dos régions 
inférieures, échauJTé par l'absorption des rayons solaires, osl plus 
leinporé que l'air soc des grandes altitudes. 

Il y a doux Observatoires au mont Blanc : l'un, celui de M. Val- 
K»/, pour l'oludo dos plionomènes météorologiques; l'aulre, celui de 
M. Janssen, pour les observations astronomiques. Au-dessus de 
l'énorme matelas d'air et de vapeur d'eau qui en amoindrissent la 
portée dans les régions inférieures et faussent los indications des 
instruments enregistreurs, les phénomènes almospiioriques pren- 
nent, dans les hautes altitudes, une intensité qui permet d'en mieux 
saisir l'origine et d'en étudier les lois. Lorsque M. ViiIIdI eut fait 
transporter sur le rocher des lîosses les instruments scientiliquos 

lont il comptait se servir, il voulut, en c^impaLmie illioinnu-s ii'so- 

iis, prouver, contrairement 
i l'opinion reçue, qu'il était 
[lossible de vivre à celte al- 
;iludeel d'y faire œuvre utile. 
L'ne lente fut dressée sur 

e rocher même, solide- 
ment arrimée et munie inté- 
-ieuremenlde toile goudron- 
lée, sous un fi-utre épais. Le 

nugissement du vont dé- 

:hah)é, comme sur une mer 

■n furie, troubla la première 

mit dos hôtes du mont Blanc. 
\veclejour, le soleil brille; 
'eul le cra(|uement des ava- 

aiiches trouble le grand si- 

ence de l'atmosphère lim- 
|>ide; puis tout se trrmble. 
j orage gronde avec la nuit. 

I y avait dans l'air une éléc- 

ricité extraordinaire. •■ Je 

oiislate, dit .M. Vallot, des 

diénomènes électriques 

l'une intensité effrayante. 
Ile la lente, de l'abri, dos 

Qstriimenls, de moi-mèmo 

larlun bruissement strident 
lusé par des milliers d'otin- 

iilles. Mes cheveux se dres- 

?nt; il semble (|u'on me los 

ire chacun séparoimnt. ot 

iir tout le coi(is on sont ibs 

lincelles : nous sommos lit- 

éialement baignés dans la 

judre. .. Le lendemain il 

lisait froid; la tente se ve- 

France. - II. 



consli'iiilioii , prépai-i-s à l'aviiiiiT et hiLiuiicusomeiit transportés 
à pied d'u'uvre, furent ajustes sur des poutres dans le prolonge- 
ment desquelles des morceaux de roc entassés assurèrent l'adhé- 
sion : doubles portes, doubles fonôtros, des plaques de feutre in- 
combustible, faisaient à l'intérieur une cuirasse imperméable. Le 
toit, plus tard, fut prolongé des deux côtés jusqu'au sol, et cela 
donnait à l'ensemble l'air d'une carapace aic-boulée contre le vent 
et capable do résister aux plus violents efforts. Des instruments 
variés occupent la partie de la consliuction réservée à l'Ob.iervu- 
luire proprornoiit dit; le reste sert d'habitation, et l'on est tout 
sinpris do trouver au-dessus dos nuages, dans le désort des alli- 
tuilos glacées, un loi souci du o.inl'orl et de la douceur do vivre. 




LA FRANCE 



VObservatoire Vallot fui un premier pas. M. Janssen se préoccu- 
pait détudier dans une atmosphère limpide les gaz qui enveloppent 
le foyer lumineux du soleil. Toute ascension lui étant pénible, l'illus- 
tre astronome fit construire à son usage une chaise à porteurs, que 
sa mol»ilité maintenait toujours droite, malgré l'inclinaison du ter- 
rain. (In l'r-mploy.iit sur h^s premiers escarpements, le me s.iliil.". 




à travers le labyrinthe des séi.h - : ~iii I - priites de neige, un traî- 
neau glissait comme dans les I _i-ii~ I" Liiii's. On parvint ainsi à 
l'observatoire Vallot; un mu ,. n | i 1 mi:;(; l'y ayant retenu, 
M. Jniisspit observa cpie ririliii-ii >l > i.iirr, s|poctrales de l'oxygène 
diminuait progressiveriMiil ,im . i alhliule ; d'où il conclut, par un 
calcul appioprié, (|ue l-w. n-. ■ ■ —anl de trahir sa présence à la 
limite de l'atmosphèie Itrn .-,Ln-, iiu.xistait pas dans l'enveloppe 
gazeuse du soleil. Malgré le vent (|ui balayait la cn'le ih's linssis. le 
traîneau, rampant au-dessus des abîmes, 
atteignit la cime du wont Blnnc. On ne vit 
jamais plus extraordinaire ascension. 
.M. Janssen avait résolu d'élever au faîli' 
un Ohiervalnire astronomique. Mais il fal- 
lait en assurer la base : cette calotte di' 
glace qui forme la cime offrait-elle uni' 
assiette assez solide pour y asseoir uni' 
construction durabii-? Une équipe d'ou- 
vriers, sous la direction de M. Imfeld, 
ouvrit une galerie hnrizrputale, ;'i 12 mètres 
au-dessous du faite : partout on trouva la 
glace vive, mais, de roc solidi;, point. Ex- 
périiMice faite en son laboratoire de Meu- 
■don sur la résistance de la neige durcie, 
M. Janssin i'<>fu'it, malgré tout, son projet. 
I lie pyraiiiidi' Ipinquér? vu ImiIs dir sapin, 
A double [laroi et double étage, s'enfonça 
de 3 iiic'lres dans la crête glacéi; du Dôme 
et surgit de 7 m-'iri-s au dehors : tel fut 
■VOhffrvnloire. l'ne tourelle en terrasse le 
relevait de 2 nuHres encore. Il n'est pas 
en Kurope de construction plus auda- 
cieuse: elle a jusqu'ici résisté aux nnia- 
gans dérhainés, mais, biUie sur la gia. . , 
r>lle s'i'nfiince avec elle, par l'erTcl de I.j 
fusion des niasses inférii'ures, tandis que la 
plate-forme voisine reçoit des précipita- 
tions neigeuses une compensation qui con- 
seivc son niveau sensiblement lo même. 



MASSIF DU MONT BLANC 

structure générale. — Sous la domination du Lôme, donjo 

d'une citadelle de titans, surgissent de toutes parts des tour 

massives, des pyramides élanci'es, des flèches inaccessibles éche 

velées sur les crêtes o 

projetées sur les gla 

ciers. Des remparts d 
loUO à 2000 mètr. 
tombent au sud, sur 1 
foss( piofond de l'allé 
Blanche italienne et d 
\al ^^nl, au conlrair. 
lis s'abaissent par cor 
Il esrai pes échelonnée: 
du coli_ de Chainoni: 
[ a plus grande épai; 
sein du Massif est d 
13 kilomètres enti 
1 \i\e de Chanionix > 
le coniluent des deu 
ton ents qui coniposen 
aEntieves, laDoire Ba 
tee II mesure, dansso 
plus grand développt 
ment, 4b kilomètres, d 
col du Bonhomme o 
lac Chanipey. 

Trois États se part: 
gent ces 400kilomètri 
cariés de rochers 
de glaces. Les eaux li 
versant français de 
cendent par l'Arve, 1' 
sère elle Rhône à la M 
diterranée ; de luèn 
celles du versai 
suisse, par la Dran: 
et le Trient, tributaif 
du l'.hône, au-dessus du lac de Genève; enfin, les eaux du ve 
sant italien vont par la Doire Baltée et le. Pô à l'Adriatique. L'are 
fronlière se dégage du col de la Seigne, entre la France et l'ilali 
gravit le revers du Goûter et celui du mont Blanc et, par l'are 
concave que dessinent les escarpements suspendus au-dessus de 
dépression de la Doire jusqu'au col Ferrei, se lie au mont Dulen 
môle de séparation des trois pays voisins : l'iance, Italie < 
.'^nissi'. Là ninviM^enl la Haute-Savoie, la province d'AosIe, le Vi 




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Ag:enta de destruction. 



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laùs suisse, dont la limite se relie au cul ilo lîiilino, sur le ver- 
sant nord du Massif. 

« On considérait le mont Blanc comme un rnlut il(! firatiujine qui. 
encore à IVtat plastique, serait venu au jour sous raction de pous- 
sées latérales, en sépanouissant comme une gerbe serrée en son 
milieu. Mais MM. Duparc et Vallot ont démontré que la prologine 
oITrait des plissements très aigus entre lesquels sont pinces des 
s.-hisles cristallins, l'ensemble "constituant des feuillets verticaux 
où l'érosion a creusé des couloirs et sculpté des aiguilles. Ces 
schi^lcs représenteraient les restes de l'énorme manteau sédimen- 
laire qui recouvrait autrefois le Massif et dont le lambeau de 
ruicaire jurassique perché sur la plus haute des Aiguilles Uouges 



sérail encore un téii 

Le massif du mont Bl i 
compact antérieur qui 
s'effrite el tombe en 
ruine. Chaque jour eu 
accentue la dégrad 
lion; nous le voyoïis 
sornbrer, pour ainsi 
dire.SousI'action sr-cii- 
luire des agents atmo- 
sphériques. Il solidi- 
membrure îles crèies 
se disjoint davaiitagi'. 
les coupoles el les do- 
mess'aiguisent en obé- 
lisques, en pyramiib's. 
en aiguilles, do 
pirois écaillées se n ■- 
i'.issent el s'écroub-ul. 
iUui n'a entendu I.- 
iTaquements sinistn-- 
qui rompent tout i, 
l'oup le silence d.s 

I liaules solitudes? C'est 

II avalanche: des ice- 
j li'Tgs massifs, des llé- 

lies de ciisial déta- 
liéesdeleurtoitglacé. 
une mitraille de pierres 
fl de graviers se préci- 
l'itenl, avec un roub- 
menlde tonnerre, dan;- 
un nuage poudreux qui 
ébranleraircommeuiie 
décharge d'artillerie. 



M. Li n.i 



iiionlagne, la fo 

•branle et balaye, le soleil (|ui cuit, l'idii 
illusion tes ses formes : vapeur, jiluie, glace 
•l loii'i-nts, conslitne le principal agent 
li'slriicleur. En ellet, l'eau, s'insinuant 
lans les tissures de la roche, se gonlle 
l«ar le gel, écarte les parois qui la relii-ii- 
inMil ; ci'lles-ci se fendillent en plaques ou 
iMi cubes qui, sous l'action émollieiite de 
la chaleur, sedélachenl et tombent. 

Aux explosions deslruclives causées par 
le gel s'ajoute le [inissanl travail d l'ro- 
sion acconipli par les placiers : ils sapent 
|i;ir la base les crêtes démolies par la cime. 
Cet énorme rabot de glace, moulé aux 
parois rocheuses qui l'enclavent, les use, 
les iiolil, les strie (lar l'action des cailloux 
el des graviers qu'il entraine. (Jnand, par 
snile d'un ulTaissemeiit de la niasse gla- 
ciaire, dû à la pauvreté de l'aliiMentation, 
les roches riveraines app.iraissent au jour, 
rllc's témoignent, même après la dispari- 
lion du llcuve do glaie, qu'il passait jadis 
en cel endioit, comme les ornières creu- 
sées dans les dalles et les entailles ouvertes 
dans les muis par les essieux des roues 
rvoquioit les chars antiques qui roulaient 
.lulK'inis jiar les rues de Pompéi. 

1..S ili-bris tombés des sommels s'amas- 
siiil en talus le long du glacier el descendent avec lui : ce sont des 
uKiraincs latirnles. Que deux glaciers se rencontrent, les deux mo- 
raines, soulevées sur les rives conHuenles, se redressent en une 
nwrnine midiane : aii; i l.i pieiie ,'i I!,'i ,iiii.'e|-, à la rencontre des 
glaciers de l.eschaiix ei ,lii I ;ilriie. I,..i-|iie, en vertu de sa progres- 
sion, le .</Mc(>r atteinl h\liiiiL" iHiiul lie lu-ioii au seuil de sa vallée 
iiifr^rieuie. les di'lois (|u il elianie s'eeroiilenl pour former sur le 
In ni <le son esiiii peine ni un seuil de débris : c'est la moraine fronlnle. 
La suii cssiiin de phisii'iir-; moraines dans l'encaissement vide d'un 
yliuirr pei niel île niesui er son recul, en remontant par étapes le 
ciiemiii qu'il suivait, à la descente. Enfin, sous la masse glacée, les 
graviers, les cailloux et les blocs roulés forment une moraine pro- 
fomlf dont les ilidiiis viennent au jour, à mesure que diminue ou se 




LA Fil AN ci: 



li.in rappellent rniicienne présence du glacier, et la nature même 
des maléiiuux enlrainés révèle leur provenance. Parfois aussi, 
des cailloux engages dans la masse et sillonnés de cannelures paral- 
lèles ou entrecroisées pur la morsure des graviers témoignent 
non moins clairement de Tancienne progression glaciaire. Enlin 
les rorlip? peu consistâmes, soumises ;'i une Irilui-alion puissnnie 



220 i mètres au-dessus de la mer, était au niveau di-s deu.x cimes 
qui le dominent : la Croix de l''er (2340 mètres) et les Grands, qui 
dépassent 2080 mètres. » (Ch. Martin?.) 

Dans la vallée même de Clinmonix, cinq moraines successives 
marquent pnr éclielons le retrait des glaces vers le mont Blanc. 
An revers du .Massif, dans le val Véni, l'on retrouverait de même 




■ivenl à n èlie 
re, comme le 



dans ce milieu humide (ju'' prohiit la fusion, ei 
plus qu'un inélan'-'e inconsistant, une bouc gl; 
tes d(! la vallée du Rl.in. 

Aciumulés sur le front des glaciers, les débris inorainiques for- 
ment souvent barrage en travers des vallées et retiennent les eaux. 
Tantôt la poussée torrentielle a rompu celte digue d'arrêt, tantôt la 
digue a été assez pni.ssante pour se maintenir et emprisonner der- 
rière elle une nappe lacustre. Les Incs morainiqun sont foit noni- 
bieux. Il en est qui s'attardent bien loin îles masses glaciaires, re- 
tirées depuis des siècles à l'inté- 
lieur des monts. Ainsi les lacs 
alpins du vei-sant italien : lacs 
Mnjfiir, de Côiiic, de Garde, véri- 
tables mers intérieures; au pied 
des Pyrénées, le lac de Lourdes, 
Sont des lacs d'origine moraini- 
quc. Dans toutes les régions au- 
trefois envaliies par les glaces, 
la fusion a laissé des constella- 
tions de petits lacs sans moraine 
a()[)arenle, auxquels suffit une 
simple cuvette d'affaissement : 
ainsi les lacs fUnncs, au-dessus 
de la vallée de Cliainonix, qui, à 
une altitude de plus de 2300 mè- 
tres, ne dégèlent presque pas. 

A des points de repère aussi 
miiltipliésqul traliis.sent leuran- 
cien passage. Il est facile de re- 
tiouver avec certitude la route 
lies glaciers priniitifi et de me- 
surer leur éli^ndue. l'oui- .s'en 
tenir au mont Blanc, les dépres- 
sions qui le circonsirivenl : val- 
lées de r.liamonix, de Monijoie, 
du val Véni, du val Perret furent 
comblées par des mers de glace, 
dont les glaciers actuels ne sont 
que les afllui'nts supi'ricui's. I.e 
manteau glaciaire débordait sur 
les cols voisins de Voza, du Hon- 
boinine, de la Seigiio, de Ferrel, 
de Tùle-Noire, de llalme. « Les 
gl'iriris ont abaissé Ces cols en les 
érodanl : ainsi le col de Dnlme, 
actuellement à la liauleur de 




les traies visibles du retrait glaciaire. Les coulées du Minge, 
du lirouillard et du Kresiiay ne formaient qu'une seule nappe gla- 
cée : trois niveaux successifs, nettement marqués, amenèrent leur 
séparation. Comme les glaciers du nord s'étalaient jusque dans la 
plaine duRhone, ceux du mididévalaientparlavallée d'Aoslejusqu'i 
la idaine du Pô. 

Malgré des observations répétées et minutieuses, on n'a pu llxoi' 
encore la loi de recul et de progression des glaciers : car, s'ils se 
letirenl. ils avancent aussi, quand ils sont suralimentés; le mouve- 
ment est alternatif, bien que plus 
accentué en arrière. Les raisons 
profondes de ces cliangeinenls 
nous échappent en partie : le gla- 
cier a sa vie intérieure, une cir- 
rulation d'air et d'eau que l'on 
ibviiie, sans en connaître les 
règles. Rares sont ks observa- 
teurs qui, tombés dans une cre- 
vasse, ont pu en remonter, ou 
garder a-ssez de sang-froid |ioin' 
observer, comme Viollet-le-Diic, 
ce qui s'y p:isse, en attendant 
qu'on vienne les secourir. 

Le glacier est un organisme 
en voie de perpétuelle transfor- 
loation; ilse meut, il agit parses 
propres moyens et d'après des 
règles spéciales h. son tempéra- 
ment. Son rôle est double: bien- 
faisant d'abord, puisqu'il retient 
en blocs solides le surcroît des 
précipita lions hivernales, pour en 
(1. partiravecmesiire et, enleinps 
voulu, les eaux de fusion, sève 
\ i taie de la plante et des animaux. 
Mais aussi, comme t.iute aclioi» 

I luit ru>nre, le ///■«■l'r en mar- 

, lie \, 1^1, 1 plaine érode ses bords, 
i,il,.,|,l,. tond snrleqnel il glisse; 
..,,1, ht .s.laigit et s'enfonre et 
r'est le coipsib' la montagne qui 

<,/.'C(Vis'amoiruliit lui-même par 
rabaissement continu de !-oii ni- 
veau qui, en l'éloignant du point 
de congélation nécessaire à so» 



LI-S ALPES. — LE RHÔNE 



enlrelien, lo rapproolie de ralmosplii'^re émollienle ilos régions 
inférieures. Cet alTaissemenl pi^iu'ra! ilégage le moilelé ilo ses 
rives; alors les orèles éinergenl, les arêtes s'allongent, les pointes 
se ilressent, les dômes s'arrondissent : c'est la nionlagne qui parait, 
avec ses ciuilours et ses aspects variés, comme une belle statue 
jaillit du Mnc iurnitne sous le ciseau d'un srulpleur de gi'iiie. 



central oITre un largo clianip dCxiiaiisiou ,uix glariers, entre des 
crtHes allongées Jusqu'à la vall.-.^ ,!.. lAur. I... proMu.ntoire aigu de 
r.li'jHiV/edu Taciil, rattacliéo par le pédoncule des Périndes et du 
mont MnllH (;}H«8 métros) au nnnid de V Aiguille de Roche fnrl et du 
GMnl, pointe vers le nord au cieur do riiémicyclo, entre deux grands 
llruv,.s de glace : !,> ,,l„ri,r ,h, <;,-;i„t.h \\^\\v<\ . ;,r,-,ll de rr|l,i ,|e 




LA ME» DE GI.ACli VUE DU MONTANVERS. 



Sommets et glaciers. — Dans la confusion apparente dos 
sommets qui romposent le massif du moût Blmtc, le regard, acca- 
paré par la citne maîtresse, clierclie en vain l'arôte qui attache 
ensemble b-s diverses parties de ce gigantesque organisme. On 
devine ce lien, plus qu'on ne le voit, sous l'épais manteau de fri- 
mas qui voile ses attaclies. Une longue suite décrètes se lie en 
croissant, d'une part, au mont Mnailit, contrefort du moril Blanc; 
de l'autre, à V Aiguille du Triolet, partenaire du mont Dolent. Les 
sommets en relief sur cette ligne sont, à partir du mont Maudit 
'4463 mètres), la Tour-Honde (3792 mètres), le Grand-Flamhma 
'.3.ïo4 mètres), les Aiguilles Marbrées (3oVl mètres), VAiguilIr du 
Géant (4014 mètres), VAiguille de linchefort (4003 mètres), les 
Grawtes-Jorasses (4206 mètres) et 1'-^ priiir^-.I,,r.:ises (3082 mi- 
tres), VAiguille de Le.sc/mnx (3780 mp Ip - . \.\.n,,utle de VÉboule- 
»ifn< (3609 mètres) et celle du Ta/é/r»' :iT:;,i im.ii.^ , ênlmV Aiguille 
du rriWei (3876 mètres) et le mont /;../.„< :;.s:;ii mètres}. 

\a convexité de l'arc, tournée vers ritalie, dresse au-dessus de la 
allée de la Doire d'abrupts escarpements qu'étayent piusieuis 
contreforts nécessairement écourtés : monts do la Drcnca, de 
Jetoula, de Rochefort, de VÉvéque, mont Gruelta, montagnes Rouges, 
mont Grépillon. Dans les intervalles des contreforts se logent quel- 
ques amas glaciaires : ceux à'Entrèves, de Toute, de Rochefort, de 
l'innpnnsière , de Frébouzie. Entre les deux arêtes principales de cette 
^o^lion du versant italien, les deux glaciers du Triolet et de Bar 
s'attachent aux flancs de VAiguille du Triolet; à l'ouest, le grand 
leuve glacé de la Brenva moule ses névés à la dépression orien- 
ale du mont Blanc et du mont Maudit. 

Du côté français, la concavité du grand croissant montagneux 

Fra.nce. — II. 



la Vallée- blanche ;\e glacier de Leschaux, à l'est, gonllé par l'ariluent 
du Talèfre. Un chevauchement continu d'arèles enveloppe cette 
grande arène glaciaire : sur la rive gauche, à partir du mont Mau- 
dit, le mont Blanc du Tacul (4 249 mètres), VAiguille du Midi 
(3 842 mètres), celle du Plan (3 673 mètres), celle de Blaitière, 
VAiguille de Grépon (3 482 mètres), celles des Grands et Pctits- 
Chàrmoz (3443 mètres et 2 867 mètres), VAiguille de Trélaporte 
(2oo0 mètres), dont la base plonge sur la coulée glaciaire. A 
droite, se dressent en falaises les crêtes étoilées autour de VAi- 
i/uille Verte (4127 mètres); au sud, les Droites, les Courtes, et, 
au nord-ouest, VÉvéque et le Moine, qui enveloppent le cirque de 
Talèfre, d'où émerge, au centre, l'ilot du Jardin; au nord-ouest et 
au nord enfin, VAiguille du Dru (3 732 mètres) et celle des Grands- 
Moutets (3 298 mèti'es\ qui projette vers le glacier des Buis VAi- 
guille à Bochard (2 608 mètres)^ en face du fameux Montanvers. 
i.à s'ouvre l'cstuairo de la mer de Glace, que forment les trois 
glands courants glaciaires du Géant, de Leschaux et de Talèfre. 
A son débouché en vue de la plaine, le gigantesque fjord de glace 
prend le nom de glacier des Bois. Cette immense coulée, la plus 
importante du Alassif, mesure, dans sa [dus grande lonuueur, 
14 kilomètres environ, de la. Tour-Ronde à VArvcgron, qui soiinl au 
front du glacier des Bois. 

Sur les flancs du déversoir central s'épanchent deux grandes cou- 
lées. L'une, à l'ouest, entraîne parles glaciers do l'acunnaz et des 
Bossons les neiges et les avalanches du cirque formé par le mont 
Maudit, le mont Blanc, le Dàuie et VAiguille du Goûter. L'autre, 
coulée latérale, aussi longue que le lleuve de Leschaux et la mer de 
Glace réunis, glisse, du monl Dolent jusqu'à peu de distance du 



LA FRANCE 



village d'Argenticre, qui lui donne son nom. D'une pari, les crèles 
rayonnantes de l'Aiguille Verleei, d'autre part, lo Tour Noir (3843 mè- 
tres) et VAiguille de la Neuvaz (3 7oO iii''-- . r..n..^ A'Arginlière 
(39r2m.''tres),du C/iar'/y/me<(382omèU - double rive. 

Ainsi deux grandes coulées glaciaires. "^(ère et des 

fioisons, s'allongent sur les Ai'uk ll.inrs .1- ' ■■'% sortt- de 



gros Béchar], de la Côte, Aiguille de la Tour, la Tnpinz ou plan de 
l'Aiguille, qui domine Chamonix, des tètes de coulées glaciaires 
s'insinui-nt, de pistils rt'Si-rvnirs sp blottissent i Ifs /V/pîiik, etc. \ 

Passag-es. -- iMi pn-s.'d.' la vall.'.' (b> l'Aivr, ]ki |- Sii M I (,, avais, je 

COldu lj".:!,.,,„,nr '2 ! ! il I 11 1 r I r.-s , \,-Cnl,h' 1,1 Sf',./,,r 'i i , 1 2 llll''tre.s\ 

dans la r..,l,,l,|,. ,lr rAlb^-Itlaiirl,,. ,.l ,lu val Wlll, ,1111 drsrpud à 



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CKEVASSES, 



pieuvre gigantesque dont les tentac\ili's piMiètroiit au coMir même 
de l'arc central du Massif. L"ne doubU; poussée du versant ilalieu 
se prononce par la projection de deux bastions d'appui sur b's 
points d'altache opposés: mont Dolent et mont Blanc. A l'orridciil, 
le bastion triangulaire pointe, -parV Aiguille de Bionnfifsnij, eutie les 
deux côtés que dessinent : d'une part, la Tètp-Carrâe et l'.l iguille des 
(ilncicrs ; de l'autre, le Dihne du Goiiler, l'aiète des Bniises, le mont 
Blanc, le mont Blanc de Courmageur, les Aiguilles Blanche et .\itire de 
Pcliri-l. Dans l'intérieur du triangle baslionné, s'allonge, en per- 
pendiculaire sur rAllée-Blanclie et le val Véni, le glacier du Miage 
italien, dont les affluents sont: le glacier de VAIlêe-rtlanrhe, au 
revers de VAiguille de Triliiléle; sur l'autie bord, le glacier de 
Bionnnxsag ilalien et cidui du Dôme, que séparent les Aignillrf Orixrs; 
I elui du mont Blanc de Cnurmaycur et, dans la i>inco îles monis du 
Brouillard et des Aiguilles de Pétéret, le glacier d\i Brouillard et 
celui du Fre.inag. I.e bastion oriental, moins important, pointe à 
VA igmile de la Neuvaz, entre les arêtes du mont Dolent et du Gn'jiil- 
lon, ci-lles (lu Dnrréiel de la pointe de Plancreu>e; dans les inlcr- 
valles se nichent quelques réservoirs glacés: ceux du JJulnit, de la 
j\iiii;az, de Treniz-Bauc, de Plancreme. 

Il y annéviib-ntcoMlrasIeentrelessailliesquicontre-bulenlàclia- 
ruh^ de ses exliémitésle jVa.(.«i/ entier du mont Blanc. Ce sont, à l'est, 
du cùté suisse, des plateaux massifs et de grande altitude, soudés à 
la pointe d'Orny, sorte de proue qui surplombe les glaciers du Trient, 
desCranih, de Bron (versant nord), les glaciers d'Orng et de Sa- 
hinaz, rayonnant autour du plateau glacé du Trient. Au-dessus du 
.Saleinm émerge le belvédéie de la (Wande-Fourche. 

A l'autre bout du Massif, au contraire, la montagne est plus décou- 
pée, sillonnée d'aièles et de déversoirs i 11 leimédiaires: ainsi, sur les 
deux veisatits du Dôme de Miage et de 1.1 ignille de Déranger, qu'une 
aréle àpeine ébréciiée relie à VAiguille de Bionnassag, le glacier im- 
portant de Trélaléle et celui de la l'rassr; dans le rayonnement de 
V Aiguille de Bionnassag, les glaciers du Bnonui^sag italien, dn Mingc 
français el du Bionnassag français. 

Enfin, rnire les arêtes d'avanl-gaicle qui frangent le front du 
Massif au-dessus de la vallée de l'Arve : montagnes de Tacunnaz (le 



Conrniayeur. De là, le val et le col Ferret (25'i3 mètres) conduisent 
la circonvallation dans le sillon de la Dranse, vers AJarligng el la 
vallée du Bhone. Elle remonte alors par le col de ta Forclnz ( l i)20 mè- 
tres), le val de Trient, bifurque sur le col des Montcls (I 402 mètres 
ou débouche directement par le col de Buline (2201 niclrcs) sur la 
coulée de l'Arve, Chamonix, le Tayct, en vue de Saint-fiervais. 

Bien qu'il n'y ait en cette longue tiaite qu'une seule roule de 
voitures, celle des Montels, à cause de la faible altitude, on trouvera 
idus facile encore le tour du mont Blanc que sa traversée. Si l'on 
excepte le col de Voza (1 67B mètres) et celui de la Forclnz du Prarion 
(1 5o6 mètres), qui franchissent l'éperon, du val Monljoie à la vallée 
de Chamonix, les cols dirigés à l'intérieur du Massif, d'un versant 
à l'autre, ne constiluent cà proprement parlei- que dos pistes, prati- 
cables seulement quelques mois de l'année, pour de vrais alpinistes 
rompus aux escalades. Tels les cols des Courtes et des Droites, per- 
chés sur l'arfle du glacier d'Argentière, et tellement escarpés qu'il 
est arrivé de les atteindre .sans pouvoir descendre de l'autre côté; 
le col du Chnrdonnet, entre le glacier de Saleinaz el ci'lui d'Argen- 
tière; le col des Grands-Monlcts (3 241 mètres 1, entre VAiguille de ce 
nom et VAiguille Verte; le col du mont Dolent (3543 mètres); le 
col de Pierre-Joseph (3478 mètres), entre \es Aiguilles dn Talèfre et 
de l'Eboulemenl; celui des Hirondelles (3 477 mètres!, entre les 
Petites el les Grandes-Jorasses; le col du Géant (3371 mètres, 
ouvert au fond du glacier de ce nom, entre les A igwlles Marbrées cl 
les Flnmbeau.r, en surplomb sur la coupure de la Doire. 

Des communications normales auraient existé autrefois par cette 
voie entre les deux versants de Courmaycur et de Chamonix. Celle 
obscure tradition s'explique peul-êire par le lien leligienx (pii ralln- 
chait le prieuré de Chamonix à la grande abbaye bénédictine de 
.Saint-Michel, juchée au delà des monts, sur une idclie iircscpie inac- 
cessible, entre Suse el Turin. C'est en s'inspiranl de la tradition 
poiuilaire que Bourril, parti du Monlanvers, en 17S7, riMUonla la mer 
de (ilace, triiveisa, non sans risques, le col du Géant et dcsciMidil a 
Courmayem'; le Massif n'élait donc pas infranchissable. Saussure 
passa quinze jours au cnl du Géant, mais seulement en juillet de 
l'année suivante : il y fit des observations scientifiques, el l'on a 



LES ALPES. — Li: IMIÔNi; 




iisleinent donné son nom à l'iiiie des cimes voisines. M.iis Bouirii, 
admirateur enthousiaste de la première heure, l'entrairieur infa- 
i^'able de la course au mont Blanc, bien que la joie d'y atteindre 
Kilt à Tait lui ait été refusée, ne méritait-il pas que l'on consacrât sa 
Im-iTioirc par un signe visible, autant du moins que le rogue savant 
le Berlin, Pitclieiier, qui, sur la roule du mont Blnnc déjà fréquentée, 
ints'élablir aux Grands-Mulrts et célébra à coups de canon et grand 
enfort de niusiciue une promonade qu'il prenait pour un exploit. 

I.e col du Miili, entre ïuiijiiille de ce nom cl le muni Blnnc du 
fiieul; celui de la Tunr-Homlp. 
•nlre les glaciers de la Brenva 
•t du Géant, sont des pistes peu 
ecoramandables aux touristes 
ion aguerris. Encore que moins 
■levé, le col du iliage (3376 mè- 
res;, llanqué de couloirs de glace, 
i vu plus d'un drame. M. John 
'.irkbeck, en juillet 1861, fit (!.• 
à-liautune épouvantable giissuib' 
crlicale de 538 mèties. Ses coni- 
>agnons le croyaient en capibi- 
adc : par miracle on put enfin !• 
elrouver, moulu, écorchévif |i,u 
horrible frottement, mais sans 
lucun membre cassé. 

Le passage de Chamonixà Cou i 
nayeur, et réciproquement, par 
e travers du Massif n'est qu'un 
)ronesse. Pratiquement, les culs 
jont «les Irompe-l'œil : la limpi- 
lilé de l'atmosphère, la crudité 
[les formes, l'écrasement des 
I nasses, tout est fait, dans cet 
imas compliqué de roches et de 
.'lace, pour déconcerter les mieux 
iverlis. 

XiXimonlTondu ^3 19Gmèlresiàla 
•oinled'Orni/ (3274 mètres), môles 
le repère dressés à chaque exlré- 
nité, sur les parties déclives du 
ilassif, la dislance absolue est de 
l'i kilomètres; la dorsale des cré- 
es soulevées entre cesdeux points 
le mesure pas moins de 30 kilo- 
iictres. On juge par là du reste. Le 
'innIB/aiic, comme l'amphilliéàtre 
.:iganlesque du cirque de Gavar- 
lie, dans les Pyrénées, échappe 
I la toise du regard humain. 



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(GRANDES ALPES DE SAVOIE 

ET DE DAUPHINÉ 

MASSIF DE LA VANOISE 

Dans ronlnciMlirnt dr l'/«'/r ri d,. VA,;-, qui ,-, .11 11 u.'ri I m a\al .le 

Cliaiiiniis-i.'l, ri ,l,.nl l,.s s..:nvs |uii^r,,l, à .S Uiloinètri'S si'ulcnii'nt 

ruiii' lie l'autre, au c<rur des 

Aljii's Grées, le relief de la 

■Vanoise di^voloppe le croissant 

■ Ir SCS iliaiiipsd.' glace : au nord, 
\'.\:.,iiillr,\n.Ui,lirlleuiont Pourri, 

■ ■iia\aMi L'ai(l<'s\irrisère;ausud, 
!• L'Ian. ide Gibroulnz; aVLCcnli-p, 

la l ' proprementdile. Surun 

il. \,l,.[.|H'ment d'environ 50 ki- 
iornéues, la chaîne se maintient 
à plus de 3000 mètres, pour 
al teindre, avec la cime desGrands- 
r.mloiis, près de 3900 mètres. 

1.0 mont Pourri ou Thuria, 
Iiasqu'ilc étroite cl allongée 
i|u'un isthme déchiqueté, tra-- 
M rsé par le col du Palet, rattache 
au groupe do la Vanoise, tranche 
ii.'l'|,.nirnt siirr.1'7'"'//'' du Midi, 
,iu-ihs^ii^ ,|r~ \;ill. ,-s d.' Peisey 
.■I da Ti^iM -. .|iii dc-innit pro- 

litudo de ces vallées latérales 
c'-tant en moyenne de 1 'lOO mè- 
tres, le mont Pourri, dont la liau- 
ii 111- absolue est de 3 788 mèties, 
-inplombe ainsi le voisinage par 
Nil relief de 2 388 mètres. De là 
uni -.1 fii'rlé : au lieu d'être cn- 
1 I MIS les masses environ- 
I iiii il se dresse isolé et n& 
I . I ! I I . -que rien de sa taille. Sur 
I i_ic - 1 I T'isey, ils'arc-boulepar 
[-11 I. S entre lesquelles s'escar- 
[I II! I' s masses glacées de la 5«- 
./le et de la Gurraz, de la Platière- 
I de la 5ac/te. L'Isère s'enroule, 
I.' lignes à Bourg-Saint-Mau- 
■jce, au pied de ce perron gigan- 
esiiue dont le cône terminal ^ 



LA FRANCE 



li'-gèremenl Ironqué. di-coupe au nord 
pure silhouelle de son manleau de glac 
Des écueils éiiicvL'-^ i'.n,.lni.T.,.|it au su 
ouest, comme 1 - lih'^men 

d'une citadelle .: i-^lre IV 

rosion, en doVlu ^ ; .inles d' 

rochers, a-l-elle v;ilu ii. U li^re monlagn. 
le nom vulgaire qu'elle porte, à moins qui 
'scarpi'minls de eypse en ilissolu'' ■ 




. L A G li DU PLANA 



qui se trouvent au nord-ouest de Peisey, et que l'on nomme les 
Aiguilles Rouges, ne justifient cette désignation ; car le mont Pourri, 
étant de formation cristalline, présente, à l'ouest notamment, une 
stiatificalion remarquable de gneiss, de quarlziles et de schistes. 
Soumis, comme ses congénères, à l'action météorique, il n'a subi 
aucune décomposition anormale. Il a ses enthousiastes, ce belvé- 
dère dégagé au seuil même des grandes Alpes. Les caries donnent 
à la cime le nom spécial de Tlmria et réservent l'autre désigna- 
tion pour une saillie secondaire de l'est, qui domine Saiiile-Foy. 

Entre Bnurg-Sainl-Maurice et Modane, l'/sèrcet YArc sont éloj- 
gnésde48 kilomètres, dans leur plusgraml écnrtement. I.e massifile 
la Vanoise avec ses satel- 
lites : mont Pourri et mont 
Gàbrouln:, en occupe l'inler- 
valle; mais la Vaimise jim- 
jirement dite en retient la 
majeure pailie, soit 30 ou 
3o kilomètres, jalonnés jiar 
quinze ou vingt rimes qui 
dépassent 3(M)6 mètres. 

L'éiat-majiir donne à la 
pointe des Grands- C'ouloir.s 
une altitude de 38(il mè- 
tres : c'est l'arête culmi- 
nante du Massif; un superbe 
glacier s'incline du sommet 
sur son fiont nord, le seul 
accessible, tandis qu'au sud 
plonge Un abiine vertical de 
2(100 nièir-s. Ine cuirasse 
glacée emprisonne la cime 
voisine de la (irnnde-MnlIe 
(3683 mètres,. Au sud, par 
delà le rot de la Vnnnise, 
qui ouvre au travers du mas- 
sif une brèche de 2'J27 mè- 
tres, le ma.tsifde ClmsteforH 
ou (irnnd-Pelvoi dévelojipe 
sa large croupe arrondie où 
sont étalés les doux plus 



beaux glaciers de la 
Savoie : celui de Son- 
nailles au nord-ouest, 
celui de Pph'o: au sud- 
est. Pendant 7 kilomè- 
tres, la ligne de faite 
ncst qu'une croupe 
'■lil'iuissante qui on- 
<liil.' au-dessus de 
3rjlMI mètres. A peine 
si deux écueils noirâ- 
tres surgissent de 
cette vaste mer de 
glace. 

La pointe de Gébrnu- 
hiz (3320 mètres), les 
masses triangulaires 
du Bouchetet de Châ- 
tia u-Gourreau compo- 
sent l 'arrière-garde du 
Massif. Elle épanche 
ses eaux, par les tor- 
nls de Saint-Martin et des Allues, dans le sillon 
ntral du Doron qui, au-dessous de Brides et de 
Bains, conflue, à Moutiers, dans l'Isère. 
Là se trouve le centre de rayonnement du 
massif entier, par l'artère vitale du Doron. 
X la rive du torrent s'échelonnent, au-dessous 
de Bozel, les deux stations thermales de Brides 
(eaux sulfurées et chlorurées sodiques), dans une 
couronne de vergers, de vignes et de bois, sous 
es cimes neigeuses de la Vanoise; Saliyis-les- 
Dnins (eaux salines chlorurées sodiques), dans 
une goige piUoresquc, au-dessus d'une véritable 
mer thermale souterraine. La remonte du Doion 
iiinJuit de Biod, d'une part, vers Tignes, sur 
l'Isère, par le col du Palet; de l'autre, versPra- 
lognan, clef du col central de la Vanoise. La 
conque du lac de Tignes, charmant bassin de 2 kilomètres de cir- 
conférence, s'étale à 2088 mètres d'altitude. Les ruissellements du 
glacier de la Grande-Motte qui l'alimentent, absorbés en partie dans 
Te filtre calcaire de la montagne, jaillissent à 200 pas du lac en 
nappe de cristal. Même phénomène à la sortie : l'émissaire 
s'effondre et rejaillit plus loin en véritable torrent. On pèche, dans 
le lac, des truites savoureuses. 

Pralognan, sur le Doron supérieur, conduit, par le col de Cha- 
vière (au liane du f.ébroulaz), dans la \\\\U'<- de l'Arc, à Modane, tète 
de ligne (lu chcMiin de fer du Fréjus; pir \r cnl di- la Vanoise, sur 
le ri'vcrs du iiinssil', à Knlre-dynx-Emn . Tli.TiiiiLMinn en amont de 




LES ALPES. 



LK UIIONE 



93 




odane) el à. L^nslehoury, qui commande la ruute élu Mont-Cenis. 
ébouflié de res deux voies importâmes, Prnlo'/inm. dans son cadre 
e |irairies, de foièts de ton-enls et de glacieis, semlde promis à 
n bel avenir. Le od de In Vnnoise (2527 mètres) n^serve aux alpi- 
isles la surprise d"uii passage qui rappelle celui du Grand-Saint- 
•■rnard; de grands polc.uix en jalonnent les neiges d'hiver: les 
liamois y fréquentent. Lue pente assez douce, où s'égrènent cinq 
u six nappes lacustres (lacs dus Assielles), dont la plus grande peut 
voir 1 530 mètres de circonférence, descend au liamuau d'Entre-deux- 
'iiix, groupe de cabanes où les beig<'rs de Tliermignon et de la 
aurionue font esliver leurs moutons à la laine blanche et soyeuse. 
n frère du Dorou de Pralognan, le Doron d'Entre-deux-Eauj, 
l'itoie le versant de la Vanoise, mais dans un sens opposé, puisqu'il 
escend à 1 Are. 

Tandis que le mont RIanc, de nature cristalline, ne montre sui- 
^s flancs que de faibles lambeaux sédimentaires, le massif de la 
'im«i<e, au contraire, a conservé d'anciennes assises appartenant 

celle formation : redressi'es par [daces el [dus ou moins profondé- 
lent érodée.'i, elles ne laissent voir que ra- 
:!ment la roche de base. Celte compositimi 
allée du massif luidonneune grande ori- 
inalilé de formes et de couleur : ici, les 
'>mfsde nature schisteuse, peu résistante, 
lCouverlsdepàliirag(s;l.'i,li-si.'ii(issolles 
^liisles cri.-Uillins, plus sulid.-s, ai-uisés 
n pyramides, coinni'' dans la i]].ii;iiiliiine 
ii'CODvuilatiiin du mont 'lliuria; ailleurs, 
•'S parois verlicales en solides assises de 
rés; des calcaires décliiqueli's et troués, 
es vallées des A/lues et de Snint-Martm- 
■•-Z><r//cn7/e ne présentent presque [lailnul 
ue des calcaires sombres, surnionlés il'- 
rès blancs. « Des amoncelbmenls (!• 
vpse donnent à tout le pays, princifia- 

mentaux environs de Brides et de Salins, 
a aspect singulier; ces amas, blanr> 

'mme neige, ont parfois plusieurs cen- 
lines de mètres de profondeur. .. (Ferd. 
KYjiONii, Annuaire du Club A Ijiin.) 

Avec le giiiise (sulfate de chaux), le sùu- 
•< se rencontre à l'état natif ou, encore, 
isocié au cuivre, au plomb, h l'argent. 
ouïes les richesses minérales : le plâtre, 
■ marbre, les minerais divers, l'an thracile, 
ollreul à une fructueuse exploiUtion. 



Il faut, p.uir comprendre la Vamnsc. faire l'ascension du mont 
Jovet. belvédère dressé sur le promontoire que dessinent à leur 
coniluent l'Isèi-e et le Doron. Les schistes luslrés du tria> qui com- 
posent la montagne s'y développent en dômes d'accès facile, sous 
un tapis ininterrompu de pàluiages. l'eut-ètre pour celle raison, les 
Ccnlruns, primitifs habitants de la contrée, eurenl-ils celle mon- 
tagne en vénération : elle nourrissait leurs troupeaux et leurs 
familles; c'était un Dieu bienfaisant, Jupiter sans doute, Joyis. De 
li serait venu le munt Jovet. Du monlUlancàla llarrc des Kcrins, 
en passaiitpar les champs de glace de la Vanoise, le regard embrasse 
du haut de ce belvédèi-e un merveilleux horizon. 

Entre l'.lre el la Romanche, sur le front baslionné du Tliabur, que 
les Alpes Cotliennes projettent dans l'intervalle de deux grandes 
masses granitiques : la Vannise, au nord, le Pelvour, les Écrins el la 
Meije, au sud, des vagues montagneuses, détachées de la traverse 
du Galibier, se succèdent avec les Aiguilles A'Arves, les Grnndes- 
Ituusses, la double ciéle des monts d'Allevard et le massif de Belle- 
dtmne jusciu'à la douve profonde du Graisivaddiin, où coule l'Isère. 




GLACIER DL 



94 



LA FRANCE 



MASSIF DES ARVES 

La crèlo ilo plissi'iii.'iit soulevi'i' ave les Aiyadles J'Arves sur le 
front du Thaboi- s'cnlove, à lest, au-dessus de la dépression ouverte 
à la racine du Graml-Gnlibier (3 2'\i nièlres) ; h l'ouest, sur les tor- 
rents opposés de l'Arvelte et du Gua, ou plutôt, en tenant compte 
du remous parallèle noué à la cime des Torclies et au pic du Mas de 
la Grave, sur la Irom-e torrentielle du Ferrand, dont le col dos Près- 
nouveaux marque le seuil de séparation. Au nord, l'Are; au sud, la 
RoinamUe développent leur courbe opposée. Le sommet culminant 
du massif est l'Aiguille centrale à'Arves, qui trône à 3ol)9 mètres, 
au-dessus de ses deux sœurs et d'un peuple de hautes cimes: 
Aiguilles de la Saussaz, du Goléon (3 429 mètres), de lArgentière 
(3240 mètres), le Gros-Grenier (2 917 mètres) el le mont Pellard, 




tournés vers le iii»rd. C'était, il y a trente ans, un massif à peu près 
iqnof'; le déboisement y a fait rage; les pauvres gens perdus au 
milieu de ces déserts n'ont plus que la bouse de vaclic sécliée pour 
se défendre des rigueurs de l'Iiiver. Mais la nudité môme de ces 
montagnes, leurs formes allières ne manquent pas d'une sauvage 
grandeur. Comme la Meije, sa voisine, la grande Aiguille A'Arves 
semblait inaccessible : elle fut escaladée pour la première fois 
' n I8"8 ; di.-puis, de nombreux alpinistes, des femmes, l'ont foulée 
lu pied, môme l'aiguille mi'ridionali', bien que cette ascension 
■ xige, à cpilain rebord perché au-dessus d'un à-pic vertigineux, un 
• xen-ice de voltige qui ne laLsse [las d'impiessionner les télés les 
pliri soliiles. Les iids de i'Inferni't et du Goli^on, le col Lombard 
rcirineiil nulanl de failles pénétrantes (|ui permettent de circuler à 
havers les émergents .b. la forl.nssc.. 

LES GRANDES-ROUSSES 

De formes plus massives, moins di'coupées (|ue les Aiguilles 
d'Arvis, le» Grandes-Rousses nouinl leurs champs de glace 
L'Iacier i\>; Sninl-Snrlin, glacier des Ouiilir.t) aux deux cimes cen- 
\\iiU:ni\e:\'Éleiittnrd{:Wt~Slurlivn)oli\\\('tni-id-Sain)nr,e. Ausud-ouest, 
la noinxnrlie; h l'ouest, VEnu-tVOllc. fos.sé de Brlledonne ; à l'est, les 
combes torrentielles du Fi-nanJ et d<; la Valette ; nu noi-d, le col 
de la Cmu-iln-Fer, circonscrivent le domaine des Grninlr.i-ftiiimfs, 
liislea montagnes nu demeurant, dont les lluncs, dépourvus du 
manteau prolecteur des forêts, restent sans défense et comme 



rnussù par l'ùprelé du gel et la cuisson du soloiK Les cimes pour- 
tant sont de belle taille : au nord, l'Aiguille JSoire (3 173 mètres); au 
suil, le pic Dnijie; la Pyramide, le pic du Lac-Blanc et Vllcrpie, en 
éperon sur le plateau nu de Urandes. Les fioniains, et après eux 
les Sarrasins, exploitèrent ici des mines de galène et de cuivre 
cris argentifère don! 1rs Daiipliins. à leur tour, surent tirer de beaux 




Iles ^il lies ellondiitsidppelknt l'ancienne exploilalion, t 
du I'iin(e I adip \t iitible toui du Tiésor, où se réfugiait! 



directeur d s n i II garde avec ses murs d' 

2 mètres d' | "^ nielrcs taillés en plein roc, ai 

milieu des (I \ I s ( l déserts. A l'est de la loui 

une chapelle d li isuniNi 1 -, it mplace un temple antique, li 
vestige de 1 1 voie lomaint se \oit en( ore sur la rive du lac lilnin 
ré.servoir de 600 nu liessui I )0, dont lis eaux, blanchies par le sul 
fale de bar\t(, <onti istenta\(c lis loches noires de l'IIerpie, h- 
pùlurages rou\, It s pus et h s tlacicis etincelaiils. D'arbres, il nVi 
est plus gULie le h u des mines ou d( s Atres indigènes a prcsqii' 
tout dévoré 1 i \oie lom une s'i Ie\ iit de la Romanche par \e plntec 
de Paris el celui de Diandes, d ms le pi olongcment du lac Blanc, pi 
suivant le cTMdon di s nappes lu uslu s i ehelonnées au liane occiden 
tal des Grandes-Rousses : lacs licsson, de laFnre, de Balmc-Roiisse.ih 
la Jasxe, jusqu'au cul du Couard. La valli'e de VEau-d'Otle ouvre, d'. 
ce point, les communications au sud vers BeUedonne, au nord vers h- 
Scpt-Laiix, A Uevard, de la vallée de l'Oisans à celle du Graisivaudaii. 

Les Grandes-Riiussex, moins dénudées, seraient le paradis de feux 
qu'effrayent les cimes trop rébarbatives, mais qui voudraient goûter, 
sans trop de risques, les émotions d'une promenade à travers cb 
vrais glaciers et la joie de contempler d'immenses horizons. Encop 
que réduits, les glaciers des (;rrtm/''i-/îrti(sscs offrent un réel intérêt : 
celui de Snint-Surliti s'incline doucement, sans crevasses ; le glariei 
des Qiiirlirs, au contraire, «le jiente bien idus forte, présente assez ib' 
crevasses pour exig<'r l'omploi de la corde. Son point d'appui, le 
pic de l'Étendard, point culminant des Rousses, se termine par uiu' 
plate-forme de schistes arciiéens de 4 à 6 mètres carrés. Le (iVani'- 
Sniiva;/e, son frère, (jui d'en bas paraît une simple arête, se composoi 
en réalité d'une si'rie de prismes verticaux dressés les unsderrièi» 
les autres, d'escalade pénible et de descente assez périlleuse. Un col 
sépare les deux sommets voisins. La merveille des Grnndcs-Rou<sf> 
est plus bas, dans la vallée du Ferrand, leur émissaire principal, 
une cascade rivale des plus belles de l'Iîurope. 



LES ALPES. - LE IUIANF 



93 




MASSIF D'ALLEVARD 

l.a vallée du driiifirniiilau, que sillonne VJsère, se dévcloiipe, iK- 

i.iiiin.'lian à firenoljle, entie les escarpements calcaires de la 

riiart relise, à l'ouest, et une longue arête dentelée de 

1 liniilives tendue, de Cliamousset, sur l'Arc, au col de la 

iiiontagnesd'.-l//pr(7r</j et de ce col aux défilés de la Ronianclie 

pic et criHe de Belltdoime, au-dessus d'L'riaije-les-Bains). La vallée 

de \Eau-Di,lU, tributaire de la Itoniamlie, limite à l'est le relief de 

Iteljedonne ; celle du torrent des Villnrth, afduent de l'Arc, tranche 

1 base orientale des mouls d'Allerard ; entre les deux massifs, le 

ul de la Coche ouvre une brèche de séparation, au rebord du 

•laleau des S''pt-Lnur (sept lacs). 

L'oroaraphie du massif d'Allevard est assez com plexe. iM . H . Fer- 
and, qui eu a fait une élude c>iniplé|e, y v.'il ibux principales 

rèles en forme d T, courant du sud an nnrd, par:illrlenient l'une à 

autre. Au milieu s'élend la riaiiU' v.ill'i' du llri'^lu on il^' la 
Vrrière; au point de jonc- 
ion, leplali-au desSfpl-Laiij- 

m-e, à 2 200 mètres d'alti- 
ude, le spectacle d'une 

randiose et majestueuse dé- 
olalion ; enfin, l'arête orien- 

de, de beaucoup supérieure 

n élévation et en impor- 

ince, envoie à son tour, à 

est et à l'ouest, divers chai- 

ons secondaires qui for- 

lent les curieuses vallées 

e la Combe-Madame, de V,il- 

)ire. du Gleyzin, du V. yton. 

u Bens et du Joudron. 
l'Aréteoaideiitalr. Au sud. 

ouronnant le fond de la 

alléede la Fenière. le massif 

rliculé de la Bille- Ètoilf 
12 722 mètres, et la pointe 

e la Denl du l'rnt ;2fi24 mè- 
'■>■%) commandent le plateau 
'••sSept-Laux; ceux-ci (lac 
jU Ces, lac Blanc, lac Cote- 
["n, lac Carré, lac Noir) cap- 

■s par le Bréda pour l'Isère, 

s autres (Jeplan, la Corne, 
Sagne, dérivés par l'Eau- 

Olle veis la Romanche. 

es ramifications soudées 

i nœud de l'Ktoile, un loup 

laînon de pàturaiies et de 

TèU se dégage au nord, 

ir 16 10 et 2 000 mètres 

altitude jusqu'à /<! r«i7M< ; 

est ce chaînon très riche 

1 minerais qui alimente l.s 



faineusi'S mines de fer A'Alkvard. Les replis seconduiies de lirnme- 
Fiirinccl du liillnn le prolongent dans la boucle que dessine le liréda, 
:ui moment de confluer dans l'Isère. 

2° l.'Arcte orieiitnlc, qui épanche ses eaux, d'un côté sur la Mau- 
rienne, de l'autre sur le Graisivaudan, échelonne ses massifs, du pla- 
teau de& Sfjil-Lnux au coude intérieur de l'.U'c sur l'Isèie, dans la 
direction d'Aiguebelle : massif des Sept-Lmu (pointe des Euslaihes 
[2723 mèti'es]. Pyramide inaccessible, crèle d'Argenlière, sur le 
flanc de la Combe-.Madame) ; massif de Valbnre (Aiguille K(|uar(l 
[2893 mètres], Grande-Valloire); massif du G/ei/;i«, qui porte sur un 
court chaînon la pointe du Pwj-Gris (2'Jll mètres), sorte do feuillet 
de gneiss aux parois nord et sud à peu pièsperpendiculairesetdont 
la pointe, semblable ii une canine, surgit dans les airs au-dessus 
d'un glacier ; c'est le sommet culminant de toutes les montagnes 
d'Allevard. A la ligne de faite du Glei/zin s'attachent le glacier de 
ce nom, la poinle de Coinbermisse. celles du (irand-fJlacier. du Ilaut- 
l'onl et des l'ail, -s. I.'.iréte poiirsuil vers le nonl : nin.ssif ihi Cintid- 




LA FRA.\CE 



Clocher du Frêne 
I28II mèlies), 
Jonl le flanc 
nord est tapissé 
par un glacier 
icontiefort occi- 
ilental, Grande- 
Hniu bière [2641 
mètres], Grand - 
Cluunier t2o6i 
mètres] et Pelil- 
Cliarnier) ; mas- 
sif des Grands- 
Muvlins (Grand- 
Moulin ou roc 
Crotières [2497 
mèties], pointe 
de R g n i e r 
•2:!'iri ni''tres], 
i.iiii il nation 
-ii I hl. iilale de 
lam..ntai;ned"A- 
vrillardj; mas- 
sif dit du Cxi- 
iheron (série de 
croupes herbeu- 
ses portant sur 
soufrent, ducô té 
de risère, le fort 
de Montgilljert). 
Dans une agreste ceinture de prairies de châtaigneraies, où le 
Bréda roule ses eaux fiaiclies <à l'issue d'une gorge profonde, Alle- 
vard offre à ses hùtes le charme dune villégiature champêtre, 
refficacilé reconnue de ses eaux sulfureuses et le plaisir, sans tiop 
de risques, des courses en montagne. Dès le xi" siècle, les moines de 
Cluny pénétrèrent dans ces retraites éloigm^es, alors infestées de 
bètes féroces. Au xii' siècle, Allcvnrd, fief de l'évèque de Maurienne, 
devint le siège d'une seigneurie qui comprit, durant le moyen âge, 
une place fortifiée. I/industrie métallurgique lui donnait un vif 
essor, au début du xvn» siècle. C'est dans l'étroite goi-ge du Bout du 
Munde, sur la rive gauche du lîréda (1 kilomètre du bourg), que les 
hauts fourneaux réduisent le minerai de fer extrait en partie des 
mines de la Taillai. 




MASSIF DE BELLEDONNE 



L'Isère, la Houianclic, IRau-iinlIi' 
Betledimiic. Au revers du (las de: la ( 



I.iiux dégage son 
horizon sur la 
coulée d'Alle- 
vard. Cultures et 
prairies parse - 
mées de ha- 
meaux, foièls de 
hêtres et de pins 
encadrant de jo- 
lis vallons frais, 
des clairières 
veites, enfin de 
grands pâtu- 
rages comme 
Ghamrousse, 
précurseurs des 
moraines rou- 
lées, des cirques 
glaciaires, des 
schistes cristal- 
lins éhrécliés el 
arides, soliludes 
sauvages comme 
celle de la Pra, 
d'où suri:issenl 
les trois pirs de 
Belledoinie : tel 
est le spectacle 
varié que pré- 
sente le massif. 
La montée àlaCroix-d 
sique iVCnniic |,i> rli: 
un joli Iml iTi-xi iiisii 
hôtel d.- llo, l,,-|;,.,an 
des lacs, des cascadi 
grimpeurs. 

M. IL Ferrand, accompagné de son père etdesguides Pierre Cim 
etRemy Favicr d'Ailemont, escalada, le 4 septembre 187lj, le plu 
haut des trois pics de Belledunne : le panorama du pic de la Croi.v 
de-Belledonne leur paraissait fâcheusement brisé parles cimes voi 
sines: Grande-Lance de D'inrne (2 833 mètre.s). Grand- Dununon t 
(irande-Lance à'AUémnnt (2 844 mèlres), mais surtout au nord-e.s 
par une noire pyiamide, aiguille abiuple, entourée d'affreux pn 




e-Helledon ne (2913 mètres) est l'excursion clas 
let-holel de VOmsurr, sa cascade, sont encor' 
n. Entre forêts et sommets chauves, le clialel 
,'er anime la solitude des pâturages : paitou 
■s bruissantes, de larges horizons pour le 



cipices et qui, semblalde 
dans les airs au-desMi- .1 
avaient été faites par h-, , I 




la (lèi lie hardie d'un clocher, s'éleva 
toiil le rr-|.'. lii> nûmb;euses tenlativi 
>srui s (Ir ili.iniois pour dompter la cim 
\r I ,iijiiillc i-i, excessive, les anfractii' 
il.iii^ (Ir iM i-r. rrcouvrent la roche d'u 
|i.iiiil'- \' i_lis et, comme l'ascensi" 
>!■ Iiii 1-1,11 If iioid-est, où laglaceabril' 
du soleil ne fond presque pas, il en ri 
suite que les couloirs d'approche r 
sont praticables que pour un temps tri 
limité de la saison la plus chaude. A 
début de septembre, quand M. I-'erraii 
se trouva au pied de VA iijuille noire c 
Belledunne, le petit lac, déversoir de si 
eaux glaciaires, était encore en pari; 
gelé; après les dernières touffes deg; 
zon, les éboulis, la roche nue, les névé 
les arêtes surplombâmes, cheinilié'- 
presque verticales, corniches ébrécUéi 
qu'il faut enjamber sur un vide c 
tiOO mètres, roches treniblanles, pat' 
di-bout conti'e laquelle on se liis; 
avec un câble (s'il ne casse pas), aréi 
pierreuse où l'on giim|ie à qui''' 
patles : telles furent les étapes de CcH 
Irouhlanle escalade. .< 'fout est niouvai 
sur celle cime baUue par les oragci 
qualie hommes pe\ivent à peine 
leiiir ..; de partout le vent souille av> 
\ iolence. Mais (|uel horizon! Mont Ili'Si 
mont Diane, Alp.-sde Savoie, la Vanoiv 
les Grandes-Rousses, la Meije, I' 
Kcrins, le Pelvoux : de (ouïes paris sm 
gill'étincelantl.alaillon ths cinie.s, d' 
aiguilles etdesgrandsmassifsalpestre 



LES ALPES. - LE lUlÔNE 



97 




MASSIF DE L'OISANS 

Le mussif de la Vanoisi; que circonsciivent iJscre et VArc, trouve 
sa conlie-parlie Jans le cirque glaciaire de VOiiaitn, qu'enveloppent 
la Rumnnclie et le Drac. Mais, au lieu (|ue la Vanoise, attachée de 
près à la crèle principale dos Alpes franco-ilaliennes, dont la dis- 
lingue à peine la couite dépression de Tlseran, semble, de notre 
ciilé, le prolongement du grand Paradis, le massif do VOisnns 
s'éloigne assez de ses deux plus puissants voisins, le Thabar el le 
Vito, géants de la crèle séparative, pour former un monde à part: 
la Jîurrtnce et son piemier allluent, la Guisane, lui creusent à Test 
ua fossé complémentaire du double sillon ouvert au nord et au sud 
par la Romanche et le Drac. La massive citailillc l'rulije sur ni 
horizon sans bornes la prodigieuse masse 
de ses remparts inaccessibles et de ses tours 
cuirassées de glace. On dirait, sur le liane 
delà Vanoise, un autre mont Blanc, bien que 
lélëvaliiin générale des plateaux qui l'en- 
caissent ne permette pas d'abord d'en saisir 
les proportions exceptionnelles. 

Chamonix en effet n'étant qu'à 1041 mètres 
d'aWilude, \e mont Blanc, quiatteint4810 mè- 
tres, le domine immédiatement de 3779 mè- 
tres, tandis que ta Grave, Chamonix de 10;- 
s'im sur la Romanche, n'étant éloignée du 
faite de la J/pye voisine que de la dilléiencc 
de i:;26 m.lres à 3987 mètres, c'est-à-dire 
de 2461 mètns, se trouve à 1318 mètres 
plus rapprochée que son émule savoisienne 
de la haute cime qui la domine. De menu- 
pour la Bàriinle, centre de ralliement du 
massif dauphinois sur le Vénéon, qui eu 
creuse l'artère centrale d'écoulement. L" 
Hrarde cote 1 738 mètres d'altitude; la crèti 
culminante des Écrins barre son horizon, 
à 4 103 mètres, ce qui réduit à 2 363 mè- 
tres ladifférence d'un niveau à l'autre, moins 
que celle de la Grave à la pointe de la. Mcij'\ 
l'our s'élever de Chamonix au mont Blanc, 
on monte 1 414 mètres de plus que de la 

Fhance. — 11. 




Bérarde au sommet des Eciins : l'opposition accentue le relief et 
grandit l'admiration. Les Écrins dépassent 4 000 mètres; on s'en 
duulorait à peine : ils n'écrasent pas comme le mimt. Blanc. 

('.'■ sauvai.'e entassement de VOisnns est resté longtemps méconnu. 
i:lii' (Ir Iti aumont, dont la piescience fut admiiable, en avait deviné 
riiitrrèt cl signalé le caractère étrange. « Les montiiL'n"< d^ |Y<i«,i„«, 
dit-il, ne présentent, il faut en convenir, que des ImhiI.- -, m|m 

giqiies. Le voyageur ordinaire n'y trouve que d" 1" tl - I m-, 

il y cherchera vainement ces paysages à la fois gi.in.ux ri li^ih- 
dioses qui l'altirent àsi juste titre à Grindelwald età Chamonix. Le 
fond des vallées est trop élevé pour que la végétation puisse embel- 
lir de son luxe les bases de leuis lianes glacés. Quelques maigres 
pàluriigps y cèdent bientôt la place à la neige ou à la roche nue; 
quelques trembles, quelques bouleaux clair- 
semés ombragent presque seuls le vallon de 
la Bérarde. La combe de Malaval elles vallons 
(le l!rauvni>in et d'Enlraigues sont entière- 
îiii'ntnus. l.rs ncigi's et les glaciers de ces 
njnMl,ii.'urs sont leur seule décoration, et il 

r.iul M' il ler quelque peine pour y atteindre, 

ilis pcinls d'où on ait une reculée sufli- 

dunle que le mont Blanc et la Jungfiau, les 
MHiul.i;;ncs de VOhans paraissent encore 
liiin moins hautes qu'elles ne le sont, à 
cause de l'élévation absolue des vallées. Il 
faut essayer d'y monter pour bien se per- 
suailer qu'elles sont hautes al, même alors, 
l'œil a quelque peine à se rendre au témoi- 
gnage des Jambes. )> 

Elle de Beaumont compare l'ensemble à 
une Heur mi-éclose dont la corolle enlr'ou- 
verle est figurée par des couches de gneiss 
ipii, sur presque toute la circonférence du 
_ , ,11 1 1- -';: |i|. nient sur les massés gi-ani tiques 
,. , iif :i III , iioursenfoncecsous les dépôls 
;, Il -. I.e hameau de la Biratde, cou- 
\. 1 1 tl. JH ii.'i; sept mois de l'année, occupe In 
ci'ntre de ce calice ou plutôt de ce cirque 
immense, dont les bords, découpés en massifs 



98 



LA FRANCE 




Gl< ANDE-SAG.NE, liAllItli DES 



de 3000 à 4000 mètres, dessinent un cercle gigantesque. II n'y 
a pas au monde un cirque comparable à celui de la Bérarde. 
\.i- Val del Bove de l'Etna ne mesure pas 6000 mètres; le cratère 
du Cantal aurait seulement 40 kilomètres d'ouverture. Mais 
l'immense arène de VOisa.is permettrait de fournir un circuit 
de 60 à 80 kilomètres, sans quitter la roche nue et presque toujours 
la neige ou la glace, du vwnt de Lans au Pierroux, qui domine la 
passe de Sainl-Clirisloplie, sur le Vénéon. 

On attribuait au Pelvonx la primauté dans ce peuple de hautes 
cimes; mais le Pelvoux (3954 mètres) le cède à la Meije (3987 mè- 
tres), et celle-ci aux Jicrim (4103 mètres). Les Écrins sont la clef 
(le voùle du colossal édifice. Au nord-ouest, lui font cortège : la 
/f<yf/i«?-/"ouno (3716 mètres) et la Grnmk-Sngne (3779 mètres), de 
rliai|ue coté du glacier IJIanc; la Grandc-Uiùne [^l^'i mètres), le pic 
Cn.yinrd (3080 mètres), le pic de la Meije 
(3987 mètres), le Riiteau (37:j4 mètres), le 
Jandri (3292 mètres), pignon du glacier 
du mont de Lans; au sud-ouest, le pic Z-nri/ 
ri 083 mèties;, le pic Coolidije (37:i6 mè- 
In-s . y Mie froide (3925 mètres), la pointe 
du Sri.- :i4S3 mètres., les Bnm (3G51 mè- 
tres , les Hunies 3G34 mètres), le pic A'Olirn 
(3578 mètres), la lioche de la Muzelh 
(3459 mètres), le Piemux (2875 mètres,. 

Les Écrins s'inclinent, par la double 
traînée glaciaiio du glacier Blanc et du 
r/lnrier Soir, vers la Guisane et la Durance : 
de part et d'autre, le |iic de Neige-O/rdier 
(3615 mètres^ et le ma.ssif dii Pelvoux 
(39i'4 mètres, à la pointe Puisrux) bas- 
tionnenl le sommet priiu ipnl. 

Longtemps la Meije, m.tre Cervin dau- 
phinois, fiU indomptable; les meilb•n^^ 
grimpeui s s'escrimaient à en alteindie j.- 
faite : deux d'entre eux y laissaient la vie, 
martyrs de In montagne. I';nlin,apr. s dix- 
linil expéditions inutiles et un assaut ipij 
fut pré.-» de réussir avec M. Dubane I, en 
1876. .M. Boileau de Casieinan, a. . .„m- 
pagné des guide.s Gaspaid [lèie et fils, 
emporta la rlladelle, le 16 août |h77. De 
la (Jrave, les tiois sommets de la Meije 
se voient tout à clair; ils s'enlèvent au 
revers comme une muraille verticale sur 



la profonde dépression des 
Élançons. Une Brèche ouvre 
le rempart à louesl et com- 
mande à la fois la vallée de 
la Romanche et celle du 
Vénéon; l'étape du Chàtel- 
leret est à mi-chemin, de la 
Bérarde sur Vénéon, au fond 
(le la vallée des Étani;ons. 
De là partirent M. de Castcl- 
nau et ses deux guides : 
■ Nous devions, dit-il, passer 
la nuit à la belle étoile, par- 
lir le lendemain avant le 
jour pour la Brèche, et des- 
cendre à la Grave. Nous arri- 
vâmes bientôt au pied des 
premiers rochers de la Meije. 
Ils sont escarpés, mais ils 
oITrenl des saillies nombreu- 
ses qui nous permettent d'a- 
vancer assez rapidement. 
C'est un granité rouge très 
ri'sislant. Nous atteignons la 
pyramide construite l'année 
pn'(-éileiite par M. Duhamel; 
rilc iii.liquejepoint où iladù 
battre en retraite. Après nous 
être élevés d'une dizaine de 
mètres, nous sommes entiè- 
l'Hut. de M. vutono soia. remcut arrêtés. Le rocher 

;iEi. BLANC. change tout à fait de nature, 

le granile fait place à un 
schiste, plus ou moins pur, 
qui est lisse et sur lequel les clous des chaussures n'ont aucune 
prise. Une paroi verticale de rochers, qui surplombe même à cer- 
tains endroits, nous sépare du glacier du Doigt. La distance est d'en- 
viron 150 mètres. Après un examen attentif, nous reconnaissons 
que, si nous parvenons à franchir les vingt premiers mètres, le reste 
de la paroi sera relativement plus aisé à gravir. Gaspard, malgré sa har- 
diesse, refuse de tenter cette périlleuse escalade ; il la dit impossible 
et déclare qu'il no s'y hasaidera pas. — « Je vais essayer seul, dis-je. 
— Nous monterons, puisque vous le voulez, dit Gaspard, mais 
« nous ne descendrons plus. » Pour êlre plus s. .11,1. s mm c .lie mche 

glissante, nous ôtons nos souliers que nous al.iiil 1.11-. m.us une 

pierre. Les vingt premiers mètres de la inuraill- >..iil 1 -mI.i.I. s. tias- 
pard acquiert la certitude que nous avuns tram Li |i- plu> mauvais 



^^.^^ 







LA SI U I J H , vue DU 1' 



LRS ALPES. — LK lUIÔM' 



99 







"^'''-^^?€^gj^ 



.iiaii-iil fxamiiié la iiionlagne du côté des Elançons s'iiccordaieiil 
à penser qu'elle seraitvaincue, le jour où on aurait atteint le glacier 
du Doigt. 11 L'heure trop avancée décida les grimpeurs à remettre 
la fio de leur prouesse. Une corde d'une dizaine de mètres scellée 
dans le rocher rendit la descente facile. 

Après quelques jours d'attente causée par le mauvais temps, 
voici nos alpinistes revenus au Chàtelleret à 2 heures du matin : ils 
emportent 100 mètres de corde. « A 4 h. 20, aux premières lueurs 
de l'aube (le 10 août), nous nous remettons en marche ; nous nous 
reposons 30 minutes après avoir traversé sans difliculté le glacier 
des Elançons; à 9 h. 113, nous atteignons la pyramide de M. Duha- 
mel, où nous nous arrêtons pour déjeuner. A 9 h. 2:5, nous repre- 
nons l'ascension. La corde nous permet de gravir plus facilement le 
passage que nous avions trouvé si dangereux. Le reste de la nai- 
raille nous offre pourtant d'assez sérieuses difficultés. 

«Nous avancions avec une lenteur désespérante; il fallait mul- 
tiplier les précautions, car la paroi était toujours aussi verticale. 
•V chaque instant nous nous voyions forcés de revenir sur nos pas, 
après nous être engagés dans un couloir dont nous ne pouvions 
plus sortir; notre moral commençait à s'affecter. Il m'est jmpos- 
sible de décrire en détail les difficultés que nous eûmes à surmonter 
l la roule que nous suivîmes pour escalader cette muraille haute 
e 150 mèlies. Je constaterai seulement que, sans nous accorder 
une seule minute de repos, nous employâmes 2 h. 4u pour parvenir 
lU sommet et pour atteindre le glacier da Doirjl. Nous dûmes 
aisser d'ahoiil ce glacier à notre droite, afin d'en rejoindre la crèle 
terminale à l'ouest. De cette crête nous aperçûmes les champs et 
les maisons de la Grave. Pour gagner ensuite le glacier, il nous 
fallut rétrograder de quelques pas et nous laisser couler jusqu'au 
névé, où nous nous arrêtâmes 40 minutes pour déjeuner. Jean- 
Baptiste Rodier, le guide de la Bérarde, avait été jusqu'à ce point la 
principale cause de notre retard : il ne continua pas l'ascension et 



(lui allendrc notre retour au pninl m'i nous l'abandonnâmes, à une 
allitnde d.- 3020 mètres. 

< A iiiiili îij, nous nous remi-llims en i niiic tous trois : Gaspard, son 
lils et moi. Le glacier que nous allions traverser n'est nullement 
crevassé et présente une pente uniforme dans toute son étendue. 
Cette inclinaison, assez forte il est vrai (''i5° enviion), n'ollVait pas 
un obslui'le sérieux. Nous dûmes néanmoins tailler des marclies 
[leiulant tniile la IrMver-si'i^ CiW minnli'si ,ivi'.- un snin l.uil |i;irl icnlier 




100 



LA FRANCE 



vers la partie supérieure où 
nous reoconlrùmes la glace 
vive. En arrivant à l'extrémité 
du glacier, nous nous trou- 
vâmes au sommet d'un col 
d'où nous apercevions la vallée 
de la Grave vers laquelle des- 
cendait un couloir do glace ver- 
tical. Tournant alors à droite, 
nous gravissons sans difficulté 
et Iros rapidement les rochers 
du pic proprement dit de la 
Mcijc,on nousmaintenanttou- 
jours sur le versant sud de la 
monlagne..\otre ennemie sem- 
blait vaincue lorsque, à une 
dizaine de mètres environ du 
sommet, un obstacle imprévu 
nous fit douter du succès. La 
montagne surplombait de tous 
côtés; en d'autres termes, la 
ligne de pente formait une 
courbe dans la concavité de 
laquelle nous nous trouvions. 
Nos efforts lestent d'abord in- 
fructueux. Gaspard père tente 
le premier l'escalade; il fran- 
chit trois ou quatre mètres. 
.Vrrivé h cette hauteur, il se 
trouve dansTimpossibililé d'a- 
vancer ou de retourner en ar- 
rière ; il nous crie de lui porter 
secours, ce que je parviens à 
faire en me hissant sur les 
épaules de son fils. J'arrivai à 

.' . i.-,i- LAJIEIJEETLEGI 

temps, car ses forces faiblis- 
saient. J'essayai à mon tour, 

mais sans plus de succès : après moi, Gaspard fils parvint à atteindre 
un point plus élevé, mais il nous fit courir un si grand danger pour 
l'aider à redescendre que je voulus donner le signal de la retraite. 
Il s'était tellementépuisc en efforts, qu'il était incapable à sonrelour 
de mouvoir aucun de ses membres et qu'il fondit en larmes, tant 
la contraction nerveuse avait été forte. Tous trois, pâles et trem- 
blants, nous dûmes nous réconforter un instant. Le froid, assez vif, 
paralysait nos forces. Le temps s'était gâté depuis une heure. Les 
nuages, chassés par un vent violent qui risquait de nous f.iirc (b'- 





gringoler, nous enveloppaient 
à tous moments. Xous redes- 
cendîmes de quelques mètres, 
piéis à battre en retraite, après 
être arrivés à 5 ou 6 mètres 
tout au plus du sommet, lors- 
que Gaspard, furieux de voir 
ses efi'orls impuissants, nous 
proposa de tourner le picjiis- 
qu'à la face nord, si cela était 
possible. Avec beaucoup de 
difficulté nous franchissons 
pour y arriver un très mau- 
vais passage, mais cette fois 
le succès récompense notre 
pei sévérance et, à 3 h. 30, nous 
posons le pied sur le somme!. 
après avoir vainement tenté 
pendant deux heures de gra- 
vir les derniers mètres. « Ce 
<' ne sont pas des guides étran- 
« gers qui arriveront les pre- 
<i miers», s'écrie Gaspard dans 
l'exaltation du triomphe. Tou- 
lefois, ce qui lui fit le plus de 
plaisir en atteignant le point 
culminant, ce fut d'y trouver 
di's pi.-ires pour y conslruire 
uu'' pyramide. Le sommet de 
l.i Meije (3 987 mètres), en- 
tièrement dépourvu de neige, 
forme une espèce d'arête très 
étroite dirigée de l'est à l'ouest. 
L'arête elle-même et la face 
i-ii DES ÉTANuoNs ' ^ Hoid sout BU décomposition; 

les rochers de la face sud re.s- 
tent au contraire très solides. 
« Pendant que Gaspard et son fils charriaient des pierres et cons- 
truisaient au point culminant deux pyramides d'environ l^joO, je 
m'installai pour faire quelques observations à l'abri du vent, à 2 ou 
3 mètres au-dessous d'eux, du côté de la Grave. Le theimomèlrc 
marquait 2° au-dessous de zéro. Les sommets voisins n'étaient pas 
visibles. Le Village de la Grave, situé au-dessous de nous, ne nous 
apparut que par moments, car les nuages nous entourèrent presque 
tout le temps que nous restâmes au sommet. Je pus pourtant, grâce 
à ma lunette, distinguer des membres du Club Alpin fiançais qui se 
promenaient devant l'hôtel Juge. 

" C'était beaucoup d'être parvenus nu 
point culminant; mais il nous fallait en des- 
ifiulre : cette idée n'avait rien d'agréabb' 
ni de rassurant. A 3 h. 53, nous nous re- 
iiiimes en marche. Les difficultés se pré- 
siiii.iienl aussi nombreuses qu'effrayantes. 
Le passage le plus rapproché du pic était 
inlïaïu-liissablo : nous dûmes fixer une 
(les cordes à une pointe de rocher, puis 
imus laisser glisser le long de cette conlc 
jusciuà un ressaut qui nous permit de 
prendre pied. Ce ressaut ne se rencontra 
qu'à 20 mètres plus bas; il nous fallut, 
donc nous résigner à couper notre coriie 
et à en abandonner un premier fragmeiil. 
Ce mauvais pas franchi, nousdescendimis 
sans trop de peine jusqu'au glacier dii 
Dciigl; mais, après avoir traversé le gla- 
ciiM-, où nous retrouvâmes Jean-Baplisle 
Rcnlier, et regagné la crête qui sépare le 
versant de laGrave de celui îles Étançons, 
les difficultés reparurent, la corde devint 
encore une fois nécessaire, et un nouveau 
morceau de 20 mètres dut être abandonné, 
on divine avec quels regrets. 

" La nuitapprochail, et ces rochers vei- 
licaux, déjà presque impraticables le joui, 
ibveiiaient de plus en plus dangereux dans 
l'obscuiité. Nous parvînmes cependant en- 
rôle à franchir, presque sans y voir, deux 
ou trois pa.ssages très difficiles; mais. 



u 




A MLIIGE UT LIi VILLAGE DE LA GUAV, 



LES ALPES. — LE UllOM 



101 




\..ii^ 



ri pas- 
luliint, 
^.•ellt'.e 



arrivés à lo ou 20 mètres seulement ;ui-ilesSus île la l'i.rn^ iiuiiiiile 
Je M. Diiliamel, nnns nous trouvâmes aiirti's sur une coiniclie sans 
pouvoir y trouver le moinJre passage, et nous dûmes nous résoudre 
à demeurer jusqu'au ieiulemain matin sur cet étroit palier de rocher. 
l'n bloc, convenablement équilibré par le père tlaspard, nous servit 
de parapet, et, pelotonnés sur nous-mêmes pour mieux résister au 
froid, nous nous préparâmes à une longue et terrible nuit. 

« De peur de nous voir enlevé< p,ir 1» v.'nt. mimi'; (•■'^•iiTràmes la 
corde à laquelle nous étions alla li< t u, I s |ii iIm 
s;\ines une nouvelle autourde riM< |. m-; i i ni' .1 un 
de manière à nous enlacer. L'rxli imii.' il'' ..||.' m 
au moyen de nos piolets dans les rocliers à quelqu 
haut. Ainsi suspendus dans un étroit espace où 
nous ne pouvions ni nous asseoir ni rester de- 
bout, nous attendîmes le jour. Incapables de nous 
mouvoir, tant la place que nous occupions était 
limitée, nous eûmes à supporterun froid intense: 
la neige et la grêle qui ne tardèrent [las à tomber 
par rafales c.iusèrent à nos membres engourdis 
de vives douleurs. 

« Vere 10 heures, un phénomène assez curieux 
Je congélation se pioduisit sur nos vêtements : 
la neige, en tombant, fondait à la chaleur de notre 
corps, puis la température extérieure la transfor- 
mait en glace; aussi nous était-il impossible de 
remuer les bras. Cette glace s'incrustait tellement 
dans nos habits que nous essayâmes en vain de 
nous en débarrasser avec nos couteaux. Fiieii en- 
tendu, aucun de nous ne songea à fermer l'œil 
Jurant toute la nuit. Gaspard ne me lâcha pas 
une minute; nous restâmes enlacés à bras le 
corps ou à genoux, tant que dura cette tempête. 
I>a solidité de la corde qui nous retenait élail dou- 
teu.se, et nou.s savions qu'au-dessous de nous s'ou- 
>Tait un vide profond de iJOO ou 000 mètres. Du 
reste, aucun murmure ne sortit do nos lèvres : 
de tempsà autre une voix demandait l'heure; à 
cette question personne ne pouvait répondre; ou 
bien l'un de nous priait ses compagnons de le 
tenir avec la corde pendant qu'il changerait de 
position, parce qu'il souffrait liop d'une crampe 
dans les jambes, [lien ne pouvait nous aider à 



^U|l|M,l•|,■^ le v.'utet le froid. Nos provisi.ms étaient d.-|,uis long- 
temps aciievées; notre dernière goutte d'cau-de-vie avait été équi- 
tablement partagée au commencement de la nuit. Gaspard fils voulut 
fumer, mais il se vit dans l'impossibilité de bourrer sa pipe, car ses 
mains lui refusaient tout service : mon thermomètre à minima, 
que j'avais fixé au commencement de la nuit un peu au-dessus de 
nous, me donna le matin une température de 1 1» au-dessous de zéro. 
« Vers 2 heures, le temps devint moins affreux, le veut se calma, 
et, après avoiraltendu les premières lueurs du jour, Gaspard voulut, 
vers 4 heures du matin, continuer la descente. Ce premier effort fut 
très pénible; nous nous vîmes tous h peu près incapables de nous 
nionvoii- et Gaspard nous donna l'oi-dre di' nous ac-eroupii' de non- 



m 


. , ^jk 








^^^^SÊÊ^ ^^ 



Fra: 



II. 



102 



LA FRANCE 




Ce repas ter- 



en a 



LE MONT P E L V O L- X , VU DU G L A < 

vfi.iu pour lieux heures, en nous serrant l'un contre l'uulre. Nous nous 
frappions niuluellement pour tâcher do ramener la circulalion dans 
nos membres à moitié gelés. No\is comptions sur le lever du soleil : 
ce fut la neige rpii survint. 

« A 6 heures, elle tombait en abondance et le vent soufflait en 
tourmenlR : il fallait partir et descemlrc à tout prix. Mais les rodierr, 
couvetls de grêle et de verglas n'offraient aucune prise, et pour la 
Iroisii-me fois il nous fallut recourir à la corde pour atteindi.' la 
Pi>rr<T liiiiiiide. 

« 1,0 temps ne s'améliorait pas. Toutefois, près des rochers, la vu-o 
de notre cher sac de voyage que nous y avions laissé la veille nous 
cau.sa une vive émotion de joie. Nous descendîmes au pas gym- 
naslii|ue jusqu'au Chàtelleret, et, arrivés à 9 heures h notre bel 
liolel de la veille, nous fîmes un bon feu sous les rochers 
à l'abri de la pluie, et nous mangeilmes avec un teriible appétit. 




par une pluie bat- 
tante; il était midi 
liirsiiup nous eûmes 
le bonheur d"y ren- 
trer. ..(E. BolLEALTib 
Castelnal-, Ammniri 
(la Club Alpin fran- 
rais, ann. 1877.) 

Si Ton remonte h 
cours du Vcnèun qu 
draine en éventai 
toutes les eaux di 
grand cirque inté 
rieur de ÏOisam. l 
live du torrent cou 
duit, de l'oasis di 
lîiiurg-d'Arud (coin 
inune de Venosc) a 
Clapier de Saint 
Christophe, encoiii 
lire de gros blor 
iboulés, au Plan d 
lac, dont les eau> 
épuisées autrefoi 
par la rupture d'u 
ancienbarrage,viei 
nent d'être recuei 
lies îi nouveau pot 
X uLANc ^" utiliser la foii 

motrice au moy. 
d'un canal de déri\ 
lion. Saint-C/iristophe en Otsnns offre la surpiise de ses arbres : 
sortir des âpres défilés où la roule s'est insinuée à coups de mii 
dans le roc vif; puis ce sont les Étapes, pittoresque assemblage i 
qiirl(|ur-.lMill--. iiii-.'ial.le>: rntiii /( lirrarih'. au confluent du VVii-' 

et .In I ni .\. - /;",..-.,.-. .imi-.m..- inl.-ii.-ur de la -l/ryV. I.e fo. 

(l.-ia \.ilh . |Mi,ul 1 iM. : • --I la nia^s- .1.-. Vi'rn/is. du moins le Dôi 
(le .Neiiii- ..Il |ii, ,|.- la l;i-iai .1. , '|iii ■-.■ .h .sse dans l'axe môme de 
vallée, tandis que la crête pi un i|m1.' i.-l.' invisible derrière le | 

/,(;)■)/. C'est la voie ouverte aii\ - ["iii s qui veulent l'escalade' 

les à-pic y régnent en maille.- ; .its . heuiinées étroites et profond 
remontent contre les flancs de la luonlagne, se terminant, le lo 
de la crête déchirée, en clochetons couverts de neige et de vergl 
entre lesquels, de loin on loin, ou aperçoit dans une brèche quelqn 
séracs du glacier de l'^'yicoif/rt, prêts à rejoindre le plateau du pi 
cier de Bunno-Picrrr, par une chute directe d'environ 800 mêlr. 
Un rapide couloir de glace cond 
Il col des licriiis, lune des brèol 
uvei tes dans le pourtour du mas 
t plaisanunentqualiliées passag. 
Ji haut, sur le glacier de VEncuu 
ai lie supérieure du glacier fi/n. 
1 piste du col des Ecrins rejo 
elle des caravanes parties du rov. 
lar Ville-Vallouise, la vallée du C 
e torrent de Saint-l'ierre, le refn 
'.rzanne. le pi 



le .M""= Carie et ' 
pied glacé (le la (Irande-Sagne. De.. 
insipiau sniiiiiiet des Écrinf, v 
al.nqile paroi de glace, inclinée ' 
liii" au moins, reste à franrli- 
M. Coolidgo dut y tailler près • 
.iUO pas; la moindre neige fraîcl, 
une brise, même légère, peuvil 
rendio cette escalade impratica ' 
et mortelle. M. Whymper y gii ■ 
pait en 1864. ■< Si quelqu'un, • 
conte-t-il ilans ses Escalades, m'<S 
dit : " Il faut que vous soyei ^i 
. pour être venu là! » j'aurais j- 
pondu en toute humilité : <■ Ce n l 
. ([lie tr.q) vrai. » Et si mon censii' 
eût ajouté : « Jurez que vous ne fe « 
. pliis aucune autre ascension i 
.. vous réussissez à descendre s.i 



LEï 



ALI'KS. 



\A: 



. et sauf des Éirins », j'ai!- 

Tiis, je crois bien, prol»'- le 

-rmciil il.-iiiaïuK^. » l.ii pana 

Iun..i.lafail,ouiyO;). 

.1. lliiliamel, en 1880. a 
:>' ,i ,111 siul nue VOIP nou- 
irlle vei^ la cliiio ilts Éeriiis. 
>n piiit de la lîiianle : un 
-entier de mulets conduit au 
..•plat sillonni^ de niissolels 
lU milieu duquel s'étend un 
apis de paion et de geui- 
.riers : le Carrelet, cane- 
our de corabes jj^ciaires de 
a Pilalle et du Cliaidon. In 
iKtlanisledaupliinois, Viilars, 
e signalait en 1786 et citait 
irec admiration un pelitbois 
i-oisin, encore existant, dont 
!a présence à pareille alti- 
lude ne laisse pas en effet 
le causer qu<-Upie surprise. 
Le glacier de Vallou, lai- 
iTiille du Fifre, érigée sur 
aréle qui relie le pic Coo- 
h'iije aux Écrins, la brèche 
les Avalanches, ouverte en- 
tre les Écrins et le Fifre. 
-onduisent au pied du rem- 
part terminal. Il faut l'esca- 
lader obliquement : le ro- 
-lier Blanc surplombe ; on le 

|loume; enlln la liyne de ,, i a 1 1 i; i i -. i i, 

-réle conduit à un couloir 
le neige assez étroit et qui 

ta dessous plonger sur le glacier Koir par un à-pic de plus de 
t iOO mètres, incontestablement le plus formidable précipice des 
Alpes dauphinoises. I.e névé du peliL glacier des Écrins succède : 
encore une grande coulée de neige, des rochers nus ; le sommet se 
montre. Le Peiroux, que l'on croyait la plus haute montagne de 
France, avant l'annexion de la Savoie et du mont Blanc, présente 
deux saillies, l'une de 3936 mètres, l'autre de 3 934 mètres, la 
pointe Puiseitr, escaladée par l'astronome de ce nom, en 1849. 




Nor 



Mil 



la Suisse et rilalli 



frontière do 



LE RHONE 



Par la beauté des montagnes où il puise, la magnincence des 
placiers (|ui l'alimentent, le pittoresque de ses délilés, le charme 

du lac Léman 
où il épure ses 
eaux, le mouve- 
ment, la richesse 
(les villes qu'il 
arrose et les sou- 
venirs qu'il évo- 
que, le Rhône, 
malgré la briè- 
VI- lé relative de 
son cours, est 
l'un des pre- 
ijiiiMs fleuves du 
monde. Le mas- 
sif du Saint- 
Gothard, qui 
domine sa val- 
lée supérieure, 
géant trapu à la 
solide carrure, 
tient à l'attache 
(le grands som- 
mets déjelés sur 
ses flancs : c'est 
l'un des piliers 
ilu grand édifice 
des Alpes, une 
vedette dressée 




eutrt 
races. 

Le massif du Saiiil-Gutluinl culmine à 3197 mètres (Pizzo Ho- 
tondo) ; sa tète chauve, à colé des champs de glace qui le pressent, est 
d'assez pauvre apparence. Il n'en futpas toujours ainsi. L'anciengla- 
cier du Rhône, le plus grand des AI|h > , i ,!,• l'Ijn .,|.,' .. nirale, le 
couvrait de frimas. Des blocs moraiinqMi -, l min- n i < u^.ililes de 
son passage, se retrouvent, avec des fiuim hK -ii p- • i | lis du lor- 
rain erratique, sur une aire immense diml, le.-. < ooL'.uin s. .ut marqués 
par Bourg, Ars, Sallionay, Lyon, Vienne. L'épaisseur de la prodi- 
gieuse carapace atteignait 1 200 mètres au-dessus du lac de Genève. 
Au carrefour de sortie du fleuve actuel, le glacier du llhùnc ralliait 
l'épanchcraent du mont Blanc par la vallée de l'Arve et ceux de 
l'Isère, de r.\rc, du Drac, unis en une seule nappe qui emplissait les 
dépressions d'Annecy et du Bourget, couvrait la Bresse et dévalait 
au sud, jusqu'à Vienne peut-être, même plus loin. Au moment de la 
glaciation la plus intense, le glacier du li/idne formait, avec ses 
affluents (lelphiiin-savoisiens, une immense merde glace, de largeur 




LA POSTE 



i04 



LA FRANCE 




D'autie part, le Rhône gagne du 
côlé de sa souice par la fusion et 
le reliait des glaciers; son sillon 
d'écoulement se dégage d'une mo- 
laine a lautie; les nappes elalùes 
s amolli. iM'-'-enf i 1t dimen-ïion des 
I 11- III i.Kiiilui 1. Mil.Mesplis 
-lu 1 II I I II i.-l 11,11 m do lacs 
le, der- 



. V uilJ. 



très irrégulière, allongée sur plus de 400 kilomètres. Le Rhône alors 
ne pouvait être que le filet de fusion échappé ;i la tète du glacier et 
il rencontrait la Méditerranée à peu de distance de sa source. Car 
la côte, profondément écliancrée entre la chaîne de l'Estaque, voi- 
sine de la rade de Marseille, et la montagne de Celle, livrait carrière 
au (lot dans une baie intérieure, qui ne fut autre chose que l'em- 
bouchure du fjord primitif encaissé entre les murailles des Cévennes 
cl les contreforts des Alpes. Dans ce golfe profond, le Rhône et la 
i>ur<iHre déversaient séparément l'^ni ~ •■mx , !i,ii - '.< ,r,illin ii.us. Peu 
à peu des îlols émergent au-dr--ii< J.<r,ii\: , li.nii.' ,]■■< Aljiines, 
talus de Beaucaire, plateau d'Ail'-, i i .. . < inin' aui ml <|i |i mu ts d'at- 
tache naturelsofferts à la sédiment.UiMU. Us il,£r^issi-iit iiMir base; les 
intervalles se comblent de tous les débris arrachés à la montagne 
(galets, cailloux roulés, sable et limon) ; le flot recule devant l'inva- 
sion alluvionnaire. Bientôt la Dtirance, emprisonnée dans ses pro- 
pres terrains de Ir-ansporl, se soude au Rhône, et le lleuve, autre- 
fois confiné nu fond du golfe marin, empiète sur la mer à son tour. 



^M ,11, 11 I 

lit u les hallages muiainiques: lacs 
du Buurqet, à' Annecy, de Genève, 
bas -fonds de l'ancien glacier du 
Rhône. Hnlin, les Alpes surgissent 
de leur manteau glacé, et le liletdu 
Rliô)ie, suivant le retrait de son gla- 
cier, remonte peu à peu d'un seuil 
à l'autre, jusqu'au point où nous le 
voyons aujourd'hui. Le Rhône par- 
court trois ri':;ions Mon distinctes. 
Du gliiri, r iloii^'iiio à Lyon, parla 
couli'o du \alais, le lac Léman, les 
cluses du Jura : c'est la zone dVr</- 
sion. De Lyon, où il reçoit la Saône, 
le fleuve achève la trituration des 
ilobris arrachés à la montagne elles 
oiiliaine : c'est la zone d'écunlemenl. 
A lieaiicaire, la vallée s'élargit, le 
courant s'apaise, dépose ses trou- 
ci Photogiob blés dans la vaste plaine du deiLn. 

s 1- colmate les bas-fonds, gagne de plu; 

en plus sur la mer : c'est la zone 
de dépôt. 
De sa Sdurcc à Lyon, le Rhône fournit trois étapes : 1° descente d' 

Viilnis, en territoire suisse; 2" traversée du lac de Genève; 3" percée di 

Jura, delà frontière française à Lyon. 



LE RHONE SUISSE 



dévolor 




u Rhône étant de S12 kilomètres, la Suisse c 
possoilo i:.i. ilnTit 7:! pour le lac de Genève. Des 97800 kilomètres carre 
qui com|pos(iil son l.assin d'écoulement, la Confédération en garde 71Ti 
1° Descente du Valais. — U ne reste qu'un lambeau de l'ancien gla 
cier du ItlMine .ii Uil. carr. SO), mais il est superbe. De la partie supi 
Heure, longue de 8 kilomètres environ, un ressaut précipite la masf 
glacée en cascade de blocs élincelants, d'aiguilles aux couleurs i^iscc^ 
qui s'enchevêtrent et sombrent dans une sorte de conque étoiléc de cri 
vasses frangées d'argent : le glacier s'incline entre le Dammastor 
(36:i3 mètres) et les Hintere Gelmerhùrner (.1305 mètres\ jusque dan 
l'étroit bas-fond de Oletsch, à la jonction des routes de la Furka et d 
Grimsel. C'est par un 
belle voiMe azurée que I 
IShône se dégage du gl: 
cier. Le Miillhiich, qui I 
rejoint, un peu plus b.T 
surla{;aiichcd»«/WsW 
linileii. pourrait pass. 
pour une seconde soun 
du neuve. Presque au 
sitôt, le IthUne absori 
un petit courant d'en 
chaude dont le débit c 
(le i;. litres, ^ t7».a, l'', 
seconde. Ce pliénoniii 
d une eau thermale jailli 
sanl au front d'un glaci. 
s'imposait i\ l'adinirt 
lion : les gens y virent 
-,„irrr vn,-ni,' ,ln llcUVC 
l\ip|n 1, I , iil /.' .''iinquell 
Il M,, l 1, iht \alais, 
;;/,,-„,■ r-l I,- ;;-,.'.in • d'i 
la forme grcco-romaii 
/i/iof/dUMs. L'étendue en 
louleuse mise ft nu par 
irirall des gl.ices prei 
l,'iiori\.lof,7c/.sc/('i<i(/(;N- 
nv a (.'iicrc plus d'un il 
Mii-slccle,illcclaitcnfo 
couverte par le glaric 
celui-ci, en se relirai 
a laissé quelques riil 
morainiipies au travc 



LES ALPES. 



LE RHONE 



«quelles le lorrcnl s'insinue par 

jj rourls méandres. 

' t n kilotn^lre plus bas, le n/tôiie 

V\MS iiiu' eln>ilo gorge iv- 

1 il s'abaisse lie iiio uu'- 

iine course de îkilomè- 

|M-.mii'r bassin élargit un 

Il >"n horizon. 

A Sifileritalil. nouvelle chute 
ins une coupure profonde, pres- 
le in.tbordable, puis dans le 
'lîlA du Deisclibrnj, dont il se 
•jrage au pont de Orengiots. ha 
.fxni. émissaire de IWIetscli, 
>uble le Volume des eaux du 
•uve. 

Le sillon du Valois, creusé par 

ftAilae, s'aligne enlre dos monts 

,ic*3: au nord, le Sclireckhom 

os* mètresi, le l'insleramiioni 

î"" métrés \ VAlelscUltorn 

; 1res', géants d-'S Alpes 

- ; au sud, le massif du 

t une cime, le pic Du- 

s mètres , le Cerfiii- 

■ ra (4 505 mètres), le 

1, iSOi métrés), aux cui- 

! incelantes, rivalisent 

mont Blanc. Par des 

:\ .âges ouvertes au liane 

-. Je nombreux torrents 

iil au Uhôiie les eaux des 

u|i< de gl.ice. Par la Massa 

épanche le glacier d'AleIsch, le 

lus puissant des .VIpes, long de 

1 kilomètres sur près de * kilo- 



lint 



res de largeur mov 
tastique bloc de glace sérail 



value à i5 milliards de mètri 
ubcs.de (|uoi alimenter pendan 
!i mois la Seine à Paris. Et I 
lacicr d'.Vlctsch n'est que lui 
fs réservoirs d'alimentation di 
;A<Jiie. i^ 

La Siillitte (du Simplon', la IV.s-; 
u i'iége, la Borgne (d'Hérens ', la 
<-■«/.»« (de Bagnesl, le rWe-i/.ac- ^^ ,,0^.,, ceuvin, sii< l'iion 

ourent sur la rive gauche du 
leuvc. Brigue, l^ion, Marligiig 

ont ses principales étapes. A mesure qu'il avance, sa vallée s'hunia- 

lise. Tout ce qui n'est pas rocher inaccessible a été défriché et couvert de 

ultures. Dans les bas-fonds semés de plantes palustres qui seront bientôt 

ransformés en prairies et en terres de première valeur, des chevaux à 

lemi sauvages et des taureaux roux, presque noirs, paissent en liberté, 

mtdt groupés en troupeaux sur de petits ilôts de sable, couverts de joncs 

•t d'oser.aies, tantôt â 

lemi noyés. Sans les 

iiutes montagnes qui li- 

uitcntdetous cotés Iho- 

■izon, l'on se croirait dans 

jn steppe de la Cauiar- 

.'uo provençale. Peu après 

"".n, sur ia rive droit'- 

• t.rni-nt exposée au 

ML'ne s'elale sur 

-, altcrn.ant avi-. 

i'S de blé ou d' 

•rraant, sur plu 

'inétrcs.unlon:.' 

lire de cultures. 

..•s presque .n pi. 

îles au prix d'ef- 

iis par unemul- 

petils murs en 

-lâches, .\insi s'é- 

■ liiluunent una série de 

paliers couverts devigno- 

*'-. de vergers, de prai- 

' ■■ moissons. Toul 

I lire vcrd.'itre es! 

'•■ de taches blan- 

. M.-sgrangesel les 

111 us .ris de fermes. Mais. 

!i mesure qu'on s'élève. 

la pente devient plu» 

'•aide; la robe végétale de 

la montagne, trouée de 

roches saillantes, s'arrête 




A ml-cAtc. Au-dessus, s'étend lo 
sombre draperie de» pins , de» 
inelézes, puis, toujours en mon- 
tant, on ne rencontre plus que les 
loulTes v.Tles et roses des rliodo- 
ilendrons. Plus haut encore, les 
rochers no sont revêtus que do 
mousses stériles; au sommet en- 
lin, un monde de neiges et la roche 
nue. (LENTiir^inu:, le /l/id/ze.) 

Sion (5JI Miéires d'altitude^, 
l'.ipitale du Vnliiis, groupe ses 
maisons nu pieil de deux cliAteaux 
eu ruini' qui couronnent deux 
...Ilin.s is..l..s : le Tourbillon, 
m. iiiHii' resiil.iiee des évéïpies, 
.1 1.1 iilol.li. (I.- Viiléria, flanquée 
.!.■ I.iius. .|ui remplace \m ancien 
■ i/i/iidniii romain. Sion, clef slra- 
I. gique de la vallée, commande 
Il roule du (iolhnrd et du Sim- 
I Ion; du l;ai:t du Tourbillon la 
vue s'étend jusqu'à Marligny, dé- 
bouché de la roule du Grand- 
Saint-Hernard. A .*>'i'enc, en amont 
.le la ville, l'idiome germanique 
. ède le pas au français. L'Em- 
pire avait fail de Siim (1X10-1X15) 
le chef-lieu du département du 
Sinq)lon. 

Sous la poussée de la Dran.ie 
valaisane. le lUfUie siullèehit à 
Min-tiiiiui. Iirii^.|ii.iii.iil, vers lo 
Ti..nl. l>r. -.|ii.-,iii-Ml.il. I.. torrent 
l.-ei'ii. i:\ i!ii Trient .l.'houche 
~ui- -.1 ^' iii. Iii- : il 't d'une 

L -I -. - iU\ i_- . ..n|n . ,1.1ns l'un 
.\.- .'M,,!,-, I ,,U ,!,. I,: lU-iil (lu 

1/, ' iMii-l iiit.iv,ll,..|. s-nmdes 
iimi iili.s c.-ile.-iiivs hissées d'un 
I I I I ,1 mètres de haut, le soleil 
)!■■ I" 11. lie guère, l'ne galerie 
I. uni. .10 dans la pénombre nu- 
dessus de l'abime; là -dessous 
l'eau gronde, creuse et mord, 
, I \v,.|,,ii t.ml.'it all.inlée en nappe sombre 

s- DF. LA VIS,. ET „L' lU.Ù.NE. .1,1.1 s ,1, s V :.., |H. - ,.. .1 ,.- , preSqUC 

|..ii|.i.ii'^ iH.ihli-- iiil,- ,111 milieu 
.1.'- 1 liill,,ii- ,1 .^iii.i.'. .-ivec un 

fracas que répercutent les mille échos de ce v.-libiile d'i.iilVi'. Sur sa rive 

gauche, le U/ione reçoit encore la Salanfe par la cascade de l'issevache, 

qui tombe de 70 mètres sur une paroi décharnée. 
Le H/iône débouche sur l'horizon du Léman par la cîuse de Sainl-Mait- 

rice, entre deux pylônes gigantesques : Dcnl du Midi et Dent de Mordes. 

Cet étroit passage, qu'enjambe l'arche unique d'un pont, est la porte du 




406 



LA FRAiNCE 




(le coercilion sonl en présence. Dans- 
le Valais, on emploie des arrière-bords- 
insubmersibles contre-bulés par des 
épis ou éperons perpendiculaires inté- 
rieurs, à 30 mètres les uns des autres. 
Sur la, rive vaitdoise, le système géné- 
ralement adopté emploie deux digues 
])arallèles, l'une submersible, chargée 
de soutenir le clioc des eaux, l'autre 
insubmersible, f.irjnant un arrière-bord 
soudé, par dr-^ liM\ri>rs .•l.ililies de 
distance en dl-l m. ■ , -m I i . r, le inté- 
rieure. Entre Ir- , ,,,- ,,m 1. . h;, verses, 
l'eau dépose s.■^ hinililc.-, et le cou- 
r.uit central, forlilie par la contrainte 
iiii[ios(e à sa course, balaye sa conque 
d'rc.iiiliiiirnt et rompt les barrages ac- 
. uiniilr- -nr -,i nail.-. au débouché des 



Valais, l;i .1 I ■' - \:!. 
forts conEin.ii. ! ni !■ ■'■ 
plaine voi-m 1 - - ! 
saint Mann - , I :i ■ I i 

Le Lé,„n . ,' 
les alluvion- li /. 
sur le lac; l.i l.iMi. 
tenant empris.jnn. - 1 i 
clie, a créé pour la i ull 
de large. L'on ne s.iil ( 
que année sur son fruul 

Régime des eaux. 



I Italie du Nord. Des 
ni avec soin. Dans la 
luenne, avec leur chef 

>• la porte du Valais : 
. où l'on s'embarquait 
lit une île, sont main- 
int de proche en pro- 
■ de 4 à kilomètres 
[u'il jette encore cha- 



ct la ilepres^inn .lu 
sauvage, de Glels.i, " ' -nI.i- ,lr ;,iii 

rapides, sur une 1 ; Lil -m 

surabondance des | iiliiM- 

déchaînent parfoi.-! ;. .1 nu hi - li 

que les torrents, tombes a angle droit sur le r 
par le travers, des délias de matériaux qui en 
de criift ou le refoulent sur les bas-fonds il^ 



■ La longue et profonde vallée du Rhône si 
160 kilomètres, entre le massif du Saint-Gotl 
ii;in. Din^ ci- lung intervalle, h- fleuve, en, 



[lerficiels du 
■s Ar trouble 



i>ion sournoise 
on a creusé des 
i les recueillent 
^sèchement des 

i|ui, de Gletsch 
n com-ant, de 
ocomplit plus 
ien marqué : il 
gc de calcaire 
sa conque .su- 



périeure 
s'englue 
vitesse I 
Valais. : 
atteindr 
à cette I 



encombrer sa va 
ludiguement exé 
ir des alluvions ei 



e i!rs l.nids. Elle parait 
ur de auo nièlrcs. C'est 
ise sur laquelle s'épan- 
chait le ;;'.-/'.■ l'ii mil 11' ::\ ml . ] 1 1 1 1 iir i : I cmmi hln ce défilé par les érosions 

lin -Il \.lllrr. l.r /,,■„„,» |M.|,|: | u , . 1 , . ; | - m I r 11 I dullCUVC, dOUt IB dclta 

s ■i'.ijiL'i' -'ni- Il - I .iM\. I r^ :ii. Il 11 inhiii.iim a suivi à la sonde un 

sill.-ii -mi- lirn-liv. -.,i II- ,1, 1 : |,lim ml iininis sinueux, d'une largeur 

M nnr ili' s II .,mi nu[v>:i- il Imiy .1..; ',J kiK.uiclres, par leipiel le fleuve 

il' -I niiil ilin- les profondeurs, eu déposant de droite et de gauche une 
ili nlih ilii^in l.ilirale de limons. .11 en est de même pour le Rhin dans le 

LAC LÉtMN 

l,e lac Léman ou de Gfiièce, lac ;i dnni franeai-S, n'est qu'un épa- 
nouissement du RMne. Sa grande nappe bleue se développe en 
l'orme de croissant dont la corne orientale amorce le fleuve, tandis 
(|ue la corne occidentale forme son estuaire, à l'abri du seuil sous- 




LRS ALPES. - LE RHÔNE 




l.enève propiemeiil dil, par opposilion au (ïrand lac ou lar [..luiiii, 
■comme le désignaient spécialement les anciens. La loni.'UHur luiali' 
Ju croissant liquide, à vol doiseau, entre Genève et Villeneuve, 
•est de 63 kil. 4(10, d'après les dernières évaluations; celle de l'axe 
dirigé suivant la courbe littorale, 72 kil. 300. De l'entrée à la sortie 
du Wiône, la rive du nord mesure 95 kilomètres, celle du sud 72 kilo- 
mètres; ensemble : 167 kilomètres pour la lijine des côtes. I,a plus 
i:rande largeur du lac, entre Morues et Amphion, est de 13 kil. 800; 
ta superlicie totale, de S8-2 kil. carr. 30; le volume, 88920 millions 
de mètres cubes; la profondeur moyenne, 133 mètres (exacleim-nt 
lo2",7 ; la [dus grande, 300"", 7. 

Pour chacun des deux lacs, on relève les caraclérisliques sui- 
vantes : Ginnd lue : superficie, 503 kilomèties cinés; prol'im.lrin- 
moyenne, 172 mètres. Pclil lac: superficie, 
79 kilomètres cari es; profondeur moyenne, 
41 mètres. Ensemble : superficie, 582 kilomè- 
tres carrés; pi ofondi-ur moyenne, 153 mètres. 

Le niveau onlin.iiie de la nappe lacustre 
est à 375 mètres d'altitiule au-dessus de la 
Méditerram-e. Rordé de talus assez raides, 
il semble que le fond tlevrait présenter l'as- 
, pect dune gorge entre deux montagnes et 
! rappeler, par exemiile, le silUm du Valais, 
j que le Rltâne a successivement comblé. Pour 
être moins visible, le travail du lîhJne ne 
I laisse pas de se poursuivre. Bien que le vo- 
jlume des matériaux transportés varie dune 
|année à l'autre, siiivantl'état hygrométiique 
jet la fusion des masses glaciaires, on peul 
évaluer à 300000 mètres cubes au moins 
[rapport solide versé annuellement par le 
lleuve dans le creux du lac. Il faut bien (jut- 
celui-ci se comble peu à peu et que les aspé- 
rités disparaissent. 

D'autres cours d'eau ajustés aux rives 
contribuent avec le llhône à l'alimentalioii, 
mais aussi au colmatage du Léman : la 'J'i- 



projeite assez avant un | ucululiv .li' ib-bris. Il n'y a pas d'(7t;« 

naturelles assez importaiili's pour nlliir des assises au comble- 
ment intérieur du lac (lîoclie aux Mouettes, non loin de Clarens). 
Quelques ilôts : Peilz, près de Villeneuve; ftuc/ie à Salagnon, près 
(le Clarens; la Hnrpe h llnlle no font pas eii tout la superficie d'un 
hectare. Le territoire- in^iil.iii.- du I.ic |"iil ilonc pa^-'i- |in\ir insi- 
gnifiant. Quant aux r.-. h , i.H li.iiK il'' I I I !.■ a ^^..ll-. I (I.- Vénoge, 

ce sont des blocs errai ni Mi> l,ii--~ iiai- b-sam nii^ :'!.!■ i-i^. 



On 



l'Iev, 



mère, la Ve, 



toge. 



la/'i 



ithouse, au nniil ; 




la Morrje de Saint-Gingolph, le Itedon au sinl, 
mais surtout la Dransc savoyarde dont le delta 



i^ur-i ((U nielres], (.M|i|i. i i.n nMiir. , i h.'- 
ni.' .'il) mètres), sépaii., p n ,1.-, Imi i .-^ |m n 
iijNwnl/tuux. au point le |ilii.s rlcvù, jn.-. nie 
it) mètres; lu banc sablonneux de l'ruvers 
marque, <\ l'approche de Genève, la fron- 
lière du lac et du Rhône. Si le courant ne 
balayait vigoureusement ce couloir de sortie, 
.lr|Miis lunglenips le fond, exhaussé d'ail- 
li'iiis par un mouvement du sol très lent, 
mais pourtant appréciable, se serait obstrué, 
iliiueinbré en plusieurs b'assins et linale- 
inriit colmaté. 

Sous le croisement de leurs grandes voiles 
latines, les bateaux du lac Léman ont une 
grdce sans pareille : ils sont faits pour le 
cadre; mais, s'ils se pi-'itnènfnl, c'fst en lia- 
vaillant. La valeur iii.in li.iiiJ.- du poissun 

pris dans le lac dc'pa—- ain ll-uM'iit un 

iiiillioM. .\ncun lac ii a Ole innju.v iludic' que 
II' l.i-nian : aa. faune, sa. /lui e sont connues, 
hisiviinis redevenus sauvages, des mouettes, 
di's hiriuidelles de mer sont ses hôtes ordi- 
naires; ajoutez des canards, des grèbes, des 
plongeons, plus d'une vingtaine de palmi- 
pèdes de passage. Le lac nourrit vingt et une 
espèces de poissons : la perche, la truite, 
l'ombre-chevalier, sans compter un peu|ile 
de petits crustacés, Iransparenls comme le 
cristal, qui constituent la l'aune de plein lac, 
et les êtres qui pullulent dans les grandes 
profondeurs. 



LA FRANCE 




ciei-s oiiL ci-lébrés à l'envi [iniir la licliesse 
Je leur lerroir et l'abonilaiice Je leurs 
fniils. Drjà, au temps Jcs Romains, l'on re- 
(liiMvIhiii cr-ite côle ensoleillée, tournée 
viis Ir Mi.l et abrilée Jes vents froids par 
1 'P M-. M.iii Ju Cap au Moine. Je la Dent de 
.l;,iiMii.,l^'^Il..rl,ris,l,.N,,ve 20 '(S mètres), 
;i\,n,l->. .111-111- Ar.. i..,;iiHls massifs du Va- 
:.ii-. A l.'iii- |iiiil~. h' |iiiloiesiiue château 
Ar r/,,//.„;plni,;..e 1rs 1 [..n sses murailles dc 
M- SMiilei raiiis rirITcs sur le roc, en pleine 
e.iii MM'.l'Iusil 1111 piiM.iiiiiertraiiia, dans 
cette tombe anticipée, une existence misé- 
rable : Bunivard, prieur de Saint-Victor, 
V Jemeura longtemps allaclié. 

l.aiivesuisselinilileraiiIrecôtéJuRliône 
rl (lu Umiu-ici .,i>',/i'(/ ^'i,../.. /y,/(, curieux en- 
>.ijili|r ,|,. ,|,.|i\ \ lil.i.'.v-, I nnvalaisan,rau- 
Ue savi^yai J cl liaiiçais, étages aux lianes 
Jii ravin de [ixMunje, dans une jolie situa- 
lion. Entre la Suisse el la Savoie, mainte- 
nant la France, le traité Je Lausanne (30 oc- 
tobre 1564) fait loi el fixe la frontière dans 
l'axe central du lac. On désigne particuliè- 



Rives du lac. — Si le Léman n'était le vesti- 
bule des j.'ranJcs Alpes, l'aspect de celle vasle 
masse liciuiJe sans- arrêt parailr.iit assez uni- 
forme. C'est par la vie et la luiiiii' '|n il I h ni 
le regard : dans le miroir Je ses . i ii\ - • i i I i i 
les oppositions Je ses rives, pour i ini i nu 
tableau J'une séJuisaiite harmonie. Elles sont i 
la fois majestueuses et douces, riantes et se\L 
res. .^11 sud, la terre savoyarJe monte à tiavcis 
d'épaisses châtaigneraies plusieurs fois sétu- 
lain-s jusiiiraux verts p;Unrages où, l'été venu, 
liiiteut ioyeiises, Jans l'air pur et la soliluJ 
des iiauteurs, les sonnailles Jes troupoauv 
là-haut, vers l'horizon, le mont Blanc JaiJe si 
tète au-Jessus Je dômes immaculés. Au noi J du 
lac, les collines onJulent, plantureuses et ani 
niées, les coteaux s'allongent au milieu (b '- 
parcs, des villas et des châteaux; villes et h i- 
meauxse pressent; Ju haut Jes clochers quis'ef- 
lilent au-Jessus Jes vergers et Jes champs, le son 
Ji; la cloche ne meurt pas, Jun village à l'aulre. 

Cojij/d, Xynn, Murges, Vcveij, Clamis, Montrçux 
sur la rive suisse, auxcoleaux luxuiiaulsriueles poè 



renient sous le 
Vevey et Meilb 



imde/y,n(/-/.' 
•; laGr(»ir/c-r 




lii' pinbuide qui s'étale entre 

I la cuvelle qui s'enfonce entre 

le <lelia (I,. la Hiaiise el la pointe J'Yvoire. 

Évian-les-Bains doit à son excellente 
organisation (Inslitul hydiolhérapiquc'. 
mais surtout aux charmes Je ses environs 
et à l'enchantement An lac, l'afllux crois- 
sant de ses lioles J'été. Une petite ville 
an<icûne s'élago Jans une couronne J'avc 
nues, d'hôtels" et Je villas, aux premiers 
plans des montagnes Ju Clialdais, que do- 
mine la Dent dOche. Ce fut la capitule du' 
pays Je Gnijot, avec une cilaJelle dontcinij 
luiirs subsistent encore (3270 habilanls . 

Thonon, ancienne métropole Ju Cha 
Idais, lieiil à la rive Ju lac par un funicu 
lairtM]ui relie la ville Ju coininerce el celle 
des bains au faubourg marin do Rivc^ 
(7 232 habitants). C'est de Tkomm qu'en 
biO'i saint Frani^ois Je Sales entreprit l'é- 
vaiigélisalion Ju Chablais. 7'/(()»(m appni- 
tcnait à la Savoie Jepiiis le xi» siècle ; 
lluiiibcrt aux HlaiK In-s Mains, premier 
comte savnvaid. I.- nciil .le Conrad le 

Salique;la mII.'IuI |u is.'.en 17il2, dans 

le départe ni ilu .Mont lilanc, luiis dans 

celui Ju Léman; rendue à la Savoie en ISI'K 
et eiiMu recueillie avec ce||.-ci, afirès U 
campagne d'Ilalio. 



\Ll'lïS. 



i.!'- uiiôNr: 




|(lii|iart lies villes el les bourgs nclucls riverains du 
10 siiiit situés à proxiinilé, sinon en fnre, d'un ancien 
nlilissenienl Ineustrc. 

\v.-.- r<-ir<>u(lrenient de la filé insulaire, les com- 
innl. ili.iiis dune rive à l'autre furent eiiuipriiuiises. 
I- llMiii:iiiis |)(uirlant trouvèrent h\ un |)(int qu'ils 



II, p. 



.\.^ 



,.l.-s 



■■■ I cl .■uii>liliic une MiiaratiLin plus alisulwe ipio 
■s numtajjnes elles-uiéuies. Aussi l'aire ihi Inc de 
U-iière et le cours du Wniiie divis.iienl-jls des peuples 
lès différents : nu nord, les Helvètes montagnards; 
Il siil. liN Mlihi-orjcs, maîtres des Alpes Dauphi- 
"1--, 'l'iil \ iriiiic sur le Uliiino fui la capitale; 
\i~\. 1'^ lnlMi> ilii Valais, débordant il l'occident 
Ir- \I|H-. 1,11 ii-Mijeltissant ces peuples fi leur di^mi- 
iilion, les U.iinains ne niiniiiniil p;is les liens éla- 



GENÈVE 

Genève lut, de teniiis iiiiniénio- 
rial, la reiiiP du Léman : au caire- 
fiiur des roules naturelles ouvertes 
entre les Alpes et le Jura, elle 
rayonnait sur la Gaule, l'Il ilie et 
I l'empire germanique. Par l;'i pas- 
sèrent les Romains, les hordes des 
Helvètes et des Bourguignons, les 
reitres aux cheveux roux, et, de- 
puis, nos bataillons sous les plis 
du drapeau tricolore. 

Les plus anciens vestiges de l'ha- 
bitat humain ont élc retrouvés près 
de celte rive, englués dans la vase, 
sous la nappe du Petit lac : ce fut là 
le berceau de Geiiète. Dans le eœur 
de l'hiver l.s53-185'i, un retrait siililt 
du lac de Zurich avait laissé p.irnilie. 
aux yeux surpris des ouvriers fini 
remuaient le limon nouvellement 
émergé, une véritable forêt de pilotis 
dont les inler>-alles étaient encombrés 
de débris divers : pierres noircies au fet 




ustensiles de cui 


sson c 


pot, 


ries 


priiiii 


tives, 


armes de pi 


■rre ou 






mêlés 


ides 


os travailli 


s ou s 


mple 


lien 


t ense 


vehs 


: les uns d 


annnai 


X dû 




iques 



porc, bœuf, chèvre, mouton, cheval: d'au- 
tres d'animaux sauvages : loup, bison, 

'che^Teuil, chamois, sanglier, dont l.sleMcs 
de cette cité iiriiniliv.- 'i\.ihiil f.iil Irm 
nourriture. Les |il.iii.lifi-- ,,|ii-i,-- ni\ [,,- 
lotis.les hnlli-s ,-l I. iir- ImiI- ;n,,h ni -..m 

jbré avec les liabjl.inls sur It- M. ).ri« ^1. 
leur cuisine. 

On a retrouvé dans les lacs de Suisse 
un grand nombre de ces bourgades pri- 

[ initivcs établies sur l'eau des lacs, à 
l'abri des surprises de l'ennemi et de l'al- 

i laque des bélcs féroces. Année v. le Boni 
«et, les l,ics de la haute IlaUe", l'iiland. . 

I la Scandinavie possèdent dépareillés , il. - 

I lacustres. Geiiéce a aussi sa Veni- |,m 

I iiiitive: c'est de là qu'elle vient. Cellel. m 
gade lacustre parait s'être allaelieu iiii\ 
deux rives du Petit lac, entre Sécheron et 
Cologny : elle enfonçait ses pilotis sur la 
digue du banc de Travers. lijentot les deux 
agglomérations opposées ne foniièient 
plus qu'une bourgade juchée au-dessus 
des eaux du lac : les hommes de là^îe de 
pierre et de celui du bronze y ont laissé 
leurs traces. Peu à peu la cité flottante 
s épanouit sur la rive en village littoral : 

France. - II. 




hlis par la solidarile de race, dint 
de tradition. Les riverains du te» 
rent dislribués en trois provinces 
rentes : les llclrèlcii, race advenli 

débordMill.'.liiri. liivnl iriHic dr I-, : 
Séqwif' ■■ '- '■'■■ •• ' !■ ir -.11 ■ 
aux .Ml.'l.i '■ - il'"i . - ' ' ilr! - 



dilVc- 



Miiurienno et 


de la T;! 


..|,l .!-. . 1. II.. .1... 


niérc provinc 


e comniai 

laflaiilr. 


.I:i|i i - .1. |. ..|. !.. . 


'. lil - linMl 


Ml inl. Su 

1 - .1.1 ]•. 

Ih.M.. l'.llt 


...■1 leMunl-Cenis, 
l.iix grands cours 
Mipérieur, la Doire 



1 11 li L! E IJ U 1. 



le hiissin ilu Léman demeura, entre 
l.i ]ilaiiielie!v('ti(iue,les.\lpesetle Jura, 
1111 i:;irn-four de jieuples. Ce cni-açlère 
cosmopolite n'a pas cessé de s'ariirincr 
par la suite : depuis que l'rtpre diiini- 
nalion de Calvin a cessé derétreindie, 
Cenève s'est ouverte à de plus laii.'es 
horizons : de tous les points du mondi' 
on y vient prendre l'air des gi.mdes 
Alpes et du ciej d'Italie. Cet afflux do 
l'étranger a Iraiisfunné la ville, élargi 

10 



110 



LA F 11 AN CI-: 




ses contours, occupé les Jeux rives Je son 
lac. Un seul p'«nt,jaJis, le vieux pont Je 
César, enjambait le Rhùne, en s appuyant 
au milieu Julleuve sur une île. Vingt fois 
au cours Jes siècles le pont fui rajeuni; 
aux soliJes assises Je la construction 
romaine se grelTèrent Jes logis parasites 
appuyi-s sur pilotis. Dans ce quartier Je 
l'ile, isolé Je Tua et l'autre rivage par 
un Jouble pont-levis et fortifié Je tours, 
^-ivait une population laborieuse J'arti- 
sans, licritiei's inconscients Je l'anciennr 
cité lacustre d'où sortit la Genève pri 
mitivft. 

A mesure qu'il s'approche de Genève. 
le Pelit Ific, qui forme l'estuaire Jn 
l.éman, se rétrécit par degrés: large Ji- 
3 000 mètres, selon Forel, à 'i kilomètres 
■en amont Je l'ile lîousseau, il ne me- 
sure plus que 2.300 mètres, à 3 kilomè- 
tres Je Jislanic; 17o0 mètres, à 2 kiln 
mèlres; 7oO, à 1 kilomètre. En mèm'- 
lempslefoiiJse relève par degrés jusqu'à 
laJiguc sous-lacuslre Je Travers. Parcel 
nmoinJrissement graJuel Ju Petit tnr. 
le JlMne se retrouve comme un grand 
(leuve. Des qnaisl'enserrenl, Jisciplinenl 
le courant cl, pour atténuer l'intcivalle 
Je séparation d'une rive à l'a'ilre, Jeux 
lies rompent la nappe liquide: 
la grande ile Je Genève en aval 
et, au-dessus, l'ancienne ite 
des Bnrijiic.i, entassement Je 
pierres et Je gravier, Jcpuis 
entouré J'un mur, où s'amar- 
raient jadis b'S cli.ilands de 
liansporl; la slalue de Jean- 
Jarq les Rousseau par Piadier 
s'y rii(ose,au bruisscmentdes 
grands peupliers. A cette dou- 
ble atlarlrc insulaire se sont 
soudés plusieurs ]ionts. D'au- 
tres ont suivi : Genève n'en 
compte pas moins de sept, 
entre autres celui du Mont- 
nianr,Joii,panmtempsclair, 
s'estompe au loin la silhouette 
Ju dominatc'ur des Alpes. Ge- 
nève et .Snintliervais, son an- 
cien faubourg, ne forment 
plus, des deux côtés du HhAnc, 
qu'une seule et grande cité : à 




E PII A RE. 




droite, les palais-hôtels, lesaveniies 
plantées, les larges quais, où s'atta- 
chent les grands bateaux, vrais 
hôtels flotlantsqui sillonnentlelac. 
I.e nom de PoVyias rappelle les prai- 
ries {pasciia, pâturages) qui s'éten- 
daient sur la plus giande partie de 
cette rive jadis à peu près déserte 
et souvent inondée. 

La G(?ièrc de Calvin, des Bur- 
L'ondes, des Francs, des Allobroges, 
se concentrait à gauche. Il est cer- 
1,1 in qne le plateau Jes Tranchées, 
un |i^ Il an-dessus Je la vieille cité 
du nu.yrn :)'jf, fut fortifié et habité 
|jar les Humains : Jes armes, des 
inscriptions lapiJaires, Jes mon- 
naies et des poteries, Jes ustensiles 
de briinze. mis à jour, ne per- 
UM it- lit l'.is d'en Jouter. Il ne reste 
leu dis iiireintes successives qui 
nul du d.dendre la ville. En 1034, 
I lie fut annexée par Conrad le Sa- 
lique à l'empire germanique, avec 
ses évcques pour princes tempo- 
rels. La réforme de Calvin chassa l'évêque 
en lo33, et Genève fut indépendante, si 
l'on peut appeler indépendance l'étroite 
sujétion à un pouvoir soupçonneux, dont 
Michel Servet fut victime, en lob3. 
li.iLlachée à la France, de 1798 à 1814, 
eonime chef-lieu du département du Lé- 
man, Genève se rallia, enl814, àla Confé- 
dération helvétique. C'est une ville ou- 
verte aux choses de l'art et de l'esprit; 
lin y professe, non peut-être sans quel- 
que ostentation, un véritable culte pour 
l'étude. Voltaire, Jont la raillerie neres- 
|iii tait rien, se moquait agréablement 
dr cette exagération de zèle poussée 
liisqu'à la nianii", ilansles controverses 
i-liju ii-''~ .'I idiil.i..i],liiiiues. Mais le 
l<iii|i^ alh iiiir Ih'ii , 1rs choses, (icn^re 
I pM'duil di'^ le.iuinies lemarquables : 
.;. ./. Ihuiscau (1712-1778;, dont l'ii'mi/f 
id le Cuntrat sociul furent brûlés par la 
main du bourreau; le naturaliste de 
S.nissure (1740-179C;, de 07mto;/e(1778- 
I Si 1 ; , Clapnrède, Necicer (1 732-1804), Pra- 
■lirr (1786-1852), Tœpifcr, l'ingénieux 
mleur des Voyages en zigzag; le roman- 
rnr Victor Cherbidiez. 

Genève offre à l'étude des établisse- 
ments scienlifiques et des collections re- 
marquables: pour les arts, le mwsèe linth 
(peinture), le musée FuU 
(sculptures antiques), YAilié- 
ni'e (exposition permanente de 
tableaux modernes); pour les 
sciences et l'histoire, le Mu- 
n'iim d'/iislitire naturelle, \e Mu- 
sée arrlii'nlogiijue, la Bililiulhè- 
.pir 'aiiliigraphes, manusciil* . 
lui- hs liàliments acadérai- 
,|ih s; \rJ,îrdinlii)l<tni(jue,lcilu- 
,m'< lii.^ldiiijiie géneviiis, le Atusèe 
drs Arts décoratifs et l'École 
'1- Horlogerie (spécialité gene- 
voise'. Vlirole des Arts indus- 
',,-/-. le .l/i(.véc des Missions calvi- 
,u.ir>. un Jardin d'acclimalatiim 
<H ./.Lnilrsalpiiies. Promenades 
.1 iiidiiisronslellentia double 
wll.-: (idle des Itastions, SOU- 
di'i à la place Neuve (Ccmserva- 
luire de musique. Palais élec- 
toral, Fniversilé et Jardin 
botanique, ThéAtre), prouie- 



LES ALPES. - LE RHÔNE 




nade Saiiil-Aiitoiiie (OLiseiv.ildirei, pi 
national de la réunion à la Conlédérul 
Itlanc); sur la rive droite, Saiiil-lJei 
square des Alpes, les quais, les 
boulevards, lesCropettes, le parc 
de Mon-nejios, sur un graciiin 
terre-plein que baignent U- 
caux lileues du lac. 

Le Wione et son lac sont la 
vie de Gmève, mais on n"a en- 
core tiré du fleuve qu'une partie 
de l'elTort utile qu'il pourrait 
donner à l'industrie. Par l'alti- 
tude des étapes du /J/i<5/ic, entn- 
sa source et la sortie du lac df 
(lenève, on jugera de la forci- 
laissée sans emploi : Glelsr/t, au 
pied du glacior d'orii-'iiie, est 
à 1733 métrés; MOrol, 76» 
Urigue, 6";;; Loéche, 62.i, 
Sion, 491; Saiut-Maurice, 411; 
!•; I.éman, 3"'i. 

Genèce dévc-loppe de plus en 
plus ses établissements liydraii- 
li'iues. Sur le bras droit du 
Meuve, que coupe en deux la 
grande île du lUtùne, un sys- 
tème d'écluses règle l'écoule- 
ment des eaux, de façon à en- 
tretenir la chute nécessaire aux 
turbines de l'établissement hy- 
dro-électrique de la Coulouvre- 
nière, altaclié à la rive gauche 
d'aval. Libre de ses impuretés, 
déposées dans le grand réser- 
voir du lac, le Rhône a la lim- 
pidité du cristal de roche : vou< 
diriei, sous le barrage, une cou- 
lée d'émeraude. 

A 2 kilomètres environ du 
pont du Mont-Blanc, le li/iône 
limpide reçoit un affluent, 




c, .barge iUi bou.-s et d.' débris. 

i nioiiis de 2 kil. 1/2 de sa sortie 
un grand réservoii' pour déposer 
ses troubles. Issu du col de 
lialine, il entraîne les ruisselle- 
ments des grands glaciers qui 
romposent le colossal iceberg 
(lu molli Blanc : torrents du 
l'our, d'Argenliôre, de la mer 
(le Glace, eaux de fusion des 
l'èleiins, des Bossons, de Ta- 
connaz. De la région du col de 
Balme, où il naît, à 2200 mè- 
tres d'altitude, le torrent tombe, 
à 372 mètres, pour un cours de, 
102 Uildiiièlros, au point où il 
rejoint le Rlumi'. Sous le coup' 
(l'une débâcle, la puissance de 
r.Arfe est irrésistible. Si son 
débit ordinaire est de 100 mè- 
tres cubes par seconde, avec un 
minimum de 3!j mètres cubes, 
il atteint en crue 700 mètres- 
cubes, et, par débordements- 
exceptionnels, dépasse 1200 mè- 
tres, tandis que le likône donne à 
sa sortie du lac une moyenne 
(Ie250mètrescubespar seconde, 
son écoulement étant réglé 
artificiellemen». La coïncidence 
des maximapour les deux cours 
d'eau ne se présente qu'excep- 
tionnellement. Alors le (lot ter- 
reux de r.lrre reflue dans le 
Ithoiie limpide : on l'a vu, 
(•n 1888, soulever le niveau du| 
ileuvu dc2°',0o sous les turbines' 
(le la Coulouvrenière. L'Ame 
peut même, en refoulant le 
/{liùnc, pousser ses déjections 
torrentielles jusque dans le 
I.éman. Ce fait très rare, parce- 



112 



LA FRANCE 



! 




les eaux du lac très basses, s'est puurtaut produit 
. Les er.indes crues de VArve ont un double efTet s 




llhùiie : noa seuleracnt elles entra- 
vent le cours du ileuve par le 
refoulement de ses eaux, mais elles 
épuisent son activilé au déblaie- 
ment des matériaux jetés par l'inon- 
dation à travers son lit, comme une 
digue sans cesse relevée, qu'il faut 
rompre toujours. Ce sont les allu- 
vions de VArve qui ont comblé 
r.infiiMi marécage, étendu àlajonc- 
lirni des deux cours d'eau, sur lequel 
'st construit le faubourg genevois 
de Plainpalais (palus, marécage). 

Les affluents de VArve sont : à 
iiauche, le Bonnant, issu du col du 
lionhomme et alimenté par les 
lilaces du Miage, de Trélalète, de 
llionnassay; la Sallanc/ie, le Foran, 
le Brunze, la Borne, qui entame 
les chaînes calcaires et précipite 
ses eaux dans le défilé d'Enlre- 
mont; à droite, la Diosaz, émis- 
saire du Buet, .qui s'effondre dans 
une entaille étroite à travers la 
roche cristalline de Pormenaz; le 
Gi/frc. dans une cassure perpenJi- 
< ulaire à la dépression de l'Arve : 
Gi/frr-Haut, venu du Buet; Gi/fre- 
liiif:, émissaire du lac de Vogeable 
it des nombreuses cascades du Fer 
à Cheval qui ruissellent d'une gi- 
gantesque muraille couronnée d'al- 
pages ou de blancs névés; enfin, 
Cl. C.B. laMénoge. 

Pour un bassin de 1980 kilo- 
mètres carrés que draine VArve, la 
Suisse en possède seulement 80 ; de 
nombreux méandres conduisent le torrent dans la plaine de Plain- 
palais, à la « jonction du Rhône ». Désormais le fleuve serpentr 
dans un lit de mollasse flanqué de hautes falaises : des villas, des 
fermes isolées, quelques groupes de maisons défilent sur l'escarpe- 
meni, entremêlés de jardins, de vignobles et de quelques bois. Sous 
l'alflux des eaux troubles de VArve, des atterrissements déchirent 
çà et là le cours du Rhône; des berges s'allongent, où prospèrent 
quelques établissements industriels. Plusieurs cours d'eau viennent 
au fleuve, avant qu'il ne quille le territoire de Genève (18 kilomètres 
de i-ive droite; i'i kihnnètresderive gauche, dcpuisla siU'tie dulac). 



LE RHONE FRANÇAIS 



DE LA FRONTIÈRE SUISSE A LYON 

Le Blidne entre en France, d'abord par sa rive droite (déparle- 
ment de r.Vin), au-dessous du conllucnt du London; plus bas, pai 
'•a riv.' nauche (département de Ilaule-Savoiei, en aval de VAire. 
.i\rr inir 1,1 lyiur moyenne de 330 mètres, et par 3.30 mètres d'altituilc 
^'11 lii >'.i, caisse entre des falaises, dont quelc]ues-unes atleigneii' 
^11 iim'Iii - (le h.uit; ilsemble que le fleuve veuille prendre son ëlai 
pour entamer, au delà du bassin de Collonges, l'épaisse digue di 
Jura qui lui barre la roule de l'ouest. Alors, il se contracte, rassem 
ble ses forces, disjoint par un terrible effort la tenaille serrée di 
Grand-Credo jurassique et du Vuache savoisien : il se cnnise unco" 
loir profond, s'insinue dans les fissures du sol (la Perle du Hliône 
écume et mugit, pour reparaître, apaisé, à la rencontre de la Val 
serine. Voilà le premier i)as franchi. La poussée de la Valserinejetli 
le fleuve dans une faille longitudinale, qu'il suit, aux lianes du Gram' 
Colcnuhier, de Btllei/arde au bassin de Culitz. 

.\hirs le Rhône torrentiel se réveille, cherche sa voie, inclini 
vris l'ouest sous le promontoire de l'Kpinc, longue arête riverahi' 
du lac du Bourgel, dans le prolongement du massif de la Grande 
Chartreuse. Ici, un nouveau bariage ferme la route do l'ouesl; !• 
/?/»!»(■ l'enlaillc, de Yeniie à la Balme, par le drfil^ '''' Pierre-Chàlcl 
du bassin d'Arlod à la ]ilaiiio de l'Ain, il di-coupe un bastion triun 
gulaire au sommet du(iuel débouche le Guiers. Maître désormni- 
(le sa roule, le Rh'me se promène à travers les mailles d'un ver 
doyanl archipel, se ramasse, enfin entre dans Lyon, où il lenconln 
la Saône. 



FRONTIERE DU NORD-EST 



-y>-i'-«« *.*S» cr ra-nW," '>'' „ Hasselt / ',.;,^\^ . ^Mj^' •'■'" , ;' , - Forteresse 

C-?Xl:&,LjîC^^ BRUXELLES ii' »'«?^'"!:'»'J...>AUl.Wu.^| ^'V -• ' ..V V . '1 

^^ Saf'UEe ^ \*Iou.-r.^i .' .X- 'M'"- t. M P l 1\ E ^vAiyCkefheude, 







■:ndk 

Fortrresses fyjnç-:ses 
Allemandes 
Belqes 
Miennes 
: d'EtafSi-.ColPont- 
VilleFortiAée et Fort, 
\ de Corps d'Armée 
EchcBe 



r^iu§sï 



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Brf!^; 



Beawais ^-~ ^ ,^^ - . . 









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XBainé. 






^hartre 



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PARIS Sf>jnai>-c-^ ^î-^-^",™:?'' Barlel)' 





Mciifar-jis' i 

Joignf 
Auxerre ^ 






1^ Kai&'slautçm 
, 'nt^/lè '^^Strreloms Hardi '•^;?«i 

'arreyiiemineia o-^'to^v. jf" 

•i > msfeaioiiuy 

\:\-.i ' Forêt de -BamiPTiaitB^ 

p.-. Nancy N Cdr.s,,.,^/^. 



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Draguignaa _ojijitibes 

,.,■.,. , ' -i, ■ V S'.'MjrgufnlT 

--'•f'' .'"'"■"' MÉBITEBBANilt: 

MAHSi:U.l.K ^S'Tropec 



I 



LKS ALIM-S. _ LK RHÔNE 



113 




AiDsi, du fort de ik- 
ilust, qui ouvre len- 

l,.'e .I.s dénués du 
. au jumt ilii 
;ui lui lionne 
■ sur la plaine 

>■ i Ain, deux rui>- 

lures principales : la 

Prrtr, entre l'Écluse 

.•nTellegarde; la 

:;orge de f'iirre-Clni- 

.'W, entre \eune et la 

BaliHP, conduisent le 

lleuve, d'uneclnsedii 

lura dans l'autre. 

ivec airèl iulermé- 

liaire daus le bassin 

le Culoî, jusqu'à 

'épanouissement de 

a plaine lyonnaise. 

I.e Jura est vaincu. 
La perte du 

Rhdne. — « De Col- 
•iiys à Bellegarde, 
•■>t une cluse (c/aii- 
itra, clôture). Le 

leuve y précipite son 
oure entre des rives 

ibruples, formées 

l'abord de roches 

■olides, puis de cou- 
hes beaucoup moins 
ésistanles de mo- 
lasse tendre et de 

uai-nes. Son lit est 

•iroil, profond, à pente rapide mais assez régulière et obstrué çà 

■t là par des éeueils adventifs. Ce sont des roches écroulées des 

•ords et que le torrent a vite fait d'user et de rouler. Mais d'autres 

es remplacent sur les mêmes points ou ailleurs : le lleuve mine 

•es rives qui s'éboulent sana cesse. » 

Le fort de l'AV/u^e n'est qu'une étape de ce long couloir : de 1iim|is 
mméraorial, ce passage fut gardé ; les ducs de Savoie y avaient une 

•iladelle. Le 3janvier 1883, un terrible glissement de 500000 mètres 
ubes, détaché de la base du Grand-Crcdn, sapait par la base l'un 

les deux forts de l'Écluse, en surplomb sur le lleuve. Le lihùm-, 

•ncorabré, recula. 
« Dans cette cluse, tout parait à l'état d'équilibre instable. La 
allée n'est qu'un ravin escarpé, sauvage et à peu près inhabité. I.e.s 
illages sont tout en haut des versants, aux points où les pentes 

• arrondissent pour former des plateaux ondulés, à la hauteur de 
30 à 200 mètres au-dessus du lleuve. Les cultures descendent çà et 
à jusqu'au bord de l'eau, mais, presque partout, ce ne sont que des 
Tébois. On y accède par d'assez mauvais sentiers dont quelques 
ronçons seulement sont à peu près parallèles au fleuve. \ln seul 
licmin accessible aux chars de montagne met en communication 
es deux rives. C'est le chemin de Vanzy, rive droite, au village 
l'Éloise, rive gauche, par Grésin. Ce chemin traverse le Rhône par 
m petit pont de bois jeté sur un singulier étranglement. Le lleuve 

l'est creusé là un double lit, des deux côtés et au-dessous d'un gros 
ocher de molasse en forme de pyramide renversée. Le plus large 
le ces deux bras, celui de gauche, a 5 ou 6 mètres de largeur, et ce- 
iii de droite en a 3 ou 4. La profondeur est considérable et le 
ouraot de surface très peu sensible. A quelques centaines de mè- 
res au-dessous, il y a un fort rajiide. 
« Du pont de Grésin à la Perte, les rives sont peu accessibles, mais 
ependant visibles paitout, et, avec plus ou moins de difficultés, 
l'ordables. k la Perle même, il y a de bons sentiers sur les deux 
ives. » La Perte du Rhône se produit au pont de l.ucey; pen- 
lanl les bas.ses eaux, le lleuve disparait sur une longueur de 50 à 
;0 pas. Le pont, en pierre, a une arche de 12 mètres de portée. Les 
aux du fleuve sont grises; elles accourent en ligne droite par un 
■Iroit canal, avec des bonds et des jets d'écume. A partir d'une 
'"'te initiale en fer à cheval, à 2o0 mètres en amont du pont, c'est 
omme une cascade horizontale. La chule en fer à cheval est [iroduite 
■ar une digue oblique au courant. Elle ne barre pas entièrement le 
il dnWwne. Eiilre son saillant et la rive gauche du fleuve, on a 
ai.ssé au courant un libre passage d'une trentaine de mètres. Kn 
out temps le Jth<me forme par ce pertuisun rapide impétueux, mais 

France. — II. 



sans atteindre 
grandes eaux, 



m du barrage. En été seulement, pendant les 
[lai-dessus en lames plus ou moins épaisses, 




114 



LA FRANCn; 




■et y forme une chule 
oblique au courant 
principal, mais de hau- 
teur verticale. 

Au-dessous du bas- 
sin lumultuoux, d'unp 
longueur de près do 
100 mètres, où ces cou- 
ranls so rencontrent en 
formant des vagues 
énormes, les eaux s'en- 
^oufTrent dans un ca- 
nal rocheux d'une di- 
zaine de mètres de 
large et qui va, se 
rétrécissant encore, 
jusqu'au pont de Lu- 
cey. Leur vitesse esl 
d'abord effrayante, 
puis il semble qu'ell< 
■diminue avecla largeu 1 
du couloir. Presque 
toute la masse jiasse m 
siphon dans un lit in- 
férieur, sous un plafond 
<le rochers, rompu vers 
■son milieu et comme 
formé de deux corni- 
ches. Mais le défaut de transparence de IVau ne le laisse pas toujours 
•deviner, excepté en hiver, lorsque le canal supérieur esl presque vide. 

« Le nhône, au pont de Lucey, n'a pas grande apparence, mais il 
-ne se perd pas : on le voit. C'est en ilé tout ce qu'on y constate et 
l'on en rapporte une déception. Il faudrait être prévenu que ce 
^u'il y ade reinnrfin.ihb', c'>'<.\. précisément ce rapetissement et cette 
espèce d'évannui--;M.i!i .la ll''uve. En amont du barrage c'est un 
■courant superli.-, i.ini m ti > iiilies par seconde en eaux moyennes 
■d'été. Celle ma— s. ri. .ni., dans un goullVe avec un bruit et des 
bonds formidables, puis, sans 
cause apparente, le tumullt^ 
•décroit et s'apaise. Celait un 
fleuve puissant, ce n'est plus 
qu'un étroit et rapide canal, 
puis un torrent sans grande 
importance. Ce qu'on en voit 
•couler sous le pont de Lucey 
ne dépasse pasiiO mètres cubes 
par seconde, le dixième du 
•courant d'amont. Pendant ce 
trajet de 300 mètres, tout s'est 
rétréci, non p.is seulement le 
fleuve, mais ses rives, sa vallée 
même. Le pontde Lucey a des 
<iiniensions mesquines. 
Comme pour un médioci-e tor- 
rent de monlaL'iie. La vallée 
«si élroile et sans grandeur, 
un simjtle ravin. La gorge voi- 
.sine de la Yalserine esl plus 
imposante et la vallée où elle 
se creuse a une autre ampleur. 
Elle est large et bien dessinée, 
on la senl ancienne. C'est évi- 
demment la vallée maîtresse 
e le Flliône y débouche comme 
d un ravin nflluenl. 

.. Il faut voirie fleuve, en A/- 
vr. On distingue alors di-ux 
lits superposés : un lit supé- 
rieur;'! parois verlii aies et vide, 
de m mètres de largeellOmè- 
Ires de profondeur, nyanlpoiir 
fond une plale-foi me horizon 
taie rom|>ue au entre . 
•comme formé de deux ap- 
porta, laissant entre eux m 
vide sinueux de 2 ou ."1 mètres 
•au-dessous, un lit inférieiii 
•quel'on devine, mais qu'on n. 



querl'i 
le pont 
que pai 
formel! 
perte tn 




voit pas et où tout lo 
fleuve passe en basses 
eaux. Par les étiages 
moyens d'hiver, l'eau 
vient effleurer les cor- 
niches et quelques jels 
d'écume jaillissent par 
leur intervalle. Parles 
plusbasseseauN.onilis- 
lin.L:urlenrnv,.,àquel. 
que distance au-des- 
S..US, mais alors sou 
courant paraît faible. 
Ce double canal en ti- 
roirs étages, dont l'as- 
[lect n'a pas dû changer 
beaucoup depuis dp 
Saussure, court en 
ligne droite jusqu'au 
pont de Lucey. Mais, 
à mesure qu'il en ap- 
proche, la lai-geur du 
couloir supérieur di- 
minue un peu, puis des 
rochers tombés des 
deux parois s'entassent 
sur les corniches du 
fondaupointd'enmas 
val le. Sur une longueur d'une quarantaine de mètres, doiii 
que à peu près le milieu, on ne voit plus le canal inférieui 
^liiues interstices entre les blocs arrondis et polis et qu 
i II ..11^ S..111I11 . ^, comme d'étroits orifices de puits. Ilyali 
|i 'iiil.inl au III. lins quatre mois de l'année. Au-dessous,.- 
Il'- .!.• ni.'li.'^ cil av.il du pont, le fleuve repai-aît d;ui 
.- li,i-~Mii i'ii.',ii-~-i- l'i ,-'i ]i,ii-iiis siii-iiloiiilianics, iiù ses eau 
i-ii Ih.uiII.iiis I- m,, (i niii' s.mi .■.•. !).■ la cliulc iniliale.'i I 

13 mètres. » (G''' Bourdon, Bu. 
lelin de la Société de géogra/tlih 
1" trimestre ISp.'i, p «9 ) 

Tn 1S"1, di ux Anii iicani 
iNUita iui>i 1 1 lonti-SMon d 
Il isili -. ( luxdu Jtliiiiie, cow 
liiu-ii iituu duuededinv 
Il 11 I 11 diiiOMl d< Il perle l 
luiiii 1 d « a 9 m. ties d 
hi_( sui 6 mi tits de han 
s niscli t de voutt,ticusédii 
Il nid'^sif calt uie qui st p.u 

I Hhone de h \alseiine, pi 

II un i uni p 11 iK d( s eiux d 
fliUM (10 m tus cuhis PI 
\ii II d iiis l( hldc luiMin 
I I liiil ol II mil , il ml de 
I I 1 nu tus d Mloppiit ui 
I 1 di 8 000 dn\aux Li 
usiiu s titva sui le pionioi 
t,..i >. , aa p.ed duquel si léuni 
sent le nitiine cl la Vakeriii 
Le site esl impressionnan 
Sous les roches fyclopéenm' 
(lui surplombent, le fl/")" 
largo à peine de 10 mètres 
presque sans courant, ma 
d'une profondeur incroyabl 
ic, ..il le flot bruyanletrapii 
,!,■ la Vniseriiie qui Iravcr; 
.11 i-oiiranl contre la rive 01 
p. .>..-. .prclle frappe avec vil 

I . siiirl.iiii-silcriisinedislii 

■ ques de Bell\ 

lé et la for. 

-les, lilalure 

ries, minoteries, fabi; 

le courroies, de carbul 

,1c calcium, vivent du IW"' 

UeUcjarde, clef de la roule 1 



ijurde l'électric 



qui 



LKS ALPES 



LD niIÙNE 



115 



.yon à r.enève par Cuioz, est silué 
ur la rive gauche ilela Vaherine. l.a 
louss^e violente de la rivière tor- 
cnlielle pn-cipite le fleuve, du nord 
lusuil: on le dirait son aTlluent. 

Hais là ne se borne pas l'elTort du 
Uône. Pendant 8 kiloniMres en- 
ore, rencaissement de sun lit sar- 
roil, pour diminuer ensuile. A lîel- 
egarde raiMne, lalliliule absolue des 
Ktrds supérieurs du di'(ll<5 est de 
HO inèlres;;\ Malporluis, 'loO. I.evil- 
age de Beauinont qui, s.ir la rive 
-auche, domine le K/uine de très 
•K-s, est à la rôle de 4',t2 mètres, 
'esl-à-dire à "J'iO mètres au moins 
u-dessus du courant, l/escarpement 
■«■lève en deux paliei-s dont le se- 
ond fuit en pentes; de là, sur les 
ives, une suite de paysages d'étrange 
aractère. 

Bien quil suive docilement, du 
>onl au sud, la base de la longue 
?lée que soulèvent le Crèl du Nu et 
' Graiiil-Coloiiibier, entre Bellegarde 
t CuIoz, le Rhùne ne laisse pas de 
ercer quelques éperons de roclies 
ur sa route : partout se révèle lef- 
jrt patient et tenace. 

Au pas de Mnlpertuis, ou de la 
'lanclied'Arloil, le lleuve se resserre 
ntre deux rives, éloignées au plus de 
mètres l'une de l'autre : ■< Les ro- 
lliers en encorbellement mêlent, sur 
abime vert entrevu, des branches d'arb 
es mines. Le lihùne disparaît presque coni|ilMiiMiiil 
ans le trou sombre où il est contraint de s'engouHVcr: 

pousse des cris furieux grossis par les échos prison- 
iers dans les cavités souterraines; la. PI une he d'.\.ilwl 
:hàleau ruiné sur un gios rocher au-dessus du Rhône . 
u'on levait quand la France était en guerre avec la Sa- 
oie, a été remplacée par un tablier en fer. L"u peu plus 
as, le château de Gïnissint suspend ses tours à "200 pieds 
u-dessus du fleuve. » (Ardnuin Dumazet.) Là s'eflile 
élilé de J/..;i/..i(r, frère du Malporluis. Au-dessus 




Pyrimont, le chdteau du Parc inari|ue 
l'oripine oflicielle de la navigation, 
l'n dépôt de gravier, où s'enracinent 
quelques osiers, témoigne du chan- 
gement qui s'opère dans l'allure du 
cours d'eau : sa vitesse n'est plus 
aussi grande; le courant devient 
lleuve et porte, d'une rive à l'autre 
entre Pyrimont et Seyssel, des ba- 
leaux chargés d'asphalte, dont les 
.iflleurements zèbrent la niontagiu? 
voisine. Mais c'est plus bas seule- 
ment, au delà de Seyssel et après le 
confluent du Firr, que les rives s'a- 
baissent et la vallée s'élargit. Seyssel 
peuple les deux rives du IViùne"^ 
deux communes distinctes : long- 
temps disputéi's entre la Franco et 
la Savoie, séparé^es par une frontière 
([ue marquait la pile jetée au milieu 
du lleuve, réunies en l"'J'i au dépar- 
tement de l'Ain, sépaiées encore 
en 181ÎJ, l'annexion de la Savoie lésa 
ralliées une dernière fois à la France. 
Mais l'une, sur la rive droite, appar- 
tientaudépartementde l'Ain: l'aiiln', 
sur la rive gauche, à celui île la 
Haute-Savoie. 

AuiMni'fnuriIerii/fÇj la voie ferrée 
.!.■ I.ynii à (..■rièvr iniise la ligne in- 
l.i ii.iliuii.ijr l'ai is Turin par le tun- 




tlaine, crée des îles de sable et les 

lisperse, va et vient au milieu des 

cailloux et des alluvions où bruis- 

sent les saules et les peupliers. Celte 

plaine est un ancien lîiarécage dont 

il reste les bas-fonds : ici le palus de 

Cliaulagne, d'où surgit à 86 mètres 

le coteau de la montagne de Vions, 

ancien îlot de la cuvette autrefois 

submergée; là, le Lavotirs, encore 

sséché, voilant la traîtrise df. 

ppes endormies, sousun tapis 

iries tremblantes. 

Une véritable mer intérieure emplit 

autrefois le couloir de montagnes 



LA FRANCE 




ouvert de Seyssel à 
Grenoble, parladépres- 
sion du lac du Bourget 
et la trouée du Graisi- 
vaudan; les deux 
grands glaciers du 
Rhône et de l'Isère y 
unissaient leurs sé- 
racs. Lorsqu'ils se re- 
tirèrent, un lac tor- 
tueux reçut leurs eaux 
de fusion par les dé- 
vi-rsoirs du Rhône, de 
l'Isère, de la Romanche 
et du Drac. La trouée 
du Rlifine a. travers, le 
Jura ayant changé son 
orientation, de son 
'côté risère fraya sa 
route à travers les dé- 
bris glaciaires du lirai- 
sivaudan. Entre les 
deux, le lac du Buunjel 
demeura, pauvre reste 
de l'ancien fjord iiilé- 
rieur. Le ctinal de Sa- 
viéres (2 kilom. 1 '2) 
écoule les eaux du lac 
dansle/?/i<ÎH(?,;iChanaz. 

Alors le fleuve ouvre sa voie entre les vignobles savoisiens et les 
veigers des pentes bugeysiennes. Du pont d' Ymne, l'antique Epaona 
des Romains, au pont de la Biilmc, il entaille, sur 3 kilomètres, l'épe- 
ron projeté par le Jura, du nord au sud, entre la montagne de Parves 
(G29 mètres) et le mont Tournier {88i mètres). Au-dessus des hautes 
parois rougeàtres, tranchées au vif <les roclieis de Cheniilieu, le fort 
de Pierre-Châtel érige ses 
bastions et ses épaisses mu- 
railles. On l'a déclassé; des sol- 
dats y remplacent les moines, 
dans le cloître d'une Chartreuse 
du XIV» siècle, que des reiiiiMi Is 
enveloppaient.Cetappar'il LU' I 
rier, dansun site farouclie, n ■ >i 
plus qu'un décor. Le fort de> 
Bonis, plus récent, domine à 
ij'iO mètres d'altitude celui de 
Pierrc-Cliàtel; un escalier dans 
le roc vif descend de là-haut 
jusqu'à une batterie basse qui 
garde le passage du lleuve, au 
pont de la Balme. 

A l'issue du défilé, le Rli6»e 
prend le large : des îles boisées, 
des masses calcaires détachées, 
donnent à son cours un aspect 
varié, jusqu'au confluent du 
Guicrs, accouru du massif de la 
(Jrandc-Chartrcuse. Commeà la 
rencontre de la Yalserine, le 
flhiine dévie sous l'effort du toi- 
rent, à angle ait'u, glisse dans 
un li.issin tourbeux d'oùlui arri- 
vent la Vé:érimrrt-l hxSnve. Deux 
élt lits encore {Mnliimt/e et Snitl 
fia BMiip), et le fleuve se pio- 
inéne, du chiUeau de Veririeu 
au bloc o.ditliique de lile C'ré- 
wifH, rerneilk au pussaee bi 
lioiirhrr et l'.ti», 'lui ronnif 
dans la plaine de graviiis de 
la Valboi.ne. C'est alors, d.puM 
les talus morainiques des l! !■ 
mes Viennoises jusqu'en vue 
(le la Ci'ilitru, qui appuie le pla- 
tiMU lacunaire des liiimlirt. une 
dis|ieision lies eaux, entre di-s 
L'rèves sablonneuse», des ibs 
multipliée» nu point d'étendre 



le domaine fluvial sur 
près de 3 kilomètres de 
large, en face de Mi- 
/iJe/. Etle fleuve joyeu- 
sement se perd et se 
1 eti ou\ e dans le dédale 
les lies, lesunesarides. 
les auties transfor- 
ini es en prairies ou en 
hamps cultivés, quel- 
jues unes envahies par 
1 ( pais maquis où le 
.ibiei pullule, à l'abri 
les s iules et des peu- 
I lieib étrange région. 
piiadis du chasseur et 
ufer du batelier, si l'on 
n avait laborieusement 
conduit une bonne 
partie des eaux entre 
les digues d'un étroit 
chenal, dit « canal de 
Miribel ». Le syndicat 
lyonnais des « forces 
du Rhône » emprunte 
au fleuve son énergie 
par une prise d'eau 
amorcée au pied des 
Balraes Viennoises. 
Avant de toucher Lyon, le Bhône assemble ses eaux, franchit 
une dizaine de ponts et atteint la Saône un jieu plus bas qu'au- 
tiefois, un ingénieur du xviii= siècle, Perraclie, ayant reculé lo 
conduent des deux grands cours d'eau, pour y créer le quartier qui 
porte son nom 



Affluents de gauche fl 




de la frontière suisse à Lyon. 
1° Les Usses, déversoir du pla 
teau des Bornes et du versaii' 
oriental du Salève, passentenin 
cette montagne et celle d'AIlnii 
zier (gorge du pont de La Caille 
l'iies reçoivent \es Petites-Usses i 
i;auche, à droite le Fumant q\i 
eoupe le chaînon Vuache-Mu 
siège au délilé de Malpas : l 
• lonjon carré (xiv siècle) di 
château de Sallenove domine !■ 
lonfluent des Usses et des P'' 
tiles-L'sses. 

2° Le Fier, né du mont Cliar 
\ iii, ;i]iiès ,-iv.iir tranché profoii 
ciriii, ni ^,l iMiii,' ;iu travers de 
,(1 1 II i! III 'S transversales di 
.1. Mil (!•■ /'"'./.y, recueille, dan 
la plaine d'Annecy, le Tliiou 
émissaire du lac, et s'abîni 
dans la profonde entaille de 
L'orgcs de Lovagiu/. Par le pon 
<les Liasses, où se voient d 
belles marmites de Géants, l'oi 
1. . ..!.■ aux Abîmes à travers 1 
1' lii h MX bois du Poète; un' 
Lili iir ,1e 2;JG mètres s'accroch 
,1 28 mètres au-dessus du toi 
rent, le long d'une lissur 
.Iroite, dont la largeur ne dé 
passe pas K) mètres. L'exlram 
.linaire chaos d'une Mer de rn 
,li,:rs atleinl les voyageurs 4 I 
...iii.^ dis (li'iilés ': une sort 
,1 .■■niril. ,-|inniie bloc de con 
-IniiMi.il, 11.. mille la Riicht ail. 
/•,-.>, sur-it du courant. A pei 
,1.- distance s'élève le cllAle:i' 
f.ndal ir^laiiré de Monlrotlie 
Aiv^-xv!" siècles). 



(l! I,cs aflluer.ls de droite, iimisnairo 
i-issiquos, seront traitiîs avec le Jur» 




' Échappé au (lé(ilé de l.ovaguy, k- Fuc s'insinue entre du hautes 
alaises de molasse jusqu'à lacluse pittoresque de 4 kiluini'-tres qu'il 
lécoupe dans la chaîne de la Chainholte. A droite lui viennent : le 
V'im, issu du col des Aravis; la FiUiirf, qui ravine le Partnclan; à 
;aache : le Chcinn, collecteur principal des Hautes, (|ui lile de la 
ombe de Bellevaux par un fossé profond, d'où il s'écliappe au punt 
te CAbime, el gagne le Fier dans la iirando et fertile vallée de 
tumilly. I.e Thimi déverse le trop-plein du lac d'Annecy, où se peid, 
i l'autre extrémité, VEnii-Morlc venue du col de Tliamié, parla plaine 
lasse de Faveiges. 

Le lac d'Annecy, résidu, comme celui du Buurget, de l'ancien 
rlacier du Rlii'jne, est resté, ainsi que lui, tributaire du fleuve. Long 
le 14 kiloiiièlres, large de 3 kilomètres 1/2, le lac couvre d'une 
lappe liquide, épaisse de 64 mètres, une plaine sons-lacustre qui 
l'enfonce à 80 mètres de profondeur au gouffie du Boubioz, émis- 
iaire d'une source chaude. Le promontoire abrupt dn Hoc de Chère 
643 mètres), projeté entre Talloires 
•tMenthon,étreinlla nappe lacustre 
•t distingue le (Irand du Petit lac. 
tien de charmant comme les bords 
le cette mer en miniature. 

M. A. Theuriel l'a détirieusemeni 
lécrite: 

" L'eau est d'un veit lustié él 
.endre. Des frissons tantfU argentés 
."t tantôt mordorés la moirent à la 
aoindre brise. Le soleil luit partout. 
V droite, il baigne l'énorme croupe 
illongée du Semnoz d'une blonde 

i'ouleur; à pauclie.dans la verdure, 

1 1 fait pétiller des pointes de clo- 

I -liers de village, des murs blancs et 

I les toits de vendangeoirs disséminés 

[lans les vignes. Vers le fond du lac, 

|inq plans de montagnes s'échelon- 

j'ient el s'enchevêtrent, noyés de 
i>rumes trans(.aientesi|ui velouteni 
es contours.arrondissent les arêtes, 
luiss'envol.-nt en fum>'es blanrhes 
■t vont former comme un chapeau 
le nuées autour des cimes les plus 
lautes. La lumière attendrie du 
Tiatin harmonise toutes ces lignes 
;t fond dans une tonalité sans cesse 
;liangeante le vert phosphorescent 





DE MONTIIOTTIEII, 



des vignes, l'or des blés, la verdure 
épaisse des noyers trapus et le ve- 
lours presque noir des sapins. Une 
brise légère traverse la nappe cô- 
ruléenne du lac, y fait des risées 
couleur d'aigue-marine et apporte 
jusque sur le bateau l'odeur des vi- 
gnobles qui commencent .'i fleurir. » 
Voici, au pied du Vcyriei-, la Tour, 
où mourut Eugène Sue; Menthun, 
où Tainc voulut être inhumé, sur 
l'horizon du lac qu'il aimait : son 
tombeau, une petite chapelle très 
simple, creusée dans le rocher, est 
•sur la face nord du Uoc de Chère. 
Au bord du lac, un établissement 
de bains, héritier lointain d'anciens 
(hernies romains, utilise les eaux 
sulfureuses sulfhydriquées alcali- 
nes d'une source qui a été retrou- 
vée en 1805. Au-dessus du nid ver- 
doyant où s'éparpillent les maisons 
du village, le chùteau de Mentlion 
(xin" au XVI" siècle) couronne une 
colline détachée sur le front des 
Dents de Lanfou. Lu naipiit, au 
x° siècle, saint Umiurd de MeiUhuii, 



LA FRANCE 



fondateur (les hospices du Grand et du Pelit-Sainl-Bernard. Tatlinres, 
patrie de Berlliollet, commande l'entrée du petit lac, en face de la 
presqu'île de Diiini/l. 

L'n village lacuslre s'appuyait à l'îlot du Roselet, submergé entre; 
TallniiP!î et la poinle linisée de niiiiu/t. Cette rîve conduit dans le val 



dont les roches calcaires ont été profondément dissoutes et cre- 
vassées par ludion dissolvante des eaux atmosphériques. 

Le Parmelan n'est pas une monlni^ne quelconque. Haut de 
1 8oD mètres à son point culminant, il soulève, au-dessus des 
bois feuillus, des sapins, des lalus gazonnés, un quadrilatère dé 
ruches ciéiielées, flanqué aux angles de tours ammilies. d'une pr.,- 





hont du lac af- 
fleure à la plaine 
III ar é ca geuse 
d'où monte, en 
vedette, près de 
VEan-Mor/e, la 
tour du Vivier 
xii':siècle\ 

Du côté tVAn- 
neqi, au déclin 
du jour, le reflet 
du ciel orange 
lépaiid sur l'eau 
très calme une 
éblouîssanle 
coulée d'or à 
chatoiemen ts 
vermeils. Bar- 
rant cette nappe 
ineandesccnte, 
la presqu'île de 
<.oin,t» uu bÉtiii.oz. nuiiujt y dé- 

coupe avec vi- 
gueur son clià- 
le.iu et SCS feuillage» pres.)ue noirs; jiuis l'eau, se décolorant insen- 
sildemenl, prend une teinte verte toujours plus tendre jusqu'au 
llout-du-Lac, où elle se fond dansles vapeurs gris bleu qui fument à 
la base des monUianes, tandis que les crêtes les plus élevées, encore 
efdeiirée.s par le suleil, semblent lavées dune suave couleur mauve. 
Il faut visiter, dins la sphère d'allrarii„n du lac, le Crél du Maure 
a)bservnl..ir.- , le CnH ilo CMlilhn (l'U'i mètres), point culminant 
du Semni,:, d'i.i'i la vue se promène sur les lacs de Savoie, des gla- 
riers du Daiipliiné jusqu'au mont Blanc; \oa (/nr'jns du Fier et le cas- 
tel de MniUrottier; 7'/i<;miJ eU'an-i.n m.iiiMir de Salles; la Toiir- 
?telle (23:»7 mètres) et son fnuteml, hl..,-. isolé de 'S.\ mètres que l'on 
escalade par des échelles scellées au rocher; la cumlic d'Ire, le Pnr- 
iiielnn {IH'i'ô mètres), ses lapta: analogues à ceux ilu désert de I*laté, 




digiousp h M 
diessp ses d u 
ves piofond 
sont n>(es 
130:") metic I 
conlip-bas, | u 
lesfiletsdu I i i 
du Mélè/e ( t d. 
la Filh K \u 
de 11 pi un 
d'Annei \ 1 
mont..gt... ......... 

inexpugnable. 
C'est un enUis- 
sement titanes- 
qiie de roches 
pelées, arides, 
d é m a n t e ré e s , 
semblables au.\ 
flots pétrifiés 
d'une mer en 
furie. « Çà et l'i 
poinlent,eommc ^„„^^^ „^ s,i:„,.o.. 

des mats de vais- 
seaux engloutis, 

des squefoltes de pins dépouillés de leurs feuilles et de leur écorce 
blanchis par les années ou frappés par la foudre. » (C. Dunant.) J 
quelle cause sont dus les hpinz du Parmehin? I.a déforeslalioi 
il'abord qui, en livrant la roche aux ardeurs du soleil, à l'éclate 
ment du gel, à la morsure du vent, à l'acidité des précipilali»" 
atmosphériques, acommeiieé le démantèlement de la montagne. Ai 
surplus, géologues et physiciens s'escriment en expliiutimis plus oi 
moins plausibles. 

Cette Arabie Pétrée qu'est la mer des In/iin: oITie |..ur .'i tour ai 
regai'<l l'aflligeanl spectacle de l'aridité et de la riiim: : piiiluut tle 
crevas.se9 traîtresses, des aièles tranchantes, di'S puits sans fo"' 
où les neiges d'hiver se moulent en épaisses croîitos de glace. I 
n'est pas jusqu'aux roches dc'ilinrné,>s iiui. reliiisaiil aux rayons di 



LES ALPnS. - LR HTIAM? 



llî) 



soleil, no donnent l'illusion îles champs do m-vi's ol dos soracs de 
la Moi- de plare. Dans ce sol bouleversé, les i>Iuies les plus forles 
disparaissent comme par cnchantomenl : pas d'eau; les pâtres qui 
Wquenlonl, avec leurs cln'vros et leurs vaches, parmi les îlots 
{de verdure semés comme des oasis dans celle désolation, n'ont 



Les Bauges. — ICntro les dépressions des lacs d'Annecy et iln 
nonri;el, d'Albertville sur l'Arly à Chainhéry, sur le front do la 
vaM.'e de l'Isère, en amont du t.rnisivaudnn, lo relief des «aiiyc.s. une 
petite Savoie dans la iirande, élève ses ahrnpls remparts que rom- 
pentseulement qui'li|ues couloirs d'accès : passades de l.eschaux, de 




•E DE II A 



'•ngelée dans les louds u l'a- 

1 i du soleil : on la fait fondre. 

t l'eau, recueillie dans des 

loncs de sapins creusés, pa- 

ait un nectar. Une sorte de 

lirage se produit par l'échauf- 

.■roent «les grandes vagues de 

ocher; la réverbération du 

oleil d'août sur ces dalles 

liroitanles est intense; le 

enl souffle là-liant comme 

haleine d'un four à chaux. 

lors fondent li'S réserves de 

hiver et partout où, enln- 

;s replis arides ou au fond 

es cirques, se trouve un peu 

e détritus végétal, une llo- 

lison s'épanouit : la campa- 

ule, les crucifères jaunes, la 

"ntaurée bleue se montreni 

ans les fentes de rocher ou 

iquenl un tendre gazon de 

urs vives couleurs; desgen- 

anes. des orchis odoriférants 

•nchcnl le sol de quelques 

riques abritées, tandis que 

s rhododendrons suspendent leur guirlande i 

ement, comme un vélum de pouipre sur l'arène d'un amphithéâtre. 

ans les parois du roc s'ouvrent parfois des cavernes mystérieuses 

>mme celle du llaut-Aviernoz : nue tranchée de 30 mètres sur 10 

'•nètre sous roche, d'une vingtaine de mètres; des pins en 

nngent les bords. Le sentier suspendu aux parois prestpie verti- 

des de la Iranrhée aboutit à un parvis de glace. In grand arc 

iomphal ouvie la porte; des colonnettes de glaie, dont quelques- 

nes gisent érroulées sur le sol, ont l'air de soutenir la voûte de 

'tte crypte dont la crête reçoit à ciel ouvert l'illumination du 

deil. Si l'aride désert du Parmelnn recèle d'étranges merveilles, 

les sont par malheur d'un accès peu facile. 




inee au cour 



il('lilés pittoresques faciles à 
défendre : ce serait, en cas 
d'invasion, la position stra- 
tégique la plus importante de 
la Savoie, car elle commandé 
Albertville, Montméllan, le 
débouché du Petit-Saint- 
lîernard, par l'Isère, et celui 
du Mont-Genis, par l'Arc, 
i;hambéry, Aix, Annecy^ 
L'gines et les approches dU 
Uhône, de Culoz à Genève. 
Cette citadelle naturelle, ap- 
provisionnée de tout ce qui 
est nécessaire à l'entretien 
d'une armée, pourrait tenir 
indéfiniment. \.t's Bmiijes, en 
l'ffet, bien qiiedoniinantd'as- 
sez haut les ii'glous phintu- 
leusesqui lesenlourent, sont 
riches en Ixùs et en pâtu- 
rages : des hêtres, des pins 
(•ouvrent les somuiels; dans 
, „ u. u, .1 MU..., 1^^ vallons croissent des 

DU Bouuoiif. noyers énormes, d'où l'on 

tire une excellente huile; 
eiilin l'industrie paslorah; excelle dans la fabrication du beurre et 
du fromage. Tout n'est pas uniforme dans cet onlassement de roches 
jurassiques et crétacées. L'altitude moyenne étant pi-oche de 
1000 mètres, le point le plus élevé, la Dent du Pi'clut, atteint 
•2200 nièlres; le plus bas est au pont de liauges, issue du i)ays parla 
vallée du CMnin sur la riante i)la'ne de lîutnilly et le cours du Fier. 
Le Clidlelard étaye ses maisons sur nn promontoire escarpé qu'en- 
velop[ie le Chéran : c'est le cœur du i)ays; on rayonne de là sur la 
forêt et sur l'ancienne abbaye de Bellevatir. les grottes du Pré- 
Rouge et des Bauges, le site pittoresque du pont de l'Abime. Tandis 
que la partie orientale du plateau forme barrage au-dessus de 
l'Isère [Hautcs-Bnufjes), la partie nord-occidentale s'épanouit par 



120 



LA FRANCR 



l"évenlail du CItéran. entre les sail- 
lants de la Dent du Nivolet, au- 
dessus de Chambéiy, du Rcvml 
sur Aix-les-Bains, et, d'autre part, 
l'arête du Semnuz, pointue sur An- 
nery. Le Semnoz, Righide la Savoie, 
depuis longtemps fn-quenté des 
tniirisles, possède un Observatoire 
pointculminant : le crètde Cliâtil- 
lon, 1704 mètres;; l'ascension du 
Nivolet (n;o3 mètrcsj est le com- 
plément classiijue dune visite à 
Chamlii-ry. On jugeait inaccessible 
l'abrupte arête du Jievard, qui se 
dresse fièrement au-dessus d'Aix- 
les-Bains : un funiculaire, qui le 
prend à revers, par les collines éta- 
gées de Mouxy et Pugny, en lend 
aujourd'liui l'ascension iacile. 

Le lac du Bourget, long de 
18 kilomètres, large au plus de 
;i kilomètres, avec une superficie 
de 44C2 hectares, est, après le Lc- 
man, le plus grand et le plus pro- 
fond de nos lacs. Sa rive orientale, 
doucement inclinée, contraste avec 
les contreforts opposés de la Dnit 
du Chai, que le Ilot creuse Jusipi'à 
une profondeur de 80, 100 et même 
143 mètres. Le promontoire de 
Grésinc, probablement d'origine 
morainique, et le delta du 5icr- 
roz, qui sépare le grand et le petit 
port d'Aix-les-lîains, dessinent 
deux bassins dans la nappe la- 
custre. Lamartine aimait le Bour- 
get : il en a reçu d'émouvantes iiispiratio 
une partie de Juceh/n et ses Méditations. 

Haiilccombe, vu du large, semble un nid de verdure flottant sur les 
eaux. I)e|>uis Amédée 111, les princes de la Maison de Savoie y repo- 




il écrivit à Chàlillc 



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sent. Dès le xii" siècle, des reli- 
gieux de Citeaux fondaient sur cette 
presqu'île un monastère. La Révo- 
lution de 1793 établit une faïence- 
rie dans les bâtiments claustraux; 
mais, en 1825, Charles-Félix de 
Savoie racheta l'abbaye et ses dé- 
pendances et fit restaurer le Pm- 
théon de ses ancêtres. L'église, d* 
style ogival fleuri, est à trois nefs 
avec transept ; la façade principale, 
les chapelles, les murs, la voûte 
même disparaissent sous une sur- 
charge d'ornements peu eu harmo- 
nie avec la destination de rédiPice. 
Quelques belles œuvres : la Reine 
Marie Christine secourant les pauvres, 
la statue de Charles-Félix, reposent 
de la monotonie des tombeaux. Au 
sommet de la tour qui commande 
le lac, un fanal servait de phare 
aux mariniers. 

Aix-les-Bains est la reine du 
Buiiryct; une belle avenue francliii 
la distance de 3 kilomètres qui l'en 
sépare. Abritée des vents froids pai 
le Revard, dans \e cadre d'une val- 
lée luxuriante où la vigne, grâce a» 
climat, s'épanouit sur les pentes 
au milieu de cultures variées. Ai. 
(8934 habitants), déjà fréquentéi 
des Romains pour l'aménité de soi 
séjour et l'efficacité de ses eaux, ^ 
retrouvé, depuis Henri IV, Victor 
Amédée III de Savoie et surtou 
son annexion à la France, une fa 
vrur qui l'égale aux stations thermales les plus fréquentées. Pou 
monuments": dos hùtels le long de larges avenues, des villa I 
disséminées dans la verdure, deux casinos, la villa des Fleurs et I 
Cercle de la ville, encadn's de gazons bien peignés et de massil 
llouris. Combien paru 
leurs hi'ites de passage s'a j 
tardent aux souvenirs à' 
passé : poteries romaine ) 
inscriptions, objets lacu: 
Ires retirés du lac et réun j 
au Musi'e? Les courses i 
Marliiiz, les fêtes du Casin 
1rs petits chevaux, le tirai 
pigeons, le Golf-Club, 
lawn-tennis, les courees i 
canots et d'automobiles a 
eaparent toute la vie. A 
n'a gaiili' des Romains qu'i 
arc imposant : Lucius Por 
peius Cani|uinus l'édifia i 
Ml'' siècle (ouverture, S",!» 
hauteur, y^.lli; largeu 
i;'",7r. Les Thermes r^ 
mains romonteraienl ; 
Il ■ siècle. L'édifice cousin' 
par Victor-Amédée 111, à 
lin (lu wiii" siècle, a «• 
li,iii>l"inie. Deux sourc 
Uni uiale>l(Uirnisseul4iii 
iiMii- il'- litres par jouf 
1 II, il. Ils-, ■ment; leur tel 
l„i,,i„,,. Naile de44»à47 

lisselsde fer, de maguési 

.lalumine et l'Iiydroïè 
sulfuré, qu'elles renfeniie 
en,]iianlitéài>euprèsépa 
exercent une action sal 
lairesiirleihunialismei'i 
•.■.mtlearticulaiieclironiip 
Un Iraile également, à .1 
les engorgements du foie^ 
des viscères abdominaux 




.Ii'vi TSdir (lu lac 

d'Aiguebe- 

lette;rVstparlà 
i|iril s'i'panche 

l.i; lac atteint sa 
|i|iist;r;miln pro- 
luiuleui(71 mè- 
tres) en face de 
Saint-.\lban-de- 
Montbel; sa su- 
Ai.i. i.uMAi.N, A Ai.\.-Li ..-.-ii.wNa. perljcio est île 

8 kiloinètios rar- 
es. On y pèclie lu caipe commune, le carpeau, la truite saumom-e, 
e Téron avec le barbeau, le cIk-vi-suo. Le lac du Bmirget est plus 
loissonneux encore ; il nourrit vinj,'t-.-.ept espèces, parmi lisiiuelles : 
e cbaLut de rivière, la penlie, le cljevi-sne, le goujon, la tanche, la 
ruile de (ienève, rombre-clievalier, le lavaret, la lotte de rivière, 
anf.aiille noire. 

Le Guiers est formé par la ri'union de deux torrents : le Guiers- 
ii/el le liiiiers-Mnrt aussi vif que l'autre , qui prennent naissance 
u cœur du massif de la Gi-andf-("liartreuse. Le Ctiiers-Vif, issu au 
eversdu (irand-.Soui,sousle plateau de l'Alpettc, entaille profondé- 
iienl le massif, de Sainl-Pierre-d' Enlrrmont au villa^'e de La Grotte; 
on cours, sinueux et rapide, se di'veloppe au milieu des sapins 
mbués de rosée. Son émule le Guiers-Morl ouvre, par de grandioses 
k'iijés, le cbeniin de Saint-l.aurent-du-Punt à la Grande-Cliar- 
reuse. Les d>ux Guiers, unis sous la ville dos Échelles, franclrisscnt 
anticlinal du mont Tournier, par les goi'gcs de Chailley, passent au 
'ont-de-Beauvoisin et se jettent, en aval de Saint-lienix, dans le 
lliônt.—. Cours : k'-i à 48 kilomètres, par le Guiers-Moit. 

Les Échelles furent une station romaine, le Labisco de la grande 
"ute militaire de Milan à Vienne, sur le H/wnr. Un seuil de rocliers 
bnipls sépare la vallée du Gitiers-Vif de celle de V Hière qui con- 
uit à Chambéry : les lloinains lentamèrent au ciseau, et l'on voit 
ncore, aux parois de la route actuelle, les entailles qu'ils avaient 
ratiquées dans le roc. Et comme celte gorge, lit naturel d'un 
errent, se trouvait, à certaines époques de l'année, envahie par 
îseaux, un mur fut élevé, pour proléger le passage en détournant 

France. — If. 



lux par II! ravin du lirand-tioiilet. Mais la voie romaine, à la 
e du délilé qu'elle s'était accommodé, tombait à pic au-dessus 
plaine, en soite qu'il fallut pratiquer dans les falaises 
rocheuses une sorte d'escalier, une khelle, d'où les fardeaux descen- 
daient péniblement à dos d'Iiomme jusqu'en bas. 

F,n ItitiT, le duc Charles-Emmanuel H, pour faciliter les relations 
commerciales entre la France et la Savoie, dont le poste des 
Échelles était frontière, lit ré'parer et élargir à grands frais l'an- 
cienne voie romaine, devenue un simple passage muletier. Par là 
se trouvèrent assurées les communications do Vienne à Chnmbéi-y. 
Mais 101 dut, pour insinuer une route dans ces déCilés, faire sauter 
à la mine 13000 mètres cubes de riuliers et bAtir 6 000 métros cubes 
de maçonnerie, m Cl lis I II ii>,i ni nu iiniiil'' >,.Mlèiirm,.|ii .pii ,ii.-|„iiilo 
la route contrr 
la falaise et l'in- 
cline peu à peu 
vers la plaim^. 
L'ancienne lis- 
sure de di'gagc- 
ment de la voie 
romaine sert à 
présent de fossé 
pour l'écoub- 
ment des eaux, 
sans préjudir. 
duGrand-tioul'i 
par où fondcnl 
en torrents les 
préci pitations 
sauvages de 
la montagne. 
L'n monument 
commémorât il. 
adossé à l'uii'- 
des parois de la 
route , rapporte 
à l'initiative et à 
la persévérance 

de Cliarles-Em- imioi. ac .m. i 

manuelll l'hon- ai\ ; i.»..Aiii;it i,ic i.'uotel de 



1 


'm 


3 



LA FllANCE 




neur de ce grand et 
difficile travail. 

Depuis les légions 
romaines, bien des 
armées ont gravi ou 
descendu le défilé des 
Échelles. Napoléon I", 
trouvant trop pénible 
encore pour les lourds 
chargements l'incli- 
naison de la route de 
Ciiarles-Emmanuei, 
fit ouvrir, à travers le 
rocliersurplombantla 
plaine, un beau tun- 
nel, long de 308 mè- 
tres, large de 8, d'où 
la roule, conduite par 
une pente douce en 
lacets (4 kilomèlres), 
atteint la localité des 
Échelles. Le tunnel, 
commencé en 1804, 
peu après abandonné, 
puis repris en 1812, 
fut percé en 1813; le 
13 août de cette an- 
née, les mineurs qui passage vi 
travaillaient à ren- 
contre les uns des au- 
tres se rejoignirent; mais la roule ne fut tL-rminée que plus tard 
et inaugurée en 1820 par le gouvernement sarde. Voitures et auto- 
mobiles passent par le tunnel; les vrais touristes suivent la pre- 
mière portion de l'ancienne route. 

Plusieurs cavernes s'ouvrent dans la masse rocheuse. Par les soins 
de la Société des grottes, les parties les plus intéressantes sont 
devenues accessibles. Dans la fissure du Grand-Goulet, une galerie 
en fer s'accroche au flanc de l'escarpement. La mémoire du 
fameux contrebandier. Mandrin, hante ces sombres souterrains : il 
en avait fait un repaire inaccessili 
recrutait des partisans parmi 
les déserteurs, qu'il payait : en- 
nemi-né des fermiers généraux 
et de \a.gnbrlh, il faisait le con| 
de ffu contre leurs agents, it 
laquait même des villes, ten.ni 
tète aux tioupes envoyées m' 
gulièrement contre lui, mais 
respectait les biens des particu- 
liers, ce quiluivalutunegraiiili- 
popularité et la complicité di > 
paysans qu'il protégeait (in 
vousmonirera, dansia gorge du 
Grand-Goulet, le siège de Mnn 
drin, sa cuisine, etc. 

La petite ville (les A'c/if//w coMi- 
maii(laitri.ssue des défilés. Celle 
situation, sur la grande roule 
des Gaules en Italie, lui valut 
une grande importance mili- 
lairo et commerciale jusqu'à 
nos jours. i)c nombreux ves- 
tiges roinains y ont été trouvés, 
y u moyen flge, le cliAteau avec 
le teriiloire des lichcllcs furent 
l'apanage de la piinnsse Uén- 
Irix de Savoie qui l'fwpusa, en 
iléccmbre 1220, llaymoud lir- 
renger, comte de l'rDvcruc. Sn 
réputation de beauté et d V^inil 
lui faisait une cour brill.inti'; 
c'était, au dire de Mathieu l'.'iiis, 
« la plus belle, sage et pnidente 
primcssede son temps : poétesse 
elle-même, elle fut chantée par 
les poètes ». 1,'aJnée de ses 
niles, Marf/uerilc dn Provence, 
épousa le roi de France Louis JX, 




en 1234 ; Eléonore. sa 
cadette, fut mariée à 
Henri in, roi d'Angle- 
terre; Biatrix, la der- 
nière, épousa (124oi 
Charles d'Anjou, frère 
de saint Louis, et lui 
apporta en dot la Pro- 
vence : par là, Cliarl'.-s 
d'Anjou fut roi de Na- 
ples, de Sicile et do 
Jérusalem. L'une des 
petites-fillesdelîi'-aliix 
de Savoie, Bcnirix Je 
Sicile, en épousant un 
Paléologue, devenait 
impératrice de Cons- 
tantinople. Béatrix dt 
Savoie mouruten 12Gi 
au château des Échel 
les; on lui érige.i 
dans sa chapelle, ui 
splendide mausolée il 
marbre. Pour le clià 
teau, canonné et pri 
en mars 1591 par Les 
diguières, repris l'an 
t r; 11 E 1. L li s . née suivante (août) p;\ 

le duc de Nemours - 
AmédéedeSavoie,àl 
suite d'une nouvelle canonnade désastreuse, incendié, croulant, 
fut complètement abandonné. Des défrichements et des déblai' 
pratiqués en 18o7 dans les ruines, ont amené l'heureuse découvert 
du tombeau do la princesse Béatrix. 

Le massif de la Grande-Chartreuse compose aVec la suite di 
hauts rrhrl's ajnslis In. ut, à bout. Bornes ci Bauges au nord, Vercu 
et Dvriiliiij .lusuil, cillr enceinte extérieure de contreforts qui, soi 
le nom de Préalpes calcaires, baslionne à l'ouest sur la plain 
entre la coupure du Ilhùnr et celle de la Durance, nos grandes Alp 
lt.iii|iliini>. L'Isère arrête brusquenic 
au sud l'expansion du massif i 
la Chartreuse : il se prolon: 
vers le nord jusqu'en vue ( 
Bourget, sur l'horizon du J»r 
soulevé en bordure sur la ri 
droite du Rhône. II y a eni 
les deux chaînes une évideii 
parenté de rôle et de nalui 
celle de la Chartreuse étant ui 
quement construite de rocli 
jurassiques et crétacées. Mèi 
analogie dans la disposition i 
relief en chaînons juxtaposi 
d'où surgissent les somme 
avec cette différence que le Jm 
en général moins bien défend 
ollre sur ses hauts plateaux il 
aspects plus rudes, un clin 
idus fipre que la Grande-Clu 
ireuse où se retrouve mieux, ^ 
l'abri d'un épais manteau I 
restier, la beauté première il 
montagnes de moyenne al 
lude. 

De nombreux hlucs rrrniiip 
col du Frêne, etc.) prouvi 
que, durant la période quab 
liai re, les glacesquiemplissaii' 
la dépression du Graisivamli 
dont l'Isère est le déverso 
pénétrèrent dans l'intérieur 
i,i'i.^s,i',\r 1,1 Gitindr-CliarlreufC' 
^ ,|,,iii, hrinii narlesprofonil' 
,.,i;,„H,u,.s du Guiers-Vif. 
ilu Giiiirs-Miol. Le massif 
dislingue en qu,itre cliainrs j 
rallèles orientées du mud- ■ 
au sud-ouest : 1° la chaîne i' 



Ll-S ALl'liS. 



LE RIIÔNIÎ 



12.1 



à. ^^ ^^^^^^ ■ ^^^^^^^^^^^^^^^^H 






1^^ 




^f'T^^:;^Sr^^te ! 


^PJ^fsi^BSàb-. 



Sranier el do la Dent 
t CrulUs qui, sou- 
ii'Due par los assises 
(les coteaux de Bolle- 
r.ombe.souliveàlesl, 
'.u reeaiil ilu massif 
le Bellodonne, un 
empart conlinu ou 
ulminont le nuuii 
JraniVr 1938 mè- 
res), le sommet de 
Alpelle (1841 mè- 
res); au revers du 
oldeSauIce.lePoJiV- 
'•omou Dent de CruUes 
■2066 mètres); au 
;elà du col des .<//''••''. 

Rue de rAiyitillf 

1 787 mètres , enfin 
a crête du mont 
'ynard ou du Snint- 
\ynard ( 1 3o9 mè- 
res), dont le fort 
ommande les appro- 
hes de r.renolde; 
° la chaîne de Cha- 
aechaude, av.c !• 
-y-..,/ de c. ïioM, 
i087 mèlr.s , point 
ulminant du massif; 
i raontagne du Si'p- 

'ij il 239 mètres;, ^ ' *" '■'^' 

;)mmetd'un triangle 

hcheux que creuse profondément le sillon de la Vcnce ; enfin le mont 
.7fAn«, don Iles premiers psrorpoments portent le-; fiirl s ll,ili..t(M(io la 
aslille, juchés à pic au-d.-ssus de Tlsère etdfs .iiiai- ,!.■ i.i.imlile; 
'la chaîne du Grand-Som, séparée de laprér. ,b ni.- \<.n- h- c ..[de 
'orte(13u2 mètres; et de celle du Granier par le col du l-'n.u' 1 10 i mè- 
es) el le col du Cucheron ^1080 mètres), cliaine amorcée au- 
essus de la plaine de Chambéry par le mont de Joiymj [\ ij78 mè- 
■es)elqui monte, au delà de l'échancrure de la Coc/ieHe (1 1'i8 mètres), 
>ec la montagne de Corbel (1401 mètres), les crêtes des Esparrcs 
•64-181-2 mètres), jusqu'au Grand-Som (2033 mètres), la troisième 
me du massif, belvédère de la Grande-Cliarlreuse, au delà duquel 
estompent, au sud, le Charmant-Sûin (1779mètres) ell'arèle isolée 
u Casque de Xi-ron ( I 30o mètres), dont les escarpements tombint 
u sud-ouest sur la 
'Upure de risère; 4° la 
haîne de la Grande- 
ure, séparée de la 
liaine du Grand-Som 
ar plusieurs dépres- 
■>ns, entre lesquelles le 
illon où s'élève le mo- 
astère de la (irande- 
harlreuse : ce chaînon 
morcé au mont Oikrrnn 
667 mètres) monte au 
ignat de la Cuchettc 
623 mètres), s'ouvre au 
lissage du Guiers-Vif, 
>ulève la crête de l'A- 
'hutrd [ 1 56j mètres) que 
lupe le Guiers-Mort et 
Jimine à la Grande-Jure 
924 mètres, pourfinir 
ir la rive droite di' 
Isèreparlalonfoiecrêl ■ 

es /fof/HTJ de^ Cll'ltrr< 

776 mètres . Cell.- 
haine forme, sur ii 
laine de Saint-Laurenl- 
u-PonteldisÉcli.lhs, 

rempart occidental (b- 
'Ut le massif, abslrar- 
on faite d'une petiti; 
rèle d'avanl-garde, 
ille du Raz ou du liatz. 



Deux ruiiles pénètrent à l'intérieur, du coté de l'ouest, [larla cluse 
du Guiers-Mort et colle du Guiers-Vif. Lue Iruisième Iraversi.' le mas- 
sif, du sud au nord, entre Grenoble el Gliauibéry. A l'attrait d'une 
nature saine, vigoureuse et merveilleusement belle, le massif lUi la 
C/iar^reiisf joint l'intérêt des paysages vuiiés dont il est comme le 
belvédère ; d'un côté les grandes Alpes delpbino-savoisiennes aux 
glaciers étincelants; de l'autre, la région plantureuse et douce des 
lacs du liourget et d'Annecy. C'est encore un centre de cohésion 
de la vie végétale, un trait d'uninn cnlii' les Préalpes calcaires, 
qui relie, par la visible continnllé' ilc !a vie, ces tronçons de mon- 
tagne aujourd'hui séparés. 

I.a Grande -Chartreuse. — Dans l'enveloppe du Ciiicrs, 
dont les deux bras recourbés (luiseut aux sonnes fiaichcs des 




illANIl'LOUIS. 



LE GUIKIIS, li.N ÉTÉ. 



124 



LA rilANCI- 



conlreforls orientaux, le 
Grand-Som (2033 mèlies 
abrile du nord une clai- 
rière verte et retirée où 
s'élèvent les bâtiments 
de la Grande-Charlrense , 
aux toits aigus dardés 
contre la neige. Le sile, à 
la fois riant et sévère, se 
développe à la lisière des 
grands bois qui montent 
au nord vers le col de la 
Kuchère; à l'ouest, un 
conlreTort boisé de l'Alié- 
nard complète l'investis- 
sement de l'agreste désert. 
On y pénètre par la chisi- 
étroile et sinueuse d'uu 
petit torrent à la source 
duquel s'abreuvait sainl 
Bruno, lorsqu'il s'ensevelit 
avec ses compagnons dans 
cette solitude. 

Venu de Cologne, où il 
naquit vers 1033, il était, 
à Reims, directeur des 
Écoles dont il avait été 
d'abord élève : on le voulut 
pour archevêque; il s'en- 
fuit à Paris pour échapper 
à cet honneur, et résolut 
de consacrer sa vie à la 
prière, dans le désert (lue 
saint Hugues, évèque de 
Gienoble, lui indiqua, au 
milieu des .Mpes du Dnu- 
phiné. Piès d'une source, 
à la lisière d'une forêt pro- 
fonde, Bntno et ses com- 
pagnons bâtirent quelques 
îiuttes rustiques, avec un 
oratoire, sur un rocher. 
Bientôt une église s'éle- cua.n dl-(.ii authl i m. . cunii 

va il, auj ou rd "il u i Notrc- 

JUiine de Cnsalibus, dont le nom (casa, cabane) rappelle le modeste 
campement qui fut l'origine du monastère. Appelé à Rome par 
Urbain 11. dont il enflamma le zèle pour la prédication de la 
{iremière croisade, snml Bruno mourut le 6 octobre 1101, sans 
avoir eu la consolation, qu'il rêvait, de revoir la Chartreuse. Une 
avalanche de rochers ayant écrasé le premier couvent, élevé par 
saint Hugues, les religieux transférèrent leur résidence à l'endroit 
où s'élève la (Wnnde- Chartreuse d'aujourd'hui. I.es bâtiments 
actuels furent édiliés en 1670. après un incendie allumé par les 
soldats du baron des Adrets. Une première fois (I70o . 1ns moines 





charité. Ua loi de litOI, i 
pays des Chartreux; le P 
(que la France posséda 
fabriquée par les 
Pères Cliaitreux 
se fait d'aiitii' 
part en Espaiitu'. 
à Tarra-oiie! 

l.'anliil.Tlin-e 
desbàlimeulsdi- 
la Grande-Char- 
treuse cst™d'une 
simjjIicitlÇ vou- 
lue, comme la 
\ii- des h(Mes 
qu'ilsaliritaient: 
ri'iiseinlilc en- 

(l'eiici'inlc^ sa- 
i-n'e, couvre une 
SU[)ell'icic de 
:i hectares; des 
"■ainpaniles en 
liois fontcortèye 



hors du couvent, 
h; logement des 
employés, celui 



durent quitter leur cou- 
vent que l'Etat s'adjugea. 
I.a Restauration rendit à 
la Grande -Chartreuse ses 
hôtes (1816), en leur lais- 
sant l'usage des pâturag> > 
enclos dans le Déseii 
ainsi que le bois qui leni 
c'Iait nécessaire. 

Les Chartreux, rentns 

I hez eux en locataires, d> 
inandèrenl à la faliricalioii 
d'une liqueur les res- 
sources nécessaires à leiii 
subsistance. Des plant, - 
alliines aromatiques, 1 
iinlisse. la lavande, d' 
llt>urscuejlliesdanslesii.'i 
lurages ou les anfractii" 
sites des rochers voisins 
des bourgeons de sapii 
entrèrent dans la compo 
sition de cet élixir géii'' 
reux que débita d'abord 1 
pharmacien du couvcn 

II fallut, pour répondre 
la faveur du public, étei 
lire la fahriialion, la di 
]ilacer, pour ne pas tnn 
hier le recueillement d' 
solitaires : de vastes bài 
ments, édiliés pour c 
olijet à Fourvoirie, ain 
que des usines remplaç.i 
un haut fi.urneau cm 
si mit par les Chartrei 
au milieu du xvii' sièi I 
sdut à présent aux mai 
d'un liquidateur chargé 
l'exploitation de ces hier 
I,(s r/i(()7/ri(jempioyaie 

'""' la m.ijrui'e partie de leii 

|iro|ils en «euvres de hW 
faisance : hô|iitaux, asih 
inii-.ilinn témoignent de leur industriel! 
eMiiiivclant l'exception de ITOo, a privé 
■re général ii'sidi- maintenant à Pignei 
jadis), dans l'Il.ilie du Nord; la lique 




LKS ALPLIS. 



U: lUlÙM' 



125 



s hdies qui otaioiit reçus 
aluilenipiit, acconipa- 
ent l'enliVe large et 
i&sive. lue paix profonde 
ii:nnit à l'intérieur, mais 
«epaix vivante que trou- 
|iit s«-hI Io tintement de la 
4>fhe appelant les reli- 
,Mix à l:i prière. De cette 
ilitiiile se ilégaiieait une 
(iiélrante poi'sio; une 
jie s'y rtWiMail : il n'y a 
|is rien que le vide; le 
«Ire reste, les luMes smil 
|rlis. I.e ynind il<iilri\ oii 
issaieut d'un pas à pein> 
|iceptible les Cliarireiix 
iiucs se rendant à ma 
I es,neseveilleplus(|u'aii 
«lilédes touristes, sous la 
«idulle d'un guide pa- 
lité gla| issant des bana- 
l's mal apprises. Iians la 
} h-dwClinitilre gfiitrnl, qui 

> d'illustres hôtes, vini:!- 
uix tableaux représeii- 
I -nt, le long des murs, la 
^ Je saint Itruno. d'après 
i uvre de l.esueur au niii- 
t du Louvre; ils n'y soiil 
I s. Les portraits des gt- 
I aux de l'Ordre, depuis sa 
t dation, noble et impres- 
^nnante lignée s'il enfui, 
t accompagné les Chai- 
liix enexif. La salle des 
( "('■s n'a plus ni plans ni 
t efs; de la Bibliot/i>'>jiie 
I oastituée patiemment. 

• es la dispersion d- 
1 s anciens manuscrite 
r la Révolution, les d. i 
I rs volumes sont parli>; 

I lise, où les Chartreux 
f saienllemeilleurdeleurvie, 
i heures et Jemie du malin, à 
*- eures, à 10 heures, à 1 1 heu- 
r, à midi et quart, à 2 heures 
; is quarts, à 6 heures, à 
I heures trois quarts, jusqu'à 
îîures du matin, pourléchant 
I oftires, l'église est muelt.- 
■ nme le reste. Ceux qui les onl 
f s se rappellent les grandes 

> bres blanches inclinées dans 

• cinquante-deux stalles du 
'eur, à la lui-ur incertaine des 
^ternes éclairant les gros an 
lionaires pour le chant des 
i|ces : par inteiTalles, la lu- 
i'-e, déjà faible, se voilait. 

ibraitdans les ténèbres; des 
« graves montaient, sonores 
•ibrantes : ce spectacle était 
u, impressionnant, 
e réfeeloire est d<'-sert : les 
rtreux ny venaient guèie; 
sait combien leur règle i-sl 
Te. Chaque religieux a son 
s communiquant avec le 
Ire : un promenoir, un petit 
'in, un atelier avec tour et 
di pour se donner quelque 
rcice; au premier, où l'on 
■de par un étroit escaliei-, 
réduit pouvant servir au re- 
, le cabinet de travail, com- 
nant une table, une chaise, 

Krakce. — II. 



—1 


,.*À'^^-^-T -■ 




h 


-m- -j:: 




^^'/*'*S^'i(É^'^ 


ts^ 


^•■* ■■S 




quelques livres; la cham- 
bre A coucher avec lit, 
paillasse, couverture, deux 
diai>s do laine, un petit 
oratoire dans le mur; 
telle est la fc//i(/ed'un Char- 
treux. Avant II heures le 
uialin, i\ îi heures l'après- 
midi, chacun reçoit son 
repas par un guichet. C'est 
le régime du prisonnier 
volontaire. Jamais le t7mr- 
ireux ne parle, même au 
réfectoire, où le règlement 
ne l'appelle que le di- 
manche et à certains jours 
(II- fête. 11 porte un costume 
archaïque, tout de laine 
blanche, vêlements de des- 
sous, tunique et capuchon; 
ses aliments sont simples: 
pain, légumes, lait, fro- 
mage, œufs ( Jamais de 
viande); les usli-nsibs dont 
il se sert, d'un modèle pri- 
mitif: cuiller, f.mrilietle, 
assiette, le tout eu bois 
grossier, avec un pot d'é- 
lain h. deux anses, qui lient 
lieu de verre. On ne quille 
la cellule que pour aller à 
l'église, et une fois par se- 
maine en promenade : le 
silence est de rigueur tou- 
jours, en dehors de cette 
promenade et du colloque 
autorisé pour le dimanche 
•A. certaines fêles, à moins 
i|ih' l.' Sii|i 'i ii'iir ne donne 



Y^^\..»\ la pai.x pro- 
loiidr.l.jsil,.!, ce, le recueil- 
lement en harmonie avec 
celui de la nature. Mais la 
Chartreuse sans les Chartreux 
n'est plus qu'un corps sans âme, 
une morne solitude sans grand 
intérêt. Des religieux qui rani- 
maient, il ne reste que les uKirls : 

donné du ciiiirlièie, ^arclims 

(lu Sid p(Mlr l'Ill s II i-l . -, rxill'S, 

lémoinsd'iiM' -I ,iii.l> . h^^r l.im- 



llullrll. 

if, le la 
lépassa 



cenle, un ni.iiitc-au île fcirèts 
pres(iuo continu enveloppe la 
montagne (forèls de Malissart, 
de Ginieit, de Ciirière, de Porte, 
de la Granile-Chartreuse). l'ar- 
iMUt les bois, la grande futaie 
aux arbres plusieurs fois cenle- 
naires. GrAce aux Ckarlrcui, 
lasylvedont ils surent envelop- 
per leur retraite demeure in- 
C'jmpurable. C'est la forêt sa- 
crée, mysléiieuse, aux arbres 
sains, robustes, vénérables : les 
ormes, les bouleaux, les frênes, 
les pins s'élancent à l'envi des 
cimes, dans une oasis de fraî- 
cheur où ruissellent les sources 
cristallines et murmurent les 
cascatellos. 

il. 



120 



LA FRANCE 



i!fe*fcS?yrvi 




Que l'on vienne des Êcliellcs ou de Saiiil-I.aureiit-du-Pont, la 
route de la Cluutreuse est admirable. De Snint-Laurcnt, sur la live 
gauche du (luiers-Mort (('■glise originale, magnillque hôpital dû à la 
générosité des Chartreux), la route atteint Fourvoirie, [n'iiétre 
entre les sapins drus et serrés dans la cluse ou Entrée du Désert où 
les Chartreux taillèrent dans la roc vif une route en encorbellement. 
A 42 mètres au-dessus du torrent, le pont Sainl-Bruno ielle son arche 
audacieuse dans un site d'uQ pittoresque accompli; et les pins 
montent loiijoursaveclcsaiguillescalcaires(rocherdei'CEillette). On 
passe un tunnel, puis un autre, un couloir; en bas, le torrent qui 
chante; en haut, sur le transparent des sapins, découpé dans le ciel, 
les arêtes dentelées de la Gochelte, la crête du Grand-Som, puis 
un défllé, un ruisselet sur des pierrailles. Voici Cuurrerie, autrefois 
résidence exclusive du Père procureur de la Chartreuse, chargé 
de pourvoir aux besoins de la communauté, depuis, hôpital jioiir 
les religieux convalescents; un tapis de vives prairies dans un 
amphilhéàlre de forêts : la Crandc-Cliartreuse est là. 



LE RHONE DE LYON AU DELTA 

Libre des entrave.s i\ne le Jura jetait .-.ur sa rouli;, le Rhùnc 
son essor vers le sud. A droite, les hauts lemparla des Ce 
graniti«|ues dirigent sa course; à gauche, ondulent les coll 
moutonnent les monts, contreforts des grandes Al|.i'<. MmI-;, i 
de l'ouest, la montagne se penche de plus |)i' - ui I i i II - 
même parfois dans le Ilot, et, lorsque se rejiiiin I m nllu 
rive opposée, contracte le fleuve en un couinii i i|i; I ■ 'i > 
jusqu'à la prochaine claiiière d'une vallée lai. r.ile, où il 
muse entre des îles 
vertes, qu'il submerge 
à la première crue, ou 
des bancs de graviers, 
qu'il s'amuse à dis- 
joindie et à recon - 
slruire. De plaine en 
étroit, le /J/cJne (lie en 
droite ligne, comme la 
llèilie vers son but, les 
courbes légères qu'il 
décrit n'élant qu'une 
exception sans valeur 
dans l'ample et majes- 
tueux développement 
de sa vallée. 

Par cette coulée lii- 
mineu.so, tous le.s peu- 
ples ont passé; ce fut 
l'une des grandes 
routofl du monde : 
chaque rot lier, chaque 
vallée a son histoire; 
les pierres parlent et 
éveillent mille souve- 
nirs : ici revit le Grec 
dans les légères créa- 



prend 
en lies 



tiens de son génie; là, le Romain, par l'orgueilleuse ostentation Je 
force. Les doujons suspendus h. quelques murs tremblants sur 
vide évoquent des siècles de désordre et de violence, les passio 
sans freiu, les héroïques équipées; partout la légende et l'hisloi: 
l'idylle et le drame éveillent un monde de rêveries. 

Bien avant le Rhin, son frère des Alpes, le Rhône était vivant: 
glacier d'où il jaillit sous un arc de cristal, le lac bleu où il s'épii 
les gorges sauvages, les défilés pittoresques, les campagnes pl^ 
lureuses, les côtes illuminées de son cours héroïque en feraii 
l'une des merveilles du monde, si on le connaissait mieux. 

De Lijon à la Darance, au-dessous d'Avignon, trois seuils entravi 
le cours du Rhône: le premier sous le saillant du mont Pilni, 
coude de Vienne; le second et le troisième, sous la poussée 
double éperon détaché du Mézenc et du Coiron. Tourmm et T 
commandent le second étranglement; le troisième se poursuit 
dessous de Chàteauneuf-Viviers, par le défilé de Donzère. Dans i 
tervallc de celte double porte du fleuve, la rive gauche se déveio 
en deux larges plaines adossées aux falaises du Vercur^: ce . 
autrelnis une sdi le de domaine fermé, fief d'importance par la fe • 
lité ,lu tenaii) et la facilité de la défense, le Valentimds. Au n I 
de Tduniiin s'étendait, jusqu'au saillant du Pilât, le Viennov:, te • 
tdire de rancieiiue ■■ île de Gaule », comme on apjielait. au tenip? ' 
l'olylie el d'Aunibal, la région peuplée et riche que dessine le dei: ' 
cou, II- (i|i|Mis('. ilu lîliùne el de l'Isère, appuyée de l'est sur le ni;i f 
il'' la (.M ml' I hai Ireuse. Au sud du Valentinois et de ses étroits, < 
niMiit i:;ii - - • iil^nt: à l'ouest, les Cévennes; à l'est, les rem ' 
al|H-lM- iiM. (luuiine le Venloux : c'esl la plaine d'Orfliijfetd'Arr»» . 



.ien ilisi 




lisqu'il est une créai i 
du lleuve, ù la pi 3 
lie l'ancien golfe nii i 
dont la vague pous l 
dans l'embrasure •■* 
munis. 

Rrrmière Hapt. — » 
aval du bec effilé « 
l'erraehe, .. lefl/ié» t 
la Saône roulent | '- 
daut quelque tel. s 
.laiis le même lit,; ••* 
,|ue leurs eaux SCI- " 
r.iuilent. LemélaniJO 
lait peu à peu, et^» 
vilesses si diffère -s 
des deux cour» d " 
leudent à s'égali f- 

l.rs eaux pares-sp » 
,!,> la Siu'me sont i- 
dui.||ement altitérel 
roMime absorbée»" 
son fouuueUX vniil- 
I.e Rhône ainsi C- 
jilé perd un peu do "i 
allure torrentiie- 
Il est dêsormui» •"' 
gable. » (LiiNTliÈnK 



alim;s. _ 



UllÙMi 




Sous la liaute silliouelle du Pilai, qui buire l'iiorizon Je l'uucsl, 
Girors transparait dans ratmosplièie euihiunH'e par ses innombra- 
bles usines. Là débouclie le (î/eri-Vikilomèlres) : celle vallée, que la 
nature avait faile riante, n'est plus qu'un couloir industriel, enlaidi 
\<ar les déjections du labeur liuinain. Forges, fonderies, aciéries, 
liauts fourneaux, verreries se succt-dcnl le long d'un petit canal 
de 2I)kilomi-tresenviron,(iùlraineiit les lourdes gabarres pleines de 
) minerais, de bouille et de produits maiiuraiturés. 

Au détour du Pilât, tout d'un coup 'Vienne se découvre. Cette 
ville (24710 habitants) fut, avant Lyon, avant Paris, alors simple 
station de pécheurs, la métropole du puissant État des Allobruyes 
et, après que ce pi-uple fut assujetti, une capllale de province 
«'«inaine. Alliée fidèle de Uome, Vifine en reçut plus d'un bienl'ail : 
outre les immunités attachées au titre de " colonie romaine .', des 
palais, des temples, un forum, 
des routes. Ln lien dir.ct la rat- 
tachait à la capitale de l'empire : 
c'était, en effet, du Tibre au 
niiône, le point terminus de la 
grande voie qui, par Jlilan, la 
vallée d'Aoste, le Pelit-Saint- 
liernard, Chambéry, les 
Ivhelles, traversait de part en 
part la masse des Alpes. 

Tous les malheurs sont veinis 
fondre sur Vie/i/ieetsur ses mo- 
numents : après la dévastation 
des Biirbares, celles de la pueire 
civile. Les édilices religieux : 
Saint- llaurice, l'un des plus 
beaux du Midi à l'époque ogi- 
vale, furent incendiés, mis à sac. 
l'omme tint d'autres dans la val- 
lée du Rhône, les vitraux brisés, 
les cloches fondues, le trésor 
pillé ou détruit par les bandes 
fanatiques de des Ailrels. 

Déjà Martial vantait les pro- 
duits du vignoble viennois. Cole- 
R'itie étage ses vignes aux ver- 
sanlseusoleillés du Pilai, d'.lm- 
j'int à Coiiilrieu. La live droil»^ 
offre le spectacle d'une grande 
fertilité : l'orange d<;s abric..ls, 
le carmin des cerises, le vei mil- 
Ion des plat.sbandes de fraises, 
la neige des pêchers et des pru- 
niers en Heurs, avivent nn i>ar- 
lerre de primeurs, de petits 
pois, de haricots verts. C'i^sl, 
tout le long dulleuve, un vergei- 
dune merveilleuse opulence. 





l'iusloiu, au pii-d (les escar- 
pemenls du l'Uni, dress.' de 
liiule sa hauteur au-dessus du 
/(/(rfne, démenties hameau.x, l.s 
villages, où se recrulaieiil au- 
trefois les meilleurs baliliiMs 
du fleuve. Avautqu'uue délorcs- 
lulion acharnée n'eût dépouillé 
les Cévennes et les Alpes, le 
débit des affluents du Rhône et 
celui du fleuve lui-même, plus 
abondant, moins précipité, li- 
vrait à la navigation, ou du 
moins au flottage, des cours 
il'eau, aujourd'hui impralica- 
Ides. Vbuvèze et VAnièdie 
avaient leurs corporations de ba- 
ii'liers; la Curie de Mmes faisait 
honneur de vingt-cinq places, au 
|iremier rang des gradins de 
son amphitlié;itre, au Collège 
• splendidissime » des bateliers 
(lu JViihie. Lorsque, en dehors 
des voies romaines, les cours 
d'eau, « ces chemins qui mar- 
chent >', constituaient le seul 
moyen de transport pour les 
voyageurs et le commerce, le 



128 



LA FRANCE 



lôle de batelier fut de premier ordre. La dénudation du terrain et, 
par suite, le cnractère torrentiel des cours d"eau portèrent un coup 
fatal à son industrie. La navigation à vapeur et les chemins de 
fer surtout l'ont rendue plus précaire encore. Les bateliers se 
recrutent au pied du Pilât, dans le iîwuHie, abréviation de itoyaume, 
mot par lequel on désiiinait, aux xi"" et xn" siècles, la rive drùile sou- 




.\ celte double éclaircie, lesCévennes opposent, sur la rive droite, 
des escarpements qui plongent; de Tournon à r>ouig-Saint-Andéol, 
les reliels se hérissent. Eu vue <le Valt-nrc, deux donjons ébréchés, 
les r..//-r- r/, r,,/-w,/, i,I.iii,.nt sur la v.ill/r, au snmnirt d'un village 
fuiiili- .l-ut h-^ ,1.1, lis r,,ul,Mit au v rsaiil ,|ui r.-ai,!,' le Rhône; au 
del.'i ,!,■ S,u,ii'l\i-<i;i ^\iiis r.ui,>iiiiii,- , la l,,iii- .Maudile dTo/is. Puis 
ce sont les vii'ill.s iiiai-,iiis de Chunncs, à l'as- 
saut d'un i-nau.,ir ,|,iiiaiil,'l,' ; la Voulte (la Volte . 
son beffroi, sa vj.ill,' ,-:.'lis,', ses maisons, le châ- 
teau qui fut diuiiaiue des Soubise et des Venta- 
dour. grou|ii's dans un retrait de la masse gi-ani- 
lique douiiiialrice du fleuve. Désormais le fi/nJi/e 
iieusi' sa route dans la roche crétacée, moins 
,luiv que le granité. H recueille, à gauche, la 
Jhùtnr, torrent des Alpes calcaires; adroite, l'O»- 
vèze cévenol, sous les terrasses et les jardins du 
Puuzin, où fument des fonderies. Le fleuve, tou- 
jours vif, mais avec moins de turbulence, se pro- 
mène enire les haies de peupliers, dans une vallée 
largement ouverte. 

Presque aussitôt son humeur le reprend; la 
|ioussi'e du dnii-i:» voli-anique accélère son allure : 
iiii .ipiMi.'il -11, '111,1 s'.illa, lie à la rive. Voici Cnuu. 
>"n .iM,.i\, , I ,-li-.,', une iiinveille romano-byzan- 
iiii'-; \r ,l,,iij,,ii, I,' l„,urg, autrefois défendu par 
une tri[ile enceinte flanquée de tours carrées; 
Rochemaure, site archaïque, ville de basalte, aux 
rues en échelle, bordées de logis surplombants, 



mise aux rois de France, par opposition à l.i rive dauphinoise et 
provençale sur laquelle pesait, au moyen âge, la suzeraineté du 
Saint-Erai)ire romain germanique. Dans le langage imagé (l>s ji.it,- 
liers, cette distinction persiste: piijue ù l'Einpi, c"est barre h - m, li,' 
(en descendant le courant); pûjueau Rinu, barre à droite. Ils , lai, iii. 
ces « vieux loups» du /{/(«i'", d'une hardiesse et d'une su ni,- in i,,y i- 
blcs pour franchir les lapides et échapper aux re us s.iii ii,.is. 

Au-dessous de Conrhini, la vallée du R/i<ine se il,\,|,,|,p,' har- 
monieuse parmi les snii li, -, !■ - -i,iuds rideaux de p,'iipli,'is ,pi,' I,- 
Pilât couronne de I i ; . > ; -,., le château du /'"?,/,-,/, -/;■.,,>- 
sillon, Sainl-Ramhoii . 1/ , .: iii,nt sur le fleuv,'. .l», /.;//,, in,' 

droite) regarde Andnuriiit ^\\\K gauche) et le d,,iii n i ,'• ,!,• <aiiil- 

Itomau, reste d'une importante forteresse d'^u > ni s.iiis |, s ,/ w 
yhiiia du Viennois, La Cance, rivière d'Annnn.iy, ,|, i,,,ii. ||,- ,ii ,n,i| 
d'Andaine et au-dessus de Saint- Vallier, où i.,nllui; la Cil.mrr. Lu 
château de SfliH<-Vfl'//ie')-, ancien domaine des comtesde Valentinois 
les tours et les remparts de Serves, face au donjon dWrrns, lièic- 
ment campé sur l'autre rive, gardaient ici le passage du lleuve 
au commencement des défilés, d'un côté pour le roi de France, de 
l'autre pour les dauphins du Viennois. Adroite encore, les ruines 
pittoresques du château d'Yzernnd, Sainl-Jean-de-Muz.ols, en face les 
célèbres coteaux de l'Ermitage. Tournon et Tnin complètent l'in- 
vestissement des deux rives: Tournon ('i72() habitants), avec ses 
tours, son rocher crénelé de remparts. Deux ponts suspendus en- 
jambent d'une rive à l'autre au-dessus du R/iùne qui commence à 
s'émouvoir el à gronder, puis à s'élancer, plus impétueux que 
jamais, dans la série de délilés et de rapides qui vont le conduire 
au delà de Donzère, jusqu'à Ponl-Saint-Esprit. 

Deuxième élupe. — Des liobereaux, embusqués dans un repaire, la 
Roche de Cun, qu'ils avaient greffé à une île rocheuse, guettaient 
leflenveeldétroussaientlespa.ssants.Commesaint Louis allait s'em- 
barque -à Aiguesmortes, il clullia leurs méfaits, culbuta la forteresse, 
« pour ce que, dit Jojnville, Hogiers, li sires du cliastel, esloit criez 
de desrol)er[)èlcrin3 cl marclians ». 

Deux (daines ouvrent la rive gauche du Rhône sur l'horizon des 
Alpes : celles de Vnlence et de Moulélimnr, entre leplnteau de Ckam- 
bnran, an nord, le mont de la Lame, au sud, double avant-garde pro- 
jetée sur le front du Vercors(monl d'Ambel : 1 703 mètres) et du 
Dévoiuy (Rochfcourbe, l!j'2a mètres), ado.ssés à la grande chaîne. 
Entre les deux clairièri'S voisines, le relief de la forêt de Snon 
(1S92 mètres) s'interpose. Il s'en faut que le territoire de V.ih-nn. 
où Vhèrc etia Drôine tracent leur sillon v. is le Rliônr, présriih' uiu' 
aire de développement uniforme. Au contraire, la plaine de M,mli- 
limar, circonvenue parla forêt de Saou et l'échiné de la Lance, dans 
le bassin du Roubion et du Jabron réunis, étend du Rhône h Puv- 
Saint-Mnrlin un sol presque uni, durant 2'i kilomètres. 




dont l'enceinte fortiliée se suspend à l'impérieuse silhouitle chi 
donjon, planté à 200 mètres de haut sur un noir dyke basaltique 
Teil, la blanche, à côté de Rochemaure, la noire, s'cnibiunic des 
vapeurs et de la poussière de ses usines à chaux hydiaulique. Tcd 
regarde Moiitélimar : et la rive droite se redress,' euiore. Viviers 
commandait ici le passage du fleuve vers le Miziiic et l(> Massif 
Central, par la coulée de l'Ardèche; pendant des siècles, entourée 
de solides mumilles, la cité épiscopale entretint une petite année, 
battit monnaie, tint tète au roi de France. Son pont suspendu relie 
la ville à Chàteauncuf, clef du couloir ou Robinet de Bonzère, dans 
lequel le RMne s'engouffre, entre des falaises rougeiUres percées de 
nombreuses grottes. Ce passage tourmenté, l'effroi des mariniers, se 
défendaitde lui-même : le vieux (ovl de Bonzère en gardait la sortie. 
Buur/j-Sainl-Anili'(d en occupait l'approche. 

Dans l'écartement des montagnes, au pied des Cévennes, ;'i la 
racine des Alpes, le /i/iôn# prend le large, découpe des grèves fauves, 
des archipels d'ilols, qu'il submerge ou déplace, au gré de sa fantai- 
sie. Au dévalé de VArdèche, le fleuve se divise, en glissant sous les 
arches d\l Ponl-Sninl-Espril. Un «étioit » encore, au-ilessous du Lez, 
cueilli en passant : les gigantes(|ues citadelles de Mondrar/on et de 
Mornos gardaient cette dernière issue. Voici la plaine, Ornw/e, li 
quelque distance du fleuve; au loin, CliAleauneuf, Avignon, h" 
f.imcux rocher des y)i)//i,«, les reui|)arls, li> palais des papes, fornii- 
d.able cnlasscuirnl du moyen t1g(! féodiil cl religieux, qui se détarlie 
sur le ciel clair, tandis qu'à l'orient le Ventoiix surgit brusquement 
comme une acro|)oIe projetée, des Alpes, sur la rive où venait 
autrefois battre la Méditerranée. 

Le Pont Saint-Ksprit fut un ouvrage extraordinaire pour le feuips 



Ll'S ALPES. — LE RHÔNE 



129 



;i conslriiil; une sorte de vénération l'entoure : il a île fait 

- iiis faillir Ji tous les iiroliaincincnts <lu lUniiie. On ne ccmnait 

. liitorlo : c'est un clier-il'uMivio anonyme; du moins, la 

mai |uo dos mailii's ouviiers iiui s'employèrent à sa construction 

■subsiste sur Ns I>I.m s qui lo c. imposent, évocation d'un tiMups déjà 



et la merso perdent dans l'az.ur sans fin. Qui n'a pas cssuyô un coup 
de mistral au sommet du Vetiimix ne peut imaginer sa puissance. 
Les nnaijes allblés se déchirent en lambeaux (|ni sil'llent en courant 
dans l'air avec une rapidité cllr.iyanlo : 1rs rodiors IrcniMenl, l(>s 
pierres arrachées, les cailloux i nul. ni en mitiaille. tourhilliuinenl. 




bien loin de nous. Les grands ordres monastiques ipii cou-.riii ni 
l'Europe de tant d'institutions utiles : lieux de retraite, l>il.|in 
Ihèques, hôtelleries ouvertes à tous, écoles de métiers et de li.n.ii! 

.agricole, trouvèrent dans les Frères pontifes (faiseurs de ponts) des 

lauxiliaires précieux. Se dévouer au service des pauvres et des ma 
lades, assister les voyageurs, pourvoir à leur sécurité, les conduire, 
leur faciliter les mauvais pas, c'était faire « œuvre pie ". De celli 
pensée naquit l'inslilution des Frères jimitifes. 

Le passage des rivières, en effet, présentait plus d'un risque, sou- 
vent moins de la part des eaux torrenlielles que des riverains tou- 
jours en éveil contre les passants. Les sires de Cavaillon, de l'isle el 
de Noves avaient fait Lien mauvaise réputation à certain passage de 
la Dura-ce : on l'appelait pour cela le Afaupas. Un pieux person- 
nage nommé Sibert, ayant élevé tout près un oratoire à la Vierge, 
réunit quelques compagnons, établit une maison de secours et, avec 
l'argent recueilli par ses œuvres, construisit un pont de pierre sur 
la rivière; une sécurité relative s'établit : Bonpas remplaça le Mmi- 
uas (le mauvais}. De nouvelles recrues s'étant enrôlées dans la pieuse 
confrérie, d'autres ponts furent con- 
struits sur la Durance et bientôt 
dans la vallée du lîhône. 

Aux Frères pontifes appartiennent 
les deux ponts de Moutélimar, le 
vieux pont de Ilomnns, sur l'Isère; 
celui de Saint-Nicolas de Campagnnc, 
sur le Gardon, dans une gorge sau- 

. vage, entre .Niuies et L'zès, et surtout 
le Puni Saint-Esprit. On osa ligoter 
le RhJne, d'une rive à l'autre. Deux 
alignements de 800 mètres enjam- 
bant les bras, les îles et les grèves 
du lleuve opposent au courant un 
saillant aigu. A chaque extrémité, 

, deux bastilles crénelées et deux 
tours centrales défendaient l'ou- 

I vrage. Dans l'une d'elles, on érigea 

' un autel en riionneurde saint Nico- 

\ las, patron des mariniers. 

I Troisième étape. — Le Pont Sainl- 

I Esprit ouvre glorieusement la plaine 

I de Provence; l'atmosphère, purifiée 
par le soufde puissant du mistral, 
prend une transpaience admirable. 

I C'en est fait du nord : plus de brumes, 
mais le ciel clair, l'exhilaranle lu- 
mière; aux pentes, sous la domi- 
nation du Ventoux , l'olivier, ami 
du soleil, pique ses bouquets d'ar- 
gent, tandis qu'au sud laterreaplanie 





OlllE DU VENTOUX, liN IIIVKK. 



l'.uf. li- Il Iniipéte dure ou sévit par 
l,ll.lll■^; Tii.iis après le WîS/rr?/, quelle 
li:iiis|..ir.'iice do l'ai mosplière, quelle 

I i.'r.', .pielair délicieux! 

l,c 'Ventoux (montagne du vent) 
suit;iL comme un géant, tout d'une 
[lioce, au-dessus de la plaine. Dans 
les Alpes ou les Pyrénées, emli.'issé 
d'une ép;iisse gaine de massifs qui 



l.,i-.' l'I. \.'.' ,|i' qurli|ues nuUrcsseu- 
1. iM-iii 111 .l.'ssusdela merle gran- 
ilil, .1. lm:;.' ses contours, en fait, 
pour la licrlé et l'harmonie des 
lignes, le rival heureux du Canigou. 
Line petite chapelle couronne le 
sommet, depuis le xv" siècle : on y 
vient chaque année en pèlerinage; 
les lacets de la route qui s'enroulent 
au liane de la montagne ne font 
pas moins de 22 kilomètres. Il pleut 
iibondamment sur le Veutaux, mais 
1('S pluies, même diluviennes, s'éva- 
nouissent comme par enchantement 



130 



LA FRANCE 




l II Q U E . 



dans cet immense filtre calcaire. Tout ce qui n'est pas bu par l'évapo- 
i-ation que stimulent la si'-clicresse de l'air et l'âpreté du vent unies 
à la vigueur du soleil disparaît dans les entrailles de la montagne 
et, par mille veines mystérieuses, alimente de claires fontaines 
jaillissantes, comme ce petit filet qui sourd à peu de distance du 
sommet (t 912 mètres); la source du Groscau, au bas de lu mon- 
tuiL'ne, du diU; du nord-ouest; la Fontaine de Vauchise. 

Kiilre la Duraiico, fougueux émissaire des grandes Alpes, et l'Ou- 
v'zi-, la Sorgue, issue du Ventoux, draine les infiltrations du relief 
di; Vau'Iuse.On disailles-Çori/Kra, quand la rivière divaguait à travers 
|i-s man'cages qui noyaient la plaine d'Avignon; mais, depuis que 
li's eaux sauvages ont été disriplini'es et le Rhône contenu, la terre 
s'est transformée en l'une des plus riches ri'gions agricoles qui soient. 
L'IsIr-siir-Sori/Kf, avec ses canaux, ses riviérettes qui meuvent des 
moulins bavaids, si's usines et ses ateliers qui ont remplacé de 
miséraliles huiles de pécheurs, témoigne de celte heureuse trans- 
formation. En amont, [a Surgiie 
réunit ses eaux, et sa vallée con- 
duit, entre des collines pier- 
reuses, ri'vétues de vignobles et 
d'olivcraies.jusqu'au hameau de 
Vaucluse. Un vieux ch!\teau 
surplombe au-dessus de la ri- 
vière, en haut d'une falaise es- 
rarpée. Philippe de Cabassole, 
rardinal-évéïiue de Cai-penlras, 
y r ■rulPiflrnrijue, son ami. D'un 
abirne ouvert 8ou3 rorhe, la.S'or- 
711e impéUiense Jaillit en m 
pides et en cascades : r'fsl I 
fin de la valbe, une soi le d 
bout (lu monde {vnllis rlmiM 
val feimé, Vimclusej. I.a fr.i 
rheur des eaux, le tumulte il 
remous rcuniants,rlont la pou 
sière s'irise, sous le soleil, d' 
lueurs adoucies de l'arc-cn 
( iel : les poêles, les géogra- 
phes ont décrit à l'envi ri'lte 
merveille. Pélran/un fut l'hote 
assidu, l'admirateur cntliou- 



^^^ 






^9H 


k 


mÊr'M 



siaslede \n. Fontaine de Vau- 
cluse : il lui confia ses es- 
poirs, ses déceptions, son 
amour. 

On saitla passion malheu- 
reuse qu'il nourrit durant 
loute sa vie pour la belle 
l.auiedeNoves. Celle-ci, née 
l'u 1308, mariée à un riche 
liourgeois d'Avignon, âme 
profondément religieuse et 
droite, ne fut pas insensible 
à l'amour persévérant du 
poète, mais ne se départit 
jamais de la réserve que lui 
imposaient ses devoirs d'é- 
pouse et de mère. « Elle 
resla, dit Pétrarque, ferme 
rt inexpugnable. I.e peu 
que je suis, je le suis par 
file. Elle m'a séparé de la 
so( iélé du vulgaire, elle a 
aiguillonné nien génie. » 
Le nom de Pitrarque et de 
Lnuif. indissolublenientliés 
à la Funtaine de Vanchut, 
(int fait de cette charmante 
retraite comme un sanc- 
tuaire de la poésie. C'est la 
l'oulaine de Castalie, où les 
disciples d'Apollon pui- 
saient, à Delphes, l'eau d'im- i 
mortelle jouvence. 

Le débit de la Fonlaiiu 
de Vaucluse varie avec hi 
quantité de précipitations 
reçues par les montagne? 
poreuses dont elle est l'émissaire. Tantôt elle bondit au pied de I: 
falaise, dressée à 200 mètres sur son front : elle peut atteindre 
bien que rarement, 120 mètres cubes à la seconde; c'est alors ui 
gave déchaînésousdrsd " Misil'é. iiiiip. Le débit ordinaire se rédui 
cà 22 mètres cubes; al'.rs l,i r ut nu.', incapable de franchir le rebori 
de sa conque, se rejjusi , li .iii-|kii 1 nie comme le cristal. La cascadi 
ne coule plus, mais d auln-s sciurci's alimentent la petite rivière di 
Sorgue et maintiennent son débit à 4 mètres cubes par secondi 
dans les plus basses eaux, i\ 8 pour l'étiage moyen, l'i et même 2i 
en bonne saison et jusqu'à 1-)0 par crues abondantes. 

Au faisciMu d(! drainage fiue composent la Surgiie et la Xesqw 
iKiiniics pai- les monts de Vaucluse, le Lauzun elVOucè:c, qui eiii 
lii.iss.MiL le Ventoux ; VEi/giies et le Le:, sur la rive gauciie du llhôni' 
l'Ardcche et la Cèie, sur la droite, ajoutent le tribut inégal de leur 
eaux torrentielles. Le lit du Itlu'ine est encombré de leurs alluvions 
des îles s'allmiaent : île du Colombier, longue de 5 kilomètres 
en vue d'Orange :à 6 kilomètres 
ile de la Pibuulctle, petit mond 
à part avec ses bois, ses champs 
I ! Il IIS, sur uneplale-forni 
de 7 kilomètres; l'il 
', enavaldeRo(iuemaur 
:i kl In m. 1;'2); la Bnrthetaff 
1 100 hectares), dont la langu' 
>ablonneuse se profile, coram 
la proue d'un grand navir 
l'cboué, jusque sous les mur 
d'Avignon. 

Le fIMnc penche d'iustim 
veis sa droite. De ce celé, Vd 
tciicuvr fut longtemps l'escal 
ili> la batellerie sur le bra 
.Iroit du lleuve : c'était le plu 
iliondant, le plus régulier, tan 
lis que le bras gauche, r«' 
liulé par les atterrissemcni 
le la Parlhelasse, n'était qu'ui 
lônc" souvent impraticable.- 
la navigation : les tartanes, li- 
radeaux, les barques s'arri 
niaient au pied de la tour di 



LKS ALPES. - LK IIIIÙM- 




liilippe le Iî>'l, en vue de la Cliailreuse cl du loil SaiiU-AïuIrr. 
"élail là le port de Villeneuve. Mais une digue do 1 800 mètres, 
ludée à la pointe de la Barlhelasse, a détouiné la plus grande 
iilie des eaux du Rkàito dans le bras d'Avignon. Lorsque le lîliànc, 
nfli'' par les torrents cévenols et alpestres, étendait ses eaux ter- 
Mises sur la plaine de Provence, laissant, après chaque crue, do 
randes flaques marécageuses entre les mailles compliquées des 
maux viTs et des fossés crou- 
issants, le liocher des Doms 
mergeant formait, sur l'im- 
lense lagune, comme une acro- 
ole naturelle à laquelle satta- 
lièrent les Cavares indigènes. 
n haut, sur la plate-forme, l<; 
••fuge; en bas, sur la berge, les 
uttes des premiers bateliers. 
n'est pas douteux que, six 
iècles avant notre ère, les Plu- 
iciens et les Grecs aient tra- 
' que avec les occupants du ro- 
liiT des Doms; ils ap|iorlaienl 
•s produits de leur indusliii' : 
•s métaux, les étoffes en 
jihange des produits agricoles 
e la vallée. Peu à peu, la 
'•nélratlon pacifique des Ilel- 
•iies s'affirma de telle sorte 
^l'Avignon put passer pour 
Ire une colonie de Mar^(•ille. 
I est probable qu'au début 
1 ville fut entourée d'une 
ncelnle et qu'elle s'a^-randit 
nlour du noyau primitif des 
himt. C'est contre l'enceinl^ 
allo-romaine que vinrent s' 
eurlerClovis, pour en délot;»-! 
îs Burgondes; Charles .Miiilel, 
onlre les Sarrasins. I.adeitiière 
nceiute, celle des papes, em- 
iétalt sur le champ dinomla- 
ion du fleuve : elle a survécu. 



du lie 



lAliir rive (lu //// 

Orange ( I H is 
ments romains. L'n l/i'',iin 
colline; les blocs supri|iM- 
lable rempart : la f.crw- - 
C'est massif, puissant, d'il 
aux s|)ectacles grossiei's et 



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'.„<■. iii.Lis plus au non! et un ].ru .U r,-,nl 
7 h.il.il.iuN :i ,-,,„^,.,v.- ,b^ beaux uiuuu- 
'■■i.iu''' ^•■■~ L'i iJiii- ilaii-. Il' roc vif d'une 
' -. iliiiii, ni ,1 ^;i r,h ,hI'' j'iispect d'im véri- 
.iiln-s^' a uu ^i.iiiil mur sans ornement, 
ne brutalité architecturale qui convenait 
sanglants de l'amphithéâtre. Un aqueduc 
robuste qui captait les eaux de 
la fontaine du Crosseau, par une 
canalisation d'environ 30 kilo- 
mètres, n'a laissé que des traces 



Mais I 



l'ai' la culture. 

• o'NilJir (/ Oriiiigene 

nuuiiuils de ce genre dont Home 
s eu.. i:;ucillit. Haut de 22 mè- 
lii's, Iareede21 surSde profon- 
il.iir, il ciim|ii.Mid trois arcades 
.l.iul ruu.., rcll.. (lu milieu, plus 
haute, ('lait desliiK'e au passage 
.les chars et des cavaliers. D'élé- 
u'antes colonnes corinthiennes, 
les bas-reliefs du fronton, les 
rosaces des voûtes, les guirlan- 
des de fleurs et de fruits enrou- 
lées aux arcades, les trophées 
d'armes, les sculptures à pro- 
fusion, la force et la somptuo- 
sité réunies en font le type 
i. hevé de celte fastueuse archi- 
. lure qui fut clière aux Ito- 
II lins, parce qu'elle témoignait 
leur fiuissance et de leur 
Im - . . I.a masse entière, niais 
I I II la face septentrionale, a 
III! l.'.u pendant vingt siècles. 
A la vérité, les détails ontsouf- 
r. it : il n'y a plus d'inscription 
ili'dicatoire ; les lettres en 
bronze doré ont été arrachées. 



132 



LA FIIAACE 




AFFLUENTS DU RHONE 

L'ISÈRE 

Ni'e du glacier de la Galise, au cœur des Alpes franco-ilal 
l'Isère fraye sa voie par de multiples déloursjusqu'au Rhône, 
rejoint au-dessus de Valence. Ses 
aflluenls découpent les grands mas- 
sifs delpliino-savoisiens. A droite : 
r.\r/y, dévalé d'Albertville, puise pour 
elle aux premiers contreforts du mont 
Blanc ; sur la gauche, le Duron lui 
appoite, au coude de Moùtiers, les 
ruissellemenls de la Vanoise. Par 
r.lrc, elle draine riiilervalle de la 
Vanoise aux grandes lîousses; la Ilo- 
mnnchn, émissaii'e des Housses et des 
Kcrins, lui a[)porte, avec le Vénéon, 
les eaux du puissant massif de l'Oi- 
sans; enfin, plus enragé que la Ro- 
manche elle-même, dont il recueille 
les eaux, le I)r<ic enveloppe cet im- 
mense réseau lorrciiliel d'une douve 
profonde qu'il s'i-st iieusée au revers 
des Écrins, sous liMiel.lu Midi. Ainsi, 
de la Durance provençale à l'Arve sa- 
voisifnn--.r/,%p(p pénètre par l'éventail 
do ses liihulaircs les replis de nos 
grands massifs alpestres des Écrins 
et de la Vanoise, en les rattachant à 
la c.ladelle franraise du mont RIanc. 

l'our un si vaste domaine, les dé- 
buts de l'/stVi? sont modestes : un 
ruisseict s'épanche à '2'iOO mètres 
d'altitude, dégiingole au Prnz-RUiii, 
gracieux cirque de verdure à 2 272 mè- 
tres, s'étreint au Mnljtas ou Mnliinssri 
(2100 mfetres) entre des parois pres- 
que perpendiculaires, atteint FutiicI, 
son premier village où mûrissent les 
orges et les seigles, aune altitude de 
1 9:J6 mètres. 

Vnl d'isèrf, tians un bassin crimplè- 
temenl invesli de monis glacds, prend 



lennes, 
qu'elle 




jour à la fois sur la 
Vanoise et le Valgii- 
sanclie italien, par le 
col de Calise, et sur 
Bonne\al, dans la 
liante \ allée de l'Arc, 
par la ti averse de l'I- 
sei an . Dans une gorge 
profonde, vrai couloir 
da\aldnclies où des 
iioix liop fréquentes 
é\oquent de funèbres 
sou\enirs, V Isère 
atteint le large et pit- 
loiesque amphi- 
tliéàlie de Tignes, ad- 
mirablement situé, 
au débouché de deux 
torrents. De Rréviè- 
res à la Thuile, les 
escarpements ennei- 
gés du Tliuria ou mont 
Pourri scintillent au- 
dessus de la vallée. 
Saintc-Fu)j, de sa ter- 
rasse, commande le 
torrent. 

Bourg-Saint- 
Maurice, débouché 
du Pelil-Sniiit-Ber- 
niird sur la vallée de 
Vhère, possède, bien 
qu'aussi proche de 
montagnes réputées 
pour leur àpreté, des arbres fruitiers dans une aire verdoyante; 
ses pommiers donnent un excellent cidre, le miel est savoureux, 
le bétail prospère. En outre, le sol est riche en produits minéraux 
(eaux chlorurées sodiques d'Arbonne). 

Il Jusqu'à Moùtiers, la Tarenlaise n'est qu'un berceau de verdure; 
Vhirc, impétueuse ailleurs, y descend d'un cours paisible. Quel- 
ques sites pittoresques présentent rù 
cl là d'imposants contrastes. » (/'e 
Moùtiers à Aoste, par I,. RiiuABD. " Ann. 
du Club Alpin français. ») 

Aime, l'ancien Arimn, et l'une des 
principales cités des Centrons, offre 
aux archéologues ses restes de forti- 
luations romaines, des inscriptions, 
une église romane, prétendu temple 
de Diane, construite de débris anti- 
ques et consacrée à saint Martin 
(crypte du xi" siècle, iieintures mu- 
rales du xn° siècle); les ruines d'un 
château fort, etc. A 2 lui. 1/2 d'Aimé, 
l'Isère s'est creusé un délilé tour- 
menté, principalement au Snul de di 
PkccIIc et, par delà le hameau de Ccii- 
Iron <iui rappelle les priniilifs df 
celle vallée, elle force h: passage df 
Cieix (Sieix, Saix ; saruiu, rocher, 
étroite fissure large au plus de 'l'i ni' 
Ires, sciée dans un beau lal'.iH' 
do teinte bleuàlre. Trois tanmls. 
doiil l'un pénètre sous une cascade, 
liMiiit passage à la route, à travers 
lo nicher : l'ancienne voie gravis- 
sait sur de fortes murailles d'appui 
un promontoire d'où elle domine, 'i 
;}00 mètres de haul, le cours du 
.^ -. -^ »» "^!a^^^«| torrent. Au voisinage, ruines du 
/ •' ^' *--''a^^BB château de la P(rouse et, en aval, ro- 
L^- >■ '"^'"^^HV^I cher de Saint-Jacquemo/., où depuis 
4ibJ--*- '"^I^^AV saint. Jacques, apotro de la Taren- 
"" ''^ ^^P»^ ,.j|j.,._ ^,^ ,„,(.,„ie,. .-.véque de Moùtiers. 
ré.sidèrent saint Marcel et ses suc- 
cesseurs, archevêques suzerains de l'i 
ville. I.esdignières, au xvi" siècle, n» 
laissé du chdteau que des ruines. 



LKS ALPES. - LE RHÔNE 




A Moûtiers (2350 habi- 

lanls* OKiMiin'iioe la Basse- 

Tanniaisf. l.o coude aiijii 

Je [litre circonscrit le ti r- 

iiloiie de Moilticrs dans 

un bassin triauuulairo où 

coaflue le Ikirmi, émissaire 

des vastes dcpôts glaces 

' la Vanoise. SitUtis-ks- 

au coDilueut du 

I.- Sainl-Maitin-il.- 

oaux lliermalcs 

-iiiif^ cliioruit'es sodi - 

|ues ; Bri'Ies-li-s-B'Un-i, au 

onilueiit du toiront des 

> "■■-^ lins uni'Jolie vallée 

de vei>'ei-s, de vi- 

■ • lois eaux llier- 

-ulfalées sodiques, 

.i.<.>uies ; Buzi I, dans sa 

allée supéripure, et Prali.- 

(lan, jalonnent le cours du 

•oron de la Vanoise. 

Pralognan, dans un 

■ i. Ire de prairies alpestres, 
u pied du (7r.i;i(/ et du Pclil- 
/iirrhet, dont les escarpe- 
lents épaulent d'immenses 
hamps de glace, ouvre li' 
issage du cul de la Vanom, 
ai le centre du massif, vers 
'ntre-deux-Eaux, dans la 
•u'ion supérieure de IWrc ; 

lu bien, en remonlant vers 

source du Doron, la des- valllk sl ii 

■nie par le col de L'haviirc, 
M Modane. tète de li;;ne 

i tunnel ouvert sous le mont Fréjus. Pralnyiiait est le ceiilic de 
Uiement des touristes qui veulent explorer la Vanoise. 
De Moûtiers, IVsfrese hàle, non sans quelques arrêts, vers le bas- 
n d'Albertville : au Pas de Briançuii, au défilé du Pas de la lîuchc- 
"•iits, elle s'irrite et bondit pour s'épanouir bientôt en plusieurs 
as dans une ample vallée de plusieurs centaines de mètres, où 
'» doit proléger les campagnes 
veraines contre les divagations 
• son cours. 

i.'Arly fplus de 40 kilom.'- 
■s), qui conflue dans le bassin 
Albertville, apporte à Vhèrr 

■ mètres cubes par seconde m 
Tdinaire. Ce carrefour est 
iiiporlance : là se croisent en 
•l les routes de la Tarenlais. 
du Graisivaudan avec celles ilu 

,s>in d'Annecy par Faverge- 
, ines et la voie de 1.1 r/y pu 
I iinel-Mégève, vers lArve, dan> 

I double direction de Cliamonix 
< de Genève. La place forte qui 
•inmandait ce carrefour sur l;i 
{>-. gauche de lArly sappelail 
<'i/Ia;u .• son faubourg de la ri\ ■ 
<^'ile. érigé en cité par Cliarle.- 
j'ert, est proprement Alben- 

L-1 rencontre de Vhire et il-- 

II rc (rive gauchej se fait en aval 
Miolant, dont le château, iiia- 
liquement perché sur un roi: 
le, érige à pic ses belles ruines 
dessus du creux de la valb • . 
unouMet garde le confluent d.- 
IX rivières. Autrefois épandii- 
13 celte large vallée, qui e-; 
ime le vestibule du Graisivan 
1 proprementdil, entre Albeii 
î et le détour de Chambéry, 
^re, maintenant contractée 

Prasce. — II. 




entre des digues qui laissent à sou cours oïdinaire une largeur 
;\ peine suflisante, se déchaîne parfois en véritables trombes, lorsque 
les débâcles de la Vanoise gonflent ses eaux. Manlmélidn, gardien 
de la roule de Chambéry, fut une forteresse de la .Savuie contre la 
France. François I""- l'enleva en 1523, Henri IV en 1000, non sans 
courir le ri.sque d'être tué; Catinat la prenait à son tour en Ili'Jl, 
après trente-trois jours de trau- 
iliée; enfin la place fut détruite 
au début du xviii» siècle. Ce 
triangle de vallées qu'elle domine 
l'ut nianifestoment un grand lac 
dont les eaux s'insinuaient par la 
ili'l)rcssion du Bourget jusqu'au 
liliùno. Ici VJsère se perdait dans 
lagrande nappe intérieure laissée 
par le glacier. Depuis le comble- 
ment de la vallée du (iraisivau- 
duii, I'/m'iv.' poursuit entre le re- 
l'i.id de la (irande-C.liarlreiisc et 
le relief d'AUcvard-Uelledonne. 
I.e massif de la Chartreuse, trop 
escarpé de ce côté, n'envoie à 
l'Avérfque de brefs torrents : des 
glaciers d'Allevard vient le char- 
mant Bréda; de Kelledonne et de 
SCS lacs, descendent le Utiménim 
et le Sunnaiil qui envelofipe de 
fraîcheur le parc A'Uriaije (source 
saline sulfureuse, source ferrugi- 
neuse carbonatée, établissement 
gallo-romain). 

Enfin Vhtre touche Grcimble, 
cii'ur du Dauphiné, nœud rayon- 
nant de communicalions sur 
l.yon. Valence, Gap, Briançon, 
Cliainhéry. Dans ce bassin, Vlsère 
elleZ/r//cse donnent rendez-vous. 
Avant que le connétable de l.es- 
diguières n'eût corrigé son cours 
inférieur, le /Jr<7f serraitGrenoble 
enlre deux pinces : ramenées en 

12 



134 



LA FRANCE 



-un seul lit, les eaux du 
terrible Dragon se versent 
h. présent, d'un trait, à 
3 kil. 1/2 en aval de la ville. 
Cet apport accroît l'Isère 
de deux cinquièmes à peu 
près. Nombre de ruisseaux 
viennent encore la re- 
joindre, sans modifier son 
aspect. A gauche, le Furo, 
débouche des monlagm- 
de Lanspardesd.'-lil,'s|.ii 
toresques (cuves 'I ■ ^ 

naije). A droite, 1 i 1 

dérive de la f.rau 1 -i ii -i 
treuse ainsi que la Xuc 
de Vurepjie, bourg situ^ 
à 1200 mètres de llsèrr. 
au pied d'un cirque grau 
diose, ruisselant de ca^- 
catelles. 

La projection des raonis 
de Lans, par le Bec de 
l'Écltailton,!i 2 kilomètres 
seulement des rem liai Nil' 
laGrantle-Cliartrru- . i 
traint le lit de 17 - - 
recourbe une dernitr.- b.i^ 
son cours : de là Jusqu'à 
Uuinans, en vue du Rhône, 
il s<. d.--ve|„,,,,. ,•„, suJ- 
i.il.M. .>.:n< Imii.- .U- |.|ii- 
)M■I|.■~^ ,:i. — .l-ia I MiP . 
I.-s I..r.,li|.-s >.'\..rJU"Ul 
(le la rivière, au S'iiil U'- 
coteaux : à droite, M'.nnK 
et sa vieille tour, inii r j. - 
deux liras de la il/iyr'/e, n<'ii 
loin de Voirnn, ancien oy- 
piihiin gallo-romain, lon:;- 
temjis disputé entre la 
Savoie et le Dauphiné, 
cédé par celui-ci à la 
France en 13o5 (toiles, po.nt ke tLL- 

soieries, papeteries); sur 
la Fure, Bives, au-dessus 

du confluent de cette rivière et du Réauniont, ville industrieuse, 
avec des aciéries qui datent du xii* siècle et des papeteries 
du xvi° siècle. LaFureestrémissairedu lac de Paladru, belle nappe 
liquide attardée entre les deux coudes opposés du Hhone et de 
l'Isère, dans une vasque de coteaux boisés. Longueur : 5 kil. 1/2; 
largeur : de 530 à 1000 mètres; profondeur maxima : 3b mè- 

tns 01); niovenne : 





]<\<-< 



•Iros; 



de 5 mètres, le torrent bouillonne a grau 
taire de la Bournc, bondit écuniante av 
les lumineux ilélilés des Grands et Petits 
fente étroite, entre deux hautes paro 
pendiculaires. La petite vallir iVlù/n 
de grands escarpements rocheux, si- t 
Pctits-Gintlets, en amont par les Grands 
au-dessous du hameau de^ Baraques, au 
sï'Ire fravé un sillnn sur 1 



Aritoine, fondée en 1070, 
d'abord hospice, puis chef 
d'Ordre des religieuxAnto- 
nins, souventvisiléeeten- 
richie par les souverains, 
pillée au xvi° siècle parles 
Calvinistes, enfin vendue 
par la Révolution comme 
bien national, après la dis- 
persion des Anionins ral- 
tai liés aux chevaliers de 
Malte. A Saint-Gervais 
rive gauche), la vallée de 
V Isère s'étrangle sous la 
pression des monts cal- 
caires du Royannais, pro- 
jection du Vercors et, 
comme lui, de même 
nature que la Graude- 
Cliartreuse. 

Pont-en-Royans sé- 
lève il l'écart de l'Isère, 
sur la Bourne. un peu en 
ami 111 1 du confluent de la 
Veiiunsun avec celle ri- 
vière. Ln gouffre au fond 
duquel le torrent roule 
ses eaux claires sépare les 
rochers où s'accrochent, 
sur des étais pittores(|ues, 
les vieilles maisons de 
l'ancienne capitale du 
Royans. La Bourne n'a 
pas 35 kilomètresde déve- 
loppement : c'est mal- 
gré tout l'une de nos ri- 
vières les plusabondantes; 
.■Ile draine un territoire 
i.iiil li--nie où les eaux ac- 
■ . aiieiii de toutes parts en 
lilelssiiuterrains. LeJSuwr 
niUun jaillit d'un cirque 
iiù il s'effondre en cascade 
iiiauuifique : là s'ouvre 
une grotte mystérieusi 
.lù, sous un étranglemcn 
1 fracas. La Vernaison tribu 
'C un bruit formidable dans 
-Goxdets : elle condue, d'um 
s de rochers presque per- 
vh, qu'elle creuse au ba^ 
ou\e close en aval par le; 
•Goulets. Ceux-ci s'ouvren 
point où la Vernaiscn, aprè; 
Vercors, s'en échappe poui 



-ui.eiline : 3'.M) hec- 
tares 100 aies. 

De longs ruisseaux 
descendent à Vlsire, 
du plateau de Chnm- 
hnraii, où sommeil- 
lentquebjuesétangs: 
laC»»iff)»',parSaint- 
.Marcellin (à 3 kilo- 
mètres de l'Isère; 
restes de rem parts et 
d'un château du 
xni" siècle). A 5 ki- 
lomètres, ruines 
pin-l esqilCS (lu châ- 
le ni il" Beauvoir, où 
icMili relit les Dau- 
(ihins et que Ilum- 
bert II se réserva en 
cédant ses États à la 
France; à 11 Idlo- 
iiiètres, ancienne 
abbaye de Sainl- 




l'hot. d« U. Rlvltro. 
TULLINS. 



LES ALl'KS, - LH llllÔM- 



135 





:T-EN-nOY.A 



luiiiber dans la 
vallt'e d'Échevis. 



iiv(^droiledu lor- 
K'iit : c'est l'une 
lies merveilles du 
Dauphiné. Peu à 
|ieu les immen- 
ses gradins, cou- 
verts de terre et 
d'arbustes, qui 
IVirment les pa- 
rois des Goulets 
deviennent plus 
abrupts et se rap- 
prochent. C'est 
alors une succes- 
sion de galeries, 
'de tunnels, d'en- 

G O U O E s D E L A 15 O U 11 m: : , , , 

corbellcments, 

PONT DE LA COULE-NOIRE. , , , 

par lesquels la 
route s'accroche 
lUX parois vertigineuses au-dessus de l'abîme, au fond duquel la 
tVemaison dégringole en cascades et roule à grand fracas. 
' Entre la Vernaison et la Lijonne, dont la rive droite porte le clief- 
lea de canton de Saint-Jean-en-Royans, la grande foret de Lente 
ffre aux promeneurs l'attrait de ses falaises calcaires ti'ouées de 
rolles et d'avens scinlets] , comme les Causses, dans un cadre de belles 
ulaicsà essences variées, de claiiières et de grands pâturages. La 
oDlc de Cumhe-Lnval conduit aux sources du Chollet, singulier 
oure d'eau, prolongement probable du Z?r!((/"»x perdu sous terre, 
uisqu'il jaillit, dans la mr'me direction, d'une fissure étroite, dans 
m amphillii'àtre de niauniliiiues escaipements. La Donrne, sillon 
ommun des eaux du iioyannais, présente elle-même dans sa Ira- 
erséedu Vercon calcaire "des beautés de premierordre. Au-dessus du 
onlde la Goule-Noire, une fontaine vauclusienne,souventplus abon- 




dante qu'elle, s'y 
déverse à l'entrée 
des nnrces. 

aiicnnllu.-iitdcla 
Savnsse, avait rlr 
cédéeàlaFran.,.. 
par Humbeit II. 
auxiv''siècle; cllr 
l'emportait par 
sonindustricdia- 

rt Vdlnirr; j.i 
|„..s(..,!,.Si.-,„.MVs 

priiuvriont durc- 
iiic'iit.riieasscin- 
blée de notables 
y prépara l'.ls- 
semblée de Vizille 
(21 juillet,!, préli- 
minaire des États 
généraux del789. 
La réunion des 

trois Ordres convoqués par le roi, le 2!) août 1788, aboutit à la réu- 
nion des Êlnts du Daupldné (l'"' décembre) qui discutèrent, k Romans, 
les cahiers électoraux rédigés parl'évéïiue de Gap, surrinitiativo de 
Mounier. L'alili.iii.ilr .s'.//,i/-/},(rHnrrf, beau spécimen de l'architecture 
du xi" siècle, i;i|i|ii llr .|iic la ville doit son origine h l'abbaye fondée 
par ce saint ai- hrM qur <lr Vi.-nne, au début du ix° siècle. 

Bien qu'abondante eiicnrr, 17 . ■/■,', as-^z pou lari'.', mais pro- 
fonde rivière, laissantsur sa ?.' in li ■ !•■ r,ii],il d ii i i-,.tii.ii lire do la 

Bourne au profit de la cainjiaLip' .1' \ i!- , ai:, ml i- ni m l.- likône à 

5 ou 6 kilomèli'es au-dessus de crllu \illi-. Tuor un cnms di: 2'.t0 kilo- 
mètres, ['hère est dite flottable sur 63 kilomètres, à partir d'Aigue- 
blanche, et navigable sur 150 kilomètres, en deux sections, dont la 
dernière (42 kilomètres), de la Bourne au Rhône, offre un tirant 
d'eau moyen de i'°,50, à quelques exceptions près. 



«ouniiK 



136 



LA FRANCE 



LARC 

L"Isèie et l'Arc puisent aux glaciers des grandes Alpes; leurs 
sources sont voisines (8 kilomètres à vol d'oiseau) : l'une naît au gla- 
cier de la Gniise; l'autre aux versants des Levanna, dont le point 
culminant (les Trois Rocs : 364:t mitres) offre un admirable pano- 
rama, dumontCenisauPetit-Sainl-Uernard. VIseran, qui sépare les 
deux .rivières sœurs, ce fameux Iseran que l'on faisait gigantesque, 




liien qu'il dépasse à peine 3240 nièlrcs, s'inilinr snr nu sillon i\n\ 
réunit les deux vallées, entre Val d'Isère et Hunnevul. PL-mlanl 'M un 
40 kilomètres, l'Arc et l'Isère coulent d'abord à l'inverse l'un de 
l'autre; leur plus grand écartenient (48 kilomètres entre Modane 
et Bourg-Saint-Maurlce) mesure l'aire d'où surgit le haut relief 
de la Vanoise. Enfin les deux rivières se rapprochent, l'Arc décri- 
vant une courbe harmonieuse, et se réunissent en vue de Cha- 
mousset, après un cours sensiblement égal (10 ou 15 kilomètres de 
plus [pour l'Arc,. 

L'Arc nait à 2 188 mètres d'altitude. Bonneval 1 798 mètres;, 
.son premier village, ramasse dans un coin de la vallée ses maisons 
basses et grises entourées de pauvres champs. Peu de régions 
al|ieslres sont -aussi déshéritées; en hiver, les habitants vivent 
dans li's élables souterraines à la chaleur de leurs animaux. F.e bois 
étant rare, le charbon trop cher à tiansporler, le combustible usuel 
es l'excrément des bestiaux séché au soleil. Entre le montagnard 
et la terre avare, la lutte est âpre. Deux saisons sont nécessaires 
au seigle pour mùiir, jiarfuis même il no miirit pas. « La neige 
(ouvre le sol pendant six ou sept mois de l'année, interrompant 
souvent 1rs conimuiiicatii.ns, séquestrant bs habitants comme des 
marmottes dansleuis tirriers. » ((",1. Hkgauh.) 

Avec l'été, tout s'év.ille, tout fleurit. On délaissait Bimncval : 
depuis que le Club Alpin français a fait construin; un chalet-refuge 
en amont du village, à la lisière d'un buis et non loin du tor- 
lent de la Lentn, qui amène àl'.lrc les eaux de l'Iseran, les tou- 
ristes sont venu». I^ bois, les ruisselels qui babillent sous les roues 
de II lins rustiques, la fraîcheur des prés, les environs cons- 
tellés de plantes alfiines aux vives couleurs, les p.Uniages qui 
montent au pied même des glaciers, en supprimant presque les 
traînées ordinaires d'afTreuses moraines, les excursions sans nombre. 



dans la haute chaîne et sur le versant italien, multiplient les utiraits 
de ce coin reculé des Alpes. 

Sessans (1 721 mètres), un peu plus en aval, est de pauvre appa- 
rence : d'épaisses dalles, appartenant aux scliistes lustrés du trias, 
reposent sur une forte charpente qu'elles défendent contre les vents 
violenls, et sauvent de l'écrasenienl, sous les 3 ou 4 mètres de 
neige qui s'y a.i nniulenl duiaiit Ihiver. (Jur|,]iie pauvre qu'il soit, 
les gens aini.nl Inir |.,iys ,-t conservenl Imis \i-a;.'es : les couleurs 
vives de cerl.iiiis (Mollîmes tiaililluniiels ciiiiisenl agréablement la 
mélancolie g.Mi' i ih' il'' i eite rnde contrée. 

Lans-Ie-Villni'l. l,;iii-l'-|H.urg se succèdent au pied du mont 
Cenis. Au-di-^ns Ji s p.nii's gazonnées, parsemées de sapins, 
monte la ina^juiiiph' n.iiie construite, de 1803 à 1810, par Napo- 
léon l". 11 ne senilile |ia- (lUé ce passage des Alpes ait été fréquenté 
des Romains: I'..|yl.e .t^tiabon n'en parlent pas. Cependant Pépin 
le Bref, et après lia (_;hai leniagne (774) et Charles le Chauve, y tra- 
versèrent les montagnes. On ne franchissait le col qu'à dos de mulet 




ou en ti'aineaux {ramasses). iNaimleun 1 ', en cnnsirnisant la roui' 
agrandit l'ancien hospice, et un sei\iie rii,'ulier de diligences reli 
dès lois Suse à Lanslrbuurg, la Doire Hipaire à la vallée de YSf 
Vingt-lrois refuges forment élapes entre ces deux points : la boriir 
fronlière entre la France et l'Italie se trouve près du dix-liuilièm 
refuge (2082 mètres). De là une rampe conduit à la dépressio 
centrale du passage du mont Cenis, large bassin de prairies au milif 
duquel dort un joli lac bleu, enire des sommets éldunissanls. ^ 

Termignon marque le conlluent du Duron de Xilhud AM\i> l'.Vn' 
c'est le torrent du hameau d' Enlre-Deux-Eanr, iiuniun de quelqii' 
cabanes où fréquentent les bergers de Manrieiine, luisqn'ils condii 
sent sur les hauts pâturages ïi'urs moulons, ces jolies béics à I 
laine soyeuse et tombante comme celle des mérinos, au niusea 
noir comme le tour des yeux et le bout des oreilles, signe di^ 
tinctif de la race. Entre- Deiur-Eanx (entre la rive gauche du Doi'o 
et la droite du torrent de Saint-Jacques, descendu des glaciei 
du Méan-.Martin) forme halte au d.'bouché du col de la Vanoi.« 
(refuge Eélix-l'aure , greflë, de l'autre cété du ma.ssif, en vue d 
Doron de Pralognan . 

Après Brnmnn^, vuisiu du t. •rient (li> Sainl-I'iei re, les fnrls a 
VEsscillon, face au tunent de Sainle-Ainie, gar.laient le passap 



Li:.' 



ALl'i- 



U: lllKKNH 



137 




.Tvant que la défense n'eût élé icporlto au ilébouché ilu Uiiinol do 
Modnne-Rai'donnèche. Avrieux signale le torrent dVlussoù, qui 
tombe de la Vanoise par une cascade de 80 mètres. Mixlnne-aarc, 
dont la longue nie bordre d'Iidlels, de cafés, de bureaux doua- 
niers, gagne au sud veis Fourneaux, prolonge M<i(lmie-\\\]c, ancien 
bourg sur la rive gauche de VArc. Sur un éperon roclieux, le 
fort du Ueidalun et, plus haut encore, le Snppei/, communiquant 
avec des ballerics par des câbles at'riens jetés sur la valirp, défen- 
dent le débouché du tunnel creusé sous le Fréjus. Par son aspect 
iaternational, Mudane tranche sur li's 
autres localités de la vallée : Saint-.Miclicl 
et Saint-Jean-de-Maurienne, où vient 1 Ai - 
vanl. .Çni;i/-.l/iWif/-de-Maurienne, au di- 
bouché de la verdoyante vallée de Valmei- 
nier, que commande le fort du Tilégrnpiie. 
ouvre la route fréquentée du r.alibier, par 
le torrent de Valloire, vers le carrefour 
du Liutarel, d'où s'éloignent, à l'est, la 
route de Briançon par la tiuisane ; à l'ouest, 
celle de B..urg-d'Oisans-Gronoble par la 
Itomaih lie. 

Saint-Jean-de-Maurienne (3:^27 ha- 
bitants; fut capitale de la Mauriennc et 
conserve son évèque, avec une cathé- 
di-ale décorée par la libéralité des Char- 
treux : un cloitie aux arcades dalbàtrc, 
d'intéressantes collections y retiemlront 
l'archéologue. La Chambre est bâti à 
■iaO mètres au-dessus de la rive droite 
iWX'Arc. I,e dernier village que frôle la 
ririèrc, avantd'atteindre l'Isère, est. lijKC- 
Mle (rive gauche}, petit centre industriel 
qu'animent une fonderie, une usine dt- 
produits chimiques, de riches mines de 
fer, sous la crête qui porte les batteries 
complémentaires du fort de Monli-'ilbert. 
Cour» de l'Arc : environ, luO kilomètres. 



LA ROMANCHE 

Tiois glaciers unis en un seul bloc se moulent à la vaste dé- 
pression enclose par la liciche Mé-ane (;j7()() mètres , la lioche 
d'Alvau (W.i'i mètres), la Roche Faurio (371G mètres) et le IMc de 
Neliiê IÎCiK; mètres); leurs fragments disloqués s'épanchent vers le 
même contre, sous dos amas de moraines, et, du plus avancé d'entre 
eux, le f/larirr do lu l'hile îles A;/ncni^: une gi'otle ruisselle par un 



petit te 



it d^i 




Pranci 



c (lo Vl'AoUe. C'est le bei-ceau de la Ro- 
manche. Elle s'échappe du lac, déjà I - 

ili>s;iiile à ti-avers les gros blocs, piiiel au 
|Ms<.i-e le torrent du Clôt des Cur.ilr. .i, 
.111 il( l.i (lu lac Peijrc, rallie, sous le ehilei 
lie rAI|)o, son bras orienlil, la Cr.nnl,'- 
Mf/ue, issue du col d'Arsirn-v i;:;iiNiieii . > , 
ou puise, d'autre part, nu Imh.iiI ,lr la 
taiisane, affluent de la iJurau. e. Du t;l.i- 
I ier de l'Homme, du revers de la Meijo, 
allluent les eaux torrentielles. La Grave, 
I apilalo touristique do cos hautes vallées, 
il.iL.'e Ses maisons en espalier à 100 mètres 
.in-(le>>iis do la Romanche, dans un site 
,ilpe>iie ciimparable à celui de Zermalt 
et de Chamonix : la Meijc hautaine, entre 
les champs de glace du Tabuchet et du 
ItiUeau, barre l'horizon du sud. Presque 
aussitôt, après le torrent-cascade de la 
.Meijc et le saut de la Puecllc, le village 
clos FrcVux juche ses maisonnettes sur dos 
éperons de rocher, à l'entrée de la coiubo 
lie Malaval, mauvaise vallée à coup sûr, 
stérile et sinistre, creusée par la lUnnan- 
rhe entre les escnrpenionls du Platoa\i 
(le Paris et le glacier du Mont-de-l,ans 
>|ui n'a pas moins de 8 kilomètres de long 
sui 3 de largo, et s'incline en pente douce 
vers le torrent. l)u J'Inli-aa de Paris, où 

12. 



!38 



LA FRANCE 



iiuioilcut plusieurs petits lacs, la ravine du liif-Tord iiiéciphe ses 
cnux dans la Romanche par une cascade de 200 nièlres, auxroclies 
surplombantes. Au moyen âge, riiospice de VOche, fondé, dil-on, 
par llumbert II, servait de refuge aux voyageurs engagés par la 
combe de Malaval: celle-ci prend lin au hameau de Parizet, dans le 
iif-tit bassin verdoyant du Daunliin, on conlhie le torrent du Cliambon. 



plus loin, l'i'niiss;iiie des puissantes sources de \a. lUvc, la Snmine, 
VEauilOlh', ilniiv di'couiement de Belledonneetdes Sept-Laux. 

L'Oisans tonna jadis un petit monde à part : il s'étendait le Ion" 
de hi Itoniimchi', de Sécliilienne au col du Laularet; c'était le pays dt's 
Uceni; les Romains y insinuèrent une voie stratégique qui desser^ 
vait au passage les mines de Hrandes, en tournant le pronionloire 




ItientfH [larait le Ferrand, toiient sauvage dévalé du glacier des 
Quirlicf, dans le massif des Grandes- Rousses, et grossi, en route, du 
ruisseau de la Valette, issu des névés du Grnnd-Sauvn<je. Complè- 
tement dépouillée de ses bois, la combe supérieure du Ferrand 
s'allonge monotone jusqu'au point où le torrent, gonflé de toutes 
les eaux accourues à lui, se resserre entre les hautes parois schis- 
teuses et, comprimé dans un étroit canal, s'élance d'un bond 
de «0 mètres, en décrivant une couibe immenso dont les Ilots jail- 
lis, enten geibcsélincelanles. .. Il faut aller jusqu'à la chute du Ilhin 
|iour trouver un semblable fracas d'eaux mugissantes et de roches 
broyées. » (P. Puiseux, Annuaire du Club Alpin français.) Au-dessus 
de la cascade, C/fl'v7H,?élalesesriantes prairies ombragées de frênes. 
Puis le torr(-nt bondit encore dans une gorge eiïroyable où aucun 
sentierne pénètre, ponrattcinJreIay<</m»//c/,c, au-dessous du village 
de Miïoën, q\ii domine la vallée, du haut d'une terrasse plantée 
d'arbres fiuiliers, & 1 200 mètres d'altitude. 

I.e cours de la Hmnancltc csllmn en contrastes; passé le Froney, un 
jirécipice l'étri'i ni sous l'éperon des C.randes-Rousses, au fond duquel 
cm l'entend mugir sans lavoir, en jiassant la galerie de Vlnfrmet. Puis 
létreinle se desserre biusquement, et la /î((Hiff»ic//f s'épanouit dans 
la plaine fertile de l'Oisans, ancien lac colmaté, long de 12 kilomè- 
tres, large de 1 .'iOOàl 8(10 mètres, où viennent la rejoindre : le Vénion, 
gonflé de tous les lorrentsdu vaste amphithéâtre glacé des Écrins et. 



;sis. Ces mines de galène et de cuivre gris argeul 
fère, (.\| l.iiii .^ 1" iil-èlre plus tard par les Sarrasins, prirent, sous le 
l)au[iliiiis, inir - 1,111, !,■ importance. Une ancienne tour, dont les mui 
avaient 2 nirlrcs d'épaisseur, sur des fossés de 8 mètres taillés e 
plein roc, servait (b; fort au Directeur. Les mines argentifères d 
Chalnnckes, près d'Ailemont,au flanc du massif de Heliedonne.snr I 
coulée de \ Fan d'Olle, remplacent, depuis le xvni" siècle, i'anciemi 
exploitation romaine; des gîtes d'argent très rapprochés y ont él 
mis à découvert : certains minerais ont rendu 150 pour 100 de mêlai 
Outre l'argent, cette montagne contient le cuivre, le zinc, le nickc 
le cobalt, le soufre, l'or, le manganèse, l'antimoine, l'anthracite 
l'associatiofl d'éléments si divers fait de la montagne île Chahnch' 
un trésor unique dans les Alpes et peut-être au monde. 

Le Bourg d'Oisans, qui rayonnait sur le bassin de la Romanche, C' 
bAti, à 700 mètres de la rivière, sur le petit ruisseau de la y/nr, au pie' 
du Signal de Prégentil. Destravauxiinportantsontdùl'abriterconli 
le torrent de Saint-Antoine qui descend de cette cime, et, d'aulr 
part, des digues le défendent contre les terribles emportements d 
la Romanche. Au xn" siècle, la vallée entière fut recouverte parle 
eaux, le bassin transformé en lac, le Hourg en port intérieur, sous I 
nom de Suint-Lanrenl-da-Lac, qu'il conserva deux siècles durant. 

La chaîne de Bclledone pèse sur le débouché de l'Oisans : dans le 
dernières années du xn° siècle, elle ji-ta dans la vallée de la Roman 
che un quaitier de la montagne de V(ji((/è;ie; sous l'avalanche de 
rochers, de la terre, des gravieis et des arbres, la rivière s'arnM 
devanlun colossal barrage, les eaux refluèrent, engloutirent?! lOnn' 
très de profondeur des villages en'.iers, et la plaine de l'Oisans f" 
im lac, le lac Sainl-Laurml. Les montagnards se firent pèclieins 
mineurs, ou essayèrent de défricher le sid aride des environs. A I 
fin, dans la nuitdu l 'i a\i Kiseptembre 1219, le banago artificiel i|' 
obstruait la vallée de la Romanche, cédant sous la pression, saut. 

« Une masse énorme d'eau s'engoull'ia par le débouché dans 1 



LK; 



ALPKS. 



HIK'tNK 



13» 



poigo, luisant, eiiiporlaiil tout d.ins son cours furiinix : arbres, terre 
végétale, habitations, îles villages entiers, rasant la vall.e de Si'clii- 
lienne comme ferait un faucheur dune prairie unie, inondant Vieille 
et la plaine de lirenoble. L'/vre, arriMée dans son cours par re ter- 
rible débordement, rellua vers la ville el la remplit de s.-s eaux îV 
une hauteur dt'sordonnée. CViail la nuit; Orciwble regorgeait 



yuièir.i ne put enle 
après son nbjnratioi 
le château en i;i!t3 ( 



\" M.ilr; puis les Duuplilnsy résid.'reul. r.rs,li. 
■er la place aux culliolii|ues, mais devenu, 
, lieutenant général pour Henri IV, il acquit 
Ile transforma. Le 21 jnilleH788, les députés 



des municipalités delpliinoises, réunis, sans 
dans l'une des salles du clirtteau, sous la dir 



iistmrtion de caste, 
ction de Mouuier el 




d'étrangers, le lendemain élantjour de 
éperdue; les uns parviennent à ciiznc 
autres se réfugient sur les toiu .1. - 
haut des tours; un grand iiunili ^r 
de pierre, afin de fuir par 
est fermée, et, la 



Items .lu liM.ol, les 

I et des églises, au 

porte du pont 

■mont; mais la porte 

parapets du pont, ces 



malheureux sont engloutis. Le dauphin Cuigui-s VI eut grand 
peine à atteindre sa maison forte de Saiiit-.\lartin-le-Vinoux. 1 
(revit dans cette catastrophe la colèi'e du ciel et fit V(eu de se croiser. 
Par la rupture du barrage de Livet el récoulomoiit des eaux, la 
plaine de VOisans fut exhumée de sa tombe. Elle reprit sa place au 
soleil, el, redevenue féconde sous l'action de la chaude lumière el 
par les rudes labeurs des montagnards, elle se couvrit de nouveau 
d'habitations, de riches métairies, de jardins, de prairies, d'une vé- 
«étation vig.jureuse el variée. Cependant le sol a gardé des tiaces de 
cette longue stagnation des eaux. D'ailleurs la yfiH/«nc/ie n'a point 
■ibdiqué tout empire sur la plaine d'Oisans. Trop souvent, le torrent, 
gonflé par les eaux pluviales, surmonte ses digues et, redevenu ter- 
rible dominateur, il se répand dans la plaine, où il porte partout la 
désolation. » (.\. Albert, Essai descriptif de VOisans.) 

Des gorges de i^H'?/, où se produisit l'écroulement de la mon- 
lajçne de Voudène, la Romanche gagne Rioupéroux, Séchilienne, et 
ii'prend sa liberté, au confluent du torrent de Saint-Bart/iélemij. Le 
déversoir d'un petit lac du Taillefer lui arrive en face de Séchi- 
lienne; celui de l'un des lacs de Laffreij, à l'entrée du bassin de 
Vliille. Lnjfreii, sur son plateau exposé aux vents, commande le val 
«le \Ap,oinanclie; une plaque d'ardoise, scellée dans le mur du cime- 
tière, relate les [laroles que Napoléon I"", à son retour de l'île d'Elbe 
et sur le bord du lac, adressa, le 7 mars 1813, aux soldats du déta- 
chement envoyé à sa rencontre pour l'arrêter. 

Vizille {Vigilia', ancienne station romaine de la roule de Milan, 
garde le débouché de la Momanche. L'évéque de Grenoble en était 



mouvement qui 
aboutit à la réu- 
nion des Élals 
généraux de 1789. 
Napoléon, au re- 
tour de l'île 
d'Elbe, 

Vizil/e, au milieu 
de l'enthou- 
siasme général. 
Vizille est une 
villeindus- .i..viii> 

trieuse. Après 
Lesdiguières, les 

Créqui, les Casimir-I'erier ont possédé son clidleau e 
arbres centenaires. La Romanche rencontre le Dru 
course tourmentée de 78 kilomètres. 



LE DRAG 

Deux torrents, celui d'Orcières el celui de Champoléon qui i>uise 
aux névés du Sirac (3438 mètres), sur le revers du glacier de la l'i- 
lalle et du mont Pelvoux, forment le Drac ou Dragon, cours d'eau 
endiablé, vrai brigand dont les rapines s'aggravent de celles que 
commettent une collection de brigaiideaux dressés sur son iiindèle. 
Au iJrac-Blnnc ou Dr/ic de Champoléon, tombe l'/xsun/; uiic sninr,- 
intermittente, la. fontaine de Lait, hii apporte l'aflhix consi.l' iil.l. 
d'une eau blancluUre qui laqualifie. I.e llrac-Noir\\entd'Or( u i > ^ .|iii 
commande la vallée, à 1 SiiO mètres d'altitude, sur des penles pau- 
viement cultivées en seigle et oi'ge, au centre de hameaux épars.. 



uo 



LA FRANCE 




l.f! Haut-Champsaur ou vullre ilu Drac supérieur, depuis Sainl- 
r.omicl jusqu'à la source des deux torrents qui lui donnent nais- 
sance, a été malheureusement déboisé; le soleil du Midi brûle ses 
montagnes craquelées par le gel, labourées par les eaux lorren- 
lielles; le climat est sec, et l'été venu, cuisant. 

A peine formé, leBrae verse au canal de Gap 5000 lilresd'eau par 
seconde ; plus bas, au canal de Pant-du-Fnsso, 1 120 litres pour l'arro- 
sage du Bas-Chanipsaur, longue coulée d'alluvions torrenliflles dont 
les dépôts en terrasses, appuyés à l'est sur des calcaires Jurassiquis, 
vienii.rit buter à l'ouest contre le massif du Dévoluy. Avrc s. s f nU 
villagf-s, ses grasses piairies au milieu desquelles la rivière niiroile 
au soleil, celle plantureuse vallée du C'/ianijtsaurn'e.si pas sans beau lé. 
Par la Scvcraùse, qui puise, d'une part, aux névés du Sirac, de l'autre 
aux glacleis de la Piiatle et des Houies, la vallée du 'Valgaudémar 
(Valgodémar, d'après l'Élal-major) s'épanouit dans le Champsaur, 
presque en face du monlicule, qui, sur la rive opposée du Diar, 




porte les restes bien amoin- 
dris du cliàleau des Li- 
f/iiières, berceau de la famille 
du fameux connétable. 

Du confluent de la Sévc- 
rnlsse à celui de la Bonne, 
le Brac se tourmente au 
fond d'âpres défilés, sous la 
double étreinte du plateau 
de Beaumont et des racines 
de l'Obiou : le pont Bernard 
l'enjambe d'un roc à l'autre; 
celui du Loup relie deux 
parois sœurs, au-dessus d'un 
étroit de 13 mètres. Villes 
et villages s'éloignent; Corps 
s'élève sur une terrasse fer- 
tile, à 1 kilomètre de la 
rive; c'estle point de départ 
pour le sanctuaire de la 
Salette. L'une gorge où elle 
s'enfonce au milieu des bois, 
la route atteint les hauts pâ- 
turages où, le 19 septembre 
1846, la Vierge apparut, sui- 
vant une pieuse croyance, 
(|ue perpétue la basilique 
romane érigée dans celle 
solitude. 

La Bonne draine les nei- 
ges de roisans par les mul- 
tiples prises d'eau du Val- 
joiiffrfi/ et du Viilsriirslri-. On 
aj)iielle 'Valjouffrey la 
vallée ib- la Boi,„c, d'iMitraii-nies aux fonds de glace du pic d'Olan. 
La Chapel/e-eii-ValJiiuffrei/ loniir un gracieux tableau, enire la 
vallée de la B'nme et celle i\u 'Valsenestre, riante coulée de ver- 
dure et d'eau frairhe, (|ui déioule un npulent manteau de forêts où 
les pins sylvestres mêlent leur écorce rugueuse et ardente au gris 
des hêtres, à l'argent des bouleaux et au vert tendre des sapin.s. 
L'évenlail des torrents du Vaijoufl'rey, du Valseneslre et la Mal.sanne 
forme, sous Enlraigues, le Valkinnni^ proprement dit : alors les 
champs cultivés succèdent aux prairies, jus. piau puinl nù la Uanne 
se jette au Brac, à Ponsonnas. 

La .limrlii', so'iir de la Bimne, draine la iiaiile plaine lacustre de 
la Mnlhcysiiir mi ii- L'ian.I lac île LafFrey rh-iid, sur 3 kilomètres 
(II' Iniii; ri Sllll nièlres dr lar^i'. ses eaux poissonneuses, entre des 
l.oids semés d.' bouquets omln-Hux. Trois autres lacs appelés: Mort, 
l'cUilirL, Pirrrc-Cliàlcl, s'échelonnent, les deux derniers et le l.af- 
frcy vers I.a Mure, métropole de cette agreste région. Le Petichet 
présente la forme originale d'un cirur, avec pro- 
nioiiloire cntie deux golfes, el au centre une 
socle d'îlot rocheux que la sécheresse fait émer- 
gei. Le village do Pelkhet (chapelle romane', 
mJ.IIo di's lars. à !t:;o mètres d'altitude, domine 
un m.i-niiiqiH- horizon d'eaux, de bois et de prai- 
ries, qui' silliouelle, au ni>rd, le moulonneinenl 
dela('.liarlreuse,el conimand.iil. à l'est. W Taille- 
fer, plus au sud, VOIiinu. 

Sous l'afflux de Vlihrm, venu du sud à Iraveis les 
ccoU|M'> verdoyantes rt les rochers du plateau de 
7V/'r,-.,iiii.- ].'• Ii.rnhni à l'.'st et les escarpements 
,|ii \'r;. ..,^,'i l'on. si i.raiid V.'vmont, '23'»î) mèlres; 

il .\ii/iii!l,\.. . le /)rac tourne brusiiuenienlau 

nord, dans le prolongement direct de son tribu- 
laiiv, pass.' en vue de \& iVulle-hs-Bains, recueilli- 
la cascade: du ruisseau de Vniil.r, enlin s'élargit 
avant de pénétrc;r dans l'ancien lac de Grenoble, 
plaine fertile où lui arrive l'impétueuseRomanchc. 
La ^flUle et son château se grelTenl à une ccdline 
isidée au milieu d'un bassin vert (lu'arrose le 
ruisseau de Vnul.r. .Ses eaux thermales broino- 
cblorniées-sodiques, excitantes et loniiiues, jail- 
lissi'ut aux bords du Drac: une pompe les refoule 
à 1 oOO mètres plus loin, dans rÉtablissementdes 
bains, grâce ;\ la force motrice fournie par le ruis- 
seau dc! Vaulx, qui i)longe par une cascade magni- 
li.Hie d<' i:!0 mètres. 



LFS ALIM:s. _ LK UHÙM 



141 




La Romanche accroît le Drac d'un tiers : il s'élargit, enveloppe 
des îles basses, absorbe la Grosse, à défaut des sources de Rochefort 
dérivées sur Grenoble, et se r<''lrérit sous l'arcbe de Ponl-de-Claii, 
atteint l'Isère en aval de Grenoble, au pied des escarpements de la 
Gran Je-Chartreuse. D'un éliage de 40 mètres cubes, le Brac passe, en 
grande crue, à 1800 mètres. Ce torrent est terrible; avant le rejet 
de ses eaux à 3kiIomètres 1 '2, au-dessous de Grenoble, il inonda et 
(il souvent trembler la ville. On le dit flottable sur 11 kilomètres, 
mais rien n'y flotte ou à peu près; on l'utilise pour les arro- 
sages. Mais, si des barrages échelonnés resserraient dans ses 
défilés les eaux sauvages, ce serait un merveilleux producteur de 
force et de richesse. Cours : I2o kilomètres. 



LA DROME 

Il n'y a pas 8 kilomèln^s, Je la rive du Buech, affluent de 
rance, aux premières sources de la Drûmp qui Jaillissent :'i 
plus de 1000 mètres dalli- 
tudc, près du village de la 
Bùlie-des-Fonds. Sept lilels, 
qui la rejoignent à l'étoili'- 
ment de Vaîdrôme, la por- 
tent, à travers un défilé de 
10 kilomètres, au fond du- 
quel descend le Mnravel, son 
premier affluent. A 1 kilo- 
mètre 1/2 au-dessus de Luc- 
en-Diois, un barrage de ro- 
chers encombre son cours: 
en 1442, la montagne du t'/"/<, 
s'elTondrant, précipita dans 
la vallée des blocs énormes; 
l'avalanche, divisée en deux 
par un conlrefort,se répandit 
jusqu'à larivière et la coupa 
d'une double digue, en for- 
mant deux lacs de retenue : 
le grand et le petit lac, d'um- 
superficie de 300 hectares. 
Les Chartreux de Durhun 
<1'88) entreprirent le dessè- 
chement et la mise en va- 
leur des deux cuvettes lacus- 
tres : on ne leur en laissa pas 
ie temps; cinq ans après, 
en 1793, leur abbaye fut 
vendue comme bien natio- 
nal. Il n'en reste que des 
ruines informes sous un 
fouillis de verdure; le loye- 
mentduprieursert de ferme. 
La Chartreuse de Diirbon, 
fondée en 1116 par un dis- 
ciple de saint Bruno, s'éle- 
vait dans un vallon agreste 



et reculé, voisin de Saint-Juiien-en-Beauchône, sur l;i voie naturelle 
qui passe par le col de la Croix-ffnnte, de la vallée du Buech, affluent 
de la Durance, au val do l'Kbron, affinent du Drac. Entre Luc et Die, 
le B« aborde la Drôme. Die, ramienne Dca Augnsta Vncatitiorum, 
consacrée à la déesse Cybèle, faisait étape sur la roule de Vienne à 
Milan; de là son importance passée: ce fut, au x" siècle, la capitale 
du comte de mois \il9H habitants). 

De Saint-Auban à Crest, la Drôme vague de bassin en défilé, cueil- 
lant au passage la Sure, le torrent raviné du pittoresque Ponlaix, 
la Roanne, rivale du Bez; à Saillans, le Riousscc dans une gorge, la 
GerrajjHP (grottes et ampliilliéàtre escarpé de BeauFoi't). Crest ei son 
donjon commandent une campagne fertile. La Drthne, tantôt con- 
tenue par des digues, tantôt épandue sur des grèves et des cailloux 
arides qui feraient douter qu'elle existe, reçoit la Grenelle, son 
dernier affluent, au-dessus de Livron ; après quoi, elle se perd dans 
le Rhône. De vastes tenitnjres ont ('lé coniiuis par des digues rive- 
raines surla rivière, lie Cri^sl à la jolie vallée du Roiibion, la Forêt de 




LE MONT 



142 



LA FUANCE 




Saou groupe sur une longueur de 12 à 13 kilomèlres, une largeur de 
5 à 6 kilomèlres, une colossale corbeille de verdure, semée de ro- 
chers et trout'e de vastes clairières. Cours de la Drôme : 102 kilo- 
mètres. 

LA DURANCE 

Première étape, de In source à Brianam. — Si l'importance d'un 
cours d'eau se mesurait exclusivement au nombre de kilomètres 
qu'il parcourt, la Clairée, déjà longue de 30kilomètres lorsqu'elle 
rencontre la Durance, qui on a fait 8 à peine, devrait être considé- 
rée comme sa sœur aînée et, par suile, la source vraie du fleuve. 
Mais, si agreste que soit la vallée de la Clairée, entre les roches 
calcaires, aux tons chauds, qui rattachent sa rive gauche aux 
escarpements du Thabor, et les eaux jaillissantes, les lacs et les 
cascalelles qui babillent ou somnolent sous le couvert épais des 
bois de mélèze, cette fi-aîche coulée ne mène à rien. L'éperon du 
Thabor en barre l'issue et, pour en sortir, il faut grimper à des cols 
ouverts, comme celui de l'Échelle, sur l'àpre vallée d'où dévalent 
eaux sauvagi's vers la Doire Ripaire. 



le Genèvre à la suite de Charles VIII 
(b'i94), de Fiance en Italie. 

Ce prétendu col est une grande 
roulo, due à l'initiative de Napo- 
léon !"•, comme celle du Mont-Cenis 
etcelledu Simplon. Les Dauphins 
du Vipnnnis avai. iit fondé un hos- 
pice au s.uil il,, séparation des 
deux viis.iuls ; nu r;i;^randit. Il ap- 
partient au déparLc ment des Hautes- 
Alpes. Des gendarmes en occupent 
une partie, le reste étant concédé 
àun gérant, avec faculté de le trans- 
fi>rnier en hôtel. Jadis les pauvres 
y étaient hébergés gratuitement; 
l'Italie envoyait quelques subsides 
|Hiur li's nombreux ouvriers pié- 
iiionlais i|ui traversent les Alpes 
au début de l'hiver et reviennent 
chez eux, par celte route, avec le 
printemps. 

Le ruisseau qui ouvre la grande 
route du Genèvrr, entre le rocher 
.1." rAlpet(2313 mètres) et la cime 
(hi Chenaillet (2634 mètres), devait 
être la source de la Durance. II 
nait dans un cirque ouvert au nord 
et relevé au sud par le relief du 
Gnndran. à l'ouest par le riwnt Jamts 
ou Ch.itcau-Jouan (2 314 mètres). 
■ Il y a Sous le col du Gondran, 
dans un site charmant, parmi les 
i^.^j^ buissons d'airelles, quelques 11a- 

quesd'eautrès profondes, creusées 
dans les pâturages tourbeux et qui 
n'ont pas de déversoir apparent. Les eaux se frayent une voie se- 
crète à travers des moraines profondes que les prés ont recouvertes, 
et linissent par reparaître à 3 kilomètres de leur point de départ. Le 
lit du torrent ne parait pas d'abord; mais, en prêtant l'oreille, on 
entend sous les rochers le sourd bruissement des eaux. » (P. Guii.- 
LE.\nN, Ascension du Chaherton. « Ann. du Club Alpin français ».) 

Le seuil du Genèvre incline la Durance à gauche, par un asser 
brusque détour; elle happe la Clairée, glissant dans une gorge creu- 
sée à travers des poudingues de cailloux siliceux et porphyriques 
agglomérés par un ciment calcaire. 

Au confluent de la Guisane et de la Durance, Briançon groupe 
dans une attitude guerrière ses remparts bastionnc's et sa vieille 



Au contraire, la vallée de \a.I)i 
qualifié col, celui du Genèvre, 
où, depuis l'origine de l'his- 
toire, tous les peuples ont 
passé, après les sujets du roi 
Cnthiis, qui occupaient les 
deux versants des Alpes et 
dont le nom figure sur l'arc de 
.Suse, jusqu'aux conquérants 
moilernes : hordes gauloises 
de i^i-llovèse, Annibal et ses 
éléphants, Marins et César à 
la tète des lé^)ns romaines, 
Auguste, Claude, Domilien. La 
voie romaine du Genèvre di-.s- 
ccnilait sur Arles, où elle se 
soudait, li'une pail, à lagrande 
route du Hhi'.ne sur Vienne et 
Lv'in, de l'autre k la voie Hn- 
milii'nne, donllo cercles» ib- 
v.doppait, des Alpes aux Pyré- 
nées. Tliéodose aussi et, après 
les Romains, Charlçmagne, 
les nôtres enfin passèrent par 



' s epa 



d'un \aste plateau 



citadelle à la Vauban, 
teuis de la Croix de l'^^uh 
bent de part et d'autre sur 
pont d'Asfe.ld eiij.iinbc, ,1 u 
au fond duquel muli' l,i /lu. 

grande rue veut uuf l'm ,ila 
même, gr' 




'li'.iil |il;ilr,iu en contrebas des hau- 

1 '.'~,:\ iurii,> . dont les pentes tom- 

lo>>. s pi n|,.n(ls des deux rivières. Le 

■ ■ule arche de 40 mèli-es, le précipice 

". Contraintes par la cuirasse des rem- 

i s'élagent : peu de places libres; la 

comme un chemin de ronde. L'église 

aisseur massive, rentre par son aspect dansée 

cadre guerrier : Vauban l'édin» 

sur un baslinii qui commande 

1,1 rnuir (!.'(, inidlilr: la préoc- 

.■iipali..!! (le la d.lcnse y est 

cvidi'Ulr 7 SS.S haliilaillsl. 

Briançon est encerclé de 
l'its qui gardent ses appro- 
. lies : sur la Clairée, l'ouvraiie 
du rocher de ÏOlire et les bat- 
teries de l'Eulon surveillent 
1rs cols des Acies, des Thurc^ 
(le l'Échelle, par où passerait 
sans peine, sous un tunnel de 
3 kilomètres, une voie ferrée 
abiuitissant à Bardonnèche, si 
des considérati<uis stralégi- 
i|ues ne rendaient cette séparn- 
limi iK'c'ssniir; au nord delà 
|,|,i, , ,:, iMCiiniMicsd'altitudi'; 
1,1 1, ,|,,uie (lr-,.s,i/f«w. Contre 
l( s r.mtes du (ienèvre et de 
l'ignerol, les forts du Chdicnu. 
des Têtes, du Dauphin, tandis 



LES ALPl'S. — L!< UIIÙNE 



143 




qu'au premier plun, le fort du Itmidutiillcl il la rcdouLe d'Anjou 
ballent la vallée de la Cen'eyreltf, de conceit avoc X'Infernel, les batte- 
ries du Guiulraii et du Jatiiis, accumulées dans l'intervalle de ce tor- 
rent à la haute Durance. Au sud, losdébouclK's du col iiiulelier des 
Ayes et du_col carrossable tl' huari l, qui pcimelUaicnt de tourner la 
forteresse parla vallée du (iuïïTsont défendus par le fort de la Croix- 
de-Bretagne cl les ouvra-es d'avanl-garde écliclonués entre la Cer- 
vejTelle et le double passage: ouvrages de la Lmizette, ligne de la 
Grnmle-Mai/e, etc. C'ostunbérissementuniverselde toutes les crêtes. 
Mais,aurebours, l'Ilalien'apasmoinsforlilié sa Irniitière. I.,i coin 
mune de Montgenèvre possède, sur 
le plateau, et déjà en territoire ita- 
lien, des pâturages qu'elle loue aux 
bergers provençaux; les pentes du 
CltabertoH s'y ratt.iclient, puisqu'elles 
viennent mourir en face de Clavières. 
l'eut-étre pouvions-nous, lors de l'an- 
nexion do la Savoie, garder cette pai- 
celle de territoire et XaChnljertun ave. 
elle? Celte montagne, fortifiée d>- 
toutes parts, ti-ouée de casemates ei 
d'embrasures de canons, le Gibral- 
tar de l'Italie dans les Alpes, nous don- 
nerait moins de souci pour la défense 
de Brianron, car la dislance qui sé- 
pare les deux forteresses n'est qu. 
de 12 kilomètres 1/2. Or, le sommet 
de celle énorme pyramide calcaiie 
de 3135 mèires a élé aplani, crénelé 
(taries Italiens, qui, laissant subsister 
un pan vertical de la muraille ro- 
clieuse tournée du côté delà Franc, 
y ont ajust)^ la gueule de pièces :'i 
longue portée, logées elles-mêmes, :'■ 
l'abri de ce rempart naturel, dans des 
tourelles à coupoles. Ce fort du Cha- 
berton commande tout l'hoiiz-on, d.- 
la Durance à la Doire : le ravilailb- 
menl en vivres et munitions se fait 
par un câble transbordeur ainorié- 
au village de Césane et soutenu par 
deux postes de relai intermédiaires. 
Un chemin en lacets, h l'abii de nos 




coups, conduiluu somniel, par le lliiiic uurd-uuesl de la pyramide. Les 
millions ont été prodigués pour faire de Chaberlun une position offen- 
sive el défensive hors pair : batteries, redoutes, baraquements se 
hissent aux pointes, se dissimulent dans les crc\ix; la montagne 
entière semble un colossal afTùt à plusieurs gradins do canons. 

Dcurièiiie étape, de Brianniii à Embrun. — La Gtimne, la Gijronde 
et la Bini/sse viennent de ilrciile à la Thinnicc ; de gauche, la Orvcij- 
relloel le Guil. 

La Gulsane descend du cul de f.aularel, que les neiges d'hiver 
envelop|ienl d'un épnis manteau blanc, mais ou le soleil d'été fait 
éclore une flore s-ms égale; il y eut 
làsans doute un refuge avec un autel 
'nlt.iy'- d'Nlie.iloire, sur la voie ro- 
maine ,1e 1 ( ii>ans. L'hospice dumoyen 
,i-i', re, ,,ii..lniit jiar Napoléon X", est 
uiaintriiajil un botel. Par Monètier- 
les-Bains (ancien monastère de Béné- 
dictins, sources thermales) et le val 
boisé de Saint-Chaffrey, la Guisane 
conflue sous Briançon, presque en 
face de la Cerveyrelte. 

Les eaux du Pelvoux, du Glacier 
lilanc et du Glacier Noir descendent 
par VOmlc et le Gi/r, dont la réunion, 
en aval de VillK-Vallouise, forme la 
Gijronde. De belles forêts où les frênes, 
les sapins, les mélèzes se pressent, 
principalement autour do VAUcfroide, 
comme en un parc sillonné d'eaux 
vives el si'iné de clairièies vertes, au 
pied des sombres granités du Pelvoux 
soulevés d'un bond dans un envelop- 
pement de glaciers, s'unissent pour 
l'aire de cette vallée l'une des plus 
pittoresques des Alpes Dauphinoises. 
iJe toutes parts les eaux ruissellent: 
Villc-VaUiMisc, métropole rustique de 
ce petit monde alpestre, regarde vers 
le midi de la Durance. 

En aval de la Cervei/relti', le Guil 
ouvre la sauvage et pierreuse vallée 
du Quri/rns, dont l'aie se recourbe 
entre la Durance et le niont Viso. 



141 



LA FRANC R 




par Mont-Dauphin, 
Château-Qucyras, 
Aiguilles, Abriès, 
jus(|u"au pied du col 
de Valante, sur une 
lon^'ueur de îJ6 kilo- 
mètres environ. Par 
les nombreux pas- 
sages qu'il com- 
mande entre la Cer- 
veyrelle et TCbaye, 
de ce côté-ci des 
Alpes, et surtout les 
cols nombreux et 
faciles dont il est le 
débouché naturel, 
révenlaildu Guil est 
d'une importance 
capitale pour la dé- 
fense du territoire. 

Aussi les Oiiarirtte, 
qui faisaient partie 
de la confédération 
de peuples légie par 
Cotlius, se firent-ils 
habilement vuloir. 
Iluinbert II leur con- 
sentait, en 13'i3, une 
charte de franchise; 
les archives de Mo- 

lines, JeSaint-Véran, de Ville-Vieille, ont conservé jusqu'à nous ces 
anciens titres de noblesse du pays. Comme en Andorre, les archives 
de l'Escartnn du Quci/ras reposent Ma mairie de Ville-Vieille, 1 une 
des plus ani'ieniies cités des Alpes, dans une armoire de fer dont 
sept communes possèdent une clef, sans laquelle on ne peut l'ouvrir. 

Le Queyrasvit de son industrie pastorale et de l'émigration. On 
émigré du Qneijras en Amérique. Les fréquents passages de lioupes 
mirent le pays à rude épreuve: ce furent, au !■ Mi|is d.- i.'ii.miis de 
religion, les Barbets vaudois; Victor-Aniéil'' il l;. i \i \,. [in luit la 
guerre de succession d'Kspagne; les Ausli i^ ii !• -, . u Isl.'j. I. ■ Cail, 
en effet, rayonne, par lui-même on p.iis.- alilu. iil~. sur !■•< i ois Je 
Longet,deSfiinl-Vérnneli\'Agn<.l ou ,V A /n.lInAr , .A,\,-Vnl„„i,'.:, la ra- 
cine septentrionale du Viso, la Tnir,..,iir. 1, ,.,1 /,.;<,,,/;, (.lui de 
S^rtint-MnTlm (jui conduit par la vall. u Uc la (ici iiian.isi:a vii s l'ignerol. 

Mont-Dauphin, à l'entrée de la vallée du Gxnl, et le C/uHenu, 
Il aniorit de la combe de Queyras, au fond de laquelle le torrent 




roule seseaux claires 
sur des cailloux de 
marbre vert et rouge, 
entre des murailles 
infranchissables, 
gardent l'issue de la 
vallée. VaubanetCa- 
tinatfortifièrentsur- 
lout Monl-Dauphin, 
sur son plateau 
abrupt dressé pres- 
(lue à pic, au con- 
lluentdu Guil et de 
la Durance; mais 
l'importance de 
cette place a été fort 
amoindrie par le dé- 
veloiipement donné 
aux fortifications de 
Brianivn et l'établis- 
sement du camp de 
Tournuux. C/iiileau- 
Qiieyras, planté sur 
son rocher pyrami- 
dal, garde la combe 
du Guil, dont le pas- 
sage est miné : au 
nord, les ouvrages 
qui commandent le 
col à'hunrd; au sud, 
le camp de T'oiiraoï/.r, d('l'endeutriiitervulledolaCerveyretteàrL'baye. 
Embrun noue les monts du Champsaurh. ceux du Parpaillon, sur 
l'une et l'autre rive de la Durance. Juchée sur un plateau, la ville 
(3336 habitants) étage, à 100 mètres au-dessus de l'eau courante, 
l'amphithéâtre de ses maisons autour de sa vieille cathédrale 
du xn° siècle, de la tour Brune, étonnante de fierté avec ses 
créneaux et ses mâchicoulis, dans une couronne de jardins et de 
promenades qui ont pris la place des anciens remparts. On a 
déclassé, puis démantelé la place. Cité latine dès Néron et métro- 
pole de celte partie des Alpes, «aiViO/^rcp/Z/u fut son premier évêque 
au _iv° siècle. Sans parler des Vandales, i'j/iirim ne put échapper 
aux Lombards, puis aux Sarradiis, et passa, dans rémiellement ter- 
ritorial du moyen âge, sous la suzeraineté germaniiiue (ll'i'7). Ses 
premiers archevêques battaient monnaie. £')/(4n(n revint aux Dau- 
phins et, par eux, à la France. Lesdiguières la piil, Louis XIII rasa 
sa citadelle; en 1692, la ville se défendit héroiquement contre le duc 
do Savoie. Louis XI montrait 
une dévotion particulière à 
-Notre-Dame d'Embrun, dont 
la statue vénérée se trouvait 
sous un porche de la calhé- 
• Irale (le Jh'al), précieuscmeut 
'uné, entre des colonnes de 
Miai'bre rose; les soldats hugue- 
nots le détruisirent en 138ii. 

Troisième étape, d'Embrun à 
S,>in;m. — Afiluents de la rive 
droite : la/,Mi/fde(.ap, leljjiecli 
de Sisteron; de la rive'gàù- 
ihe : ÏUbaije. L'Ubaye se dé- 
roule à travers des pays bien. 
lilTérenls; nu nord, les cluses 
. alcaires dorées par le soleil, 
l.s aiguilles, les névés, 1ns 
. Iiaiiips de glace, tranchant 
>ur le vert des aroiles et des 
mélèzes (autant du moins qu'il 
.11 reste) sous le. cii-l cru de 
l'rovence; au sud-ouest, la 
liisse-Ubaye, avec ses terres 
11. lires, ses schistes arides, ses 
. alcaires décharnés, ses toi"- 
I. lits effrénés (le Hiou Bour- 
l'iux\ égayés çà et là par des 
Lassins de verdure, des pral- 
li.s Itani lonnette}etdesC0iDS 
^.,M-^allls (val du Hacliclanl). 
M s exposés que leurs voisins 



i,i; 



ALI'K 



Li: Il 11 ô m: 



1.4 :; 



JuQueyras au passage di's 
iioupi's, los habitants île 
Vl'O'V/e surent aussi liion 
■•UMi.Ire leurs frandiises : le 
comte de Provence, puis le 
comte Houïe de Savoie en fu- 
rent suzerains. François I" 
lia I Ti-fi/r à la France( loUi) ; 
le Iniilé de Càteau-Camlin^- 
sis^UiMO) la rendit à la Sa- 
voie, qui la laissa déliniti- 
venienl à la France au traité 
dTlreclit(ITi:{. 

En aval de Saint-Taul, 
dans une fiaidie couronne 
«le milèzes, le pas de la liri/s- 
jo/< suspend hs strates ver- 
ticales de ses schistes ardoi- 
siei-s, au-dessus de VCluii/c, 
qui glisse par une tissure de 
3 mètres. Tournoux esl 
proche : plus île huit cents 
marches taillées dans le roc 
vif montent aux batteries 
supérieures du fort; la mon- 
tagne ^vidée découvre des 
embrasures de canons, et 
cette épaisse cuirasse «le 
guerre se hausse en deux 
étages, jusquà I "itl mètres. 
C'est une sentinelle i>oslée 
au débouché du col de /,((rc/it> 

Jer.-lr</e/i/ièrpou de la Mn- 
|</f/ei;ic) par la vallée de 
ribayelte, dans celle de 
VUbaije (batteries de La >i: 

Ruche-la-Croix, de Malùmort, 
de la Tète de Virni/ssc 

•2780mètri'sl la plus haut perchée qui soiti. Le camp retranché de 
rounioMj peut donner la main à Mont-Dauphin, par le col de Vars; 
au camp des Fourches et à la Tinée, par le col des Granges Com- 
munes (Pelouse). 

I.e col de Liirche, le jilus rélèl)rc et le plus fréquenté de tous, dé- 
bouche parla dépression de la Madeleine sur la vallée de la Slura; 
du m«nl (l.nèvre au col de Tende, aumin n'est d'accès plus facih-, 
malgré laititmle fl 99.=) mètres). François I" y lit passer une armée. 
Barcelonnette , métropole de l'Lbaye (■2o3-2 habitants), est 





située dans un large bassin, au milieu «le |ir:nrii-s Ic-iiches où 
tremblent les saules et les peupliers. Les vill,i^ qui r.iii..iirciii i.'- 
moignent que «le nombreux habitants ih' 1"! lM\r si ml .ill. > .ii, i , h, r 
fortune en .Xinérique. «'1 ont ri'iissi. dans h- lriii|.^ mi Imm \ p<iii\,nl 
réussir. BuiceluniicUr i-~.[ lï,ini;ii>r ilrpin- 171.'!. .ipi' s .a.ui .i|i|'.ii- 

tenu à lîaymoud Itéim-ii I \ . r i. .|r l'i ,,\rii, .-. .|iii Im ilnuiici li' 

noju du berceau di' s:i Lnnill'-, il.iir.j ■. L;i I C'inhn.ili^. i.iiliiM' 

au xv"= siècle sur les bases irnni- lonr rniiMiih-. .illrslr l'aiicii'ri- 
neté de cette tranquille cité, el smu iiii|inii;iri('i' si.i I iim- «les Koiles 
auticiues les plus fréquenté«'s. I.,i /.m/r de (.a|i l'I lr /)'"((/( viennent 
de droite à la Durance, la première, du col lt<n/,inl. la seimoli-, «le 
celui de la Crui.r-Haiitr qui ouvre les «■onimiiNications veis le nnid, 
•e du Diac, La Mure el iJrenobIc. 
Qa;r,,nnr,-t„j,r.,lrSi^l<;:.n,ni Vrnhii. -Ei>iir l, rl.iiiièiv ,lii Ihiech 

une lin llll|i.JSelll les uinnl.. ,1,' /.HJ'C Jus.|n'a 11 , ,.ll 11 !!.■ Il I ,1e la Bldlir, 

Sisteron grnu|.e sa cilailelle, son église .\olie iiarne mi« siècle , 
ses rues montantes sous les arcs-bnulants (|ui maiiiliennenl lici;!- 
tenient des maisons et les défendent conlie les ardeuis du soleil 
prnvene;il 3 oTo liabitautsV C'est le Midi : l'olivier nuuiti'c son 
I iih 1- iiiMa^e. A droite, descendent à la Durance : le Jnbnn, la 
Largue, émissaire d'une source abontlunle, aux 
lianes des monls do Lure; la Lèza, issue du pro- 
inonloiro des monls de Lubérun, qui s'allongent 
en vue de Manosque. De gauche viennent à la 
liurance : la BliUnc VAsso, le Vcrdim. 
,j 1 -^ Le haut relief qui barre au sud l'horizim «le 

J lîarielonnette, ]>ar le som^net des Tmis-hi-rHi,-- 

M -1 927 nièlres), le mont Pol'it (.'JOrj.'J mèins «l 

* — 1 le Llln:^mer,l•l'l^^■'l mètres), lie en faisceau b^ssil- 

luiis de trois coins d'eau, la lih'unc el le Vfnlu», 
allluents «II! 1.1 Durance, le V'ir et son aflluent la 
r,:>n; («ippiisésau liachelaid dori'bay.-), qui dé- 
calent «■iiseinhle cl direclemenl à la Méditerranée. 
La Bléone (70 kilomètres), rivière de Digne, 
1 uulc à l'ordinaire peu d'e.iu dans un lit trop vaste. 
I.'.lsse, filet rapide, qui se faufile sur de larges 
Lirèves, comme la Bléone, entre des roches déclia r- 
lo-es, peut devenir terrible. Aucun aflluent «le 
l;i Duiaiiic; n'.'gali' l'iniumparalile grandeur du 

l.t 



uc 



LA FRANCn: 



Verdon. Le canon du Verdon comprend plusieurs sections, une 
première que suit la route de Castellane à La Paiud et dont Tintérèt 
s'atténue à mesure que le torrent s'écroule davantage au fond dps 
gorges où l'écho de ses mugissements rebondit d'une paroi sur 
i autre. Au hameau de llougon, la route s'écarte sur le plateau. Là 
s'enfonce, vers le sud, le deuxième abîme du Verdon, dans une en- 
taille gigantesque dont les pentes montent jusqu'à la route. Le 
villace'de Ln Pahid ouvre l'entrée du troisième caûon, le plus gran- 



" La vitesse de l'eau n'est jamais inférieure à 2 mètres parseconde, 
aux très basses eaux que nous avons eu la chance de rencontrer. 
Il C'était donc un vrai torrent de montaenes qu'il s'agissait de 
suivre. Les deux passages qui, autheviliini'im-iit, n'avaient pu en- 
core être franchis (celui de l'entrée nnnw '■[ !,■ Pas de l'Imbut, vers 
le milieu du caûon) ont requis une s..iiiiiii- .r.'iKi^if! terrible. La 
course a demandé tmis jdiirs d drnii d.- LiImui- |hiiii--21 kilomètres 
de parcours. Dès le pnMiihi' i:i|.hlr ri innii,. !,• |.iriiii,.rn)clier, un de 
nos trois bateaux démonlalili-s m imlr lui uns Imis de service; il 
s'ensuivit que moi et Armand pûmes seuls continuer la descente 
oints où l'on pouvait llotter), — que M. Janet et nos 
s iliiniil l'aire le voyage à pied (c'est-à-dire presque tout le 
nsqu'au ventre); — qu'en cinq endroits, de lon- 
!•■ \ a-it-vlent avec les deux bateaux épargnés fu- 
"'lu taiii- franchir à l'équipe entière des passages 




l-liarris (1 'i(l-2 
faut griiupiT au Jas d'Aire, au pied des hauteurs de Collet-Uariis 
la vue |)longe d'en haut, sur \ine entaille de 000 mètres que ferin 
la baume d'Escales; une pointe surplombe, à peu de distance, 
conlluentde l'/tr/i//»/ qui jaillit d'une fente haute de plusieurs cen- 
taines de mètres. Une piste en lacets descend au Verdon à travers 
les éboulis : le regard ose h peine sonder la profondeur vertigi- 
n'Mise; d'en bas, au-dessous de Guègues, surtout au dénié du Saillet, 
l'd'il se trouble sous l'étreiiilc des titanes<iuos murailles qui s'élan- 
<r-nl jusqu'au ciel. C'i^st du 11 au l'i août 191)3 (|iie fut elTectuée 
la première visilc rom[ilèle du grand caûon du Venlmi, par 
M. .Martel, en compagnie de M.M. A. Jaiiel, Le Couppey de La l-'orcst, 
L. Armand et dix aiixiliaiies des villages de Uougon et do La l'aiud, 
.MM. Illanc, Aiidiberl, Carbonncl, etc. 

" (jHOgraiihiquemenl, le Grand Cnmn du Verdon, du conilucnt du 
tr)i eut du liaus au tialeliis, a 21 kilomètres de longueur; celle por- 
tinn de son cours, dessinée sur les cartes uniquement d'après ce 
ipi'on pouvait en apercevoir d'en haut, est, plus qu'aucune autre 
vallée française du Jura, des Causses et même do toute l'Kurope, 
un véiitidde canon, semblable à (■•us di; l'Améiiqtie du .Nurd. La 
hauteur (les escarpements qui l'encaissent n'est jamais inférieure à 
:t()0 nièires; elle atteint par place OHO à 700 mètres, et les cimes 
Mionlaiineiises qui forment les gradins supérieurs do la vallée la 
diimini'ut même deOOOàl 100 mèties. La laigenr, au fond, est i)ar- 
fois inférieure à H) mètres. La dénivellation totale du courant que 
le Dictionnaire Joanne dit être de 200 mèties pour 20 kilomètres, 
soit 1 pourlOO, n'atteint, en réalité que 1ij:i mètres (de G03 à 'liJO mè- 
ties d'altitude^, soit une pente de7"',:j3pour 1000(sui>érieure àcelle 
■lu RhAne entre sa source et le lac de Genève, et à celle du Tarn en 
Lozère, 2""," 1 pour 1000). 



> U V E a D O N . 



à la nage. La première nuit, la cabane de l'Escalés nous recueil- 
lit au soir -tombant. Sans la |>erfeclion prolongée du temps et !•■ 
faible volume du torrent (au minimum d'étiage, environ 8 à 10 mè- 
tres cubes), nous n'aurions i)u réussir. Le moindre orage, gonflaiil 
subitement le Verdon, nous eût mis en position ultra-critique. 

« La seconde nuit fut passée dehors, sous un auv.Mit de roches, 
désigné par les coupeurs de bois comme étape du premier soir; l.i 
une escouade de ravitaillement, descendue de la r.dud par des i" 
chers garnis de cordes et de crampons, nous a\ait vaiueuieiil at- 
tendus toute la nuit iirécédenle. 

« Après de multiples incidents de chavirement, de chutes péril 
leuses dans les cascatidies, de portages teriibli's, parfois à plus tb' 
100 mèties au-dessus du torrent, la troisième nuit nous surprit, 
avec nos deux derniers bateaux crevés à leur tour, encore à troi? 
heures de la sortie du caûon; il fallut la passer à la belle étoile 
sans couvertures ni provisions, autour d'un feu de broussailles, 
séchant nos vêtements et nos menîbres trempés. Mais la nuit pariil 
courte, tant la scène fut sublime, au bord du Verdon rageur, en b.e 
des falaises si hautes et si ra|)prochées, que pas un rayon de I; 
pleine lune ne put nous atteindre, par-dessus ce rempart et malpi' 
l'impeccable pureté du ciel. Cette stupéfiante gorge du Verdun f.ii 
bien pâlir celle du Tarn dans la Lozère. Notre torrent des Basse; 



LES ALI 



Alpt'S a ilix ÉtroiK 
comiiio coiix tie la 
MaU'iic el vingt Pos 
deSoiirioù l'eau s'en- 
gouffre icumanlf 
sous lies Mors m- 
clioux! \ ihaiiue 
tournant, des voùles 
sur|il<unbenl en 
irtiimcj creus.'es i«ar 
les remous, avec des 
reflets verts élinee- 
laiils { Baume -aux - 
Pigeons, grolle d'ij- 
Mieraude, etc.); 1'" 
courant s'y luise en 
tourbillons ilan^'e- 
reux, difficiles à 
éviter. Deux d'entie 
eux furent bien près 
de nous i^lre fu- 
nestes. .\rmand, sous 
mes yeux, l'ut re- 
tourné dans leau 
avec sa barque, qu'il 
sut cependant lirer 
conjoinleuient avei- 
lui-mèuic liiMS du 
courant furieux. 

« l.e Grand Caiiou 
du VrriliiH est une 
incomparable mer- 
veille, ce que je ron- 
Inais de plus admi- 
rable en France, 
beaucou|) plus gran- 
diose el plus extra- 
ordinaire que les 
canons des Causses 
et de l'Ardècbe. Pra- 
tiquement inacces- 
sible en l'état actuel, il soi a 
malheureusement (ou plutôt 
heureusement pour la prései- 
vation de ses beautés impos- 
sible à am>-iiai;er : mi lii.ii 1rs 
chemins el rouiras di-vraiml r-iic 
établis trop haut puar voir, cm 
bien ils seraient emportés pai 
les crues; il en coulerait (lr> 
millions pour rendre ce gruinl 
Canon visilable, sans l'abîmer. •■ 
E.-.A. Martel, La Nature, 
17 mars 1906.) 

l.e Verilon naît à une dou- 
'.aine de kilr)inètres au sud de 
Itarcelonnetle el à 'i ou o kilo- 
:n''-tres seulement des sources 
le la Bléone. Il descend au sud. 
iar le versant du mont Pelai el 
ion loin du lac d'Allos dont b- 
lévei-soir souleirain du Cliabai- 
jlin lui aiqiorle les eaux, puis 
ile par Co//;iars,. Saint- .\ndré-de- 
«léouillcs, Cnslellnnc, Qnin^mi, 
l>i'-oulx, au conilucjit du Cn- 
'"«'■(•, venu de liiez. Le lac 
|rAlloa, à 2237 métrés d'alti- 
I iide ,j»u kilomètres de tour. 
' DtJ mètres de Ioul', •'■i'h ■!'■ 
arge; profondeur '12 à : J m, 
res), dans un cadre dr I i i 
le montaj;nes et de p.ilui i-. 
emésde feimes et de hannaux. 
•ITre le charme d'une fraiclu- 
etraile alpestre, sous le ciel 
iu Midi. Calmars, son nom le 
it (colline de Mars, CuUis 





Mnrtis), fut occupé par les Ro- 
mains; les cliréliens édilièienl 
sur les ruines de son temple une 
it;lise à saint Pierre, lîaymond 
'le ïurenne, en l.'tUII, réduisit 
la petite ville en cendres ; au 
w ir siècle, la France en lit une 
pl.H r lie guerre: des S'emparts, 
.lis |M.rles (lan(|uées de toui's, 
• les lui Is appuient la défense sur 
le Vn-fliiii qui roule entre les 
miiis d'enceinte el les pentes 
.-..Mipèes de la (Jardette. Des 
l'i.iiii.s s'étendent à l'est, vers 

1 ' ii'ile vallée où la Lniicc bou- 
illi III cascade sous une voûte 
de verdure : au fond, de 
iliaiinauts petits lacs, blottis, à 

2 ")IM) mèlres, dans des coupes 
||.-,■l/.|.ll.all|.il■,l.lu^•rom/t•";/cr 

271111 nn'li IV- . Nul paysde mon- 
l.i-iii- ne lui plus dévaslé et 
ii'iilVii' lies aspects plus arides 
.|ui- |.' haut relief du Oucy- 
i;i., ili ^t^.aye, de la P.lèone et 

hirie des li.MvnIs. 
Castellaneenlim |.,i.--.- -nei- 

,,,,,■: ...^ VI. .JM,..; lullls, >,es lllll- 



,1,1. I.r pai' le l'm/.m, la cité 

>,i, Irions fut relevée au 

i, , le par un certain Valenti- 

s, ap[iarenté aux princes do 

slille, qui donnait la chasse 



lis 



LA FRANCE 




aux Sarrasins de Provence. Le roc qui groupa la nouvelle villi' s'^ip- 
peUi Petra Caslellana, d'où Cnsicllane. Elle repoussa vicloricusciuciil 
les troupes de Charles Quint [UJSG), et cinquante ans plus lard 
éloigna: l.esdiguières, grâce au courage d'une liéroine, Judilh 
Audran : Cnstcïlane en fut surnommée la Vaillante. l,e roc qui domine 
la ville a 180 mètres de hauteur: une chapelle le surmonte. Aux 
environ8,-les rochers-forteresse de Cadières (1 320 hahilanls). 

Ciruiuièine étape, du Ycrdon à l'embonelnire. — La Durance poursuit en- 
core son travail d"érosion et de ci'iiiM'in'iil : il'nu lias-in à l'autre, 
elle court, elle se démène dans 1'- .!■ in- - im I n- i lhI, d^rl cl 
vagueà safantaisie dans les clairi'i'- 1' - m i-ii~l m^ |ii illi' aroiu- 
plii'S de Sf'S alluviruis Son rarncli'i .-, .■>-.hl m IL- ni l..ii mlicl, .jù 



rance ui 
G kilom.- 
au xn" sii 
qui nnii^ 
l'un ,les 
CarnU/n:. 




en partie à la dénudation des montagnes, 
afl'ecte sa penle d'une manière variable: 
elle descend de 11 mètres par kilomètre 
l'nire Brianron et Embrun, de 4 mètres 
< nire Embrun et Sisteron, 3 mètres entre 
celte ville elPerluis, en aval du Verdon. 
Déjà échappée à l'extrémité des monts, elle 
efllcure, en passant de la Bléone au Ver- 
don, les obélisques et les pyramides des 
Mies, squelettes de roches calcaires, par- 
fois siliceuses, dont le noyau, durci par un 
ciment naturel, a pu résister h l'érosion : 
vous diriez, au-dessus de la Burance, les 
hérissementsd'un Monserraten miniature. 
Cependant la rivière se donne du large, 
serpente au milieu dc> pierrailles, enve- 
loppe des iln|> I-, !.. ,|(,nt les saules 
plongent leurs i .irm. >,|:ims Ir courant. Les 
villes s'éloigncnl de la iJiinnice capricieuse 
et changeante : à droite, Manosqne qui s'at- 
tache, à 5 kilomètres de la rive, aux flancs 
du ninnl d'iir. escaladé par les champs 
ir.ilivi. r-: ,( L'.Mirli,'. Crtmix-les-Babu, dont 
l< - . ,iii\ ,i|ipir. |. , > (li's lioniains, remises 
en lidinnin p;ii- les Templiers, attirent 
cliaiiue année une nombreuse clienh'le, 
dans un site agiesle peu éloigné du Verilen. 
Sous la poussée de ce puissant tril'u- 
taire, la Durance t<iurne à l'ouest. Au-des- 
'"■'"''■ sous de J/ïroÎMii, d'où tire son origini' la 

famille du puissant orateur de ce niun. 
voici, à l'écart du fleuve et de ses ruineuses 
Per<»i'«,surlaLèze; Cadenet, qui, du penchant d'une colline 
par les débris d'un vieux manoir, étend jusqu'à la Du- 

pl.ii Miivcrte de mûriers (dans un site admirable, à 

e-, l'un ieiiue abbaye cistercienne de Silvacane, fondée 
le |i;ii' 1^1 h, nid des Baux et l'une des mieux conservées 
-Lui .le , ,■ i,-u;|.~ : Or./,,,, I i\e :.■:,, leli. ■,],, ut le château. 

In- |m|1, ,|r l'i., vnrr, i.nnpl,M-,nl un .ji/iidiim gaulois; 
i\r ,]|-,,il,' , -nn ,iie ,].■ |in,ni|ihe,>.ni (VliseSainl-Véran.seS 

u\ .•nviroiis : t,,ii.U:< t,us|jcnd au pied de son château 

e. (litre deux ravins embroussaillés d'oliviers, la cascade 
.!->es, de ses figuiers et de ses maisons aux pentes des 

i.nn liisc. In ravin sauvage abrite, au cœur de ces mon- 
tagnes, l'antique abbaye de Sinan- 
quc, sœiir de Silvacane, fondée au 
xii" siècle par un évéquc de Cavail- 
Inii ; du sentier caillouteux qui 
;;rim|)e àtravcrs les taillis sauvages, 
Il vue découvre le Cnlavon serpei:- 
l.iiil à travers des terrains d'ocré 



val lé. 



Apt e.sl la cilé , 
Jules César lui donna son nmn, 
AptaJulia, et Auguste la favorisa. 
Tous les barbares y dénièrent. Elle 
eut des évè(iucs, dès le n" siècle. 
Il nu sol prodigue, Ai-t (6 3;jti lia- 
l.il.iulsl sait liier parti : ses fruits, 
n..u:;.ils cl eniililures: les ra'ieiices 
,irli^lh|ih..s. re\pli.itatii>ll du Iliar- ■ 

hv JilUUe. le- llliues d'iK'l'e, une 

mine de soufre, lui valent une 
fortune (environs charmanls; as- 
cension du Cirand l.ubéroii'. liai- 
liriiliiiie, an pied de sa montagnelle, 
lut une ilc, (|iian.i la Ihirance déver- 
s.Ml dans le grand golfe du llliôno 
ses tdiieuts d'eau boueuse el ses 



(;ii lli S lia 


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roc, 


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lii'aïuena 


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VC .lu J{' 


»/'"■• 




slribue 1 


l vil 


aux 



LES ALPES. — LE IlIKtM 




campagnes qu'elle parcourt : ce ne sont que canaux danosaçe, qui, 
d'ensemble, lui prennent 82 mètres cubes, sans qu'elle en soit 
épuisée. Son étiage extrême étant de 40 mètres cubes, les plus 
fortes cnies de 9000 ;'i 10 000 mètres, on rêve de lui emprunter 
encore. Son flot, tantôt limpide, tantôt bourbeux, suitout au prin- 
temps et à la fonte des neiges, transporte par an 18 millions de 
mètres cubes de matières terreuses qui, d'apiès M. Hervé Mangon, 
contiennent aulant d'azote assimilable que 100000 tonnes de gurmo 
etaulaiilde carbone qu'une forôt de 50000 hectares. Or la plusgrande 
partie va au Rhône et à la mer sans profit. — Cutirs 'à'60 kilomètres, 

DELTA DU RHÔNE 

Dans l'estuaire où le /(/<');i.?elia/><<r'/»<y,aulirf., 
dus, déposaient leurs troubles, des îlots, des ■ - 
'•mergeaient au-dessus des eaux vagabondes, .1 - 
fl des lagjines qui, réunies sous l'afllux des eaux, lui lu.iiiiiL une véri- 
table mer intérieure à l'abri des lidos sablonneux roulés sur le front 
du delta. L'homme vint, accrocha de pauvres Imites sur les écueils ; 
aux bourgades primitives qui vivaient de chasse et de pèche, se sub- 
stituèrent des établissements plus stables; eni:n,ce furent des villes : 
Avigitun, suspendue au rocher des Doms ; ^l rifs, sur son modesle pla- 
teau; CVyr</c.5,J/-/nr)/(flyy»r, sur leurs socles inveslis de tous côtés par 
les eaux. Des chartes des xii" et xni"= siècles lapporlent qu'on ne 
pouvait aborder à ces îles qu'en bateau. Vers la (in du xvin" siècle 
encore, les pèlerins, pour atteindre jl/on/m^yrtî/r, devaient s'embarquer 
près d'.Arles, traverser les étangs, poursuivre par d'étroites levées 
que coupaient de dislance en distance des ponts de bois, pour la 
défense. Tout cela est bien changé : une bonne loulc a remplacé les 
levées de fortune, des prairie s et des champs sillonnés de canaux 
ont surgi des étangs. Mais, au vni' siècle, lorsque l'invasion sarrasine 
déchaîna sur le Midi de la .Narbonnaise et de la Provence ses bandes 



nifnt 


épan- 


.-,.1 


teaux 




lanles 



Fn^ 



de pillards et d'incendiaires, dont les exploits dépassaient en féro- 
cité stupide tout ce que les populations avaient eu à souffrir des autres 
barbares, Cordes devint l'entrepôt général des prises faites à Héziers, 
Nîmes et Arles, par les Sarrasins. Hien que l'altitude de cette plate- 
forme rocheuse ne dépasse pas 60 mètres, les pirates n'eurent pas de 
peine à en faire un camp retranché presque inaccessible. Aujourd'hui 
encore, bien que les eaux qui l'enveloppaient se soient retirées, 
l'accès de cette citadelle naturelle n'est praticable que du côté sud. 
Des restes de rem|iails sont soudés au roc; une t^i.illc n.ilinclli! 
ouverte càriuléiiciir, b' 7'rinides Fi'es, a suscité de Iiii iM.^ |. ..nJ.^s. 

Le roc lier (le Montmajour (hiow major, mont pniM ipil n |m i.lu 
la colonie de Bi-uédii:lius qui en avaient fait un aMlr (l.> |. Uns et 
de l'humanité en pleine barbarie. L'abbaye datait, pour le moins, du 
(emps de Cliarlemagne : une tradition en lapporte la fondation ;'i 
saint Césaire. Les bâtiments claustraux, en reconstruction au mo- 
ment de la Révolution, ne sont plus qu'une carcasse lamentable 
ouverte à tous les vents. L'église abbatiale, d'une belle ampleur et 
romane par le style, repose sur une vaste crypte; tout à fait au- 
dessous, ouvert en plein loc, un oratoiie primitif évoipie, par sa 
fruste ornementation , les premiers sanctuaires chrétiens. Le 
cloître profané, plus ancien que celui de Saint-l'aul du Mausolée 
(Saint-Rémy) est une traduction simplifiée de celui de .Saint- 
Trophime d'Arles. 

A l'origine, r^raseon fut une île i8 6.S0 habitants). Beaucaire, 
sa rivale, sur l'autre rive du Rhône, piit, de sa situation au bord 
d'un grand fleuve accessible aux navii'es par la lagune vive, une 
importance commerciale exceptionnelle. C'était, au moyen Age, le 
Nijui-.Xovgorod de la France : ses foires exerçaient un attrait 
universel. Dans ses ba/.ai s improvisés, les riches étoffes, les armes 
damasquinées, les vases précieux, les épices du Levant s'échan- 
geaient contre les huiles de Provence et les vins de France, les sa- 
laisons de l'Ouest, les peaux et les diaps du Nord, l'ambre et l'élain, 
les oranges et les métaux d'Espagne. C'était, autour de la cité mar- 

13. 



150 



LA FRANCE 



cliande, un va-et-vient incessant 
d'embaications. Les navires de 
faible tonnage y abordaient par 
le neuve ou par le chenal des 
étangs. Deaucnire n'a pas sur- 
vécu à ["enlisement de sa lagune, 
et surtout au progrès des trans- 
ports par voie ferrée. 

Arles, porte ouverte du Rhône 
sur la miT. fut avant Beaucaire l'in- 
terinùdlaire naturel et nécessaire 
entre la Gaule et l'Orient. Son ori- 
gine se perd dans la nuit des temps. 
Marseille ne fut que son héritière 
et Korae même ne la dépasse pas 
par ranoicnneté. On ne peut hasar- 
der de cliilTres. Les Phéniciens y 




C R V 1' 1 E D i; M G N T M A J O 



lihone en effet charrie en moyenne 
17 millions de mètres cubes de dé- 
I"'t par an. Si Ton admet que le 
tirrs au moins des alluvions s'at- 
liihe aux assises du sol en forma- 
linn, la masse annuellement en- 
:jl-lirr dans le délia du fleuve ne 
-I rul |. i< inférieure à 4 millions de 
1111 liv, . ubes. Pour maintenir libre 
i M. . ^ de la mer, il n'existe qu'un 
iimyen efficace : la drague auxi- 
li.itrice de l'endiguement, ou l'ou- 
vii-lui-e d'un chenal maritime dou- 
lilimlla vnie tluviale. C'est à ceder- 
iiici- ijaili qiir Mnrius devait s'ar- 
iitii\ s^.'s sid.l.its creusèrent un 
.iK'iial qui, lin lUnine d'Arles, dé- 
bniiiliail dans le golfe de /■'os, par 
Irgrau de Gnléjun: cela s'appelait 
\r Canal lie Mnrius ou Fossae 
Marianse; de là, le nom de Fos 
qui a survécu. Ce port terminal, 
uuvert sur une grande rade toujours 
Tuuici. accessible, devint un faubourg ma- 

ritime d'Arles : il recevait les na- 
vires cliargés de blé venant d'Ostie, 
et ceux-ci remontaient à travers 
p des Romains. Les calculs de Maiitts se trou- 
I lie terrible hécatombe de Barbares il fit dans le 



dloiiie, partis de Pliocee sous in. cund 
pris terre dans une crique de la côte 



te dLuméne ^ou Pruti 
, une députation d'entr 



Nannus, dont la fille Gyptis, séduite 

]i 11 1 _ ! ; i II ' r il -; Phocéens, le choisit pour époux et 

fii^ I- colonie massaliote. 

I! .1 -C. pour relever un fait précis, digne 

di I: _ 1 :, , : !- i ; : ;ii-i 1. ;. Mai'ius, envoyé de Rome pour barrer la route 
aux Aiubro- l'eutuiis, eu uiarclie sur l'Italie, établit ses légions sur un pro- 
montoire avancé des Alpines, au-dessus de la plaine lagunaire, vers le 
point marqué par l'ancienne cité d'Iù'inii/imnn, aujourd'liui Suinl-Galiriel. 
De là, le général r.iiiiiuii |.i.iivail sans Vi-qnr \nii- Mnjr I. - r.ulMn-. r| 
fondre sur eux au pa-- '^.v l'a-qu il jUL'irail !.■ ukiIh' ni l , .i a., , \l n-, -i 
la Camargue, riche al.ii'- m ii.iliir iLi-, ii'iii\ail Mil. x.iiii l . i,; ' n .I-- l.i 
cavalerie romaine, le l.h-, I'- aian ■-, l.-< iiiiiiiili.ai- n-' p ■u-, umiI \' iui' que 
de Marseille ou de Rome. La nécessité s'imposait donc de mainlenu- libre, 
avant tout, le chemin de la mer. Or l'embouchure du Itliône était, dit 
Plutarque, obstruée i)ar des boues profondes, comme il arrive pour les 
neuves à d.-lta rpii d|-a)uuclient dans une mur sans marée snriisanle. Le 



de la mer, Arles communiquait par la batellerie 
n- de la Gaule; av.,- Mu-, ilh , lllalie, la Grèce, 
toujours libre : relu ■■ il nll- m- fi toutes les cités 
i lagune parles enih u'. ihnis |rj;rres (l) des «(W- 
lulement une riche et puissante cité. Ausone dit 
\ ports : l'un sur le Rltôiie pour les nautoniers du 
'ur les navires et les radeaux propres à la circula- 
|il.- Hi.tl.' Ilnviali'. maritime et lagunaire, mouillait 
-. \îi-M. l-a-qur ij-ir dut assiéger Marseille, qui 
il- l'.iiii|i.i , -.11 m il 47 avant J.-C), les chan- 
II uir^iiM- i|r lui liiuiiiii' 1rs navires de combat dont 
quiT le port marseillais. Les mariniers, le peuple, 
luipaient autour de la ville oflicielle, mais princi- 



le du fl/io 



compta, I 
grecque ilr 
sans l'ellar 
dirigeait su 



taille n est 



vaste groupe marchand dont 
m diminutif très réduit. Arles 
liiliitants. Celtique d'origine, 
111 uni- modifia son car.ictère, 
■, m litre ilu midi de la Gaule, 




de possession : le nom même de la 
ville fut modifié : elle s'appela désor- 
mais Çidniàii JtiUa, l'aleriia, Sejiano- 



■a]r fn 



des an- .II' In p 

.arènes, .Ir- Uni uu- luri ut cIia.-,- : ilii;\ 
aquedno .uuru. ii ut f s rau\ cl un- 
du petit massif des Alpines et celles de 
la Durance; la fontaine de Vaucluse 
fut aussi mise à contribution. 

Du jour oii Constantin /e Grand, 
lui donnant le |ias sur liy/ance et sur 
Rome, fit d'.lc/i-.s- mi n^idence ordi- 
naire, cette ville fut alors vrainieni, 
durant une certaine période, la capitale 
du monde civilise. Cunstanlin III, Va- 
Iriis. Grrille», //n»0)v'»,ï y résidèrent. I.n 



philheàtre unr li-it. i- --r iluil Cliarl.- 
Martel les cha-- I. l'ui- cl, ni, uin;ii. 
après im retour .illrn-il ilr la pira 

|iii. 1 M.iliii-iru rendit à l'ancienne 
|,i..\i,i 1 ilii H, is-Rhone sa personnalité 
liiihh 11,1 in fit un royaume pour 
lîoson, beau-frère de Charles le Ch.iuve, 
et Arles fut sa capitale. De la lin 
du IX" siècle au début du xui", le 
royaume d'Arlea, ajusté i\ l'filat de 
lloiM'gogne lisjurdnc, puis Trniisju- 



(n Allèttcs po 



outres gii 



LI-S ALPKS. 



LE riiônf: 



l;)I 



e au Forum, au centre daiiuél 
de Constantin. L'ossature de 



«ne, coiupla quinze souverains sur 

lesquels le suint Empire romain lier- 
I manique rovomliquait un droit de su- 
I leraini-tf. I.:i inaiMUi de linn-elime. puis 

celled .l'iyi.iiliiir.nt le comté de Pro- 

venoe p.'iir im i:i.it llNiv. av.-,- M.,- 

pour capilale. Par Charles du Maine. 

neveu de Roué d'.Vnjou, qui laissa le 

eomié lie Protence au roi Louis XI, 

Arles devenait française. Henri IV 

voulut être proclame dans eette ville 

et prit, comme Louis XI, le titre dis- 

tioctif de coinle de Provence. 

La ville d'.Vr/M. résidence de 
l'empereur romain, des hauts ma- 
gistrats, des patriciens et des fa- 
millesopulentes, s'élevaitsurlarive 
cauclie du Rliône. Au premier plan, 
une porte numumenlale couron- 
nait, à son entrt^e dans la ville, la 
Via Aurélia, en regard du beau pont 
jeté par Constantin, de part et d'au- 
tre du faubourg de Trrnquetaille, 
sur chaque bras du lleuve. Le 
palais impérial, vraie cité dans une 
autre, dominait le fleuve de sa ro- 
tonde terminale et s'ouvrait à l'ouest 
par un arc de triomphe de grand 
intérêt, qui subsistait encore sous 
Louis XIII. Les consuls arlésiens 
de 1743 le jetèrent bas, pour élargir 
une rue! Le palais, dit TroZ/ifl ou 
Trullium, comme celui des empe- 

I reui-s de Byzance, s'étendait du Ww 
s'élevait une colonne en l'honneu 
briques des pavillons (jui composaient le palais disparaissait sous 
de riches parements. Un concile y réunit (3i'i) de très nombreux 
évèques. Après les empereurs, les Goths et les rois d'Arles, Alphonse 
d".\ragon, Raymond HérangerlV l'habitèrent. Si l'on n'avait à temps 
réparé la rotonde qui commande le Rhône, ce vénérable témoin de 
tant de choses ne serait plus qu'un souvenir. 

Le Forum demeure à la place qu'il occupait; son nom même a 
survécu, et les flâneurs n'y manquent guère, bien que le rendez- 
vous des Arlésiens soit à présent la promenade dos Lices, aux 
magnifiques ombrages. Deux colonnes de gianite, soutenant un 
fragment de fronton corinthien, font lornement du Forum, h l'une 
de ses extrémités; mais ce sont les morceaux détachés d'un monu- 
ment détruit. Des portiques 
ornés de statues entouraient 
la place : on en retrouve la 
racine sous forme de gale- 
ries qui se prolongent, des 
soubassements de l'Hôtel de 
ville jus(iu'aux caves du Col- 
lège. Sous la cour de cet éta- 
blissement, une arcade avec 

' nichesetcolonnescannelées 
rappelle probablement hit- 
ancienne Basilique •ù - 
rendait la justice. 

Attenant à l'Hôtel de mIIc 
voisin, le Palais de justice 

1 du moyen ûge, dont on a fait 
une prison, conserve, à côté 

Ide sa porte d'entrée, un cu- 

I rieux vestige d'autrefois, le 

I banc de pierre d'où le juge 
publiait ses arrêts et sur 
lequel le viguier et le gou- 
verneur de Provence ju- 
raient par serment de res- 
pecter les franchises de la 
ville. 

Dans l'attraction du Fo- 
rum se groupaient les tlun- 
met. les temples, le théâtre, 
les arènes et, sur la décli- 
vité qui descend au fleuve, le 
irand Cirque, dont la Spinn, 




obélisque d'un seul morceau (Ui^.bO) taillé dans le granité gris de 
l'Estérel, a été retrouvée, en 1389, dans le limon du Rhône et érigée 
par Louis XIV (167b) devant l'Hôtel de ville, sur un piédestal 
nouveau (les quatre lions datent de 1828). 

La Major, basilique de Sainl-Tropir!me,api is la plaie d'un temple, 
peiit-èli-ed'une partie <lu Piétoiro. Le tlunlre, tout proche, l'orme avec 
lesan'iies un enseiuble monumental de belle apparence. 

L'amphithéâtre, dans sa robuste simplicité, est vraiment une 
œuvre romaine. La jiassion des spectacles sanglants, qui éleva le 
Colisée, dota .N-lihe. ~ >.inliUibles les grandes colonies du peuple 

romain. Le C. h- •■ \ \ ni ron tenir plus de 100000 spectateurs, et il 

était toujours plein : jamais la férocité antique, son niéjirisdu faible 
et du captif sans défense, ne lruuv;i cadre pareil pnur eetle inslilu- 
lion de meurtres continus que l'ini a|ipelail les Jeux île rainplii- 




< s LES AKÈNES 



lo2 



LA FRANCE 




l!i.-ùlie. \.(' rrr 


•/'->/ -Tilns iiia 


iLMiia !•■ CmI 


-«'■«^ l>iriine séi-ie de fêtes 


OÙ ilosniilli^i- 


!,• 1,.-.|..~ IVrnr 


.. l!lll,lll^.l;i 


li il' ui-souesclaves furent 


mis il mon. Il 


. •■ ll.-lMl 11 .|M 


111 <|i.Tl,,. |.' 


'1 -in.Tlure! 1,'idt'e, alors 


acceplée (1rs 


,..,nu>.- r.-|,u 


.-. l.-s |.|,1- 


- 1.--. .|p faii-H manger en 


masse dfs .li. 


- M.nii- p,,, 


1 ' ■ - a 1 1 i 1 1 1 : 1 1 1 \ 


1' 1-' 1 ~. (II. lin., la mesure 


(le la bioiil.ii- 1 


il.' 1.>\-ImIim|| 


arcninpln' | 


Il !•■ 1 lu i-liaiiisme. Aussi 


pour ces g'iis 


1"" i'J"iii-;iM 


il la viir ,\,-^ 


■^..iillVanrrs .■[ l'agonie de 



leurs semblables, n'y eut-il pas de pires enueiiiis que les chrétiens. 
On les jeta aux botes. Aucune terre n'a bu plus de sang innocent 
que celle de l'amphithéâtre. Celui d'Arles eut aussi ses martyrs : 
s/jînt Génies y fut livré aux bètes par Dioclétien. En 404, les 
empereurs chiétiens ayant prohibé les jeux sanglants de l'amphi- 
théuire, les Arènes d'>li/ps furent à peu piès abandonnées. Les Sarra- 
sins en firent une nitadolle : quatre tours s'élevèrent aux entrées 
principales : l'atlique, qui couronnait l'édifice, fut jolé bas pour 

combler les por- 
T^'^^YTfWÏV 19HI tiques du rez- 

de-chaussée. A 
la place des Sar- 
rasins expulsés, 
toute une popu- 
lation de misé- 
reux se logea 
dans Vnwplti- 
IhèOlrc; les arca- 
des closes furent 
transformées on 
étables ou en 
uioulinsù huile; 
on troua les voû- 
tes pour le pas- 
sage des chemi- 
nées; les dalles 
demarbredu/jo- 
ilin)n et les bel- 



loul venant. Kn- 
lin les Arènes, 
récupérées par 
la ville en 18(l'.t, 
ont repris fi- 
gure, (irand axe: 
141) mètres, hors 




^^^^^^^^m d'œuvre, petit axe 1 lU mètres; hau- 

'?^9^^^|^^HH teur 17 mètres souscouronnement; 

°^^^^^^^^H 25000 sperinteurs pouvaient tenir 

^^^■^■gH les gradins. I. 'amphithéâtre 

^^^^^^^^Bm a retrouvé de nos jours un regain 

I de vie : on y donne des jeux, mais 

^ «I ce ne sont pas des spectacles d'é- 

" I pouvante. Avant la conquête ro- 

■ maine, les Provenraux, comme 

ceux d'aujourd'hui, aimaient à faire 
parade de courage et d'adresse en 
butant contre le taureau. La course 
priiveniale diffèi'e essentiellement 
ilr la lueric espagnole. On dompte 
le taureau de Camargue, on le maî- 
trise par les cornes en lui faisant 
ployer le jarret, avant sa défaite; 
mais, à moinsde malheur imprévu, 
le sans; ne coule pas. Singulière 
force de la tradition qui fait revivre 
,'iu milieu de nous, comme s'ils 
étaient d'hier, les jeux populaires 
et les combats delà Grèce antique, 
première éducatrice de la Pro- 
vriii-f. rar la pi'iu'tration des pays 
(In lîli.'.nc par rili'll.'nisme fut pro- 
Idiiilc et rshcnlirllrment pacifique, 
on dirait aujourd'hui économiiiue 
^H et, partant, très durable. 

^^H Arles {31010 habitants) est sur- 

' ' ' ' ' ' ' tout grecque. Son Théâtre re- 

D AULEb. produit les dispositions ordinaires 

créées de toutes pièces par les Grecs. 
En contre-bas de la scène, l'orchestre ( 'Op/rîcjTpa, danse), réservé 
d'abord aux évolutions du chœur autour de la thymèle ou autel 
de liacclius, fut mis par les Romains à la disposition de specta- 
teurs choisis. Au lieu que la tragédie grecque se déroulait grave et 
imposante dans un cadre simple, devant un public délicat comme 
celui d'Athènes, venu pour entendre les beaux vers de Sophocle et 
d'Euripide, la foule romaine, qui voulait surtout repaître ses yeux, 
e\i-.i (|( - (l.cdis -...iiiphiciix, (le- i-((>luiiics biillanls, des parades, 
lie- (|(iil( > (le |(c|c-- tcrccc-, ( T. --c a ( I !( ( 1 1 ^ cl d'" ciiai-.s : la féerie rem- 
[iKoaii le iliiMtic, cl T.iciK .' .s'en idaiiit anièi-ciiiciit. Ajoutez les 
athlètes, les gladi iicui>, les boulfons et le cortège ordinaire des 
courtisanes, le tin iiiv d. liçun' n'était plus qu'une succursale de 
l'amphithéâtre, it lcs|.rciiiicrs évoques d'.-irtele considéraient avec 
raison comme une écolo de dépravation. Des néophytes dans leur 
zèle, animés par un diacre nommé Cyrille, vouèrent le tliédtre 
d'Arles à la destruction. Tout fut renversé, brisé, mis en pièces. Et 
chacun vint y puiser à sa guise : les marbres furent arrachés, les 
statues des dieux brisées, les bas-reliefs jetés pèle-mèle hors de l'en- 
ceinte avec des fragments de corniches, de candélabres, de colon- 
nettes et de vases d'ornement. Depuis qu'on l'a complètement dé- 
gagé des décombres et des parasites qui l'obstruaient, le Ihédlre 
d'Arles nous est réapparu : l'orchestre et plusieurs séries de ara- 




LKS ALIMiS. — I.K IIIIÙNE 



1S3 




iHLES 



dins se dessinent nellenienl 
el de la scène jaillissent 
deux admirables colonnes, 
l'une en ranare. laulie en 
brèche d'Afrique, survi- 
vance de laiicieniie colon- 
nade qui d.corail le fond du 
tableau. Drs portiques, des 
galeries, entouraient le 
tlutiirr, el la partie supé- 
rieure ^tait couronm-e de 
terrasses où les oisifs ve- 
naient se reposer et prendre 
le frais. Il ne reste rien de 
cette d.'coralion extérieure. 
Du fouillis des débris fut 
exhumée (I60I), en trois 
morceaux, la belle IVinis 
il' A ries, chef-irœuvre de l'art 
grec, peut-être une copie de 
Praxitèle, maintenant au 
musée du Louvre. La ville 
d'ArIrs en fit pn'sont à 
Louis XIV Iii83). Comme 
sa sœur de Milo, la Vàttis 
d'.lr/« était sans bras; elle 
ne pouvait échapper au.x 
restaurateurs. (Jirardon, 
charaé den rajuster les 
morceaux, l'a dotée de bras 
et de mains vulgaires, lune 
tenant une ponimo. laulre 
un miroir, dont la di'osse 

I parait quelque pt'U embar- 
rassée. 

Les débris antiques, exhu- 
més du théâtre d'Arles, du 
llhône et du sol de la ville, 
'>ut été réunis au Musée 

lapidaire (ancienne église Sainte-Anne), l'un des plus riches de 
t'rance en documents gallo-romains. Vous y verrez une belle tôte 
de Lnir, un autel de Ci/bèle, la Bonne Déesse, symbole de la fécondité 
de la terre; un Mitlira sans télé, trouvé dans le Rhône en 13D8, le 
lorse envelo(ipé d'un serpent, dans les eiinnilemonls duquel sont 
sculptés les signes du zodiaque. Milhm, c'est le Soleil, principe 
générateur de la vie; les signes du zodiaque sont l'emblème de 
l'année réglée par lui; l'immolation du taureau qui lui était offert, 
signifiait la régénéralion par le 
sang du sacrifice. Ici et là, des 
bornes milliaires, des uiins 
funéraires, des conduites de 
plomb, qui, par le travers du 
Itliôiie, alimentaient d'eau po- 
table le faubourg de Trinqun- 
laille. Ln tombeau grec voisine 
ivcc un phénicien, des sarco- 
phages païens se mêlent aux 
chrétiens, ceux-ci représeu- 
lant en bas-relief des scènes de 
l'Evangile, ceux-là des chasses, 
des combats, etc. 
Ce sont les épaves desAlys- 

j camps, ces Champs-Elysées 

I d'Arles où d'innombrables 
générations, celtiques, gau- 

|loises, grecc|ues, lomaines el 

I chrétiennes, cruiciil trou- 
ver le repos dans la tombe. A 
juger par le peu qui nous rcsie : 
bronzes, inscriptions, verres et 
bijoux, exhumés des tombeaux, 
l'on imagine quelle devait 
•'■Ire l'incomparable richesse 
de cette nécropole de marbre 
plus de vingt fois séculaire 
Tout a été dispersé, détruit <'t 
cène sont pas les Harbaies du 
IV» siècle qui ont commencé ce 



forfait. Il faut rechercher les dé|)ouilk'S opimes des Alijscnmps dans 
tous les musées d'Europe, et les collections particulières : Arles 
n'en conserve que la plus petite part. Au xvi» siècle, Charles IX lit 
charger de sarcophages plusieurs bateaux qui sombrèrent en plein 
Rhône : le prince de Lonaine, le duc de Savoie, Richelieu, les gou- 
verneurs de Provence en possédaient. La coiistruclion des ateliers 
de la Compagnie Puris-Lyon-Méditerranée a consommé < riie luini' : 
de nombreux tombeaux ont été brisés en miettes. +-iiliil Trn|iliiiiic 




m 



LA FRANCE 




avait tiansfoimé 
les Ali/scaiiips 
ou cimeliùre 
clnétien : dos 
rois, des pliu- 
res, des (■vc- 
ques y avaient 
|i-iii- loniboau; 
Inuli'S les villes 
du Rliône te- 
naient ù cœur 
d'yeiiv(<\ei leuis 
personnaiies le-, 
plus illuslies. 
Des dix-neul 
enlises ou cli.i- 
IH'Iles (1111 01 - 
iidieulce (^iiiipo 
^■uito, cidle (pu 
di iiicmciUibuiit 
d.> 1 allie lii-le 
, I d.M'ile. 1j.,i- 
deede tonilx aux 
vide'5, fut dcdice 
à saint Honorât, 
au M' su'i le : di'- 



.SalKlMllb, fe.lC- 

cagée en 1793, 
elle a été, voici peu de temps, à peu près dégagée de sa gangue. 

La nécropole antique des Ali/scaiitjis s'inclinait vers l'extrémité 
orientale de la ville .ius(pi'à la berge incertaine des étangs où la vague 
venait clapoter doucement auprès des monumentsfunéraires. Dèsle 
viii' siècle, les étangs, dfvfniis 
moins profonds par rappiul m ■ ~ 
sant des alluvions de la lnn mu • 
et du Rhône, commenijaiini i .-• 
combler, se liansPormaieut < n 
maréc.'iges pestilentiels. Alors di> 
parurent peu à peu les ntriai- 
l'iircs, pres(|ue tous .\rlésiensd'n- 
rigine, et avec eux la navigation 
intérieure, (pii éUiit pour la ville 
une source de prospérité. 

Sous Henri IV. le IlollandaisVan 
Kms, appli(]uant les méthodes si 
lieureuseinent ('prouvées aux 
l'ays-Has, commençales premiers 
Iravaux de dessèchement pour 
l'écoulement des eaux. I,e canal 
d'.lr/oj (i Bouc, reviviscence de 
celui de .Marins, a couronné 
l'ieuvi'C de drainage enlrejuise. 
L'ancienne île d'Arles, niiiiil. - 
liant terrée dans les chaiii|i^ cul- 
tivés elles prairies, acessi- d'éln 
un grand eiitre()iil maritime; en 
se retirant, la mer lui a enlev- 
le meilleur ai)point de sa fortune. 
I'res(|ue tout a péri de la ville an- 
tique : son railre, ses monuments 
en partie, iiièmc les morts. 

Il est remar(|u:iblc qu'a[ii'ès la 
boiiiiasque [lassée des grandes 
invasions barbares, (|nand le 
mon( (j occiilenlal se retrouvait 
enfin, la lenaissance du goût aii- 
li(pie se produisit dans les pro- 
vinces aiilicfois romaiiii\s, |ilus 
loi qu'en Italie. La basili.pie el 
le cbdtre de Saint-Trophime 
• ilTrenl un remar()uable exeni 
plaire de.s édifices élevés an\ 
Xi" et xii' siècles dans les pro- 
vinces du Midi; on y recninait 
dans l'adaptation aux formes de 
l'art arcliilectoniquc romain, la 



ricliesse d'oriie- 
nieutation pm- 
pie à l'inspir;!- 
tion byzantin. . 
Dès le milieu .lu 
premier siècle, 
Arte recevait cb' 
saint Trojjlnine\.> 
prédication (b 
l'Évangile. A I i 
place d'un an - 
cien sanctuaire 
dédié à saini 
Etienne .leLm 
du Vll« .-1-1,. , 
que saccanèieiil 
les Sarrasins, 
l'église actuelle 
fut construite au 
XI' siècle et con- 
sacrée à rap('>lre 
i.VArlcs. C'(!St la 
vraie basilique' 
romaine, dans sa 
forme la plus 
pure : nef cen- 
trale appuyée de 
deux bas C(Jtés 
étroits que fer- 
ment deux ab- 
sidioles, de clia 
système de voùb 
l'édifice est roma 
Le portail est 



h) 


K"" """ 


^^S[tf*. ^i^^H^^^H^ 




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Ç)^^ 




l^i 




Pb ^^ 



lue Cnlé dune 
s (arc brisé au 



d'une éblouissa 



glande abside le 
centre, bus cotOt 



aie. Par 
dcin ciut 




nie richesse. Aucun cloilre du Midi 
n'égale celui de Sitinl-Truiihiiiir : 
deux de ses galeries datent du 
commencement du xii° siècle, 
chacune d'elles comprenant trois 
travées de quatre arcades per- 
lées sur des colonnes jumelles. 
Uuatre piles d'angle, somptueu- 
sement décorées, reçoivent, à 
leur croisement, la retombée des 
voûtes en berceau. Il n'est dans 
le Midi que le merveilleux portail 
de Saint-Gilles pour soutenir la 
cnniparaison avec celui de Soinl- 
Twp/iime : l'exubérance de la llo- 
laison sculpturale s'y déploie dans 
lin cadre roman. 

A côté de la Renais.sance des 
ails, celle des lettres achevait de 
donner à la Provence du moyen 
âge un caractère bien marqué. 
C'i'tait le temps des troubadours 
el des chevaliers poêles, celui des 
cours d'amour et des léles po- 
l'iilaires, dont l'écho est veiuijns- 
qu'à nous. 

Les collections ri'uiiies dans le 
Miisam Arlalen par le zèle el 
la générosité de F. Mistral évo- 
quent ce passé, ses usages, ses 
Ir.idilions : c'est tout un monde 
remis sous nos yeux par les traits 
qiiicaraclérisenl la vie proveni;ale 

lia.lili 'ile. les , II. ions piqiu- 

laii e-, les |ii|oii\. I.' . osjinne, le 
iiinliiliri. 1,'s ul.|.'ls .r.ihuienta- 
Il,.n, la |..'', II.', la , ha--.'. |.'sall<!- 

lag.'S eiii|Mii e lie., b' l.iiiil 'ill, 

lallùle, b'Sinii. i.i> . Il' Camargue. 
Mieux eiicoK! (pie les Iradiliolis, 
les coslumes, les usages de la 
vieille Provence, Alisliiil en a 
évoqué l'Ame, élevé le langage à 
la noblesse d(! l'épopée, dans son 
iinniurtelchefd'œuvredcJ/jm'fc. 



m: s ALI'K: 



Li; itnoM'] 



LE FÉLIBRIGE 

PROVENÇAL 

l.,-s /,-/,7<,r<. (U.iit Mi^li illnl 
riiltoriuvtf <•! le li<r..~,ii -ni 
pas un phiiii.mi'iio i- 'Ir d im- 
rhist..iiv (le /',■...••.•«.■,•. Im >rx, 
qui les nniiue inspirait les li-fii 
iiiiluiirs il'nntan. SeuliMnenl. 
ceux-ci parlaient une lanfiii. 
classi.|iie pinir une sociil. 
Ch..isi.-, au liru .pi., les /e7, 
bifs do ni. s ji.urs parlent nu 
Innga^-e populaire épuré ipi. 
l.ius peuv.iit e.iniprendre. 

Les li>'i(liiiilom\i faisaieiil 
partie intej;rante deees petit. - 
cours priu.i.r.s ipiavMil. iirr- 
leni.ir.-ellelM.lll l....|,l : I. I,- 
chevaliers-i l.< i n ,,li-,,„ ,,| 




les ennuis de la vie île cliàtcau. l.i>rs(|iie la {,'iierre, decliai- 
nce à propos des Alblfreois, eut ruiné de nombreux manoirs 
et courbé sous la main du roi de France la fêodalilé du 
Midi, groupée autour du conile de Toulouse, les cours priri- 
cièrcss'étant faites plus rares, plus pauvres, les houhadouis 
nt le sort des Me.èn.s (|ui l.-s faisaient vivre. On n'eut 
plus le cœur ni le loisir de clianler: vers la fin du xiji" siècle, 
après deux cents ans de doniiiialion, la i)(i(:'sie |)roven<;ale 
chantait sa dernière ballade avec Guimut Iliquiei; le derniei' 
des troubadours. 

Cependant la poésie ne pouvait 
se ressaisit, mais d'une manière dllférenl 
des barons, se substituait une bourgcoi-i 1^ ( imiih 
de métier qui tint à bonneur de conserv. i I- h ihli^ 
lalanpue et de la race. Mais celle pM.-n hmuxII, > 
semblait pas à l'ancic-nni; : .-Iji- ~c h in-l-riii ni i\ r. 1' 
Où elle devait vivre: bieiil.'.l !.■ |. i m. .h- un , lii-nlii 
Cèrent son inspiralinn. L'un > nml |,..nrl ml. -ilm M- 
fendre, en luicreanl un fuyer. (JuuIiiuls lutlie- il.- Im 
fondèrent, en un, la Joyeuse coMjjaf/iiie des se/,/ I 
dours touloitsaiiis; l'année suivante, ieur assenilil.-.- 



Provence 



naitune Académie litté 



ga;ia sdeiisn, car. pour eux, la | m.- fui Im:i| - 

raierdefiaisav.iir . Des .■oiic.'iii< |„.. ii.|in - . .lux n 
distribuèrent au iii..is de ni.ii, .h m|ii.- .nui'-. <!-- 
penses aux poètes, s. .us f..riiie df llrurs dur uu il 
Mais on voulut trop le-if.-rer sur les nuit.s, ergoter 
sur l'idiome local, dèsonn.ijs fort éloigné de celui des 
troubadours, qui employaient de préfi-rence le dia- 
lecte limousin dan- Irtn- I, ill,i,Ir-. Kii I ,r;. l'.l.vi- 
<l(mie de Toul;ii . . IM, I , - ,,, |,miiii. ,■ |,,..li' m, me. 
admettait au .. -..ni ..r,, - |, ,,,,,,,,,,,,,, ,,i, ..,, |, ,,,,... i,^. 
après un long .,,,1,1, . ,.|i,. ,..| i.v,,,,,,., ,„ i,,,,, j\:,;-,| 
4 la vieille tradili,.n pn.VL-nr.Ll.,. uàulres so.ielii.s 
se formèrent à son exemple. Mais en même temps 




niuiugiuaiLpas que 
avoir tant de saveur, de i 
fallait donner l'essor 

Provence, si ricln', si diiuce i' 
ngtemps que le gazouillement ( 



!.. |„ 



Joseph Roiimaiiille. Théoilor, 



seph Roumanille, 

llUlllljlr f.'lllllllr .1,' i ,, 


p..eli.|ui. a 


Mlll il,-,,,. 


lut à sa m 


re, iri:,,- 1 


guère que 
le morceau 
infiniment 


,dufr.,i„ 1 
plus ^,.,. , 


.-omprit. i: 
si'ur .à Nyt 


ève .1,, .■,,! 
ns, pu,- :, 


D.ipiiy, ..Il 


il r,,i,.-,,,,h 



Son premier livre, Li Margarideta {les Pâquerettes) 
fut un recueil d'élégies et destances printanières, d'un 



FRANCE 




A Ji 



.lllicisme sii.ive, inconnu jnsfiiiu-là dans sa lanfjiif. >• l.a pocsii; cliantaut 
Houtiiuinlle lluurail l'aubépine comme colle des Iroubadours, sa verte pr 
an nalisnn; terrien, les fortes senteurs des garrigues. •> {l>. Maiuèi 
Mais aussi la si^retê supérieure de son goût, la noblesse et la pureté de 
inspiralion en tirent un vérilahle apùln- du bran. 

Th. AubanellSi'J-lHSC, , iluilr ^uiri.nnr r:,,,,illr .rilllprim.'lir- lihl" 

tiori. Fr. Mistral, l- pln~ J- - .1. - Ir-i- , ~, n h|iiil i|,ii.~ mim- Ini,,,- 

enviruiis de Mailliinr, ,i p, „ ,|,- ,li>l ,ii,:, .JArl. -. liMuil, il r.Mul.ii! vav 
jolies chansons provençales dont sa niùre charmait les soirées d liivr 
vécut dans la ferme, de la vie libre des champs, au milieu des travail! 
de la terre et des bergers. Parla se dévoloiipait en lui cet aniinir di 
provençal ipii fut la passion d- ^ i \ii , II .1 ill. ■ ii I^ /,, A V(;,,\r il' \\iu' 

dont Roumanille, déjà connu p.. m- -i ^ ].••■ -h -. Vi n ni il i lir n.. 

fesseur : ce fut une annéi' .!■ ■ i -r. ■ ii-iu' M' '..//,■ Ir ■ ;iiM.-iir iln 

natal, de la langue que p.irl m ni l.'nr- nnii-, mut Ir iiiiiliv .1 1 il 

l'un corrigeant et guidant l'autre. Mislnil avait Iruuv 

ans, de retour à la maison paternelle, il 

publiait un poème di's ■• .Moissons ". Exilé à 

Aix pour faire son droit, il revient enfin à sa 

chère campagne et ne la quitte plus que pour 

se retirer avec sa mère à Maillane, lorsque 

la mort lui enleva son père. 

Li /'roHicnfa/o, ce recueil de poésies i|iii vil 
le jour avec le printemps de lSi2 <l ■ m-i 
une si vive surprise, donna aux pm l. - |ii..- 
vençau.T l'occasion de se connailre il I nlci- 
de e réunir pour travailli-r d un commun 
acrtrd an relèvement delà langue et àl'eveil 
du gortt p.ipulairepourles viiMlles tradili.ms 
de la rare, l'n premier congrès, cnnv.ii|iii 
dans Arles par Roumanille (i9 ni. ni l ■- . ■ . 
n'ahoulit à nuiune réscdulion utile, i: hn 
.l.l.'r, dil il linilialive de J.-H. (i.iull, m 
réussit plis davantage : ce fui, entre les pneli- 
vinus des ipialre coins de la l'i-uvcm-r, 

gnon, lenaieni ri'..,' rr i|'.l,.. d.s m..U 

d;,prèsle„réI,v„M.|...M.,M..n.l„,„,s la pl,„- 



grapbe originelle. On se sépara, sans avoir pu s'entendre. Ceux d'.Vvignon. 
animés d'un égal amour pour la langue de Provence et sa poésie, réso- 
lurent de travailler seuls et de s'imposer à force de chefs-d'œuvre. Ils 
élaient sept : Uouxiiuiille, Aiihatiel, îlis/ral, Anselme Malliiey, Al/ihonse 
Tavan, An/. CruiisiUnl, J,;in Uiiiiit-I. On se réiiniss.ill au eliAleau de Kon!- 



les h( 
ime t 



■n fo 



lanl 



Ires, ceux île .M.irseill,-, 
tuent pour lelle-ei; un li 
pnrJ.-B.Giiult,clierrhiiit : 
iiutres, en liant l'accent 




-iii..ii .1 \l. I ' '' - i Pi il 1.1 le Félibrigc. 
1 i[l auju.-lr. l ■ .'.V.i'Ncnait d'une vieille 
eciter un jour par une bonne fenune de 
ilre » apparemment. Il y eut sept fèlihres, 

art de la poésie, et, comme le jour où 
^.l'iiili' Estelle, on la prit pour patronne. 

I 11 pr.ivenç.-il, l'étoile symbolique à sept 



Il ne piiuvait rien sans le peuple dont il 
altachanl à des œuvres qu'il put conipren- 
10. Les sept amis créèrent un alwnnacli. 
rose et vers, recueil de légendes, de pro- 



mu.', Auli;ini I, .\l:itliii 11. Il' Muv.-; (1,'passa 
leurs espérances : l'unie populaire fut sé- 
duite, puis conquise; elle se reconnut dans' 
celle langue alerte et fraîche. Quand parut 
Mireille, le gr.ni.I |..i.'iii.- d'amour de Mistral 

à'raceueillir : . e ti.t iiii li.I enthousiasme 
Il In gr.anil i.n.'l.' epi.iii.' nous est né », dit 
l.am.irline à qui Misiral avait fait hommafîi 
de son livre. El Villemain : « La Franco est 
assez riebo pour avoir deux lillèralures. » 
A Nimes, (u'i l'on fêlait le cbef-d'œuvro en 
.iriban.|uet oftiiiel : .. Je bois, dit Je;m Bf- 
/„.«/. le boulanger-poèle, à Mirei,,. le plus 
hi'.ui miroir où la Provence ait jamais pu 
se iuirer„.. C'était, eu cITel, l'iune elle-mênU| 
et le cœur d'un peuple, son langage, la terri 
provenenle toule de parfum et de lumière. 



rllel.-l 



s celte iilvlle. 
Ile du Heau faisait S!| 
Provence. Depuis lors 
le gr.mdiret setendro 



LI=:s ALl'KS. — LK lUlOiNE 



ir.7 




lUSOLEE 



>i\ vi en l d'Arles ou de Tarascon, seiiibleiil 
grand ilnl calcaire, surgissant de la plaine 
L l'est jusqu'au perluis de l.amanon, sorle 
le Crapiinne délourna les eaux limoneuses 
ert jusqu'alors infertile de la Crau. Saint- 
^n Cilnnuin Licii, dont il reste, à l'écart, un 



us excellents, 
,s, Paul Ma- 
s écrivains, 
urs de toute 
.vaillent A sa 
I 'ut le Miiii. 
me s'est ral- 
■ ra l'honneur 
p.H-sie " d'a- 
iiic une t\- 
u à tout ce ipic 
i.k lace proven aie a 
«le meilleur et de plus 
noble; elle a réveillé 
chex le peuple des 
sentiments de dignité 
et un .inlent anmur 
pour la langue, l'his- 
toire et les traditions 
de sa race. » Ullé- 
ratMre ilfs Féli lires, 
par M. BouEMAN. trad. 
r.. Lange, cliei Itou- 
iiiaaille, Avignon.' 

Entre laDurance 
?l la plaine caillou- 
teuse de la Crau, la 
masse des Alpines 
lélachesousleM.-u 
:ru du ciel provrii- 
;al ses reumus cal- 
-inés qui, d'en lias si I 
le vraies nmnlagnes. ("i 
;emi-paluslre, s'éteuil 
le détroit par lequel .M. 
(le la Durance sur le dé 
'lèmi/. héritière de l'anc 
irc de Irioniplie et un mausolée, dans un carrefour désert impres- 
sionnant, est la vedette charmante des Alpines, du coté de la l>u- 
ance. De ses cours ombragés où murmure, sous l'épais couvert 
les platanes, des micocouliers, des marronniers, l'eau fraîche de la 
nonlagne qui court partout eu gais ruisseaux, on pénètre dans des 
•avinssecs, Lipissés de chênes verts, d'arbustes souffreteux, pins 
enracinés à une mince couche d'humus desséché. Lne teinte grise 
jQiforme enveloppe toutes choses; puis ce sont d'ilpres rochers, 
les pans de ninulagne comme taillés à l'emporte-pièce, des blocs 
'bleuissants S'>us la lumière aveuglante, cadre digne de la cité fan- 
.'iine des Baux, juchée sur l'extième promontoire de cet étrange 
•aysage. rjOtî habitants . 

Imaginez une rampe caillouteuse et raide comme une échelle, 
nrnislée dans la pierre rr'r.il>le, se hissant par de pénibles détours 

jusqu'à une 
porte en partie 
ilécouronnée de 
ses mâchicoulis, 
it gardant en- 
core les rainures 
lie la herse dis- 
parue. C'est la 
fiilaile, aulrc- 
i'iis seule voie 
d'accès de l'uiii- 
que porte de la 
ville. L'ne bonne 
luute monte au- 
jourd'hui de 
l'ouest. Sur une 
plate-forme de 
calcaire dui- ap- 
partenant au 
iH-ocomien. une 
riiuche plus ré- 
c.Mite de molasse 
coquillière peu 
n'sislante a per- 
III is aux liabi- 
I mis des Baux 
i ouvrir leurs 
maisons dans le 
roc, comme des 




alvéoles dans une 
ruche. Au lieu d'i'- 
lever des murs en 
nieltant pierre sur 
pierre, ils ont évidé 
la montagm; elle- 
même, dressé des 
tours en isolant do 
gros blocs, découiié 
des tranches de 
rncher en guise de 
murailles. Dès l'eu- 
liée, un corps de, 
garde est niché dans 
le roc. Au sortir de 
l'étroit coubdr é|)a-' 
iiMui que l'on ap- 
p.llc la place Keuvu 
ici le moindre car- 
refour est nommé 
place), Vllikil de 
ville oll're à son 
pignon les armoi- 
ries de la maison 
des Baux; l'inté- 
rieur renferme 
Iriïis graniles salles 

DE SA..NT-,.EMY. ^,_ .^.^^ j^^_^^ ,.^_^^^ 

desquellesd(!sbancs 
de pierre servaient de siège aux délibérants. L'ne grande rue, mon- 
tante et sèche, longe l'ancien hôtel des Mnnville, où des fenêtres à 
meneaux, en partie obstruées pour éviter la ruine {lo''"2), des 
amorces d'escaliers, une haute chcmim'e seigneuriale, des jiorles 
bâillant sur le vide, contrastent par leur décrépitude avec l'évidenle 
recherche d'art très purde la Renaissance. l.aruedesFours prolonge 
celle du Trincat, sillonnée à dos de roc par les roues des chars. 

Vna salle de grandioses proportions porte sur ses murs extérieurs, 
bizarrement veriniculés, les stigmates du temps : le roman, le go- 
thi([ue, la Renaissance ont contribué à sa décoration. Il règne une 
grande incertitude sur la destination primitive de cet éililice : on en 
a fait un .Musée, dit le Trinquet (salle des Fêles), Trincat ou maison 
de la Tour du Brau. C'est, avec l'église paroissiale, une des rares 
constructions restées debout dans cette ville de décombres. Stiiid- 
Viruent possède trois embryons de nefs successivement juxtaposées : 
la première à droite, d'origine romane, a d.< chapelles monolithes, 
cuve baptismale et bénitier de mèmr Ti^t. : lni'ie médiane de 
l'édilice est du xn« siècle; enlin le tciM. ne \.ii". m, que surmonte 

un élégant campanile, renferme le 1 1- m ,l. -, Minville. I.e porlail 

romano-byzantin de l'église, reslaiiir m ImiJ. '-i J mi |nli . arar- 
tère. Le sous-sol 
formait une né- 
cropole, où fu- 
rent ensevelie 
danslapierre, |. 
long de corn 
dors voûtés, (iin 
rappellentlesga 
leries des cala- 
combes romai- 
nes, les prince- 
etprince.ssesil' - 
Jî«fi(.r, desmaL'i> 
tiats, des g"M 
verneurs, de- 
consuls. On .1 
exhumé, devani 
l'autel de I i 
Vierge, une / " 
même chevelurr 
il'or que Misiral 
a précieusemeiil 
recueillie et qm 
appartenait 
croit-on, à unr 
princesse di'' 
Baux d'une re- 
marquable be;iu 
té, morte à la 




lo8 



LA FRANCE 




de murailles, des tours enlicres 
manquant de base se sont alTais- 
srs, comme de grands arbres, 
coupt'sau pied, qui s'arc-boutenl 
encore à la masse du rocher. 

Quelques restaurations ont 
prévenu refîondrementdérinitir 



cette lume 
lui 1 lit m 



h 



fleur de l'âge. Proche de l'église, uneécole s'esllogée dans l'ancienne 
maison seigneuriale des Porcelets, marquis de Maillane (patrie 
de Mistral), l'une des plus nobles familles d'Arles. La chapelle ro- 
mane de Saint-Biaise n'aconservé que ses murs. A côté se Irouvait 
l'hôpilal. Une cileine jiour recueillir les eaux de pluie dévalant 
de la grande surface dallée qui touche au plan du Château; un mou- 
lin à vent à rexlrémité du plateau, servaient à l'approvisionnement 
de la ville. Imagine-t-on que l'on ait perché là, entre des ruines, 
un enclos sommaire, comme toujours, destiné aux courses de tau- 
reaux? Des Grecs seuls pouvaient souhaiter pour leurs di'l.isMUHnls 
un cadi-e pareil. De la teirassc, par temps clair, la vue piulr jusqn'ù 
Aiguesmortes et découvre toute la Provence du Ubône : à l'iKirizon, 
sur le fond bleu de la mer, lesSaintes-Maries, le grand étang de Vac- 
carès qui miroite au soleil comme une cuve de métal fondii, la 
grande Camargue et ses fourrés verdoyants, la Crau, les InL'unes. 
I.'s canaux, la Sainte-Daume et la montagne de Sainlr \ ii ImIic, 
l'Estafiuo qui enchâsse le grand lac de Berre, Arles, MniiliiMium'. 
Mieux que lynt, le Clidlcnu domine ce splendide panoraiii.i. 
On y monte par la brèche ouverte entre la tour Sni lasim' ei rrilc 
di'S Bannes. Ce devait être autrefois inaccessili!''. b i ICxirinrili- 
naire passe j'imagi nation. Les 
prini-es des Baux se sont 
<-mpaiés de la montagne; ils 
l'ont fouillée, rompue, mise à 
Jour, sculptée : le donjon, les 
tours, le rochei, celane forme 
pour ainsi dire qu'une seule 
pièce; des salles effondrées, 
lies amorces de voûtes, des 
lionçons d'escaliers, dos 
portes ouvertes au-dessus d'un 
.ihime, de grandes brèches 
béantes sur le Iranspaient du 
ciel, telle se pr.illle cette car- 
casse géante, la plus fantas- 
tique citadelle et la ruine la 
plus inviaiseiiiblable (|iie nouji 
ail l.'-guée le ninjen rtge. Au 
jiieil, tout n'i'sl qu'érriiuli'- 
menl, et, comme li-s couches 
inférieures de la roche se dé- 
composent |>lus vile que les 
parties supérieures, des pans 




Il I 1 1 I iii 1 1 III pi un \ i I 
h inip boulc\ei e De] uis que 
1 1 plaine est libie comment 
\i\ie sui ce rocher cui mt et 
ins lessouices^ Pas d mdus- 
tiie peu a peu les maisons se 
\iltnl p nclicnt et tombent 
Il lit I |iii veut Dans les 

111 I il I dTiimaux se 
I I II 11 I I 1 II le ( q A fait 
|i 1 . I ni et reichd 

1 ' I iii 1 I m lie 1 un luuier 
i\ ni Mil i pkin gosiei 

iiiiii un liait de tiioniphe 
sui les luines de la cil len- 
\eisie Finis les collèges bul 
1 intsdes,iandssei.,neuisvenus 
i la coui des Baux 1 une des 
plus nobles de Pio\ence limes 
1 m 1 iiiiniii ou les che 

^ Il I 1 I I 1 ( lite dcsliou 
' ' I 1 I Ml 1 I I 11 lit I i beauté el 

\i \ I lu 'I 1 1 mcessesCicile, 
Clairette, Alix, la dernière de 
son illustre race. Les fêtes populaires se sont éclipsées à leur tour : 
celle de saintVinceiit, avec l'antique jeu des Chivau frus (attribué 
aux Phocéens); la plantation du Mai, la procession empanachée 
de saint Éloi... Désormais, la ville est muette; elle somnole, ense- 
velie vivante dans ses ruines, comme dans un tombeau. 

Le premier qui prit le nom patronymique des Baux vivait dans la 
première moitié du xi'' siècle. La princesse .\lix, son ultime héri- 
tière, mourut en 1426. La seigneurie annexée au comté de Provence 
passa, comme lui, de Bené (T Anjou à. Charles du Maine, son neveu 
et, par celui-ci mort en l'i71, au roi de France Louis XI qui ordonna 
de démanteler la place et le château des Baux (1483). Sur rempla- 
cement de l'ancien jardin seigneurial, en contre-bas de la ville, 
subsiste un pavillon, vrai bijou d'architecture qu'édilia la reine 
Jeanne de Naples, comtesse de Provence. 

A peu de dislance, Xo, grotte des Fées, immortalisée par Mistral, 
et la gorge du val d'Enfer. Au-dessus du Trou des Fées, la montagne 
Costa Péril servit do quartier général à Marins; un deuxième 
ramp rniiiain nenipait au nord un monticule dominant; le plan du 
Cliàliaii III Kl, Il lit un autre. D'anciens remparts, des tombeaux 
\ iiles. ili'i ii.'iiie ( . Iiiqiie, creusés danslcroc vif; des restes d'aqueduc 
attestent l'antiquilé de celle 
vieille acropole des Baux. 
Deux stèles encore, les Tré- 
inaié, montrant un groupe de 
trois personnages sculptés à 
mémo le rocher, les Gn!é,' 
ont fort éprouvé la perspi- 
cacité des archéologues. Ceux- 
ci voient, dans les trois per- 
sonnages figurés. Marais 
ari-,iiiipagné de sa fenmie et 
Ar la ]Mophétosse égyptienne 
.|iii \i' suivait dans tous ses 

.1. |.la. riiM nlv, , ar il était OU 
|Miai",iil I Ire sii|H'islitienX. 

I 11.' ,-.iiihi-.r liaJi I y VOU- 

Ji.iil \...r Maillic. MaVie Cl 

.Mai lU.'c.Mi', ■lait 1,1 piVihal.le- 



Li:; 



ALl'K; 



LL lUlÙM 



l;i9 




> l' s P E N D 



RÉGIME DU RHÔNE 



Le niii'mc M. (Ils d s AI|"'S, ol .1 linmrur |"'H eiiduraiite. Si les 
'■rues de ses nfllueiils roiiesjKJiKhuiMit ù l;i (Irbàcle des lîlaces, ce 
serait un déluge. Par bonheur la Saône et le Doubs qui puisent à 
des montagnes moyennes, fortement boisées, reçoivent des plides 
hivernales leur prinripal aliment. Ces deux rivières débordent quand 
se glacent les sources alpestres du lleuve. C'est en automne surtout 
que les torrents cévenols, Doux, Érieux. Arili''che, Card, el, sur la 
rive gauche, les émissaires préalpins. DiAïu.'. K\-iirs, Ouvèze, se 
précipitent en trombes sous la détenir .1. > -i uiM- ^iiges. Par celle 
heureuse dispersion des eaux qui le n lUi i i~-iul. i' lUwne échappe 
il la pauvreté et à l'excès des lleuves tribulains d un seul relief et 
d'un même climat. 

Pour un cours de 812 kilomètres, mesurés depuis son glacier 
d'origine, fSOO kilomètres en remontant à la 
source de la Saône, son naturel prolongement, 
et 102o kilomètres à la naissance du Doubs, le 
/?/i(5ni? reçoit 9i30 millimètres de pluie, la moyenne 
de la France étant seulement de 770. Son bassin 
de 9888Ji'iO hectares est tellement arrosé, que le 
(leuve, si bien réglé qu'il paraisse, coule toujours 
lapide et ne souffre pas qu'on l'entrave. La navi- 
gation, par suite, y est de nature assez piécaire. 

Le Giwli- officiel de la nnviijatwn dit le Rhône 
fliAlahle, de la fronlière suisse au Parc, sur 'Xi ki- 
lomètres; tuivii/filjle du Parc à la Méditerranée, 
sur 489 kilomètres. A son tour, la partie navi- 
cable se divise en trois sections: la première, du 
l'nrc à Lijon (154 kilomètres]; la seconde, de Lijon 
au délia d'Arles (287 kilomètres); la troisième, 
1 Arles hl^ mer, parle grand Rhône (48 kilomètres). 

1» Du Pnrc à Liji.n, le lleuve oITre à l'éliage, 
luand il se produit, un mouillage de 60 centi- 
mètres, ne laissant aux bateaux que Û-'.'iO d'en- 
foncement. Lorsque les eaux d'été le permelleni, 
Jes transports à aubes, calant l'".40, peuvent 
conduire les voyageurs à Aix-les-Bains, p.ir le 
:anal de Savières, déversoir du Bourgel. Mais l.i 
lente du fleuve est d'inclinaison assez forte, h: 



débit variable et le lit semé d'i'cueils. Tout concourt à entraver une 
navigation régulière. Le haut Ilhi'me poiirlant n'est pas la quantité 
négligeable que l'on paraît croire : qiiel(|iies éciieils saut.int, des 
dragages appropriés et raménagenienl dr |ilusiriirs bras secondaires 
donneraient au lleuve un mouvetnrul d.- imniNirs el une circula- 
tion commerciale bien plus ini[iorliirili'. Iliiln- l!i ilryarde et Pierre- 
Chàlel, des paysages admirables se succèdent : le haut lllwne est le 
chemin naturel du Bonrgel,\'nn de nos plus beaux lacs, et son trafic, 
même laissé à l'abandon, égale celui de l'Adour, de Rayonne à la 
mer. C'est le haut Bhône qui conduit à pied d'ccuvre les énormes 
blocs de pierre de Villcbois, dont sonl construits les quais, les 
ponts el les monuments de Lyon. 

2° De ILyon au Délia, le courant, grossi des eaux de la Saône et du 
Doubs, s'accélère: il serait chim('rique de le vouloir contraindre, en 
divisant son cours par l'échelonneuient d'écluses successives; une 



(1) Voyez, pour les Embouchures du nhin 




160 



LA FRANCE 




crue subite balayerait l'olislacle. Le niouiilai;e iiiiiiiiiium, dans celle 
section, estde 1", 10, laissant aux bateaux un enfoncement deO^.OO. 

Des bateaux à aubes, le chemin de balage étant impraticable sur 
nombre de points, d"un tirant de 1™,30, h pleine charge, descendent 
au gré du courant et remontent vides ou à moitié chargés, tirés à la 
remorque pardesbateauxd'unsystème particulier nommés grappim. 

I,a pente, très forte encore, est de \k> centimètres par kilomètre; 
le lit encombré de graviers mobiles capables de former barrage au- 
tour du moindre obstacle de rencontre; le fleuve, toujours courant, 
dun de-bit très inégal, cause de fréquents échouages. Si la Seine, 
fleuve lent, de débit constant, traversant une région d'altitude 
moyenne, a pu subir le frein d'écluses nombreuses qui en ont fait 
nne niagnilique voie fluviale, on n'a pu que diriger le Rhône, con- 
tenir sa fougue, le régulariser par des digues longitudinales sub- 
mersibles qui ramènent le Ilot dans un lit régulier, hors des îles et 
des bras morts qui l'épuisenl; des épis transversaux rattachent les 




digues au rivage, à tiavers les lônea. Par basses 
eaux, tout le courant se trouve ainsi ramassé 
dans \f lit majeur, tandis que les crues se don- 
nant lil.i.' i.iiiis |Mi (|.'--ns b's digues, celles-ci 
se Ir^nn'iii |,i,v,.|x.>- (l.'inpUue. Depuis que 
sont Ici nini. s i rs i.T,iii.ls travaux (idus de SO mil- 
lions y ont été dépensés!, le Rlinne a pris une 
allure plus régulière que le Rhin lui-même ou le 
Danube; les chômages sont devenus rares; la ba- 
tellerie reprenant confiance; la Compagnie géné- 
rale <le navigation du Rhône a créé une excel- 
lente flottille appropriée aux exigences du régime 
lluvial. 

3° M' Arles à la nier, le grand Rhône offre un 
mouillage minimum de l'",60, ce qui laisse aux 
l.alranx nn enl'oncfnient de l^j^O. Les transporl> 
-'■ joiil pai liai, aux à voilrs ou clialands, qii. 
iiiMil (il s rcnoiiqn.Miis à aubes ou à hélice. !.. • 
l>,iii llhi'.iii', classé comme navigable d'un bout '^ 
I aulii . ne donne à l'étiage qu'un mouiilage d' 
11'", Mil; alors la navigation s'arrête. Grâce an- 
pi.iL'irs lie la culture dans la Camargue, le truli. 
■ \>' c' laas ,lu Uliône tend à s'accroître; les bu- 
i.aiix sont hali's, presque toujours vides à la 
irniMiile, par drs chevaux. 

I.alti lude du yranrfif/i'lne, en basses eaux, n'étant 
que de l",7o dans Arles, sa pente d'écoulement 
jlm\.ii.ih. devient insensible. Presque partout le mouil- 

lage dépasse 2 mètres; à l'approche de la tour 
Saint-Louis, 4 et 5 mètres. Cette profondeur cens 
tante favorise la navigation; mais, sur ces rives sans abri, le mis 
tral, quand il snuflle en tinipète, peut entraver la marche des gro- 
bateaux, et même It-s faire sombrer. 

Le mouvement est a.lif sui' le Rhonr, depuis que le canal de Sainl- 
Louis lui ouvre un dili"Ui 1m' sm la nn'r, pai- la grande rade de Fos 
11 est clair que, maki • U-^ ja i^i.'^ du p.rt de Saint-Louis, la car 
rière ouverte à la nni-ali.in par ce r.mal se trouve limitée, ei 
amont, au port d'.Arle~, et qu en aval les bateaux du fleuve ne se ris 
quent guère en mer par la voie du chenal maritime. Un transborde 
ment s'impose donc : nous avons un port de plus, mais le problèni 
de la navigation intérieure du Rhône attend une plus complète soin 
tion. Il n'y en a pas d'autre que l'ouverture d'un grand canal tnan 
time, reliant directement Marseille à Lyon, à l'aide, mais hors 1 
puissance du Rhône. 

Canal latéraL — Sur la nécessité de cette grande voie de coni 
mnnication, il n'y a qu'une voix : le simple exposé des projets qii 
cette question a soulevés ferait plus d'u 
volume. Les uns préféraient la rivegauch 
âMlM bien que l'établissement de la voie ferré' 
^y«9H| depuis les premières éludes, ait fort coni 

^^Bj^^ pliqué le creusement du canal, sans parli 

^JB^^ il des grandes irèches ouvertes par l'Isère» 

^iK^ • la Drôme, qui exigeraient des travaux d'ai 

très coûteux. D'autres tenaient pour 1 
tive droite, en donnant pour raison que h 
difficultés du terrain sontplus apparenti 
que réelles, les portants des Cévenncs s- 
mntractant à peu de distance du Heuve ' 
étant, comme tels, facilement pénétrable; 
pas de grand affluent à franchir; mais s» 
i.ail le cnîiflMrouveraitde cecôléunlnil, 
assuré par les grandes cités induslriell' 
i\r Rive-de-(jier, Saint-Élienne, Annon:i: 
lis mines de Privas, les carrières de Cli 
mi'rac, les fours à chaux de Tain. Le pr 
mii>r projet, après les essais de Coirrf r 
ISl)8, Cuvenneen 1N2-2, fntexposé.en 18'i 
par l'ingénieur Arhiide Ihnnnnt ; di'solif'f 
\alions plus serrées aboutirent àl'avaii 
projet de 1872 : un canal de 327 kiloni' 
1res, doté de 33 mètres cubes par secon. 
à l'étiage, 45 en volume normal, deva 
- amorcsr sur la rive gauche du Rhône, 
la hauteurdeCondrieu, descendre jusq» 
Mnrnas, passer en siphon sur la ri< 
droite et gagner Montpellier. Mis A Vf 
quête (janvier 187''i) par le conseil géné_r 
des Ponts et Chaussées, subordonné (18 1 



I-I'S Al.l'KS. 1,1. i;iio\i; 




L A -M A 11 M O T T E . 



II AMON 1 X. 



à l'aclif-vement des grands travaux entrepris pour la régtilari- 
jsation du Rhône, objet d'un projet do loi (juin 1876), soumis à 
'la Chambre des dé|)ulés, qui prenait 30 mètres cubes au Rhône, 
30 à risère, reconnu d'utilité publique par la Commission parle- 
mentaire chargée de l'apprécier (juin 1877), remis à plus lard par 
iadisiiolulion de cette Chambre, le projet, après tous ces avatars, 
revint devant le Parlement avec M. de Freyrinet et obtint d'être volé 
(décembre 1879,. Mais la proposition de M. de Freyiiuol se faisait 
l'expression d'une nouvelle combinaison formulée par l'ingénieur 
Cliambrelcnt, chargé de reviser, en le mettant au point, le projet 
Oumonl. De nouveaux remaniements aboutirent au projet de loi di'- 
poséparM.Sadi Carnot (avriM88i: ; on obtint le vote do laChaiiibre, 
le jour même de l'expiration de ses pouvoirs ("29 juillet 1881). 

Les relouehes du Sénat modilièreiit encore le fameux plan. Pour 
un canal et à propos d'un fleuve sous notre main, il nous a fallu près 
de quatre-vingts ans de discussion, et l'œuvre est loin d'être accom- 
plie! Elle se résume ainsi : Duuhle canal, un sur chaque rive. Prise 
d'eau sur la rive droite, à Mornas : dotation, 25 mètres cubes; piise 
d'eau sur la rive gauche, à Romans : dotation, 12 mètres cubes. L'n 
troisième canal puisera au Rhône (rive droite) 12 nièlres cubes, près 
derembouchuie de la Cèze, pour l'irrigation de 33000 hectares de 
terrains bas. Arrosage, circulation, force motrice : tels doivent être 
les bienfaits du mulliplo canal pour les pays riverains. 



FLORE ET FAUNE DES ALPES 

FLORE 

Des palmiers de Menton, à l'i-ldile d'argent qui s'épanouit dans la 
I région des glaces, la végétation s'échelonne par degrés avec les 
formes variées que lui impose le climat. En peu de temps on passe 
! de r.Xfrique au pôle : dans l'oasis du Jardin de Talèfre en plein 
I massif glaciaire du mont RIanc, 2'i phanérogames sur 87 habi- 
tent la Laponie et '6 le .Spilzberg. On dislingue, suivant l'altitude, 
j truis régions végétales dans les Alpes : la rcr/ion inférieure, où crois- 
I sent les arbr-s et les plantes des pays tempérés ; la région subalpine 
j ou foreslièie ; la région alpestre des pdturages, des névés, des glaciers, 
des grands sommets. 

!• Région inférieure. — Chaque espèce de la vie végétale doit à 
l'orientation vers le nord ou le midi, comme à la nature même du 
sol, des différences marquées. A égalité d'altitude, la Provence, le 
Oauphiné, la Savoie ne produisent pas les mêmes plantes, ou les 
produisent différemment. Sur les versants qui regardent la Médi- 
terranée, l'olivier prospère à 600 et 800 mètres d'altitude; son do- 
maine, dans la vallée du Rhône, s'étend jusqu'à Montélimar. Une 



végétation toute méridionale l'aicnnipML'ne «laiis les garrigues : 
lavande, thym, cistes, romarin et auii .s .n Ih is-,.mux à feuille per- 
sistante et parfum aromatique. Aux .Ai,^. /. r;, c/ténes verts et 
/iiHs (t'Aliji, qui s'associent avec \'ulnui\ mi. , dent, à partir de 
Mcmii'liiiiar, le châtaignier, le chêne blanc, etc., arbi'es ;\ feuilles 
(.hluiiues, adaptés au climat plus humide des premières pentes du 
Haviphiiii' et de la Savoie; le houx et le buis, à feuilles persistantes, 
rappellent encore le climat chaud du Midi; mais, sur les landes 
stériles, la fougère, le genél, la brw/ère ont remplacé les arbris- 
seaux aromati(iues des garrigues méridionales. 

2° Région subalpine. — Le châtaignier, le chine, le hêtre, les 
conifères à leuilles caduques comme le mélèze, ou persistantes 
connue les jiins et les sapins, composent la ceinture forestière des 
Alpes, mais ici encore l'orientation et la latitude les distribuent à 
des degrés divers. A 500 mètres, dans les Alpes-Maritimes, l'olivier 
cède la place au chêne, puis au pin, sur les versants exposés nu 
nord; il ne disparait qu'à 800 mètres, sur les versants du sud. De 
même pour le chêne (quercus iler) : à 900 mètres au nord, 1200 mè- 
tres au sud, il recule devant le hêtre; le hêtre à son toui-, vers 
1 3lM) mèlres au nord. I 'lllH inèirr's au s>id, ost remplacé par l'épiréa 




162 



LA FRANCE 




uu cliène blanc {quer- 
cus robur), à 700, 800. 
ou 900 mètres, suivant 
la latitude, puis il 
règne seul et cède la 
place aux sapins. 

Avec le hêtre qui 
l'accompagne, mnis qui 
s'arrête plus bas que 
lui (loOO mètres en 
moyenne), le sapin 
monte : d'abord le sa- 
pin argenté {nfji'< ;." - 
tinnta); \' épicéa, il iit 1 i 
ramure sombre s»- m. !■ 
au feuillage plus clai] 
du sorbier, de Vonne. 
du frêne (que Ion 
trouve à 1800 mètres 
au sud, i 100 mètres 
au nord). Enfin, des 
arbres moins exi- 
geants, le bouleau, ou 
plus robustes, le mé- 
lèze, et plus haut en- 
core, le/)i>i«<ronftorrfM, 
le pin cembro, portent 
la forêt alpestre jus- 
qu'aux pâturages de la 
région glacée. Des ali- 
siers, des chèvrefeuilles, 
des groseilliers, Aesronces fleuries, desairelles à friiil ii<ii . i rMUi;erac- 
compagnentdanslesclairières,lesrocailles,les . ImuIi-. nii-i .|uedes 
fougères, dans les endroits humides; des carex, din.^ b .-^1 l.iubeux. 

Région alpestre. — La forêt monte en moyenne à 1600 et 
1700 mètres dans nos Alpes françaises; pourtant le pimis uncinata 
monte à 1810 mètre* sur le versant mériilional du Yentoux. Si 
rpscal.iJe du sapin s'arrête à 1700 mètres dans les monts du 
Daupliiné, Vépicea, suivant l'exposition, grimpe à 1 900 mètres; le 
mélèze et le cembro, par exception. Jusqu'à 2500 mètres. Alors 
la véi't'tation arborescente se rabougrit; des taillis herbeux, des 
buissons. Vanne verl, le genévrier nain, quelques saules rampants, 
rappellent la forêt; le pâturage commence. Des souches délaissées, 
des troncs oblitérés, dont les dé- 
bris trouent la surface du gazon, 
prouvent que jadis la forêlse pro- 
longeait plus haut; on a brûlé le 
bois pour faire du pré : l'œuvre 
de destruction n'a même pas 
épargné les rkododendroru, celte 
Joie des yeux dans la désolatinn 
des hautes solitudes. -On rencon- 
trait leui-s massifs carminés .'i 
23nO mètres; à peine arrivent-il 
aujourd'hui à 2000 mètres, m 
à côté du rhododendron, une i . 
Unie vaiiélé de plantes et i\'- 
Heurs pirpie le manteau vert îles 
ni pages : le bleu pur des ye?iimHr<, 
les nuances roses et blanches des 
snrifriiges, l'asicr alpin au capitule 
\\'i\o\ à cœur jaune, le lendie 
miio>oli),\f^fi anémones, V edelweiss à 
étoile d'argent. 

I a persistance des neiges, plus 
•pie la rigueur du froid, s'oppose 
à l'ascension des plantes; car la 
température du sol, on l'a cons- 
taté, même au bord des gl.irieis, 
n'arrête pas les fondions de la vie 
végétative chez certaines espères 
parliculières, organisées pour ré- 
sister aux b.'isses lempérnluii's. 
Aussi n-t-on rencontré, au-dessus 
di'S déserts de neiges et de glaces 
qui ne fondent Jamais, les sari- 
frngn opposilifolia {Hm») mètres), 
aarifragn Bvltardi (3 'i80 mètres), 



la campanula cenisia 
i3672 mètres); au col 
du Géant, Vandrosace 
glacialis (3436 mètres); 
enfin, la plus auda- 
cieuse de nos plantes 
alpines, la ranunculus 
glacialis, qui a été trou- 
vée à 4080 mètres sur 
le Schreckhorn, à 
4275 mètres, sur le 
Finsteraarhorn. Plus 
haut encore grimpent 
les lichens; M. Valloten 
a trouvé à 4700 mè- 
tres. Enfln , dans le bain 
t'iacial de la neige elle- 
même, un végétal mi- 
croscopique (hmnato- 
coccus lacustris) dont les 
çellulesmultipliéesres- 
semblent à une poudre 
fine, anime l'étendue 
blanche d'un doux co- 
loris : c'est la neige 
rouge, qui a tant éprouvé 
la sagacité des cher- 
cheurs. 

L'œuvre de la nature 
est faite de nuances : 
d'une espèce à l'autre 
la transition se fait sans heurt, et cela paraît surtout dans la mon- 
tagne. On y observe une sorte de migration des plantes; les unes 
monteni, les autres descendent. Il n'est pas rare de trouver asso- 
ciées s;ii 1. - iip.i liiiis de la vallée de Chamonixdes plantes monta- 
gnard.- I I .1 ~ \A Mlles de la plaine. Certaines espèces, comme le 
rhod',,1, ' ,. ,|. - r iident assez bas, au-dessous de 600 mètres 
dans Ir' m i~~il .1 ■ 1,1 riKtrtr>'ii-;e. à 500 mètres au bord du lac d'An- 
necy. .1 J m iih' h ''^ sur II s \'i Miiils du lac de Côme, mêlé à la vigne 
etàr"li\i'i. Il I ' -u!i.' di' ( ■■ dniildi' mouvement de montée et de 
descente une accuiuiiiudaliuii du la [liante au climat avec lequel elle 
doit vivre. Pour mieux résister au froid des hautes régions, la feuille 



s'épaissit, se ramasse en rosettes, la plante raccoui 
nœuds, se rapproc 




, ses entre- 
du sol, dont 
nipérature est toujours plus 
■ levée que celle de l'air ambiant; 
elle se cramponne aussi, allonge 
>'s racines contre les bourras- 
pies qui pourraient l'enlever; la 
driraison est plus précoce, l'évo- 
lulion de la vie plus rapide, car 
1 1 lé est tardif et court. Maisaussi, 
dans cette atmosphère de plus 
en plus transparente, à mesure 
que diminue la vapeur d'eau, 
sous la chaleur rayonnante et 
l'inlensiti' de la vive Uiniière, dan? 
cet air vif, léger, quelle pureté île 
coloris du rouge, du bleu éclalt 
sur les lleursl 

On l'a vu, Vejposition exerce sur 
la dispersion des végétaux une 
iniluence décisive : on est s»r- 
|iris de trouver ;ï certaines alli- 
ludes des plantes amies de la 
cluileur, une dore provençale sni 
certains coteaux ensoleillés de l;i 
.^avoie. Le sol, à son tour, a sn 
n|iercussion dans la vie de la 
[dante et introduit des diiïérenco; 
raractéristiques entie la végéta- 
hun des Alpes siliceuses et de^ 
\l|ies calcaires. Des îlots se trou- 
Miit ainsi transportés d'une ré- 
Lhiii dans l'autre. 

Les ^1 Ipes et les Pi/rénéet 
possèdent une glande quantili' 
d'espèces communes, l'ourlaiii 



LK; 



Aij'i:s. 



r,i- niK'iM- 



IG3 



J. Bonnier a signalé l'al>- 
kence de IV/nréii et ilu mi- 
hze dans la chaîne pyi<'- 
i^enne; en retour, less(7,ri- 
IvajMSont nombreux dans 
Vi loae alpine. Il y aurait 
i-u échange entre les deux 
^ysl^mes montagneux, 
nais souvent des .l//if< 
iix Pyrénées. Enlin, sur 
00 plantes regardées 
orame caractéristiques de 
los Alpes, 36 pour 100 leur 
eraient communes ave.- 
fS montagnes septeiilrio- 
lales, principalemi'Ut dans 
hs régions polaires, en no- 
>inl celte différence, qu'un 
ertain nombre d'entre 
Iles se trouvent à des ni- 
eauxplushas.en Laponie 
ar exemple, et cela est eu 
ffel très naturel, la lali- 
ude compensant les différ- 
ences d'altitude. 

FAUNE 

A mesure que l'on s'é- 

■ve dans les montagnes, 

• froid, en s'aggravant, 

srène les manifestations 

e la vie, mais leur donne 
les formes plus originales, 
'ar la nécessité imposée 

iix animaux et aux plantes 

•■ s'adapter aux exigences 

Il milieu où ils vivent. 
Mammifères. —Avant 

ue les chasseurs l'eus- 

:'nl refoulé dans les le- 

ailes pres<|ue inaccessi- 

les des hauts sommets, le aiioiu lu monta 

'lamois (capra rupicapra 

inn.i animait de ses ébats le voisinage des premières neiges. Sa 

luplesse incroyable, son courage, ses ruses, n'ont fait qu'exciter 

aideurde ses ennemis. Chaque année en voit des hécatombes; 

lais la frugalité du 

tiamois, une aptitude 

resque ind.'finie de 

•sistance à la fatigue 

lauxintempéiies,onl 

isqu'iciempéch.-que 

i race ne disparût. 
: en reste de notn- 

reuses familles dans 

•s montagnes des 

ousses, la Vanoise, 

Ûisans, les hautes 
.allées de l'Arc et de 
]ls^re. La limidit.* du 
ihamois, toujours 
'urchassé, est deve- 

ue excessive : le 

■ oindre bruit l'ef- 

aye. Très retiré, il 

it en été de rares 

'Uffes d'herbes et 

'arbustes; l'hiver, en 

l-'ignant les chas- 

'urs, élargit son do- 

laine : il descend en 

n*te de lichens, d'é- 

>rces tendres, de 

'ulTes desséchées. 
.Si le hou<iuelm (capra 

•••i Linn.) n'était soi- 

aeusement défendu 





sur lo territoire de chasse 
du roi d'Italie en Piémont, 
peut-être aurait-il à présent 
disparu des Alpes occiden- 
tales. 1.0 courage de cet 
animal est extrême, son 
agilité incomparable. Pour- 
tant, il s'apprivoise facilo- 
niint : on en voyait autrc- 
• ■'isse mêler aux troupeaux 
qui vontestiverchaque an- 
née su ries hauts pu turages. 
l,'(/i(rs brun (iirsiis ardus 

I imi.) habite les forêts du 
\ c rcors et les districts 
MiuMlagneux les plus boi- 
si'-s de la Savoie; mais il se 
fait plus rare de jour en 
jour. Presque jamais il ne 
se |ias:inl'> dans la région 
,|,-i 11' i-. s; l'hiver le fait 
J'-. .i,,!).- jusque près des 

II ilil.iliMiis, 'i III. lins qu'il 
II'- 1.' r.iiiiiiM' .l.-iiix s. m (rou. 

ou Imii|i-i II v iiT, ciiriire as- 
sez uumiiuiu eu Suisse, il y 
a un siècle, doit être con- 
sidéré comme à peu près 
.lisiiaiu : le dernier aurait 
l'-W' tué, d'après Tscbudi, 
m 1Ht)7, en Valais. D'un 
tiiiqiéramcnt féroce, le 
lynx tuait pour le plaisir de 
tuer: chèvres et moutons, 
niaiiiiottes et tétras, telles 
riajiMit ses victimes indi- 

Iiaires. 

\,'hirmine, ou belette des 
neiges(mîi.'i<e/rt?iir(i/!;(l,inn.) 
ne fait plus que de rares 
apparitions, à la poursuite 
doscampagnnls, jusque sur 
les sommets neigeux. 
La marmiilte {nrcUmiys marmotta], cet amusant rongeur qui réjouit 
notre enfance par ses gambades et ses grimaces au bras de quelque 
jeune Savoyard, exilé des montagnes comme lui, passe sa vie, au 
pays du chamois, non 
loin des neiges, à 
brouter le gazon qui 
végète à l'abri de quel- 
i\\u\ riichnr. Les mar- 
iiiiiiti's se groupent en 
laiiiilles; tandis qu'el- 
lissi; reposent, lissent 
leur fouirure ou gam- 
badent au beau soleil, 
un vétéran de la 
troupe veille à la sé- 
curité commune. 
Qu'un chasseur, un 
oiseau de proie, un 
earnassiei- s'approche, 
un petit cri déchire 
l'air : toute la troupe 
disparaît sous terre. 
C'est là que, au fond de 
leurs galeries, les 
•iKintiotlis passent de 
Inngs mois d'hiver, 
dans une sorle de 
chambre garnie de 
fourrages, condam- 
ri.'is à tin jeiîne pro- 
I 11-' i|iii, en ralen- 
11-..111I .1 l'extrême les 
IwiH lions vitales, les 
plonge dans une sorte 



Phot. de M. Oddouz. 
: II S . 



FRANCE 




,Ie sommeil l.Hliargique. On recherche la marmoUe pour sa four- 
rure dpaisse. Bien qu'on l'ait exterminée dans certaines parties des 
Alpes, elle vit encore en nombreuses familles, dans la région de 
Vallouise, par exemple. 

I.e cainiiagniil des neiges (articula nivalis Mart.), autre rongeur 
parent des marmottes, mais de taille plus pelile, se creuse des ter- 
riers dans le voisinage des neiges ou 
furète à la manière des souris dans 
les cabanes de bergers, sur les hauls 
pâturages. I.e lièvre des Alpes {lepus 
variahilis Pall.) est un animal bizarre; 
l'hiver venu, son pelage fauve s'har- 
monise avec la natuie qui l'entoure. 
On le dirait d'abord couvert de flo- 
cons do neige; peu h. peu li'S taches 
blanrhes s'élargissent, se rejoignent, 
enveloppent noire lièvre d'une robe 
immaculée, sa meilleure défense, 
puistiu'clle le soustrait à la vue sur 
l'uniforme étendue de la montagne 
neigeuse. I.e lièvre des Alpes ne des- 
cend jamais au-dessous de lOÛO mè- 
tres, mais il peuts'élever jusqu'à 3000 
et même plus; on le rencontre dans 

toules les parties de la chaîne, en Sa- uouMiUEriN d 

voie, en Daupbiné, en Suisse, en 
Tyrol, comme aux Pyrénées et dans 

le Caucase. Il hahile, durant l'élé, la zone intermédiaire dos sa- 
lins et des neiges permanentes; l'hiver le fait descendre, mais, loin 
de somnoler comme la marmotte, il cherche sous la neige des 
écorces, des racines, des herbessèchesdont il fait son maigre repas. 
Oiseaux. — Los grandes altitudes appartiennent au vautour des 
Alpes ou giJi>'<'le hnrhu {r/i/pnetiis barbnlus Cuv.) et à Vaigle royal 
(a<iuiln fxdva Cuv.). Le premier se faisait rare, il y a quelque cin- 
quanle ans, dans le Uaupliiné, ende l'Oisans et la Maurienno : on 
en v,l d'assez audacieux p^ur s'attaquer au chamois, rarement tou- 
tefois avec succès, rar le gracieux ruminant est armé de deux 
rr.rnes solides cl pointues, et le courage ne lui fait pas défaut. 
Vauliiiirs et gypaètes seinldent avoir émigré di^s Alpes savoyardes 
et dauphinoises. Les aiijlif, au contraire, sont assez nombreux 
iliris l>s grands escarpeiuenls : non li.in de Grenoble, à la Char- 
liiii-e, dans le Vorcors,méme soi' les hautes montagnes cristallines 
de l'iilsans Kl dans les gorgi's di- la nomanche. 

Milans, faucons, buses, busanh se ii.irlagent avec la chiiuelte et le 
/./i./it rirnrul-duc {slrix bubo I.in.), les znnes inférieures. Celui-ci, très 
rare en I'"ran'r, a élu domicile dans les grandes forêls de la Savoie 
et du Danphinè. \,h encore habitent, pour la grande joie des voraces: 
\:ii/elinnlle, h; faisan < p/insianiis cnlcliiai.\ I.in. , [l'.iiramlli'lras letrao vro- 
gallits Lin., de plus en plus rare; et, au-dessus de ce monde cni- 




plumé, le titras lagopède [tetrao In- 
(jopus Linn.) dont le plumage brun 
clair, tacheté de noir, passe avec 
riiiver au blanc pur de la neige. 
A un niveau plus élevé, tourbil- 
lonnent, autour des rochers noirs, 
mouchetés de blanches plaques 
neigeuses, les corneilles alpines ou 
chuqiiards (pyrrhncorax pijrrhocurax 
Ciiv.),àpieds rouges, au bec jaune, 
qui nichent et vivent jusqu'à plus 
de 3000 mètres de hauteur. De 
jolis petits oiseaux, Vaccenteur des 
Alpes, le bruant des neiges, la ber- 
geronnette jaune, égayent de leurs 
ébats les savanes blanches des 
hautes cimes : aucun n'égale, pour 
la beauté de sa livrée, le ticliodrome 
àchelette au manteau cramoisi, qui 
grimpe, les ailes mi-ouvertes, le 
long des rochers, à la pouisuite 
des insectes qu'il pique de son bec 
recourbé et pointu. Jamais on ne 
le vit percher sur un arbre; de 
Saussure l'a rencontré h. 3362 mè- 
ties, au iiiiliru ilrs glaces du Géant. 
Lèse./; 'f ,ni r i,nir.^ iiirriis corax Lin.) 
sont,Mi>-i l's li,.if...s (les sommets : 
ils cliassenl les petits rongeurs, 
marmottes, etc. Des pics les plus abrupts 
le martinetàventre blanc (c<///se/«s a'/)!m(s) 
fond sur sa proie en l'enveloppant, comme 
en un filet, de cercles extrêmement 
rapides. 

Au II 1 1 ! : -r.inds lacs, vit un monde 
àpail : i I I vlVa.\^\eJean-le-BlaM 

[A. I > ' <.uv.), qui habite les h- 

laises .--i aij" . s lia lac du Bourget, bat les 
buis à la recherche des perdrix et des tétras, 
chasse h s reptiles, explore les étangs 
et les rivières, pèche le poisson. Paifois le 
milan royal tombe sur sa proie, la saisit h 
la surfaie de l'eau et l'enlève dans ses 
serres avec la rapidité de la foudre. Pour 
le caihartes aliiiioche, vautour au plumage 
Manchàlie, qui habite la Dent du Chat, au- 
dessus du Rourget, les roches du Salèvc 
et lis plateaux du Vercors, il se repaîtde 
iharoiîues; le faucon pèlerin chasse les 

Chaiiue année l'automne attire le long 
des lacs des bandes à'oies rieuses [amer 
albifrons), de canards, de grèbes, de cormo- 
rans, de cygnes et de hérons: tous .se livrent 
à la pèche. De beaux cygnes s'ébattert 




i.i:s Ai.i'i:s. i.i: uhùm- 



K.S 




urles eaux dulacdi; Genève, des nuées de mouetles y volligeiit à la 
•uiface des eaux, cl l'on peut voir, dans quelque anse retirée, la 
emelle du grèbe huppé, promenant ses petits sur son dos, au-dessus 
les eaux tranquilles. 

Rarement les reptiles quittent les régions basses; ils ont besoin de 
haleur pour vivre. Cependant \eli:ard vivipare se rencontre jusqu'à 
a limite des neiges; l'orvet {anguis fragitis) se trouve au Pelit-Saint- 
femard; la salainawlre noire et le trilon alpestre, à 2o00 mètres et 
ilus (abondants dans le lac Uobert et le niassifde Belledonnc). Lecra- 
lawl, capable de sup|iorter de longs jeunes, résiste bien au froid en 
•e terrant; la grenouille rousse mieux encore : ses œufs et larves, 
.Tice à une sécrétion muqueuse préservatrice, peuvent subsister de 
ongs miiis sous la neige cl même la glace. 

Poissons. —Dans les torrents, bs rivières et les lacs alpestres vit 
ine nombreuse population aquatique, dont les va- 
■iélés les plus communes sont : le gardon, Vablelle, 
e goujon, la tanche, la carpe. Mais la truite et le 
•roehet sont les plus beaux poissons des Alpes : ils 
irennenl, dans les lacs, des proportions bien 
•upérieures à la taille de leurs congénères do 
ivière; la tntite saumonée {trulta lacustris Lin.) 
lu lac de Genève peut atteindre plus de 1°',20 et 
leser jusi|u'à2o ou même 31J kilogrammes, tandis 
|ue la truite commune ne dépasse guère O^jSO à 
'",60 de long, et comme ptiids 7 à 8 kilogrammes. 
•n pèeiie le brocliet dans la Durance, l'Isère, le 
lliône, les lacs de la Savoie, de la Suisse et du 
lorJ de l'Italie : c'est une terrible bète de proie. 

I a pour frères, dans les lacs alpins : Voinbre- 
\tmtier, le lavaret qui abcmdent dans les lacs 
.\niiecy, du B'iurL'el, de Genève ; par malheur 
>9 beaux salinoni.lés recèlent quelquefois les 
•rmes d- gi amis ji.iiasites tels que le ténia... 

\.aper>lie de rivière est fort estimée des gour- 
iieis; la lotc, commune dans le Hliône et le lae 

II Bourget, a le singulier instinct, vivant liabi- 
uellemenl dans les fonds, de lemonler au nio- 
fientdu fiai, et de sauter sur le gravier de la rive 
our y déposer ses œufs. Singulier poisson que 
/ilose {alosa vulgaris Cuv.), qui remonte de la Mé- 
ilerranée parle Rhône jusqu'en Savoie et même 

Genève, pour y déposer sa progéniture et rega- 



gner la mer en anl ne. ..\in>i (ail é-ab'nienl ran-nillr. I.e sau- 
mon qui passe, de rd./'an ii.ir la l.nire, dans nus livières de 
l'ouest, ne se nirmlre pa-; dans b'S bns al|iinv. 

Insectes et mollusques. I ne im inyalil.' puimlation d'êtres 
vivants s'au'ile à tnns ji-s dei;ii-s de la iimnla-ne : la idupartdes tou- 
ristes, captivés et cinnnie éerasés par la grandeur des spectacles qui 
se déroulent sous leurs yeux, n'aperçoivent guère ce petit monde 
qui s'agite, du plus humble brin d'herbe jusqu'aux neiges et aux 
cimes les plus inaccessibles. Avec le soleil, chacun s'éveille, quitte 
sa retraite, s'ébat au grand jour. 11 y a des insectes carnassiers, qui 
déciment les espèces nuisibles ou dangereuses par leur nombre ; 
d'autres qui expurgent le sol des impuretés qui gâteraient la sève 
nourricière des plantes. Pai'mi les carnassiers : les cicindélides, vrais 
tigres coléoptères, qui saisissent leur proie à la course, jusque dans 




CUiiVllES UA> 



166 



LA FRAxNCE 



le voisinage des glaciers; les carabides, ennemis des limaces, des 
vers blancs et des rongeurs; le cnrnbiis auronitens, au corsage rouge 
feu sur un habit d'un vert mélallique. Les dytiscides sont les pirates 
des mares; les staphylionidcs clierrhent leur vie sous les mousses, 
les détritus, les pierres, dans les fourmilières el sur les champi- 
gnons. Aux tu'crop/iitres apiiailii'ul un iscrvire de salulirité publique. 



laten, aux ailes blanches, découpées par un échiquier noir; le 
sati/riis ffermione, un elTrontéqui se pose sur les épaules etjusquesur 
le nez du promeneui-; Vcrebias au manteau brun velouté, qui voltige 
nièiip' >iir hs mniaines des grands glaciers; des satyres encore, 
le briM., .1,111 |i.iii;i(lié blanc, le co/ias, jaune, le </ono/)<eri/.r, dont le 
vol il.'iil il. s iMits de flamme; le C. hyalc, d'un jaune sombre 
brodé de noir; le ;)o/i/o- 
iniitiis, aux reflets irisés d'un 
ijianteau cuivre et feu; le 
//. sylvnniis, jaune fauve, 
qui sautille de fleur en 
Ikur; le T. riibi, vert clair, 
qui se perd dans 1 herbe; 
le gracieux strinia cbahraUi, 
aux ailes rayées d'un treil- 
lis brun; \e psodos alpinata, 
dont l'aile noire est tachée 
d'une goutte jaune. 

]u. lOCO à 2000 mètres. 
1.' ni.i|r>hieux Purnasshis 
Aj ulh, , i.ilc ses ailes blan- 




■s ti 



ime 



.LEVE, ou T I 



L U C N T U ' 



comme aux hyènes et aux chacals du désert : ils enfouissent les ca- 
davres Aucontraire, ]esmél(iliinthidef, les liicanides (dontlalarve pro- 
duit le cerf-volant), les téndiles sont des insectes nuisibles, parce 
qu'ils s'attaquent aux arbres, dont les uns dévorent la racine et les 
autres perforent l'écorce. Les tomicides font paifois de tels dégâts 
dans les foréls et les jardins qu'il fallut, voilà un siècle, incendier 
plusieurs milliers d'hectares de bois dans le llarz pour en délivrer 
la conli ée : leurs pattes sont armées de leriibles ci'ochets. Quelques 
insectes sont fort beaux, les biiptslridcs, jiar exemple, dont la robe 
métallique a les éclats de l'or, ce qui les a fait suimommer richards; 
la pyracbra cocchiea. tète noire sur un habit écarlate ; parmi les vési- 
cants, le mytnliris Frossiini, à robe noire rayée de quatre lisérés 
jaunes; les clirysomi'lides, rivaux des biipreslidis par l'éclat di; leur 
vêlement rayé de rouge fou. 

L'humble cnccinrlle, sous sa petite coupole rouge laelielée de iioiuts 
noirs, fait une guerre acharnée aux colonies grouillâmes de puce- 
rons dévastateurs; les hyménoptères, d'autre part, poursuivent les 
larves qui rongent les arbres elles plantes. La bienfaisance des uns 
rachète la malfai.sance des autres. 

Plus heureux que les coléoptères, les lépidoptères ou pnpiUnns owl 
le eon d'allirer le rccard le plus distrait : ils animent de leur vol capri- 
cieux et de leurs jnlies couleurs les cimes les plus désolées. Les 
uns vivent de jour (bs tUd- 
palocèrcs), d'autres la nuit 
(les hcli'rocères) el dormi-nl 
pendant que leurs congé- 
nères pretitienl un bain 
d'air pur el de soleil. Quelle 
variété de couleurs, de 
tailles el d'humeur volage 
parmi le» papillonsdcs prai- 
ries et des clairières! Les 
lycàncs ou « bleus » sont 
partout : le melanargia ga- 



uiir luiiiiie It'gère, brodées 
dr tli-ques de v.-rmillon; 
sou rival, le thms inedesi- 
cafle, aux ailes roses qua- 
drillées de noir, habite de 
préférence les Alpes méri- 
dionales et les sommets voi- 
sins de Digne. Au-dessus de 
2000 mètres, les bleus, sa- 
phirs vivants; les lycvsmi 
iijiitilcte, améthyste animée, 
se jouent dans l'azur. lîien 
n'est sans vie, même dans 
l'alTreux désert des glaces : 
là vit, groupée en colonies, 
la pûdurelle ou puce des ghi- 
ciers (desuria glacialis), in- 
secte si petit qu'on le preii- 
u \\ hii. drait, à la surface de I.' 

Lits noMMis DLs ALPLs iieigc, pour une pincée di 

poudre noire : au moindu 
bruit, tout cela saute, dis 
paraît dans d'étroites fissures invisibles, entre chaque grain di 
névé; des familles de podurelles ont été vues dans le Pelvoux, sur li 
glacier du Tacul. 11 n'est pas ju.squ'aux mollusques, ces êtres .s 
peu doués pour le mouvement, qui ne se l'etrouvenl avec les gla 
ces; Yhelix atpina se cache dans les fentes des rochers, sous le 
pierreset les gazons humides entre 1 100 et 2 100 mètres; il abomli 
à la (li-aude-Cliarlreuse. La taille de sa ciHiuille ne d>'|iasse pa 
2(1 niillimètrcs de diamètre, lie iiuoi peut-il luen vivre? 



popi;lations piumitives 

lorsque, par le soulèvement des m.issifs alpestres au début de l'rf.'; 
(IU(ilern<nre^cs glaciers, alimentés d'abondantes précipitations almo^ 
pliêric|ues, poussaient rlnns l.i vallée du fthnoe. nu delà de l.yon, et chni 



geaieni le Li 
glacé, où p. uni il 
humaine des m! i i 
première appan' in <'•■■ 1 1, i 
elles plus tard et essaiiuLus 
tôt, sous l'influence d'un cli 
donnant sur leur front les ni 
les blues erratiques de rnclu 




m- les bas versants du pourtour. Mais bici 
lat sec et froid, les glaciers reculèrent, abnn 
raines et les boues glaciaires, sur leurs llanr 
s cristallines, témoins de leur pass.Tgc. D'iii 
pétueux torrents nés delafonl 
des glaces ravinèrent les alln 
vions anciennes, dêeoiipiirfi 
les sommets, ouvrirent di 
voies il l'invasion huniaini 
en même temps que l'adoi 
eissenient du climat pW I 
plus grande humidité alino; 
plieriipie faviirisait le (lévi 
hqipemcnt de la végétali" 
sylvalique. Celte profonde nv 
dilication du régime nlpcsli 
coïncide avec l'arrivée i 



LES ALPES. — LE UliÙNE 



167 



[ rimilivcs, les paléolithiques, qui Imbilaient les abris sous 
. halète : on u rolrovivé à VoiriiT los ilflins de leur griissiùrc 
iiiiMes aux ossoiiu'iils du renne, ilu niiuiininutli, du lioui|uolin et 
luinaux relejîues aujourdluii dans les elinials septentrionaux, ou 
-UT It - sommets des Alpes. Du silex, ils faisaient des Imelies grossières ; 
mt l:i ramure des rennes, des pointes de sagaies pour la cliasse, des luirpi 



injures du temps, In tombe est rocouvcrto d'un toit fait d une table do 
pierre en apparence indestructible. Tels sont les uioniinienls niégalilliii|ues, 
dolmens, etc. 

Ces lionunes do la iiierre polie témoignent d'instincts sociaux pins pro- 
noncés, d'une intelligence plus vive que leurs prédécesseurs do la /lierre 
^•lalée : quelques objets de bronze trouvés sous les gros blocs de leurs 




iaii>elés pour la pèche C et miil t- 
• L-chcurs que ivs ]iriiiiitir< : I - l'ii-, 
irttgrêà de II f'iit. l in I i: i,— 
namni'iulhs et Irl, pli uii > !. i ! 
jsparailredes .\1|ms, i;ii ml 1- - > ti i-- 
slila suite de leur gibiirpicfri{. l'.ii- 
lodyles du Snléve^ peut-être frères de 
.'hui, appartiennent à la race dite 
'olichocéphale (à crâne allonge . 
lais le plus ancien r.-prësentant M 
espèce humaine dans les Al|i- - 
•arait être l'homme <• chelleen ■. r..,i 
•mporain de l'e/r/i/ids nu. , < , > 
époque la plus lointaine .1. 1 ■ ;■ 
ilatée (gisem.'nt de Cm- ii, ! i 
1 Drrtme . A colé d; ce |Miiiiilil, i - 
'iliclKK-^p/iiiles du S.ileve. frères il.> 
lagdaleni ins de la bordu^'ne, el.iieni 
■resque des civilises : les dessins 
animaux et de f^-ullln^res. f;raves 
la pointe sur I -urs inslniuiinls i\r 
che et de chasse, dénotent une 
ptitude ar'.istique singulière, pour 
a âge aussi reculé. 
L'âge néolithique ou de la pierre 
ciuvelle mulliplie sur le pi.iirt.oinl - 
{lpe.i, rarement ilm- 1 i m ■:ii ilmj 
■s haches pili»--. mini 1 i' 
idustri.- déjà m n^ : !, i, n i 
'a dislingue, d:.ii, 1:- I y. 1 i 
roupes de haches polies ; les un - 
mgues. épaisses et arrondies, eui 
run'ees aux alluvions glaciaires 
ans la Savoie et la Suisse; les au 
•es plus ou moins petites et trian- 
ulaires, provenant de cailloux lor- 
ntiels, qui se trouvent commune- 
lent dans le Dauphiné méridion-il. 
Provence, le comté de Nice. t.. - 
jreaux venus, qui savent polir I i 
ierre, viennent de l'est : pasliiirs .1 
griculteurs, ils lahourenl. eollivenl 
s céréales, fabriquent une p..!. rie 
rossière h peine cuite, enfin eni- 
ient des animaux domesliipies. l.n 
e est caractérisée par la forme 
rrondie du crâne : ce sont des 
hijcti.liules. Pour eux. la mori 
tant une nouvelle vie, la toinljc du 
éfunt doit rappeler sa maison : il y 
5t enseveli avec les outils de son 
•avail, ses armes, des objets de 
anire, et, pour le préscr\-er des 



! \lM- .lejà les 


lesb 


! , 1 II- MM allaient 


pemi 


iiLin. 11! vris le nord- 


Un 


, l.t l.iee large, les tro- 


donn 


Esquimaux d'aujonr- 


leslm 



rieiil. OiMll.iiil les abris 
mages sur pilotis, dans 
lin de la rive. Ces grou- 

au fvpc ihlichocépliale 
■araelere delinitif. Alors 



ises et plus grandes, failes , 



^^j' B^^^^^~^^^^HB 










iBL 


"^^r^ai^ggpgiiM^^MI 



eloll'es de lin; le prniini'. Ir i . ii-ur 
sont connus: le boni. Ir . h. \A. le 
moulon, la chèvre sont iluiiie.-luiiies. 
I.'àge de bronze appartient, 
comme celui de ia pierre polie, !\ la 
race hiai'lnifqihale \k tète ronde). 
N.M.s -.1,,,,,,,- à r,,n,,„v ,1e l'bis- 



ImMV .1. 1 1 h 
l'Iirr 1 ri:, II, .11 


l'I:, Il- voMteher- 

\ il, - Cl- itrn.les, car 


l,'l;,ir, rnhir 


.,\, , 1,- . iiivi'c, dans 


lalllarr ,lu 


ri,n/e. hes armes et 


|,'s nllIIN lui'' 


s p.arles néo-lirachy- 


r,v /,„/«, ers 


avanl -coureurs des 


Celles, on /V, 


e//r/),ev, (l,,iv,iil ,'i la 


pureté de 1. n 




à l'usure do 1 


n,|i- II. ,11- 1, - ,!, |,i'is 



.,.,,,1 . ,1, \l j. •• .|r r. I il|,,iis com- 

M,. I. , ,1, , -, . I. ii-i,,. -. !.,■ prin- 
, ,|, ,1 ,|,., , - h-, -,,i- , , l,,i Ar noalhn, 
Hij.icirdlmi au musée île Saint-Ger- 
iiialn, comple près de bOO pièces. 
iir le village de Réallon, près d'Em- 
lii un, conduit iiuncol, anciennement 
frei|ucnlè, qui dépasse 2 ;>00 mètres 



168 



LA FRANCE 




lUT PO un 



ijaltituil . I ,!-. des ouvriers ambulants, ne craignaient pas, on 

If v.iil ' . iir même des Alpes. Avec leurs trésors, peut- 

tln- <]■■- -, auxquels ils s'approvisionnaient sur la route, 

ont élc iin- V j.M... -.1 un grand nombre de points de la Savoie et de 
l'Isère, les uulils employés par l'industrie du bronze, marteaux, poinçons, 
culots, qui constituaient de vérita- 
bles slaticius mélallurgii|ui-s. des 
fimilerien |, !:..■.■,.- i|;,„s 1 ■ v.u-ii,:,-,. 
des pas>.-iL- - 1-- |.!m. IV. ,|,,, ni. -. 

Avec l'âge du fer. \^'\^'\ '■• i;ii I - 
Celles et i...l.ar, uu i,.,nl..,-. ~l 



et en nevés 
la chaleur e 
ricières de 
qu'rll. p,„, 



race dolk/wcéi/liule, coi 
léolithiques de la pierre ( 
néolithiqurs d.' 1.1 siço 




il .1.: 



tram lies dont ils savent relier ll^s 
poutres par des crampons métalli- 
ques (oppida du Pctit-Saléve, du 
Cliatelard) : des fibules, (h-^- iil.iqin - 
lie ceinturon, des haches d" I i . ! - 
liraceli'ls en jais se retroiiv. ni dni 
leurs tombeaux. .M. de Murlilltl dr 
signe sous le nom de IlulUtiiUkitnr 
l'époque du premier âge du fer, suc- 
cédant immédiatement à celle du 
lininze, parce que c'est à IIillsl ill, 
dans la haute Autriche, que si- lii.iiv i 
le type caractéristique de > . II.- < ivi- 
lisaliiin maniresléc parson irlrUl^ll■|l■. 
M. E. Chantre, qui a étudié les sépul- 
tures isolées et les nécropoles ih- 
Mpes, a constaté que leurs mobilier- 
funéraires sont à peu prés tous en 
liri.i/r, mais qu'ils ililTi-rcnl, par une 
riciiiiv ori^clnale, des ohjels caracte- 
ri>tiqiies de l'Ape précèdent. C'est 
dimc là une industrie iiihirii,-,li,iip. 
«nlre le bronze i-t le f.r. 'r^u- . .■> ..|i- 
jels ont été Iraiispnrlés .m Mu-, uni 
.le I.y-.n. A .S'<.,'»M'cr«/i. I- viII.'.k,. |.- 
plus ehvé d,; France {±i\\f, mètn- 
M. II. T.iiirniçr a f lil aiis-i d iulén- 
sanli-1 dçciiuviTle». I. • -i ^i\ . |. . /., 
mulit.1 de la nirin 
dans le Jura, en I 
llourgiigne et en -i. 
p.iles alpines ont I. |>l..- .. 
Ileriiulés par les iiniilms I 
de l'i'ige du fer, les Aci/./. 7 
de la pierre polie et de l'i'ii-'c '!• I.r..ii 




ne se laissèrent pas entièrement sub- 
merger : ce sont eux qui consliluenl 
encore le fond de la population de 
la haute région des Alpes; il y a 
une parente de race entre le Savoyard, 
h Bas Breton et 1 \uvergnat, mais 
I expression la plus pure de la race 
bni.li\LephaIc ici ine court se trouve 
tn Sa^ule Mtlee aux peuples autoch- 
tonts des Al/es et bientôt absorbée 
par lesx-uncus K race conquérante 
i-t gutrrRie des Ijalales-AUoùrof/es \a, 
défendit, a\ee eux le passage des mon- 
tagnes contre k Ilot montant de l'in- 
xasion lomaine et c est d'Auvergne, 
cette citadelle naturelle de notre pays, 
(juc st Useront les derniers cham- 
pions de 1 indépendance gauloise. 



CLIMAT 

DES ALPES 



La montagne est un merveilleux 
lalioiatoiie : entre elle et l'almo- 
splière s'établit un mutuel courant 
d'énergie. Par les cimes, la nion- 
lai.'ne puise au plus haut des airs 
les vapeurs suspendues qu'elle con- 
dense en brouillards, distille en 
pluie fine, ou bien réduit en neige 
constituent les immenses réserves glaciaires d'où 
fusion feront jaillir, en temps utile, les eaux nour- 
hiine. Mais en retour de cette action bienfaisante 
I', la iiiuniagne reçoit, des forces mises en jeu par 
elle, une empreinte qui modifie 
sa structure et sa physionomie. 
Ses traits s'accusent par l'érosion, 
liépouillée des sédimenis préser- 
vateurs, la roche s'effrite, se 
.i. sLi .' -|. et croule; par suite, 
1 .ill:ii--' ment général du rcliel 
.iin..iii.li II la puissance de son 
ai tion dans l'air et restreint son 
rayonnement aux alentours. Ainsi 
la montagne s'épuise par sa pro- 
]ire activité jusqu'à ce que l'ef 
fort continu des agents atmosphé- 
riques, après l'avoir découiiée en 
iniirreaux et réduite en miettes. 
lali.iisse au terre à terre du sol 
.■nv,-l„|,panl. 

.\.is .1 /yicv sont toujours jeune.' 
ri lii'i r> ; 11. .ur riil.iiiiéi's .ni'. ■lie- 



len 



sateur de l'Europe. 

Lorsque, sous l'induence di 
relroidisseinent nocturne ou il'ui 
abaissement accidentel de tcni 
[léiature, les vapeurs qui soni 
iiieillontdans les vallées rencon 
Innt une paroi froide, elles s'\ 
allachenl, prennent la cousis 
lance vésiculaire du brouillard 
II' n'est pas la pluie, mais ce n'e.- 
plus la simple vapeur d'eau 
I rite buée s'étire comme une fu 
ruée légère, s'étend, suspend au) 
.ispi'rités son éch.irpe de gaie 
liienlôt on la voit llotter dam 
I lir, envelopper les [ilus haut; 
^.ininels, emplir 1rs Inlervalle' 
r.iiiime une ouate (loconncusi 
d'où les crêtes éniergcnl 
p.ireilles à des récifs au-dessii 
.l'un océan laiteux. I.e brimillan 
Ubt lerrilile dans les moul.il-Mli' 



l-i:S ALl'KS. 



Lie UIIOMÎ 




omme sur la mer: les précipices suiis loinl, les crevasses béanles, 
i-s éciieils semés à chaque pas, tout se voile aux yeux du vnyaçîour. 
'arfois, grâce à la réfraction de la luniiéie au travers des goullc- 
■lles tenues en suspension dans l'atmosijlii're, il se produit sur le 
• nd du décor floronneux une sorte de mirage : dos formes fantas- 
ques se dessinent etajoiitent à l'effioi de lisulement. Ci'S fantômes 



e l'air ont été vus au Brocken, dans 
•â Alpes nh'HIqnes, dans les monls 
Appenzell. Au souffle du vent, snus 
•■clair dun rayon de soleil qui le tr;i- 
'■rse, le brouillard se détend, s'efli- 
'che, disparaît. Lorsqu'il estinvisiHc> 
"en bas, sous son masque nébuleux, 
n dit que le mont Blanc a son « bon- 
•"t-; si le nuaiie s'étale vers l'esl, en 
eux longues traînées de vapeurs, on 
il qu'il a Vilne; que la poussée de l'air 
liasse la m-ige et érlievelle les crêtes 
une aigrette mobile et brillante, le 
•m Diane •• fume sa |>ipe ». 
Pluies. — Le mont Blanc n'a pas 
'î rival au monde pour l'étude des 
nndes perlurbalions atmospliéri- 
iies. C'est un rendez-vous de nuai^es ; 
les attire comme le paratonncri'' 
'pelle la foudre. Au contact des 
lutes cimes, la vapeur d'eau cliai - 
e dans lair par le vent se devers.- 
i /</«!>. Celte grande arête rnonta- 
ieu.se, l'épine dorsale de l'Europi-, 
le dessinent bs Pyrénées, les Cé- 
nnes, les Alpes occidentales, rén- 
ales, orientales, dont l'éperon si- 
lie aux Carpatlies et pousse en Asie 
ir le (Caucase, forme le condensateur 
ir excellence d.'S vapeurs aspirées 
ir la chaleur S'daire au-dessus des 
n-s tropicales. Le vent du sud-ouest 
i pou.sse contre les Pyrénées, où 
es laissent une première pi'écipi- 



iies di 



17., d;i 




''^^ï^ 



«v! 



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Fb/ 



lalion, puis sur les Cévennes, où elles se résolvent encore; enlln 
sur les Alpes, où elles fondent en abondance, k cause de l'altitude 
et de la basse température des sommets. Il pleut abondamment, 
môme à l'approche des montagnes : à Lyon, la moyenne annuelle 
des pluies est de 77G millimètres, tandis qu'elle s'abaisse en Cham- 
pagne à 400 millimétrés. Aucune région des Alpes n'est plus arrosée 
.lui' le wu„t. ninnc et la vallée de l'Arve : la pluie atteint là 1200 à 
1 400 millimètres de hauteur, en année 
moyenne; les grands massifs des 
Alpes Pennines et des Alpes (Jrées, 
ceux de Savoie, le Pelvoux ainsi que 
la portion orientale des Alpes-Mari- 
linies reçoivent encore 1000 à 
1200 millimètres. 11 est remaniuable 
qu'entre ces deux zones humides 
lies Alpes occidenlales, du Thabor 
au col de Tende, les crêtes alpines 
leçoivent moins de 1 000 millimètres. 
Jusqu'à 800 seulement dans les Alpes 
i;ottiennps et 000 dans la partie occi- 
dentale de la Durance. Sans doute 
i|iii' Il s puissanis barrages do l'Oi- 
.,,!,-. 1. . /■','.,> ', In:; u,:-in-> .h- Pel- 

'■'■'''■'' <" '"■- . I'''-^ ■■l"^''s (["'■ 

i' i./.|,Ml„uu.|,n,u-,pale: 

J/inh(,r ;i-iii.) mclresj et Viw i3« 43 mè- 
Ires), retiennent au p.'issage la ]pIus 
grande paiiic de la vr:|ieur d'eiiu et 
la condensent au pi-olitde leurs gla- 
ricis. Par suite, le versant piémou- 
lais correspondant est assez pauvre 
.n eau : 900 à 700, même 000 milli- 
mètres en moyenne, dans la haute 
vallée du Pô. D'autre part, la partie 
de ce versant qui regarde la zone 
sèche du bassin français de la Du- 
rance reçoit de 800 à 900 millimètres, 
comme par une soile de trouée ou- 
verte dans la coiitiuuil.- di- la rhaine 
coiiJeii>-alrice. 

1.-; 



170 



LA FRANCE 




La ri'paitiliun de la }iluie n'est pas la même sur divei s points des 
Alprs. Ainsi les hauts snmmpts comme le Venloux, le mont Blanc 
le Grand-Saint-Bornaid reçoivent surtout des pluies de printemps; 
à Genève, ce sont les pluies d'été les plus abondantes; à mesure que 
l'on se rapproche du massif montjigneux, les pluies d'aiitumne rem- 
portent, comme à Grenoble, Gap, Briançon, Nice. Genève compte, 
en année moyenne : 122 jours de pluie et reçoit 813 millimètres, 
dont 227 en été; — Grenoble: 119 jours de pluie, 871 millimètres, 
dont 2i)7 en automne; — Albertville .-Idl jours de pluie, 11G9 milli- 
mètres, dont 404 en automne, la plus forte proportion des Alpes 
françaises inférieures; — G'ip : 77 jours de pluie, 836 millimètres, 
donl3l'i pour l'automne; — ^riVinron : H)o jours de pluie (34 au 
printemps), 786 millimètres, 336 en automne; — mont Ventoiix : 
i3o jours de pluie, 1 743 millimètres, dont 639 au printemps; — 
Grnnd- Saint- Bernard : llQjours de pluie, 892 millimètres, dont 
337 au piintemps. 

Ce sont les vents de l'ouest, du sud-ouest et du sud, qui contri- 
buent le plus aux précipitations pluviales dans les Alpes; le vent 
d'est n'entraîne que des nuages secs, appauviis par une course pro- 
longée au-dessus du continent : la mer est trop loin. 

Le finhn (favanius des anciens), vent tiède qui souffle impétueux du 
sud-ouest, apporte des vapeurs cliaudos, des pluies (ièdes qui l'ont fait 
surnommer le « mangeur de neige » : il se dessèche à l'escalade des 
montagnes et se refroidit d'environ 5 degrés par 100 mètres d'alli- 
liide. La créle franchie, il retombe sur l'aulre versant et retrouve à 
la descente un demi-degiéde chaleur par 100 mètres de chute. I,es 
iK-iL'es fondent sous son haleine émollienle, les allaclics du 
roc peu consistant se délendent, les terres mciibli-s 
liquélient en conl.'es de boue, les torrents eiicnmbi 
rcduentel se gonlb-nt, et ce sont trop souvent, 
val'ées alpestres, des inrindalions dévastai rices, 
lan.-hes de neige et des écioulemenls. 
dont le souvenir se transmet d'.ige en 
.'me, comme celui d'un maliienrqui ne se 
peut oubliei'. Ainsi Vr/fniiiheniint de U\ 
montagne du^rflniVr(2'inovemlire l2'iH , 
dont la falaise se dii-sse au-dessus de la 
v.iljée de Chambéry, ensevelit | lushiiis 
villages, la ville de Saint-André et lit 
liono victimes; de petits Jncs sommeil 
lent dans l'intei-valle des décombres : on 
les appelle « Ahiiiies île Afi/nns >.. 

Les talus mal assujettis au flanc de 
parois abruptes sont exposés aux pires 
aventures. Ainsi s'effondrait soudaine- 
ment, dans la nuit du 3 i:invier ISS.'î, jo 




revêtement de roches cal- 
caires qui dominent la rive 
du niiône dans la gorge de 
\'Éi-liise, au pied du Graml 
Crnio jurassique : tout fila 
en un clin d'œil. Sous la 
masse des débris, le niiônc 
rellua de plusieurs kilomè- 
tres, couvrit ses rives sous 
une n.ippe profonde. Si le 
lleuve n'eût brisé celte en- 
trave de retenue, il remon- 
tait idéhige véritable; jus- 
qu'aux plateaux étendus 
entre la Vuache etle Salève, 
seule issue qui lui restât en 
aval de Genève. Le désastre 
eût élé incalculable. 

Lis avalanches de neige 
ne siiul |i;isiii.,inst-i-ribles. 
" Cellisque l'ip}! iKimmeiixT- 
liuiches de poudre se produi- 
sent seulement en hiver et au 
premier printemps, lorsque 
sur une croiite de neige 
ferme et dure tombe une 
grande quantité de neige 
fraîche, granuleuse, sans 
consistance. Dans les pentes 
rnides, celte neige nouvelle 
n'a aucune cohérence avec 
l'ancienne, et quand les cir- 
conslances sont favorables, il suffit de la chute d'une petite corniche 
de neige sur les hauteurs, du passage d'un chamois ou d'un lièvre, 
ou seulement de la moindre commolion dans l'air pour que toute la 
masse se mette en mouvement; elle avance d'abord lentement et 
tout d'une pièce, puis, entraînant les couches plus profondes, elle 
se divise, déborde et tourbillonne. L'ébranlement de celte masse, 
le courant d'air qui en résulte déterminent sur toutes les pentes 
latérales des avrilaïuhes partielles qui grossissent la première. 

« Celle-, I se |.iV.,i|,iie avec une rapidité croissante, une fureur 
toujnnisplii- |eiiil,|(\ On ne voit plus qu'un tourbillon de poudre 
qu'accuiii|iai;ne le grondement du tonnerre, les arbres craquent, les 
rochers s'ébranlent, les cimes d'alentour répercutent tout ce vacarme 
et prolongent l'horreur. La puissance de la colonne d'air qui accom- 
pagne les ava/unches de poudre est terrible : elle brise et déracine les 
arbres, précipite les hommes et les animaux. » (F. de ïscuudi.) Dans 
les cirques élevés des grandes montagnes, au pied des couloirs qui 
rayent les flancs des aiguilles décharnées, Varalanche neigeuse dé- 
coche, au milieu d'une mitraille de pierres, des blocs de glace, des 
séracs déracinés, projectiles monstrueux qui ont fait bien desvictimes. 
Quant aux orages, comme les nuées chargées d'électricité qui en 
allument l'éclair, ils se répartissent sous l'action du ventet du relief 
d'une façon tout à fait inégale. Des localités peu éloignées l'une d( 
l'autre peuvent offrir, à ce point de vue, un régime très différent 
Ainsi, cimi orages à Gap correspondent à. vingt- trois pour Nice : dan^ 
les hautes rtjgions des Alpes maritimes et dans le Briançonnais, il ) 
a peu d'orages. Mais le mont Diane, à ce point de vue, est sans rival 
La reparution des neiges est aussi très iné- 
gale. Elles s'accroissent avec l'altitude : poui 
'i jours de neige à Nice, Grmtdile en compte 10 
linrcclonnette 30, Briançon 36, le Ventmix 38. Ai 
GrimsrI, I;i neige peut atteindi-e, année moyenne 
une é|>aisseur de 9 mètres. Le Graud-Sninl-Bn 
nurd, très evposé aux courants froids, a reçu 
en 1873, environ îi",70 de neige et, en 1876, plu: 
(le 13 mètres. Or le Grand-Saint-Bernard n'es 
qu'à 2478 mètres d'altilude. Bien qu'inférieui 
eiienie JliWl mètres), le Pelit-Sainl-Bernard ! 
re.M. en ls7:!, I V",:)4 de neige ; en 1874, seule 
ineiii 7 niéli.s; Ki^.'iO en ^^1875 et le chirfn 
énoi iue.de 17'",50 en 1876. De tous le: 
points n'gulièrement observés, c'e.st b 
col du Pclit-Saint- Bernard qui, i\ égalib 
' d'altitude, est le plus enneigé des Alpes 
On juge de ce que doit être, chaqu' 
année, la provision du mont Blanc. 1 
3000 mèties, il ne pleut presque jamais 



Li:S ALIM'S. 



LE UIKVM' 



171 




4 3i)00 inMres, la pluie est 
|H)ur ainsi dire inconnue ; 
partout rt-sne la iifiye. Elle 
pourrait s'amonceler indé- 
(iniiuenl, mais le vent la 

I Imlaye des sommets; la clia- 

; leur du soliil, très âpre sur 
les liauleurs, eu fait fondre 
une partie; le reste plisse 
sur les pentes abruptes ou 
se fonsèle en nt-vés, ali- 
ment des yliicii'rs. 

On a fort ex:u'.r>' l'action 
forrosive des g^laciers sur 
le fond solide de leur lit : 
les r'centes obsurvalions de 
M. Rabot prouvent que les 
blocs, entraînés par le lleuve 
de glace, proviennent sur- 
tout de la surface et sont 
tombés dans les crevasses 
avec les pierres et les débris 
divers arrachés à la nion- 
laane. Le glacier ne creuse 
pas son lit à la façon d'une 
charrue : il le polit seule- 
menljusqu'à la roche dure, 
en charriant avec lui la ma- 
tière meuble; d'autre part, 
il émousse les saillies de ses 
rives et, par ses moraines 
latérales, sape la montagne 
et l'use. 

) Si, aux pans de rcirhe 
écroulés par l'effet du gel , de l l i m a i 

lachaleur,de lapluie, que le 

y/.icier roule ou rejette en blocs épars bien loin, dans la plaine, lUn 
ajoute les matériaux de démolition des schistes argilo-caicaires liasi- 
ques, détrempés par les eaux sauvages et coulant en masses pùtouses 
comme des laves de boue torrentielles; si l'on tient compte aussi des 
graviers, des limons, des terres pulvérulentes charriés par le llhùne 
et SCS torrents, sur les vastes étendues de la Crau et de la Camargue et 
accumulés au loin dans les abîmes de la nier, on jugera du gigan- 
tesque travail de déblaiement ac- 
compli par la nature aux dépens 
des Allies et de leur altitude. 

Température. — Les Alpes 
occidentales, comprises entre les 
U'iUiennes annuelles de l'Z^jOo 
et 14», d'ailleurs éloignées de la 
mer, éprouvent tous les excès du 
climat continental, non seule- 
ment en latitude, 'nais aussi en 
hauteur. Ainsi la chaleur attei- 

\ itnail, à Nice. 37'> en juillet 1881; 
à Grenoble, :J6"8 en juillet 188'(; 

' .'{7» à Gap en juillet 1881 ; il" au 
Venteux en août 1880. Lamoyenne 
des températures tnnxiiim donne : 

|32« à Xice, Li'à Brianron, l>à 
Grenoble. Les températures les 
plus basses ^\\\\ aient été obser- 

I véeg sont : — 7">,'i à Nice (décem- 
bre 1879). - 21» à Gap (jan- 
vier 1881), — ■20«,4 à Grenoble 
(décembre 1887), — 21» au Ven- 
toux (mars 1889), — ."iO» à Clia- 
monix en 1891. L'écart entre les 
extrêmes donne 44» de différence 
pour Nice, 58» à Gap, 57» à Gre- 
noble, 48» pour le Venteux, 62» à 
Barcelennetle, et cela peurune pé- 
riode, relativement courte, d'une 
dizaine d'années. Les régions du 
littoral et celles de la haute mon- 
tagne sont moins éprouvées par 
les températures extrêmes que 
les vallées intérieures ou les 




plaines étendues au pie,] ili^s li.jiili'urs : là sévissent hs éli's luù- 
lants, les hivers glacés. Souvi'iit nii-me, dans une senh' junini'e, h- 
thermomètre peut tombei- de 18" à G» en juin, de 22° à 12" en jileine 
canicule, de 21° à 8° au début d'octobre : cela s'est vu à Grenoble. 
Les observations faites au mont Blanc, au Suint-Bcnund, dans la 
région AWnnccij offrent un utile enseignement. Depuis longtemps a 
été signalée la décroissance des variations barométriques, à mesure 
que l'on s'élève vers le dôme du 
mont lilanc; le soleil est plus 
( haud, la lumière jilus vive, dans 
un air plus sec. il résulte des ob- 
si'rvatiiins faites simultanément 
à C.lianKinix-, aux Grands-Mulets 
et à lOl.seival.dre Vallot, sur le 
rocher des It.isses, du lîj juillet 
au l:j août de la même année, 
une température moyenne de : 
l(i",y, 5»,8, — G", 4 pour chacune 
diicesstations ; oscillation diurne 
iiiui/entic : ll°,u, 4°, 3, 3°,!j; maxi- 
Miiim absolu : 30°, 1, 1.'3°,3, 4" ; mi- 
nimum absolu: 7°,'), 0",'.l, — 13°; 
crnrl entre les extrêmes : 22», 7, 
12",'i, 17». Ainsi la température 
est plus stable aux Grands-Mnh'ls 

et au mont Blanc qu'à Char i\. 

Anneci/, i 448 mètres d'ail i lii.le, 
pioche des grandes nionlai.'iie> , i 
•'loigné de la mer, a ih s . |.^ 
chauds et des hivers rigcni. u\, 
rciinme toute région contineniale. 
Mais les variations barométriques 
V sont moins brusques et moins 
lr''iiuentes qu'au bord de l'Océan 
< Il de la Méditerranée; les coups 
!!■■ vent sent rares, les orages 
aussi. Grâce h la radiation so- 
laire et aux étés plus chauds, cer- 
1 lines cultures, celle de la vigne 
par exemple, réussissent plus 
liant et plus loin. Les vignobles 
s'élèvent à 7(J0 mètres en Haute- 



172 



LA FRANCE 




Savoie, ;i plus de 8U0 iin'-lres (J:iii.s l;i Savoie, siliu'e plus au sud. 1-e luoius 1 

mois le pins chaud d'Annecy esl juillet : rarement alors le tliermo- glacier, 

inèhe descend au-dessous de M" h 19° pendant la nuit; durant le s'enchai 

Joui', il se maintient enlre 2")<' et 28°; on lu vu même atteindre pluie, la 

36° centiiirades. La température moyenne de juillet est de 19°, 07. Si de la tr 

la température de Tété se main lient au-dessus de la moyenne, celle la stéril 

de l'hiver semble, au contraire, en voie d'abai.ssement. 11 y aurait un par le n 

rapport curieux entre l'allure de l'hiver et le développement ou le et l'alni- 

retrait des glaciers. Hiver plus sec, été plus chaud : le glacier, dans un 



cnic: hiver de neiiji's, été pluvieux; le 
eiii-.'nd i\r l'avance. Tout se lient, tout 
'' 1.1 ii.iiiii.' : les nuages, le brouillai'd, la 
.iiis l;i .li |iiii(lance des venis, de l'altitude, 

-iiiir di s faux tiennent l'abondance ou 
I I 'xistence de l'homme lui-même. C'est, 
ii:iie, un échange perpétuel entre le sol 

>aiis trêve des éh'menls les plus divers, 
;t puissante nianifeslalion de vie. 



DEPARTEMENTS DES ALPES ET DU RHONE 



Haute-Savoie. 

Superficie : 466800 hectares (Cadastre), 459 700 (Service ge'ogra- 
phiqiie de l'armi^e). Population : 255137 habitants. Chef-lieu : 

Annecy. Siuis-pré- 
rrrhllTS : Tho- 

non, Bonneville, 
Saint- Julien. - 

2!Scantons,314 com- 
mun es. — Cour 
li'appel et Académie 

d(! CliAMBliUY. — 

l 'r corps d'armée. 
Diocèse (I'Annecv 
sul'fragant de 

Chambé.ry). 

Origines de la 
Savoie. — Anilcrv ri 



v.■^^tc chanij), qucn- 
railrcnt les Alpes et Ir 
lllione, du l.ic I.cman 
à l'embouchure clo 
I Isère, les Allobror/es 
fTidupaient , à l'au- 
n.ie (le l'histoire, l.-s 
|.iinci|irdi'S tribus Sa- 

iiiir]. Plus avnnl, 
dins 1. > vallées al- 




pestres, celles (1 
Centrons : les ,\( 
le Valais, avec Ir 
inférieure, les / 
vallée de l'Arc. ( 



ère el de l'Arve, 



Mégève, à Beaufort, vivaieni les 
c I.i-niaii. poussaient jusque dans 
Il >ii.|, le- <■' .(/"ee/csen Maurienni' 

III- |. - iieiiil i::nes, tenaient la 
upatiun du sol. 



'•- I 
aune cpoipie reeiiK. , jiai- le.- j/cu/^UkIi-^^ pniiiilii c6 Ji 1 àgo du fer et du 
bronze, de \a. /lierre /lolie et de \a. pierre éclnlce. D'autres, pour se metire i\ 
l'abri des surprises, avaient construit des bultes sur pilotis, dans les eaux 
des lacs, à peu de iH.-laiice de la rive. On a rauiem- au jour les débris de 
leurs alimenls el ilr Inii - liil.iLil lon-, ;i\ ce les Hislniineiil.' 
valent pour la |irr!ii 1, , !, , — r! |i mii,.||-,. ; ,;■- prer 
exposés dans le- mI i ne ■ .1. mn -. . - il., i.riirve, .1 \nni'i 
Pour les Allobrot;es me ,|ii,ivli. ,,\ee, l.urs vui.,m 

lesR0Ulain>el|e/,.|IX,|leM\ r..l-l,l,v-l-l:i 

fut brisée. ,! ,ii„,i.! pu- lin- tje.leii-l 

Fabius M.ixi -. mepiel si vie|,,ire valu 

lirof/iqiir. l.e pays soumis fut or^ranisi 



■Viennoise : \'ieniie, 
concessions, la polilii 

siiniplueux nionmnen 
enlin au droit italiini 
rnlH.line. Iles A llohrn 



lont ils se ser- 
I le : . : - preneux restes sont 
riievr, ,1 \nn.cv, de Cliambcry. 
( e. Il lus vui.-u\s du sud amena 
e i|u'ils opposèrent ;\ l'invasion 
s, et, d'une fai;on délinilive, par 
e triomphe et le surnom à'Allo- 
en province et prit le nom de 



ir le Rhône, en élait la capitale. Par d'h.ibiles 
: achevant l'œuvre de la conquête, bs Uoniains 
leurs ennemis de la veille. Vienne fut dotée de 
élevée au rang de colimie privilégiée, admise 
qui la faisait sœur puînée de la grande cilc 
r entrèrent au Sénat, d'autres s'illustrèrent dans 
•inpire. Miii-. lies le premier jour, l/cnHC était 
le ,1e li..iii. ,,.iih,. I.i Ciiile. I.a défaite de Vcr- 



l'uur j^uriler sa eonipiéle, Uimul' dut .:is-iii'er ?es communications au trn- 
vers des /l//;c.s, car, si les montagnards n'osaient trop disputer le passage 
aux légions, ils harcelaient leur marche, pillaient les convois, isolaient les 
iletachemenls pour les mieux prendre à. merci. Auguste assura la roule du 
mont Genèvre par l'alliance du rid Cottii/s, ipd commandait, il Suse. la 
fédération des tribus gauloises qui oei upaieiil le double versant des Alpes. 
Collius, ami et allié du pniple romain, lit pour loi la pidice do la route de 
Genèvre par la vallée de la Doire Iti/'cnre. S. m lits, qui remplit le même 
rôle, étant mort sous Néron, l'État des Alpes Cotliennes fol annexé A 
l'empire et réduit en province. 

A l'autre extrémité des Alpes occidentales, la vallée de la Daire liaUfe 
était occupée par la tribu belliqueuse des lialasse:<. Auguste entreprit de 



M.I'KS 



i.i: iuiom: 



la rvJiiird iiu'tliiulli|tii'- 
mont. 1» iil)..ra. il f..n.l. 
Ivrv«, «u diluxiflii- ilo 1.1 



tuy'i 




lu' où furi'ilt lia 

\^>i':^ la voio ilii (jcnovi-i- 
la double route iiui lii- 
vorgedeUv;illw.lAosl, 
sur le (îr.ind et le l'ilil 
Snint-Borniird.setrouv.ir 
libre pour le pass,ii;i- il - 
liftions. Vers 1.» lin ih 
IT« siècle, la dominai i.i 
romaine einit si forl. 
ment iuiplanlée en (iaiil 
•|u°une seule cohorte ■! 
500 honiines à Lyon, un 
au're «u nionl tîenèvr 
suflisaient à la tran<iuil 
■ lié publique: ni a i - 
huil le;,'ions, represiii 
tant, avec les auxiliair. - 

prés de lOOOUO conibal i , . u ,i 

lanls, veillaient dans les 
camps retranches dissé- 
minés sur la rive ^'auelie du Itliin, pour contenir la poussée ilu monde 
liirbare germanique. Si puissante «luelle pari'lt, celle barrière ne put 
pr-server la C.aul'- de 1 iiiv.isi..n et l'empire romain de la ruine. 

En prévision de cille evmtiialite et pour mieux assurer la défense, 
Tlifodoxe, avant de mourir ,3'J.ï , distribuant l'elfort sur les points me- 
nacés de ses trop vastes États, en fit deux paris pour chacun de ses fils, 
I //onoriuf eut l'Occident, v<rca</iMS l'Orient. L'empire d'Orient vécut, non 
sans peine, un millier d'années, jusqu'à l'entrée de Mahomet U à Cons- 
l.intinople (ll.jS . L'empire d'Occident devint la proie des Barbares (WU). 
Ln vain Sliluoii, Cnns/aiice, Aélius, essayent de le sauver. Les rvancu 
d'Siendent du nord; les Burgoniles sont à l'est; les Wisir/olks, sous 
-Marie, et. après eux, les Oslrognllix, les Hernies fondent sur rilalie. 
En i76, Otloitcve, roi des Hérules, remplace le dernier empereur romain 
d'Occident, Romulus Atu/usluh, et prend le titre de roi d'Italie. C'est, de 
toutes parts, une confusion inexprimable. Alors les Francs de Clovis 
s'imposent au sud de la Gaule, par la défaite d'Alaric 11, roi des Wisi- 
iroths Vouillé l'^f)Tj: jiuis, à l'est, dans la vallée de la Saône et du Rhône, 
"il les Buif/iiiiiles se sont créé un royaume. 

Le Christianisme, 
Rliône, s'était adapte, 
idministratifs de la 
iauL- romaine. Lyon, 
iiietrupule politique du 
(lays. en fut aussi la 
métropole religieuse : 
1 archevêque de Lyon 
;i..rte encore le titre de 
•iriinat des liaules. L'a- 
l'islolat lyonnais con- 
piit assez vite les ter- 
-itoires voisins : les 
■remiers apôtres de la 

• lEion subalpine fu- 
;enl, d'après la tradi- 

lon : saint Jacipus 

■ •ur les Centrons, 
aint Marcien. saint 
leraclée. Genève an 
lit été cvangélisee au 
!• siècle. 
Premier royau- 

ne bnr^onde.— 

•ins le parla-e de 

• inpire romain, iiiiiiii' 
vant sa dislocation 

■ finitive, les Bur- 
rondes avaient d a- 
■irfl obtenu des can- 
•nnemenls sur la rive 
u Rhin, dans le pays 
ni correspond au Pa- 
itinat; l'alTreux mas- 
ure (1) qui fut fait de 



Il C« Ingubre cvi'nc- 
înt a inspiré la Irgcndc 
s yiebelungcn. 



Il nation et de son roi 
iluntlier décida les sur. 
vivants i\ émi^'i-er vers lo 
Mid. Ils s iiii|. osèrent 

la Saône rt du llli. , <>t 

le faible Aniliemiiis, i la 
veille (470 do la ruine 
finale, ratilla cet élabli.s- 
-ement. Les lliir^/ntulrs. 



lination parut peu fa- 



lutres barbare 
lace : elle se 



le l.Vubc il la Uurancc. 
\vec Dijon, Lyon, Vienne, 
ilrenoble, Genève et la 
|ilii< ::r:m.l.' ].,irtie de la 

iv^i,,ii ,1, , Vin, -s frun- 



saiti 



mul^'uaiil I 

gondf^ 'I I 

Le iiMii i 

senibl.iil |ii 



I" IhiMiMMrii,. en pro- 
, devant lanuelle Ûur- 



l"irle son nom, la lui Ooiiibe 
I lins furent égaux. 
A/e, niècede Gondebaud, avec Clnins, chef des Francs, 
nouvel État burgonde 



bition de ses turbulents voisins de l'Ouest. M.ii^ !■ Iiirlinr. m Conde- 
Aau</, n'était que frotté de civilisation: il fit, dil-iin, \fvu- ~ u lirr.', lo père 
deClotildf, cf. p.Mirle v,'Mf.',T.r/,„./,s, Inrsq.i'il eut M . .r\\. i.iineesse, 

M;.li;p ■-! . :• I ., I ; .u 1^1.^1 .[.V\!|,. I,.|. ,mI..m. I. ,.ii,./;;''f„n,'„'. 

laN,r .,, ': , ,! ... .,,, In.- ,, --.,, m I , |.,., , I,, ,,„.n,vin- 

gienii.-,, -I Miiii. I :\rn ni ,|. : u II. i|iii-i. u- lui iiii --uli-. iiiL-iit et ra- 
mena la secunte. l'c/jiit le /)';e/ eu 7ji, CkarUiiiayne eu 773, appelés en Italie 
par le Pape contre la tyrannie des Lombards, franchirent les Alpes par la trii- 
versedumonl Cenis. Mais, des anciennes voies romaines, il ne restait fpie des 

tronçon- . j. u - . I . n l \ -i- . I.tl \i|- -i. l'.n m. r ,1, Cii.M I, ni . m. , . .m. . n 

trée .H !.. II. ■ . . Il , ,, Il r... lui , M, 1, \l|,. I M .|. I. .,...■ :. 1. |.i . :,,|. r |. ,r I,. 

moni c. m I .1 ji .1 I. i.v .11.1 - uni i;. : Il II .1 . ; . . ,. ^ ■'''-■ 'I' 

nière \ mi. .|ii. i,,.. ..ni , i ..n n Lhu- .1.. l;..iiii , 1.1 \ I I . mil. UNI .| I, ni. 




174 



LA FRANCE 




Louis le Débonmi 
intermédiaire en 
(le la Médilerrani 
de la Meuse et de 



i.iv- Mili.d|.ins de Test dans l'Etat 
Lotharingie, longue bande tendue 
.11- |r- v;ill.'cs (lu Rhône, de la Saône, 
.l'iuii, s'i.t . Cette situation intermé- 



diaire fit de la Lolliarini/ie et des Etals qui la composaient un sujet de 
perpiHuels conflits entre les Francs de l'Ouest et les Germains de l'Est. 
Tel était encore, malgré tout, le prestige attaché au titre d'empereur, que 
OiarlesU Chauve, à peine maître des Francs de rmi t, j n- it mi Italie 
pour recueillir du moins, à défaut de l'empire, la > i iiile; il 

mourut au retour, dans un pauvre village, à la di^-'i' ; \1 .S'il y 
avait un empereur, personne ne lui obéissait plus : l' m iili -inli.dans 
son gouvernement, agissait en souverain. Ces divisions, en emieltant la 
défense, favorisèrent de nouvelles incursions barbares. Sans parler des 
llmif/rois venus de l'est, les Sarrasins, 
r'TMoIés vigoureusi^ment par Charles 
Mol' 1. après la défaite de Poitiers. 
nav.ii.tit pourtant pas abandonne 
coiiiplftemcnl le littoral de Pro- 
vence : avec de nouveaux bandits 
venus à la rescousse, ils pénétrèrent 
dans les vallées des Alpes et commi- 
rent impunément tous les excès ima- 
ginables. La terreur de ces souvenirs 
n'est pas complètement effacée di- 
certaines localités savoisiennes (mur 
des Sarrasins à Duingt; château des 
Sarrasins nu val du Fier, etc.). L'em- 
pereur Conrad le Germanique délivra 
le pays de ces pirates, en suscitant 
Hongrois et Sarrasins les uns contre 
les antres, pour les écraser, pendant 
qu'ils étaient aux [irises, dans li> 
parages de .Monlmélian. 

: )euxiëme royaume burgonde. 
— Le démembrement de l'empire de 
Charlcmugne au traité de Verdun 
{H',^\, en créant l'État-tanqion de la 
l.olhnrin^ie, entre Charles le Chauve 
cl Louis le Germanique, avait réveillé 
In nationalité burgonde. Inenssem- 
blce des grands et des prélats de la 
région des Alpes et du Rhône élut 
floaon, gendre de Cliarles le Cliaiive, 
pour roi de Hnurr/og ne nid' Arien {^1\).. 
Comme, d'antre part, le régime 
burgonde était restauré (88)t) nu 
delà du Jura, où Roilolphe I'' fon- 
dait l'État de nmiri/n^/iie Irnn.yuraiie. 
les deux royaumes, fondus ensem- 
ble, formèrent, à la mort de lloson, 
io second rni/nnme de linurgogne 




qui dura cent ans (933-1032). Le dernier souverain de cette dynastie, 
Rodolphe III, céda ses États à l'empereur d'Allemagne, Conrad le Salique. 
De là les persistantes prétentions des empereurs germains à la domination 
de la Provence (ro;/aume d'Arles) et aux territoires de l'ancien État bur- 
gonde, même quand celui-ci eut été dépecé par morceaux : Bourgogne pro- 
prement dite; comté de Bourgogne ou Franche-Comté ; Lijon sous la do- 
mination temporelle de ses archevêques: Dauphiné, ancienne province 
viennoise aux Dauphins: Pmrrnrr. niix eomtes de Barcelone; Samie. :< 
ceux de Maurienne. En ir-liir. 1,, sii/.iMinlr germanique ne constituai! 
pour ces États issus (]<■ I un :■ n r.^\ ninh lnirL'Mndc, qu'un lien lliéi>riqm 
de rattachement. Chaque e.nn du |i,i\- ml -es comtes, ses barons, se- 
évèques qui le gouvernèrent. 11 y eut, dans les Alpes, autant de petit: 
États que de vallées. C'était le morcellement complet de la terre par I' 
régime féodal, et, pour ne citer qu' 
des territoires qui ont contribué • 
former la Savoie, l'on y distinguai 
(en dehors de Genève, sous le gou 
verneineiil de son évêque), le Oent 
titis. le l'ittirif/iii/. la Torrniaise, l'i 
V, ilie il.' Mniiiiri-s : en Maurienm 
,,|in il.' ,s,n „/-.;, -OH. Les évéquf 
riaieiil iîiveslis des mêmes droits (I 
souveraineté que les barons, privilèf; 
etran^'e en apparence, mais bii' 
,dnipielunsihle,si l'on fait attentio 
,|u a Cl Ile époque troublée, il n 
aail, ( Miili'c les attaques soudaim 
(Ir- ij( 11- ili' guerre ou les incursioi 
liai liai, -ijues, d'autre refuge que li 
\ill~ r.iililiees où le premier de 
, lie ilrMii.iit, par état, son défensei. 
iiiiiii, .liai, .\insi, le comte de Ma 
rii-iiii,' (lui I. iiail \r .■I.niili. du 7»0 
r'e.(,.p--l'-H... ,1../ Irc, prit 
OIS vur -. - \ .1-111- .1 m i-eiinissa 
suecessiV(U„nl 1 a .M iiii utine, la T 
rentaisc, le Chablais, le Genevois 
le Faucigny rayonnant autour de 
romlie de Savoie (vallée supérieu 
(le IKére), il créa l'État de ce no 
.1 liiiil |iai- tendre la main au de 
.1, - lu.iils, d(mt il tenait les prini 
paux i.assages. 

Du haut d'un éperon rocheux q 
contraint le lit de l'Arc, et scml 
barrer la vallée, le vieux chftienu 



ij: 



ALTKS. 



UIIOMÎ 



risèrt», issue du Potit-Saint-nernard. Le comte de .Wiiu- 
rifniif était, dès le x' siiVIe, le " portier des Alpes», el 
il sut en usit. 

Comtes de Savoie. — Le premier de la dynastie 
des comtes >le Savoie dont le nom el le roli> présentent 
quel<|ue certitude fut lliimbfi-l ou.r ltl,itHli,-s-.\l,tiiis lin 
du X» sitHIe . Sm pelit-lils Or/n/i. eu epnusaut la lille 
unique du niari|uis do JJu.ve. orientait la Savoie ver> 
l'autre versant des .\lpes. Cette fructueuse alliance lui 
valait, en elfet, comme dot de sa femme, les liefs de 
Turin. .\sti, .\lbenga. Rien ne prouve mieux combien 
peu la haute montagne constituait, ainsi que l'on a 
tort de limafiiner, un mur infranchissable. 11 y eut 
toujours, au contraire, entre les hautes vallées alpes- 
tres des deux versants, comme entre les hautes vallées 
pjTénéennes (Gavarnie, Brolo), bien qu'à un degré 
moindre chez celles-ci, gT.^ceà l'épaisseur de la cliainc, 
un commerce régulier d'affaires et d'intérêts; l'alliance 
des princes de Savoie avec ceux du Piémont n'était 
qu'une expression de plus de cette réalité tradition- 
nelle. Désormais les comtes il e Savoie s'intitulent mu/'- 
ifiiis en Italie. 

Entre les deux États voisins de Savoie et de Dau- 
phiné, tous les deux issus du démembrement du 
piyaume de Bourgogne, existaient une rivalité d'am- 
biii"n el un enchevêtrement de territoires (|ui ne pou- 
vaient ni.inquer de li'S mettre aux prises. Après le 
faible llumbert III inhumé à l'abbaye de llautecombe, 
comte Thomas fut une véritable résurrection de la Savoie. Ce prince 
achète Cliamhénj à sim seigneur Berlion, qui garde pomi nul K . Ijjlr au 
pour son usage (123J': il accorde des franchises et se cuiii ili ■ I. - |i filia- 
tions contre les petits barons féodaux. Son alliance est rcc lu irlir, : |!, r, n-rr 
de Provence épouse sa lille Béatrix, et les quatre filles du eoiute poileiit 
des couronnes souveraines : l'une est impératrice de Byzance; les trois 
autres sont reines de France, d'.\ngleterre, de Naples. 

k la dynastie des Thomas succède celle des Amédée. Chambéry reçoii 
une Cour suprême de justice, signe manifeste de souveraineté et d'inde- 
pendanec. Entre les plus avisés Savoyards, deux Amédée, le Comte vert it 
le Comte rouge, contribuèrent d'une façon décisive à la fi.iliine de leur 
maison. Le premier, .Amédée VI, obtint de l'empereur Charles W i|ue les 
appels en dernier ressort, portés jusque-là devant la Chambre impériale. 




t du 




siècle : l'achat du Genevois à son ileniier titulaire, la Savoie érigée en 
rfucAe'souverain par l'empereur gennariii|ueSigismond (t8févTier1'ilf>),lV- 
quisition du Mon l ferrai, àe .s'o/i/cc*. et le retour au domaine, du /'ic»io;i/, 
précédemment inféodé à la branche cadette d'.Vchaie, la promulgation des 
Slaluls de Savoie, code de lois rédigé par les premiers jurisconsultes 
d'alors, ces importants évén'io ■ni'-- d rim'rent à la maison de Savoie 
une éclatante notoriété. En I . \ i 1 \ 111 crée l'ordre de Sainl-.Mau- 
rice, auquel s'.ajouta celui iN - ; . Comme il se reposait des 

fatigues du pouvoir dans sa rrirnir i|. i;!,, nllr, ])i-ès de Thonon, le con- 
cile de Bàle le désigna pour le soiivr; mi l'-nliin il. Le nouveau pape 
prit le nnni de Félix V. Avec Eugém l\ d \M-ii..n et Nicolas 'V, qui 
résidait à Rome, cela faisait trois |imii1iI,-.. m \un d'un. A la mort 
(rF.ii;;eni; IV, Féli.T V, cédant aux sulli. ilalujn> iK s princes chrétiens, se 
démit de sa eliar^'e, ne gardant que le titre de cardinal et d'évêque de Ge- 
nève : c'est en cette ville qu'il mourut. 

Dans cette rcm.arquable évolution de l'fttat 
il.' P.ivi.i.-, Annecy luI, d.'-. |,- |iilii. ipr, dc-s 



im de l'eli 
don de Villi 



ivrrnniii'Mt temporel, il lalliil liini 
•r./rs. administrateurs naturels du 

il.inre était la métropole, clirr- 
illriir> une résidence. Ils choisirent 
eiir i;ial, dans l'espèce le comté de 

Genevois, comprenait, avec An- 



li V, aclieta-t-il le Genevois de 
rs, son dernier héritier, moyen- 
us d'nr. Un siècle plus tard (i;;iV:, 

///./,■ /;M„,r„Mi|,rMiiirllaitriiniie 



■I. Ce pri, 



ou l'rane 



ressortissent désormais à la Cour suprême dr 
Chambénj. Puis ce fut la guerre avec le Dauphiv 
du Viennois, Humbert II, qui. se voyant san- 
héritier, transmit (1349) ses États au roi de 
France. En 133 '<, Amédée, traitant directement 
avec le roi de France, obtenait le pays de Gex 
et le Faucijny, détachés des États daupli' 
en échange de fiefs qu'il possédait au delà 
duGuiers. Le Com/erouje 'Amédée Vil fut un 
batailleur. Son fils, le grand Amédée 'VIII. 
fils de Bonne de Berry, régna près dun demi- 



ilOll'KLllE DE LA TAUENTAISE. 



;mhii ~, I (Il h II. r, lui donna en mariage sa 

-lîi. cIiiiImII,; d'Orléans, et lui inféoda le 

. I . Il \i-m<mr!i (152.S). Telle fut l'origine de 
1 I h. cadette de Savoie, dite de Ge/ietjo/.s- 
\ . Charles-Emmanuel 11 refit très heu- 

I IIP ni, au xvii« siècle, l'unité de la Savoie. 
Il . |i -u-ant (IfiCT) Jeanne-Marie de Genevois- 
\.n.:>u,\. héritière du dernier duc mort sans 
ni il- .iiinec;/, le Faucigny, Beaufort fai- 
lli I Iniir.M'Étatde Savoie, après en avoir 
I rr< durant un siècle et demi. 
Dm s de Savoie. — Les primes de Savoie 
^ il. ivnl dans l'art de melire à profit les 

. ..ni! - liliiins de leurs vni-in- | r 'it lin-r 

i\ ml i:n-. F.mbarrassés p.arf. n - .Im I- m - |.n.- 
|.r. ^ . .1. iils, tantotavec la l'i m. . .1 h |. -"ii- 
V, ni c.. litre elle avec rEMi|.ii.- l^ imi uni nr it 
l.i maison d'Autriche, ils s. m li i ni m iIIh e- 
reusemcnt et perdirent plii-in i i l i Ims 

États. A force de courage el .1 . li il j.ar- 

vinrent à les ressaisir. Mais (|ii.iiid la ^.iM.ii., 
province isolée de ce coté-ci des Alpes, leur 



176 



LA FRANCE 




phinsdu Viennois eussent pu se mettre d'ac- 
cord pour une rectification de frontières, asso- 
cier leurs Élnts et, finalement les fondre en- 
semble |i;ii- une .illiance de famille, l'ancien 
roynuni^' dr liniii-ngne se trouvait ainsi re- 
constilur. au ni-inis dans ses parties essen- 
tielles. Ccsl là précisément ce que rêvait la 
maison de Savoie, mais elle le rêvait pour 
elle-même, et prétendait y arriver par l'élimi- 
nation successive de ses voisins, en relevant 
à son profit exrlu>ir 1. < ilmils, très éloignés 
li -eiiuaniLiue sur la 
i lil que ce rêve deve- 
' Il ilernier des Dau- 

hiii^ (Imiii, , I ni\. -Il (Ir ses États au roi 

e FiMiii . , Il |r -iili-iihiiiil a sa place, sur la 
•oulh I' ilr >.i\iin . i:,,iilrr un voisin de cette 
iillr, .|iii ili ja possédait Lyon et la Provence, 
■ Savii\ ird lumprit c]ue la lutte allait devenir 
illiiil,- (I résolut, après la première alerte, 
e tr.Mi-p ri r ■^a eapifale au delà des Alpes. 
Mu- ' . 1 , irore, le duc de Savoie se 
euri iii .1 I ' I rince, car celui-ci, maître 



et très vagues. ■ 
région burgonilr 
nait une ehinim 



lu I'' 



parut d'une défense trop ardue, ils n'hésitèrent pas à l'abandonner, bien 
qu'elle fût le berceau de leur famille, pour mettre leur fortune et leurs 
ambitions à l'abri, de l'autre côté des montagnes. Le domaine qu'ils s'y 
étaient préparé de longue main, peu à peu s'étendit à toute l'Italie. Les 
anciens sidgneurs de Chambéry logent maintenant à Rome, dans le palais 
des Césars et des Papes. 

Les premiers ducs eurent peine à maintenir l'intégrité de l'héritage que 
l.Mir léguait Améclée le Granit. Louis était un prodigue qui épousa, en 1432, 
.\nne de l.usignan, fille de .lean, vn de Chypre et de Jérusalem. 

La Réforme, pré. -lir,- .'U AllhlUIn' p ir l.ulll.l\ M m1- ini-.r :i dmeve 

par Calvin, troubla pr-iliiiil. :ii ,i' li -i .■ I i \ r,pi. ,|,- i ,rii,\ ,•,/',,■,;,•. /,• 

/-a Cfl«»(e. s'étant enliii i|.' ■ Il '1 ni :i | ■ - r. In-ii i M m- \nn..\', 

le Conseil île ville g.airv.,1.-, k .1.; lar.i Jcol.ii .]■■ Lm- -. - ilr-il-. ImiiimI I- 
culte calholi(iue, les religieu.x, les prêtres, et nul il< - p i-l. m- pr.ilr-linl. 
à la place. De concert avec leurs alliés de' It. nu, l.~ (/./i^ ..;\ pii nni ni 
l'olTcnsive contrôle duc de Savoie, s'enqiannl An i'i\< de Vnii'l. liu l'Im- 
hlais à l'ouest de la Drance, et pui ii n 
lleforme. La partie orientale du Cha!-! ' ; 
l'occupèrent. La perte de ces terrilMn i i 
ble. Mais déj.à la grande querelle smil . i ml 
santé maison d'.Vulriclie, Kramois I'' et CharU 
de terribles hasards. 

Rivalité de la Frauioe et de la Savoie. — Si, au lieu de se bat Ire 
on cherchant à se dévorer l'un l'antre, les comtes (te Savoie et les Dnii- 



l-h... ,K. M Th.. 






gnes 


e..u...... 






S use 
Dau, 


le front du m 


jni 


Genèvre, 


staieni 


principale, à 


'/(/ 


tenu-D,nii 


;,;«, . 


escarpein.iils 








Clusom el i;l 


il 


. 1 1 • ■, 




et de la frll. 






"■ : 


delaplaiuo. 


e 






sa propre defe 


ns 


■. p,..lM„. 


airnl 


dans la plain 







ni, da 



1 • ainsi du Briançonnais, 

> !"'■ ilin-i'-' pai--ilessus les monta- 

iriii iiiriiir ilii l'i.-nmnt. La vallée de 

I 'iil\. I.\il'- . jn~i|u' en amont de 

■ lin rlii-ai par l-'enestrelle et Bec- 

- Un iiiI '\ meé du Briançonnais sut 

K i-'i - r. 1 [aient, le long de la crête 

I ! Il I ,ti \ al|,e de la Vraita, sous les 

piiii V ili' Bec-Dauphin (vallée du 

Il I . Ii< vallées de la Germunasca 

- 1 - Vaudois, et, au seuil même 

>, .pu; liait à notre cause le souci de 

on de la France briançonnaise jusque 

1 rayonnement de Turin, tous les ter- 



ni exclusivement la 

|iar les Valaisans qui 

I I ^iiroie un coup sensi- 

1 a France et la trop puis- 

-yuint, jetait la Savoie en 




|). -'Il r II II - ' '■ ili II .ril.iil. Mil- SIS deux flancs, la projection 

I. i! ' Il - . III -ml, pu- II' ri.nité de iVi'ce et surtout la 

\ " I II ! ;. . . |ii II- iiiiMile sur la Provence qu'elle 

-Il il ! 1 II iipi III. . 'Il II' ni, pal- la lua^^e compacte des territoires 
- i\ iii-ii II- . 1 II. Imiiii - ilii iiliiiiie au bassin du P.o, vers Aosle, par .le 
i'.iii ~.iiil l;.iMiiil. \.i-M]-.-. par le mont Cenis. Si la France possédait 

Il pi- IL 11 1 ..iiiNiril ipiili|ues ti-niiëes jusqu'au delà du Viso, le 

s ' ■ I 1 .Il II 1 II r .1.- priii. ip.ili - I iiiiiiiiinieations par le col de 
/i I II II /..(v/m- iiii I ViLii., '// Cenis, le Petil-Sainl- 

l'.i I . I ni \ r iiiiiiiil !.■ /..' I I ■ lil poussait de ce coté du 

Uhi u. . pu la /.'ics^f, jn-ijua iii.iii.ri 1 .\ . ii. si le Dauphiné briançon- 
nais funiKut coin dans ses États, il l'etreignait de partout sur ses flancs. 
France et Savoie se heurtaient donc en deçà comme au delà des Alpes; 
le moindre incident devait les mettre aux prises. Mais la SaKoie, dans celte 
lutte, ne devait plus jouer qu'un rcde secondaire. L'effort de l'attaque et de 
la défense va se porter au cœur des Alpes, 
dans la pl.iine du Piémont. 

Cel.iil d .ailleurs le temps où la France, 
iuveslie, surtoules ses frontières parla maison 
d .\iitriel],'. esp.ignide et impériale, se rcdres- 
s.iil. contre elle, p.nir sauver son existence 
menacée. /-'(ïi/" - / .him ■ I i Inlli \prèslui, 
Henri IV av.. / . -, / . - \/(/ ,d /(<• 

rhelieu, Loui-^ \n , , . il ;;,.-,;•/.■ la 

poursuivent, pu la [mlilupi. . l pu' I.- armes, 
avec une inlassable énergie. 

L'Espagne nous enveloppait : au sud, par les 
Pvrénéesetl.'/Joir^jV/nH.-àresl.parlaA'rnMc/je- 

C'i;;,' '. :UI M. ml. p uf I ; / 1 1 1\ , |i- f.l,^ /t.T^.DanS 



/'"•■/ 



ec le 



suie italienne app.arten; . .. 

royaume de Naples, les îles de Sicile et de 
Pardaigno, et elle prétendait au Milanais qui 
r. ùl rappr.iehéé des Alpes, aux duchés de 
1/ i/r/.'H. .1 aux Élats de la République de 
1 . ...s. , lu. -. ia, Vérone, qui l'eussent reliée à 
lAiiln. 11. ileseendue par les nuinlagnes du 
Tyrol. Elle voulait encore assurer sescommu 
nications à travers les Alpes occidentales, 
entre ses possessions d'Ilalie et la Franche- 
Comté, l'Artois, I. s l'ns lîis : l'alliance du (/uc 

(/e Savoie kl i et. ni -m. p. .urcetle raison: 

rien ne fut m-liL. | ■ I ..htenir. Par ce 

moyen les tnnip. - i >p.i;;n..!.s pourraient, en 
toute sécurité, Ir.iverser les montagnes au 
col du mont Cenis, descendre par le long cou- 
loir do la Maurienne jusqu'au delà du Riiôiie, 
où l'on se retrouverait en terre espagmd.-. 



Li-s alim:s. 



Ll' lilKLNK 



177 



Pour rompre ces mncliinvéliques desseins, la France no pouvnil manquer 

I de soutenir, on Ilalie, l,s petits Klals tpii seuls cinpOcliaieul IKspasno et 

l'Autriolie de se donner la main, et surtout, de oo r6l<S des Alpos, provenir A 

loul prix, ladliésion de la Sai'ole à In cause espajinolo, pri-lude, pour 

nous, d'un eneerelonient complet et de l 'iVrasomenl (lelinilif. 

Dans ce grand conllit. le portier îles .llpes. vnii maiire do la situation, 
lifsil lit à se doolaror. bion «lu'il inclinât sorrèliuient vers l'Autriolie. 



çais, il fallut on assurer les communications avec la Franco, le defondr 
contre Cliarlos-Quint. 

Alors le roi de Franco sollicita r.illi.m.o formollo du ,hir tir .««ro/e. Celui 

do coiiiMinnio.ilinn la |.|ii- ...i,il. .n'n |',,i- .1 \hl ,--,iil |, m- M.ioTm 

Bour;;. ('.Iianilinv, lo .mil .ii .1 




Vélait-ce pas de l'Empire qu'étaient venii> 
à sa famille les titres de comte, puis d.- 
duc? Pour prix de son concours, r.\utriolio 
voudrait peut-être relever à son profil 
l'ancien royaume de Bourgogne et de Pr.i 
vence dont elle se disait suzeraine : no 
couronne royale. cela valait peut-être qu.ui 
y rénêcliit. 

D'abord le 'lue île Savoie voulut flairer I. 
vent : de temps immémorial, sa .Maison in 
trelenait avec la cour de France des roi i 
lions de courtoisie et d'amitié. A plusieurs 
reprises, des alliances de famille avaioni 
scellé cette commune entente : Louis l\ 
épousait unepelite-fil'e de Savoie; '\'olaiiilf. 
fille de Louis XI, devenait la femme du ilur 
Amcdéc IX et la tutrice de son fils; Margui- 
rite de France, sœur de Henri II, était mariée 
à Emmanuel-Philibert; enfin la mère de 
Pranoois I" devait être Louise de Savoie, 
la propre sœur du duc Charles III. Aussi, 
quand le roi de France, François 1", re- 
vendiquant les droits de Louis XII et de 
Cliarles VIII sur le Milanais, voulut passer 
len Italie, n'éprouva-t-il, de la part de son 
parent, aurune difficulté. Les .s'ui'.sse*, alliés 
de VEipagne, bordaient la frontière e.xlé- 
irieure du Hiiançonnais, principalement à 
5use, par où, pensaient-ils, devaient passer 
es Français, à l'issue du mont Gcnévre. 
Franoois I'' déboucha parle col de /'.lo- i.vn-. i v \ ii i 

jenlière, dans la plaine de Coni. Aussitôt 
"émis de leur surprise, pour ne pas se 

aisser enfermer dans les hautes vallées piémontaises, les Suisses battent 
;n retraite, abandonnent la défense de Turin, livrent bataille à François I'"' 
lans la plaine de Marignan (1515); ce fut, au dire de Trivulce, qui 
ie connaissait en courage, une mêlée de géants. 

Les Suisses, vaincus, .si^mèrent avec nous la poix de Fribnurn. dite 
"aix perpétuelle, en vertu de laquelle les rois de France entretinrent tou- 
ours à leur service d.->s contingents de cette nation, auparavant notre 
mnemie, mais dés lors notre alliée fidèle. Pour le Milana-s. devenu fran- 




Kefonno enlevait au duc Charles III le pays 
(le Gex et de Vaud, le Chablais occidenlal et 
le Bas-Valais, à peu près tout ce qui lui 
restait en deçà des Alpos, le niallirni-oiix 
prince, ayant tout perdj, |i;u' riiiv:ision, se 
retirait à Vcrccil. Emmanuel-Philibert 
sauva sa dynastie que l'on croyait ponlue. 
(In cdniiait sa devise : « Au.\ spoliés restent 
le> aiiiios » {spolialis arma supersunt). 



tnnn nnmlirésis as., I l..-|.at;ii. miimI 

iiir lui, riispugue, .|ui mn.uI 

I 1/ II, lis, le garda, ainsi i|iii' I.- 

1, !i \ [ilis, la Sicile, la Sanlaif,'ii.' ; 
hn '\r Siiiiiif rentrait en possossi..n .!.• 
- -. s États, et les troupes fran.ais.s 
I. ni .'vacuer Turin qu'i.'lles tonaicnl 
u]-. . La première occupalion frniirni^f 

lu Savoie avait duré vingt-trois ans. 
manuel l'hiliberl, pour compléter sa vic- 
■.-. sif:nait avi'C les Genevois et leurs 

I- ,1. 1!, n,r \.- \v:,\i;- .!.• /,.,««/»„.■ ' \-.r.\' . 



- / liliigolph). Mais, coinprunant quel 
, I , X ) ! I ! .1 •' I lin; serait pour lui le roi de France, 

il p i>><i les monts et transféra sa capitale 
à ïnrin (1362!; Chambéry demeurait la 
tête des États patrimoniaux de Savoie, mais ce ne fut plus ([u'un chef- 
lieu de province éloigné. 

Annecy (1^622 habitants) so ponche sur son lac par l'ile des 
Cy^Miisot la [ii-i-squ'île ombreuse dnJardmdcs IH/inlcx, qui baigne ses 
pio.ls d.ins la double douve lati-ra!e du Tliian cl du canal du Vnssi-. Au 
nord, les belles frondaisons du l'd'iukr s'atlaclionl .'i la i iv,., où s'élève 
la statue en bronze de Germain Sommeiller, pr..in.it.ur d.: la percée 



178 



LA l"UAi\CE 



des Alpes à travers le 
i-'réjus (tunnel dit du 
moût Cenisj. La ville 
moderne se dévelop|>e 
dans l'axe daJnrdin fte 
P/ri/ito. \:nôtd de ville. 
tiiut pioche, reuTerme 
un musi'e lapidaire de 
gland inlérèl, à c6té 
d'importantes collec- 
tions d'archéologie 
préliislorique et d'his- 
toire naturelle. A côti' 
d'une caserne logée 
dansles bdliments d'un 
couvent de domini- 
cains, se voit l'ancii'ii 
collège fondé par Eii>- 
tuche Cltnpjiitis d'An - 
necy, en KJ33. Saial 
François de Salos fui 
«■lève du collège Chai • 
pulslen (aujourd'hui 
bureau de l'élal-ma- 
jor). Son souvenir esi 
partout dans il 'OIT'/ : 
à la cat/i.'ilralfi, assez 
pauvre édifice, où il 
oflicia comme évèque, eloùpl 
comme élève de la maîlrisi^. 
bateaux à vapeur d:i l.i.', .!• s |..u limlii i -, (lixri-.s iii.liî>lrii>s oc- 
cupent ce qui l ■■-l'- .lu |>i ■■m;' r nr iim -hi ,■ ,|,- |,i \ ',.,/';'/-,,, , \ciulu et 
miililé parlali-X'^iiiii-u. s.ii.' li .ip;..i- .1.- -al.- ri -ami.' J.-auuc de 
Clianlal y avaient iH.'t iuliuoi.-.-,; i '.-^L la iju.j M"'' de Wareus abjura 
le proleslanlisine (172U;. Les reliques de saint François et de sainte 
Jeanne de Chantai furent transportées dans le monastère en bordure 
de la rue principale. La maison de la famille de Sales se voit dans la 
rue du r.iquier, bordée d'arcades. 

Passé Notre- Daiiic-dc- Liesse (très ancien pèlerinage, pardon d'An- 
necy), l'ancienne ville évoque d'une façon saisissante ces petites capi- 
tales ilaliennes comme Padoue, Bologne et tant d'autres, qui furent, 
au moyen âge, un centre d'activité politique, artistique et littéraire 
et exercèrent une attraction, comme aulantd'oasis disséminées dans 
la solitude des provinces : mêmes arcades, même fantaisie, celles-ci 
d'un côté, celles-là de l'autre, comme dans les rues de la Filalerie et 
Notre-Dame. De droite, de gaucho, les éventaires des marchands, de 
sombres couli)irs, des passages voûtés; çù et là, de vénérables portes 
seigneuriales, des escaliers au fronton armorié, de vieux murs où 
primpp la vigne vierge, poui' retomber en festons sur quoique cour 




is lard.leanJacques liousseau chaula 
Les bureaux de la Compagnie des 



silencieuse. A l'appro- 
che du TltioK, ses pas- 
serelles, ses ponis rus- 
tiques, les maisons 
enguirlandées de bal- 
cons lleuris qui sur- 
plombent la rive, 
évoquent un coin dc 
Venise. 

11 n'y a rien dans 
Anneci/ de la vulgaril.- 
lommune aux villr- 
trop récentes et bâti.- 
sur un plan unifirni. 
La vieille cité gagnaii 
par le travers du caii.i 
iluTliiou,lefaubouig.l 
la côte Perrière, grou| 
au pied du cliàleai. 
Dans l'embrasure de I 
porte Sainte-Claire(cr. 
ueaux et mâchicoulis 
la rue Saitile-Clai 
égrène ses arcades . 
ses vieux hôtels. Dan 
l'un deux, le préside: 
Favre fonda, au xvi' si 
de, de concert av. 
saint Fiançois de Sales, l'Académie floriiiwnlnne, sœur aînée, ma:, 
trop peu durable, de l'Académie fiançaise. L'hôtel, donné parson pr.' 
priétaire à saint François, devint résidence épiscopale. Le pr. 
sident Favre rendait ses arrêts au présidial du palais de llle, maisoi 
forte, anciennement aux comtes du Genevois, qui s'élève à la proii' 
d'un îlot sur le canal du Thiou. Ce logis original, aux pièce 
basses, aux murs trapus, terminés au dehors en proue de navii. 
pour mieux résister aux assauts, ses fenêtres étroites, grillées J. 
lourds barreaux, ne dit rien qui vaille. Il servi t d'atelier monétaire, d. 
Palais de justice, de Chambre des comptes, mais surtout de prison 
ce n'est plus qu'un résumé d'antiquailles (belle salle au premier 
C'est une très ancienne ville qn Annecy. Une charte de l'empereii 
Lothaire la mentionne (.Innesi'rtciiw) au ix« siècle. Les Burgondes 
furent; avant eux, les Romains. Elle compta suitout, lorsqu'el! 
devint, avec les premiers comtesdufieuevois, la capitale de leur peli 
État. Son château, plusieurs fois incendié, reconstruit en partie a' 
xv« siècle, offre un ensemble composite où se remarquent la ton 
Saint-Paul et la porte principale (xiv" siècle), la tour de la Rein 
(xu" siéele); courtine crénelée, tourelles d'angle du xvi° siècle. Le 
comtes, puis ducs, de la branche cadette de Savoie, dite de Gcnevoi- 
iVcHiOKrvMnibcllirint celle résidence: au centre, l'élégiinl logis qu'il 




LliS ALPES. — LE IUKVNE 



lirenl consiruiro conliont 
vine belle salle îles l'Vles à 
plafonil Renaissance. De- 
puis loxlinclion Je la fa- 
mille ducale, le cliAleaii 
<r.Aii/icfy fut assez tli-laissé; 
une caserne l'occupe au- 
jourd'hui. A ses ]>ieds le 
canal du Tliiuii fnime. à 
l'enln'e du lac, un petit 
porl où viennent s'amarrer 
îles lloltilles de barques et 
des bateaux à vapeur. 

Personnages histori- 
ques. — Saint lierii,u;l ilf 
MfHtIion, lils lie Kram'ois de 
Mi-ntlii.n et de Berm.iiue de 
Iiuingt, ne nu oliàteaude Men- 
llion, près du lac d'Annecy. 
vers 9S0, mort à Novare, en 
Italie, en tosi : il cvanjîelisa 
les hautes vallées des .VIpes et 
fiinda des ri'fuges au col du 
mont Juux (mniis Jorit, mont 
■ le Jupiter ', depuis Grand - 
Saint -Brrnard, et au passajie 
■le Colonne-Jou.x, depuis l'etit- 
S.iint-Bcmard. lue statue mo- 
numentale lui acte élevée l'.Uij 
>ur ce derniiT col ; Jenn l'rac- 
zon.carilinal de Broginj, ne au 
vdlaçe du Petit-Bropny, près 
\nnecy iI3U , pauvre bi-rger 
levenu évèiiue de Viviers, d'Os- 
11 ie, archevèiiue d'Arles et évè- 
lue de Genève, mort à Rome 
jn 1546: il fonda, dans.Vvignon, 
un collège, où vingt -quatre 
j)laces gratuites étaient réser- 
vées aux étudiants savoyards: 
l'i'iillaame Fichet, né en 1 ',:vi au Pe 
■e<-teur de l'iniversité de l' iris, où il 
inerie : Genève en 1478, Cli.uiihiry er 
1j Genève, Clément 17/ d'Avi-mm" né 
héritier direct des comtes de Genev 
rhorens (IdBT), l'apotre du Chabl.iis, ( 
\ Introduction à ta vie dévoie, et le Tni 
nng des écriv.ains français les plus 
f ivorisait : l'Académie fîorimontane 
r>nda, en 1610, de concert avec sainte Jeanne- 
Françoise de Chantai, l'ordre de la Visitation; 
mort à Lyon, en décembre 10^2; Eusiache Cluip- 
vuit (1499-1556), chanoine de Genève, secré- 
taire du duc de Savoie Charles 111, confident 
de Charles-Quint, fondateur du collège d'An- 
necy (1490 ; le président Favre, baron de l'e- 
r'iuges, ami de saint François de Sales, né en 
Dresse (1557 , alors que celte province app.ar- 
t-naitaux ducs de Savoie : il fut président 
au Présidial d'Annecy, puis au sénat de Cham- 
béry etrédigeale code, fort estimé encore, qui 
porte son nom, Code Fahrien; Pierre Favre. 
•lit Lefécre, né à Saint-Jc.in-de-Sixt, près de 
TlKincs (1506-1546), l'un des premiers compa- 
gnons de saint Ignace, pcdyglotte distingué, 
tliéologien p.<ntilieal au conrjle de Trente: 
/'irrre Fenouillet 'i:,7l' in:,:? . ..r.ileur et écri- 
k-ain. né à Anneey. ni^.rl à Montpellier, .à lévé- 
:héduqueiravait appelé Ili-riri IV; lecanlinnl 
Maillard de Touriioii, ije liuiiiillv. patriinlj,- 
dAnlioche, léuat du pape Clément XI ilans I ■.. 
Indes et en Chine m. 171o ; lli/(irl,iihe-Si:/i^- 
inondGerdil, né îiSamoens en Faurijiny 'I71x , 
professeur à l'université de Turin : il prit une 
grande part à la rédaction du Coneordat signe 
p.ar le pape Pie VU ; le général de Lallée Henri 
de Molz), né k Rumilly (1732), engagé dans 
les troupes de la Compagnie des Indes : seri-it 
llvder-Ali, roi des Mahraltes, fit l'éducation de 
Tippo-Sacb et livra plusieurs combats aux An- 
glais; Uichel-Murie Pachtod, de Saint-Julien, 
général de division, blessé h Wagram: le 
fhevalier de liullet, originaire de Bonncville, 
ingénieur distingué; Jacques flalmot cl le doc- 
teur Paccard, conquérants du mont Blanc; 




-Burnand, (lncleiir en Sorbonne, 
I eut riiiinneur d'intnMJuIn; l'impri- 
n li81,en et.iiiiit p.iurvues; Hoberl 
au château d'Annecy (KSii,, dernier 
■ lis; saint François île Sales, né .à 
Jnnt les vertus cgal.aient le savoir : 
ilé de l'amour de Dieu, le placent au 
délirais; il aimait les lettres et les 
(leur des monts) est son œuvre; il 



en 1^" , ■ ! ■ '!■ I' . , . i: :,[ I,, 

La lio.'lu: i:..-. . '_;".! ^ I- ,.■ /;.■;'-..;/■■/, 
lac d'Annecy vl74S-ls2i„ chimiste euiirieiit 
Lavoisier : il accompagna Bonaparte en E; 
Tbonon (ne pas confondre avec Desaix), I 
Allohroges, le Bayard de la Savni,-. (lui ,1, 
Autrichiens en isl',-ls|,,; l'ii-rr,' l.nu,s /i», 



1 il. Ml 


lil- .1 \iirn 




.ii.rtàBo- 




il '1 




il, mort 




;. ( 




.7. 7, né il 


II. 1 1 


.ll..|r. - -1 


. 1 


iM.i-ds du 


cullaburateurde 


.'uu 


vroy cl de 


'vpte; 


Jose/dL-Mn 


•ie Dessaix, do 


inirép 


de chef de 


la 


ègion des 


fendit 


'■'•»■■ Pi'"V 


nvK 


l'onlrc les 




KGLISE DE U/ 



180 



LA lllA.NCE 



dllalie, franchit le premier le pont de Lodi sous une grêle de mitraille, 
fut à Austerlitz, léna , Wagram ; Alexis Bouvard, de Con lamines-su r- 
Sainl-r.crvais, né dune famille de cultivateurs (I777-IS47), cullaboraleur 
de l.nplace; Josepk-Sicolas SicoUel. astronome, né à Cluses (I7S6), mort 
à Paris (1843); Uermain Sommeiller, de Saint-Jeoire-en-l-'aiicigny, inven- 
teur du perforatfur à air cmprimé. cpii perra le tunnel ilu Jiiont Clmus 
.'mi.rt .11 IsTl : .1/ -- f'»y.'( ■'/..">. / '•/" . n,- t-n lnti-2, a Sainl-1-VliN. dune 



et le mont Cenis, Monlmélian, boulevard de la puissance ducale, à l'issue 
du Pclil-Saint-Bernard et rie la coulée de Chambéry, tombe aux mains- 
de Henri IV, secondé par l'artillerie de Sully. Le Irailé de Lyon (Ifiiil) 
met d'accord provisoirement les deux adversaires : Charles-Euimanuet 
garde Sahtces en restituant Ckàleau-Dauphin : de ce côté des Alpes il 
laisse à la P'rance ].: pays de Ge.r, le Valromey, Xel'.ugey. la Bresse, c'est- 



-dire tous les 



;avoisiens de la 



i par- 




ilanls. Clief- 

Imii : Chambéry. .*^..iis-prérectiiics : Albertville, Moûtiers, 
Saint-Jean-de-Maurienne. — 2!) caillons, 330 Cirnimiiics ; 
Kl' corps d'ann<'e ((Iuenoiu.e). Coui- d'apjiel et Acad. niic do 
iJUMBl^iiiv.DIoci'.si-sdi'CiiAUUÉiiY, lie T.MiENT USE (Moùllers), .le S.mnt- 
JKAN-ot-MALiiJENM;, (c.s deux deriii"-rs, suffiagunts de Chambéry. 

L«9 duos de Savoie au delà des Alpes. — I.e marquisat de 
Saluées conslitiiail ntiu enclave gênante pour le Piémont; sa fidélité à 
I .illiarii'e fraiirai^u ctnit une nienncc. Le dernier marquis île Sa liices tlnnl 
iiii.rl sa:is tiiriliiT, I ! rrd de Trance Henri II, arguant de ses droits su/.c- 
riint, ri'iinit n: dumnine à la ronronni!, comme fief en déshérence. 
Charles-Emmanuel I", mellanl i\ prolit les troubles suscilés en France 
par la ipieri'llo ri'ligii-iiiic, orciipa, en pliiiii; paix, le marquisat de Salaces, 
ti'rrc française, et mit garnison dans l'InlIenu-PaaiJiiii, pnriie Inlegrantc 



du Dauphiné. Le roi de France Henri 1 



pris 



avec d'extrêmes diffi- 



' .dti-s intérieures, ne put rcleVer l'Injur'-. Ce fut Henri l'y qui s'en 
li.'ir;;ra. 
Ihi l'Iir'fdo sa m*rc, sœur de Henri If, I • iliic île Snmie prétendait à la 
• luronne de France; en .«nisissant le marquisat de Siluics, il prenait un 
gage. Ileari /K en prit un nuire contre lui, en occupant la Snvnie. Lesili- 
giiieres, le « vieux renard du Uaiipliiné », coiiiiiie liippelait le Savoyard, 
enlève Tune après l'aiilrc les forteresses de son rival. Après Charboii- 
tiiéren, herccau delà dynn.ilio snvoisiennc, qui commande la vallée de lArc 



'IV I I . ..\,r.,nn (I. 1 \Mlricheetdcl 

> iv,,,,' .1, viiil 1111 |ii"age, un gage que 

Richelieu r^iiil avic vigueur l'œuvre 

i;ois 1''' lie l'autre coté des Alpes, il con- 

passage de la'Valteline aux Espagnols. Nou- 

lirop.is de Mantoue. Le manjuis de Monl ferrai. 

(;..„,n-iir,v,n:,il .leni.iurir(l(;27\cn lai.^ant 

N.vv,-. (,l,:Mlr. 1 Miiiiauyl, duc de Savoir, 



riclie impériale. I.i-- 
troupes espagnoles envahissent les États de .fl/«n/oae ; on comptait sur le 
<• portier des Alpes » pour arrêter les Fram-ais au passage. 

Aussitôt Louis XIII pn^^p m S^imlr, rntiv à riKinilirry. ri. ppn.Innt qii- 
lîa>sompii:rre en" ' ..... . .. . . 

avec le roi, farcele /."v ./,■ >„ .■, ,1 ,|, -. . ,i.| ,■„ Il ,!..■. i'.ai a^iv^, 1, r,.i:. 

plare de Pigiierol, au i!.1".n. Iir il.' I i v.ill In ('lii~..ii. ^ur la pi un. pi. 

montaise, tombe en notre pnuvuir. Déjà l.s l'.sp.agnnls, apns iivoii 
pillé Manloite, se présentaient devant Casai, capitale du Montforrat ; on 
allait en venir aux mains, quand Mazarin, envoyé par le pape coninu- 
médiateur, arréla la lutte et lit signer enire les belligêrauls le traité de 
Ckérasco (I6;il) : Cliarles-Kmmaniicl obt.'nait une partie du Monlferrnl; 
mais Charles de Neocis gardait le duché de Manloue avec Casai; l'igntrol 
nous restait à la lisière de la plaine, en avant de Ilec-liait/iliin, de Fcncs- 
Irelle, sur le Cluson, dont la vallée devenait une excellenle voie de péné- 
tration française, au dévalé des cols do Seslrières et du mont Genèvre. I..i 
Savoie, dj son côté, revenait ii ses anciens maîtres; elle n'avait joué, 
dans celte échauffourée, qu'un rôle tout il fait secondaire. 'Violor- 
Amédée I", (ils de Charles-r.mmanuel, en reprit possession. Après lui, 
Chiirles-F.mmanui'l II en compléta l'unité par son mariage (Ififw) «vcci 
riiéritièrc des f/paeroisAVi/dmis, auxquels le Genevois, le Faueigny et| 
lieaur.rl av.iieni ele apanages. 

Les ducs de Savoie, rois de Sicile, puis de Sardaigne. — 
"Victor- Amédée II fui uu liilleur .ligne .le Catinat, son pi-.niier maître 
Mius le vouloir, cl de Louis "HIV, son a.lversaire. Le roi d.^ rruie... 
en litiSl, avait fait occuper Casai. Cette ville, peu éloignée de Turin, . i|.il .1 
du duc de Savoie, niellait l'ennemi i\ ses portes : il ne put le soulTrir .1 if-" 
l'Furope contre nous (ligue d'Aug^bourg, Kisi;). Cnliual, le plu- ^i m 
homme do guerre do son temps, passe en It.ilie p.ir le (jenèvre, l.' . .1 1 



Li:s ALIM-S. 



u: iîiiom: 



181 



Scslrii'Ti*, le 
il altaque »l 



iICliisoii 
i.'l <'ii il< 
I si-^alll 



. l\-m-slivll,-, l'i 
ironie, (\ Sl(i//'fi 



roi; 



•</<•, 



irAllt'iii:igi>f il ilKs- 
I psgiio Kai^ill li^.iii . l'.ii se rt'liranl, il enlève 
Imuc, puis abandonnant, aux premiers souflles 
prinlaniers, ses rantonnemcnls de Provenee, 
enlève le cliàlcau de SU-e, occupe le comte 
i(i\Til los'll cl, en juin, se rabat sur Coni. Suse 
et Pi!.'nerol nous assuraient le in.int Unis el 
le Cienèvre : si Coni tombait en noire pouvoir, 
c'étaient les cols de l'Artientière et du Tende, 
puis les passafies rayonnants du Queyras au- 
tour du Viso en nidre possi'ssion. La France 
devenait le « portier des Alpis ■■: les rùles 
étaient chantres. Mallieureuseimnt le siège de 
C'oiii échoua par un coup de paniipie; Câlinât 
se relira par le mont Cenis et surprit Monl- 
mélian (décembre 16911. Mais le duc de Savoie, 
reprenant l'offensive avec ses auxiliaires alle- 
mands, espafinols et les réfugies protestants 
français, cnvaliit l'année suivante le Queyras et 
le Briançonnais français qu'il ravagea, sans 
autre résultat que la ruine du pays (169*). 
Câlinât, en écrasant à la Marsaille ÎI6H3) les 
allies qui assiégeaient Pignerol, provoqua l'en- 
lenle particulière de la France avec Vktor-A mé- 
dée //dont la défeclion à la cause delà coalit ion 
amena la paix générale conclue à Bysicic/f ( 1697 . 
Par le traité particulier de tiirin (aoiH 1696\ 
la France donnait au duc de Savoie, outre ses 
États, Casai eK l'ignerol démantelés, mais Chd- 
teau-Dauphiii, Eriles, Fénestrelle nous res- 
lalent, avec les trois vallées briançonnaises. 
Pour assurer la succession d'Espagne à 
son pelit-tils le duc dAnj.m, ]...uis XIV ihil 
enir tète à l'Europe co.ilisie contre lui. Par 
jne sorte de fatalité, 
Init Napoléon 1"' sur 
outre Napoléon III. 




Vice. La Fc 
nurs de Turin, y 
lerdue, la Prov.- 
Viclor-Amédee et 
iî aortt 1707 . m 
es épisodes prii 
VUlreclU |171:i . 
:es États d Italie 



«piestion d'Espagne nous fut toujours néfaste. Elle 
premier degré de la ruine, et fournit à la Prusse, 
■ prétexte de la guerre de 1S7n-lS71. Tierwick-à 

l.-ll-,l„rl,t l,,t!,, ;,^,r 1,. ,lur M'(l|-|r,„i~. >n,|S leS 

il'- \i.nM, ,■,.! 1,. ,,n„, ,. | „^, „,. r:.„, , i,,,iir l'Italie 

-ilii-. T-ii!-ll ,i>-i. LT p.ir |. - ■, Ii-Miliics de 

il"l 111 iili'i' (II' Ml-, : |, I, liMvnl, dans les Alpes, 
il' 'II' lr'i[i l.iiLii- jii ire que termina le traité 
Il \ :..u.l ni I l.-| ,1-11. , niiiis passait à l'Autriche 
leiiliou de Ici Sicile, donnée à Victor-Amédée II, 



ivec le titre de roi. Par un traite spécial (11 avril 17l;i) avec le duc de 
Savoie, la France lui accordait les trois vallées briançonnaises, Chàleau- 
iiupliin. l'eneslreile. Exiles, sur le versant du Po, mais reprenait la val- 
lée de Barcelonnette, 
détachée jadis du 
comté de Provence. 
.\insi la frontière des 
Alpes dauphinoises 
coïncide avec la crête 
des ■■ eaux pendantes », 
mais, de notre c6té, 
la Safoie reste au 
nouvi'aii roi de Sicile. 
Cinq ans plus tard, 
Victor- Amédée 11 
échange à contre- 
cœur la Sicile pour la 
Sardaigne. Singu- 
li. r.(|, ,-lliiii'i|uecelle 
ili- rr |iiinri-. A ITigede 
-i.iMinle-qii.iln; ans 
11730), il abdique 
en faveur de son 
fils Cliarles- Emma- 
nuel ///. mais s'en 
repent presque aussi- 
tôt. Comme il essaye, 
l'année suivante, de 
reprendre le pouvoir, 
son propre i\\», l'ad- 
versaire infatigable 
de Câlinât, le rival 
souvent heureux de 
Louis -XIV, le fait ar- 
rêter: il meurt dé- 
laissé au château de 
Moncaliéri (ocl. 1732). 
Le trr.ité d'L'trecht 
fut un triomphe pour 
la Maison de Srwnie : 
elle sortait rajeunie 




KLKPII A.NTS. 



du l'éprouve. CluiyUn-Kunnaiiucl lit. en prenaiil par 
d'Autriche, contre la(|uelle étaient liguées la France, 1 
attira les Espagnols en Savoie (I7.'r2-I7'r8). Le pays ci 
Victor-Aiiicilée m M e\,viil,T d'uliies travaux dims 
créa la provime ilr l'ni-ninif sur la livièi-e il'Arve. 

La Révolution en Savoie. - I, i:urH|,r ii.iil c. 
la cour ilr Tnnii n ,illri;.l;iil .pie l'enln-e eu ,mi.i|i 
l'.\ulri. Ii.'i I il.l I l'iu-epourprononcersonatta.iii. .1 
francliil I i li nii n !.■ inurméme de la-bataille de \ nli 
devant lui I IN -Mlle, forte pourtant de Iimhih 

C/iail,l.r, I :, -, |,l,lll|,|-,- .1,1- propir .•iviul été ioMl., 



pays vniiliiil I liv niiiii 
ce vœu et la Savoie 
fut incorporée dans 
le quatre-vingt-qua- 
trième département, 
celui du Mont-Blanc. 
Les engagés volon- 
taires du MûnI-llltDic 
formèivii! une \ lil 
lanteeii|i,,il.,-,,ii-il, - 
chefs i-iiinilM' lir--.u\, 
qui ét.-llrlll ilr^ lirr,!-. 

Cependant les réqui- 
sitions fréquentes on 
hommes et en argent, 
les atteintes réitérées 
à la liberté de cons- 
cience et à toutes les 
traditions chères au 
cœur des Savoyards, 
soulevèrent une partir 
de la population 
contre le régime fran 
çais (insurrection de 
Thônes, bagarre d'An- 
necy): onregretlaitles 
Sardes. Ils débouchè- 
rent en Sauof'e; Keller- 
mann, puis Masséna, 
les rejetèrent de l'au- 
tre colé des Alpes. 

Trois ans plus tard, 
Bonaparte menait 
tambour battant sa 
triomphante campa- 
gne d'Italie : après 
Aréole, le traité de 
l'nri.i cidevait à la 
monarchie sarde 




1S2 



l.A FRANCE 



toutes sesposscssions de ce côté des AIpes,y compris le comlé deXice T7cMr- 
im.'dée ///dut, en outre, raser les fortifications d Exiles et de Suse. Son fil», 
r/mr/«-ï-Km»!a?iMp/ /r, ayant excité laméfiance du Din'otonv. fut r.mtramt, 
h s .Il t..„'r. (le renoncer à tous ses États de terre feniir : I ■ l'i- m^nt, Aoste, 
le M.jnll'irr.il. furent divises en départements. Le inillu ni' ix -■!.'.■ rain de 
'<anlal'iiie 'e r.tira sur le seul coin de terre quilui re^t it. .Iimn-; 1 i Maison 
de Savoie ne se vit plus prés de la mine. En WM, Charles-Emmanuel IV 
abdinuait son piètre héritage en faveur de son frère Vtclor-Emmaimel 1<": 
En même temps quelle annexait les États de Savoie. la France, appelée 



Peu après, le vote presque unanime des habitants (235 non pourl3o «9 élec- 
teurs) confirme la réunion définitive de la Savoie à la France. Ainsi se 
termine, avec Napoléon III. la lutte engagée par François !"■ et poursuivie 
avec une persévérance admirable, pendant près de trois siècles, pour 
donner à notre pays sa frontière naturelle des Alpes. Bientôt le chef de la 
maison de Savoie devient roi d'Italie. 

Chambéry s'étend dans une plaine fertile, au seui! de ladépre 



qu'occupait le placier du lUn' 



mire ce neuve et l'Isère, et 
dont le lac du Bourget n'est 
qu'un résidu attardé. Au 
pied du soulèvement qu'oc- 
cupait l'antique Lémenc, la 
Lcijsse promène sur le front 
de la ville son humeur in- 
constante, aujourd'hui tor- 
rent d'eau trouble à la fonle 
des neiges ou sous l'arilux 
des pluies automnales; de- 
main pauvre filet qui se perd 
entre de grosses pierres 
moussues et des galets bru- 
ants au soleil d'août. Des 
menades plantées s'atta- 
nt, de part et d'autre. 
u bord de la rivière. Vers 
ouest, la ville nouvelle 
avec ses monuments, le 
Palais de justice (statue de 
isconsulte,pré- 




par le pays de Vaud, qu'opprimaient les liernois, rompait l'union fédéra- 
live de la Suisse, pour en former une République unitaire, et faisait occuper 
Genéoe par le général Brune (avril \1W}. I.e terrilniro gem 
département du Léman, avec que|i|ii. 
Chamonix, en sorte que cette Inrihir'. .pi.' >l.iniiii.' -mx .t. un. mi. ni h 

mont Blanc, cessa d'appartenir au d. |i n Inn ni .!.■ • ■■ n .\n. Mu- !< ,1 i 

page départemental n'en est pas à uur .iu..ui.iliupn .-. I..-1 lu.iuu !i; I i//- l'aielu' 
seulement au cours d'eau qui le désigne? Les commissaires de la Conven- 
tion .sévirent durement en Savoie: la rcligiim fut proscrite, jusqu'au jour où 
le premier consul, linnuparle, ramena la p.iix et la liberté des consciences 
par le Concordai de 1x01. Scid, l'évèché «h- LImiuI.. i y fui r.l.ilili : iv\\\ 
d'Annecy (lS2î), de Tarentaise et de Ma 
sous l'ohédience du siège de Chamhéry, Ion > ii.n nliAili.- |si: 

L'Europe, coalisée contre Sapoléon, prit (jil ! eu li iic .- i\ .y uvIl, e 
le truilé de l'aria (:)0 mai ISI'.j, fit sortir Victor-EimnanueL l" de soj 
Ile de Sardaigric, en lui rendant le Piémont et, sinon toute la Savoie 
du moins les approches ueiideulalrs des Alpes, c'est-à-dire t 

de ligne d'invasion du/, r -. I. l i :i|iil:ile de cette 

Conflann-l'llôpiliil (AllieiiviM. i.. nr\.- leirouvait s 
dance. Le retour de 1 il- M III" r- ml Luit en (piestion. M i- 
de Napoléon ayant soinhré i W il. ilm, it-s tr.iilés de 'Vienne 
au roi de Sardaigno la Savoie inléyraU, à l'exception de dix c 
rat achées il Genève cl cinq au pays de Gex. En même temps, pour 
garantir le nouvel étal de choses, tout lj pays au nord d'L'gine, Faverges, 
Aix-les-Bains, fut dé. laré veiilre, cninine la Suisse, sous la garantie des 
piii?<sanie«. Ine zom-, rninehe de tout ilmil pour les transactions commer- 
ciales, enveloppa (ieuev .1 le p:iys de (iex. ii2!i;.S liahiliinls). 

Les princes de Savoie, rois d'Italie. — L'événement est d'hier. 
Après yicInr-Eiiimanupl l", qui abdique, cl Chnrle.i-I'élix, le dernier des 
lils du mallieiireux Viclor-Amédée III, la couronne de Sardaigno passe à 
la branche cadellc do Savoie, dite de l'nrif/iiaii, avec Charles-Albert : 

piiiMTC iiialheiii se contre l'Ajifrirhe ru I.umhardie, défaites de Custozza 

et do Novare (mars is'iii,. abdù .ili.iu rlu ini en faveur de .son fils 'Victor- 
Emmanuel II; ghiroMise cnnlnliiiliioi îles Piémunlais fl la campagne 
de Ixinièe (conihat de la Tchemai.i ; en In:.!), alliance franco-sarde réalisée 
parGavour; défaite de l'Aiilrirhe l'i Mar/enln, Pulealrn, Snlférinç; cnlinpaix 
de Villa&anoa, qui cède la Lomhardii! à la France viclorieiise (lî juil- 
li-t 18.19 , cl éiiiange de celle province avec le roi de Sanhiif.'n.', qui nous 
laiase la Savoie tout ciilière et lo comlé de A'i'ce (trailù du li mars 18K0). 



sideiil Farre), le Musei-Hihliollièque (1««H), riche .■n antiquité 
|iii'liisloiii|ues; à la lisière de la belle promenade du Veriiey, !'■ 

,-.|,il, lisse iils d'enseignement, lycées de garçons et de filles, écol 

normale d'institutrices. Au point'de ralliement des deux villes, su 
la I.eysse, le Monument du Centenaire, œuvre superbe de Faiguièi 
cl de l'ujol, érigé en 1892, coniméiiiore la réunion de la Savoie a 1 
France en J860. De l;"i se déploie, vers Test et le sud, la cilé qui f" 
capitale des ducs de Savoie: leur clLlleau couronne une éminenr 
enveloppée de hellos frondaisons, dm- li |.e, -|m., live de la grand 

rue ,lr Bni.pie, qui lui fait une avenu.' i n iilale, avec ses beau 

p.irli.pies'aux arcades élégantes, bordées .).■ iii;ii;asiiis. Au seui 



ALl'KS. 



Li: uiiôm: 



183 



même île la rwe il*» Hoigne, la Fmilniiie des h!:Uphanls rappelle la 
sinsiuliore fortune ilun enfant de Savoie, le g.'néral comte de 
Boisne (de son nom palionynii.nie l.eliorgne). qvii, après avoir servi 
la Fiance et la Kiissie, s'enrôla dans les troupes de la Compagnie 
des Indes (l""") et offrit ses services an rajah de Uellii, par le.|uel il 
fut comblé d'honneurs et de biens. Enlin revenu h C.liambéry avec 



monte, par une tour plus aniiniiie i|ui> la Icinr cini'e ilrs Archives 
(xiV siècle), )\ une plale-fniinc d'où la vue porte sur tout le bassin 
de O.hainbèry. 

Sur les lieux ailes <le la rue île lloigne gravitent : A l'ouest, Vllùirl 
de ville; à l'est, la rnlhMrnle Sainl-l'rançois-de-Sales, avec son gra- 
cieux porlail gothique fxiv'-xv siècles', mnlheureusemenl privi* des 




R G U s s K A 1 



une fortune de lo millions, il l'employa en a-uvres de bieufuisance, 
) Hcoles, hospices, emliellissemenls, et reçut pour ses libéralités, du 
roi de Sardniene, le titre de ronile, de ses concitoyens reconnais- 
s,ints ce singulier nionuinent (18,'iS' <ini rappelle l'origine de son ex- 
traordinaire fortune. .^V l'autre extn'-mité de l'avenue, près des pre- 
miers degrés du chàleau, le monument des fièns dr MniHrc évofiuf 
depuis 18911) le souvenir de ces deux écrivains, .'-a l.iii.iit l,i. n ,1 n,>. 
quoiqueendesgenres différents :/"Sc/</i, l'aiiii' IT'i.l \>H . -mi.iI' m 
de Chambéry, ambassadeur du roi de Suril.ii.ii'' a >aiiii I'' i' i ~ 
boiirc, où il écrivit ses ouvrages de poliliinic i-t Ai- \<\\\U»i<\A\\r 
Du l'it/ie, S'iirées de Sainl-Pélershinirg); l'autre, Xnvier, penseur 
moins profond, mais écrivain plus habile ;\ exprimer des senti- 
ments délicats (Voi/age auluiir île ma rhiiiilirp; — /<■ l.i'jivttr 'le hi i-iio 
d'Aoste; — le Prisonnier du Caiimf . 
Chamhéri/ fut capitale de la Savi>i' 
1-232; du jour où lo comte Thomas !' 
acheta de Berlion ses droits .seigneu- 
riaux, moyennant 45000 florins. En ai 
quérant un peu plus tard le ch'Henu ilr 
Chambéry, Amédée V en fil sa rési- 
ilence oflicielle. Lorsque Emmanufl- 
l'iiilibert, après la vive alerte qui av.iii 
failli lui enlever ses États, jugea pru- 
dent (1562) d'abriter la fortune de sa 
.Maison de l'autre côté des Alpes, et tii 
1 de Turin sa capitale, C/iambéry, demeu- 
; rée à In tête de la Savoie, ne fut plus 
qu'un chef-lieu de province; sa réunion 
à la France en a fuit un chef-lieu de 
département. Mais, au calme de S's 
rues, au développement de ses boule- 
vards, au grand air de son artère vi- 
tale, se retrouve l'allure d'une ville qui 
fut chef d'Etat, durant plus de troi> 
siècles. 

Il reste peu de chose de l'ancien chà- 
leau des princes de Savoie ; la Saintr- 
ChapeUe, écrin du xv« siècle, ornée 
d'éclatantes verrières de la Henais- 
sance, en est la pièce la mieux con- 
s<-rvée, bien qu'un peu à l'abandon. 
Ln grand bâtiment classique, élev- 
sur l'autre face de la cour intérieui'-. 
abrite le général commandant la sub- 
division militaire, le [)réfel, le Conseil 
général et l'Académie de Savoie. On 




^^■^^ 


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1 J 


(A 

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p 



uels giilhiiiucs, d(Uit les vijùles peintes 
rn Irompe-l'œil rappellent celles de la 
lalliédrale de Milan, où cet art, cher 
aux artistes italiens, a trouvé son plein 
l'panouissement. 

De charmants buts de promenade 
fontune couronne à Clmmbinj : l'agreste 
uiaison des Clmniieltcs, où vit le souve- 
nir de M"" de Warens et de Jean-Jac- 
i|ucs Rousseau; ailleurs, r('glise dres- 
sée sur le relief de l'antique l.émenc 
(tombeau de saint Concord, archevêque 
d'Armagh, du général Hoigne); Chnlles- 
In-Enux (eau froidr. sulfurée sodique, 
iodo-lironuirée); V> linut-dit-Mnnde et 
son pittores(|ue vallon où la Doria 
s'épand en poussière argentée; la cas- 
cndc de Jricnb, la 7)enl de Ninidet, pour 
les aiiprentis alpinistes, le lue d' A ii/ue- 
helelle. le Gmiiier et la Grande-Cliar- 
irnt^r. A i.rlrs.n.iins et le li.mnjet... 
Personnages historicpies. — Saint 

inlhrhii,', né k C.liif.'nin, C-\i-i\nt' (le Belley, 
|iriiiir {li; la Grando-Clmi-ticnse, nnirl 
I ri tt7x;siiinl Boicce/, imiivroljerper d'IliT- 
iiiilldn. à liniliative duiniel est dil le; pre- 
iiiiiT piirit d'Avignon, sur le Illionc (mort 

Il ii^'i ; Thomas /'■^ eonile de Savoie, 
n ■ ,111 . Iiàtenu de Charbonnières, qui fil de 
i.li.unliiry sa capitale; Pierre de Cluim- 
liiif/iii/. né en Tarcntaisc, pape sous le nom 
d'Innocent V; le comte Amédée V, dit lu 



184 



LA FRANCE 













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DE G RE. NOBLE : DETAIL 



PLAFOND DE 



1 E S D E L J B E H A T 1 O > 



(irand, né au cliâteau du Bourget (1285-1323): 
Améilée 17, dit le « Comte vert », à cause de 
l'armure qu'il portait dans un tournoi donne 
à Chambéry, né dans celte ville (1343-13x3): 
Amédée VIII, comte, puis duc de Savoie, pape 
sous le nom de Félix V, né à Chambéry (1391- 
l'iôl); Clti'ii/p iIp Sp./'.v/»/, né à Aix-les-Bains 
en l'i.ïO, chiih'lhr ,|ii lui Louis XII, évéque 
de Marsciili ., mium |,ii,is et aimable : tra- 

tiquité et (•ri-ivil une lii-tni.- i]r Ijnii- Ml: 
i:,nmanuel-riiiliberl de f^'i " !._'■ 1 -_'- 
magistral, liistoricn de li m:- ri li -ix.i, 
Marc-Claude de lii'lti'l. \....\.- |,r .n !. ,,i,i -1, 
Ronsard, né à Clinml.. iv . n ] :;. iii,,it . ii 1 ,m,. 
le Auc Emmanuel l'hil il, !■> I . \ iiii,|ih iir A,- Si i ni 
Quentin, restaurateur il.- Ii MiM.ir |,,,m | ,s(i ; 
J'hiliiipe de Gener(,i<<-.\r)noiii:i, tige (le ertle 
branche cadette de la Maison de Savoie (mort 
en 1.133); Césnr Vuichard, de Saiitl Uénl. né 
à Chambéry en 1(:38, l'un des bons histo- 
riens du XVII" siècle; l'abbé Jeun ISesson, né à 
Klumet, paléographe érudit; Emmanuel Crclel, 
né à Pont-de-Beauvoisin, président des .\n- 
ciens. directeur général des ponts et chaus- 
sées, gouverneur de la Banque de France, 
ministre de l'Intérieur sous Napoléon l'^ (1747- 
1S09); Albunis de BeaumonI, de Chambéry, 
antiquaire et agronome ; le général Doppet 
(1753-1800), de cette même ville, écrivain, puis 
lieutenant-colonel de la légion Allobroge, gé- 
néral en chef au siège de Toulon en 17n3; 

Fr.-F.m. Fodéré, né à Saint-Jcan-dc-Maurienne, médecin (17G4-1835); 
les frères Joseph (1754-lSL'l) et Xavier de Maistre (mort en ls52), nés 
à Chambéry ; //enW (/e llellef/ar<le (1755-lfi3I), né (\ Chambéry, feld-maré- 
ctial au service de r.\utrichc, signa pour cette puissance l'armistice 
de I.éobcn avec Bonaparte (1707) ; Benoit leboripie , dit général de 
lioigne (174')-I83n), né A Chambéry; les frères Mickaud, d'.Mbens, Jean- 
l'rançoia (mort en 1830 , qui écrivit l'Histoire des Croisades, et Louis- 
O/driel, auteur d'une Biographie universelle; l'hiliberl Curial (1774- 
18i!» , général de division (i:ss!ingl, cninte de l'F.mpire et pair de France; 
le poète Jenn-l'ierre Ve'/rat (l.siiO-IHl'i , né l'i Crésy-siirisère; Pierre 




eiiant de l'Isère est une survivance 
Dauphiné, qui lui-même ne fut 
lient di' l'ancien royaume de Bour- 
rlni l-inlne la province romaine de 
.1^ i!'< . I //oSrojes. Avant les Ro- 
.1 - I I' s Phéniciens remontaient , 
tilniu.iMij voie de pénétration ou 
\li (lilerranée vers l'intérieur de 

douve profonde et difllcilemed 
r. que dominait le front des Alp 
.|r< llMiiiiin-Ml .KMiiTiviitd'abon 
iiv 1,1, |„ 11,1 ,1 ;,i,,,,,i ruuhv la «au 



éle. 



l.anfrei/ (ISix-1s7S), né à Chambérv, 
de Napoléon /"'). 



eu ( Histoire 



Isère. 

Superfirie : 828 0(10 heeiaie.s (Cadastre,, 42.3Hl)f) (.Servi ro p.'oprn- 
[iliiqiii; d(! l'armi'-o). Po[iulati«.ii : o:);j'.l|| habilanls. Chef-lieu : Gre- 
noble. Soiis-prrfertures : Vienne, La Tour-du-Pin, Saint- 
Marcellin. — 4o cantons, îjtl'i rominunes: W" corps d'année 
ft.iiiiNOHLli). Cour d'appel et Aiadi'iiiic de (iiinNoBi k. Diocèse do 
(HiENOBLE (y compris le ranlon de Villeurbanne : d.-paileinent du 
Itliftne), sulTragant do I.yoïi. 



-,,,! eu,,,,,,,,,!, i\]:,i,i„;l d.;.s .Ma;.-alioles, leu 
ill,,-. il- i,,Lnnt le pied au delà des Alpes 

I Irniii |;i. Pnwincc. Pour garder ce coin 

Il II ■ u ,,,l",-i', ils durent s'en assurer le lib 

.irr, -. •r,,ihli- ,|iir. ,lii r,.t,- ,],■ l'Ilalie, lagrana 

l-illr ||l|..|' ilr. Mil \,,|,. \llivli, lllir, ri. illl COté dol 

I I -|,:iL'n-. I 1 \ Il.iliilllilili.' sr II iiiaii'ut suri 

I-- ,l,i)\ .nlr. ,1,1 ],:,^ lîh.iiir, y:,;im- eMiicentrait| 

II ~ viiii < lie |iinetralion des Alpes oceiilontales,' 
I |ii II ilr ili-l.ineo du carrefour où le Rhône et làl 

~ iM- ni l'éventail des routes de la GaulftJ 

I il' Il 1.1 1 m anle, j)ar le -seuil, facile t\ franch 

I I I I I ." 1 1 ■ I I ir sur le double bassin de la 
I I -I ■ I, I ii,e, et celui de Valdieu dansla din 

■Vienne, capitale des .Vllobroges, clef 

.\Ipes occidentales, eut donc pour les Roma 

une iiii])orl.ance slraléLMiiuo de premier ordli 

I.a se , lu,, liai, ni n-nili/ v.iii- : la ili.nM,' v..ir (lu 

G)-on</ et du Petit-Sainl-f.r „., ,1 ,|,ii. i,,,,. s ,u,,,,- naii.inMie ,lr |m,'I d 

d'autre le musisif du muni lil mu . -• r ,lli u.iii, a,, ,|il,.i,i, hr .1,' la iri',,,,' -l'i 

Léman et de la haute valli . ,!,• I I-. i,-, j ■ d. ~r, ihIic dr (mih , cl d ms 1 , 

plaine par le couloir escarpé des Libelles. Au ceiiire même du grand crois- 
sant alpestre, développé sur l'iiori/.on du Rh(')ne, les voies divergentes du 
mont Grni'vre conduisaient, de Bri:in(;on à Vienne, soit à la remontée de 
la fiuisaiir. |, ,1- 1,- I aiiliirt et l.s g .i-grs d(i la Romanche, soit, au dévale 
de la loii m,,. |,ir I iniiiiin. i,:i|i, r\ la trouée du Col B.ayard, ouverte sur 
le Drae. \i ,- (.n in.hli' .1 la II i--r valli'e de l'Isère. 

De vil- ,1, III, I. , a\,e 1rs MInhnujrs ayant éloigné les Romains de 
Vienne, wu: eoloiiie nouvelle fut fondée par Munalin- l'I.iinns sur la rlM 
droite de la Saône (Fourvières), au-dessus du coiillin ni d.- c. lie ii\ n le avii 
le Rhône. Ce fut le berceau de Liion. Aucune p.i-ili.ii m |iiin\ ni eli- 
mieux choisie pour se porter i volonté sur tous les poinls de la daulc. 
et, quand celle-ci eut élô conquise par César, les trois provinces de Bel 
gique, Celtiiiue ou Lyonnaise, et Aquitaine, qui partageaient sou terri- 
toire, trouvèrent ici leur commun rende/, vous. Ce fut là comme une 
sorte de capitale fédérale où, chaipie année, les députés de soixante-i|ii.ilii 
nations gauloises venaient afiirmcr leur fidélilé devant l'autel de Itoine ( l 
d'Auguste, édifié sur le promontoire (aujourd'hui les Grandes-Rousse- (|(ii 
domine le C(mnuenl de la Sa.ine et du Rhône. 

Ainsi Vienne fol sii|i|ilanli ■ par la grande cité voisine : elle n'eu r, slii' 
pas moins lati'l ,1 ■ liu (.• A,< |iiiiicii)aux chemins des Alpes sur le IIIikiii 
et, par le prestige de smi am ieimelé et de sa richesse, une grande cili 



Li:s ALI' ES. 



LK II II On li 




que Claude, dans ^on discours au Sénat pour 1 accession des Gaulois aux 
^andes charges de l'État, qualiliait de « colonie splendide et puissante ». 
Théâtres, forum, temples, ampliithèàtre, rien n'y manquait des organes 
indispensables à la vie d'une grande cité romaine. Nous n'avons plus 
mallieureusement de tout cela que des restes incomplets défigurés, ou 
des fragments épars. 

Lorsqu3 l'empire s'effondra sous l'avalanclie barbare des ivo et v« siècles, 
l'ancienne Viennoise pmsa. au pouvoirdes liurrjondes ((tondebaud), puis des 
princes Francs, fils de Clotaire iion- 
Iran; aux Carolingiens, avec Pi|iin I- 
Bref, Charleinaf/ne, qui traverser' nl I - 
Alpes, en empruntant le territoire .Is 
.\llobrogcs. Après la dislocation ilt I .m 
pire carolingien, ce pays lit parti'- inlr- 
grante du second ro>/nume hin-iuiuh'. 
relevé par Boson, dans la coulée du 
Rhi'ine, et réuni depuis à l'État de Bour- 
gogne Iransjurane, le tout enfin mis par 
Rodolphe II sous la suzeraineté de l'em- 
pire germanique. Ce lien de r.ittache- 
ment très vague ne pouvait que favo- 
riser l'émieltement féodal du territoire, 
iti multipliant les délégations souve- 
- attachées à la possession de I i 
Iians l'éloignement du pouvoir 
I, chacun parla en maître, tran> 
iiiK, par héritage, comme une prupriél' . 
les fonctiims qu'il n'avait qu'en il.p'l : 
|il y eut presque autant d'Klats i|u.- .I^' 



le Cl 



Maurienne, si>u< sa iImmi 
Petit-Sainl-llr, „.n:l .m i 
Vienne par le- -illon- il' 
au Daujihiiif . M i- il f; 
avec la domination du 
issues du mont Genè%Te. 
De Grenoble, la capitale dauphinoise, 
soit par 



1. Par elle, la double i^su.■ >h 
xWe du mont Cenis an i . mM 
.'I de la haute vallée de I I ' i' 
d'autre part, bien qu'un |" i 
connais, l'éventail des roule 



l'T que des principaux. Ainsi se 

îilait le second royaume de Bour- 

. reviviscence de la Lotharingie, 

' 1 l'ninier royaume burgonde et de la 

l'iennoise romaine. 

Le Dauphiné se rattachait plus par- 

iculicrcnient à cette province, bien qu'il 

l'en eût pas conser\-é l'étendue, car la 

■'iennoine confinait au lac I,éman, et 

'■=( pour la sauver des Helvètes que 

: l'ur avait barré, à Genève, le pas- 

lu Rlione. Dans l'intervalle des 

-■nés au fleuve, la Savoie peu à 




m remontait vers le Genèvre, 

!'s délilés do la Romanche, que 

ncienni' Voie romaine, décousue 

L'iriiilicile, et morcelée en 

-(luvciiliinpi'.iticaliles, soit plu- 



Bria 



par t)ulx, Exiles, jus(iu'au pas de Suse; 
■avec le Cluson sur lequel la Doire nais- 
sante rléhnurhe par le ml île Sc.ilrières 

vers l''ii. -ti' II' iii^.|ir'i r.,:--Daiij:hin, 



'd iulerienr de 
col i'Agnel, la 
! du Viso, pour 
■levesse de fhd- 



!i leur 



A\.\\.Chdleau-Di:u}iliin,Bec-Dau- 
■s mots sont-ils assez évocaleurs 



'In Ih 



Ainsi, par le liriançonnnis, h. cheval 
sur les deux versants des Alpes, du Ce- 
névrc au Viso, le Dauphiné s'imlinait, 
poussant un doidilo baslinn an-dcssns 



II. T.-. I.': Diiii),/,i,H- h, i,i„.„iin(iis repre- 
nait pour son compte l'ancien territoire 
fe'léral de Cotlius, établi sur les vallées 



186 



LA FUANCE 




rayonnantes des deux vers:iril 
quoi qu'on dise, une si|> t 
alpestre, point d'appui du I i 
M.iis si le Dauphiné pou-- 
S.ivulc;, avec Turin pour objc 
(1 



it jamais constitué, 
organisation 
Ml iiiir . 1 c luurnée contre l'Italie. 
il- il. - li.i, transalpins du duc de 
liât (Je concentration des torrents 
plaine du Piémont, la vallée de Uarcelonnetle au sud, détacliée de 
la Pinvcnce (1388), avec le comté de Nice au profit du Savoyard ; au nord, 
la m.i>se compacte des États de Savoie invislh^ait sur si's deux flancs 
le saillant dauphinois. Bien mieux, le Savi\vn.| rMi|M. l 
par de nombreuses enclaves semées en terril m I iii| l i 
le Rhône, tournait son rival, par la Jii'essr. |ii-.|Mr lii 
l.yon. De ce côté, il est vrai, l'a. 11111-111.^1 .lu I ..n. i^nv {.I 
en pleine ferre savoyard... ('..niin. ni l.i un.ii.- .•ril-.ll. 
entre les deux voisins? Kn -iii.-iiln ml !•■ 1..1 .1.- I'imih-.' 
cession (pi'il lui fit de si-< .Ii..ii~. j.- ,liiiii>liiii Uiiuih, 
i'i>mpi-re di; Savoie un vilain luiir, S.iii.s l.i pesée des for 




il sur le Guiers 
■.i>. et, dépassant 
lis parages de 
liait le Dauphiné 
|iu ne pas naître 
•-.a pl.ace, par la 
/ 11 jou.ait à son 

Lyon et la Pro- 
vence étaient à 
nous, liées désor- 
mais enseniblepar 
le baupliiné, le 
.■e.iln^ .le gravité 
.!.■ la Mais, m de 
-,/;.„• ,l,.vait né- 
..■s-:iin Mi.-iils'in- 
.liM.a- v.rs lautre 
.-..l.. .livs .\lpcs. 
\lii>. la encore, 
ill.' se heurtait au 
roi de l'rance qui 
.allait l'atteindre 
dans ce refuge su- 
|iivuie. par lebas- 
li.m M (I. mille tête 
.lu liri.inronnais. 
D'.iu venaient 
les Dauphins? 

1 ncamileil'.IZAoH, 
iuiij.'Mes lAucien, 
auriiit été, nu dé- 
but du XI» siècle, 
la souche de la 
première maison 
des comtes du 
Viennois, appelés 
depuis « Dau- 
phins... Le prénom 
iiu I.. surnom de 
«il le faruille ser- 
vit il en désitrner 



le pays lui-même s appf 
gués IV figuraient des il 1 
ment expliquer cet enilil. 
consécralinn d'un souv. i 

preniliT.' .h ni-ii.' il. - l>.i 
par le ln:ii-i i-_r .!.■ 1;. ilri\ 
(1183;. La s,,. .ml.- Mn-i 
qu'à la mort il. .L m I 
baron de la Tnui' .1 il. 1 
Son dernier rrim -1 nlm 
politiques et siiil-nl linn 
le consentement il.' s.- u 
faveur du prim i' ch.irl,- 
Bon, depuis rui de Fi un 1 
négociations, le transIVi 
Humbert II en 
conféra l'inves- 
titure par le scep- 
tre et l'anneau, la 
bannière et lépée, 
au prince Charles. 
Le nouveau Dint- 

respecter les li- 
bertés et fran- 
chises des Dauphi- 
nois, et, iiiiur hien 
marquer le carac- 
tère de cet enga- 
gement, il fut 
convenu que le 
Dauphiné, consi- 
déré comme apa- 
nage des fils aiuès 
du roi de France, 
leur imposerait 
son nom et sérail 
gouverné par eux. 
non comme une 
province onli- 
naire, mais dune 
faeon indépen- 
dante, suivant les 
lois particulières 
à ce pays. 

Alors, par un 
traité signe à /'«m- 
(13.V',), entre le 
nouveau inaiire 
du Dauphiné et le 



Dauphiné. Dans les armes de Gui- 
:i vint peut-être le nom. Mais com- 
-il voir la marque d'un privilège, la 
lisie décorative'? La critiipie n'a pu 
lijiarence de raison. \u \n' siècle, la 
i la main à la maison de Bourgogne 
• iluigues V, avec le duc Hugues III 
-e dura une centaine d'années, jus- 
lur Anne épousa, en 1273, Ilunihert. 
il la maison dite de La Tour-dul'in. 
U. aux prises avec des diflieultis 



iilTn 
s .Iri.ils 



ave 




; n V 1' r 1; 1 1 li s A I ^ T - L A i; u i; r 



LK 



ALI'K: 



m: ItlIÙNE 



187 



duc de Savoie, dispa- 
rurent les cnolavfs 
territoriales qui con- 
stituaient, entre les 
deux voisins, une 
cause de perpétuels 
conllils. 

Le tiuiers devint 
frontière. Mais comme 
ce cours d'enu est L^ 
lit d'écoulement corn- 
Diuo de deux tor- 
rents : le Guiers morl 
et le Guiers vif. par 
où dévalent ù ses 
deux exlrémiles les 
eaux du massif île 1 1 
Grande - Cliartrenso, 
le traité n'ayant pas 
spécifié de quel 
tiuiers il s'agissait, 
l'intervalle monta- 
gneux demeura sans 
maiire cl fut f.'ou- 
vemé, jusqu'en ITiio. 
par le Père général 
des Qiartreux. Parmi 
les fils de France qui 
gouvernèrent le Dau- 
pliiné, Louis XI ^Dau- 
phin ioui^s //montra 
une sagacité particu- 
lière et un zèle qui 
valurent au pays de 
nombreuses et utiles 
réformes : il agissait en ma 
préférences du roi son père. Cli ulr> \II ilul I 

L'acquisition de cette provinci-. m . m, |m|,|i 
donnait aux rois de France un ii.iinx (p 

Savoie. Aussi /•"/•anfoi's /"■, devrim li lu 

Marignan (1515U voulut-il s'en .i>-iii i I - n 
Saroie, presque sans coup fénr. ( - -i ]. i 1 
et le mont Cenis, que les ilucs lie .ski ....■ 1 1 -i 
?iuï/-PAi7(ie)7, liaient leurs États des ili'n\ 
défilaient leurs troupes. Lorsque Henri /l . | >> 
et la violation du territoire français, en |il' ! 
Chàteau-Daupliin, sous Charles-Emmantut , vi 
pins de ce prince, Lesdiguières, le i> vieux 
l'appelait le Savoyard, ne cessa de harceler 1 




(O/C 


de ce côté des 


.\ll„ 


s .1 ntenait les 


V.lll 


.- Iiriançon- 


:i:ij 


• ^ lin versant 


M|,|, 


'-■ Siis(', Fénes- 


livl 


, l'ij;iierol, Clia- 


I. Ml 


Duupliin. C'était 


1 II; 


lie perdue pour 


llnll 


s, avec le Dnu- 




é décapité, une 


\1> 


ace qui nous 


rill 


ipimil, l'ennemi 


'.'m 


à foMih-e du 

i\r- AI|MS <l..llt 



Jusipi'à la fin du 
\\i[i' siècle, les sli- 
|iiilalions (pii liaient 
l.i France au Dau- 
pliiné furent respec- 
Ircs ; mais de 17BU 
1 I7GS, la pénurie des 
liiiances ayant pro- 
v.i(|iN- ili's éilits bur- 
s.ni\ cNirplionnels, 
1,- r.irl,-„,,iit dcGre- 



.1aii- >. 



L>S t. 



(le su 



vois envoyés à la défense de la Savoie, en debuuchaiil ;i 1 impiuvi.-lc 
sur la vallée de l'.^rc, par les cols du Galiljier et du (ilandon ; Charbon- 
nières, Montmélian, boulevards des communications de la Maurienne 
et de l'Isère, tombèrent en nos mains, grâce à cette tactique, et, avec eux. 
le pays entier. François de Bonne, duc des Diguières ou de l.esiliguières, 
est l'un des plus nobles fils du Daupkiné 
château patrimonial se dressent sur une fa- 
laise du Devoluy, au-dessus du Drac qui 
mugit, en aval du défilé d'.\si)res-les-Corps, 
débouché des deux hautes vallées du Cliamp- 
saur (Drac supérieur et du Valgodirnar. 
creusé par la Séveraisse. /.<'%'/"/»/>•> i<. ilr\ i.ur 
à Henri IV, enfant des \l|"-- 'i I miilMi'i-'- 
avec les surprises et !■'- i- --,,ur, . - .1. !,: 
montagne, rendit à ce (irin. ■• '1 i ^i<n \):i\~ 
d'éminents services. 
Lorsque, de la Savoie, la lutte entamée 

\ par François 1-' et Henri IV porta son etfort 

; de l'autre Cité des Alpes puiir v atliindrr 

' \esilucs. alli.-s de !i;-|,.,-ri.- .-1 .1.' 1 Aulrirlir. 
dans leurs Élals 'le l'i.-iuont. !,- -iiil.uit ilau 
pliinois devint le piv.it de ia.li.m fraii.'.iiM- 
voir le détail, p. 176). La paix de Turin 
(août 1696) avec Victor-.\médée, dont la dé- 
fection à la ligue dWugsbourg amena le traité 
deRyswick(lii97); puis le traité de Monca- 
Zieri{i71î), bientôt suivi des traités d'L'trecht 
de Rast.idt avec la coalition contre 
Louis XIV, à propos de la succession d'Es- 
pagne, mirent fin aux opérations de Câlinât 
et de Beru;ii:k sur le double versant des 
Alpes. 
L'Espagne restait au petit-fils de Louis Xl\': 
il n'y avait plus de Pyrénées •.; mais on 
redressait contre nous la masse entière des 
•Upes. En effet, si par le traité particulier 
'igné le 31 octobre 1712, au château de Mon- 
•alieri, près de Turin, Viclor-Amédée Ilmiui 
;édait la vallée de B.arcelonnette, il reprenait 




I 1 M. ii.ililr, eiiiiiu seper- 

T siAïLii: UE iiAVAuii. sunniliuit. aux ycux 

du peuple dauphi- 
nois, la défense des 

iii.r, friniMii-. -, I. r,i- , l'niir^i-livMH ni all.ii.lii. Mniarr^ exil des 

-h ,1-, il.M, I, - rih- A.- l,r- ,,,,M,. I ■,„.,■ ,\. ^ •riiilcs'., l'hôtel 

■ai ,rri,, ,11 [.,ih I - Ml- imI I . - Jii I' I, I, Ml, ni I', lu-l i\\v< de vivB 

' iiliM <! |< ' I il { ! l iiK ni ijiv- I llr <\ 1'.. : l.ail II' in Ili' aboutit à 

III II I I I M II lin jlanpiline à r/;;»e (al juillet ITxs) ; l'assem- 
t / 1 I il I ,\. Il réunion des Èlats généraux du royaume, 

il; '■■■■'■ I Ili Ml , la bourrasque passée, applaudit, en IS15, 
Imu 1 ■ a M,ma.l..u> ili; lile d'Elbe. 

ns sa coufonne de montagnes, Grenoble ~' 'i.'ix hahitants), 
le une pelite patrie dans une autre et (niiiine la réduction 
laiili' du pays dauphinois. 

lit/ .1 la tour de Clérieux, qui surgit du centre A>- l'ancienne 
lii là Nolre-Domn : devant vous, presi|ne snus la in.aiii, en re- 
iiil M i> Ir il. |n,-,rs.ai|..'nii'iils.lil lt,il;.l |,|.,„:jniil ,li- .'ilHI ni,'.- 

ilall. Il -. .Mll\ lin I |-n,n; à JIHI | ,1 n I I i ' ■- |i!il- halil. la I i • : ■ 1 , 1 1 v , 

a I llaililln lln (,|. aiiil.ln, |,n|l |,,. MIT Ull H--, h l /l'i/- 

1. lin l.alliHll li-s, lllln. M. ■,l|n>.|.|ll, aMC l-s fi 1 1 I S illli riimiiM- 
I I I. 'S plus la|iiiliiilln,.s : |,..s„i„/-/w/- 

n.ii-.l (lli.'j!) nielles,, dniiUcs leu.xlatleut 
le Sappey et le col de Porte (l3o2 mè- 
iies) par où l'on monle à Saint-Pierre- 
ile-Chaitreuse, et, sur l'autre flanc du' 
Chmnecltaude, l'intervalle qui se creuse 
entre celte croupe montagneuse et la 
Dmt (le Croltcs (2066 mètres). Au-des- 
sous du Saint-Eynard, à 730 mètres d'al- 
lilude, le fort du Buurcel, avec batterie 
annexe, commande, à plus de îiOO mètres 
au-dessus du cours de l'Isère, le débou- 
ché du Graisivaudan. Daiis cette vaste 
dépression, le Brame-Farine (1214 mè- 
tres) montre la tète, et, tout là-bas, dans 
la direction d'Allevard-les-Bains, le »io»/ 



Rln 



v/.rtn loinlaiii 
•L'ardiecercI 
In ciel : 1 
- , an delà de 
,,'i 2:i4X Ml/ 



I .a, i,n lis voit; lnOnindeLancede 
■^ N l 'i mitres,, \i\.G ronde Vaudaine 
iiinlrns , le Ckamnmsae (22yj mè- 
iur le front duquel les forts du 
, des Qualrc-Seigncurs, de Muntavir, 



188 



LA FRANfll': 




; R E N O B L I 



(li'fendpnt l'intervalle de l'Isère à la IVitnanche, sur la traverse 
<ri'riai;o. A l'extrême sud-est se déiiagent le Taillefer (2861 mMres), 
la Grande Serre (2 144 mètres), la tète de VOhùm (2 793 mètres), très 
loin, [>ar delà les lacs de Lafîn'V. .'i l.ili-i'n- il'-s iirdfniiils di'filés 
iiii mugit le Drac. Sur la rive g.nr !i'' ilu l"i i • iit s',iII;m li.nt en file, 
l'un derrière l'autre, le Vei/monl 'ioiii ni' li'- , la Cr.imlr Mnn.luToUe 
(2289 mètres), le massif de Vilbn-d-^lr-Ln,,,, aux llaiii^ àa<\w\ V: fort 
de Comboire croise ses feux 'avec celui de Montavie, par-dessus le 
Drac; enfin, les promontoires du Vcrcnrs, projetés avec la Sure 
(I 631 mètres) et la Pyramide de la Buf (1627 mètres) sur la vallée 
de l'Isère, en face de Voreppe, accroché aux derniers talus de la 
Grande-Chartreuse. 
Au nœud des crêtes et des sommets qui se haussent h l'envi i's 



uns des autres, jusqu'à près de 3000 i 
échelonnés d'un cirque immense 
taillé par des c>xlopes, Grenoble ne 
[pouvait souhaiter un plus noble et 
plus magnifique horizon. Mais cet 
hori/.on est limité; il semble que ces 
grandes murailles le séparent du 
reste du monde. On aie sentiment du 
chez soi : de là peut-être cet esprit 
individualiste, celte originalité, ce 
eoiU très vif de l'indépendance, dont 
lémoitînèi'erit à maintes reprises les 
habitants de la cafdlale daupliinoise. 
Postés au débouché des vallées al- 
pestres dans la firande avenue du 
(iraisivaudan, ils durent en découdre 
avec plus d'un adversaire. iJe tous 
cfttês, en effet, s'insinuent par les in- 
tervalles dr's monts, en suivant le 
cours des torrents, des sentiers, des 
(•lie nins, des roules, des voies ferrées, 
de la plus grande im|)ortance pour lu 
sécurité de noire frontière de l'est : 
Lyon el Vnlenre, sur la grande coulée 
du ^ln^ne. Marseille par le Krac et la 
Croix-Haute, Brianrnn el le (n^nèvre 
par la Durance ou par l'Oisans, le ///.,/i/ 
Cenii el le Frèjm (Modane-Rai ibin- 
nèrhej jinr le couloir de l'Arc, le l'ifii- 
Sninl-UiTtwrit par l'Isère supérieure, 
le Gr'ind-Sftinl-Hernnrd par Allevaril, 
r.hamonix, Albertville ou ficnève; 
Anneri/, Chnmhéry prennent jour sur 
le bassin de Grenoble. Ce camp re- 
tranché intérieur est la grand'garde 




de I.yon, à mi-chemin des Alpes. Aussi en a-t-on fortifié soigneuse- 
ment les approches par l'utilisation de l'enceinte montagneuse «pii 
l'entoure et barré les chemins d'accès. Celte dispersion de la défense 
à longue portée atténue d'autant l'importance du corps de place 
proprement dit, appuyé sur la double ligne de l'Isère et du Drac, en 
amont de leur confluent, dans le cadre d'un rempart baslionné qui 
couvre l'intervalle des deux cours d'eau. I,a vieille cité, livrée à .sa 
propre défense, serrait de près le cours de l'Isère, sous le canon du 
Rabot et de la citadelle; plus d'une fois elle en pâlit. D'ailieuri les 
eaux déchaînées du Drac pouvaient l'atteindre, en débordant sur la 
plaine. 

I,.i ville moderne s'étale au large et gagne lu rive «lu Drac, dan? 
1.1 (lireclinii lie Sassenage. De grandes artères traversent les quar- 
\\rv< ii'iifs il'- Il \illn ouvrière et de la ville marchande. I.a plu;: 
longue, cours Berriat, paraît intermi- 
nable : elle coupe, au passage, de 
grandes el belles avenues bien bâ- 
ties : cours Saint-André, boidcvant 
Gamhelta, boulevard Ed.-Rcy et des 
Alpes, étoiles sur le rond-point qui 
s'ajuste au cours de l'Isère, dit place 
de la Bastille. De la gare, l'avenue de 
ce nom et celle A" Alsace-Lorraine ga- 
gnent, de concert avec l'avenue Ber- 
riat el la rue I.esdiguières, le champ 
clos du mouvement intérieur, entre 
le joli square Viclor-IJu<io, la place 
de la Cimstiluliun et le jardin de la 
ville proche du Palais de justice. 

Au centre même s'allonge la placc^ 
Grcnette, grande rue épanouie, à lo- 
quelie une double rangée de por- 
tiques, alignés symétriquement d"- 
part et d'autre sur le front de la fon- 
taine qui en décore le fond, dunne- 
rail l'aspect d'un forum, dans b's iil<- 
antiques. C'était au forum ipie f 
bi-assaienl les affaires et se fai-ail 1. 
po!ili(|ne. b'i, le long (b' la plai •■ l'in 
nelle. s'échelonnent bs :;raii.i- i afés 
les institutions do cré.lil, b's iiiaiia- 
siiK, les hùtels, les bureaux d.- buingc 
■ 1 .l'expédition : c'est un va-et-vieni 
un mouvement incessant, surloii 
quand les premiers beaux joui-s np- 
pelient les voyageurs el les touriste: 
dans les émouvantes solituiles A< 
la C.barlr.'usc, les fraîches retrait'': 



LI-S ALIM'S. 



LK IIUÙMÎ 



189 



«rAllevar.i et il'l riago, les tiorçes pillo- 
rcsqui-s du Vcrcois, lt>s Apres ili lilis il- 
la lioinaïu-lie ou du Drac, k's.liamps .!.■ 
neige îles Craiules-rtousses ou les gran- 
dioses soliluiles de l'Oisiins. Tiaïuwavs. 
cars alpins, voilures parlieulières, alpi- 
nistes et curieux donnentalors à la place 
Crénelle U!ie joyeuse animation. 

Grfiiolile, ville de progrès et de imm- 
veinent, a relenu du passt^ quelques 
monuments de valeur. Cependant, pour 
une ville aussi notoire, la C'illii'ilii}lr 
A'iitTf-l)<iiiie paraîtra d'assez médiocre 
a.spei-1. C'est une mosaîiiue de tous les 
Ages : \\n clocher du xii» siècle surmonle 
la façade réeennnent reconstruite. A l'in- 
térieur, quatre nefsd'allure ogivale, deux 
à droite, une à gauche de l'avenue cen- 
trale, dont les ogives retomheut sur île 
massifs piliers, hulés aux angles par «les 
colonnes à chapiteaux corinthiens, cela 
forme avec les galeries des tribunes iiii 
birarre assemblage : même en plein.' pi'- 
riode gothiiiui-, le Sud-I'>t m- |iiit jamais 
se dégager coinplètenient des loiini-s i\r 
l'architecture romane. Il faut louer sans 
réserve le niaguilique ciboriuniduchu'ur 
qui projette jusiiu'à la voûte ses festons 
délicals. Le siège de l'évèque, œuvre élé- (ui. mi.mi. m, i a 

gante du xv siècle; des tombeaux mal- 
heureusement mutilés, sont encore di- 
gnes de remarque. De ce qui reste, à quelcjne exception près pour 
de menues réminiscences de notre Itenaissance française, il vaut 
I mieux ne rien dire. Cela ramène invinciblement à l'espiil la bou- 
tndp r.-inniie : '. Il n'est pas de pays en France oîi Dieu soit plus mal 

logé que dans le 
Midi. » Si (irenoble 
n'est pas le Midi 
vrai, celui-ci ne 
tarde guère à pa- 
raître. 

Sur la rive droite 
de l'Isère, la crypti' 
de Siiiitl-Laurent est 
un précieux joyau 
archéologique, 
frère du baptistère 
Saint-Jean, de Poi- 
tiers, l'un des rares 
spécimens de cet 
art décadent, bien 
qu'encore plein de 
sève romaine, qui 
caractérise les 
temps mérovin- 
giens. L'édilicc de 
Grenoble rappelle 
|,srh:,,H.||esprimi- 





chapileaux étant d'assise trop étroite 
polir supporter la retombée des cintres, 
on a dii les surmonter de tiiilliiim, formi? 
. araclérislicpie proiire à l'art by/.anlin 
Jii vr siècle. Les motifs décoratifs sont 
'■niprunlés nu symbolisme des premiers 
(••nips chrétiens : colondies, breliis, pam- 
pies el raisins; liMirs conlours indécis 
n'vèlenl l'inliabilel.' d'artistes épris en- 
core des formes antiques, mais incapa- 
liles de les rendre. Li'S sculptures, trai- 
hes par iiirplnts, .sans relief cl sur fond 
uni, Comme à Havenne, ne l'appellent 
• ]w lie lori liiin cet incomparable nio- 
.1 le. ('.'isl un art (jui sombre, avant de 
r.nailr.' ylon ■use ment sons l'inspiration 
lis architectes romans du moyen flge. Le 
I mieux casque en bronze doré, trouvé 
■ lansles champs dc> Vézeronce, où Francs 
il Hourguignons se livrèrent bataille 
iii 'i'I'i, et que possède le Musée de Hve- 
nolije, est, avec la crypte de Saint-I.au- 
lenl, un des plus précieux iloinnienls 
>\'i\ nous restent pour l'iMiiile de l'ait h 
I i'|ioi]iie mérovingienne. 

Saint- AiitlrC', ancienne cliaiielle du 
palais d(^s Dauphins, avec sa tour mas- 
M K ,, sive qu'effile une llèclie octogonale, le 

K 1.1, s c.iMi IIS. Palais de justice, l'Hôtel de Ville se 

groupent entre la place Grenette et le 
boni de l'Isère. Grenoble doit être fière 
de son Palais (In jnslirr ; on n'en peut dire autant de la statue de 
Baijard qui précède l'édilice. Dans un cadre du xv° siècle, la fan- 
taisie italienne a brodé de gracieux décors : c'est la Henaissance 
française de nos chûteaux de Touraine donnant la main au renou- 
veau de l'art antique. Les constructions du Palais appartiennent à 
trois époques : la porte d'entrée de la Cour d'appel et son vestibule 
à croisées d'ogives sont des plus anciennes (xv° siècle'i. On y saisit 
la verve satirique des maîtres " imagiers » cln moyen ML'e; l'Ile s'est 



::.'»;<>;. ::r »:<>: ■ : ■ •»:i'^:^:<t;:^jtt;^^r<^l^: 



Samt-t^ilixte ; peut- 
être aussi fut-ce, à 
l'origine, un ora- 
toire funéraire : il 
est probable qu'il 
s'élevait alors au 
niveau du sol; 
l'exhiiussement des 
terres l'a enseveli. 
C'est un rectangle 
épanoui sur les 
quatre faces en qua- 
tre absidioles. L'ar- 
chitrave antique y 
interpose sa ligne 
rigide dans l'enrou- 
iementdesarcs. Les 




'mi 


^in 


pi 


vu 


=■ < 



■ O M T E DU LA C O U II D L S C O .M P T E S 



190 



LA FRANCE 



ce sont les robins de tout ordre, mangeurs de procès; les limaçons 
qui rampent rappellent la justice aux pas lents; des chiens se dis- 
putent un os, comme les gens de loi le pauvre plaideur. La chapelle, 
dont l'abside en encorbellement fait si joliment saillie sur la façade 
du Palais, nexisie plus qu'en partie; c'est une œuvre gracieuse du 
temps de Louis XIL 

Rien n'égale la partie François 1" pour l'ampleur des lignes et le 
fini du détail. Sur le rez-de-chaussée un peu fruste qu'enguirlande 



terie et le Musée-Bibliothèque, construit en 1865 avec une entent.^ 
parfaite des dispositions propres à ce genre d'édifice. A côté des 
maîtres franc7ais. italiens, flamands, hollandais, représentés par des 
œuvns d.' ( ii'.jx. une salle renferme les portraits des Dauphinois 
qui "lit lui liniiiieur à leur pays : belle mosaïque gallo-romaine 
provenant <le Vienne. 

La Bibliot/ikjue contient 250000 volumes, des incunables, des ma- 
nuscrits précieux (poésies de Charles d'Orléansl. On a choisi pour Ip 




une frise de petits arcs surbaissés, le premier étage est InLit à juin ; 
de grandes fenêtres monumentales à trois einbra.sures, en hauteur, 
accompagnent un motif central où, dans trois niches ouvertes au- 
dessus de la porte, figuraient les statues de Louis X(, de Charle- 
magnc et de la t/(ij7ife, la seule qui soit restée k son poste. L'intérieur 
du palais renferme de très belles salles : l'ancienne Chambre de la 
Cour des Comjiles, décorée par Paul Jude ( 1321) d'une double rangée 
d'armoiries avec un dais monumental, enrichi d'une piofusinn (h- 
pinacles; la salle des Audiences gén<'rales, avec un plali^n I '\r. ,,i :■ ,|, 
profondes moulures dues aux meilleures conceptions d' I i l h nh n^ 
du xvii" siècle; laprcniièie Chambre de la Cour, ou salh' il' - />.//.. 
rations, au plafund plusieurs fois remanié, aux portes eiiguiilanili-es 
de chêne, que surmontent do petits génies poilant une couronne. 
l.'Hi'itel de Ville, ancienne résidence de Lesdignières, n'a rien 
de particulier. L'ancien jardin du connétable offre au public d'agréa- 
bles ombrages. .\ l'autre polo de la rue Crenette, la place de la 
Constiluliun groupe, autour île ses massifs de marronniers et de 
platanes, un ensemble ib- monuments imposants : VUnirrraité et 
Vh'Uel de h, niri-^iun, m fic-r- ,[<■ l.i l'rè/Whir,': à \r<\, VI-': rote ,rarl,l- 



Mari. 



resic 




.•iirli(',ilni;i.|ue r.iiici.-niit' chapelle du cnuvent de Sainti 
d'i-ii-lias. Au sud-est de la Prélecture, le Miiscuin s'alloni. 
iluir ilii J'ird/n des Plantes, non loin des belles avenues on 
s ilr rib'-Vrrte : une collection minéralogique remarqualil' 
ilb' di' L'inliigie où sont groupés les animaux alpestres de 

delphino-savoyarde, en sont les principales richesses. 

Grenoble n'est pas une ancienne capitale figée dans les rêves du pa.«f 
I. industrie des ciments, s'hiiv" i|f> beaux profits jusqu'à une époqi 

rii-iiil", (■-■ un |iri-riil du ^.,| d i iipliinois. L. Vicat ayant reconnu, > 
1-1^, M'"' l"'i''' I .111. lii' . i[. iir. ir^il, use, suffisamment bomogéiie, dn 

prnrliii, ,■ il. ^ , 1 ni - I |in-i. !■ i|ii.|.., il inu; excellente qn. -il ilr, r.. fut i'..iiii 

la ITV.I ,li..,i .1 lin,, ri.'li. --,. in-..ii|.....riiice, dont la nalinv ,.|\ .il |,r..|. ir.' 

dép. I . n .il i.iii... .! ni~ I I iv..|..n ilr (i rrnulile. La siiii|.l i.n !.■ .1.- n:..>. 

exiges p-ir 1 .ne ui.lii-lin; lia d uiiia r.ipiclcnieut un vif u.-.-ur ; I .au, jm 
cipo do muuvenient, et, à son défaut, les gisements d'anlliracite de l.a AI» 
se trouvaient p.iur ainsi dire sous la main. Mais la concurrence dupj'. 
lanil, qui est un ciiuiMil artificiel, à prise lente, mais de durée, le jii 
I r.ii~-;aiit lies triins|i..i-l<, le-; di-.illsde douane exorbitants et injustifii 
.|iii' 1 .'Il 1 .li'i p.iyei- à l'.nir.'e d.' la Suisse et de l'Italie, sans rei-ipri» 
do 1.1 part de ces piiissani. 
mit siii-rulièronient réduit I 
hénêlices altaeliês dans le pr 
clpe à lafabricali.m du cinn 
f.Tin..blois.Taiiilisi|Uc l'Allen 
f;Tie fabrique i milliuns et de 
lie tonnes de luirtland, l'Anf: 
Il rri. 1 milliiin, la i>art de ' 
l'r.inee n'est que do .'i.ïOOOOI. 
iie-^ et pourrisére 180 UOO tonn 
suit une valeur de 5 milli" 
line des bancs il ciment d.' 
I'..il,' ,1e l'ranc', de Seysin 

.!.■ i: li..iiv, de r.iiirvojr 

.lu S.qip.v.des eiivii-ons de 
el ilii Vaili.iuuais. 

Dans un pays qui posfi 
Il > immenses réservoirs gl"' 
■ 1. l'ilisans, les rbampsde m- 
.l..lt.|lril,.iiMi.,d,sI!,.usse?.e 



~ t.. 



\|.| 



^IIATliAU Ll 



houille blanche, éîi.i^:i.' 
l'e.iu cMiranlc Iransfui-nK^c 
(leetricilé, pour s'adapte 
liuiles les fiirmes du Inln' 

buiiiain. di'vail (.treune s""' 



LKS MA'l.S. — IJ-: H|[ùm: 




e richesse. Aussi, p.mr un total de 630 (ii)O chevaux, dorifrine liydrau- 
'lue, qui Iravaillent dans les usines de Franoc, la région delphino-savoi- 
••nne en fournit-elle près du quart, soit environ lôOOftO. Nulle part les 
?ines hydro-électriques n'ont pris racine aussi vite : Société électrochi- 
lique de la Romanche à Liiet, qui fournit la lumière à Grenoble; usine 
Aeignontiel, audacieusemcnt jetée sur le Drac, qui actionne la loconio- 



de 
■In. I: Il l'Iom- 

,1 ' ln;l,le, 

1' 1 M , ijour 
t. Il- Ji I reins, 
:s au survice du 
irce de tous ces 
- sourcop, bou- 



• >n électrique du chemin de fer de La Mure; usine ili/ Chn 
I Praz, deSaint-MicUil sur lArc, devenu un IIluv. h 
ère en TarcnLiise; la papitrri.; Aubnj, sur le Dor "ii 
ipied du mont lilanc; l.s usin.s deSerrn;, àlaCoiii] 
•n chemin de fer électrique du Fayet à Cliamoni\; I i i 
•■■s d'.Vnnecy, etc. C'est la lumière et la force ])art.iul u 
"uvement, de la chimie, de la niélallurf.'iu. .Mais W-ou, 
'■ns, a beaucoup d'ennemis : le déboisement, qui tarit 
verse le régime des torrents, les déchaîne et les t.uii ; I - I Ti i li. m. ni- 
considérés, la destruction des pâturages, les enli I lim- 

ilion tracassiére. En principe, tous les cours d'eau, i _ il i il II i 

•■«. appartiennent au domaine de l'État: on ne ji^ ul I nih i -ni- 
le autorisation souvent précaire, incompatible avec lil.ililissiiriçnt J'uno 
dustrie sérieuse qui doit pouvoir compter sur l'avenir. Pour les cours 
•au qui ne sont ni navijiables, ni ilotltâbles, le riverain peut s'en ser\'ir. 
us la réseri-e du droit des tiers à l'usage de l'eau, réscr\e pleine d'em- 
irlies et dont profitent des courtiers sans scrupule. Sur 30 usines liydrau- 
|»es dauphinoises, 20 sont établies sur des cours d'eau non classés. 
Les eaux minérales jailliss<'nt du sol dauphinois à Iria;.'!-, .\ilevard. 
Motte. Bien que d'altitude moyenne Wi mètres), Uriage doit au voisi- 
se des fon-ls de pins, à son vallon bien abrité du nord, à ses prome- 
les et à l'efficacilé de ses eaux 'fortement chlonirées et sulfureuses) 
iir toutes les affections qui relèvent du lymphalisme et de la scrofule, 
succès tous li;3 jours croissant. Grenoble est tout près 12 kilomè- 
*:', un tramway électrique relie la grande ville à son parc alpestre. 
!n ne surpassi; le charme de la vallée d'Allevaiil, que Ion remonte en 
ivant la coulée pittoresque du Bréda. C'est ft la fois une station ther- 
ile, une oasis de repos, un centre d'excursions, la Suisse dulJauphinè. 
n eau sulfliydrique, légèremc'nt chlorurée sodique cl froide, s'i;mploie, 
inhalation, contre la bronchite chronique, le catarrhe, la laryngite. A 
mètres d'altitude seulement, dans une vallée complètement investie 
la haute montagne, Allevard jouit, pendant plusieurs mois d'été, d'un 
mat tempéré d'une grande efficacité sédative : on excursionne aux ruines 
la Chartreuse de Saint-Hugon, au château de Bayard; on se promène 
Bout-du-Monde. Toutes les beautés alpestres : forêts épaisses, pelouses 
•les, neiges élinrelantes, sont réunies aux environs. La MoUe-les-Baitis, 
ible par le chemin de fer de La Mure, l'une des plus belles voies 
tjrées de montagnes, se blottit à fi'iO mètres d'altitude dans un vallon bien 
)osé, au climat exempt d'humidité : ses eaux thermales bromo-chlorurées 



sodii|ues à haute leni|pc r iim. 

sciatique et les alTcctiMn- . !_ 

Les cours d'enu i\\\ |i mi. , \ 
dustrie. Mais les u.sines, m luiilu 
leurs déjections, ont coupé les \i\ 
ment : la li-uile et le chabot, s'ac 
billons ordinaires aux torrents île 
La truite peut remonter jus(|u'i 



' eut une action bienfaisante sur la 
Il inflammatoires pelviennes. 
iirloiit par le parli qu'en tire fin- 
ies harra^'rs el'^'àtant les eaux par 
III \ poissons. Deux espèces seule- 
I.. il. lit lin iiiiiiiveiiient e( iles tour- 
limite des neiges; elle fréquente 



plus volontiers l'Isère et le Urac : c'est un vorace. Le .modeste et séden- 
taire chabot, que l'on rencontre, lui aussi, fi 2 000 niètres, tapi sous les 
pierres ou caché dans les débris, n'a pas de pire ennemi que la truite 
qui le guette. D'une façon générale, les eaux dauphinoises se dépeuplent. 
Outre les causes déjà signalées, l'agitation des eaux torrentielles et leur 
basse température, peu favorable au développement des lar\-es d'insectes 
néeessaircs à l'alimentaliMn ilii |e.i-x..ii, lis pailienl, s niiiniMles qui 

Il ili-|eii'itiiin, par eiiili^rii. ni el mi-e en eiiliniv. il s l,.i-~rs ,■! marais 




UL okl.noull: 



1 92 



FRANCE 



Ht les 

■mTÎs- 



il f:iiit( ipicr: le (■("- 

ron, ou cuzeau des Gre- 
noblois (ruisseaux de la 

plaine), le chabot ou 

chava.iseau (Furoa; 

eaux torrentielles), la 

sui/fe houchesse ou bla- 

rieon d'Annecy (poisson 

le plus commun de 

risère et du Drac), la 

suiffe lombarde ou van- 

doise (bas Isèrel, et les 

suiffesdulacde Paladru 

(qui sont de vrais gar- 
dons), le mei/'/ier- (Isère 
elbas cours du Drac), la 
truite noire ou grise 
saumonée, reine des 
torrents (assez fré- 
quente dans risére et le 
Drac), le brochet et la 
lole, ou bec-figue de 
risère, voraces qui dé- '" " n r s 

Iruisont une grande 
quanlilé d"alevins; I'h- 
jiron ou apré (Isère), la cur/.e, do plus en | 
lacs de LatTrey et de Paladru; le ^''^Jo" 'l ■ 
blonneux), le fifre, petite lamproie du In 
espèces, comme la brème, l'ablette et b A" 
l'Isère, tant qu'elles y trouvent à vivre; la 




cipaux. la taille des 
peaux à l'emport.j-pièce 
est venue simplifier et 
régulariser la main- 
d'œuvre. Malheureuse- 
ment, le bcin m:n'ché 



il- Liiiiyl' 



ienne'nt des étangs; pour Yomble-ckevalier (qu'il ne faut pas confondre 
vec l-ombre cor,,,,,.,,, ii ri, air c-v.|Liise, V^h'se, le lavarel ce s.mt dos pois- 



v 

avec 

sons lacustres m " 

courantes daupl: 

de l'Isère .est pi 

dont l'initiative lu. ,., , 

non sans succès, le r. 
Pays de hautes mont 

ses ressources nalmi'Il. 

Grenoble, une in 

en témoigne : I 

royales. Cette ii 

quand l'édit d'à 

coup sensible. Nu - 

ment des éilils. m n- 

dauphinoises, dniil l. - 

dédouane, traites l'onunrs un aiilns. I.f snu- 
lèvement du Dauphiné, prélude de la Hévolu- 
lion, ne fut pas aussi désintéressé qu'on vou- 
drait le faire entendre. La Révolution fut la 
mort di! toute industrie. A peine remise de 
cette dure épreuve, la ganterie grenobloise, 
tombée de moitié, se reprit à vivre. Bientôt 
l'Angleterre lui ouvrait -.■-; |i .rt. -: puis ce 
fut l'Amérique, iiiipoi-l.ilie >■ Mi - ;juil< -i Ijhii 
niarcliè. l.c-s tr.-iitès lilir.- . M, nui-l. ~ .1.- Im.» 
pr.ivii(|uçrent un cssnr i-xlri .rlnniu'''- Mais il 
fallut compter avec la cnncurreuce étrangère 
et la contrefiron obtenue à bon compte avec 
des peaux d'a!.'ni.'au substituées (\ celle de che- 
vreau (|ui valaient aux gants (le Grenoble leur 
line.-«seil li'ur répiit ilion. La iiaUire des peaux 
et leur pi>|i.iraliiin iiiipnrlent essentiellement 
l'i la valeur du produit ouvré. On emploie pour 
le gant cherreau glmé les peaux françaises 
d les " nationales », et, en particulier, celles 
du Dauphiné. Pour le gant e/ieii/enu nuèite, les 
ini-illi'ures peaux viennent de l'Amérique du 
Sud, de» Canaries. f»n irupurte aussi d'Kspa- 
gne, de Suisse, d'Italie, même de l'Océanie 
des peaux préparées à Ma^auu^t, clans le Tarn, 
(jrcnoldo n'est pas un centre dn m/'f/iiserie 
important : Annonay, Saint-Junii>n lui en- 
voient le?» peaux de chevreau cl d'agneau prèles 
pour l'emploi. I.a Iciiilure s'en empire; elle 
utilise. piMirrela, ncm les couleurs nrtili. nlles 
d'aniline, qui donnent des résultats peu s.iti^- 
faisants, mai» le.i essences naluri'lles de laio 
pèche. Il lis muge du nrèsil, huis jaune d'Aioe- 
riquiwlii Surl.fustcl de Turquie, etc. Des èhnles 
nnalomiqu.'N très précises ayant permis ii 
.Xavier JiMivin do ramener toutes les formes 
<le mains humaines à trente-deux types prin- 



lis les 


et 3» 


d sa- 


66 f.i 


antres 


zaïne 


- dans 


fait 1 


ardon 


dusti- 


fondre 


prése 


s pois- 





raccruissement des 
charges pèsent lourde- 
ment sur la ganterie 
grenobloise. Au lieu 
qu'en 1895 elle expé- 
diait en Angleterre et 
au Canada pour plus de 
28 millions, et 18 mil- 
lions aux États-Unis, 
cette exportation est 
tombée, pour 1903, à un 
peu plus de 2â millions 
pour les États britan- 
niques, 8 millions cl 
demi avec l'Amérique, 
et pour l'ensemble de 
.X tous les pays, de 49 mil- 

lions à 31 millions. 
Grenoble qui, en 18i.". 
comptait 180 fabricanl- 

000 couturières en 1878, n'a plus qi)' 
\Wi. On produisait 1500 000 dou- 
illions de francs en 1893: il ne s'en 
! 800 000, valant 2i millions, l.'in- 
ait fièrement l'acheteur; il doit ;' 
r chercher chez lui. 

montagnes du Dauphiné et di' la Sa 

1 ninins, à la fabricatiini du papiei 
„. inr|.ui<able.l.Viiii.l..i(lelap;ilcil. 



iilii 



ivieres et des ruisseaux. 

r, le Dtniphiné a su tirer parti de 

Irs peaux par la ganterie est, à 



llianchit les manufactures 
ui rovaume, de tous droits 



laenii 
Il snlli 
le d.iii 
senle 
arbres 



f I, ii,,|, ~ ,ii- 1,1 M II- > - l'iinih'< (17 , la paille seule! s' 
["",,1,1,.,. Il |, iir ilr II, 11- Inl, rrlle anner-là, de 40000 tonne^ 

, 1,,., 1,1,,,- ,!,, li,,i- |, ■ alnnriii.i- une telle fabrication. Oi 

rr deliiluiin-avniMeii, lurii que .1 ej à fort entamé, repr. 

eie vingt fois supérieure. Mais la forêt se défend, l.i 

raient-ils bons qu'à faire du papier'? Donc il faut importe- ■ 



l'on se plaint des tarifs douaniers ouvrant notre frontière sans romp. 
sation, an seul profit de quelques gros spéculateurs. Les produits de du 
de la jiapelerie de Rives sont i 
haute montagne, 



spécialité de la région. 

pas si longtemps encore, était rede 





!■; l.A IlOMANCHli. 



LES ALI'HS. 



LE iniÙiNE 



193 



à Vtgtd de rOoéan. Hion avant 
que le graïut inouvciiuiit du 
tourisme nViU coiulmt dans 
les massifs daii(iliiii(>is Ks 
explorateurs, les stiranls. les 
curieux et les amants de la 
(trande natur.', la nionta-inc 
eut * Gn-n.ible s<s firv.nls : 
H. Firraiid. A -J.n..li,il. On 
montait i\ t'.li iinri.ii~>e. au 
pic de la (> .i\-de-H> llidune, 
et cela paraissait le » iieo 
plus ultra de l'endurance et 
de lnudace -. Tout est bien 
<-hani.'é : Grenoble est de- 
vonu un grand centre d'al- 
pinisme. Suiis l'impulsion 
■lu Club al/'in avril 1x74 . 
de sa section de l'Isi^re 
,août I87J). de la Société 
ilrt Tourisifs du Dnuphiné 
avril !875\ on a osé affronter 
la haute montajine, en faci- 
liter l'exploration par des 
postes et des n'fngcs. poser 
des r&bles métalliques aux 
endroits dangereux, ménager 
des chalets de repos. L'ère 




Facultés, vaut A leurs cour» 
prés d'un millier d'auditeurs 
venus do toutes l.s piirlics 



ino 




/.<ii//iriv/(2(i: ,111. hv- , ,l,,Mt 
la llorecsld une nrlioM. ex- 
ceptionnelle; do Cliamiuusse 
(I NSO mètres), du Villurd- 
il'Avene, analogues ft ceux 
(lu Ballon d'Alsace (I 150 mé- 
trés) pour les Vosges, du l'Ai- 
guuiil (I U5U mètres) pour les 
t:évennes, du Pic du Midi 
pour les Pyrénées (2X60 mé- 
trés), complètent utilement 
l'enseignement srientiliquo 
'l"iiné h ri'iiiversllé, sur les 
, ia.les dehaule montagne. 

Personnages histori- 
ques. — Pierrf du Tefrail, 
seigneur de Bai/ard, « le che- 
valier sans peur et sans re- 
prcicbc 1'. qui arma Fran- 
eois !<•' chevalier au soir do 
Marignan cl mourut d'une 
aniuebusade. h Hnriingnano, 
au passage il I i S. ; i 1 .Ti',- 

i) : quebiucs restes de son ancien 1 i:, i i- 

ni près de Pontcliarra; <j«(/7"rey ic / pii 

la Marseille de Charles-Onint (1 _, / . . - s ,/,; 

m,, nul. baron des Adn-l^. in' .( 

Il I .l:)-15!<7\ tour à tom- . ii i 1 

. ■ iiliii revenu au calholn i m. , . 

l,u-,.„ ,!e Lorraine jeta <laii, le 
; (lis e\p|nils sanglants à Valence, ïournon, 

me. Mi.nlluison, Lyon, ont attaché à sa mémoire 



(U de la 
~ protes- 
ine pour 
s Réfor- 



lui, 



■ Grenoble encore, le cardinal de Teiiciii {Idim-ll-js), 
inmie d'État; sa sœur M""' de Tencin (1U8I-1749), 
ère de d'Alembert; l'historien Gabriel Ùonnot de Ma- 
1/ (I7I19-17N;;); son frère, le philosophe Doniiol de 
,,i<liU(ic (1715-1780); le poète Pierre- Joseph Ber- 
•ril (1710-1775), né à Grenoble; des savants, des 
iriinies politiques : Barmwe (1761-1793) et Mou- 
rr (17o8-ls«6) qui préludèrent à la Révolution; 
er/i(cs de Vaucanson (1709-1782), mécanicien ingé- 
I iix. dont les nutoniates excitèrent l'admiration de 



éroique passée, après les premiers grimpeurs. 
V. Coolidge, E. Whymper, E. Boileau de Cas- 
-•Inau, le vaincjueur de la .Meije (3 987 mè- 
•es';,avec P. Gaspard père et lils, sont venus les 
islteurs; les refuges se sont transformés en 
otels : la Bérarde, grand Motel du Bourg 
'Oisans, Grand Som, Saint-Pierre de Char- 
meuse, le Lautaret, etc. L'activité du Syndicat 
initiative de Grenoble a complété la conquête 
jmmencée. On facilite de toutes maniéies la 
isile de la montagne : voyages cirnilalivs. 
irs alpins s'organisent, et lalpini-rii ■ non 
■lui des hautes cimes qui n'a plus ou prisipie 
j us rien à dévoiler) recrutant chaque jour de 
n-ents adeptes, de nouvelles Sociétés se 
rmenl : Gri)n/>eurï des Alpes, Société des Al- 
nùtet grenoldois, Sociùlé des Alpinistes dau- 
linoit, qui se recrute parmi les employés de 
■mmerce et d'industrie ; le Rocker Club, prcs- 
ic mort-né, par trop d'aud.icc il répudiait 
ut guide;. Ajoutez les conférences, les pu- 
icalions, les annuaires, des livrets-guides 
ries : cela explique la cohue des voya- 
urs, cyclistes, automobilistes, amateurs de 
ut genre, qui envahit Grenoble, à certains 
urs de lété. 

I.e mouvement intellectuel d'une ville comme 
"enoble se devine. Il convient de citer, parmi 
' sociétés savantes : V Académie delp/ii- 
le, la Société de statistique du département 
rhère, la Société dauphinoise d'ethnologie 
fanthropolorjie. Le patronage des Étudiants 
•angers, si heureusement organisé par les 




Fraxce. 



IL 



194 



LA FRANCE 




ses conlcrnporains : iiomnn;- pu li- r iidui il il'- i'icni \ ii-ji ■ I m; 
nufactun^s (ït; soie du rojMiiiii-'. il |i.iririi.,iin;i irii m-. ■ [' ■- 
chines utik-s à cette imJusIin^ : 7"// / ■• '• './w;./ ./f l< ' r 
géologue et minéralogiste ((iii lit jj Li-lie d'; ri\i>eilili"ii J L.;: pi' ; 
l'érier, né à Grenoble en 1777, oflicier du geiiie, puis bamjuier ^s 
Claude Périer, fut l'un des fondateurs de la Banque de France) 
à la présidence de la Chambre des député-;, puis ministre snu; 
Philippin, il est mort .ii |n :j; s-n prlil-fil-, .]r^,„ r, ,,;,„;, /',• '<■,■. y, , 
la Chambre des di-iml,-. ilu c .n-. iM. - iniiii-! i • ~ , . ':■, i I I I: 
après l'assassinat il- > i li i;,rii..l j; imii i — , r, i '. :^ I 
c'ier PoiisoiuluTerrrn/ I^_"|-I^T1 , tu- jn . - -h' i , i 'i !>! :/ //- ' 
(lS03-lSBn), l'une des gloires de la um-i^pi ■ (< .n. .i-. . u, : l.i C. 
André; l'ingénieur /.ou(«-Jr«e/)/i Vi<v// iTvi |^>| 1 ni P-Iiivliix 
l'industrie d^.'S ciments; Xavier Jonrin, I un il- lu'ilh m-- .mvric 
ganterie dauphinoise; le maréchal Jacques-Louis-Ce-sur-Ale.randr 
Itftndon (179a-li*71); l'ingénieur Jean-Charles-Adolphe Alphand (I> 
l'im de ceux qui ont transformé Paris; l'ex- 
plorateur Louis Doudart de Lagrée (1 823-1808), 

né à Saint- Vincent-de-Mcrcuze ; le peintre 
lléheri, fils de Grenoble ; le fameux Louis Mon 
drin, né en 1725 près de Romans, déserteur 
contrebandier d'une mi.I.iee extrnMrlin iii- 
généreux et brave, ■! ni linl pi ni ml I- m ' ni 
à la télé d'ime baiel' 'li- I .m < jm li imu 

le Daupbiné, la Franeli -i: p-, |- \i\ iru 

r.\uvergne, sous la terreur de ses explnils 
il fut roué à Valence (1725-1785). 



Drôme. 

Superfieio : (;."i-2lilO hectares (Cadas- 
tre, . 656 000 (.Service géograpliique .le 
l'année, l'.,pulalion : 2!J0«<J/| habitants. 
Chef-lii'u : Valence. Sous-préfeelmes : 
Die, Nyons, Montélimar. - J'i in 
tons, -MH .MmiMurM'^; I 'i" eoips .1 lun- • 

fCinKNoru.E;. Cour d'aiipel et ,\ia'l.- • .1.- 

(ixi.Noum. hiocése de Vallnce (sullra- 
gaiit d'Avignon). 

Les Cai'rtre* dan.sl'arrondissemenl de Mon 
téliniar, les Voconce» h iJie et ii Nyons, le- 
Vertacomicnri dans le Vcn-ors, les Sefialm, 
iiiriis A Vali'nce, les Tritnslin.i à Sainl-Paiil 



Les Re 



un père, 
: appelé 



te-S;iinl 
eréèren 
TS de I,- 



i^-Cl 



féodal de Valenlinois. La siluation de I'./ 
lence nu bord du Rhône, cette grande voir 
naturelle du conimerce antique, lui donna 
de bonne heure une gramle importance. Sn 




■ ■•\ iii rllrl ,l.iM- l r.i\-..iin- ni. ni (In nnmt Genèvre sur le 
' i"il V r . -ninnlre !.. pi n e ,lj l'iiirim F-miii, En 212, trois 
-uni 11 II. •■, apôtre de Lyon, y apportèrent le christianisme: 
lin- ni I iiii< en celte ville, du iv» au xui" siècle. Lorsque, vers 
M. . i- . I , 1,1 nie, in.Iipnée de .se voir livrée à la fureur des Bar- 
1.' - iliil !.■ rii.li.'. |ir...I lin I niL .■in|.rreur qui pût la défendre, 
1. ' ,.'/,, I -i-ii .! : . 1 ' .,,,_■, à tous les eU'orls du 
ni-rni-, le 1 : . i ! . . I . 1 . î i ■ >ur la grande Coulée du 

I II |e I VII. r.;, il- !■ Iln.n.iil ni. ■me du Sud, comme les 

I. pin- I ir.l, k-s Sarrasins. Les \urmands, eux, vinrent du 
\i n- Il 11 ivant eux, à l'aurore même des grandes invasions, 
, s i\.ii ni elibli sur la Saône et le Rhône leur domination. Le 

\ alentinois fît partie des deux royaumes de Bourgogne. 
évêques de Valence, investis du pouvoir temporel de leur ville 
épiscopale, et les comtes de Valenlinois, 

l'évéque de Die et le comte du Dinis, la 

• li^.nr.le sivi^v.iij. 1,'litat valentinois eut le 
>..ii lin II iiipliiiii. viiisin et passa, par traité, 
m e..i .Il Iriii.i-. depuis Charles VU (1419). 

I. \ll 1 ' 1.1' 1 .11 duché pour le donner 

II. i I I I l'j'i et le lui retira qucl- 
|ii I I ml. En 1548, Henri II fil 

In lu r ,'. .. ... ,< à sa favorite Diane de 

l'iilliTs; enlin Louis XIII, élevant le duché 
-Impie au titre de duché-p;Urie (1612), bien 
pi il ne fi'it constitué que de fragments dé- 
Pi.lie- de l'atirien Valentinois, en investit 
Ir- piiih . - .1.. M.iiiaeo, qui le conservèrent 
|ii-.p, 1 II li. voliilion, et en gardent le titre 
polir llieiiiin- presoMiplif de la Principauté, 
Ite leur coté, les évéques de Fd/eHc-e nvjiicnl 
fait abandon, entre les mains de Louis XI, 
alors dauphin du Viennois, dune partie de 
leur- dr.iilv 1,'lniverMlé de Valence, créée 
eu I ..A -nl.-l-l . jn-.pr.il 1702, 

L.ii.l. ni.- r..nl... 1 iImiii-.i.- ,|ui. de Genèvc 

rn I iMiil I I s i\ ..i. . .- 1 I lia. parla vallée 

du Rlioiie, sur le D.iiipliiiie. al teignit le ter- 
riloire de r<'/('»iee et y deeliaiua de laincn- 
laldes rliseordes (1,ÏI12". La cathédrale de Djc. 
e. II.- d.- V ilenee en partie, l'abbaye de Sainl- 
Kiil. h iii-ferèe, en 12in, des environs d'.\vi- 
Lieii d III- une île du Rlione, furent saccagées 



-. I.esdi;,uirres, t\ 



\l, prisonnier du Diree 
•. en aoill 17'.l',i. Bonapi 
I en secoiiil. vint coinpl 



avait pris l(i 
I n.iiipliiiié.donnn 
I, s (le r«/c;ice,ct 
iiil ii;2(;'. Là aussi 
un nus, le pape 
oire, dans la ciln- 
irle, simple lieulc- 
■lerson éducation 
iede Valeine. 



LliS ALl'KS. 



LI-: lîIlOM' 



193 



Il vadoux villes dans 

' Valence ^-'STiKi ha- 
bitaiils) : lime flain- 

I banl iieuvo, qui enve- 

I loppe de ses avenues 

] (Félix-Fuure, Victor- 

I Huj;o), de ses boule- 
vards orabieux (bou- 
levards Gaïubelta. 
Bancel,.Mauri<e-C.lerr, 
Als.ice. Sadi t^ain-itet 
Vauban) raïuienne 
cHé, groupée autour 
de la place de la Li- 
berlé, d'où suriiit 
ni.Mel de Ville. L'en- 
semble s'imllne, à 
1-28 mètres dallitu.le. 
sur la rive fiauche du 
llbône. De l'Espla- 
nade, où se dresse hi 
statue de Champioii- 
nel, le regard descend 
sur le jeune parc 
Juuvei; sur le pont sus- 
pendu et le nouveau 
ponlduRli.'ine.qui. Jr 
si-s arches massives, 
enjambe le lleuve, en .^___^ 
dos d'àne ^^IG^.IOJ, 
sous la romantique i^ ^^u 

silhouette des ruines 
de r.russol. pinjetées, 

I à la pointe des Cévennes, au-Jrssus 
des boulevaids, ajustés à la U>vme lia 
cheminent les monuments : ceux d' 




iM.liz.ui du Rhoiie. l.el.iiig 
niée des anciens renipaits, 
ifanls de Valence, d'Emile 
Augier et de Montalivet, au delà d'une gracieuse fontaine. 

VHùtel (le Ville, de construction récente, est un édifice de belles 
proportions dont la salle des fêles et celle du ilonseil nul été déTo- 
rées par deux artistes valenti- 
nois : MM. Ollier et Mallevai. 
Sur les deu.K ailes de la place de 
la Liberté, qu'il domine, s'é- 
lève, au sud, le Palais de Justice 
(I82i-1827), non loin du monu- 
ment d'Emile Augier et de la 
place de la lîépublique. A l'aulie 
pùle, sur la place Suitii-Jnin, 
l'église de ce nom [pou he .t < In- 
cher de l'époque carolin^i' une . 
dans le voisinage du.Vi(s('(--i>'(///)o- 
tltci/ue et à peu de distance de la 
Préfecture, dont les jardins en 
terrasse planent magnifiquement 
sur la vallée du fleuve. I)e-ci de- 
là, quelques bonnes vieilles rues 
réfraclaires à l'odieuse ligne 
droite; de vieux hôtels : celui de 
Sieijèi, où fut le siège du pre- 
mier Présidial valentinois; l'an- 
cienne chapelle de l'abbaye de 
Saint-Ruf, affectée au temple 
protestant; la maison des Tctfs, 
à façade Renaissance, (.un in- 
térieure ornée de mé,l;iill,,ii.< .1 
de figures en liau.t relie) laiie 

n 1530). Sur la place v(jisine. 
dite place des Clercs, se tient le 
marché; c'est là qu'on exécu- 
tait : l'illustre brigand, Louis 
Mandrin, y fut roué, puis étraii- 

lé, le 26 mai 1731. 
Lac^tiiédiaXe Saint- Apollinaire 
n'est pas du Midi : l'Auvergne a 
'uurni son modèle. Reconstruite 
lu XI" siècle, à la place d'un vé- 
nérable édifice qui remontait en 
lartie, croit-on, aux premiers 



temps du flnislianisiu.! à V„lnire, la basilique actuelle fut consa- 
crée, en lÛ'Jo, par le pape Urbain 11, lorsqu'il vint prêcher la croisade 
à Clerniont. C'est un majestueux édifice avec porche do quatre 
grands arcs décroissants, que supportent trente-deux colonnes k 
chapiteaux richement sculptés; une tour carrée do 57 mètres en 




orlinns, se ccnironnent d'une ab- 
side à cliaiielles rayonnantes. La 
l'oniH' est celle d'une croix la- 
tine; la longueur, 75 mètres : 
conduit par le couloir de la maî- 
tresse nef, le regard découvre 
vers le porche une belle pers- 
pective. Un monument de pur 
slyle Renaissance, dû à Nicolas 
Mislial, chanoine de la cathé- 
. Il aie (l'')')6), pour être affecté à 
la SI |iiillurc de sa famille, fait 
loi iieiiient de la petite place voi- 
sine : des arabesques variées, 
dos soleils, des animaux et la sa- 
lamandre de François I"'', qui 
entrent dans la décoration de ce 
joli éilifice, n'inspirent pas la 



ml< 



A Valence, le Midi commence : 
les environs sont charmants, 
plantureux. Sur la vaste plaine 
où le Rhône et l'Isère dévelop- 
pent l'éclair de leurs eaux, avant 
de se fondre en un seul cours, la 
ruine allièie ilu donjon de Cnis- 
"/ Ne lii^s.' ,'i l.i cime d'un roc. 

\,ileii, r i .1 1,1 porle du Ver- 
cors. Ile S,n,:i-.l,',ni-i>v-l',iiiiiitn 



longueur de 7 kilomètres et 
une largeur de 3, contre-bute le 
plateau mamelonné que la [orét 
de Lente recouvre de ses vertes 
clairières et do ses mystérieux 



LA FUA.NCE 




leroiquenient i\ eu "00 hommes c jnlrt 22 0O0ai 

tI 1 un fl II d 24 \iib'!eiux contraint de 

il 1 11 II ttres&eeb de ses en lerais 

I I I I I I ijireb un procès ini [ue, 

I I 1 I \ lu gênerai Jean Elieime 

I I \ \ il me le géologue 

M I I I m (1*41 1S19;, le 

/ le Fieijcinet, ne 

1 11 1 1 de Piiib, Au 

i M I u\ (1792 

I I ! 11 Mont 

1 / \ 1 11 L liin 

I I I 1 1 1 1 / /( hpi e 

1 [ M / i de l i Diuine, émule de 

1 I 1 I 1 pjete dramatique Lmile 



Hautes-Alpes. 



ombrages. On pourrait, en fraucliissant le seuil de Huuvaate-le- 
Ilaul, descendre sur Omblèze dans le vallon pittoresque de la Gcr- 
vnnnfi. Dd Punt-en-Hoyuns, qui accroclie ses vieilles maisons à de 
hautes falaises en surplomb sur la tourne tapaeeusc, la route re- 
monte la coulée de la Vcrnaùon par Sainte-Eiiiilir, !■' il^iilé des 

Petits-Goulets, l'étiange vallée .d'Échcvis, que r i I ui^enta- 

Llements rocheux hérissés de hêtres et de sapins, inim p. m ii o sous 
li-s luniiels des Grands-Goulels, dans le roc vif, au-dessus d abimes 
d'où s'éli've la clameur du torrent. Au-dessus d'un escalier gigan- 
t'-sque, sur les gradins duquel la Veriiaisun dégringole en une suite 
ininterrompue de cascades, la route s'engouffre dans un noir tunnel, 
aux parois ruisselantes, et débouche dans la pleine luiiii''ir d'un 
berceau de verdure, les Barnijnes. 
l/herbe fraîche et drue, les filets 
clairs courant parmi les fleurettes, 
les bois touffus, l'activité, la vie re- 
posent de la grandeur sauvage des 
(irands- Goulets. Des Baraques, la 
roule porte au sud, par le col de 
Roussel, sur Die el la riante vallée 
de la DrAine, ou bien, Iraversant le 
plateau de haut relief qui sépare la 
Vernaison de la Bourne, s'engage 
dans cette dernière vallée, gagne en 
surplomb du torrent le pont de la 
(ioiile-Noire et poursuil, à Iraveis des 
sites grandioses, dignes de ceux du 
Tarn, jusqu'à Villard-de-Lans, d'où 
l'on dévale sur l'Isère et Grenoble. 

Personnages historiques. — Sainl 
tliifi les, évri|iio d ; (irenoble, et son 
humiinymc, fircln-vcqne de Lyon'xi' siè- 
cle); A'Ihémar (le Mniileil, orateur Cl >- 
qiienl, chef spirituel de la première rroi- 
salle; Ilin/mond du /'«y, grand maiire de 
l'ordre de Saint-Jean, m. en 1 Uil ; Ckurlen 
(lu Puy (le Mnnihrun, capitaine calvinislr 
(1 5.10-1 STil); Phi lis lie La Tour ilu fin île 
la Chnrce, qui, ii la lèle des vassaux de 
Sun prre [W.H'i, n-p.inssa du Daupliiné 
les troupes du duc i\r S:ivoie (Kil.vnoS ; 
r/iomrt.v-, (,//,«,•, CM, le ,\,i l.allu-Tolle,,- 
(lal, d'origine irlandaise, né i\ Romans 
(1702-1706), officier distingué, envoyé 
aux Indes comme gouverneur général 
des élablisscmenls frnn .ais : abandonné 
sansressourcesdansPiindichéry.i! se dé- 




Superficie : 558 900 hectares (Cadastre^ 564 200 
(Service géographique de l'armée). Population : 
106083 habitants. Chef-lieu : Gap. Sous-préfec- 
tures : Embrun, Briançon. — 24 cantons, 
180 communes; l'i* corjis d'armi'e (Grenoble). 
Cour d'appel et Académie de Ghenoble. Diocèse 
de Gap (sull'ragant d'Aix). 

En s'assuranf, par la suzeraineté des dauphins du 

\i'iinMi^. 1,1 L'.MMnh ■ (le Iriir iiiilcpendance contre les 
riiiHiiii- Ju i|r|,,,i-. |, ~ |.M|iu|,i|i.ins da Bi-iançontiai' 
jr.iv nrii! rrii .ilinir .1,' ] ur iii(lr|icndance, mais bien 
au .oiilr.uiv pioVi^inL- ,{,< d.'rlar.iliuns formelles et 
reiliTr. s i|iii in rr.Miiii:ii-.s,iii'nt toutes les préroga- 
tivi<. I.r- |H.[iiil;ilii.ii? ilo 11 liante Duranceet du bassin 
du Guil, de la Dnire, .lu Clii-.ni, f\r la \iiit i, êi'helunnées le long des 
torrcnls ilr ] un il ,\,- 1 mliv \r]-,nil ilr- AI|h >. Irs uns tributaires du Po, 
les auln - il. Il jiiii iiiri I I lin Hliiiiii . loi in in iit dans leurs vallées autant 
de rciiiilili'|iii- an |"lil l'i.il. Iirnli- iv- ilr- .■iiniciines tribus gauloises con- 
fédérér- ^.al~ \. |i ilr-ii iL'i' ili^ Ciiliii- /;,/,///. nn. apiv's Suse, fut leur centre 
de ralliiiin iil. |in^i|iii' an lulr. ,],< iii.aïU. riiii|iianli' rt une communautés 
se trun\ai. ni ani-i i^ r,.ii|Mi-. rliarnin' ,~' ni inini-lrant rlk'-méme par des 
magiïlraN .l'ii-iil- ri >\ nlir- liliivnn lit ,.|ii-, i|iii niniiiiiaient à leurtour 
les ag.nit- di n-r- il.. I.i |..i|t. .■ innnii i|i.il.. i I .1-. la iiaenee des biens de 
la COMlliinninlr. il,ini|,-. |,ail-, p a ! m ,i _■.- ; im i- j un a is la féodalité ne 
puts'iiiipl.iiili I' ilan> Ir. \all. I- lu laiiiiiiuiai-r-. i;a .1111, .iilleurs, Constituait 
un privili'ge : la prclie, la cliasse, le port des armes, était le bien de tous, 
cuiiime le droit de réunion et de suffrage. C'était la liberté complété, sous 
réserve des impositions d'intérêt général 
et des contingents militaires à fournir 
au suzerain, dans des cas déterminés. La 
suzeraineté dauphinoise se résumait en 
une autorité suprême de justice et de 
commandement. I.e Dauphin érigeait 
des places fortes pour la défense com- 
mune : Bec- Dauphin barrait la vallée 
du CIh-mh. r'.,:',v,„ - fi,. ,.,,;,;., 1:, haute 
Vraila. ,1. ,',-.-,! I , ,,' ,ni. du Pié- 
nmiiL.I . .•. •!, .1.1 . i: .m • ;Mr-,.Wo/./- 



lino /r.,, ., 
gères pai un. 
présentant cli 
tantes, la qii 
buées à eh.- 
fédération, er 
se nommait 1 



vue de 
escart : 
nv enipl 



,,,„,, 1, ;; . ' ,„„.s- députaient II 

lai m. . I, |.. iM' I i^ralld. eseailoil 011 

\v>,nil.l'i ;tiii|. lia iiiii, par sessions 
|H 1 iiiiliiiues ou e\i-epliimnelles, pre- 
ii.iil les mesures utiles à la sécurité de 

C'était donc une vraie république fé- 
dériirive que la Briançonnais, sous If 
protectorat milil:iiiedis/i.i»;)/ii".«. libre- 
ment accepté et garanli ji ir des traités 
solennels dont ceux-ci, et après eux les 
rois de France, leurs successeurs, se 
monirèrent toujours respectueux. Ainsi. 
cninnie leurs frères des Alpes, les mon- 



LES ALPES. — Lh: lUIÙNE 



197 




tagnards des Pyrénées, c-ux de la vallée d'Aspe g.inlaieiit j.iluusement 
contre les vicomtes de Béarn leurs antiques liberlts. 

On a vu quel puissant appoint apport.i il .iii\ r.i- ,1,- | i mr. I,- ;i, /»/,'/;/-> 
briançonnai.f, à cheval sur deux Vfi> nN ^1. - m iil rjn -, J >ii~ li lull' 
qu'ils entreprirent contre le duc de SiN-n. | m 1 m r 1. IVm.. 
sa frontière des Alpes. Avec Pigiierul, ijur n-u- l'i-nil Hirli. liiii. 
Suse emportée par Câlinât, nous tenions le il.nll^ |ii--i^i .lu cvu\>- 
sant alpestre projeté sur le Rhône : les cols du m. ni ( ,in-. .1 ,lu Cenévve. 
Par Chdteau-Dauphin nous débouchions du col iVA'/nrlIn \ri - Silures, au 
cœur même du Piémont ; enfin Coni, s'il ne nous eAI ei liipjic par un coup 
de panique inexplicable, nous donnait la maîtrise du col de l'Argenlière 
et du col du Tenile. Le duc de Savoie, établi à Turin, <lont il avait fait sa 
capitale, se voyait déborde sur tous les points par l.s chemins conver- 
geant des montagnes sur sa cipil il. . --11 -ilnl il V lil être au prix de 
concessions faciles à prévoir, pin -iH' II' - -• -m rili-êes depuis : nous 
céder la Savoie, pour eonserv. r >..ii .l..in.uiii- li m- ilpiii. Nous eiimes le 
malheur de perdre en dis luttes gloricusis, m us iiuililes et parfois dé- 
sastreuses, ce qui; la rl.iiivoyante et énergique politique de Henri IV et de 
Richelieu nous avait si cflii-.iceinent préparé. 

Les villes de la haute iJurance, avant-postes du Daupkiné sur l.i roule 
des grandes Alpes : Gap, Embrun, etc., eurent parfoi- .m, II. m. ni i 
souiïrir du voisinage des ducs de Savoie, maîtres de 1 i ^ Il 1 I' i' ' 
lonnetle. L'invasion de Iilflâ fut particulièrement désastii n \ i' I ■ Viii- 
dée II, parti de Turin, passe les Alpes au col de lAiguali. ic tr.au.uil 
après lui des bandes allemandes et espagnoles sous le prince Eugène et 
Caprara comme général en chef, avec un contingent de réfugiés protestants 
français, aux ordres de Si-bomberg. 

L'invasion, pénétrant de la vallée de l'Ubaye ou de Barcelonnette, qui 
appartenait au duc, dans le bassin du Guil, qui composait le <j»'yias 
français, Guilleslre, Ch/ileau-Gueyras, Embrun tombent aux mains de 
l'ennemi, non sans lui causer des pertes sensibles par une énergique 
résistance. La défense d'Embrun, sous les ordres du m.arquis de Larrcy 
(3 000 hommes de troupes régulières contre 30 000 assiégeants) est l'un des 
plus beaux traits de notre histoire militaire : pour toute artillerie, la place 
n'av.îit que dix petits canons en fer, sans affûts, et, pour boulets, « ceux 
que l'ennemi envoyait ». Comme le duc de Savoie sommait insolemment 
la ville de se rendre : <• Mes soldats et moi, dit Larrey, ne manquons ni 



.' Et 1.1 garnison, étant à ses dernières cartouches, 
uni. avec ariiies et bagages, enseignes déployées et 

|i; I. l'il r.'i_' . i'.i|iiira mit le feu à la ville : la 

n.iil II . .niji iLin , ii//iait, incendiait, massacrait 
iihN mil. ml m..iiliMi.Ml une ardeur sauv.age. liien 
ibrun perdit les cloches de toutes ses églises, celle 
beffroi municipal, et jusqu'aux mortiers des apothicaires, dont on 
•xpédiés fi Turin ; ses remparts furent éventrés, les 



iuiibour 



: 11- Allrii 
épargné ; Ei 



I I ill.ii.l.il II! ri\.i-i lies iiionls poui- lui iiilliger, ainsi qu'à ses 
I I I I iii- Ml. nii- nie do la Mnrsfiille (4 octobre Ki9:i) qui l'obligea 
1 lui. 1 II . iliii.iii de la /ijue (/V1kjs6o«/'</ et de traiter séparé- 
1 lurii, a.nil li.lK,.. 

ni les inirépides défenseurs du sol dauphinois, la tradition, embel- 
t l'histoire, a fait une réputation d'héroïsme aune vaillante femme: 
,/p /,-; Tmir du Pin de In Clinne. qui. à cheval, eiii[..inailiée, le pis- 



Fr; 



11. 



Après de telles ('•preuves, Gap { 10647 lial.ilaiiN ne peut onVir 
aux curieux un prani! luxe de moiiuiiieiils : la |i,iix in'eessaiio à 
réclusion des arts n'est [las le privilège des pluies lortes desliiiées 
parétal à se défendre. La (^illiédrule est une reconstruction iiiiiiano- 
gùlhique (I86(i-18'j;j), dont l'aspect est lieureiiseinent varié par 
l'emploi de la pierre et des niai Irn-s iu.liL'ènes : noir do Chanipsaur, 
vert de Maurin, rose de Cii i _> -. I m i mix de granité monumen- 
tale termine le clocher; quitM m i.iiili.|ucs colonnes monolillies, 
en inarbre rose de Chabrii'i. -, il. . .ni., ni autour du chœur surélevé 
If-urs chapiteaux finement ciselés. La Préfecture n'a d'intérêt que 
par le mausolée du connétable de Lesdiguières, déposé dans la salle 

17. 



198 



LA FRANGE 



du Conseil général ; la statue en marbre blanc de l'illustre défunt 
est étendue denii-couchée sur un sarcophage en marbre noir de 
Champsaur; de curieux bas-reliefs en albâtre, par Boscodon, enca- 
drent le monument. 

La ville de Gaj) s"appuie au contrefort de la montagne de Charence, 
dans un bassin qu'arrose la l.uye et qu'empruntait probableniHut la 
Durance, lorsqu'elle 
servait d'écoulement 
à l'ancien glacier 
moulé à cette di'-pres- 
sion. Le joli parc de 
la Pépinière occupe, 
sur le flanc oriental 
de la ville, l'inter- 
valle de la Luye et de 
son petit afduent, la 
Bonne : une avenue 
plantée de beaux 
noyers, l'avenue 
d'Embrun, y conduit 
au sortir de la gare. 
Là sont réunies, dans 
le nouveau Musée, 
des collections ar- 
chéologiques du plus 
haut intérêt pour la 
préhistoire, lépigra- 
phie et l'histoire na- 
turelle régionales. 
Les bijoutiers de Gnp 
sont h;il,ilHs à moii- 



Basses-Alpes. 




Superficie : 693400 hectares (Cadastre), 698 700 (Service géogra- 
phique de l'armée). Pcipulation : 107231 habitants. Chef-lieu : 
Digne. Sous-préficturrs : Barcelonnette, Sisteron, Forcal- 

quier, Castellane. 



( niiiniuii.-: K>'" corps 

.r.nil... .\hK^EILl.E'|. 

O.u, .lapiM-l et Aca- 
démie d'Alx. Diocèse 
de Digne (suffragant 
d'Aix). 

L'histoire des Alpes 
se révèle, par frag- 
ments, avec celle des 
diverses communautés 
qui, chacune dans sa 
vallée , menèrent une 
vie particulière. Sans 
doute, le souci de la 
défense commune les 
groupait: il y eut entre 
elles le lien peu en- 
viable des mêmes in- 
fortunes, la peste, les 
invasions ; après la do- 
mination des Bur- 
gundes, celle des \Vi- 
siguths et des Francs, 
Ifs dèpredalions san- 



HH^ 


^ 




1 




Sp- 


P:'W 


---M 



BAHCELf 


JNNETTE. 


teren bijouxdes 


glantes des Lom- 


étoiles fossiles 


bards et des Sar- 


ou pierre des 


rasins, ceux du 


Alpes, sorte de 

;,.a.'.7rr/,i(",V' très 


LanfmedocetceuN 


duFraxinet. .Mai- 




nen ne prouve :i 


' " '''"' '."* 


quel point le pav- 


1 1 .1 111^ lia 


était morcelé. 


M,|U... de la 




contrée. Au dé- 


des petit- i;i:.U 


valé de Gap, les 


([Ui siiPL'iiviit Mil 


piltoresquesrui- 


le territuii'e .ji - 


nes du chdteau 


Basses-Alpes, i 


d.; Tallnrd (à la 


côté des égli-r- 


famille des Cler- 


précédemminl 




constituées :(; 1,111- 


1, |Mn-.„nh.for- 


dèVeS, Sr]„v„ Sis- 
teron, Itir/,lli^'ll|.. 


Il 1 ' >~i i|iii 1 om 


qui eut pour :i\u>- 




Ires s,aint Do,„- 


imnt, au début 


nin (,113) et saiiil 


lia xvi" siècle, la 


Vincent, ses dcMix 



coulée de la Du- 
i.ince entre Lin- 
briinet.sisliiuii. 

l'oiinfi i.r I, ,.,iiM ,N,-i,. i. L.MuuL.N. Lesdiguières 

dut s'acharner, 
après une pre- 
mière attaque inutile en Iij77, pour la prendre de vive force douze 
ans I lus tard ; les troupes du duc de Savoie y mirent le feu en 1692. 




Personnages historiques. — GuilUw 
après avuir ètiiilié à Paris, prêcha en Dai 
Geni'-vc, où II attira Calvin, cl organisa, d 
dans rcttc ville : brouillé avec son collalior- 
son rigorisme excessIL il se retira à Nuucli 
.V/c.</o.» de Mcnin,/ (i;i|7-i:;s:i\ né à La (in 
rOricnt et fut nommé géotTaphe de Ilimi 
Le.i'lir/uiére.i, connrtable de France, ne l'i 
dnhord «rd.-nt prolajjonisle de la Réforme, 
Daiipliiné; viclorjeu.x du duc de Savoie, il n 
l\:;'a-\i.2<' : Arlii.i de lionne, «èomèlrc, é> 
En,iv„.- ,1 \,,„n„l, ti.-.ron d.; Vitn.lles, l'un 
lle-l ,m ,li .ri i:v,-ls',l ; le diplomate ,W.(H 
,1e lliuhr.ir \: ,;-lx:to;, né à A»prfs-|e-i; 
Clioi-. II! i,..iiflier. Il Constantinopli', puis at 
tère des Alfaires étrangères, il travaillait di 



l'nrel. né près de Gap, qui, 
MphoP' el ,,i Suisse, s'èt.ablit )\ 
lee,,i„. ,1 ,v,r |i,i, la Réforme 
■■■ileiii- .1 I II i-.e <le (ienève pour 
li.-ilel, OU il iiioiilut (l'..S!l-l,S6n); 
ave, en Oisans, qui parcourut 
Il ; l'rnni-oU de lionne, duc de 
Sainl-Bonnet-en-Champsaur : 
il servit la cause de Henri IV en 
dijura le calvinisme à Grenoble 
,-è(|uc de (iap, sa ville natale; 
des jilus ardents févriers de la 
iii-e llliini: de ta Nantie, comte 
orp» : d'abord rojlaboraleur de 
taché par Talleyrand au minis- 
reclemenl avec Napoléon. 



l-oir.-.lqili,T, Cis- 

tellaiie, liarceîun- 
neltc, satellites ei.i;. b, 

écartés du comté oniANgo.N ; io.m .asielb, 

de Provence, vi- 
vaient à part. Le 

comté de Forcalr/uier, qui confinait au domaine dauphinois, fut rattaché, 
par un mariage, à la Provence, au xn« siècle. A leur tour, les sires de 
Casietlane, dont l'autorité reposait sur les services rendus à l'alfran- 
chlssement du pays par l'expulsion des Sarrasins, se ralliaient aux ((unlcs 
de Provence, qui avaient jiris avec Guillaume l" l'initiative de la chasse aux 
Barbaresques. En 1 1 12, un mariage dimnait la Provence à Raymond Bércn- 
ger, comte de Barcelone, qui fut, sous le nom de Hut/mond Dcieiiffer 1", la 
tige de la seconde maison provençale. L'un de ses successeurs, flin/moni' 
llérenger IV, fondait au xin» siècle, dans la vallée de l'ibaye, une ville qu'il 
appela Barcetonnetle, en mémoire de la ville qui fut h; Ik reeau de sa 
famille. Ce prinee aioi lif |,s fr:ii-; piiv-aires des ,\lpes et résidait souvent 

à Sisteron, où l'aer.ini. i-u ni nue I I- lu iM inle, auiic du 11 gay savoir », 

comme on disait il r- |. m J. -ilum I i |i -i, ,|, s troubadours et des trou- 
vères. La quatrième lill. .|e ||;i\ ne.n.l 11. m n-. v. /(. •d/n'.r, son héritière (lî4B), 
en épousant Climtes dWnj.ni, frère de saint Louis, lit passer dans la 
maison angevine le comlé de Provence, avec les droits auxquels il préten- 
dait. Après le règne bienfaisant du roi René d'Anjou, la Provence, échue 
h Charles du Maine, son neveu, revendiipiéo par Louis XI, fut annexée 
avec ses dépendances à la couronne de France (11x7). Pourtant ttafce- 



LDS ALPES. — LE HHONE 



199 



lonnelle n-stait en de- 
hors ilo l'annexion. C'est 
<|ue les populations île la 
\-allet! de llbaye et du 
comté de Niée, pour 
échapper aux troubles 
suscites par l'amliilion de 
Charles d'.Vnjou, s'étaient 
données au comte de Sa- 
voie, Amédée Ml, en re- 
serx-ant par des traites 
solennels leurs anciennes 
franchises. U vallée de 
Ban-eloniirlle, en elTet , 
compose un petit numdi 
i part, ouvert, à lest, sur 
les hautes vallées pic- 
Miontaises par des p.is- 
sages faciles à fnincliir 
et incliné vers le sud pu- 
les cours du Verdun, du 
Var cl de la Tinée. H 
hautes crêtes le séparent 
du nord. l.e col île \ ars, 
qui en rompt la conti- 
nuité entre la dépression 
Je l'L'baye et celle du 
tluil, est à i 115 mètres 
d'altitude, tandis i|ue ce- 
lui de r.<r,7eii(('cre.()uvi-il 
entre l'Ubayette et la 

Stura, Barceltuiiielle et .monume> 

Coni, n'atteint pas 
iOOO mélrcs : A ch;i.|ue 

printemps, la neige r.ibandoniic plusieurs semaines, f 
soit libre. Il y avait donc entre lo Dauphiué et la vall 
lune Séparation plus réelle qu'entre cette dernière et 
Ipiemontaises. Par là. s'expli<iue son rattachement à I 
d'invasion ouverte, au prolit des ducs de S iv Mr. -iiir 
briançonnais. menace toujours présente |iiiir I i li mh 
et le territoire provençal. Les traités «Il h (hl li m 
nos voisins du Piémont, m.iis ce fut .ai pi \ l^ l u- 
çais de l'autre versant dr~ .\I|m< itl; . N mi -i. n I ' 
Juan (1" mars ISIS), prit - i immI.' v- r- i , i rnnlilr' p ir I» 
.Vipes : de Grasse, il arnv ut 1^ 1 n.l m un .: ( i-l-ll 
i mars', entrait à Sislcr.jn dtu.x j..iu!. .ij.i' ~, allt i::ii ni 
de là, par la grande route du llrac, ac 
extraonlinaires de l'histoire, en fai- 
sant son entrée, au milieu de l'enthou- 
siasme général, d.ins la capitale du 
Iiauphiné. De Grenoble aux Tuileries, 
ce ne fut qu'une promenade. 

Digne (7.317 liabitunts) s'él»'-ve 
eracieusement sur la rive gauclie 
de la Bléone, où confluent li; 
Mnrderiiî et le torrent des Eaux- 
Chaudes. Car Li'jne [.ossède des 
sources tliorinales sulfureuses aica- 
lioes, efficaces contre la cliiorose, 
la paraly.sie et les rhumatismes, 
pour lesi|uelles a été créé un éta- 
blissement thermal, à 3 kilomètres 
de la ville. l'Iine et Ptoléméc en 
i^nt pailé. Romaine sous .Auguste. 

-vangéliséi; au iv» siècle par .suiiil 
iDomnia et saint Vincent, Diyne 

onserve du passé, à l'écart ilu 

uartier neuf, qui affleure à la 

ivière avec le boulevard C'is.^mili, 

in quartier pittoresqui-m'-nt i-lai;é 

uflancdelacolline.Saint-Charles : 

a Cathédrale .Saint-Jérorae, à cinq 

lefs (XV" sièeley , complétée par une 

açade de pur xiii' siècle; le Musée 

léparlemental, une fontaine monu- 

nentale à double portique d'ordre 

:orintliien, la vénérable basilique 

le Nolre-Uame-du-Bouig f.xi' siè- 

le) et ses curieuses fresques, sa 

uperbe rose et la tour du xti" siè- 

le. L'attrait des souvenirs double 

elui d'une ville animée, jib-ine de 

irojels et d'avenir. A signaler l'in- 




iit i|ue lautre ne 
de lliinelonnelle 
s hautes vallées 
I. véritable roule 
Il itic ilii triangle 

ni .,11.- mute à 
|. iTil.in-i-s fran- 
. liM.jii.- au golfe 
iM il .\r< liii.sses- 
. ^ CM, ni Digne 
lln..n,.v, r.np.ct 



dustrie originale des 
parures en pierres de 
Sainl-Vincenl.ditesfii- 
-rmiMv, veritabl.'S ob- 
j.ts d'art faits do fos- 
siles et montés en métal 
précieux. Les Clues de 
Hiirlen, roches fanlas- 
tiinifs où le Bès a percé 
sa route; eeilesde (7m- 
hni'rrs (1!) kilomètres), 
sur le torrent del'.lj.NC, 
(ippelleront les tou- 
ristes dans le voisinat;i>. 
.\ portée de Digne : les 
Ciiiliins de Branilis, 
Casiellane, surtout les 
incomparables gorges 
du l',n/o;,. 

Personnages histo- 
riques. — Saitd Mni/eiil, 
abbé de Cluny. l'une des 
lumières de son temps 
jlin du X" siècle); saint 
Jean de M al lia , fonda- 
teur de l'ordre de la Merci 
ou de la Trinité, pi>ur lo 
rachat des captifs, né 
près de Bareelonnetle 
(Ii60-lil3^; le mathéma- 
ticien Jean (le l'eniia, 
né ft Moutiers (mort eu loss); sou émule Pierre Gassendi, théologal d'.Vix, 
professeur de mathématiques n Paris, fi la fois philosophe, astro- 
nome, historien, né près de Digne (1.Ï92-165B); Louis de l'onlis (i;iil3-1670), 
qui a laissé de curieux ■• Mémoires ■>; l'abbé Gaspard Abeille, poète, 
membre de l'Académie, né ii Riez (1G48-1718); Dolle, sculpteur, né à Cas- 
tellane; le médecin de Louis XIII, Jean Salvalor; le savant minime Louis 
Feuillée, né à Mane, près de Korcalquier (l(i60-173i), géographe et bota- 
niste ; !.■> m.irios Des,„;,h,-h ,lr n,„,„/,„n;„ ,\ IJerlel de h, n„e:]e 

Lau..n l: ■ . I, , I h. .1 .;.. nni- I h ,., ;;. ,, .' ;. - , •- ,,■.!,. ;.- 



n.li=>„ 




200 



LA FRAxNCE 



Vaucluse. 

Superficie • 3o'i771 hectares. Topulation : 238t):i6 habitants 
Chef-lieu : Avignon. Sous-préfectures : Apt, Orange, Carpen- 
tras. —22 cantons, 150 communes; lo" corps d'arm.e . Mabsei' ■ - 
Cour d'appel de Nîmes. 
Académie dAix. Ar- 
chevêché d'AviCNON 

(suffragants : Valence, 
Vivifrs, ^imes, Mont 
pellier). 

La Provence, dont 1 

département de Vauclus 

n"est qu'un fragment bien 

réduit, sa rattache à l'an- 
cienne Province ro- 
maine, qui reliait, sur 

l'embrasure du Rhône, le 

littoral ligure, voisin de 

ritalic, au littoral ibé- 
rique, chemin d'approche 

de la Péninsule. Nar- 

bonne. iur la rive, un peu 

à l'écart .!-■ Mu- ill ■• ■'!'- 

pelait :"i ■ I' ■ I - 1' Ji ''■>- 

et la flMi.' .-Mi iiM'- 

Aucune i' '-ih ■'! " ■ p ■!!- 

vait mieux servir les pro- 
jets des futurs conqué- 
rants de la Gaule, car 

Narhonne, capitil ■ f! ' la 

Province, qui r;iv um ;t 

par la voie du liU r il 

la fois sur les Pyi' i - 

elles Alpes, comiiKinil.iil 

aussi ledégagem,;nt de l.i 

Médilerr.anée sur l'Océan 

par la vallée de la Ga 

Tonne, MarSc'ille domi- 
nait, par ses comptoirs i-l 

sa clientèle, tout le terri 

toirc du bas Rhône : on ne 

pouvait, par la création 

d'une capitale trop rap 

prochée et qui s TMil, in 

même temps qu im • ' " 

claveen t.Tre li'll' m pi 

uneconcurreni'- 1 'nini i 

ciale, alarnirr (■■•H. U.\- i 

alliée du pc-niil'- i-im h 
Par une siiiL'iilh i- f' ' 
née,cefuli-ctlii iv-mu i|.. 

conserva le n !• 1 

cienne Provinci^ ■ l y 
la Provence, t;inili~ (p 
l'ouest, avec Narlionn. 
devenait le L.anguedoc il 

les pays du Var se grou i, i ii i' ■ ' i aii" 

paient autr)ur de Nice, 
Au centre, Marseille, 
cité grecque par excellence, retint mieu.\ que ses voisines le caractère, les 
institutiims, la langue de ses premiers fonilatcurs hellènes. Il se fit nntnnr 
d'elle une fusion de toutes les races, au rr..i>.iiT nt d.- f:r:iii I - rnulis 
de l'intérieur avec la Me dilorranée, p.ir nu >..,il \ mm -ni i - ii\ - li 
civili,sati<>n, l'art el le coninierce d.: l'Orirul. T-ii- !-■ \: npl \ ..ni I u--. 
leur trace : on ferait avec 1rs débris anliiiu.s .xliiinir- il.- I.i Imv prnM u 
cale lo plus riche musée du monde. Peu de inoreraiix, à la viiilé, soni 
in nets : tant de barbares sont passés par ici 1 

Aucun pe\iplc n'a marqué la Provence d'une empreinle plus durable que 
le peuple romain : li'S arènes de Nimes et d',Wes, le poni (lu Gard, l'arc de 
triomphe cl le lliéàtre dOrange, ceux de Sainl-Rémy, de Cavaillon, etc., 
sont des créations c|ui viilnit surtout par l'ostenlaliou di' la force; mais 
<:eUo robustesse les a sauvés de Ions les assauts des hommos et des 
éléments conjurés, A leurs pi^'ds, les liurhnrcs de toute race ont défilé 
sans h'9 pouvoir détruire : Wiiinntlm ilAipiitaine, Burr/onilcs du Rhùue, 
/■'ivinc.» de Nimstrlc, Oslnif/nlhs d lliilie, Lomhniilx, ces vétérans les ont vus 
sans broncher fondre lie h,<\< I-' p..i„|,. d,; rimrizon. 

Dans la dislocation (." n i 1 '!■ I miit'', un germe do rénovation s'était 
développé. Déjà les grau. !■ - mI. - lu IllM.iie étaient cltriflieiinfs : M.arthe, 
Marie, La>;nre, suivant li pu ur tr nlilimi proveurnle, avaient jeté dans la 
contrée la semence de ir.vaiij.'ilc; saint Trophinio év.ingélis,iit la cité 
d'Arien, la Rome des Gaules, qui, nu temps où l'empire, malgré de bril- 
lants dehors, s'inclinait déjà vers la ruine, devint la résidence prérérée de 
quelques empereurs. Co furent les Barbares chrétiens qui s'imposèrent 
aux autres : après les liurgomles, les Francs de Clovis furent maîtres de 



la vallée du Rli< 
par le diuiMe li. 



Puis vint Charlemagne, qui réunit tout l'Occident 

k- la nièuie autorité civile et religieuse. Ce rnppel à 




cliiniériipic, qui ne sur- 
vécut pas ii Lothaire et fut 
dépecée à son tour. Pour 
la seconde fois, le Rhône 
revenait aux Burgondes. 
i_t comme la région à' Ar- 
les b était groupée autour 
de Boson, beau-fr. re du 
101 de France, Charles le 
Chame, on la rattach.i 
lu ietniid royaume de 
Bourgogne que Rn- 
ilolphe 11 mit bientôt 
SOU-- la suzeraineté ger- 
manique Longtemps Ic^ 
iinpireurs germains ,>• 
[)re%audront de cette di 
ptndame theoriqui.,poi 
prétendre n la sou>cr,u 
nete de la Pioience 
( oninie si ce pa) s de lu 
miere, d'art délicat et d 
vie exubérante pou\ ait I 
lien dépendre dcb loui 
( e-ais du Nord 1 

La Provence ai 
moyen âge. — Puu 

,,'Ul d. ^ lUlt Ul 1- l-.M 

K,i- m 1 1 I I 



il pi étendait, iitlailpl 

\lorb quun sou\enir. G 

1 1 /';,,! I /)( ('. 1^-ue du s 

ill 1 Ml lie Bei,i 

I un d. 

i\ ait p 

integrit. 



l'Ul-lLUl^ {,1 



aiidb fiefs ! 



lent, au xiio su 
terre provençal 
tille <te Piuienu 



(t la nur, le kk'm/i/i- 
,1e Piovente, design 
au-,-1 sous le nom <' 
, ,,i,it it de \ masque 



(ncli 



,', , / I . itliiuier, I 
\uiMnige dus iiioutagni 
dauphinoises. Plu» tnf' 
la vallée de llmrploi 



du xiv siècle, au profit du duc de Savoie, nuu- li i 
d'rtrecht (Î713). Dès la fin du xii» siècle, une iilliii. 
rnrrahiiiipr à la Provence, Le comté d'Orange, crij.;ç 
I I Mil pi--r, des deux familles provençales de Gir 
1. iM\ (lui- les maisons de Chilons et de Nassau, 



.\dlii 



XIV, dont II' 
piiiK , - niiugistes étaient les ennemis acharnés, confiscpia la principan 
en IC.T:!, De tous les États provençaux, le comtal Venals^ni fut le demi 
à nous revenir. Le comte de Toulouse, Alphonse de Saint-Gilles, vol^ 
gênant pour Ravmond Bérenger h', en avait reçu l'investiture en Ui 
ce territoire s'étendait au n.n-d de la Durance : Raymon.l Vil dut nche l 
il re prix le traité de Vincennes (\ii:)\ qui mit fin à la longue querelle ( ■ 
Albigeois où son père avait sombré, cntrainaul avec lui la majeure pari 
de la rendante du Midi, l.e traité de Vincennes donnait le comlal\em,.s 
.,,. s,n„|.si/ idiis t.ucl, .iviiiin'n. (lui viv.iit en cité indépendante, s 



l'uur 1rs comtes de Provence, .quès l.i période assez obscure q 

royaume de Bourgogne, GuilUnime.l'', le poursuivant infatigable d' 
Sarrasins établis dans les montagnes des Maures, emporta leur repm 
du Fraxincl {la garde Freinet) et réussit à délivrer le Midi do leu 
odieuses déprédations. Au début du xu« siècle (vers 112i), un mariage i 
passer la Prorence sous l'-autorité de IXaymond Bérenger, comte de Bar( 



( Il Loratitè située dans la vatléo de la Ncsque, sur lo front septciitiional de» mon 
> Vaucluse, au sud-est do C:.rpcnlras, 



Ll<:S ALl'KS. — 





;its il'iKl . I. Anjou. Ir M.iiiR- furent annexés 
I l)..in.iine: lniilefiiis. l,i l'ioieiice ne fut 
lii j. II. rii.nl réunie que sous Charles VIII, 
liMi. Al.r resta capitale de la province. 
iuis XII, en l:i01, lui donna un Parlement. 
■ ulefois, les rois de France mirent toujours 
10 distinction entre leurs rapports avec les 
ys du sud et ceux qu'ils avaient avec les 



ll^iiipliiiic. l.r iMll,i.li,niri,l ,1,' la r, ,„■,'//, e 
h la Krance ne constituait pas pour clic une 
.iliilication, mais bien plutôt une garantie. 
I.lle eut h se défendre contre Pinvasinn de 

Chai-Ir- niiiiitrn i:.:'.|-, : d.'^ trunl.l. < .V \is . I .le 



llillCU 



e prince 
ivrit du 
Il "Ne, le 
if-'.'S de 
.nllante 



oiie, tige de la ilcuxiéme Maison provenra 
lut Consentir à son trop puissant voisin 
■••natat Venaissin, il gagnait à l'est, par la 
■ipur de la vallée de l'Ubaye. Raymond lii 
i Durance : il résida souvent à Sisteron, ; 
le sei^eurs et de troubadours. 

I)u milieu du xi« siècle à la fin du xu\' , la Provence, heureuse et floris- 
•ante. s'éveillait aux souvenirs de l'art anliiiue, si pr..r.indémeiit entré dans 
•on esprit et dans ses iu.imh-. m li- .|"' ''■ il- ' li lî"' "i' ni .lr~ Il iiIi.iits 
ivait engourdis et pr.-s.pi.' ■ Il i.c. jfi-.|ii m j-nr -u I . \[inl -i .u .|. - -arra- 
■ins mit fin, pour ce nialli.ijr. ii\ pix-, au r.jmj. .1 h p. m- Irlail 
e temps où, sous l'impuL-i'iii J'j- r\.iii],s ,| r|, - nhun.-, I ai. Iiilr.liin^ 
:t la sculpture, de tradition romaine, produisaient des œuvres admirables : 
loltre et portail de Saint-Trophime d'Arles, Montmajour, façade de 
-aiot-Gilles. œu^Te capitale de cette 
enaissance de l'art. Avec les grandes 
ibbayes, les châteaux devenaient l'asili- 
les lettres : Avignon, Aix avaient leur-^ 
■oursd'amour; la poésie, en poliiant lis 
sprils, mettait aussi plus d'aménité 
lans les mœurs et faisait de la l'ru- 
■ence une oasis, au seuil de l'Europe. 
nrore un peu farouche. 

Raymond Bércnger IV, dernier comte 

souche barcelonnaise, ayant légué 

1 Provence ,li'i5) à sa fille Héati-ir. 

Ile-ci épousa Charles d'Anjou, plus 
ard investi de la couronne de Naples 
t de Sicile. En bulle à l'hostilité de la 
laison d'Aragon, qui ourdit contre lui 
;s Vêpres siciliennes et le chassa de 
'aples, ce prince ambitieux attira sur 
» Provence de terribles représailles. .\u 
imtraire, René if Anjou, dit .. le bon roi 

ené ■ ,li31-lis(i . fut pour les Provcn- 
ïux un maître débonnaire et éclairé, 
>rt épris des lettres, des arts et du 
ien de ses sujets. Air fut. durant une 
artie de sa vie. sa ré>iden(e ordinaire. 

légua ses États, en mourant, à son 

eveu Charles du .Maine, dont l'astu- 
leux Louis XI sut capter la confiance 
n se faisant promettre l'hérilnge de ses 



.Marseille 
sait peii. 



17i», el s. 



de .Me 



de 



HoquImiM'. >.ailr\,- ,-..i;iri' l.' |a i la , .le \\..i, ai I s 'is, la réunion de 

Nice et <\'- la S i\.a. . • Il 1 mil II II'. .■ .1.. -r..M|.. r .niL.nr du même foyer 

la grande ianiille li.air;u.-e cl l.i f.inullr |ir..\. Im, ancienne capi- 
tale de la. l' rote nce, en est restée le r, nh.. jnli .• et universitaire. 

Mais, en Provence, la vie est partout : a Mu. ail . Arl.s, Avignon, d'où 
la sève provençale vient de rejaillir en Heur. m- iii.i:;niiH|iies. 

Avignon ('l'.i.'fO'i habilaiits) eut, on l'ioveucc, dos destinées 
|iai tiriill.-res. .Xprès avoii' subi tous les llarbares, passé successive- 
nii'iil iles\Visii;ollis aux Kraiiis, puis aux Hurgoniles, aux comtes de 
Provence et à ceux de Toulouse, avec je coinlat Venaissin, lasse 
de chungemenls et di' snj.-lion, lii ville s'oi-ganisa en républiiiue, 




s .1 I N r - B E .N E Z E T VUS 



202 



LA FKAiNCE 




administrée par des 
consuls. Assise au dé- 
bouché du Rhône, sur 
la plaine et presque en 
vue de la mer, la cité 
avignonnaise ne pou- 
vait manquer de pros- 
pérer : elle ne sut pas, 
en se donnant des lois, 
éviter l'anarchie. Dans 
lenceinte de ses rem- 
parts, les quartiers di- 
vers s'entouraient 
d'une muraille protec- 
trice, les maisons se 
crénelaient, des tours 
se dressaient comme 
de vi-ritables citadelles 
intérieures : l'insécu- 
rité était la règle, la 
guerre presque endé- 
mique. Avignon fut à 
qui voulait la prendre. 
Déjà le roi de France 
avait investi le Saint- 
Siège des droits qu'il 

possédait sur une partie de son territoire ; le reste étant passé comme 
apaii.iL'i- li's lui- .Ir .\:i|.les, comtes de Provence, entre les mains de 
la l'iii'- .1' iiiii''. r''ll'-'i. pour se libérer du souci que lui créait une 

app.ii.ii'-.' .\r r |jln II.' dans la mort de son mari, .'Vndré de Hun- 

gri.-, vendit suu duniaiiie avignonnaisau pape Clément VI. .\insi tout 
le comlat Venaissin, y compris Avignon, se trouvait sous l'autorité 
des souverains Pontifes (1348). Alors commence une ère nouvelle. 
Les factions qui désolaient Rome en avaient rendu le séjour into- 
lérable à la papauté. « On ne trouverait pas, dit M. Gebliart, de 
Charlemagné à Boniface VIII, dix pontifes qui n'aient été persé- 
cutés, outragés par le peuple romain ou les nobles, chassés parfois 
à coups de pierres, rappelés, sans cesse humiliés par le Capitole. 
toujours effarés et tremblants en face de ces barons dont les tours 
se dressaient comme une forêt sur la ville. >> Dans ces difficiles 
conjonctures, Bertrand de Gnt, archevêque de Bordeaux, était élevé 
au souverain pontificat. Philippe le Bel, dont celte élévation était 
l'œuvre en partie, .sut persuader au nouveau Pontife qu'il convenait 

au premier pas- 
teur de l'Église 
de se soustraire 
aux persécu- 
tions et aux in- 
jures que lui vu- 
lait le séjour dr 
\\<mu-.f'u-n„;il V 
(■Iioisildon.-.lc(- 
(jnon pour sa 
résidence. Six 
papes lui succé- 
dèrent en cette 
ville ■../,■„„ XXII 
en i:ilti, Be- 





noit XII (1334-1342), 
CZémra< y/(1342-1352), 
/nnocm« y/(I3S2-1362), 
Urbain V (1362-1370), 
Gréyo!reAV( 1370-1376). 
Les Romains criaient 
à l'apostasie, repro- 
chaient au pape d'être 
Franr.iis et, comme tel, 
sous la sujétion du roi 
(h- iM-anoe. Lrbaiu V 
essaya sans succès de 
rentrer dans la capi- 
tale romaine : Dante, 
Pétrarque, l'opinion du 
monde chrétien y rap- 
l't'laient le pape, suc- 
cesseur de saint Pierre. 
Une simple religieuse, 
sainte Catherine de 
Sienne, trouva, dansles 
inspirations de 
sa piété, les rai- 
sons décisives 
(jui ramenèrent 
(^n/'/o/rc A'/dans 
la capitale des 
papes, le 13 sep- 
tembre 13'/6. 
Deux ans après, 
il y mourait 
:27 mars 1378) et 
le grand schisme 
il'tJccident met- 
tait dans Avignon 
deux antipapes 
successifs : Clé- 
ment Vil (Robert 
de Genève), d'oc- 
tobre 1378à sep- 
tembre 1304;fif- 
ïit//7A7// (Pierre 
de Luna .Arago- 
nnis oiiginaire 
d'Iluesia, cou- 
ronné' le 11 sep- 
t.nibre 1395, 

<lcllX fois déposé 

l'.dit, 1417), 



en 



16 m - 



V 1 T. I. i; N E U \ K- I. E s - A V I G N O ? 



LE UEKl 




l.n- 142 'i à Pa- 
iiiscole, en Ara- 
i^«u. De 137tj à 
UiOl, des %ab 
ri'm|ilacèrent le 
pape dans Avi- 
gnon; puis, ce 
furent des vice- 
Irgiils, snbordon- 
ms à une Congrégation de cardi- 
naux et de prélats, établie par 
Innocent .\II, de 1;)42 jusqu'à la 
Mille de l'annexion au royaume de 
Irance, prononcée le 14 septeni- 
l'ie I7!M, itav l'Assemblée vntiomlf. 
el ratifiée par l'articleli du traité de 
l'iilintino, en vertu duquel le pape 
renonçait à ses droits sur Avignon 
il le cnnitat Venaissin. 

V'.u faisant d'Avignen le siège d" 
pnnlifiral suprême. Chinent V ne 
sniigeaitguèrcà y vivre' longtemps: 
il logea simplement dans le couvent 
des Frères prêcheurs. Son succes- 
seur, Jean XXII, étant évêque d'-4tw- 
gnun lorsiiu'il fut élu pape, continua 
d'habiter son palais épiscopal et fp 
contenta de l'agrandir. Mais ce palais 



IlllONR 



203 




nesuflisaitplu.suuxfxigt'iKesdugouveiiiiiiii-ul, ni surliMitù 1.1 défense 
de la papauté. Bnwit XII, moine cisleiTicn nommé Jacques Four- 
nier, originaire du couilé de Foix, successeur de Jean XXII, éleva 
sur les débris mêmes de la résidence épiscopale les premières con- 
structions du palais apostolique. Ce fut un monastère enclos dans 
une forteresse; au centrf, une cour carrée s'enveloppait d'un cloître 
aux larses arcades, appuyées sur une muraille extérieure que 
flanquaient, aux deux e.xtréniités, la Inin ni.i»ivr ,|r r,uiul/,is et la 
tour de la Caiiijianr^ ainsi nommée du '.111111. mil. .1 1 i... li.- ilaiircnt 
qui la sumionlait. Plantée sur le rur .1 limi. .1.- r.ii m. lu», avec 
«les murs épais de 4 mètres à la base. ■À'",-hl au sommet, cette 
tour formait un véritable donjon dominant tous les ouvrages du 
palais. Une seconde série de constructions, qui furent l'œuvre de 
Clément VI, dMnnocent VI et d'Urbain V, mais surtout du premier 
1 pontife, compléta l'abbaye-fortcresse de Benoît XII. 
I Le caractère guerrier do l'extérieur n'est pas moins accusé : le long 
ides courtines s'échelonnent des créneaux et des mâchicoulis, 
grandes arcades ogivales enjambant l'intervalle des contreforts 
«xlérieurs et permettant de balayc-r, par de véritables avalanches 
de projectiles, les échelles des assaillants ou les mineurs assez 
hardis pour tenter l'approche des murailles. L'n ouvrage fortifié, 
entouré de fossés et garni de redoutes, gardait la porte d'entrée 
hirincipale, au lieu de la rampe banale qui le remplace depuis 1837: 
[deux tourelles la surmontaient et portaient le pennon pontifical; il 
in'en reste plus que les attaches en encorbellement. Le palais ajios- 
tolique était, au dire de Froissart, « la plus belle et la plus forte 
jmaisonde France ». Car lintérieur fut aussi beau que l'extérieur 
était sévèn-; les plus célèbres artistes d'Italie furent conviés à le 
;décorer: Florence, Pise, Sienne, Pérouse envoyèrent d'admirables 
brosseurs de fresque-;. 

Tout un momie gravitait, dans la ville des p)apes, autour de leur 
palais. Les pi incis d Italie, de France, de Germanie s'y rencontraient 
ivec les ambassad'Uis de Byzance, le khan même des Tartares, 
uprès du siiuvi lain Pontife, alors l'arbitre de la paix du monde. 
Evèques et seigneurs, marchands et pèlerins, pnètes et artistes, 
-'ens de métier habiles à profiter du mouA'ernent, aventuriers de 
•oute sorte y venaient, attirés par le prestige et l'éclat de la cour 
lonlificale. Avignon, la Rome d'Occident, atteignit alors l'apogée de 



sa fortune : dix-neuf cnnciie;, y Inrriit tenus, tous les ordres reli- 
gieux de l'univers chrétien y étaient représentés. En aucune cité du 
monde ne s'entendaient de pareils carillons. Dans la mêlée d'une 
population cosmopolite avide de fêtes, d'honneurs et d'argent, il 
serait à peine croyable que des di'sordresne se fussent pas produits. 
On accusait le fasle de Clément VI, qui fut un grand seigneur sous 
la tiare, et, quoi que dise Pétrarque, se montra un très noble et très 
méritant pontife. Son entourage ne le valait pas. 

Que reste-t-il de ce brillant passé et de cette richesse d'art accu- 
mulée par les papes dans leur jialais? Si la masse du noble et impo- 
sant édifice tient enciuN; debout dans ses parties essentielles, bien 
(]ue dé|iguri'-e, l'intér'ieur en a été mutilé, dépecé, vendu, saccagé 
comme à plaisir par des barbares obtus, dignes émules de ceux qui, 
an IV siècle, débordèrent des forêls <le la (;ei-iiianir. I.e (emns, en 




It ESTES UE LA IlÉSlUE? 



204 



LA FllAiNCE 



efffl, n'est pas seul respon- 
sable (Je celle déplorable 
ruine. Même après quils eu- 
ro ni quille Avignon pour 
R.pine, les papes n'oublièrent 
pas leur palais des bords du 
Rhône. Martin V, en l'i2i; 
Julien de La Rovère (depuis 
Jules II), eu 1472; le grand 
pontife l.i^on X, en 1314, con- 
sacrèrent des sommes éle- 
vées aux réparations et à 
l'entretien du palais d'Ai'i- 
gnon : une taxe fut établie 
pour cet objet sur tous les 
revenus ecclésiastiques du 
Coiulat. L'œuvre réparatrice 
du cardinal de Clermont-Lo- 
dève, légat de Léon X, se 
reconnaît sans peine. Mais, 
peu à peu, les vice-légats, 
comme peidus dans ce palais 
trop vaste, ne donnèrent d'at- 
tention qu'aux parties utili- 
sées par eux, laissant le reste 
à l'abandon. Le grand esca- 
lier, dont les marches étaient 
de marbre, dut être réparé 
en 1639 par le vice-légat Gas- 
par Lascaris, à l'occasion du 
passage de Louis XIV, qui 
séjourna au palais, du 19 mars 
au \" avril 1660. Le roi se 
rendait, suivi d'une cour bril- 
lante, dans le Midi, pour 
épouser Marie-Thérèse d'Es- 
pagne Deux ans plus lard .vionon : ..okt.s .,e 

comme le duc de Crequi avait 
été insulté dans Rome par 

les gardes corses du pape, Louis XIV (it saisir le Comtal et la ville 
d'Avignon, en même temps qu'il signifiait à Lascaris d'avoir à 
s'éloigner, jusqu'à excuses complètes pour l'injure faite à son am- 
bassadeur. Le comte de Giignan, chargé d'occuper le palais apos- 
tolique (1662), le déclarait à peu près inhabitable. Cependant, la 
décoration intérieure despièces principales n'avait pas trop souffert. 
Dans les salles consistoriales, les grandes fresques, cbefs-d'œuvre 
de la Renaissance italienne, demeuraient intactes. 

Survient la Révolution, le décret d'annexion (1791); le palais des 
papes, devenu bien national, est abandonné ou transformé en pri- 
son. Le déci-et de la Conventi.ii iiiiiMi,,;!,. du 25 juin 1793, qui 
instituait le déiiarlement de Vdw h 
lions. Dans l'intervalle, le Cou>' 
gnim (l'' octobre 1792) avait vl. 
du Midi, terreur des patriotes». 
Et ce fut, en attendant, une car- 
rière de pierre et de marbra, 
où chacun puisait à loisir : 
« Les tuiles, le fer. le bois, loni 
disparut, dit un conlcin[)oiaiii; 
il ne restait plus ni portes, ni 
fenêtres. « Des casernes furent 
établies dins l'enceinte, à c6li' 
di.-s prisons; à la place des éh'- 
gai les fenétifs gothiques, bilil- 
lèront de gr.indi.'S ouvi-rlnres 
carrée.», d'une banalité lamen- 
table; on coupa les galeries; la 
glande salle consistmiale fut 
divisée en trois étages p'Hiifiii le 
des doiloirs, et les rresi|ue. 
étincelanlcs qui couvraient se~ 
parois disparurent sous une 
épaisse couche de badigeon, ou 
bien furent mutilées, d.-truiles. 
Un amateur lit enlever les léiis 
des personnages pour s'en faire 
des tableaux et li-s revendre : 
ce fut la dévastation complète! 




Deuxdcciils impériaux 
l23 avili 18lJel 8 d\iill811) 
djant donne a 1 1 \ille d'^tii- 
gnon la nue luopnelé des 
pri'-ons et des caséines, quel- 
qui s \M_niiinuiis songèrent 
I -iu\. I ( . ([ui Ksiaiide la 
ili I ili..n iiiUuiuie : une 
il mit I 11 h I I 1810) proposa 
'I iili \i 1 11 s fiesques 

I II 1111 I I " I .Il spi (Kil et de 

II s liau--ijuiin bui toile pour 
les donnei au musée du Lou- 
\ie, ou d celui de la ville. 
I diliiiiiiihlidtion du Musée 
1 ' I iiihlii i|ui etla n'en valait. 
I is 1 I I Miii Telle fut aussi, 
t 11 \^11 1 I K ponse d'un ca- 
lutaiiie du génie : au moins 
a\dil-il quelque e\cuse! En- 
fin, en 1850,1e Conseil général 
de "Niiucluse et la ville d'^tii- 
gnon ayant emis un vœu 
piebsant pnui la conservation 
. t 1 I II siaui.itinn du palais 
1 iilili il Napol. on 111 décida 
pu I iil s, Ipiait a la charge 

lie 1 I I 11 I es é\énements 
ili 1^71) entid\eient tous les 
] I. |i ts 11 s pi ins de Viollet- 
li Uni iistrii nt iiiPNi'ciiti'!;. 



au 



m pr 



KG LISE SA I NT- IM Elill E . 

ayant été construites pour li 
dèrent à partir, en oriulu .■ 
Commission des moniini.uh 
commencée. On a diya::' la 
(dite chapelle basseï, di.ni 
centrale de cinq colnmiis, i 
étaient ornés de peintures 
phètes, bien qu'endomniagé 
cette splendide décoration, 
Sienne, ou peut-^tre d'Oïc 



a rien à ces disposi- 
la commune à'Avi- 
II rie relie « Bastille 



Santoile Pis, 
de .ses vi.uli- 
galeri.MliMii 




'Mie 

ili 11 11 \11 lauhiteile Re- 
\uil diessa et lit approuve! 
ses plans de restauration. 
Enfin, des casernes spéciale? 
lenient des troupes, celles-ci se déci- 
1. Ciàce à la Ville A'Avignon et à la 
liai(|ues, l'œuvre de restauration est 
II. le salle consistoriale de Clément V! 
v. lûtes, retombant sur une rangée 
iveiitdeux vastes nefs dont les murs 
L'iiiliques. Quelques ligures de pro- 
donnent l'idée de ce que devait être 
re probable de Simeone Memnii, de 
a, le maille décorateur du (^ampo 
■ n'a de remarquable que la hautein 
s a\iiir admiré une gracieuse petite 
.', a la partie orientale desbàlimenls, 
le un oratoire aux délicieuses figu- 
rines consacrées à saint Martial, 
œuvre d'un peintre de Viterbe : 
Matteo Giovanetti, dont le non 
est révélé parun compte de I3'iti 
déposé aux archives du Vatican 
La loin- ,1e Tmailhu, r.'servéi 
il.iiis le |.iinei|ie aux apparie- 
iMiMlsil. s papes, flanque à l'e*'' 
resiaipi iiieiil d'ui'i surgit K 
massive forteresse. Cette toui 
mesure 80 mètres de haut, sui 
la déclivité extérieure, 60 niè 
très sur l'autre face. 17 ,"i 18 mè 
très de large. Elle était aiitrefoi; 
plus élevée et surlnnnti'.e d'uiu 
t.. ni lie guet; on l'a entourée 
|...iii la conserver, de deux ii» 

iiMs cercles de fer. Les lé 

yeiides les plus ridicules se son 
■ donné carrière à son sujet : oi 
a prislaeheminéede la cuisim 
|,i,Mliliia!e pour le four?! roufjii 
I. s iiisliiiinentsilesupplieedaiii 

I salle des Tortuics, bici 

,|u il snil avéré qu'il n'y eu 



LES ALPES. 



LE RHÔNE 



20.'î 



jamais de prison dans le palais des 
papes au temps de leur séjour, el 
que, s'il y en eut, ce ne fut pas de 
ce col"'-. Munies légendes à propos 
de la salle Brûlée, qui faillit som- 
brer dans le vaste incendie allunié 
pendant le si^l;e que soutint l'anti- 
pape Pierre de Luna contre les 
troupes de Boucicaut et les .\vi- 
gnoniiais restés fidèles au pupe de 
Rome. C'étiiit en iW'l. Malgri5 la 
petite armée d'Araiionais et de Ca- 
Uilans qui l'entourait. Pierre de 
Luift (Benoit Xlll) allait être con- 
traint de capituler. Hr, un grand 
souterrain, sorte d'égout, prolia- 
blemeut d'origine romaine, s'en- 
fonce, à partir de la tour, jusqu'aux 
pelils canaux souterrains, ou sor- 
gutttes, qui traversent .-IrijnoH pour 
aller se jeter dans le Rhône. C'est 
par là. qu'une nuit, Pierre de Luna, 
vêtu de haillons, pour se rendre 
méconnaissable, s'aventura, gagna 
les sorguettes, puis le fleuve, où 
une lianiue, conduite par un moine 
de Monlmajour, le prit et lit force 
de i-ames vers Cliàteaurenard. C'est 
encore au pied de la tour de 
Trouillas que, dans la nuit du 16 au 
l'octobre 1791, soixante inallicu- 
reux prisonniers, hommes, femmes, 
neillards, adolescents, furent mas- 
I sacrés à coups de hache, de baïon- 
nettes, de barres de fer, pendant 

que leur sinistre bourreau, Jvurdan Coupe-Tétes, maître du palais, 
festoyait dans les appartements du vice-légat, mêlant à son orgie 
l'iinraonde saveur des cris désespérés que poussaient ses victimes. 
L'église métropolitaine, Nulre-Dame-des-Doms, proche du palais, 
laisse à peiue voir, dans son obscurité, le magnifique tombeau de 
Jean X.KII; remania à diverses 
reprises, l'édilice, roman d'ori- 
pine, a consei-vé sa belle coupole 
el, bien qu'on l'ait dépouillé de 
la plupart des œuvres d'art qui 
l'ornaient, possède un siège pon- 
tilical en marbre du xiii" siècle, 
une V'iVr^e de Piadier, des pein- 
tures de Devéria, une Flagrllii- 
ti'tn, en argent, par Puget, el, au 
tympan du porche, imité de l'an- 
lique, des fresques de Memiiii. 
I.a statue de la Vierge, hissée au 
vimimt de la tour, est de I8j'.t. 
[Sur l'esplanade voisine, le brave 
, Grillon, un i>eu seul, parade sur 
•on socle. 
Le rocher des Loms, dont ji-^ 

remiei-s degrés servent d'assi^r 
m palais apostolique et à la < a- 
liédi-ale, monte en pente rapi.l^ 
lar des escaliers et des aveiui-s 
•inbreuses qui sertissent de leui> 

lassifs verts un lac, un ruissibi , 

; fraîches retraites et des l.ifùs 

"uris, jusqu'au plateau culiiii- 

aiil qui plonge à pic, de l'.st 

dunord, surlavailéeduniio]]. . 

u bas des rochers en sur|iloiiili : 
llcuve, l'île de la Barthelas>e, 

imme une corbeille flottante, 

vec ses champs, ses bosquets de 

goureuse venue, piqués d'auda- 

euses maisonnettes que n'ef- 

aient pas les einporlements du 

^uve qui les enlace; car de lui 

ennenlles grasses alluvions (jiii 

isurent une abondante ri'coite. 





.\u pied nièiiie de l'escarpement: les arches démantelées du pont 
de Saint-lîenezet; le bac, semblable à un jouet d'enfant suspendu 
au lil presciue invisible qui conduit à la rive des gens micros('o|)i- 
ques; de l'autre côté du fleuve, aux eaux fauves, de majestueuse 
allure : la tour de Philippe le Bel, issue d'une opulente feuillée; sur 
son roc, le fort Saint- André, 
doré par les ans, et, tout là-bas, 
la haute silhouetti^ du Ventoux, 
avant-coureur des Alpes, qui 
linrre l'iiorizon. Il n'y a pas, sous 
11' ciel du Midi, de paysage plus 
iinlile, |ilus riche el [»lus riant. Le 
rocher dvs Bums înl l'acropole de 
1.1 première c:lé d'où est né Avi- 
(jnun : excepté du sud et du sud- 
i.ui'sl, cotlé pi>sitiou était prali- 
qucnH"ntini|iirti:ilile. 

la ville moderne ('i9304 ha- 
Mlaiils, lie la déclivité des Donis 
^1 la plaine, au pied du l'alais 
ilrs papes et de l'ancien hôtel 
ilrs Monnaies, lourd édifice qui 
' voque, par son rez-de-chaussée 
II) bossages, les palais italiens 
(le la Renaissance. A la solitude 
un peu trisle de l'esplanade pon- 
tilicale succèdent sans transition 
II- mouvement et le bruit de la 
plare de l'Ilotcl-de- Ville et de 
lllcjiloge, vrai Fvriim d'Avignon, 
oii l'on vient, sons préti'xte de 
musique, ou même sans piétexle, 
^••iietélre vu, deviser entre amis 
• I regarder des gi'us qui regar- 
liiit. Tout Avignon est là, dans 
lis beaux apiès-rnidi des Joins 
Al- fêle, comme le tout Venise à 
'a place Saiiil-.\;aic. II manque 
-l'ijement à notre cité avignon- 
II use le cadre grandiose des ar- 
adis de marbre sur le front 
rutilant de la busili'iue vi'iii- 
lienne. Celte plac(! pourtaiil n<-si 

18 



206 



LA FRANCE 




pas sans beauté : le monument du Centenaire, par F. Charpentier, érigé 
en mémoire de la réunion du comtat Venaissin à la France (1791); 
la gracieuse façade du Théâtre; Tllôtel de ville, bâti en 1843 à la 
place d'un ancien palais cardinalice dont on a judicieusement con- 
ser\é la tour de l'IJorlogv, avec son campanile du xV siècle, si joli- 
ment coiffé de clochetons et muni d'un Jaquemart : cela n'est pas 
d'une banale ville de 
province, à la mesure 
d'aujourd'liui. Une 
grande rue droite, 
ruiie des rares qui le 
soient en Avignon, 
l'avenue de la Ri;pu- 
blique, conduit la 
vue, de la place de 
rilorloge à la porte 
de la gare, entre une 
double haie de maga- 
sins, que rompent 
agréablement quel- 
ques bouquets verts 
et la retraite ombra- 
gée du square ou\erl 
dans l'ancien \>a.vr 
des Célestins. On le 
nomme S'iint-Mar- 
linl, parce qu'il s'a- 
dosse à l'église béné- 
dictine de ce vocable 
(xiv siècle), dans 
laquelle loge un Icni- 
ple protestanl, et aux 
bâtiments conven- 
tuels qui ont reçu la 
collection d'histoire 
naturelle due à r:sprit 

Requien. Dans le v i i.llneu vii-Li;s-A\ igm 

square, monuments à 
ce savant, à l'erdi- 

guier, à lion manille, l'ardent promoteur de la renaissance pi oven- 
çale qu'a immortalisée le génie de Mistral. 

L'ancienne librairie de Uoumanille existe encore dans la rue 
Saint-Agricnl, presque en face de cette église, où repose le peintre 
architecte Pierre Mignard (retable des Doni, par Boachon, Vierge 
de Coysevox, tableaux anciens). L'église, à laquelle on accède par 
un perron latéral, remplace, depuis les xiVetxV siècles, un ancien 
sanctuaire fondé par saint Agricol, vers la fin du vii« siècle. Sa fa- 
çade est agréable, bien éloignée toutefois de la riche et harmo- 
nieuse décoration qui (leurit la porte de .Çam/-Pî>rre (façade cons- 
truite de Ibl2 à 1iJ2i5; vantaux en bois, scul|ilés jiar Antoine 
Volard; chaire du xv'= siè- 
cle; tableaux de N. Mi- 
gnard, P. Parrocel, Simon 
de Cbàlons; retable de l'er- 
riiietParpaille, par Inil.ert 
lioaclion ; tombeau des (ia- 
liMn-(;ailagne). 

L'église Saint-Didier, b.\- 
lie au VII' siècle par saint 
Agricol, roconslriiile au 
xiV siècle, possède l'uni' 
des premières œuvres de |;i 
Renaissance, exécui'.' 
en i'i8l par l'Italien I i.iii- 
ccsco Laurana, retable iii 
ronde-bcsso (le Portcinirii 
de croix), provenant .1 
l'ancien couvent des (lé- 
leslins. 

C'est un dédale que le 
vieil A vignim, un régal par 
b'S surprises de ses rues 
originales : dans celle des 
Teinluriers (clorhfir go- 
tlii(|ue et ri'stes de l'église 
des Cordeliers; grosses 
roues nui. -s jiar les eaux de 
\.\ Soigne); place Pie : la 



tour Saint-Jean, restes d'une commanderie des chevaliers de Malte; 
rue Banaslerie : chapelle des Pénitents noirs, entièrement revêtue 
de boiseries d'un grand prix; rue Carreterie : la haute tour cou- 
ronnée de mâchicoulis qui fut le clocher des Augustins ; même rue : 
façade du xv^ siècle, qui servait d'entrée au couvent des Carmes; 
rui^ di's Fourliisseurs : maison du xv" siècle, à deux étages en 

encorbellement ; rue 
Galante : la maison 
dite de Mignard; rue 
de la .Masse : hôtel des 
ducs di- Grillon; rue 
Joscpli-Vernet : cha- 
pelle en rotonde des 
Uratoriens; rue Saint- 
Etienne : maison go- 
thique dite de la reine 
Jeanne; rue Dorée ; 
ancien hôtel de Sade, 
où la tradition veut, 
sans raison plausible, 
qu'ait habité la belle 
L a u r e ; près du 
lihône : l'hôtel du 
Palais-Royal, où fut 
assassiné le maréchal 
Brune, en 181u. 

La perle artistique 
d'Avignon estson mu- 
!c'e Calvel, installé 
dans un bel hôtel du 
xviii" siècle : ses col- 
lections archéologi- 
ques (égyptienne, 
grecque, romaine, 
bronzes et verres an- 
tiques) sont d'une 
rare valeur; les Par- 
rocel, les Vernet, les 
Mignard sont bien re- 
présentés dans la i;.ili>ri.» rie jM-inluie; en srul[itur'\ b' F"»»'' et le 
Mercure de L. Uri.ni. I ii'' Mliiiol li.'qiir ilc K'iiHiiio v,iliiiiii< ,-.| a.ijoiiil.' 
au musée (pns dr \in\<\ inrun.il.b-. |.|iis ,1^ :!(Hiii niaini-.i iN, .-di- 
tions rares du xvr si.'rl,. ,iniil !.• pr'ini. r foii.U vi.ni ,lrs rirlicsses 
bibliographiques conlisquées par la Révolution sur les établisse- 
ments religieux) ; ajoutez les documents du D'' Calvet. 

Les remparts, construits par les papes, s'harmonisent heureuse- 
ment par leur architecture avec celle du palais pontifical ; ils enve- 
loppent complètement la ville de murs épais, flanqués de tours 
rondes ou carrées, dont l'enceinte est percée de sept portes que 
pioti-genient des eliàti-li-ls. Cn^neaux etmâchicoulis allongés couron- 
nent les courtines et les 




toui 



de Sailli 
1 ce Ire du poni 
-prit, ne peut ap- 



lagrande porte don- 
nant sur la gare (œuvre de 
Viollet-le-Dnc) fait à h 
ville une sorte d'entré' 
liioniphale. Qui n'a pas vu 
le fameux po 
limezel. 
Saint-K; 

piécier le courage et l'au- 
liai !• .[u'il fallut, alors qui 
lout.s les traditions il' 
I ait romain avaient soni 
lui' dans la grande nuitde> 
iina.-ion.s barbares, poiu 
osi r, à la lin du .vu'' sièrli' 
avec des moyens riidimcn 
tain-s, opposerau cours di 
lihône un ouvrage qui i 
1.1 avé toutes ses fureui-sj , 
limant plus de cinq cenl; 
aiis(ilein7àlO"0,oùdeu; 
arrhes se rompirent). Coin 
hi.n de ponts niodenu'; 
pourront en dire autant 
(iii/,e années suffirent pon' 
iiirltredeboutlepontSiiinl 
la'iiezel.alorsquelepauvn 



LES ALPES. — Li: ItlloNi: 




ouvrage en charpente qui le remplai;a, au dibut du siècle dcniiei-, 
miUreiîeansnsOo-ISIS) à se plautiM- debout. In maeniliiiue pont 
.le pierre traverse aujourd'hui le Rhùni', en aval du pont suspendu 
•|ui suppléait tant bien ((ue mal au pont Saint-Dcnczet. I.e véné- 
rable pr)nt ne tient plus au rivage que par quatie Iravées. Il en 
possédait dix-huit et enjambait le pclil li.i- li^miaire du Rliône 
alors du côté d'Avignon), l'île de la l'.uilr. l.i— ..ii l'on pouvait 
passer à pied sec sous les arceaux) el !r .1 uni li i- .lu lleuveenface 
le Villeneuve. Des piles très aiguës sui inonl.i-.>dc; Lyuipans à claire- 
voie favorisaient l'écoulement des grandes eaux : sur la dernière 
:ulée est bâtie la chapelle de Saint-Nicolas. Entre la tour dile de 
Philippe le Bel et le Chàtelet, encore 
'xislant dans les i-ernparts, qui en défen- 
laienl les deux extrémités, l'ouviage 
■nesurait environ 900 mètres. C'était le 

rait d'union de la terre de France ave. 

a ville des papes et, avant eux, avec la 

•rovence. 

j Vitleneiirp, sur l'autre rive, fut, .111 v 
]«"■* et IV* siècles, le Versailles d'Aniijn.' 

es rois de France et, à leur défaut, 1- 
l.'ouverni-urs du Languedoc, y séjour- 

laient fréquemment; les cardinaux y 
ivaienl leur ré-sidence d'été : de là ces ar- 

ades, ces portes de haute allure, ces .11- 

noiries, ces fenêtres seigneuriales qu.' 
ncontrent çà et là les yeux surpi is. 

lans cette ancienne ville aujourd'hui à 

eu près déserte. I/église était crénelée; 

f'D ancien cloître (du xiv" siècle) abrite 

ujourd'hui des charrettes, des provi- 

ions maraîchères, des débris innom- 

nables. La chapelle de l'Hôpital consen . 

s magnifique tombeau du pape Imit- 
ent VI; dans les hautes salles de l'él.i- 

lissementexisle un véiitable musée île 

oiles, dues, pour la plupart, à des ai- 

sles provençaux : on l'a dépouillé d'une 

uperbe Pielà au profit du musée du 





^ 


^^^H ° ' 1 


^ ! 


rC'*^ JIm^> ' 


S'M 




i 



l.nuvre. (In pouirait ei-rer lon-leni|» il,iii> l.'S ilépeinhiu,'. s du vaste 
encli.s (|ue lut la Vhnrtrenso de Villeneuve : p.irlo niMUUMieulale, 
pelils cloilres gothiques, cellules des moines, où nichent de pauvres 
gens, vaste cour à puits central, escaliers délabrés, fenêtres et lam- 
beaux de la plus pure l'.cnaissance, retombées d'ogives sans support, 
la boulangerie de l'abbaye avec son ancien four, la chapelle peinte 
à fresques: c'est un labyrinthe, une misère do choses cioulantes 
sous une parure llétric et rongée par les ans. Quel merveilleux musée 
on ferait là! Au-dessus de la Chartreuse, le fortS^imi-^m/rd enclôt de 
ses remparts, llanqués de deux grosses tours fauves, les vi'sliges 
d'une ancienne abbaye bénédictine et les débris d'un village elTondié : 
de ce délabrement extrême à la ma- 
L'iiilique et plantureuse nature qui par- 
tout se prr)digue au dehors sous le hiini- 
ueux ciel de Provence, le conliaste est 
poignant. 

Dans le rayonnement d'Aviijnon : le- 
piml du Gard, à l'oui^sl; Beaiiciiirr, Tn- 
iriscon, Arles, au sud; au sud-est, Saint- 
Iti'nuj, les Alpines sauvages, aux senteuis 
lie thym et de lavande, encadrant l'extra- 
oiilinaire cité des liaiu; Munlninjutir et 
son vieux cloître (à la descente sur Ailes) ; 
rnvailliin (arc de triomphe, cathédrale 

M ; à l'est, Apt, Gurdes, Seiiini(jiie 

I ilu xn" siècle, vrai bijou d'ar- 
iiei, risIc-sur-Sorgue, et l'iin- 
h.iwUe fontaine de Vaucluse, Peines, 
\ enasque sur la Nesque, Suint- Didier, 
l'iirpentras (ancienne capitale du Com- 
iiL; Monlmirail (eaux minérales), le 
' ' ', Vaisun, Mulnucène et la source 
1.1 -'-au, au bord de la séduisante; 
lit' ' ili- rOuvèze (ancienne capitale des 
\uconces'; au nord enfin, la cité ro- 
maine d'Oriniije, son théâtre-forteresse 
où mille spectateurs peuvent encore 
goûter l'illusion et la grandeur de la 
scène antique. 



208 



LA FRANCE 




estimés, ctClamle .h- r/ih \'rrnr/ ■]"! ', 17^'' . p 
Avignon; Victor l: : "'iH. m ir.|iii- •]'■ .V.-.-'. 

oratcurde l'Asscnilil n-l iin ,iil- : .^'.;;/ ~ ,'/ 

membre (le l'Acacl. -1111. ■ iViiH 11-,- i:i(, i>[- :l 
7</e«sis, né il Carpentr.is 'J7j .-: ^n:^' : |.- m. .|r, 
François Calvet, dont les i ..Ni . Imh- uni , r. 
ISIO); Jean-Charles, conilr ili: Mnii,,fi . ni- il 
la défense d"Ancône (17ôs-lhlii ; .Ivx /. I - 
dit Cai/i7-Bto;e, critique musical l7-i l " ; 
écrivain; Fratiçois-Vincent Baspail. < Ihmm I 
]c ci)it\p(>s\[v\iv l'élicien Daviil (\''i\\^~" 
ITT.J-ls'i:. , invi-nlcur, néàLourmarin:le m. i 
Ciiri-iH I77:.-1n:.ii,; le comte /If/'-^en-iV/eH/zr ; 
■■viT'<w<u\i-. [LiiriJc France, né à Orange; A^''"' 
Iiliilo.s(,i,lu; et historien (1810-1871); le crili.iu 
marlin (1S11-1S9I); les portes Adolphe Ihtmii 
Elzéar Pin, né à Apt (ISI3- 
1SS3); Jutes Courut, publi- 
cislc, né à risle-sur-Sorgue; 
Théodore Aul>unel, iVXy't'-non. 
compagnon Ai Hnumanillf 
(né à Saint-Rémy) et de Mis- 
Inil (né près de Maillanei, 
poètes provençaux, créateurs 
du Féliliri'ie provençal voir 
p. I.;:.:; le sculpteur C/c/c/zeH- 
tier. 



Rhône. 

Siiiiernrie:2«;)l»Hi li.;r- 
l.ircs (d'après le Cidustrc). 
l'opiilalion : 9nio8l lialii- 
laiils. Chef-lieu : Lyon. 
S()ns-|)r('ferlure : Ville- 
franche. — 29 ranlrms, 
■itJ'.l communes. Cimr 
<ra(ipi'l et Académie de 
l,Yu\. (louvernementmlli- 
1. lire (Je I, vos, r<'' parti entre 
le l'i" corps (Lyon) et Ie7' 
( BesaN(;o.n). Archidinrèse 
(le Lyon, dont le liliilnire 
est primat des (iaules. 



Personnages 
histori(jues. — 

i;;inlinal l'hilippe 
-/,-(;.,/,..,ç.s-n/e, néà 
(:,i\Mil!-n x%i=sié- 
rlr : |rl,i-;,veCrî7- 
!..„ I,.i„is des Bai- 
lles clr Eerfon), 
inmiiaL'iHiTi d'ar- 
mes de Henri IV 
né à Murs : 1541- 
liiis;; le savant 
J.-M. Pliures, évé- 
que ili- Vaison 
|:.Mt.-ir,77l; le 
tr-iiiv' !■'■ |ii-.iven- 
i;,il Si, ,.!,i'.<iihol;/, 
<liii composa la 
musique et les 
vers de Noëls sa- 
voureux (1614- 
l(i7S^: Esprit Flé- 
c/iier, èvêque de 
Nîmes, né à Per- 
nes, l'un des 
grands orateurs 
de la chaire au 
XVII" sircle (1632- 
171*1 : i! ]'ri;inonça 
l'i.LMi-Mii funèbre 
de Tiiienne: le 
savant P. Joseph 
dom Malachie 
d'Inguimbert), 
évêque de Carpen- 
tras, sa ville 
natale (1683-1757); 
Ignace- François 
Parrorcl (1704- 
1781), d'une fa- 
mille de peintres 
1, . t „,j lis deux en 
|i' 1 ■ ilu grand 
• il iliii.d. nrateur, 
I, /i ^, //■,.-, H Du- 
-1 ■ /■ jn il-i'laude- 
■ dVMiiMi.n (1728- 
I, i|iii - illu-ti-a par 
' ; : Il II. .Inseph, 



'.<.' iic Ponl- 
bunpas, et 



LYON 

Origines. — 
Lyon i523 796 ha- 
bitants) fut, pen- 
dant quelques 
siècles, la pre- 
mière cité des Gau- 
les et, à plusieurs 
reprises, pendant 
le séjour des em- 
pereurs romains. 
la seconde capi- 
tale du monde. 
Elleseconcentrait 
alors sur la hau- 
teur de I-'ourviè- 
rds; le Rhône et 
la Saône unis bai- 
gnaient le pied de 
ses escarpements, 
car les deux fleu- 
ves mêlèrent d'a- 
bord leurs eaux au 
pied du promon- 
toire de la Croi.\- 
Rousse, à 4 kilo- 
mètres en amont 
du point où nous 
voyons leur con- 
fluent auj our- 
d'hui. Ces grands 
quartiers ciui s'é- 
tendent au loin 
sur la rive gauche 
du Rhône : les 
Brotteaux, la Guil- 
lotière, n'exis- 
taicnt qu'à l'état 
d'iles instables et 
désertes, dans lo 
champ diii'iniliilini 



emer;jri 
comni. 
enseiLili 

900 Mirl 

sa forh 
Médilel'i 

rieur de 
n'aur.ut 
Par lier 




DE L nOTEL DU P E T I T- VE 11 S A I L L ES . 



iil. Le fleuve ou 
liiiirable voie n.il 
■s conlins de l'Eur 
■tte grande route i 
/. les Phéniciens. 




M li-, :iu point il 

:l - ,,., lire lèpre 



l'Orient, par 1 
lion vers l'inh 
lereule lui-mén; 



(iree.v, aient remonté i 
ilhiine; les premiers, 900 ai 
.ivaiil l'ère chrétienne, h 
.iiitres beaucoup plus tan 
i:ne(h.uu.'edelétaindcBr. 
Ligne, lire des lies Porli. 
gue^. de l'ambre de la lli 

ils apportaient 'les cpi. ' 
d'exirènie Orient, l'ivoin 
les éloll'es de laine, les ve 
roleries, la teinture, les ffi 
vres d'.irl, les métaux Ir 
vailles. Au temps de Césa 
des conllils incessants ni' 
taieiit les trafiquants m 
|iiisis avec li's riverains i 
la S.inii.-. gardiens des pa 
.-.lires iulerleurs, à cause il 
péages que l'on CXigc" 
d'eux. Parmi ces rivcraii 
il.iieni les Sé;/usiaMS, él 
blis aucontlueiitde laSniV 
et du Rhonc, sur la collii 
de l'oiirvières. 

Quand César passa les .' 
pes pour conquérir la Gnii 
(58 avant. l.-C), les Romair 



LYON 



l;,llr Allnuaiulc 



LA CROIX /rOUSSF. 




i^^^^TSft- 




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I lA 1 I I 1. D'OK 







■■7«;||WK:"»i5ïïïi: 



/' rbainpde 
• JelaSarra 

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uXis Iran.-.- 




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M.HLLlt l;l9.500 



A 



1 .t^^'Ml".'"??:'''!* 



LA FRANCE 



18 



IIKÙ.N'R 




déjà établis dans la Province qui commandait la Méditerrance, des Alii, s 
aux Pyrénées, s'étaient assurés la liitme du RMne : Vienne tenait pnur 
eux. sur la llfuve. le point de concentration des passages dllalie en Gaule 
1 travers les monlafjnes. De l'autre colé du Rhône s'abritait la Gaule 
lindépendante et guerrière, la Gaule chevelue des liistoriens. Elle comprc- 
n.iit trois grandes nations distinctes : les Aijuilains, dans le bassin de la 
i:uvjnnc; les Belges, au nord; les Celtes, au centre, sur la Seine, la Loire 
1 le Massif Central. Chacun de ces groupes se fractionnait en tribus sou- 
.rnt ennemies les unes des autres. A leur tour, les Celles comprenaient 
>lusieurs groupes; les Ségusiaves en étaient un. Cisar, qui connaissait il 
■nd la région du Rhône, ne cile aucun él.ihlisscinint iiiipoil.int au con- 
luent de ce neuve et de la Saône. Ce qui devait élie li ^'lari.l.^ cilé i-mnmer- 
•i.ile et industrielle do Lyon n'existait qu'à letat ciuhryonnairc. sans 
l'.ute comme entrepùt d'éclianges créé par le va-et-vient du tralîc fluvial; 
•t cette bour^'aile marcli.'inde et cosmopolite était surtout compnséi' de 
•assanls. .\u conlr.iire. i ienne. clef 
les chemins des Al|"-;. i-{:i\t :t\..r^ 
inepuissantecili'. ti m- ^■ii .li-( ..ui - 
uSénat.l'emi, ■'••'"■ '1 ""I'' I ' ''■">•■ 
e -colonie spifii.liilr .1 |,i]i-- mli 

rnatitsima vnhiili-s /.,„.■. i . .|in 

'i>us reste de .•^••■^ ..n. i-n- lii.iini- 
iienls p.arait juslih. r |. ~ , |.,-, - ,|ii,. 
■ •n en faisait. Vi.riiie iliil J.j.i 
apitale des Allubioges, alors que 
yon comptait à peine. Cependant, 
n 710 de Home, moins d'un denii- 
iecle avant notre ère, les cluns 
im-iins de Vienne, à la suite de 
i'denis démêlés avec la nnblesse 
lli>broge. durent chercher un refuge 
u del.\ du Rhône : au lieu de les 



gique de la MDiivrlIe lulcmie l\ 
dinaiix ilr la (i.iiil,-, fiva I,- ,\u 
donnri'c'iil ,1 1,1 Mil,- Tiii-- Mil, Il 

Aquil,,,,!. .l^'nVni'h"., .! 
voie I)"iiiili.iiiir,, linmii.lii, , 1 
puis d'autres captèrent pour la 
Cévennes, du Jura. Claude, qi 
aqueduc qui puisait à plus de 

n'ulili-.' •\u MNi' r iilili' |i (I 11, ,i, 

du Illnlnl. I I lui, MX I \ II,, il , 

ïesf..i,l,,inr-,.,i lun.nllnr, ,.,..,. 
lyonnaise fut dulre aussi, cum 
blissements nécessaires aux dé 



uiiifilf : (lmi,\ si-juurs qu'il lit à lijnii 
imprévu. L'empereur eut son palais 
> -^ routes conduisaient de l.ijon en 
1' . ralliaient sur le littoral la grande 
m Kspagne. Deux aqueducs d'abord, 
•seaux fraîches du mont d'Or, des 
né à Lyon, construisit le fameux 
Mèlr.-s. iMX sniirces du uiunt l'ilal. 

il l"|'i ^ "Il ■ M' II' --1 U.iuie, qui 

'•■"■ " -- - ' -\ ' n- la ville 



iiblir dans Vii-nn 



p.ir I 



force, le 



nal romain donna l'ordre !i iWi(- 
id'u» Planrus d'installer les exi- 
•< au confluent de la Saône et du 
hône, c'est-à-dire sur la culline 
; Foun-ières. Quant aux Sé/iu- 
'PM, postes là d'avance, Rome, 
iliile à s'entremettre dans les 
lerelles qui divisaient entre eux 
^ différents peuples de la Gaule. 
s dég.Tgea de la domination des 
luens, dont ils étaient clients, 
les déclara libres, c'est-à-dire 
tachés et intéressés à la fortune 
maine. C'était, p.,ur l.s Ségusia- 
■ changer de maître, sous couleur 
ITranchissement: mais ce niaitre 
it fort. Et puis on leur r<connai-- 
it sur la Loire une extension d. 
Titoire dont Fe^rs (Koruui,, l.i 
pitale, groupa, depuis, le Forez. 
L'importance politique et slratS- 
Fhance. — II. 




'-' "1'^. l'iiri- .Ml ||, , ,1-1 11. i.a cotoniu 

me toute grande ville de l'empire, des éla- 

lassemcnts du j)euple : elle eut un théâtre, 

un cirque et deux amphithéâtres. 

En ciintrc lias [\,- la ville romaine, 

le pror iliiii-i' baigné par le Rhône 

ri 1,1 Sa..iie clait devenu Comme Une 
snrli' de cile inlernationale : les trois 
Hautes s'y donnaient rendez-vous, 
chaque année, pour honorer le génie 
lulélaire de Rome et do l'empereur 
auquel on devait la paix. Ainsi 
Inus les peuples vaincus se trou- 
vaient unis dans le témoignage vi- 
-iIjIi' d'uni' nn'nie sujétion et la 
'■"ni|iirl. |.iii~,iii i|,ms les cérémo- 
iih - il. I , mmii\ I III .til te une sorte de 

-n-|.|.T -iMii.ilurelle. L'an 12 

■ |^ 'iil iimIi.. iii , Claudius Sera, 
^'■Mivenieur do la Gaule, convoipia, 
.LU continent du Rhône et de la 
Sai'ine. les prlniipnux chefs des trois 
Il iliiii- ^' Mi|,.i-, - II- il.'.lii'Tcnt un 
' iii,.l' I . \M;i,-t. . 1 .■l,-vèrent 



r H li - I) A >l B U K r U t It V 1 K It E il ■ 



r. 


.lu len 


pie 


et de l'aulel se 


i|' 


i.hI les 


II. 


nunienls de la 
..is,. cl, parmi 


'" 


-IMII.I . 

: rrliii 


'l'ir'i 


H- .1. |,.-upley 
■ I.I.- ;. la fois 


r'ie 


ise et m 


nh 


mde. 


'■S 


les premier 


s siècles, les 


le. 


( nautiL 


. n 


avigateurs ) du 


'■': 


. sempi 


ivni 


t nu transport 

•.•■•iil.'^. formè- 

|.lll--:i.lledont 



grand cumil de conimunication qui 
18. 



210 



LA FRANCE 



liait le Rhône à la Saune 
sous le promontoire féJéral, 
à la h.uil(-ur de la place ac- 

I 11. . - i iiix. Dans ce 



m '1 lUii,, lu poils Li II 
lin ri ^'1 )s enlnpositiir 
(Il \in- \ n lunllturs (oini 
loii^ ain>-i ([ue (I mires i m 
poritioni^ indiistiu lli s Ii 

fut It M H btrtL M (lu 1 \ IM 

« iiiiiiiitii 1 il (\oir tu I 1 N 
TiimiL le Uhuiie ) 

C/ni((/eprodij.'uali <; tcnim 
fmn.i rliiifii f I ^a Mil 



LS dtuv Mlles 

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[k1 i du iiuiii di, Min liicnf ii 
Il ur Colonia < opia ( latti/i 
!»/« /i In/hn,,,, I ,1! 



It iiiiL p.uivulu.l i la 1 
lunstruction dt "-(scdilKi 
Jiiijiiii 1 1 dol 1 d lin font 
Mii^'Mi(ii|iii dimistvnul 

ip/hs forum ani n n M u-. 1 1 ^ 

M( I un dt ^eplDiie •^iLiiL 
futliriiincdcli nou% dit cite, car tllc a\ ait 
• uli miltiuirdc prtndic p iiU contre lui 
tout fut rase, livre aux iiammes, les habi- 
tants égor^rés. De cis ruines surgit, au dé- 
clin de l'empire, une ville nouvelle à cote 
de l'ancienne, tandis (|ui! le qui restait de 
l'antifiuc création de Claude et de Trajan 
s'isolait de plus en plus. Il n'en subsiste 
plus que des fragments. 

Des fouilles ont exhumé, au can-efour des 
anciennes roules qui s'en éloignaient (au 
Tfiiium, dont l'usage a fait Triori) un cerlain 
nombre de tombeaux. Une proprii'lé parti- 
culière renferme les resles de l'amplii- 
lliéàlre; ailleurs, se voit un ancien mur du 
forum de Trajan qui s'écroula en 8'i0. Dans 
le jardin de Fourv-ières : p.avage et mur» 
d'une villa romaine; passage rjay : stèles, 
bair ;, pavage en oj,us spicnhim', parcelles 
de Voie romaine, nieller de /iDlier; lam- 
beaux d'aqiiidurs : rue du .hige-de-Paix, el 
principalement aux environs, à Chaponost 
(90 arcades), h Beaunanl, lu belles arcades 
sur un lapis de prairies : ce sont les ves- 
tiges imposants du fanu.'ux aqueduc de 
Cl.lllde, qui |illis;i|| «ux sources du Pilât. 

.»<ous rèi;li>i' S.'iinl-lrénéc existe une 
crvpli-, risliMirée au v siècle par saint 
Patient, où se conservent les tombeaux des 
saints Irénéc, Alexandre, Épipudc, ainsi 
qu'un ossuaire contenant les restes de 
plusieurs milliers de martyrs. 1,'hospii e 
de YAnliqwiille occupe remi)lacement du 
palais de l'ancien Préfet du prétoire, gou- 
verneur des Gaules, résidence de plu- 




sieurs empereurs, ou naqui- 
rent Gernianicus, Claude, 
Caracalla : un Lyonnais, 
Pierre Sala, ayant acheté 
les ruines en 1500, y cons- 
truisit une habitation oîi fu- 
rent recueillis nombre d'ob- 
jets aniiques ; doù vint 
le nom d'An/iquaille. La 
chapelle recouvre une partie 
dis cachots du palais : saint 
Polhin y mourut, et l'on y 
nionlre la colonne où sainte 
Blandine subit un atl'reux 

Fourvières fut surtout la 

résiili-nce du l'c-iiipereur et 
.IU--I un .1,1, hi;, ire. Tous 
I-- riili. ..\r] iinriiCceuxde 
Millii.:, ,!, (Ahrlr... avaient 
.-un 1 i.i luuU/ du lihùne avec 
leurs adeptes phéniciens, 
grecs, africains; par la même 
voie remonta le c/trislia- 
iùs,ne. Marseille, Arles, 
Vienne, Lyon reçurent de 
liiiiine heure des immigrants 



Ih '_ 


M.,t-. 1,. m.imeu- 


- 1' 1 


lr<ij,,i.,lisseuiinés 


1- 1. 


;|rs du neuve ou 


I.Mll 


Il -s de la cité cos- 


|,.'[ll' 


■ Irn bas. R.iiiie, 


, / in 


.illéiente à la ques- 


Il des 


eultes, laissa faire; 


coiiin 


e la loi, non scule- 


iij 1, 


lérnit, mais proté- 



^11, saint /'u//iùi, disciple 
saint Polycarpe, partit 
mvrnp puur évangéli.scr 
,;ns ,ln I:iH'ilir et de la 



m. o.e de la 

ne : Gaulois 

Romains el 

trouvèrent 




(lu Chris 



pouv.iii . -I I. - 11' 111. i|.rs du 

e n'eusbLul ele la négation 

divinité de l'empereur et, en 

le renversement de l'ordre 

vuil il.l- i/vMiiii.n =..,'ialc se 

M \ >.ii|iii i .1,. .1.; ,1 . 1 . . |HTsé- 
., 1,1111. .. - : , . !|. ,|.. 177 lit 
il,,. ,1 11,.,., 1.111. - X 1. tiiii.'<, entre 



llhnuline, pauvre esclave, une enfant qui 
eiiilûra sans lléchir les plus horribles tour- 
ments. 

t;es violences ne sauvèrent i)as l'empire 
de la ruine. A la place du forum de Trajan, • 
I onslruil au i"' siècle, effondré au ix', s'é- 
Irva un oratoire. En 16,13, comme la peste 
,lisolait l'Europe, les échevins de Lyon 
lirent vani de monter il pied chaque année 
1 Fourrières, le 8 septemlire. jour de la 
Nilivité de la Vierge, et de lui offrir un 
■ 1, ige avec un « escu d'or », si la ville 
1 l.iit préservée du lléau : cei|ui fui. Une 
ihaiielle votive remplaça l'oratoire; elli' 
existe encore, avec son clocher roman haut 
lie as mètres que surmonte une statue de 
la Vierge en bronze doré, par Kabiscli. 
Mais C(i n'est plus qu'une annexe de la 
grande basilique conslruilo récemment. 
elle aussi, en exécution du vu-u furinulé 
par l'arclievèque de Lyon, le 8 oclobrc 1870 : 
si la ville était préservée de l'invasion, 
une basilique suppléerait l'ancienne 
rh:.pelle. 



Li:s ALri'S. 



Li: HIIÔM-: 



211 



L'ouvrage, presque 
Icrmiiié, est remar- 
quable, uuu que les 
proportious en soienl 
extraordinaires, ;\ côlé 
de celles de nus vastes 
calliédraies (8(5 mètres 
de long. 3") de large. 
38 de haut , mais la 
minutieuse perl'ection 
des détails, la ricliess.' 
des matériaux : iiiai- 
bres bleus, verts, roses. 
bronzes et ors étinii- 
lants; la splendeur .1. 
la perspective; d. 
grandes mosaïques inii 
llamboient; le rayon- 
nement de toutes cho- 
ses font de cet édiliri- 
composite, d'inspiia- 
lionàlafois liy/.aiitiii.'. 
sicilieime, romane . i 
gotbique, une des |iln- 
originales coni t'|itioiis 
de rai-cliitecte /?«*<./». 
un Lyonnais, beureii- 
semenl secondé pui 
M. Sainle-.Marie-Perri 11 , 
qui a dirigé les travaux 
avec distinction et in 
poursuit rachèviMiieiit. 

La façade est noble. 
Des colonnes en gia- 
nite rose dltalie, d.s 
pilastres en porphyre 
de l'Estérel, sou- 
tiennent, à l'est, au- 
tour de l'ahsi.l.- .in.i- 
geant des I. rias-( -; 
boisées qui sui i.lnni- 
bent la Saône, uiu- ga- 
lerie en couronne d'où. 
Ie8 septembre, rurchi- 
vèque de Lyon donm- 
la bénédiction à la ville 
étendue à ses pieds. 
Des quatre tours qui 
flanquenlaux angles la 
basilique, celle du 
nord -est possède un 
Observatoire d'où l'on 
découvre un immense liori 
zon : une grande table d'orieu 
tation, sur lave éraaillée.per 
met d'en rejiércr les détails 

Du même coteau, une toui 
rivale de celles de la basi 
lique. sorte de tour EifTei ei 
réduction, porte à 8;j mètre; 
de hauteur une plate-forin. 
d'où le regard plonge en bas 
à 212 mètres, sur le cours d' 
la Saône. De la tour mêla 
lique ou de celle de la basi- 
lique de Fourvières, le pano 
rama est comparable aux plu; 
vantés. Par malli.-ur. le cie 
de Lyon n'a jjas, du moins .' 
l'ordinaire, la transparence d» 
celui de l'Italie : si l'état 
l'atmosphère le permettait, 
le regard percerait jusqu'au 
mont Blanc (IGIJ kilomètresi. 
La Saône jusqu'à Màcon, 
plateau des Dombes, la mon- 
tagne qui domine Bourg, le 
Credo, la chaîne du Jura et le 




tirnnd-Colombier, les 
Bauges et la Dent du 
Chat, les monts d'Alle- 
vard, la (Jrande-l'.har- 
treuse, l'imposante 
masse du l'elvoux, le 
Vercors tourmenté. 
Viiiinesur le Hhône, le 
l'ilat, phare des Cé- 

cdleaux du Beaujolais; 
plus jirès entin, les 
liiiis cimes <lii mont 



senu'Ul et la grandeur 
saisis.sante de l'agglo- 
mération lyonnaise : 
en bas, sous la double 
ili einte de la Sn('i>iP et 
(lu Jl/u'ini', la presi|u'île 
alliiiigée qu'occupe la 
ville moderne; à la 
lai iiie de celte pres- 
i|u'ile, la côte rapide 
lie la Croix-Housse; 
là lias, dans la plaine 
l'i.ileiî sur la rive 
gauche du fleuve, les 
(|iiarliers neufs et in- 
dustriels des Brot- 
lraux,de lafiuillotièro 
ri lis lointains fau- 
I.MiiÈgs : Villeurbanne, 
M..iip|aisir, qui s'éla- 
liht jusqu'à Ihori/.nn. 
A rencontre de ce (jui 
se liasse pour la plui>arl 
des L-raïules villes as- 



indi 



: CALIiUli; PlIILl UEUT-UaLC 



Inii,-.!, ;u, I lui, Li/<in, 
.l'alinr,! allongé entre 
ses deux grands cours 
d'eau, du nord au sud, 
s'étend de plus en plus 
vers l'est. Du côté du 
nord, en elTet, le surgisse- 
niint de la Croi.x-Rousse ; à 
ouest, l'escarpement de 
Fourvières arrêtent son ex- 
pansion. 

Lucnthàdrale Saint-Jean, qui 
s'élève au pied même de la 
lique, est un édifice com- 
:e, (ail de morceaux ajus- 
•s : eliapelle Saiul-Pielre , 
iiiièr iMiieut romane; chœur 
l liuusc'pl, plus bas que la 
ef (style ogival rudinien- 
ilre de la fin du xn» siècle); 
luis portails mutilés et dé- 
ourvus de leurs statues, da- 
ianl de la fin du xui» siècle. 
Seules les statueltes des vous- 
sures et les médaillons des 
jambages ont survécu aux fu- 
reurs ieonodasles du x'i'siè- 
• \.-. lue t-Mleriede laRenais- 

,iii. '- ^' I les portails, de 

Il .1 iipI'^ 1 use flamboyante 
qu'eiji aillent les deux tours 
de façade noyées dans la 



212 



LA FRANCE 




masse de la construction. 
Il est probable que, d'a- 
près le plan primitif, ces 
tours devaient s'rirvcr 
plus haut, d'un étayc, et di- 
j,'af,'er ainsi l'édifiiN', m.iis 
on ne croit pas ((u'cliis 
aient dû jamais n-cevoir 
de llèches. Le gabi'' décn- 
ratif qui les sépare, jadis 
ajouré, fut aveuglé par 
l'adaptation de la nouvelle 
toiture à son inclinaison : 
tours et gable, maintenant 
fort alourdis, furent trr- 
minés à la fin du xv" siè- 
cle. Deux aulies tours 
flanquent le transept : 
l'une du xin* siècle, l'au- 
tre du xv«. L'abside, sans 
déambulatoire ni chapelle, 
conception traditionnelle 
de la basilique romaine, se 
détache, à l'extérieur, au- 
dessus des assisi's em- 
prurté-esau foium écrmdé 
de Tcajan,par une galerii' 
élét'antfi qui, avec la ha- 
liisItMcb' du grand ciiriilde, 
ri'lie (Iheiiieuse façon les 
nioirr-.ius dispaiati'S di- 
l'édllirc. 

A rinti'riciir de la cilli. 
drale :jolie cliapell.; ll.iiii 
lioyante, de belles vei i j. 
ns, une chaire en niarl'i 
blanc d'api'ès Chenavail 
une curieuse horloge .1- 
Ironomique de la lin il 1 
XVI' siècle; de part 'i 




d'aulre du maître autel, deux croix 
érigées en mémoire du concile œcu- 
ménique de 1274 qui tenta de réa- 
liser l'union des deux Églises grec- 
que et latine. Ajustée à la façade 
de la cathédrale, la mmiécanterie, 
ancien logis des chantres ou de la 
maîtrise (manc cantnre, chanter dès 
le malin), présente une série d'ar- 
cades sur colonnettes accouplées, 
œuvre charmante du xi« siècle, mal- 
heureusement mutilée en 1:JC2 et, 
depuis lors, altérée par de malen- 
contreuses restaurations. 

Du xi" au XVI» siècle, Sahil-Jean 
résume tous les styles : c'est un 
témoin plutôt qu'un modèle; les 
grands faits de l'histoire lyonnaise 
au moyen ûge y ont eu leur réper- 
cussion. Successivement Burgonde, 
puis Franque, Lotliaringienne avec 
Lothaire. petit-fils de Charlemagne, 
rill,iilii'i' ;iu royaume de Provence 
s. .lis linsnii, passée aux rois de la 
limiiUr i\r Stiwllinijen et, à la mort 
'\>- rnii d'.iix, Rodolphe III, sous la 
>u/ri,iiii,.|,. des empereurs d'Alie- 
iiia^iiM, /.,,,„! échappait à cette sujé- 
ii-n .11 iiiii irlle par l'action résolue 
li. i';ii ' h. \r,jue Bourcard, frère ca- 
il' I ilii il'iiiier souverain Rodol- 
l'Ii'' III. i|iii rrlint le pouvoir tempo- 
\''\. r.iiimir privilège de la dignité 
l'iiil il I laii revêtu. Ce fut, entre les 
prélals gouverneurs de Lyon et les 
comtes du Forez, un sujet de graves 
conflils. L'archevêque et les cha- 
noines se prévalaient du 
litre de comtes; ils possé- 
ilaienl, sur la rive gauche 
ili' la Saonc, la forteresse 
ili'Pierre-Scise (pierre fen- 
due, qui devint plus tard 
pi ison d'État où furent in- 
I arcérés Ludovic Sforza, 
le fameux baron des 
Adrets, Cinq-Mars et de 
Tliou, exécutéssur la place 
di-s Terreaux. 

(Juatre ans après la mort 
lie saint Louis (1-271»), les 
li.iurgeois de Lijun obtin- 
iriit le droit de s'assem- 
liliM- puur délibérer sur les 
iiili-iéis de leur ville; peu 
,i|iivs./'A(7<y7"'/r'/;e/.ayanl 
.icquis des arilievèi|ues et 
duclKi|iitre imeparliedes 
l.iriis qui jusiili.iient leur 
(linii au tcMiporid, accor- 
dail à l.ycii un Cumulai , 
r.uiii.' (h' dnii/.e ccuiseil- 
leis |i:il-2;. Ainsi h-s pré- 
mu'aiivi's épisropales se 
Ircuvaiiiit sensiblement 
.ilhMii.-rs par lesprivilè- 
-.■> (Mii-iil.iiivs de la ville 
.■lc,u\,|.M.i|usiicc royale. 

l.r.siri;,M-iii.Mupald.'Li/(« 
L'arda^ .le l'ancienne pri- 
Miaulé romaine, un sin- 
'mVwy prrsiige. A Lyun 
furent assemblés deux 
0')('i7<'.'î(;'(i(»i('7ii(/MM.- celui 
(h- \i'C\, présidé par le 
[.ape Innocent IV, qui dé- 
posa Frédéric II de Ilohen- 
bliiufcii;leconciledel2"'". 



i.i:s aijm:s. 



LE llUÙNE 



213 




ou cinq cents 
cv^i|iu's, n'unis 
sous l;i ])rrsi- 
ilonco du pape 
Oii^ijoire X, leu- 
tciont de nVili- 
ser, à l'appi'l iMo- 
quoiU de saint 
Donavcnluie. 
runi..nsi,l.-MnV 

,in... Il, II!, .-.11... 



ci^ti' ville comme 
une seconde ca- 
1.1 \ ,Miii-,i KN I I i( 1 iMiGK pilule du monde 

Hi E n- .ii.iFFON). duélien. 

Le Rhône est 
trop près des Al- 
pes pour que L;/on n'ait lias en à souffrir des puorres d'Italie. Celles 
de religion lui furent plus funestes encore. iMais, à (^Iharles VU et à 
Louis XI, Li/i'it fut redevable de privilèges et d'encouragements qui 
lui préparèrent une nouvelle fortune. Tandis quf le rlrr:;i\ l.^s eom- 
niunautés, les hospices, li'S fabricants d'ornenii mN. ,|,. \ ii, .mx, etc., 
se groupent dans l'attirance de la calhi'drale, lis ii,,,i,i-ii il-, 1rs gens 
de loi et de procès vivent dans l'attraction du ]''il,ns il,: -hctice, re- 
conuaissable à la magnifique colonnade corinthienne qui s'aligne 
' sur la rive droite de la Saône et s'harmonise si bien avec l'amphi- 
lliéiUre de Fourvières. Ce quartier àe Saint-Paul rassemble, dans les 
rues montantes et enchevêtrées du Vieux Lyon, toute une jiopulalion 
jd'arlisans, de rentiers, de bourgeois consen-ateurs d'anciennes 
'traditions et de curieux logis, au-dessus desquels s'arrondit la belle 
coupole byzantine de Saint-Pmtl , bâtie, dit-on, en S49, par saint Sa- 
cerdos, sur les ruines d'un temple de Diane, saccagée plus tard par 
les Sarrasins, rétablie par Charlemagne, embellie au xiii° siècle 
par Hugues I" de Bourgogne, archevêque de Lyon. 

Du belvédère de Fourvières à celui de la Cioix-Housse on voudrait 
tendre un pont gigantesque, à 80 mètres au-dessus de la Saône; 
par là, les deux quartiers qui se regardent de chaque côté d'un 
abime se tendraient la main : la montagne qui prie et celle qui tra- 
vaille se trouveraient ainsi réunies. 11 est douteux que les avan- 
tages promis à la réalisation de ce beau rêve en compensent de 
sitôt les frais ti>pp certains. 

Entre Saône et Rhône, le tertre de la Croix-Rousse s'élève brus- 
quement de la place des l^erreaur. Ici s'ouvrait, au bas de l'escarpe- 
ment, le canal de communication des deux fleuves, et le nom même 
de la place des Terreaux conserve le souvenir des remblais qui furent 
l'-f'ssaii'S pniir unir au proinnnluire interjeté la longue pres- 
qu'île de la ville 
moderne. Le dé- 
veloppement du 
quartier de la 
Croix-Rousse est 
iiilimenienlliéà 
, l'Iiii de l'indus- 
iiie de la soie. 
i: l'st le domaine 
-I.- l'ancii-n tis- 
-' iir lyonnais, le 
ninul », vérita- 
1 II' industriel 
ir.insformant à 
,loiiiicile,surdes 
iiH-tiers qui lui 
appartiennent, 
la matière four- 
nie par le fabri- 
lunt. S'il subit 
lis aléas du 
I oinmerce, il en 
lerueille aussi 
du moins en 
|.artie) les pro- 
lils,m.iis surtout 
il Conserve son 








OL 




indépendance. Grâce à cette organisation familiale du travail, 
femme, enfants, souvent des compagnons du même métier, se 
prêtent main forte. Mais le souci du bon marché créé par la concur- 
rence étrangère et la cherté des tissages à la main, l'élévalinn 
des taril's douaniers sur l'entrée des matières premières et la sortie 
des objets maniifactun's, par suite, la nécessité de produire beau- 
coup et rapidement, afin de compenser la modicité des bénéfices en 
les multipliant par des moyens mécaniciues : toutes ces causes ont 
singulièrement restreint le champ d'action du tisseur à domicile. 
L'usine a dévoré le métier familial. Sur 85 000 métiers montés pour 
le tissage de la soie dans la région lyonnaise, 500(10 sont à la cam- 
pagne, 10000 à 17000 mi'liors à mnin en ville, et de 20 000 à 22000 
dans la ban- 
lieue. I.'onlill.igi' 
dclasoierielyiiii 
naise peut êlrr 
estimé à jdus ib- 
100 millions. 

Ce capital du 
travail est le gain 
de plusieurs siè- 
cles. Dès sa nais- 
sance, Lyon fut 
une ville indus- 
trieuse : au 
temps d'Auguste, 
ses orfèvi-es, ses 
potiers, ses tis- 
seurs de fils d'or, 
ses verriers 
étaient réputés; 
et il est probable 
que leurs pre- 
miers maîtres fu- 
rentprécisément 
ces marchands 
grecs et tyriens 
qui leur appor- 
taient par la voie 



^■'M'A 


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W^Br m 


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pRNh^r, i 


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^M! 



214 



LA FRANCE 




du Rhône les produc- 
tions de ri nduslrie et des 
arts de l'Orient. Totiles 
les nations marchandes 
du moyen âge élaient 
représentées à Lumi. 
Lorsque Charles VII et 
Louis XI eurent affran- 
chi de tous droits les 
foires qui s'y tenaient, 
ce fut un concours tel 
que le roi dut insti- 
tuer ( 1 'i6-2) une sorte de 
tribunal consulaire, dit 
tribunal de Conservation. 
pour régler les diffé- 
rends de nature com- 
merciale. A l'exception 
des Anglais (on était au 
lendemain de la guerre- 
de Cent ans), tous lis 
peuples venaient aux 
foires de Lyon; les let- 
tres de change étaient 
dès lors en usage pour 
les règlements de 
comptes. L'industrie 
de la soie venaitau pre- 
mier rang du com- 
merce d'échanges. 
En -l^-yO, C/iarles Vil 

donnait à iyoïi le monopole de cette vente. Louis XI établit en cette 
ville une manufacture royale de tissus, qu'il devait ensuite trans- 
porter à Tours. Enfin Fratmiis I" donnait un élan décisif à l'in- 
dustrie naissante, en exonérant les ouvriers do la soie de tout impôt 
ou service de milice : Milanais, Génois, Florentins, Lucquois affluè- 
rent d'Italie. Grâce aux subsides du Consulat, les Piémonluis 
Etienne Turchetti et Barthélémy Narrix réussirent à monter vingt 
métiers de tissage en 1336. Ce fut un merveilleux essor, qu'en- 
travèrent, presque aussitôt, les guerres religieuses de la fin du 
XVI» siècle. La prospérité revint au xvii", avec les invenleuis : 
Claude Dagon, Honorât, Blanchet, James Fournier. Le xviu" siècle 
fui l'apogée de la «oie; la Uévolution son effondrement. .lacqnari^ 
en 1801, ouviait une ère nouvelle. Malgré ses épreuves mul- 
tipliées, Lyon demeure encore, par des prodiges de travail et 
d'ingéniosité, le plus grand marché du commerce des soies. 

Une inslilutiuu 
spéciale, dite Conrfi- 
tinn (les soies, règle le 
poids marchand et le 
prix des denrées. 
Lyon tire de la 
Chine et du Japon 
1)7 pour 100 de la ma- 
tière première mise 
en œuvre dans ses 
ateliers; 13 pour 100 
viennent d'Italie. 
Les querelles de ta- 
rifs, en troublant, à 
mainte leprise, l'in- 
dustrie lyonnaise de 
la sotr, ont dispersé 
sur les canipagnrs 
environnantes les 
métiers de tissage. 
La ville ne conserve, 
en dehors des mé- 
tiers à main de la 
("roix- Housse, pour 
les éloflcs de luxe, 
que les magasins de 
vente et h'S indus- 
tries annexes du lis- 
sage : teinture, ap- 
prêts, impression, 
finissage. Si l'on 
comple avec les arti- 



1 


— — 


■ V 


i 






i. -'^ 


i^_aiii^l^E 


p 







"^diis de la soie propre- 
ment dits ceux des tis- 
sus mélangés (soie, 
Idine et coton), les em- 
LtHpui'-, coramission- 
i.aui s, etc., le nombre 
des (luvriers employés 
pai cette industrie 
seiait de 300000. Le 
chiffie total de la pro- 
duction dépassait lar- 
gement 550 millions à 
la fin du dernier siècle. 
Paimi les clients de la 
soie l5onnaise, vien- 
unit au premier rang : 
1 \i)!;leteiTe ([)our un 
' UKiuieme), les États- 
I nis. l'Allemagne, la 
Suisse, la Belgique. 

\u fiiint de la Croii- 
/?oH^^'■, le boulevar.l 
(le ce nom s'enrouli- 
a\ec le cours des Chnr- 
iieur en face de Vcis', 
qui surplombe, de 
I .lutieiive, une courbe 
(le la Saône. Du haut 
de Fourvières, ce 
panoiama est admim- 
ble. A rai-côte s'élèvi 
l'église Sainl-Bntno, ancienne chapelle des Chartreux. 

Sur la déclivité de la Croix- ftousse, dans une vigne de la côte Saint 
Sébastien, fut exhumée, nu xV siècle, la fameuse Table de bronze qii 
contient en jiarlie le dise, nus inoiioncé au Sénat par l'enipereui 
Claude (iM) pour nhlenu hiecssion des Gaulois aux charges e 
aux beiineiirs de reiii|iire. (Jii.ilie mois après sa découverte, h 
1-2 mars UJid (vieux style : 15281, les conseillers de Lyon achetaien 
au propriétaire de la vigne, Holand Gerbaut, le précieux document 
pour 58 écus d'or au soleil (environ 650 francs de notre mon 
naie . Apr^'s des vieis^ilmles snns nombre, la 7"(7A/^ de bronzées 
venue (iiiM I- |,. vi-IiImiI.' du Mus^c des antiques, au Palais des Arts 
C'est un leiiiiiiii iriiiie \ ileiir iiie>imi.il]|e, non pas tant parlediseour 
de Cl, iode, dont lacite iiuus d,,Mne d'ailleurs la substance, mai 
par les faits qu'il révèle et les inductions qu'il autorise. « C'e- 
près de l'emplacement où il fut relevé que devait s'élever autre 
fois, selon toute vraisemblance, l'autel de Rome et d'Auguste. 1 
se trouvait ainsi précisément sur l'arête faîtière des deux versant 
qui descendent, l'un à la Saône, l'autre au Rhône. A 150 mètre 
environ, au cou- 
chant de ce 
massif, se di've- 
loppait l'ainpbi- 
Ihéâlre de la 
Société des Trois- 
Goxdcs, affecté 



iniis,-i 



culte de Rome et 
d'Auguste. » On 
remarquera que 
Claude appelle 
Lyon de son vrai 
nom, Lngnilu- 
7)iim, et non pas 
Luydiimini.'\'nv : 
La Tabla de 
Claude du ntuser 
,l,Lya„,\nn-AX.i 
Sur 1,1 place 
des Terreaux, 

gnilii|ue de Har- 
Iholdi symbolise 
les fleuves, dans 
leur course vers 
l'Océan. Le gran- 




IJ:S ALIM-S. - LE IIIIONK 



215 



diose finlais des Aris ou pulais 
Saint-Pierre lient le ciMé iiuMi- 
tlional de la place. Celle eon- 
slniclion, ext'iMili'e, à la fin du 
iviii» siècle, pour les religieuses 
bi-nédiclinos de liibbaye de 
Sailli-Pierre, contient de belles 
collections d";irl, d'archéoloijie 
et d'histoire nalurelle : sous les 
portiques de la cour iuli'rieun', 
le mufée t'iiii/riiiihujue. enrichi 
par la réci-nte mise à ji>ur de 
la nécropole du Trimi stèles, 
lauroboles, inscriptions, sarco- 
phages, débris de laulel de 
Rome el dAugustel, collection 
d'une valeur exceptionnelle, que 
complète, au premier éUme, le 
iiiusrt des A niiijiii's avec ses ;ul m i - 
râbles mosaïques, la Tiiblr il-' 
Claude, des statues de luon/.e, 
• l- Mjoux, des monnaies, un 
•l'-s médailles, un Calen- 
- iilois encore nlTert à la 
• des chercheurs. Pres- 
■ ;m- lois les mailres des écoles 
italienne, espagnole, llauiande 
el française sont représentés au 
musée de Prinlure : il y a une 
<i!le des peintres lyonnais. Les 

lleclions du Moyen Age et de 
la Renaissance font assez maigre 
.licure à coté des antiquités 
Uallo-romaines. Par contre, le ^ 

M\tséum d'histoire naturelle est 
'un des premiersd'Kurope pour 

a minéralogie et la paléontologie (mainmouth gigantesque trouvé à 
.yen en I8')3). La Bibliothcijue (plus de 100000 volumes) com|)te 
iOO incunables, 25 manuscrits carolingiens, plusieurs globes terres- 
res, dont l'un, exécuté vers 1700 par des moines franciscains, men- 
ionne, au centre de l'Afrique, des lacs qui ont été reconnus et 
lélerminés, au siècle dernier, par les explorateurs africains, 

L'Hôtel de ville, bùti au milieu du xvir 
yonnais, remanié par Mansarl au 
lébut du xvni«, présente deux fa- 
ades : lu ne sur la place des Ter- 
eaux (perron élevé, avec une statue 
Huestre de Henri IV, dans une 
li.he; sous le vestibule, groupes 
!i bronze du Rhône et de la Saône, 
.■ar les frères Coustou ; l'autre ou- 
erle sur la place de la Comédie, 
n face du lirand Tliéàlre, par un 
barmant péristyle que surmonte 
ne galerie ornée. 
, Le Grand Théâtre, entre l'Ilotel 
e ville el le Rhône, fut roiisiruit, 
•e 1817 à IKKI, par Chi-navard et 
;ollet, remanié à l'intérieur par 
■ardel. 

1 Au double flanc de la presqu'île 
ui porte la ville moderne, de nom- 
reux }xmts enjambent le Rhône et 

Saône, jusqu'à leur réunion. Il v 
1 a 22 en tout : 9 pour le Rhôn.", 
î pour la Sa.'me, 1 au confluent. 
JUS ce Irmg cheminement de l'ues 
ni emplit l'inten'alle des deux 
^uves, des traverses se succèdent 
une rive à l'autre, marquant la 
"ogression de la marée montante 
•s maisons. Deux de ces traits 
arrêt ouvrent à travers la mêlée 
•haine des clairières d'air et de 
mière : la place Bellecour, au 
ntre; au sud, la place Cnrnot, 
ecle cours du Midi. Des Terreaux 
Bellecour, c'est la ville commcr- 




iècle par un architecte 



tante et Ihianrié 
<lu .Midi, teii.lu 
la riche bour;:. 

Trois grandi - 
sud, la cité des ; 
Chenavard-Centi 
Ville et lue de I;i 



lies affaires ; de 
:,ire de Perracli 



Reliée. 1 
>, habile 



de pré 



i > iii-i. es aux Terreaux coupent, du nord 
lins, jiisiiuà la clairière verte de Bellecour : r 
le, par la place des Jacobins; rue de l'Ilôtcl-i 
République (monument de Carnot). Dans la r 




LA FRAiNCE 




ClienavarJ, l'église Saint-Nizier remplace l'uratuire que saint Pothin, 
disciple de sainl Polycarpe et premier apotie de Li/on, s"i-tait mé- 
nagé dans les fourrés d'un terre-plein marécageux. Là fut la pre- 
mière cath<5drale de Lyon, à laquelle appartiendrait une petite 
crypte sous le transept de Téglise actuelle. L'édifice date de la 
fin du xv" siècle. Une demi-rotonde eu hors-d'œuvre, attribuée à 
Philibert Delorme, flanque la façade,' don! le pignon porte une 
Vifrt/f de Bonnassieux. A l'intérieur se remarquent les roses du 
transept, les arcades du Iriforium, un autel en marbre de Carrare, 
d-,' ri. lies balustrades. Dans le voisinage, Snini-Piem, qui fut l'église 
d s religieuses bénédictines, possède un beau portail roman. 

Le centre des affaires est au palais du Commerce et de \a. Bourse. 
Dai'del, qui b.'itit ce monument (ISo-i-lSOl), lui donna de grandiose.s 
proportions. Le Musée liistorù/ue des tissus en occu|)e le second étage : 
fin y verra, mélliodiquement rangées, les plus admirables étoiles 
de la production française et étrangère, depuis deux mille ans avant 
.lésns-Cbrist : tissus égyptiens, ta|iisseries byzanlines, broraris du 
Moyen Age et de la Itonaissance, dentelles, broderies, ta[iis d'Oiionl. 
l'ii couloir est tendu d'étoffes de Chine; dans une galerie, modèles 
ib'S princi[iaMX métiers à tisser. Une biblio- 
Ihèfiue historique des (issus romplèle et ex- ■_ 
plii|iie ci-lle cuil. -.lion niii.pi.- au monde. 

La place Bellecour fut l.irgement tracée, 
au début du ,\viii" siècle, dans une prairie 
.piiî'ppartenait à l'abbaye d'Ainay; c'esl maiu- 
l.'iiait, avec les avenues ombreuses qui l.n- 
tourent, ses massifs, le jardin anglais et sa 
pièce d'eau, un petit parc en pleine ville. 
L i.-splanade mesure en tout 310 mètres de 
l.ing sur 200 de large : a\i centre, la statue 
équesli'c de Louis XIV. L'abbaye bénédictine 
.le Sainl - MaTlin-d' Ainn]! , lune des plus il- 
lustres de i.(/o;i, s'élevait non loin de la Saône, 
à la place où, selon la (radilion, sainte Blan- 
dtiie fut ensevelie avec les c.mpagnonsde son 
martyre. L'église est un spécimen lemar- 
(jnable des basilirpies primiiives. Un clocher 
trapu, coiffé d'une pyramide à quatre acro- 
lères sur les angles, domine l'entrée; des in- 
crustations rouges décorent la partie centrale 



delà fa.-ado. liàlic au vi= sii''cli\ reconstruite aux x" et xr, consa- 
crée avant son achèvement par le pape Pascal II, la basilique ouvre 
par trois portes sur cinq nefs, dont deux furent ajoutées au x:i" ou 
xni^ siècle. C'est un véritable musée que l'intérieur : au front des 
trois abeilles, roiip.ile puriiV s\u' d.>s rol.mnes ayant décoré l'autel 
ou le |.iii|i|i- ,rAu-ii~l.,- lirll,- iiM.<.iii|nr .[•■^■.luverle dans le chœur; 
près i]r h . h,i|"'ll- ;.li-.i.lilr lie .In. il.'. 1 ■■-l.'s d'une ancienne église 
du ix'^' M.-.i.-: I i\|'l'' .iiiliiph'; .•i.liniiaiil.s peintures sur fond d'or, 
par II. ll.iihliin, ;iu ciel des absides; p.irlail roman de la chapelle 
desfoiils li;i|'l i,-iii,iii\- ; Vi'erje de Bonnassieux, sculptures de Fahis.'li; 
maître aul.'l .n l.r.m/.i' doré par Poussielgue. Non loin d'Ainnii. très 
inti'ressant musée de la Propagation de la fui. 

L'ancienne statue équestre de Louis XIV ipii ..inait la ]ilai'e de 
Bellecour, ayant été déiruilepar la Uévoluti.m, une autre staliu' du 
même roi, œuvre de Lemot, la remplace depuis liS'2o. 

L>/on souffrit particulièrement de la tourmente révolutionnaire. La crise 
politique en effet se compliquait ici d'une crise économique : ainsi s'ex- 
pli.iue l'extrême facilité avec laquelle girondins et royalistes, Précy A leur 
li'te, furent nieitresdela ville (mai. 1793). En vain laConvonlion dirige sur 



ppre 



sentants l')ubols-(:rancéct Caiit 




Ivcllumiann. Kiilin Precy, à bout de ressources, 
réussit à s'échapper (9 octobre; et le lendemain 
rarniée nssiégcanle entre dans la place. Les rc- 
niv>,iil!,> fuivnl i.iii.la.-.d.l.s. Pnr .lOcivt du 12 oe- 



il.- s. 



Ilii', lis c.iMlr.'-icv.ihili..nnaircs 
jii^i-.- cl pa-MS par 1, s iirini's; ce qui resterait 
de la cilo prendrait le imni do Commune aff'ran- 
cliie. AriYanchissement admirable que réalisèrent 
Collnl ,rilnl>,f:.i, l'oiirlié. Molli, mil. e\é.-uleurs 



,!r-l 



etion 



,l.:uv,.'.- àuiilr iillo cunhv di - IiIl- -I- iii.ni.iireus 
alignés p.ir centaines, dans la plaine dus Brot- 
leaux. In nn après, quand il y eut a^sc/. de sati? 
.•t (le ruines. Commune affranchie n-prit son nom 
d'autrefois. Mais les ran.-uncs soulevées piiussùrcut 



LK; 



\i.im: 



l.i: lilIONK 



2n 




bienlot les Lyonnais (\ une nou- 
vi-llc offensive : Prèoy p.inil, 
relounia la terreur contre les 
exécuteurs de la veille. La mal- 
heureuse ville, déchirée par les 
partis, ne retrouva la paix qu'a- 
vec le Consulat. Tout était à 
refaire : on se mit au travail. 
Mais de nouvelles épreuves tra- 
versèrent cette renaissance : 
entK-c des Autrichiens à Lyon 
(mars ISI41, après les premières 
défaites de Napoléon ; retour des 
mêmes Autrichiens après Wa- 
terloo (le péncral Mouton-Du- 
vemet, gouverneurde Lyon, qui 
avait pris parti pourTempcreur, 
est fusillé); insurrection ou- 
vrière du i 1 novembre 1 n:< 1 , hos- 
tile au gouvernement de Juillet 
qui s'obstinait contre les nou- 
veaux tarifs; autre mouvenient, 
en a\Til !S34; insurrections so- 
cialistes de septembre l.s70 et 
a%Til IS71. Cependant, la grande 
industrie se développait, d'un 
soubresaut à l'autre : deux gran- 
des expositions lui faisaient 
honneur aux yeux du monde ; l.i 
dernière fut attristée par le 
crime odieux qui enleva la vie au 
président Cnnwl H juin ISOV. 

Iians le rayonnement de 
Bellecotir s'attachent à l'une 
et l'autre rive du Rhùne de 
grandes institutions chaiila- 

I blés : Hiitel-Dieu, hospice 
lie la Charité, hiijtitnl Besrje- 
nelte (École de santé mili- 
taire); prés du pont de l'Universilé (rive gauche), les /'"'rteu/te des 
lettres, druit, sciences, mi'decine, magnifique cité scolaire à laquelle 
il convient d'ajouter un Enseignement technique largement représenté 
jiar de nombreuses écoles spéciales. 

La grande gare de Perrache forme comme un barrage. Au xviii"siè- 
cle encore, Textrémité de la presqu'île ou se développe la ville mo- 
derne formait un promontoire marécageux au-dessus du confluent 
de la Saône et du Rhône. Grâce à l'ingénieur lyonnais Perrnc/in, un 
quartier neuf a été créé. Mais il de- 
meure trop à l'écart de la vie ur- 
baine : l'usine à gaz, les abattoirs, 
l'arsenal y sont comme remisés. Là se 
trouve le port d'altnclie des bateaux 
de la Saône et du Rhône. 

Rive gauche du Rhône. — A 
côté de la cité marchande, la ville 
ouvrière étend au large ses rues et 
ses boulevards dans la grande plaine 
qui borde la rive gauche du lleuve et 
fut autrefois son bassin d'épandago. 
L'ne première expansion urbaine 
comprend : le grand parc de la Téle- 
iCur (monument des mobiles et lé- 
gionnaires du Rhône, à la porte prin- 

|cipale,; le quartier des lirolteaux, 

1 véritable ville américaine aux inter- 

I minables avenues tranchées dans le 

|damier des rues qui se coii|i>iil i 

jaiigledroit;loutprèsdelarive-,iu. h. 

I du fleuve, à portée du pont La I ,i> . 1 1. 
•tde la Bourse, la. Préfecture, très l.ei 
i-dilice de style Renaissance, b.iti de 
1885 à 1890. Là commence, au sud 
les Brotteaux, laGuillotière, quartier 
ouvrier que lien ne distingue de ses 
pareils, sinon les laiges voies qui font 
pénétrer partout l'air et la lumière. 
Itéjà les Brotteaux et la Guillotière 
'ont circonvenus par les faubourgs 
le Chnrpennes, Villcurhanne, Monljjlai- 
iir, ifuntchat, la Mouche, viaie ville 
l'usines tous les jours grandissante. 

France. — II. 



C'est que l'industrie de la soie en a suscité bien d'autres. Si la filature 
se fait toute eu deliors <\i^ h/nit. \r, mifiilhiin/e eu grau. le partie dans les 
dép.-u-l.-nrrril- \..|.in^. -i ],■ ,/,-.,/, ,•. | m,,,-,],,,,, ^.,. , | |,. /,,. ,,,,• .,„,| |, ,,-.■- 

ment r. |i irl i- ^m- !.■- rii\ ir..ii.. il l , ni ;ii, v ,,l, h, , . .[r^ l. mi m'. , d i|i|ir. I l'I 
d"im|>r' .-i-ii. ili ~ i l 'lili- -> m. ni - | I.i.l'iii- .|, li M,,ii.n- ,]iiil^ nn- 

pour une dizaine de niillh.n- J^' ,■'.'/,, ..■...,',,,,,„/.■ .1 un -in.- \ c-.i il' "n mi- 
nérale. On traite les <« ri ii > ,■ .■ .;/ < |M.iir l,i . ,.||.. r| l.i u'i I iImm . .1 1. - iT-i- 
dus donnent encore d.- >-ii|h ii.li,,~i,|i,iir^ ,i ,{i, i,|i,,-i,|,<,rr. (,/,/, s' -nl- 




Lyon? Bien que les environs iuiuucliuls 
soient dépoun-us de minerai, l'on met en 
œuvre les fers, fontes et aciers du Ciciisot 
etdu bassin de la Loin-, iinm- m f:iiir ilrs 

locomolivcs, des pouls, .li - Iiin.s 

aratoires; les /"««(/ecics .le .iuM. |ir. .Iiii- 
seul, des cloches et d.'- I.n.n/.-: [,.,■/,■- 
irr,,,-. MU I, Mil l'orfèvrerie deglisu, la 
rw/, , , .\.i lient et l'on exporte dans 
l'iili 1 ljirM|.r, in.Xniérique et en.\ustra- 
h. . pciu .il millions de boutons de nacre, 
de cuivre et d'os; des épingles à tète de 
Verre, eti-. 1,'induslrie des cuirs et peaux, 
qui fait vivre deux douzaines de maisons, 
avec 20 000 omTiers, gagne 10niilli..iis i ri 
chaussures. Ajoutez les induslii. > iV,il,- 
ineiilatinii : la charcuterie, de rriminiiirr 
plus que séculaire (i millions d e.xpoila- 
liou); la fabrication du clioculal, qui ali- 
mente quarante usines; celle des pdtes 
alimentaires, d.ius une (Ii/..Liiie d'iLiMis- 
semenls ; le c m. r.-.' il,- ,,,,,,„-, <|,,| 

fait pour IbO Uillli-n- ,! ilKir. -: . nl.ii. 
de toutes les il|.|n-ii |. ■ I >, nm h-. -, 1,1 

plus ancienne, aM i- 1 1 lie iK: l.i .s,,i, . l im- 
primerie, qui, treiilre-quatre ans après la 
découverle de Gutenberg, produisit, à 
l.'inii. un iiniiiier nlelier typographi- 

jih' 1, j . I ni .!. I. I- |ii'ogrès que, sous 
'1,1)1 \ I II, I -, I,: .Miiiptait déjà plus 

I In lin i^jiiii' I nniiiiri.Lrice des transports 
pour une telle ruche industrielle : Lyon 
possède huit gares. Deux funiculaires 



218 



LA FRANCE 







ss. I 



monicnl il la Croix-Roiisse et à Foun-ifres-Snint-lust. Il scinblc (juc. grâce 
aux derniers travaux, la grande navigation du Rhùne doive retrouver une 
partie «le son ancienne activité : les petits bateaux de la Saône et du fleuve 
sont en mouvement incessant. 

Noml)re d'industries, élrangères à la ville de Lyon, viv ni ■]. ?.< rupilaux. 
Ainsi, la plupart des charbonnages, des fonderies el I i^^ - 1 I i 1 rire ont 
ici leur siifie social, et le capital engagé dans ces ill un - n . -t |.,is infé- 
rieur à 70 millions. I.i/nn exploite Vécltiirar/e dans pin- •!■■ > iiii[n.inlr villes 
de France, dans plusieurs villes d'Espagne et d'Halle. Ses gr.indes indus- 
tries essaiment en Russie, en .Amérique, dans nos colonies, des établisse- 
menls prospères. Pon principal organe financier est le Crétiil Lyonnais, 
dont le cliiiïre d'aiïaires atteint, senlerneni p iip 'n ville !> milliards, tan- 
dis qufî la l)ani|uc de France, qu.ili- ^.m m I ■ < .. i, ', , I r .les, et plus de 
vingt banquiers, dépassent encore. |iri- . n- mil , . . , hiilir il'opérnlions. 

\\\ carrefour des roules de pénétiMliMU .\ I mhii' nr de |,i France, |)ar le 
Rlii'inc, entre les Alpes el les Ccvennes. Lyon aune iinpnrl.ince slrale^i,|n. 
de tout premier ordre; aussi cna-t-nn couvert 
de feux les approches. Fourvières, 
aux premiers gradins des C.êvennes: I 
Rousse, soulevée entre la rivière el l 11 n- 
.■iu;ciiildu plateau des Koinbes, pi. ni ni 
la défensr; de sulides points d'nppni 1 -ni 
les s.iillii's en onl élé forliliées. ain-i ipn' I 
appr.Mlies du Illinne, du coté de la phiin-. i 
li;;ne de defin>e avec les nouveaux Oirls 
leurs balli-ries annexes donne nu camp \ 
tranché de /,yo/Mmpérimèlrede 70 kilomèln 

Les eimirons do l.yon offrent aux tnuri^l 
et aux promeneur» les buts d'cxcur''lr>n I 
plu-; variés : bords de la Siidiie, aux -il 
pillor'-ques peuplés de parcs et de vill 
llle Itiirlje; le inoiil d'Or, avec ses frais \ 
Ions, ses taillis, ses belvédères; Cluiiliniin 
rrs-les-liains et ses charmantes pronien.i ' 
(deux source» d'eaux minérales'i: lnqur 
lie Tinjnn et l'agreste vallée de I7;ci. 
leagrolleii de la Uuline. le Tarare, le /'//' 



Personnages historiques 


(ils de 


Ihn-n 


II. V lie TiIhi- 


nusl. n 


- .!•■ > 


nllliir->-\ . 1 .' ri 


Lyon 


- ^ _M " 


; -.mil >,,;,,,,„- 


l'ardnl 


■ ' ■ /■ 


/ ' . / /). /,,/ /„,■ 


lèbre 1 




1,1 ! 111 ■■- ri ilii 


j.-ii. y 






ir..S6 ; 




' r ^ .l.< .,;i,'ï >/ 


frèi-e, ( 






à Lyon 


{1640- 


TJn ; Ir iinillirii 


Bervnr 


/ et ,/.. 


e/ /; .Ir .!„....,.■„. 


Guilln, 




-. 1 ,, TleVell.\ 


Cl. M 




i:i , égal 


Faln. 




/...-a-ffe/» 




— Claude Tib. Claudius Noro Dnisusl. 
Caracalln (Marc-.\urel. Anton. Bnssia- 
; Julia Domna, empereur en 211, né n 
nllhHiire. évêque de Clermnnt ('iHO-iSO): 

■:]•:,-]■■--': .h<n, Ihir/mv. rhef d'une Ce- 
III, nr- niiri,i,,i,v,lr I,v..n, :iii XVI- siècle; 
!,.■ ,, \ii|.|i;ili.lir .11 l!,:illj..|.lis (158;l- 

■: Ir riMinl si-iiljileur .inl. Ciii/seroT, ne 
ni, ri l:,,rrri,.,-: les trois frères Aidnine. 
IiumIi-I, - : l.s deux Cousiou, tiicolas et 
,u (:n\>,\ ,\. SIS émules en sculpture: 
lent .senl|,l, iir: 1, iinlil ineile.-iu CamilU 
;»ii cien ,1, - rr.,\.< v.l.i iiniiies : J.-J.ilf 

,11,,/ dr 1,1 l'l,il,;,re. bniuiiie polilii|UC, né il Ville- 
Ir m. Il,' |iiês de l.yon : proscrit avec les (ii , 
1,11, lin-, il s'enfuit, mais à la nouvelle <l 
I rxuculiou de sa femme, se donna la mort 
près de Rouen ( 17;fi-17'J3); le général U"- 
pknt, tué à Rome (1770-1797) ; A/'"« Récamio 
ll777-lN'i'.)l; le maréili.il J..-r,ah. Si/c/i</, due 

d'Albufera {177i-lsJi, ; l,.,.ii i-U; lenn 

llaplisle Sa;/ (ITi;7 l-i' ; l, Im..,ii de Gf 
raiidn, jurisconsiill,' IT- 1^,' ; Juvr/'/i- 
Marii- Jacquard ^17.j2 l,^.;l , qui iiivenll I; 
métier i\ tisser; lo physicien AiidréMmir 
.Im/ière (177o-I83i'.); le naturaliste Lnurrnl 
./.• ./h.v.w'p» {I7'i.S-I,S36); Jules havre, avoc.nl. 
Il, ,111111 ■ |..,liln|in- (18n9-|s,s0); Claud» Bu 
,.,,, ' |il,\-i.,|,ri-lr: Adolphe Penaud, car 
lin il ,v,,|ii,,.l \iilun (|.s2S-I90ri); y«H/. fl»"- 
,/,/,■/. liUnaliur; le sculpteur Lemai; l- 
piiulrcs lleiinequin, /'. névoil, Hippot;/'' 
rlaiidrin (lS09-18ii.'.), 1'. Clienavard, Je«>' 
l.,>mi-Krnesl Meissnnier (181B-189I), fiiri 
de Chavaniies (1824-1899). 




CNAJJ\E DU JUJiA. — LA SAÔJME 



LE JURA 



ETUDE DU MASSIF 

ENTRE le douille soulèvement des Alpes et dos Vosges, le massif 
du Jura déroule ses bl;inches arêtes, semblables à des vagues 
soulev.'i-s par un vent de tempête, qui se seraient figées subi- 
tement dans rinimobilité de la pierre. A mesure qu'elle s'i'-loigne des 
pôles solides auxquels renracinent ses extrémités, la digue juras- 
sique, livrée à ses propres moyens, a cédé davantage sous la poussée 
des forces orogéniques qui la comprimaient de l'est, et a pris cette 
forme ondulatoire, si caractéristique à la fois du flécliissement de 
la résistance et de la violence de l'attaque. C'est au centre que la 
digue a le plus cédé : elle ne s'est pas rompue, mais le faisceau des 
rides qui la composent s'est détendu ; des craquelures ont disjoint 
les arêtes, sectionné la masse inté-rieure, dont elles ont compromis 
la belle oidonnance première. De là, ces 
brèches qui enlament l'escarpe orientale 
du massif : cols de la Faucille, de Snint- 
Cergues, de Vnllorhe-Pontnrliir; de là ces 
plissements de la roche, déjetée, tassée et 
comprimée contre elle-même, qui sont 
comme les derniers frémissements de la 
grande con\-ulsion qui contracta l'écorce 
terrestre, lorsque le formidable édifice 
des Alpes jaillit dans les airs. 

Le Jura est par excellence une montof/ne 
(/'■plissement. Ses chaînons, dirigés da- 
bord du sud au nord, puis incurvés au 
nord-est, dessinent un vaste amphithéàln- 
très large en son milieu, effilé aux deux 
extrémités^ de la cou[>ée de l'Isère au 
sillon de la Limmat embranché par l'Aar 
sur le Rhin. La plus giande largi-ur du 
croissant jurassit/iie est de 80 kilomètres : 
elle se réduit à 35 kilomètres entre Bieinw 
et Porrentruy, d'Ambérieu à .Seyssel; la 
corde de son arc ne mesure pas moins de 
2'60 kilomètres. 

l)élinir exactement le point de contact 
du Jura proprement dit avec les Vosges 
et la Forêt-.Noire d'une pari, les Alfies de 
l'autre, paraît assez coiiq)lexe. Les mon- 
tagnes ne sont point séparées par des 
poteaux-frontières, ni toujours déchirées 
par des abîmes; il y a d'ordinaire fusion 
insensible d'un système à l'autre. Cepen- 



dant il convient d'abord d'éliminer, du .Iina |ii ..|in- ni .lil, le Jura 

souabe et le Jura franconien, considi-rés à t^ri i cnimic suii prolonge- 
ment naturel, bien qu'ils appartiennent à un régime de c.irai-tèiN- 
tout dilTérenl. A écarter également ce ipie les géographes appellent 
Tafel-Jura, table calcaiie projetée avi sud du lîliin entre Bùle et 
SclinfThnuse p.ii l'cxtiansion du manteau secondaire de la Forêt-Noire. 
Aiii.-J .|i liiii, |.- Jura se révèle à l'ouest de la Birse par des cliai- 
n^ll^ ,1.1,1, II. - ,111 ,|,ssusde la région nnduliW' AuSninhinu, Ininsilion 
gradii,!!.. ,1..- Ii,inli'iirsà la plaine du lUiin. D'autres collines dites 
prijurassitjucs lient ces plissements à la projection terminale des 
Vosges. C'est de Ckrval àZfpsnnfonquesurgitnettement, àlarive du 
Doulis, la falaise jurassique. A partir de Saint-Vit, oh ce cours d'eau 
quitte la chaîne, celle-ci se prolonge en escarpements do 300 à 
400 mètres, coupés d'échancrui-es au-dessus de l'aiïaissemcnt de la 
Bresse et de la Bumhcs, jusqu'au coude du Rhône, à Lagnieu, non 
loin de l'embouchure de l'Ain. Sur la rive gauche du fleuve, une 
sorte de terre-plein calcaire, l'ile Crt'mieu, s'interpose comme un coin 
entre la Donibes et le plateau dauphinois. Le long de cette réserve 




LA FRANCE 



CHAINE DU JURA 




Jnr.i .s-f 
rive d 

Rliône, pousse 
au sud ses falai- 
ses jusqu 
chaîne subalpine 
de la Grande- 
Chnrlrcu.ic, et 
tombe brusque- 
ineMlsurla/fliV/e 
de Vureppe, ou- 
verte par l'Isère. 
Un seul |ilijuias- 
sirpie iraneliilce 
"eau pour 
se fondre dans la 
masse du Veroirs 
subalpin. 

l^UAINE ht. J>MA. Du Colé de 

l'est, le Jura et 
les Alpes se dis- 
lifij^uent nettement : toutefois, la plaine molassique de Savoie qui 
les si'qjure enclirts.sc deux fragments montaf.'neu.'c : celui de la Balme 
et le mont Snlh'c, qui forment transition entre les deux systèmes. 
Alors un escarpement, d'abord, continu, sui'plombe la /(/«me suisse, 
puis il se fiagmenle, elle clialnon en bordure, cédant la place à une 
arête inléiieure, plonge sous la molasse et reparait de distance en 
distance avec les môles isolés de Mourcii, près de (lex; du Chamblon, 
près Yverdon; Ac, Sninle-VMne, près Soleui'e; de Horn, auvoisinace 
dOlten. Enfin, tout h fait au nord-est, le Jura s'effile en un tr..it 
unique, l'arête des Lriyurn, projetée de l'autre côté de la Linim.il. 



■ du 

otii 

t d((i<pit h 

nei^nne di j i dt (ouionnte h Jura est une 

' eut \i les foim liions piiinaiie-» ni le-> 

Il ne fi«u'(.nt paimi ses eb ments ton'! 

ks ciéitions de 1 ige ienmdmre 

I lu ui nul complet le^urffijiryue, suiloul 

f il i lu-, gi imle paitK Alors h mt i en 

l la cbaiiK tôt iltment inimei^i e j supeipo 

mattmuv allinionn mes du futui i^dilice 

u\ L u e\liau'-st ment do h 1)1 it foime uinl 

s eaux dis 1 muni s attinbts foimiiint pir 

n d(s dipols d( t,%pse de[)uis exploit" si\\ei 

r t ine, une nou\elle in\ isi u munie se 

ni 11- I Ib n itteinl qu( Its aiet( s «-( | lentiio 

leliit_ion nou\eau\ (Il 1 K sul\i^ 

1)( pi is en i)lus 1 1 cil un si d .ise 

uiMLiit, a 1 t p >que '^/;/o<CH«, uni uouMJb ni 

niei , seules les p u ties tout a fut si | len 

Jura Bernois ei balois, sont recouvertes; 

(u'elles reçoivent alors se lient avx alluvions 

bras de mer, devenu la vallée du Rhin. Le 

(bluit (le l'âge miocène marque un retour offensif des 

eaux marines, le long de l'escarpe suisse où se déposent les molasses 

de l'étage helvétien. 

Déjà le massif, hors d'atteinte, prend figure. Dans les hautes 
régions de l'air, les sommets s'enveloppent d'un manteau de frimas 
et le grand glacier du Rhône, le plus vaste des glaciers alpins, s'épen- 
dant à la ronde,"enveloppe toute la masse jurassique, la pénètre de 
coulées dont témoignent, au loin, des blocs erratiques d'origine 
alpine mêlés aux blocs calcaires de parenté jurassique. Dans le val 
fermé de Ruz, dans celui de Saint-Imier, et jusqu'en Argovie, se 
rencontrent les témoins de cette ancienne invasion glaciaire. Alors, 
par les eaux^e fusion se creusent les vallées et se rcniblaicnt les 
plaines : dei-graviers, des sables, des limons s'amassent, s'élagent 
en terrasses et, dans ces alluvions anciennes, s'incrustent les osse- 
menls des grands animaux : le mammouth, le rhinocéros lichorinus.. 
qui peuplaient ces parages. Puis sont venues les alluvions moderne> 
auxquelles apparliennent les tourbières des grands plateaux juras- 
siques. Tous les agents atmosphériques enlrent en jeu pour 
donner au Jura sa physionomie actuelle. Mais, entre tous, aucun 
n'a comme burim; ses arêtes avec plus de force que le grand mou- 
vement qui, à la fin de l'époque miocène, a poussé ses roches les 
unes contre les autres et fait surgir de la masse ces rognons, 
plissés comme une étoffe qu'on froisse, qui constituent les tr»ils 
propres du /"ocîm jurassique. 

Exposés sans défense à l'action corrosive et dissolvante des agents 
de destruction : l'air, le soleil, la pluie, la neige, les brouillards, les 
plissements du Jura, disposés en voi'iles si/métriijues, ont rarement 
gardé leur aspect primitif. Si le noyau de la montagne, mis à nu pai 
le démantèlement des faîtes, laisse paraître des couches marneuses, 
on les désigne sous le nom de combes; les parois calcaires escarpées 
sont des créts; de part et d'autre des voûtes, les dépressions longi- 
tudinales sont des vais; que l'un des flancs de la voilte soit entamé 
Iiar l'érosion, cette coupure est désignée sous le nom do ru:; mais 



< Il \iM: m .11 i; \ 



LA SAO.M' 




LAC DU IlOlMlGEr ET DENT DU CHAT. 



ti.iidf, coup.' I.( prcliHii:.' .lu (irainl CDlmnliiei-. 
■ •'I liiiil vi'.iiinriill.-Jiini inrrhlioiiiil. 

-" !.<> Jura central est plus complcxo, pan-o 
ipii' plus t^paiiimi'. Alurci-I lli-rtratid y disllniiiic 
Unis zoiips, alignéfs du sud au nord et superim- 
si'os ou gradins do rouesli\ l'ost, vers la Ijititu.h' de 
l.oMS-le-.'^aunier : d'abord un minre reviHi'uienl 
!■• coteaux en vignobles, à la lisière do la plaiiii; 
'" ridonlale; puis la :une tli'S})liilcniLi;quisi-iii'^r\t[, 

I u'ion nioins louriueuli^e que la |)réc(<di'nle, mais 
Il l.divi.sée par trois graiules failles lonfjitudinales; 
iiliu, à l'est, U'anri'ti'sriijiilU^ri's de la liaulecliainc 

;i->i'm>s au-dessus de la plaine suisse. 

I.aii'lc niailTc-fse de Cetl(! bordure oiienlale, Iiî 
Reculet, porle les créts les plus éli-v.'s du Jura: 
' /'( </,• h .\(',;,e (172a mèlres), la Jlole (I C7H niè- 

I I ■ s), le miint 7'eH(/r(? ( 1 tj80 mèti-es). Mais la cbaîiie 
lu Iteeulet, d'où surgissent ces sommets, a l'air 

.luii rempart extérieur plaqué au front de la for- 
teresse juiassii|ue; elle s'en (léi.'age vers le sud ei 
détache sur h\ plaine nioinssii|ue de Savoir l'épr- 



si la voûte est tranchée transver- 
salement par une faille profonde 
à parois souvent verticales, ce dé- 
troit est une cluse, couloir de com- 
munication entre deux vais voisins 
l'un de l'autre. Souvent les crêtes 
enveloppent de hauts plateaux ([ui 
leur servent d'assises. 

Chaînes et sommets. — ('om- 
raents'y reconnaître ou. plutôt, dé- 
I gager pour l'étude des distinctions 
rationnelles dans cette chaîne si lio- 
mogéne et d'apparence si uniformi> 
qu'est le Jurn? Il semble que son 
premier aspect suggère aussitôt à 
la vue trois grandes régions natu- 
relles : le Jura central, épanouisse- 
ment des crêtes et des plateaux 
dans l'arc du croissant jurassique; 
le Jura mêridiounl et le Jurn oriental, 
dont les plissements, peu à peu 
contractés en une chaîne unique, 

vont se souder aux pôles d'attache i.ac uv 

résistants. Alpes et Vosges, soulevés 
aux deux extrémités du massif. 

1° Le Jura méridional, d.intrextrôrae projection vientbuter, au 
piedde la Cli.irtr.u>esulpal|>ino,surla coupure de Voreppe, tranchée 
parris-"-re, s'.flileir.ilMjrd et, presque aussitôt, se ramin.' en plusieurs 
plis échelonnés : xnoniA'Othérnm, allongé 
de Voreppe vers Chambéry ; montagne 
de l'Épine et mont du Chat, qui s'étirent le 
long du lac du lîourget; le mont Tournicr, 
dans l'inlervalle du Rhône à l'Isère, et, sur 
■la rive droite du lleuve, à l'intérieur de 
l'angle aigu qu'il [lointe sur Saint-fienis- 
d'Aoste, la mimlagne de Suint-Bcnoll et le 
Crit de Pnnt, que double le ilolard dr Don. 
Ces deux plissombrentsurla coulée trans- 
versale de l'Albarine, affluent de l'Ain. 

Au delà du fossé se profilent, du sud au 
nord, de grandes crêtes longitudinales, 
comme les lignes profondes d'une armée 
rangée en bataille : de l'est à l'ouest, le 
Grand Colombier (i 534 mètres) et le Crét 
du A'u, le relief de la FonH de Cormaranche, 
les Joui noires et les Joux blanches, les 
monto Berlhiaut, le Corent, le Revnnwnt, se 
juxtaposent entre le Rhône de Bellegarde 
et la plaine des Dombes. C'est le Bw/ey, 
que groupe Aaniua, au sud d'Oyonnax, 
entre Bourg et (lenève. Deux sillons, celui 
de l'Albarine au c-ntre, celui de l'A m à 
l'ouest, interrompent la continuité des 
dorsales montagneuses et ouvrent l<-s com- 
munications d'un val à l'autre. Vers l'est, 
a Semine, qui tombe au Rhône à Belle- 

France. — II. 




ron du 7nont Vuache, que coupe le Rhône sous l'escarpement du fort 
de l'Écluse. Une seconde ligne d'arêtes se profile en arrière du Re- 
culet, comme la muraille d'une enceinte intérieure : dans le prolon- 




222 



LA FRANCE 




geinent du Colombier, la longue cliaiiie du munt Salin:, puis, de 
droite à gjiudie, la traînée dumont Bisonj; leNoirmont, le bourrelet 
du mont Crnz, la Joui en bordure du terre-plein de Cliampagnole. 

Trois brècUes de traverse coupent ces arêtes longitudinales et 
donnent jour au Jura sur la plaine suisse : le cul de la Faucille et celui 
de Sainl-Cerguns, ouverts dans la falaise du Reculet; le col des Hôpi- 
Inux, qûî Iranclie dans l'épaisseur même du massif, entre la coulé& 
de l'Orbe etcelle du Doubs, sous Pontiulier. Sur cette faille centrale 
se lompent les plissements principaux du Jvrn central. Il y a eu, 
comme au col de Saint-Cergues, mais (runc Iim .iii |iliis brutale, tor- 
sion des plis montagneux, décrochenirni ,|. -, ii — i-. s, de sorte que, 
d'un bord à l'autre de la rassure, les jil> > ( .n-lihilives du massif 
nesecorrespond'-nt i^lns. D'nii.^ [iritt, l.i //.„/,/. l ./»//o;i, .-ivriiit-garde 
du Reculet sur 1.1 h-u- >\>- I'miI,. ; 1,- /,./(,,,,„, ],■ .\,,n-,n.nti. projec- 
tion des plisseni. m - pi • '-l-nK ; t\i- r.nilir, [,■ nn.ul .\iil„rl.\i\ Chas- 
seron, le crât de 7'/.,(m\>, ;iIi_ii,'.s lis mis en liac dtsauUts, semblent 
appartenir à deux systèmes différents, bien qu'avant la convulsion 
qui les biisa lisaient dû composer le même faisceau d'arêtes. 

L'un dirait une nouvelle région qui commence. Au lieu que la 
Bienne et Y Ain cherchent leui- issue vers le sud, VOrbe, issue du 
val de Joux, VArcuse, du val de Travers, frayent leur voie au nord- 
esl, vers le lac de Neuchàlel. Crét de Travers, sur la gauche de 
r.Xr.-use, et, sur l,l dl-oile, le rl,asscr,„> et le Clumn.nnl. en prnlmii;.-, 




se nouent pour enfermer un creux isolé, le val de Ruz. De cette sou- 
dure naît le Chasserai, qui bientôt, à son tour, uni avec la ride paral- 
lèle du J/oïito;, rebord du vul Saiiit-Imier, forme la digue uniiiuedu 
Wcisseyistein. Le Jura crnti.il a pris fin : ses arêtes se resserrent e! 
se fondent en un philf.ni cilriiip-, lelui des Franches-Muntaynes, sur 
la rive droite du Doubs. Plus bun. c'est la Suisse. Un nouvel épa- 
nouissement de crêtes, bientôt mêlées aussi, ne forme plus qu'un' 
seule cniupe atlaelu'e à l'éperon de la Forêt-N'oire. 

Les plateaux du Jumrf?i/r(7/ offrent un développement plus simple 
moins brisé que ci'lui (bs li.mtis iliaînes. Au cœur même dumassil 
le plateau de C'/c"/'/' ■■;-■'. . l">iii' au nord-est par le renllemeii 
du moul Cro:, à 1 nu. -i |i,ir b bnurrelet de VHeute, tendu su 
la coulée de Y Km, sel' ml a r.illiliide moyenne de 730 mètres : b 
sillon de la Bienne rini.iui''. (,.-l p